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PARTIR AU LARGE

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29/06/15

Je suis encore sous la couette à 8h30… Il pleut des cordes et ça n'a pas cessé de la nuit, Pascale est déjà debout et je l'entends tousser dans la cuisine, son angine n'est pas guérie…

J'installe les deux tangons à poste, aménage les pares-battages pour un départ contre le vent et c'est au tour des amarres de retrouver le pont de Badinguet.

Tout est trempé mais il faut partir, j'aimerai mettre de la distance entre le coup de vent et nous même s'il nous rattrapera de toute façon.

Le temps de tout ranger dans les coffres, Badinguet reste à la dérive dans la grande enceinte portuaire puis direction la sortie pour une route directe vers La Corogne. Il n'y a que 900 milles pour aller manger des tapas et boire de la sangria, on fonce.

Le vent est au rendez-vous mais la pluie ne nous lâche pas de la journée et en fin d'après-midi, force est de constater que toutes les protections en PVC qui sont sensées nous abriter, fuient…

Une nuit assez pourrie comme souvent la première de chaque voyage, je m'inquiète pour des bêtises ou des détails et le stress est omniprésent. Le radar est en panne, certainement le radome qui ne tourne plus… Voilà qui va compliquer notre dernière navigation. Je mets le réveil toutes les 20 minutes puis toutes les ½ heures pour faire un tour d'horizon et tenter de me rendormir. Il fait froid et les nombreux grains se déversent dans le cockpit par les coutures ou les fermetures à glissières.

Pascale est de plus en plus malade. Son mal de gorge a empiré, elle a du mal à parler et tousser lui arrache des cris de douleurs. Ca commence à m'inquiéter vraiment, antibiotiques et corticoïdes dés demain matin !

 

30/06/15

La lune est presque pleine, elle disparait dans l'océan au moment précis où le soleil fait son apparition, pas moyen d'être dans le noir ! Pascale ne va pas mieux, je suis crevé par ma veille mais le plus important, c'est de trouver dans la pharmacie des médicaments pour ma malade.

La météo du matin confirme l'arrivée rapide d'une dépression très creuse et plusieurs choix de routes s'offrent à nous sans qu'aucune ne nous permette de l'éviter. On gagne un peu en force du vent en restant au Sud et on gagne un peu en durée de mauvais temps en filant au Nord, du coup, je garde la ligne droite. On se prendra autour de 40 nœuds pendant 18 heures et c'est tout…

Toute la journée de gros cumulus nous rattrapent avec de fortes accélérations de vent et des grains violents qui rincent Badinguet abondamment.

A chaque fois, il faut enrouler, réduire, ralentir puis relancer le bateau lorsque le nuage est passé. Badinguet avance vite au largue avec 20 nœuds de vent de NW, c'est parfait.

Pascale mange très peu et reste alitée toute la journée… Je dors le plus possible par petites siestes afin de me préparer pour la nuit qui approche.

 

01/07/15

Encore une nuit hachée par les averses mais dans l'ensemble, je suis moins fatigué qu'hier, je recommence à m'adapter.

Pascale n'est pas au mieux, elle a de plus en plus mal aux poumons lorsqu'elle tousse. Vivement que les médicaments fassent effet. Je reste très inquiet et profite du point du matin pour demander à mon père le numéro de téléphone du service médical des C.R.O.S.S. à Toulouse. Son état ne fait qu'empirer.

Elle s'alimente très peu et je lui prépare une soupe pour le déjeuner, elle ne veut rien avaler d'autre… Quand est ce que les antibiotiques vont-ils faire effet ?

Elle qui m'a toujours fait à manger même dans les grosses mers, là voilà hors-service pour la dernière navigation et ça ne va pas être de tout repos. Toutes les 3 heures, elle se lève quelques minutes puis retourne se coucher. Elle n'a pas de fièvre, c'est plutôt bon signe…

Une belle journée avec le vent qui commence doucement à tourner vers l'Ouest, les prémices de grand coup de tabac de demain…

Je redoute cette dépression avec Pascale qui ne tient pas debout. Entre deux sommes, je prépare Badinguet pour pouvoir étaler le gros temps. Les deux tangons sont en place et j'ai vérifié les écoutes et les drisses plutôt deux fois qu'une. Pascale s'est levée un peu pour préparer des pâtes et ne pas avoir à faire de la cuisine dans la tempête.

Si vraiment ça tabasse trop, on se mettra en fuite et on remontera vers le Nord quitte à louper La Corogne, la dépression va passer très vite vers l'Est mais les vents du Sud vont être violents.

Il fait beau, la mer est agitée mais sans plus, je ne pêche pas… Pourvu que Pascale aille mieux demain…

 

02/07/15

Une très bonne nuit pour moi avec une veille pas très sérieuse, en ce qui concerne ma Lulu, je ne sais pas si on peut parler de nuit ou de jour vu qu'elle reste couchée 22 heures sur 24 ! Elle n'a toujours pas de fièvre et elle me dit qu'elle a un peu moins mal, c'est surtout cet épuisement qui la maintient au lit.

Ca ressemble de plus en plus à un sévère mal de mer, ça m'inquiète moins que sa toux et sa gorge. Je contacte mon père par iridium et il me met involontairement en relation avec le service médical de Toulouse chargé des problèmes de santé des personnes en mer. Un service remarquable et j'ai déjà eu affaire à eux.

Le "Cross Gris nez" me contacte sur le téléphone satellite et, après m'avoir demandé ma position et les conditions de mer et de navigation, organise une conférence à trois pour une consultation médicale en ligne.

Un jeune médecin me pose alors un certain nombre de questions sur l'état de Pascale et à part une vérification visuelle de sa gorge pour écarter un phlegmon ou un problème allergique, j'ai fait ce qu'il fallait. Le Cross et le médecin conviennent d'une heure d'appel pour demain afin de refaire le point toutes les 24h jusqu'à ce nous soyons pris en charge par un médecin à La Corogne.

Toute la journée, le vent monte et s'oriente lentement au Sud, la dépression approche et le baromètre baisse en chute libre, ça va être saignant… Nous croisons un bâtiment de guerre américain, impressionnant !

Il est 15 heures lorsque je nous déroute un peu vers le Nord car les 30 nœuds qui nous poussent ont tendance à détériorer efficacement nos conditions de vie.

D'une façon générale, Badinguet se comporte plutôt bien et curieusement, la mer ne lève pas de trop, si tout continue comme ça, ça va être du billard !

Et bien non ! La mer attendait la nuit pour grossir et ça continue à piauler sous la pleine lune. La pluie s'invite à son tour, histoire de noircir encore un peu plus le tableau, pas moyen de se reposer…

 

03/07/15

Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit et pourtant, j'en ai essayé des positions de repos ! Le but est d'être suffisamment callé pour ne pas tomber sur un coup de gite et d'être à l'abri en cas de grain par vent arrière…

J'ai d'abord testé dans le fond du cockpit, la tête sur la porte d'entrée, allongé sur les coussins en me bloquant entre le siège du pilote et la banquette tribord. Ca bouge énormément et on n'est pas protégé de la pluie qui arrive par l'arrière du bateau.

Le meilleur endroit en cas de coup dur, je l'ai trouvé ! Il faut s'installer parterre entre la petite banquette et la table du carré. Deux épaisseurs de coussins au sol et une épaisseur verticale de chaque côté, on ne peut plus bouger et on est au centre du voilier. Bien sûr, on entend tout ce qui gigote dans les coffres mais ça rassure sur l'état des bouteilles de pinard sud-africain !

Pascale, vient de se lever de la couchette de la coursive, sur mes conseils, elle essaye ma nouvelle place et replonge instantanément dans le coma, me privant de ma couchette improvisée. Je dormirai plus tard, peut être…

La pluie tombe sans s'arrêter et surtout, depuis 2 heures du matin, le vent s'est encore renforcé pour atteindre des pointes à 58 nœuds sous les grains les plus violents. Badinguet essuie un vent régulier entre 35 et 45 nœuds. Si on regarde la trace parcourue, nous incurvons vers le Nord depuis hier après-midi en décrivant une ellipse parfaite. Plus le vent monte, plus je réduis et plus j'abats pour prendre les grandes vagues par derrière.

Au lever du jour, la mer est déchainée et ça déferle de partout. Je conseille à Pascale de ne pas trop regarder dehors car le spectacle est vraiment impressionnant. Le cockpit est devenu dangereux car le bateau part sur des surfs à plus de 12 nœuds en se couchant. Le vent hurle dans les haubans et je me demande comment Badinguet fait pour avancer si vite avec aussi peu de voiles dehors. Il reste un petit bout d'artimon et un triangle de 1 mètre de côté sur le génois. La capote du cockpit, ouverte sur l'arrière, joue un rôle très important dans la poussée vélique et c'est sans doute elle qui engendre cette vitesse inquiétante. Dans ces conditions, le rendez-vous téléphonique avec le Cross sera pour plus tard.

Je passe plusieurs heures à surveiller l'état de la mer de mon perchoir, la porte du cockpit est remontée et je suis à l'intérieur, sur la plus haute marche de la descente. Je n'ai que le buste qui dépasse et le spectacle est énorme. La mer est grosse avec des creux qui atteignent 5 mètres. Badinguet passe dans des couloirs d'eau sombre, cerné par des murs liquides qui s'abattent sans pitié sur notre pauvre voilier. Je filme les éléments en furie car il n'y a vraiment rien d'autre à faire que d'attendre que ça passe. Plusieurs fois, un énorme bruit précède le rouleau d'une grande déferlante qui percute le bateau par le travers. Badinguet est brutalement chassé de sa route, il se couche en se noyant sous l'écume puis il se redresse et repart lentement comme s'il était grogui, sonné par la violence du choc. Pascale se réveille à chaque fois en criant et après l'avoir rassuré sur la solidité du voilier, elle replonge dans un sommeil comateux entre deux quintes de toux.

Les instruments de navigation sont sous la flotte depuis des heures, le cockpit n'a pas le temps de se vider complètement entre deux vagues qui nous submergent et l'alarme "seatalk" se déclenche toutes les 20 secondes sans raison si ce n'est de me rappeler que les instruments en ont marre de ces condition et que si ça continue, ils cesseront le travail sans préavis !

De toute façon, je ne peux rien y faire et tout pourrait bien tomber en panne que ça ne changerait pas grand-chose, l'heure est à la concentration, à la surveillance et à la sécurité du voilier complètement ballotté dans cette mer déchainée.

Pour prendre une météo, il faut se cramponner à la table à cartes et toutes les 6 heures, je fais le point. Les fichiers Grib sont unanimes, on devrait sortir de la dépression ce matin avant midi.

Il est 11h lorsque je perçois un premier changement, derrière les grains qui nous rattrapent, le ciel semble moins noir que d'habitude et de chaque côté de nous, des points de ciel bleu pâle apparaissent de temps en temps. 1/4h plus tard, le voile gris se déchirent et le temps s'éclaircit comme par enchantement. Un gigantesque mur de nuages noirs s'éloigne de nous, il barre tout l'horizon et je le prends en photo car je n'ai jamais vu un pareil phénomène.

Le vent met beaucoup de temps à baisser mais je peux à nouveau faire route dans une mer démontée. Il va falloir encore quelques heures pour que les vagues retrouvent un niveau en rapport avec les nouvelles conditions de vent. Il souffle à 25 nœuds de l'Ouest, tout à changé en ½ heure !

Nous sommes montés très au Nord pour épargner le bateau et désormais, redescendre à La Corogne nous écarterait beaucoup de notre destination finale. Les conditions de mer et de vent sont bonnes si nous enchainons alors qu'en restant deux jours en Espagne, nous aurons des vents contraires pour traverser le golfe de Gascogne.

C'est décidé, on file droit sur la Bretagne et on profite de ce vent qui ne semble pas vouloir se calmer. Badinguet reste très secoué par la mer croisée résiduelle de la tempête mais il avance à plus de 7 nœuds en direction de la ligne d'arrivée officielle. Pascale semble aller un petit peu mieux, les douleurs de gorge et pulmonaire ont diminuées mais la toux est devenue productive et grasse !

Elle à bu une soupe à midi et s'est recouchée juste après… Je pense que la composante "mal de mer" est très présente dans son tableau clinique mais je ne comprends pas pourquoi elle est devenu aussi fragile, peut être le nouveau traitement de fond qui la fiche en l'air…

Pour moi, je ne me sens pas trop fatigué ce qui est incroyable compte tenu de ma nuit blanche, même pas envie de faire une petite sieste !

 

04-05-06/15

La mer prend vraiment son temps pour se calmer mais on ne peut pas lui en vouloir, chaque jour est un peu plus paisible et le beau temps s'invite avec un soleil généreux qui réchauffe le veilleur de nuit chaque matin.

Pascale est un peu comme l'océan, elle va de mieux en mieux chaque jour, reste cette toux qui reste grasse mais le mal de mer bat en retraite avec l'état de la mer qui s'améliore. Je recommence à bien manger car elle retrouve la cuisine avec de plus en plus de plaisir.

Badinguet suit une ligne presque droite en direction de la pointe des Poulains de Belle-Ile en mer. Nous croisons deux voiliers très au large au milieu d'une nuée de thoniers rapides et imprévisibles. Ils ont tous l'AIS et nous les suivons aussi facilement qu'ils peuvent nous voir sur leurs écrans, ça compense bien la perte de notre radar pour le moment.

Un joli thon vient d'ailleurs de se prendre à la traine, histoire de me rassurer une dernière fois sur mes capacités de pêcheur car depuis la bonite de Sainte-Hélène, je n'ai rien pris du tout !

Les deux traines suivent le bateau au milieu de plusieurs groupes de dauphins très joueurs. Plusieurs fois par jour, ils viennent faire la fête sous l'étrave et Pascale passe de longues minutes allongée sur le pont, la tête dans le vide à essayer d'en caresser un… Et là, elle est malade là ???

Nous croisons le rail des cargos qui coupent de sein au Cap Finistère et le trafic est énorme, beaucoup plus important que dans mes souvenirs. L'AIS nous permet de traverser l'autoroute presque sans regarder et nous nous amusons à regarder sur le traceur, la taille des plus gros, 1200 pieds !!! 400 mètres de long !!! 4 terrains de foot !!! Nous ne nous souvenons pas avoir croisé de tels mastodontes et ici, ils se suivent à la queue-leu-leu !

La mer est belle, les nuits se suivent et je tiens le rythme malgré la fraicheur et le nombre important de bateaux autour de nous, si loin de la côte.

 

06/07/15

Encore une belle nuit de passée et une belle journée en vue. Il fait toujours aussi beau et la mer s'est définitivement calmée, le vent arrive du Sud et propulse Badinguet à 6 nœuds sur une mer sans vague, le rêve pour cette fin de tour du monde…

Hier, j'avais été surpris de voir un pigeon passer au dessus du voilier et filer vers le large mais ce matin, nous avons compris… Nous avons un clandestin à bord !

Un pigeon que nous avons baptisé Pikouik est notre invité depuis au moins deux jours. Il s'est certainement fait embarquer sur un cargo car ce genre de volatile est incapable de se poser sur l'eau sans palmes aux pieds… Je ne connais pas la distance que peut parcourir un pigeon sans se reposer mais nous étions à 400 kms de la première côte. Pour un pigeon voyageur, il s'est un peu trompé de chemin… Il a 3 bagues aux pattes et on devine des numéros, là aussi, nous ignorons pourquoi ?

Notre pikouik a bien mangé son petit déjeuner, du pain et de l'eau et si j'en crois  le nombre de chiures qu'il a fait sur le pont, il apprécie beaucoup notre hospitalité… On lui demandera de laver le bateau avant de partir !

Badinguet navigue au largue et au près-bon-plein toute la journée en attendant que le vent bascule à l'Ouest mais ce sera pour cette nuit, que du portant pour conclure…

C'est notre dernière journée de navigation, le forfait "Iridium" est épuisé à force de téléphoner au Cross et à mon père qui organise notre arrivée à Houat ! Nos familles n'auront pas le temps de s'inquiéter de l'absence de message car demain, nous aurons du réseau. Maël est en France depuis une bonne semaine, il me tarde de lui parler et de le retrouver dans 3 jours.

Comme souvent en Bretagne, le vent d'Ouest ou de Nord-ouest amène la pluie et derrière Badinguet, le ciel se couvre en fin d'après-midi, la dernière nuit sera peut être humide… MERDE !

Je joue avec Pikouik en fin de journée, il n'aime pas le poivron ni la tomate, tant pis, il restera au pain et à l'eau ! En tous cas, il est de plus en plus curieux et n'hésite plus à venir nous voir dans le cockpit pour le plus grand plaisir de Pascale qui a horreur des oiseaux, eh, eh, eh. Et moi, ce soir, je dors avec Pikouik !!!

 BRETAGNE

07/07/15

Le temps est bouché et la pluie menace, il n'y a pas beaucoup de vent et nous terminons par mettre en route le moteur juste avant de doubler la pointe des Poulains.

Badinguet est protégé par la côte Nord de Belle-Ile et glisse sur une eau calme. Pikouik ne semble pas décidé à profiter de l'ile voisine, pour l'instant, il reste avec nous… Le pont est dans état !

A 8h30, le passage du Beniguet est derrière nous et les pécheurs sont au boulot dans la passe et autour des cailloux de Houat.

Nous glissons entre "La Vieille" et la côte et nous voilà dans "la rade de Houat", devant la grande plage. Il y a des dizaines de voiliers au mouillage et le ciel s'assombrit de plus en plus, ça va dégringoler…

Badinguet est mouillé avec 35 mètres de chaine, une légère houle contourne l'ile et nous berce tranquillement, la pluie arrive et il fait frais, nous qui pensions profiter de la canicule…

En rangeant le pont, je dérange Pikouik qui s'envole, il fait trois fois le tour du voilier pour tenter de revenir en piqué puis il lève les yeux et découvre cette terre à portée d'ailes. Pascale et moi le voyons filer vers la plage avec émotion, il est sauvé.

Mon père devrait nous rejoindre pour déjeuner et tout est prêt pour l'accueillir sauf le temps, il pleut des corde, ça va rincer le bateau des chiures de notre invité…

3/4h plus tard, entre deux averses, devinez qui revient nous voir… Pikouik se pose sur l'annexe et s'approche de nous. Il a reconnu le bateau au beau milieu de la flottille ! Il nous regarde un moment, marche un peu, dépose une dernière galette gluante puis il s'envole à nouveau en direction de l'ile, comme s'il avait voulu nous remercier, incroyable oiseau !

Le réseau est de mauvaise qualité et pas de "3G" disponible sans parler du temps épouvantable… Nous ne resterons pas dormir ici, il nous faut une connexion pour mettre à jour le site et pouvoir téléphoner à la famille et aux amis. Je croyais qu'il faisait toujours beau en Bretagne…

Il est 11h45, la pluie tambourine sur le pont, nous sommes enfermés dans le carré, ça suffit comme ça !

Nous quittons le mouillage après avoir appelé papy Jean, nous fonçons vers la pointe du Conguel où nous mouillons par 3 mètres de fond, bien à l'bri du vent d'Ouest. Mon père arrive quelques minutes plus tard et s'amarre à couple sur bâbord.

Les Langoustines, la mayonnaise maison, le pain frais, le camembert et 3 délicieuses entrecôtes changent de bord en quelques minutes. Nous sommes à table et les discutions partent dans tous les sens, tout le monde a envie de parler de tout en même temps, ça se télescope, ça se chevauche, ça change de sujet sans arrêt, ça ne rime à rien mais ça fait tellement plaisir… Le vin sud- africain coule dans les verres à pied, nous sommes heureux de nous retrouver, d'avoir bouclé la boucle et comme le dit Papy Jean, il est le premier à nous avoir retrouvé après 7 années de tour du monde, il ne pouvait pas manquer ça !

-       Papy Jean : Vous ne dormirez pas là ce soir

-       Moi : Si car nous sommes obligés de charger les batteries deux fois par jour.

-       Papy Jean : Et non, je vous ai obtenu une place à La Trinité dés ce soir ! Je vous rejoindrai là-bas en voiture dans 1 heure car j'ai une remise de prix pour "le tour du Morbihan" et je vous aiderai à a vous amarrer en bout de ponton "G" .

-       Moi : Trop génial, merci P'pa.

Mon père repart pour Port Haliguen, nous remontons l'ancre et envoyons les voiles pour une autre traversée de la baie de Quiberon. 40 minutes plus tard à 8 nœuds de moyenne, nous engageons le chenal de La Trinité et un gros zodiac noir vient à notre rencontre. Pascale n'a même pas le temps de dire qui nous sommes que les employés nous guident déjà vers notre place, nous sommes attendus et la notoriété de Papy Jean est impressionnante.

Un employé du port prend nos amarres, le gros zodiac nous pousse au quai, on se demande vraiment à quoi ça sert d'avoir un propulseur d'étrave ! Nous dormons une bonne heure puis mon père vient nous réveiller pour nous proposer d'assister à la remise des prix de la course en cours.

Pascale est trop fatiguée pour venir mais pas moi et j'accompagne mon célèbre papa jusqu'à une grande salle de réception. Les équipages de la course sont tous conviés à un cocktail et un briefing pour l'étape de demain. Mon père se retrouve télescopé sur la scène pour annoncer les résultats du jour et je dois dire que le responsable de la régate l'introduit en termes plus qu'élogieux !!! Tout le monde applaudit mon papa pour ce qu'il fait et ce qu'il représente.

Incroyable à 51 ans de se retrouver ici après 7 années de tour du monde très fier de son fils et de son père… je vis un moment privilégié.

Mon père est donc sur le podium à remettre des prix et des récompense et je sirote mon deuxième kir lorsque je crois je croise le regard d'une femme que je connais… c'était il y a longtemps… Hélène… "Frère coyote" !

Hallucinant, Hélène et Alain sont là tous les deux, nous avons visités les Bahamas ensemble il y a 6 ans, je crois rêver ! Quelles incroyables retrouvailles !

Et nous voilà partis pour retrouver Pascale sur Badinguet ! Quel plaisir de revoir nos anciens amis, ils étaient là au début de notre tour du monde et les voilà à l'arrivée, tout à fait par hasard ! La boucle est définitivement bouclée, nous avons fait le tour de la planète mer et nous sommes de retour en France, il faut s'y faire !

"Frère coyote" reste un bon moment à bord à partager tellement de souvenirs puis Hélène et Alain nous quittent pour rejoindre leur bord car leur course ne se termine que jeudi et demain, ils doivent régater… Quel joli clin d'œil du destin de les retrouver le jour de notre retour…

Il est 20h, pascale et moi sommes cuits, occis, épuisés, vidés, dormir, juste dormir sans secousse, sans vent qui siffle, sans vague… Le jour prend son temps pour passer le relais à l'obscurité, nous ne sommes plus du tout habitués à ces longues journées, je réfléchis en silence à tout ce que nous avons vécu depuis notre départ, au temps qui passe… Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… Pikouik !!!

 

08-09/07/15

Nous sommes toujours en bout de ponton "G", incognitos à La Trinité sur mer.

Le temps est au beau et le vent souffle juste assez pour permettre aux nombreux usagers du port de profiter de notre grand pavois et des nombreux pavillons de courtoisie qui ont jalonnés notre tour du monde.

Il est très étonnant de constater l'effet qu'a cet ensemble sur les navigateurs locaux… Les gens nous saluent, nous disent bonjour ou font un signe de main, comme si cet ensemble de pavillons donnait le moral et de la bonne humeur.

Nous avons deux bateaux à couple, des Anglais et des Français mais on ne dira rien sur les rosbifs… Le vent est tombé et tout est calme et paisible chaque soir.

Une journaliste de Ouest-France nous a contacté à son tour et nous aurons deux interview à donner à l'arrivée… La pression s'installe lentement…

La famille arrive progressivement, ma sœur Isabelle ce soir et mon fils Maël demain… Dernière soirée avant les festivités…

 

10-11-12/07/15

3 journées très chargées en compagnie de nos proches et surtout de Maël qui passe ses 2 derniers  jours en France avec nous. Toute la famille de Pascale est présente, Martine, Arnaud, Laurent, Sophie, Olivier et Delphine participent à l'organisation de l'événement entre deux plateaux de fruits de mer.

L'ambiance est à la fête et aux préparatifs pour le jour "J". Nous recevons énormément de petits messages de la famille et de nos amis qui sont avec nous par la pensée pour la fin de cette belle aventure.

 

13/07/15

Pas très bien dormi, un peu stressé mais il faut y aller, la dernière ligne droite entre La Trinité sur mer et Quiberon…

La traversée de la baie se fait sous un ciel gris et menaçant et nous profitons du calme avant l'arrivée. Badinguet tire un bord vers la pointe du Conguel puis la vedette de Papy Jean arrive à notre rencontre, très vite rejoint par une autre puis la cata des Nogué, nos amis d'enfance…

Toute la famille est à bord de "Mouskoul", nous avons une escorte bruyante et sympathique. Nous enroulons rapidement les voiles puis nous prenons la direction de l'entrée du Port Haliguen, contre un vent frais de 15 nœuds.

Au passage du premier phare, un grande affiche avec l'âne "Badinguet" est entourée d'un groupe de gens qui gesticulent, cornent et sifflent en nous saluant de la main, toute la famille Nogué est sur la digue, salut les amis ! Le deuxième phare et le bout du môle central est tout aussi chargé, on crie, on salue, on fait des grands signes, quel accueil. Pascale souffle dans sa corne de brume et sautille sur le pont comme un jeune cabri, elle est déchainée, je reste concentré jusqu'à l'amarrage car si je loupe la manœuvre devant tout ce monde, je me sauve à la nage !

Badinguet est contre le ponton technique de PH1, le patron du port et 5 personnes au moins nous prennent les amarres, les appareils photos crépitent, les Smartphones filment, les mains applaudissent et on entend des "Bravo" et des "Ils l'ont fait", GULP !

Très émus, et tremblants, nous quittons le bord pour rejoindre la cinquantaine de personnes réunies sur l'esplanade. Nous saluons et embrassons la famille, les amis, les curieux et même les journalistes venus nous accueillir, tout le monde a le droit à la bise !  

Le président de L'APPH, l'Association des Plaisancier de Port Haliguen (dont mon père est le fondateur) nous offre une pochette de bienvenue, nous répondons aux questions des représentants de la presse locale, nous nous plions aux exigences des photographes jusqu'à une grande photo de famille puis nous prenons la direction du Yacht Club de Quiberon.

Sous une grande tente, des tables sont installées et chacun peut enfin se désaltérer en grignotant quelques chips.

Le temps reste maussade mais avec quelques verres de planteurs dans le gosier, il fait tout de suite plus beau !

Voilà, cette aventure se termine à Quiberon après 6 ans, 9 mois et 20 jours, 55 000 miles nautiques et près de 50 pays abordés.

Il m'est impossible de résumer en quelques mots ce grand voyage, nous l'avons vécu jour après jour en profitant pleinement de cette liberté devenue rare aujourd'hui. Nous avons l'impression d'être parti 20 ans, les souvenirs se bousculent, il faudra que nous relisions les carnets de bord pour continuer à rêver, à voyager, à oser en attendant un prochain départ.

Merci à vous tous de nous avoir suivi pendant si longtemps, d'avoir soutenu Pascale dans l'épreuve. Merci pour vos messages, vos encouragements et ces belles rencontres pleines d'émotions que vous nous avez offertes.

Les mots me manquent alors je vais poser ma plume ou lâcher mon clavier, ranger les cannes à pêche et oublier la météo du jour.

Pascale et moi allons nous réintégrer, respecter les limitations de vitesse, traverser dans les clous, continuer à être dégouter par les politiques et les infos, nous allons nous réabonner, nous réinscrire, nous réengager... Il faudra certainement s'évader encore et juste fermer les yeux pour nous souvenir de cette fantastique aventure… en attendant la prochaine…

                                                                                                                         FIN...................................................