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Un hivernage calamiteux

 

SQUAT A BIZERTE

 

 

Comme de nombreux plaisanciers français, j’ai laissé sur les conseils d’un ami, mon voilier, un Gibsea 41 CC, fin juillet 2007 dans ce chantier de la côte nord de la Tunisie.

Associer un tarif d’hivernage avantageux avec quelques travaux (peinture du cockpit central, traitement de la quille contre la rouille et réfection des coussins, capote, etc.) me semblait intéressant. Un devis des travaux à effectuer est signé à la va-vite car il faut parait-il justifier aux autorités douanières la présence d’un voilier Français dans un chantier Tunisien. Je repars en France confiant et satisfait des explications fournies par le représentant Français du chantier.

Fin août, je reçois un mail du gérant installé en Tunisie, accompagné de photos alarmantes. On aperçoit  10 trous ainsi qu’une profonde trace de ponçage dans une partie de la coque ! Le texte qui accompagne les photos est le suivant : « J'en ai profité pour faire quelque carottes dans la partie en avant du safran qui était pleine d'eau transformée en acide, ça va permettre à l'ensemble de sécher à cœur »… « Je n'ai pas grand chose d’autre à conseiller qu'un traitement curatif complet après mise à nue de la fibre et analyse des dégâts non visibles sous l'antifouling ».     Je suppose que les travaux envisagés ne leur rapportaient pas assez…

Cet homme en qui j’avais toute confiance, vient de prendre l’initiative de percer la coque de mon bateau et de déclencher de nombreuses insomnies et angoisses chez le propriétaire…

Je note que cette lamentable façon de faire leur permet d’immobiliser le bateau dans le chantier et empêche toute remise à l’eau tant que les trous ne sont pas rebouchés, un peu comme une garantie…

Mon voilier a été expertisé en Avril 2007 et aucune trace d’osmose n’a été constatée par l’expert. Très contrarié, j’en informe le chantier et fais part de mon inquiétude et de mes capacités financières limitées. Quinze jours plus tard, je reçois par mail un nouveau devis dans lequel tous les prix ont presque doublé et de nouveaux postes font leur apparition… Location d’un ber (le bateau est posé sur des barils et des madriers), nouvelle taxe de police, etc.

Je décide donc, suite à de nombreux coups de téléphone et courriers électroniques sans réponse d’effectuer un premier règlement sur le compte de la société et de me rendre en Tunisie pour régler ces problèmes et faire cesser mes insomnies….

A mon arrivée, une désagréable surprise m’attend… Ne pas s’énerver, rester calme, j’envoie juste valdinguer au pays des mouettes le drap housse sale posé sur ma couchette, histoire de pouvoir poser mon sac quelque part et de me détendre… L’appareil photo crépite, flashant toutes les traces d’occupation et de dégradation, et elles ne manquent pas ! Je viens de monter à bord de mon voilier et je découvre que quelqu’un a pris possession des lieux !

La cuisine, la poubelle, les placards sont en désordre et d’une saleté repoussante. Mes affaires personnelles que j’avais pliées et rangées dans des sacs sont tassées ça et là entre les outils… Les batteries de servitude sont complètement à plat.

La salle de bain est en piteux état, abattant des WC arraché, lumière cassée, l’eau stagnante arrive au dessus du caillebottis. En débordant de la salle de bain, l’eau a rempli les fonds et noyé tout ce que j’y entreposais (peintures, combinaison, etc.) La rouille a fini par crever les pots et une épaisse couche d’antifouling recouvre le gelcoat des fonds. Le palan de l’annexe a été volé et tout est en désordre à l’intérieur de la cabine.

En cherchant la cause de toute cette humidité, je constate aussi que le voilier est calé en position inclinée vers l’avant et l’évacuation naturelle des eaux de pluie ne se fait pas.

Pour repeindre le cockpit, ils ont démonté la capote, pare-brise, etc. mais rien n’a été refixé avec du silicone. L’eau s’est infiltrée partout et le tableau de commande du moteur, les haut-parleurs et divers cadrans d’instruments sont exposés à une pluie battante depuis de nombreux mois !

Il s’agit maintenant d’assurer ses arrières en terre étrangère. Sans dire un mot au chantier, je prends contact avec la gendarmerie du port pour connaitre mes droits et mes moyens d’action. Apres une courte entrevue avec un gendarme très attentif et  compréhensif. Il est préférable de ne pas porter plainte dans l’immédiat et de laisser une chance à l’accord amiable… Me lancer dans une procédure judiciaire à l’étranger avec expertise juridique et immobilisation du bateau ne m’enchante pas !

De retour à bord, je fais demander le chef de chantier qui me rejoint les yeux baissés…. Je lui demande fermement à qui sont les affaires et la nourriture… Qui occupe mon bateau ? Il me répond qu’il l’ignore… des taies d’oreillers et des serviettes rejoignent le drap housse dans le vent et la mémoire lui revient soudainement…. Les affaires appartiennent au gérant Français du chantier, il monte la garde à bord de mon bateau pour éviter les vols, et il a dû partir précipitamment il y a juste une heure…! Pour où, l’histoire ne le dit pas !

Apres lui avoir expliqué que je me proposais de monter la garde chez lui, en dormant dans son lit. Je lui fais part de mon intention de porter plainte et lui montre les photos et le rapport écrit des dégradations que j’ai constaté.

La peur du gendarme fait vite son effet, nous nous mettons d’accord sur le prix et le calendrier des réparations. Je lui donne un mois pour remettre le bateau à l’eau. Je ne pense plus qu’à une chose, quitter au plus vite cet endroit, sortir mon bateau de là !

N’ayant plus aucune confiance dans les dirigeants de cette société, Je confie à un ami le double des clés de mon « squat sur madriers »…  Une semaine plus tard, alors que je commence à retrouver le sommeil, j’apprends avec stupéfaction que tous les cadenas ont été changés ! Prétextant un vol de clés dans leur bureau, le chantier a trouvé la solution pour empêcher toute surveillance de mon bateau par un tiers… Bien évidemment, la clé de démarrage moteur a également disparue  et j’en suis quitte pour un nouveau contacteur Volvo….

Arrive enfin le jour tant espéré de la mise à l’eau… Apres un retard de 3h30 et une dernière facture négociée âprement, je rejoins le port de plaisance où deux fonctionnaires de la police des frontières m’attendent avec une impatience peu dissimulée…. Il manque les manifestes de douane et de plaisance que le chantier a sans doute égaré… De douces phrases m’arrivent aux oreilles… Le bateau est hors la loi, retour compromis vers la France, mon voilier est peu être volé, je suis obligé de rester à bord, je vais payer un forte amende …

Une bonne dose de stress, quelques coups de téléphone de plus (à la garde Nationale) et 2 bouteilles de whisky de moins (pour la police des frontières) et les formulaires refont surface… C’est magique et je suis à nouveau en règle….

Manitou reprend la mer en plein hiver, destination ailleurs, pourvu qu’on y dorme en paix… Et jure bien que l’on ne l’y reprendra pas de si tôt.

Pour conclure, les allers-retours et l’achat du matériel pour réparer les dégâts ont rendu ce séjour de 6 mois aussi cher que si  le bateau avait hiverné dans l’hexagone…

Je sais, par des amis navigateurs, que les nombreux autres ports Tunisiens fréquentés par les plaisanciers français présentent des infrastructures modernes, une logistique et du personnel qualifié. Je signale juste à l’attention de vos lecteurs le danger de faire pratiquer des travaux dans un chantier local peu fréquenté par des marins européens. Le manque de moyen et de compétence combiné à l’appât du gain, au mensonge et à la malhonnêteté des gérants de ce chantier ont conduit à cette situation très désagréable et au retour précipité de mon voilier vers les côtes françaises.

 

                                                                                              Nicolas POITOU

 

 

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Ce Qu’il aurait fallu.

Il est difficile de prévoir ce genre de mésaventure. Rien ne laissait supposer un tel scenario, la plaquette publicitaire du chantier était alléchante et la présence d’un Français comme gérant m’a rassuré à tord…

Le plus prudent aurait été de faire les travaux en France ou tout du moins en Europe et d’hiverner tranquillement mon voilier en Tunisie à flot. Ne pas hésiter à payer une surveillance plus poussée de son voilier par quelqu’un d’extérieur à la structure (port ou chantier).

S’il y a des travaux ou des réparations à effectuer dans un chantier à l’étranger, il est préférable de rester sur place… L’éloignement des propriétaires peut être exploité à mauvais escient par des gens malhonnêtes.

Concernant l’administration Tunisienne qui vous accueille, il faut savoir, qu’il existe quatre corps de métiers distincts, La garde Nationale, la douane, la police des frontières et la capitainerie du port de plaisance.

En arrivant dans les eaux territoriales, vous devez vous signaler par voix VHF à la garde Nationale ou marine nationale.

Au port, la police des frontières et la douane ne tardent pas pour remplir en votre présence deux formulaires (manifeste de plaisance et manifeste de douane). Le premier concerne le navire et ses occupants, le deuxième est un inventaire de ce que vous possédez ou transportez à votre bord. Ces deux papiers sont votre garantie pour quitter le pays sans problème. Chaque corps de métier en détient un exemplaire. Faites toujours des photocopies de ces deux manifestes et conservez les avec vous même si des responsables de chantier vous promettent de s’occuper de tout !

N’oubliez surtout pas de signaler systématiquement les mouvements de votre voilier à ces quatre administrations car si vous ne respectez les règles du pays visité, elles ne vous oublieront pas… En respectant ces consignes parfois astreignantes, les autorités locales se révèlent très courtoises, attentive et respectueuses de votre confort et de votre sécurité.