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PARTIR AU LARGE

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  SAINTE HELENE

Du 28/01/15 au 06/02/15

Le vent puissant du désert se calme au large et après 170 milles parcourues les premières 24 heures, le vent baisse et les voiles légères ressortent des coffres. Le genaker et le balooner d'artimon sont gréés et dégréés régulièrement car le vent est capricieux. C'est sous un gros nuage qui n'a pas généré plus de 15 nœuds que le genaker éclate en silence. Il est en lambeaux. Des dizaines de bandes de couleurs claquent dans le vent, ce coup-ci, il est irréparable ! Il nous a quand même propulsé pendant presque 7 années sur 4 océans, il est temps pour lui de tirer sa révérence… je regrette juste de l'avoir fait réparer à Cape Town… Il va certainement nous manquer au portant…

Chaque soir, de grands albatros, planent majestueusement autour de Badinguet. J'aime ces grands oiseaux de mer, si lourds au décollage et si aériens et fluides lorsqu'ils volent sans un battement d'aile entre les vagues. Ils représentent pour moi, l'aventure avec un grand "A", les mers australes, la nature originelle, belle et rude à la fois… Ils symbolisent "le grand voyage", voir des albatros, ça se mérite toujours ! J'adore ces zoziaux !!!

 

 

 

Des journées longues à se faire rouler bord sur bord et toujours le génois qui tape, qui se regonfle pour gifler l'étai et claquer le gréement… Je finis même par cauchemarder à force d'entendre souffrir nos haubans…

Des rêves du genre…

-       Mme Van Danlderch (qui rentre dans un magasin) : Bonjour Monsieur Merplatt, comment allez vous ce matin ?

-       Monsieur Merplatt : Bonjour, alors, qu'est ce que je vous sers ?

-       Mme Van Danlderch : Je prendrai bien un petit génois mais léger car le dernier cognait un peu. Et puis, je voudrai une dose de genaker, bien tassée et pas en poudre comme celui de la dernière fois…

-       Monsieur Merplatt : Tout de suite madame van Danlderch, vous ne voulez pas essayer les gélules de "ptirouli" qui sont arrivées ce matin ?

-       Mme Van Danlderch : Non, Monsieur Merplatt, ptitoule me convient très bien…

A part ça, nous allons bien malgré les nuits hachées au couteau avec des réveils difficiles et embrumés. Le gros avantage en s'éloignant des côtes, c'est que l'on ne croise plus de cargo et que les veilles sont moins rigoureuses. J'arrive à dormir plus d'une heure d'affilée, et je l'avoue parfois deux !!! Le radar veille pour moi…

Depuis que le genaker a rendu l'âme, nous envisageons de ne pas rejoindre les Antilles mais de poursuivre notre longue route vers le Nord et de remonter jusqu'aux Açores ou nous voudrions laisser le bateau pendant mes deux mois de travail printanier.

La distance est presque la même, nous ne serons pas au vent arrière, la saison est idéale et cela nous évitera des billets d'avion et une marina antillaise chère. Pas de problème avec la saison cyclonique donc une assurance qui baisse et surtout moins de milles à courir pour retourner au pays…

Le gros avantage pour nous est économique car le stop en Afrique du Sud a très sérieusement entamé nos dernières réserves, il est temps de retourner au boulot !

En passant le méridien de greenwitch, le pilote de  barre à roue commence à couiner, premier signe de la dégradation des rouages en bronze du moteur… Depuis maintenant 2 ans, le calculateur du pilote automatique compense notre gite exagérément, entrainant une suractivité des moteurs électriques.

Nous basculons donc sur le pilote de secours et je décide de changer le gyrocompas qui date de Mathusalem. Je passe de longues heures à identifier puis passer les fils dans les goulottes et sous les colliers. Tout est reconnecté mais le pupitre de commande ne reconnait pas le nouveau compas, je rage d'avoir passé autant de temps pour rien…

Le vent s'est levé à nouveau et nous enregistrons un beau 130 milles pour la journée, on se contente de ce qu'on a ! "Too Much" nous a nettement rattrapé et même doublé par le Nord. Marcia est au Brésil, dans sa famille et Jean traverse l'Atlantique Sud en solitaire. Les deux super Maramus avancent parallèlement vers l'ile de Ste Hélène.

La pression du déssalinisateur baisse subitement en en descendant dans la soute, je constate que la pompe haute-pression fuit énormément… Les emmerdes continuent…

Je sors le déssalinisateur et démonte la partie haute-pression… Le piston en céramique est cassé en 3 parties, une vasque en plastique est fichue et presque tous les joints sont morts… Avec Pascale, nous recollons le piston à la cyanolite et comblons les parties manquantes à l'époxy mais il manque des joints et la réparation est osée… Tout ça doit sécher 24 heures et nous verrons demain.

 

06/02/15

Dans la nuit, le vent baisse et les voiles recommencent à battre, nous remettons un peu le moteur, histoire d'avancer un peu sans secousse sur l'étai, de recharger nos batteries et de mettre 10 milles dans la vue de notre compagnon et régatier de voyage.

 

L'ile est en vue à 40 milles de distance mais on ne voit que son sommet, c'était la même chose pour un pétrolier qui nous a doublé il y a quelques jours… L'horizon est nettement visible à l'œil nu et ce cargo ne laissait voir que son château arrière, le reste était derrière la ligne d'horizon ! D'après mes souvenirs d'écolier, je crois me rappeler que la terre est aplatie au niveau des pôles, cela expliquerai que la courbure de la planète sous ses latitudes soit plus accentuée… Ou pas !

Au matin, le vent repointe son nez et nous poursuivons sous voiles à 5 nœuds de moyenne. Toute la journée, l'ile rocheuse se rapproche et nous distinguons les grandes falaises noires sur lesquelles la grande houle vient se briser. Un minuscule confetti au milieu de l'océan, le sommet d'une montagne sous-marine… Sainte Hélène est une ile de la taille de Belle ile en mer, 17.2 km dans sa plus grande longueur et aucune terre à moins de 1300 km… On se demande comment les anciens navigateurs on fait pour tomber dessus…

La nuit assombrit le ciel et c'est dans le noir complet que nous longeons les hautes falaises de la côte Nord.

Très vite, nous sommes sous le vent de l'ile, sur une mer calme et la pleine lune se lève enfin. Le disque orange s'élève rapidement et entre deux nuages, nous pouvons à  nouveau distinguer les reliefs.

La lune est masquée par les cumulus accrochés sur les hauteurs rocheuses et de puissants projecteurs nous éblouissent, ça va être compliqué de trouver un corps-mort dans ces conditions.

Je contacte "Santa Helena radio" et une charmante et zélée standardiste nous souhaite la bienvenue. Elle répète notre identification et le sien trois fois par phrase, au début et à la fin, une vraie pro mais alors, ça prend un temps fou, surtout lorsque je lui fais répéter chaque échange !

Nous devons avancer jusqu'à "James Bay" puis contacter le "Harbour control" sur le "canal 14", de son côté, elle téléphone au maitre du port pour l'informer de notre arrivée et il sera à l'écoute vers 22h, parfait !

Je contacte enfin la capitainerie et mon interlocuteur est absolument charmant. Il tente de nous guider jusqu'aux corps-morts mais la visibilité est très mauvaise et je ne comprends pas toutes ses explications. Du coup, il nous dit de rester en veille pendant qu'il prend sa voiture pour descendre au port et rejoindre son bureau, il est 22h45 !

Il allume et éteint la lumière de son lieu de travail plusieurs fois et je localise facilement sa position. Il me guide donc par rapport à son emplacement et nous rejoignons la zone de corps-morts disponibles.

Il y en a des jaunes (moins de 20 tonnes) et des rouges (plus de 20 tonnes). Ils sont flambants neufs et pour passer une aussière dans l'anneau, il faut les saisir par l'arrière du voilier. La manœuvre est facile car nous avons sorti notre projecteur halogène et c'est le calme plat.

Il est 23h, nous sommes bien ficelés, le voiler roule un peu mais rien de méchant. "Too Much" arrive à son tour et nous lui éclairons sa bouée, il exécute la manœuvre à la perfection et prendre un corps-mort lorsqu'on est en solitaire, ce n'est jamais simple. Tout le monde ronfle à minuit.

 

07/02/15

Nous sommes réveillés par le bruit d'un gonfleur… Il est 6h30… C'est quoi ce bordel ?... Jean est en slip, il regonfle son annexe… Là, on a des envies de meurtre…

Je contacte le "Harbour Control" et nous avons rendez-vous à terre à 9h30. Pour ce faire, un service de "ferry boat" existe et il suffit d'appeler sur le "16" pour qu'un petit bateau jaune vienne nous chercher à bord. Il n'y a aucune plage sur Ste Hélène et le ressac interdit tout débarquement à la côte. En arrivant au quai en béton, nous apprécions le service car je ne vois pas comment on pourrait laisser son annexe avec cette houle et ce marnage. 1.5 livres l'aller-retour, c'est hors de prix mais ça évite bien des soucis…

Le port est construit sous une falaise verticale et l'ensemble de la montagne est recouvert de filets anti-éboulements. Les bâtiments qui longent la darse datent de la période napoléonienne et nous tentons d'imaginer l'état d'esprit de l'empereur en débarquant en 1809 sur cette ile anglaise perdue au milieu de l'océan.

 

Le bureau du port et les douanes se trouvent sur le front de mer, dans une grande bâtisse blanche. L'accueil est chaleureux et les formalités vite remplies. 40 livres de taxe portuaire et 2 livres par jour pour le corps-mort, VIVE L'EURO !!

Les bâtiments d'époque sont partout et on se surprend sans cesse à imaginer Napoléon débarquant, marchant sur le quai, regardant la mer et évaluant l'immensité d'eau qui le sépare de sa patrie… Quelle résignation il a du ressentir, en "liberté" sur une ile minuscule et éloignée de tout.

Nous rejoignons maintenant la rue principale, elle aussi est bordée de maisons anciennes aux murs épais. Un long escalier de 699 marches grimpe à la verticale au sommet de la falaise qui domine le mouillage. L'église est en rénovation, la prison est juste à côté et l'immigration se trouve dans les bureaux de la police. Nous avons un séjour gratuit de 72 heures, au-delà, il faut payer 17 livres par jour et par personne. La fonctionnaire nous demande de présenter un document attestant de la couverture des frais de rapatriement en cas de pépin de santé. Il y a deux lignes dans notre police d'assurance qui mentionnent ça quelque part et ça suffira, ouf !

Les passeports sont tamponnés et nous sommes libres de déambuler dans la petite ville coincée au fond d'une vallée profonde.

Un paquebot avec 600 touristes doit arriver demain de Namibie. Si on veut visiter l'ile, il faut le faire aujourd'hui…

 

Nous louons les services de Robert, un personnage local tout en couleur…

Il parle avec un accent épouvantable et mange la moitié des mots, du coup, on ne comprend absolument rien de ce qu'il nous raconte.

Il coupe le moteur pour répondre à nos questions, du coup, on s'arrête toutes les 5 minutes, le temps qu'il trouve ses mots…

Il connait tous les habitants de l'ile car il était chauffeur scolaire pendant 30 ans, du coup, il salut et discute avec tous les gens que nous croisons…

Toute sa famille habite Sainte Hélène, du coup, il nous montre tous les domiciles familiaux, la voiture de sa femme, le tracteur du tonton…

Il se sert d'un cahier relié dans lequel il a gardé toutes les affiches ou articles de l'histoire de son ile et passe son temps à le feuilleter en baragouinant, du coup, il nous prend bien la tête !

Nous déjeunons à côté du grand chantier de l'aéroport. La bouffe est immonde mais la vue vaut le détour. La terre est nervurée de rouge et de jaune, un peu comme à l'ile Maurice mais en beaucoup plus étendu.

Les falaises cernent l'ile et les accès à la côte sont très rares. Nous poursuivons notre périple dans une campagne verdoyante et vallonnée et nous arrivons enfin à la maison de Napoléon, celle dans laquelle il vécut 6 années et mourut… Empoisonné… Par les Anglais… GRRR… Alors, évidemment, ceux-ci disent que l'arsenic venait du papier peint, qu'il est mort d'un cancer de l'estomac et que je suis la reine d'Angleterre tant qu'on y est !

La visite est très intéressante car tout est resté en l'état sauf une trentaine de meubles et souvenirs qui sont aux Invalides jusqu'en 2017.

La maison est spacieuse, très bien conservée, même le fameux papier peint est d'origine… La vieille dame qui nous fait visiter est agréable, très anglaise et pleine d'humour. C'est assez émouvant de s'approcher autant du lit de mort avec ses draps, ses vases, ses tableaux, ses ustensiles et il y a ces masques, ces moulages du visage effectués après son décès… Tout ça est très envoutant et on ressentirait presque un certain malaise à partager une telle intimité avec un illustre personnage dont nous sommes fiers et que l'on découvre mortifié par l'échec et l'exil.

C'est un peu comme si nous avions une part de Napoléon en nous, il symbolise tellement la France et ses victoires et nous le découvrons amaigri, malade, agonisant. Pour lui, Sainte Hélène est terre de perdition, de déchéance… Et chez les Rosbeefs pour ne rien arranger…

Nous sortons de là avec soulagement et retrouvons la campagne pour continuer notre visite. Une multitude de petits oiseaux rouges vifs, des cardinaux accompagnent le mini van tout autour de cette terre mystérieuse.

Nous finissons la journée par Lader Hill, tout en haut des escaliers construits sur un ancien chemin de halage. La vue est vertigineuse et descendre par là ne nous inspire pas du tout, monter encore moins !

Nous prenons de belles photos panoramiques du mouillage et de Saint James puis c'est le retour au bateau via le "taxi boat" piloté par un nouveau chauffeur avec des oreilles gigantesques, Dumbo !!! Il reste sagement dans sa cabine pour eviter la prise au vent !

L'ile est ravitaillée deux fois par mois par un cargo qui fait la navette entre Le Cap, Ascension et Sainte Hélène alors pour trouver du frais, c'est un peu compliqué.

Le déssalinisateur est définitivement hors service. La réparation n'a pas suffi et ça continue à fuir. Idem pour le compas du pilote, il ne fonctionne pas et il n'a jamais servi !

Je bois un ti-punch que je ne digère absolument pas… décidemment, sacrée série noire !

 

08/02/15

Réveil de bonne heure car Too Much et Badinguet nécessitent quelques travaux.

Nous relions les deux voiliers par les poupes et ainsi, il est facile de circuler de l'un à l'autre.

Jean recoud son génois avec notre machine, monte en tête de mât pour changer sa poulie de genaker et remplit notre réservoir d'eau douce avec le sien, son déssalinisateur fournit 200 litres à l'heure, y a pas photo.

Nous aurons donc 1000 litres pour au moins 4 semaines de navigation, soit 30 litres par jour et par personne…

Je profite de la pause pour écrire un peu et trier les photos d'hier. Internet est très lent à Sainte Hélène et nous ne pourrons pas envoyer d'épisode avant les Açores… 

Une énorme tortue verte vient jouer à côté de Badinguet. Il y a quatre autres voiliers avec nous mais nous les connaissons et nous ne les fréquentons pas, ce sont des Italiens, eh, eh, eh.

"Too Much" lâche son corps-mort, il se sauve vers le Brésil pour retrouver sa belle…

Le mouillage redevient très clame…

A la tombée du jour, un grand aileron fend l'eau calme à 20 mètres de Badinguet, un requin baleine se promène dans le mouillage.

 

09/02/15

Il pleut depuis 3 heures du matin et le ciel est très chargé lorsque le jour se lève. Il parait que j'ai ronflé toute la nuit !

Nous allons à terre vers 9h, pour remplir les formalités de sortie et faire les pleins. Après une bonne heure de recherche, nous trouvons enfin des grosses bouteilles d'eau potable en quantité suffisante. Nous laissons les bombonnes au magasin et Jossie, celui qui s'occupe du ravitaillement en gasoil se chargera de la collecte.

Nous embarquons sur une barge à moteur vieille de plus de 100 ans. Elle est équipée d'une citerne et le complément du réservoir est fait rapidement. Nous pensions avoir dépensé beaucoup plus de carburant, du coup, il nous reste trop d'argent local et les livres de Ste Hélène ne sont pas échangeables !

Nous retournons à terre une dernière fois pour quelques emplettes et un déjeuner assez ignoble… Le départ est donné à 15h, en direction du Nord-ouest pendant 2 semaines puis vers le Nord et enfin vers le Nord-est, tout ceci devrait prendre au moins 4 semaines… GULP !

 

  REMONTEE DANS L'ATLANTIQUE  

 

La mer est formée et nous bénéficions de 3 jours de bon vent au grand largue en direction de Ascension…

Il est 17 heures lorsque le génois se met à descendre à toute vitesse du tube de l'enrouleur… Il est passé sous l'eau, sous le bateau et nous enroulons toutes les voiles pour le remonter rapidement sur le pont. La cordelette de Spectra qui maintient la voile sur l'émerillon à cédé… Décidemment, on est vernis en ce moment…

Notre route se situait à l'Est des l'ile de l'ascension mais il va falloir se dérouter pour regréer le génois à l'abri du vent, quelle merde ! Dans notre malheur, nous avons la chance que ça nous arrive ici et non pas sous un régime plus dur comme celui de l'alizé du Nord-est et en abatant de 40°, nous sommes à 250 milles d'Ascension.

Le bateau continu à avancer à environ 5 nœuds sous grands-voiles, on ne perdra pas trop de temps…

Comme on a que ça à faire et que ce génois entortillé sur le pont fait mal au cœur, nous allons tenter de descendre ce fichu émerillon pour éviter l'escale forcée…

Nous ralentissons le bateau, les voiles sont enroulées, le moteur ronronne, Badinguet roule à près de 40° bord sur bord et la grimpette en tête de mât est extrêmement périlleuse. Pascale a beau exécuter la manœuvre à la perfection, le roulis prend beaucoup d'ampleur en altitude et à 20 mètres de haut, c'est monstrueux ! Je suis accroché comme Spider Man sur un poteau électrique, j'enlace amoureusement le grand mât avec mes bras et mes jambes et si je lâche…

Arrivé tout en haut, je tente de descendre l'émerillon, mais celui-ci est bel et bien coincé en haut de l'enrouleur et j'ai beau tirer avec mes 85 kilos, rien ne bouge, je suis furieux !

Pascale me redescend rapidement, je suis épuisé par la manœuvre et nous n'éviterons pas l'escale à Ascension On garde le cap vers l'Est pour y arriver demain. L'AIS nous lâche quelques heures plus tard, là ça fait vraiment beaucoup…

Il est 14 heures lorsque nous longeons la côté Nord de l'ile anglaise. Le spectacle est magnifique, une ile montagneuse parsemée de coulées de lave et de cratères dont le sommet s'élève à 859 mètres. On imagine sans peine la montagne sous-marine qui se cache sous la surface de l'océan. La partie émergée de ce gigantesque volcan est impressionnante, beaucoup plus que Sainte Hélène… C'est ici, qu'il faut faire escale en priorité, pas chez Napoléon !

Avec la chance qu'on a en ce moment, le volcan va se réveiller juste quand on va arriver et on fera un barbecue au mouillage !

Un groupe important de grands dauphins gris mouchetés accompagne Badinguet qui profite de l'effet Venturi puis c'est au tour des grandes tortues vertes de plonger devant l'étrave. Il y en des dizaines, elles sont énormes et beaucoup profitent de l'après-midi pour s'adonner à leur activités favorite… La reproduction de l'espèce !

Nous contournons la pointe Nord et découvrons les antennes géantes, les lignes électriques et les grandes éoliennes qui alimentent le centre international de transmissions, de câbles et de réseaux. Ascension est située à un endroit stratégique pour le suivi des lancements de fusées "Ariane" dans l'espace, pour les transmissions de la R.A.F. et la BBC entre autres…

Le mouillage est protégé de la houle et des vagues mais le vent s'engouffre entre les cratères rougeoyants et je ne vois pas comment on va réussir à regréer le génois avec de rafales à 25 nœuds…

Balisée par deux grosses bouées cylindriques jaunes, un pipeline flottant barre toute la baie de Clarence et il faut contourner cette grande conduite pour aller au way-point de mouillage. Nous confirmons ce que disait Cornell, il ne faut pas arriver de nuit ! Ce pipeline sert à ravitailler l'ile en carburant lorsque le pétrolier vient mouiller dans la baie.

Il y a deux autres voiliers au mouillage et le fond de sable de 8 mètres est d'excellente tenue. Devant, nous, un dôme volcanique rouge domine une grande plage de sable jaune et des dizaines de grosses têtes de tortues vertes jettent un œil inquiet en direction du dernier voilier arrivé…Les autorités ne répondent pas sur "16", ni sur "14" aussi, nous coupons la VHF, histoire de ne pas être importunés plus tard pendant nos réparations.

 

Pascale me monte très rapidement en tête de mât et j'accroche une drisse sur l'émerillon coincé. Aussitôt monté, aussitôt descendu et dans des conditions de mer calme, j'y retournerai juste pour le plaisir !

Pascale fait tourner l'enrouleur de génois d'un côté et de l'autre, je maintiens la tension sur l'émerillon avec le guindeau et la bague se décoince enfin pour rejoindre le pont, OUF !

Les tortues applaudissent en cœur mais il reste le problème du vent… Regréer le génois avec 20 nœuds de vent est impossible aussi quittons-nous le mouillage pour chercher un endroit abrité mais les grandes coulées de lave ne suffisent pas à nous protéger… Ce n'est que vers 20 heures, entre deux rafales, que nous réussissons enfin à remettre la ralingue du génois dans sa gorge malgré 12 nœuds de vent !! Là aussi, les tortues ont du applaudir mais dans le noir, nous n'en sommes pas certains…

J'ai quand même réussis à me mettre un beau ti'punch dans le gorgeon, Pascale nous a préparé deux délicieux filets de bœuf avec des patates sautées et à 21h, Badinguet reprend sa route vers le Nord-nord-est dans le noir complet.

Le lendemain, nous décidons de pêcher un peu car entre le pot-au-noir qu'on traversera au moteur et l'alizé du Nord-est qui risque de nous chahuter sérieusement, c'est le moment ou jamais.

2 heures plus tard, les deux lignes partent en même temps et c'est encore du lourd… La première se décroche au pied du bateau et je remonte une grosse bonite de 10 kilos sur la deuxième traîne.

La bonite est remise à l'eau car nous attendons mieux que ça ! La chair est trop amère et nous devenons difficiles… 

Le chariot de bôme se bloque à son tour, je peste, je hurle ma rage d'avoir une nouvelle avarie et sans ce moteur, mettre la grand-voile à poste va devenir difficile et même risqué si la mer se fâche sous l'alizé…

Je débraye l'enrouleur et étarque la voile à la main, quelle galère ! La voile est à poste et je repère tout au bout de la gouttière de la bôme, mon couteau-épissoire qui bloque l'écoute… Je cherchais ce couteau depuis un moment et j'ai même accusé Pascale de ne pas l'avoir rangé à sa place… En fait, je l'avais oublié là… Tout comme la clé de 13 derrière les cadrans Raymarine ou la pince multiprises sous le groupe électrogène… Et la liste est longue. On ne perd jamais rien, on retrouve, dans des endroits illogiques, des semaines, parfois des mois plus tard, le matériel qu'on a cherché pendant des heures dans les endroits logiques…

 

10ème  jour de mer

Depuis cet épisode, aucun autre poisson n'a daigné gouter à nos leurres. De gros globicéphales viennent jouer devant l'étrave de Badinguet qui continue sa remontée vers le Nord au moteur. Nous passons en début de nuit l'Équateur pour la quatrième et dernière fois. La zone intertropicale de convergence est devant nous avec ses gros orages et ses nébulosités.

Nous avons prévu 4 jours au minimum de moteur et je voudrai sortir de la ZIC autour du 5è nord et du 18è ouest, beaucoup plus à l'Est que ce que recommande Cornell. Celui-ci conseille de passer l'Équateur entre le 22ème et 26ème ouest et de reprendre de l'Est au moteur jusqu'au 5è nord alors pourquoi, ne pas filer tout droit tout le temps, le vent nous a été favorable jusque là et 4 jours sans vent ne nous inquiètent pas…

Il fait extrêmement chaud et lourd, nous continuons à économiser l'eau douce en nous lavant tous les 3 jours et en faisant la vaisselle à l'eau de mer.

Nous avons bien tenté de récupérer de l'eau de pluie avec la grande bâche que j'avais fait faire au Sri Lanka mais il n'a pas plut assez pour rincer correctement le bateau de sa poussière et du résidu de Manganèse de Port Elizabeth. L'eau recueillie était sombre et chargée…

Les nuages ont remplacé le ciel bleu, les vagues sont désordonnées et désagréables et la progression au moteur se fait lentement dans l'attente de toucher l'alizé du Nord-est tant attendu et même un peu redouté car il peu souffler très fort. Nous devrons l'aborder au près et maintenir une allure le plus proche possible du vent pour ne pas trop nous éloigner de notre objectif, les Açores.

Grace à Papy jean et Arnaud, nous avons récupérer les adresses des deux marinas où nous pourrions laisser le voilier, Horta et Praia da Victoria. Les réponses sont positives, il va falloir choisir… Il reste tellement de mer à courir que nous ne nous sentons pas pressés d'en découdre avec des tarifs de place de port… Et puis, les Açores symbolisent la ligne d'arrivée, très loin derrière l'horizon mais très présente dans nos esprits…

Nous serons de retour en Europe après plus de 6 ans et demi de vadrouille autour du monde, comment va-t-on gérer le retour ??? Il nous reste 3 semaines de navigation au large pour accepter l'inéluctable, le retour à la vie terrestre…

La sortie de la Zic est compliquée avec un vent du Nord de 20 nœuds qui nous cueille à froid, nous obligeant à faire route plein Ouest. Le bateau tape dans la lame, enfourne et des paquets d'eau courent sur le pont jusqu'au cockpit où ils escaladent les pare-brises furieusement. Les embruns giflent le voilier qui se bat pour chaque degré perdu, quelques belles vagues hautes et courtes nous donnent de belles frayeurs, on a l'impression que nous allons passer dessous plutôt que dessus mais non, Badinguet s'élève presque à la verticale et retombe lourdement de l'autre côté, pour subir l'assaut suivant.

Au petit matin, le vent tourne lentement et nous recommençons à faire un peu de Nord, c'est à ce moment que nous passons à 10 mètres d'une grosse bouée météo. Il est vrai que les prévisions par Grib sont très justes et précises, cette bouée y est peut-être pour quelque chose… En tous cas, on a bien faillit l'emplafonner !

 

15ème jour de mer

Si nous n'avons pas dépassé la moitié, nous n'en sommes pas loin et depuis 4 jours, la navigation est devenue belle et agréable. Il y a bien de temps en temps une petite vague pour nous faire enfourner ou tomber dans un creux avec fracas mais nous nous y sommes faits.

Nous profitons chaque jour et chaque nuit du spectacle de mère nature et de la grande bleue. Les couchers de soleil se suivent sans se ressembler, les nuits se succèdent, douces, étoilées et scintillantes de planctons. Les levers de soleil ne sont pas en reste et ils ont un avantage indéniable sur les couchers, ils annoncent la fin de la nuit et la naissance d'une nouvelle journée au large à écouter l'eau qui coure le long de la coque de Badinguet.

Les poissons volants décollent tout autour du voilier, effrayés par cette grande masse blanche qui glisse sur les eaux bleues.

L'alizé est bien établi et Eole nous fait une vraie fleur en le maintenant à 15 nœuds, juste ce qu'il faut pour que nous fassions route au près sans trop de secousses.

Le bateau avance à 7 nœuds et lentement mais surement, notre trajectoire s'incurve vers le Nord, au fur et à mesure que les parallèles s'enchainent.

Nous sommes à 500 milles du Cap vert et du yacht Club de Mindello où nous avons tellement de souvenirs… Il parait que la nouvelle marina est terminée…

Depuis 3 jours, nous avons un nouvel ami, Bob le rouge. Il apparait l'après-midi en en début de soirée pour profiter d'une belle opportunité. Bob, le rouge est un fou brun avec des pattes rouges (d'où son surnom) et chaque jour, il profite des remous provoqués par Badinguet pour se nourrir et de quelle façon !

L'oiseau se place très en hauteur au dessus de l'artimon et attend son heure... Dés qu'un poisson-volant s'envole, il attaque un vertigineux piqué tout en accélération, ensuite le spectacle est garanti. Bob poursuit sa proie au ras de l'eau, sans un battement d'aile car il n'est qu'à quelques centimètres des vagues. Il fonce sur sa cible qui espère trouver le salut dans les airs. Rapidement, Le prédateur se rapproche en suivant à la perfection la trajectoire du poisson. Deux missiles air-air lancés à toute vitesse à la limite des vagues. La fin est proche, le bec affamé se referme sur sa proie en plein vol et l'entraine en altitude pour ne pas le perdre.

En général, la taille du poisson est trop grande pour être avalée d'un coup alors notre ami Bob, se pose pour le décortiquer tranquillemen, il est vrai que les nageoires doivent être indigestes, autant bien le nettoyer.

Il est étonnant de trouver un fou si loin des côtes, ces animaux ne sont pas des oiseaux du grand large mais il semble que celui-ci se soit parfaitement adapté à la vie en solitaire, loin de tout, à 1100 km de la Gambie et 2000 km de l'Amazone.

Pour fêter la moitié du parcours, nous ouvrons une délicieuse bouteille de vin rouge d'Afrique du Sud et je dors beaucoup mieux que la nuit dernière, Hips !

Au matin, une bonne douche à l'eau douce, c'est la deuxième depuis le départ, le reste s'est fait à l'eau de mer, tout comme la vaisselle et nous avons encore presque 700 litres d'eau dans le réservoir.

La mer reste couverte par des tapis d'algues jaunes qui réduisent à néant tout espoir de pêcher à la traîne. En 5 minutes, le leurre ramasse tout ce qui flotte et je remonte deux énormes gants de boxe d'algues agglutinées sur les bas de lignes, on commence à regretter la bonite…

Le baromètre remonte régulièrement depuis la Zic et le temps est beau, parfois limpide et infiniment vide. Le lendemain, nous apprécions les petits cumulus qui masquent le soleil brulant des tropiques.

Les météo sont prises un jour sur deux et nous avons encore 48 heures de belles conditions devant nous… Après c'est une autre histoire… Nous n'avons pas croisé de bateau depuis Ste Hélène, impossible de vérifier si l'ancien AIS que j'ai installé fonctionne…

Ce sera chose faite quelques jours plus tard, à 1 heure du matin, le radar accroche une cible et je démonte les instruments pour accéder aux branchements.

 Le clapot empêche tout travaille de précision aussi, je déporte tout le système électrique sur la table à carte en rallongeant tous les fils grâce à des cosses.

Je réveille Pascale pour qu'elle m'aide à tenir les éléments démontés car ça gigote sévère dans la cabine. Une demi-heure plus tard, l'ordinateur enregistre son premier écho AIS, ça marche enfin !

 

27/02/15

La mer n'attend pas le vent pour se former, elle a pris de l'avance, histoire de ne pas être en retard quand ça va se corser. Badinguet est déjà malmené dans une mer croisée. Les vagues du vent ne sont pas encore grosses mais la grande houle du Nord-est est montée d'un cran et il faut déjà abattre un peu pour poursuivre la route.

Toute la journée, le vent se renforce et dans la soirée, la mer est verte foncée, forte avec des creux de 4 mètres qui limitent grandement nos déplacements à bord. Il faut se tenir à tout ce qu'on peut pour faire un pas.

Je m'équipe pour une nuit de plus mais je sais que celle-ci sera difficile, je risque de ne pas dormir du tout car nous allons rentrer dans le vif du sujet vers minuit. Un collant, une combinaison en polaire et pantalon et veste de quart sont surmontés d'un bonnet en laine, un vrai scaphandrier ! Badinguet aussi est paré, les cloisons en PVC sont installées autour du cockpit et les panneaux de pont sont verrouillés au tournevis car le bateau enfourne à tout va.

Des torrents d'eau courent sur le pont jusqu'au pare-brise, les vagues percutent violement la coque soulevant des centaines de litres d'eau qui décollent pour s'écraser sur la capote dans un vacarme assourdissant.

Cette foi-ci, la mer donne de la voix et elle commence à montrer ses dents, le vent hurle dans les haubans, le bateau pioche comme un malheureux dans de courtes vagues alors que les grandes lames viennent nous prendre par le travers avant.

Certaine vagues passent à toute vitesse devant l'étrave qui se soulève pour retomber dans le creux suivant en tapant très violement. Un peu comme un plongeur qui fait un plat, sauf que lorsque les 22 tonnes de Badinguet arrivent au fond du trou, on a l'impression que tout va se disloquer.

Le bruit est terrible, la coque craque, se tord et le gréement tout entier vibre en  secouant chaque centimètre du bateau. Le stress s'installe insidieusement et on passe son temps à attendre le prochain décollage, le prochain choc en se rongeant les ongles…

Ce type de mer croisée est vraiment dangereux, si on abat et qu'on se met trop en fuite, les murs d'eau nous rattrapent et on part au lof régulièrement. Le bateau accélère dans la pente, se couche, roulé par la vague et là, le freinage est terriblement brutal avec de l'eau qui monte jusqu'à la moitié des balcons.

En restant en travers, à petite vitesse, on limite les chocs mais les déferlantes s'en donnent à cœur joie pour nous fracasser par le côté et je ne pense pas que nos protections en PVC vont résister longtemps à de telles masses d'eau. On risque de remplir le cockpit ou de se faire rouler dans une vague.

Alors on passe d'une solution à une autre, après un gros choc, on se met un peu en fuite. Une fois qu'on s'est fait couché dans un creux, on lofe un peu pour se remettre en travers et on se mange une grande déferlante qui nous inonde le bateau et ce régime indigeste va durer 48 heures !!!

La première nuit est dure, très dure, tout est trempé, ça dégouline de partout, il y a autant d'eau au dessus qu'en dessous. Les trous d'évacuation du cockpit sifflent à chaque coup de gite car le bateau est tellement soulevé que ces écubiers se retrouvent hors de l'eau constamment. Les deux pompes de WC sont désamorcées car l'entrée d'eau de mer est, elle aussi, très souvent à l'air libre, on se demande comment le groupe électrogène arrive à fonctionner dans une telle tourmente.

Nous marchons à 5.5 ou 6 nœuds mais gare à nous si le bateau accélère sous une rafale car la punition est immédiate et nos nerfs sont mis à rude épreuve.

A l'aube, le spectacle est impressionnant, la mer est grosse, et les plus grandes vagues atteignent plus de 6 mètres mais ce n'est pas tant leur taille qui est impressionnante, c'est leur configuration. Elles sont terriblement abruptes, et se croisent dans tous les sens. Il ne s'agit pas d'un train de houle avec des vagues qui se suivent, nous sommes dans une grande marmite qui bouillonne de tous les côtés. Des murs d'eau se forment en quelques secondes puis disparaissent aussitôt, d'autres nous soulèvent comme une plume pour nous emmener valdinguer sur une autre crête ou au fond d'un trou, duquel nous sommes à nouveau éjectés par une vague pyramidale dont le sommet déferlant d'écume vient s'écraser contre la coque.

Il ne s'agit pas d'une tempête ou d'une basse pression, l'alizé peut être très violent et nous sommes dans une zone d'accélération large de presque 800 km ! Il va falloir traverser cette zone sans trop de casse et si possible, en essayant de ne pas trop perdre en cap.

La mer est maintenant striée de blancs, les embruns se sont alignés sous l'effet du vent et les rafales secouent tout le voilier. La voile d'artimon n'y résiste pas et se déchire sur 1.5 m, je l'enroule rapidement pour éviter de la perdre complètement. Putain de bordel de merde en boite !!!!

Il ne reste plus qu'un petit bout de génois dehors, Pascale est dans sa couchette et je redoute sa réaction lorsque je vais lui annoncer la nouvelle…

Toute la journée, Badinguet et son équipage souffrent. Le bateau s'écrase régulièrement dans les creux et il est impossible de l'empêcher, quelques soit l'angle qu'on adopte, les vagues nous font décoller et nous lâchent dans le vide… La seule solution serait de mettre à la cape mais nous n'avons plus d'artimon ! Resterait la cape sèche…

A chaque fois que le voilier décolle, il y a ce moment terrible où il reste suspendu dans le vide, ce moment où on bloque sa respiration, où le cœur s'arrête de battre, où on s'accroche à quelque chose et on ferme les yeux en attendant le monstrueux choc.

Il faut prendre son mal en patience, lire, écouter de la musique, se changer les idées le plus possible mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Le cockpit est noyé régulièrement sous les paquets de mer, la violence avec laquelle ces grandes quantités d'eau viennent percuter notre abri provoque tout un tas d'infiltrations que nous n'avons jamais eu auparavant. Ca gicle par les passages des écoutes, sous le pare-brise, sous les joues de la capote et par toutes les fermetures à glissières.

La deuxième nuit est comme la première glaciale et humide et toujours accompagnée du hurlement du vent qui fait vibrer le gréement. Je suis trempé mais j'ai rajouté quelques couches de vêtements secs et j'arrive à dormir quelques heures dans la tourmente. Le vent a un peu tourné à l'Est et malgré les éléments qui nous poussent vers le large, nous gardons une route a peu près potable, maigre consolation…

Cela fait 48 heures que nous en prenons plein la figure et nous sommes dans un piètre état après deux jours dans cette essoreuse. Le vent commence à baisser, ½ nœud toutes les 4 heures, c'est lent mais régulier et la perspective de retrouver demain, une mer calme nous redonne le sourire.

Le jour suivant, la mer est belle, bleue foncée, le ciel est pur, sans un nuage, une légère brise nous propulse à 5 nœuds et demi. Les deux lignes de pêche trainent dans le sillage, il fait chaud, nous profitons du calme. Je dirai presque que nous jouissons de cette paix après tant de déchainements…

Nous avons pardonné à la mer car elle enseigne en permanence  l'appréciation du moment présent. Nous sommes tellement heureux à cet instant que le mauvais moment est complètement oublié et loin derrière nous.

L'heure est au bilan et Badinguet est vraiment dans un triste d'état. Tout est recouvert d'une croute très épaisse de sel. Avec le soleil et les embruns continuels, les balcons mais aussi, les haubans, les mats, les pare-brises, les cannes à pêche, les antennes, tout ce qui est exposé est recouvert d'une bogue de sel très dure et épaisse de 5 millimètres par endroits. Impossible d'enlever ça à la main et il faudra un sérieux dessalage à Badinguet à l'arrivée.

Les inox et surtout ceux qui ont été coupés ou percés dégoulinent de rouille et de grandes trainées marrons sont visibles un peu partout sur le pont ou dans le cockpit, ça aussi, nous n'avons jamais rien de vue de tel.

Pour finir l'inventaire, les secousses et l'incroyable essorage que nous avons subi a décollé des quantités invraisemblables de saletés et de boues qui sont sortis par tous les orifices, les gorges, les fentes tout autour de la capote, du capot de descente, des cadènes, des haubans, des capots de hublots, des winchs et j'en passe… La structure du voilier a du sérieusement travailler pour déloger autant de salissures, ça fait peur et côté nettoyage et contrôle, il va y avoir un travail de titan !

Nous en sommes à peu près au ¾ du voyage, il reste une semaine de navigation jusqu'aux Açores et dans 3 jours nous quitterons les alizés pour retrouver un régime de vents instables, après plus de 15 jours au près !

 

24ème jour de mer

L'océan reste clément et le vent se charge de faire avancer notre lourd Badinguet vers le Nord puis le Nord-est. Mille après mille, nous approchons du but. Les nuits sont devenues très fraiches et d'énormes masses nuageuses modifient le vent régulièrement, sans omettre de nous arroser d'un puissant grain de temps en temps.

Le sel reste accroché aux balcons, il ne suffira pas de rincer, il faudra frotter…

Cela fait 25 nuits que je passe dans le vent avec juste le bruit de l'eau qui glisse le long de la coque comme musique nocturne, parfois un hurlement infernal, parfois une douce mélodie. Je me réveille à chaque changement de vent ou de cap, lorsqu'une voile bat, que le bateau tape ou s'arrête dans la pétole, il faut se lever, border d'un côté, choquer de l'autre, lâcher un peu de voile ou réduire… Je me recouche alors et reste attentif quelques minutes pour m'assurer que tout va bien à nouveau et le sommeil reprend ses droits en quelques secondes.

Il arrive que je reste assis plusieurs heures à négocier de gros cumulonimbus sous lesquels le vent monte furieusement puis s'effondre dés qu'ils sont passés. Souvent, il faut rentrer les coussins car le grain déverse des trombes d'eau dans le cockpit et il faut tout sécher pour se réinstaller en position horizontale.

Alors que nous rinçons un peu la capote pleine de sable saharien, Pascale hurle :

-       Pascale : Un cachalot, un cachalot, là, juste le long du bateau.

-       Nicolas : Où ça ?, je ne vois rien.

-       Pascale : il était juste le long de la coque, à 5 mètres, il est énorme.

Je cherche avec inquiétude où se trouve la grosse bête et soudain, je devine puis découvre la masse sombre qui approche de l'étrave… Le cachalot émerge en soufflant. C'est un petit et il fait une bonne dizaine de mètres…

Le voilà qui joue devant Badinguet, il passe et il repasse sous la coque, comme le ferai un dauphin !!! Si la maman est dans le coin et décide de jouer avec son bébé, ça risque de faire mal…

Nous mettons le moteur en route, crions pour l'effrayer et le garnement s'enfonce dans les profondeurs de l'Atlantique, ouf !

Tous les deux jours, nous envoyons un "pont-route" à la famille et si nos calculs sont bons, si la météo reste aussi clémente, nous devrions arriver à Horta le 9 mars.

 

25ème jour de mer

Nous abordons l'œil de l'anticyclone des Açores. Après avoir pleinement profité de l'alizé, le vent est complètement tombé et nous sommes au moteur à petit régime. La grande houle du Nord-ouest nous contrarie à peine, les poissons volants et les oiseaux ont déserté depuis plusieurs jours cette mer bleue foncée qui s'est considérablement rafraichie.

Deux jours de moteur pour se dégager de la zone calme et nous retrouvons un vent agréable du Sud-ouest et qui souffle à 15 nœuds. Badinguet change enfin d'amure avec les deux voiles du grand mât en ciseaux. Nous avançons à 6.5 nœuds en direction de la ligne d'arrivée. les deux traines sont à poste mais ne suscitent pas d'intérêt particulier pour ceux qui se trouve sous l'eau...

 

 

AÇORES

  Faial - Açores

28ème jour de mer

Depuis 2 jours, nous alternons moteur et grand-voile et génois en ciseaux. Lorsque le vent baisse, le génois bat violemment car le coup de vent situé 100 milles à l'Ouest nous envoie de grandes vagues qui nous font rouler constamment.

Une dernière nuit dehors, glaciale, très humide et découpée par le passage de nombreux cargos qui circulent entre l'Europe et le continent américain. Pascale se lève vers 6h45, puis c'est au tour du soleil à 7h35. Quelques dauphins viennent saluer notre arrivée et de nombreux oiseaux de mer annoncent la terre mais où est-elle ?

Nous sommes à 20 milles des iles volcaniques mais de gros nuages les dissimulent complètement… Après 28 jours de mer, c'est assez frustrant !

Ca y est,

-       TERRE, CAPITAINE, TERRE !!! DROIT DEVANT !!!

Une côte sombre émerge lentement des masses nuageuses grises, nous approchons…

Pour passer le temps et quitter un peu des yeux le compteur de milles, nous prenons une longue douche bouillante. Plus question d'économiser l'eau, le débit est au maximum et le bateau se remplit de vapeur d'eau. La salle de bain ressemble à un sauna tellement il fait froid à l'extérieur.

En remontant sur le pont, nous apercevons beaucoup plus de détails, les toits des grands bâtiments, les falaises brunes qui cernent les cratères côtiers et enfin le chenal entre les iles de Faial et Pico qui mènent à la marina de Horta.

Nous n'avons aucun plan, aucune instruction nautique, juste une carte "Mapmedia" sur l'ordinateur car il n'était pas prévu que nous allions aux Açores si tôt…

Ca y est, le cratère de l'enfer est laissé sur bâbord, la houle ne rentre pas dans le chenal mais le vent si !!!

Badinguet est à la dérive sous 25 nœuds de vent froid, le temps est complètement bouché. Les amarres et les pare-battages sont à poste, je contacte la marina sur le "16" puis nous continuons notre conversation en français sur le canal "10". Nous devons nous amarrer derrière un ketch suisse sur le grand quai en béton de la capitainerie.

Surprise, le ketch en question est un Super Maramu 2000 avec un pavillon anglais !!!

Le vent est violent et les gars de la marina nous aident à bloquer les aussières sur d'énormes taquets.

Les formalités sont remplies en un clin d'œil, l'immigration est dans le même bâtiment que la capitainerie et toutes les formalités sont gratuites. Nous titubons de mal de terre et de fatigue mais l'excitation est trop grande pour rester au bateau et nous voilà partis pour discuter avec nos voisins qui sont bien Suisses finalement… Ils sont en panne moteur et arrivent du Cap Vert. Ils ont bouclés leur tour du monde en moins de 2 ans !!!

Nous dégotons un petit café où on nous prépare un copieux plat du jour pour 7 €, le wifi fonctionne lentement aussi achetons nous une carte SIM et retournons sur notre Badinguet qui attend avec impatience sa douche d'eau douce…

Nous profitons de la place au quai pour refaire le plein de gasoil, nous avons dépensé 332 litres. La réservation que nous avions faite par iridium est confirmée mais notre place n'est pas libre et le propriétaire du bateau intrus n'est pas pressé de déplacer sa barcasse aussi bougeons-nous Badinguet vers une autre place temporaire beaucoup plus à l'abri de la houle qui rentre dans l'enceinte portuaire.

Nous sommes vannés, mais il faut qu'on s'active comme des imbéciles, nous n'arrivons pas à glandouiller… Nous attaquons le rinçage du voilier et je confirme, pour retirer la croute de sel, il faut frotter très fort ! Les écoutes trempent dans les seaux pour la nuit, les tangons sont rangés et vers 16h30, épuisés, nous nous effondrons dans le carré. La pluie tambourine sur le pont, nous sommes à l'abri, au chaud, ça ne bouge pas, ça ne secoue pas, pas de bruit de voile qui claque… Quelle paix… Après 28 jours et 4250 milles de navigation…

Vivement l'apéro de ce soir... Et la nuit qui suivra…  

 

10/03/15

Une nuit ventée mais Ô combien calme… Tellement calme qu'à 7h du matin, je me réveille en sursaut pour aller vérifier la bonne marche du navire…

Il fait toujours aussi gris, froid et humide et il y a pas mal d'agitation sur le quai… Un "3 mâts" hollandais de 60 mètres vient d'accoster en provenance des Bermudes. On à l'air tout petit !!!

Le bateau qui bloquait notre place est parti mais le vent est trop fort pour envisager de bouger aujourd'hui.

Je rencontre Armando à la capitainerie. Très sympa, il connait mon père et ses amis de La Trinité, une sacré aubaine car il est le manager de 4 marinas aux Açores.

Le voilier vient chercher la voile d'artimon à 9h30 et nous attaquons le travail de rangement et de nettoyage à l'intérieur de Badinguet.

 

13/03/15

Trois jours de dessalage, de rinçage, de nettoyage et de rangement… Toujours les mêmes gestes et les mêmes consignes lorsqu'on hiverne le bateau…

Le temps reste maussade et venté, nous avons bien aperçu le magnifique volcan de l'ile voisine de Pico mais c'était furtif !

Il est 13h30 et je me rends chez Lucia, la coiffeuse située à côté du bar des Sports. La femme est rondelette, fausse blonde à souhait. Dans la bouche, un chewing-gum à la menthe et dans la main droite, son arme… la tondeuse… Elle ne parle pas un mot d'anglais ou de français et attaque très vite le travail… Jamais je n'ai passé aussi peu de temps chez le coiffeur… La tondeuse est magnée à une vitesse étonnante et les cheveux tombent tout aussi vite. J'en ai partout et pour me débarrasser de tous ces cheveux coupés, elle me souffle dessus avec son haleine mentholée… Je comprends mieux pourquoi elle mâche toute la journée !

Exactement 5 minutes plus tard, Lucia en a terminé et je me retrouve dehors délesté de 5€ et ravi de la prestation !

Nous dinons chez Peter au très fameux "Café des sports", repère de marins depuis 3 générations et repère de gredins lorsqu'on voit les prix pratiqués.

Le lieu est chargé d'histoire et décoré comme il se doit avec des photos en pagailles, des dents de cachalots et des centaines de fanions et pavillons entassés des murs au plafond. L'ambiance reste chaleureuse et nous discutons un bon moment avec le patron, le fils du fameux José surnommé Peter. Barbu, la cinquantaine, il nous explique avec passion l'histoire et les techniques des pécheurs de cachalots aux Açores.

Un endroit situé à mi-chemin entre un bar, un point de rencontre, un office du tourisme et un bureau de poste. Autrefois fréquenté par les baleiniers et les navigateurs qui faisaient la traversée de l'Atlantique ou des voyages encore plus longs, il est devenu aujourd'hui un lieu touristique pittoresque chargé d'aventures et de belles histoires de marins. C'est surtout José père qui a façonné la réputation du café, Il passa sa vie à aider les marins de passage. Il facilitait leurs formalités, orientait et mettait en relation les différents corps de métiers pour réparer les avaries. Il faisait aussi la poste restante et son livre d'or a de quoi rendre jaloux les bars du monde entier…

Enrique AZEVEDO L'arrière grand-père du propriétaire actuel s'intéressa très tôt à l'artisanat local. Ce qu'il montra à l'exposition de Lisbonne en 1888 était extraordinaire, le Scrimshaw, la sculpture sur l'ivoire de dents de cachalots. Longtemps, les Açores ont vécu de la pêche à la baleine. Si tout dans celle-ci était utilisé, les dents revenaient aux marins et durant leurs longues soirées d'hiver, ils gravaient sur l'ivoire des visages, des scènes de pêche ou de la vie à la campagne.

Au début du 20ème siècle, l'arrière grand-père ouvrit un café pour accueillir les marins de passage et les pécheurs, c'était aussi l'époque où les télécommunications se réduisaient aux télégrammes envoyés par câbles sous-marin. Etant donné leur position géographique, les Açores étaient vraiment la plaque tournante de ces liaisons. Les 4 compagnies de télécommunication entretenaient sur place du personnel qui prit l'habitude de tenir ses quartiers chez Enrique Azevado, le fils d'Ernesto.

Le fils d'Enrique, le jeune José assistait son père au café, c'était une jeunesse heureuse qui cependant trouva sa fin avec la deuxième guerre mondiale. Le "Lusitania", endommagé, stationna longtemps dans le port et José y était affecté. L'officier chargé des munitions avec qui il travaillait lui trouvant une ressemblance avec son fils Peter, finit par l'appeler ainsi. Au fil du temps, tout le monde appela José sous ce nom et par extension, quand peu à peu il remplaça son père, le café devint le "Chez Peter".

L'affaire est bien évidemment juteuse et désormais, les deux maisons de chaque côté du bar appartiennent à la famille, un magasin de souvenirs et une compagnie de tourisme.

 

Cela fait longtemps que je louche sur une dent de cachalot gravée et celle que nous découvrons chez Peter sont assez décevantes et chères… C'est en allant prendre nos billets d'avion dans une agence locale que nous faisons la connaissance de Luis.

Il nous conseille vivement de rencontrer John Van Opstal, un artiste local immigré de Hollande il y a  30 ans.

John me retrouve à la marina et j'embarque dans sa Hyundai pour une petite balade jusqu'à sa magnifique maison située sur les hauteurs de Horta.

L'endroit est superbe avec une vue sur toute la baie, des vaches paissent dans son immense jardin au gazon impeccable où les fleurs multicolores serpentent entre les palmiers et les arbustes harmonieusement taillés.

Les dents que gravent John sont de belle qualité et n'ont pas grand chose à voir avec les dents de "Chez Peter" qui sont sous-traitées au Portugal. Le travail est précis et chaque dessin est unique. Le prix est exorbitant mais je veux une dent…

Comme me l'explique mon hôte, c'est certainement sa dernière saison car on ne  trouve plus de dent de cachalot à acheter, raison de plus pour que j'en achète une !!!

Pascale va faire la tête mais  tant pis, je me fais plaisir… Je négocie, le prix baisse un peu mais il faut quand même 4 allers-retours au distributeur pour le payer en liquide, GULP !

 

Voilà, ça fait un beau souvenir du tour du monde avec un symbole fort des Açores, je vais me prendre un savon au bateau…..

De retour à bord, tout se passe bien malgré quelques grincements de dents, normal pour une dent de cachalot !

Nous sommes vendredi 13, le vent souffle avec force, le voilier est écrasé contre le quai en béton et il ne fait pas bon être pare-battage…

Il ne reste pas beaucoup de place pour laisser une trace de notre passage car tous les quais, les murets, les bancs, les bornes, tout est couvert de dessins. Nous sommes d'ailleurs très surpris par la qualité des réalisations, certains sont de vraies œuvres d'art et nous hésitons à nous lancer dans la compétition… Il nous faudrait des pochoirs, de la peinture et surtout du temps…

 

14/03/15

Nous dormons mal, je ne sais pas si c'est le grincement des aussières et des bouées contre le quai ou le fait que ça ne bouge pas assez mais on se réveille hyper tôt, bien avant le lever du jour.

Au programme du jour, l'électronique de bord qui déraille… L'AIS est toujours sous garantie et je télécharge les bordereaux UPS pour renvoyer le matériel Raymarine en Angleterre.

Nous nous regardons un petit film à l'heure de la sieste, puis arrive 16h. J'ai bêtement donné rendez-vous à John pour m'occuper de son dos et je n'ai absolument aucune envie de bosser…

Je me retrouve donc dans une chambre de sa belle maison à masser et manipuler l'artiste et comme il est perclus d'arthrose, c'est un vrai bonheur ! Je refuse d'être payé mais il insiste tellement qu'il me donne deux boucles d'oreilles et un porte-clés en dent de cachalot… Mais surtout, il va graver le nom de Badinguet et les dates de notre tour du monde sur la grande dent que je lui ai achetée avant-hier, ça en fera une pièce unique personnalisée, ça c'est très cool ! !

Au retour, il m'arrête devant un grand hôtel pour négocier avec le concierge, nous pourrons voir le match de rugby "Italie-France" là-bas demain, génial !

John termine sur le Badinguet à discuter avec nous une petite demi-heure puis regagne sa belle demeure isolée. Il a quand même eu un certain nombre de clients prestigieux, Spielberg, Rotchild, Ibrahimovic et tant d'autres… Comme il le dit lui-même humblement, c'est tellement petit ici et il est le seul à exceller dans le Scrimshaw…

 

Le vent baisse un peu et nous devrions passer une meilleure nuit, espérons…

 

16/03/15

Dernier jour aux Açores, nous prenons l'avion tout à l'heure, il ne reste plus qu'à isoler les batteries et finir les valises…

 

09/06/15

Nous sommes arrivés depuis 2 jours et ça ne chôme pas sur le bateau !!!

Il y a les réparations prévues et certaines qu'on n'attendait pas, comme le tuyau d'évacuation des WC qui est encore bouché avec le sel et le calcaire et puis surtout, je me suis trompé de format de support pour la cartographie Navionics, il fallait de la "Compact flash" et non de la "SD", bien joué !!!

Du coup, nous avons passé commande sur le continent via un des deux onéreux shipchandlers de Horta. Nous devrions recevoir la précieuse carte samedi, la veille de l'arrivée de nos amis Marie et Chris qui arriverons de leurs montagnes alpines.

2 heures de nettoyage et démontage de WC puis il faut prendre un taxi pour aller ravitailler au supermarché "Continent".

Nous ne reconnaissons plus le port de Horta tellement il y a de bateaux étrangers avec une énorme majorité de Français. Les voiliers sont à couple, 3 par 3 dans les deux bassins et certains sont mouillés dans la grande enceinte. Si on ajoute les innombrables touristes qui déambulent sur les quais, l'animation est au rendez-vous !

Les équipages français semblent se connaitre entre eux, ils viennent presque tous de St Martin et côté politesse, ils ont du pain sur la planche ! Jamais de "bonjour" ou de sourire, chacun pour soi et comme nous sommes des Améliens, c'est encore pire…. Ca faisait longtemps que nous n'avions n'avait pas ressenti une ambiance aussi détestable, depuis les Antilles en fait… Ils ont tous du séjourner là bas et ils rentrent en France maintenant… et nous sommes sur leur chemin, dommage…

Le 2ème pilote et l'AIS fonctionnent désormais parfaitement, manque plus que les cartes du coin… Pour Internet, il n'y a plus une carte SIM de disponible dans l'ile aussi allons nous avec nos portable au café pour pouvoir nous connecter.

Voilà, c'est l'heure de l'apéro, nous avons des citrons verts, du sirop de canne maison, du Bologne et un petit glaçon pour rafraichir tout ça… 4 navigateurs passent sur le quai, je leur lève mon verre, le deuxième pour être honnête… et du coup, ils viennent discuter, enfin des Français sympas, ça fait du bien…. Et ils viennent des Antilles en partance pour La Trinité, le monde est petit, nous ferons peut être route ensemble…

Pascale est à sa place, devant les fourneaux, je suis à la mienne devant l'ordi accompagné d'un verre… ça sent bon dans la cambuse et pour celles qui pourraient imaginer un semblant de machisme, sachez qu'au troisième ti'punch, il peut arriver (mais c'est rare) que je devienne un tantinet taquin ou provocateur.

Demain, il devrait faire beau, nous travaillerons dehors, espérons…

 

10/06/15

Bon, ça y est, le déssalinisateur n'est plus incontinent, il fonctionne comme aux premiers jours, pas une fuite et de l'eau sans aucun goût… Finalement les membranes ont bien tenu le coup, même sans être hydratées.

Sinon, comment se faire remarquer dans un port…. Nous avons trouvé !!!! Il suffit d'envoyer le grand pavois !!!!

En prévision de notre arrivée en Bretagne, nous avons sorti le grand pavois d'Ultreïa, François et Gege nous l'ont donné lorsqu'ils ont vendu leur Dufour en Malaisie. Bien évidemment, il faut rajouter de la longueur que nous équipons avec les dizaines de pavillons de courtoisie de Badinguet. Un pavillon par pays, 3 longueurs de drisses, ça en fait des drapeaux qui flottent au vent… Ca attire les curieux et côté discrétion, on repassera !

Il y a quand même un sérieux malaise avec tous ces navigateurs qui viennent de traverser les 2/3 de l'Atlantique, une certaine jalousie, des regards en coin et toujours pas de "Bonjour", "Merci", et pour les sourires… Là aussi, on repassera !

 

11/06/15

Le bateau est fin prêt au départ et nous non, aucune envie de taquiner la houle pour le moment.

On se prélasse sous un généreux soleil, une fois n'est pas coutume et on ne tient pas longtemps sans rien faire, il faut qu'on s'occupe… Et pourquoi ne pas peindre le logo de Badinguet sur le quai. Bon, ni pascale ni moi n'avons pris l'option dessin à l'école mais on devrait s'en sortir.

D'abord trouver de la peinture et c'est assez facile, ensuite il faut fabriquer les pochoir de lettres et de la tête d'âne que nous avons au cul du voilier et ça, c'est beaucoup plus long mais on finit par y arriver, reste à trouver un emplacement libre et peindre, c'est ça le plus compliqué !!!

Une belle lumière envahit le port de Horta, nous avons trouvé deux places pour peindre, une sur un mur et une juste devant Badinguet, sur le quai principal. Les gens vont marcher dessus en jetant un rapide coup d'œil puis, 300 mètres plus loin, ils vont retomber sur le même dessin et ils vont se dire :

-        C'est curieux, ça me rappelle quelque chose ! J'ai déjà vu ça quelque part…

Ca fera un peu "image subliminale" et on restera doublement dans la mémoire de ce quai des Açores… 

 

13/06/15

Il fait un temps magnifique depuis deux jours, le sommet du volcan de Pico est bien visible et nous en profitons pour terminer notre œuvre. Le petit âne de Badinguet se pare de gris et nous encadrons notre fond de noir pour mettre en valeur notre œuvre…

Nos sympathiques voisins hollandais peignent à quelques mètres de nous et nous partageons les pots de peintures entamés dans la bonne humeur.

Les Français peu sympathiques du début sont partis et nous faisons la connaissance des nouveaux arrivants de la transat, beaucoup plus agréables… et festifs. L'apéro du soir est carrément meurtrier.

Les équipages de "La brave Margo", de "Glloq" (n'épelez pas !) et de "Utinam" se retrouvent dans le cockpit de Badinguet. Je ne sais pas si les vapeurs d'alcool y sont pour quelque chose mais une grosse tourterelle se prend dans les haubans du bateau voisin pour s'éclater sur le pont… L'animal est à moitié assommé mais il se remet vite.

8 bouteilles de vin plus tard, nous zigzaguons sur les pontons pour visiter les bateaux voisins sans aucune discrétion, il est 1 heure du matin… Là, c'est sûr, on ne passe plus inaperçu !

 

14/06/15

Un réveil très difficile, un petit déjeuner au Doliprane pour découvrir que Marie et Chris ont raté leur avion à Lisbonne. Du coup, je me recouche jusqu'à 11h !

Ils finissent par trouver un vol pour Punta Delgada cet après midi et ensuite un vol pour Pico, prévu mardi, dans deux jours et tout ça avec un supplément exorbitant, deux fois plus cher que leurs billets initiaux… Nous sommes déçus mais il faut prendre notre mal en patience. Quelqu'un frappe à la coque…

1m85, 100 kilos de graisse et de muscle, rasé sur tout le crâne sauf une vilaine queue de cheval de 50 cm, des chaines en or autour du coup, un panama vissé sur la tête, la cinquantaine, Sergueï est accompagné d'une beauté blonde et il me tend une vigoureuse poignée de main. Il m'écrase les doigts et baragouine à toute vitesse dans un anglais abimé par un abominable accent russe. Encore dans les vapes, je tente de mettre en route les derniers neurones qui ont survécu à la soirée et je comprends qu'il est le propriétaire du Super Maramu qui vient de mouiller dans le port.

Et les voilà tous les deux à bord, Olga est discrète mais Sergueï n'a pas appris à parler doucement, il hurle tellement que nos voisins se demandent si tout va bien à bord… Ils ont perdu l'hélice de leur propulseur d'étrave et je passe un bon moment à leur expliquer comment la changer sous l'eau.

Visiblement, Sergueï est pro-russe et n'a pas besoin de travailler. Il a beau dire qu'il fait carrière dans l'immobilier, nous n'en croyons pas un mot, il a vraiment le look du fils privilégié du mafieux russe de base !

Il sort son Smartphone dernier cri pour nous faire écouter du Rock ukrainien… Et moi qui pensais qu'il hurlait… Là c'est certain, tout le port sait que nous avons des invités à bord… Et Sergueï continue à parler encore plus fort pour couvrir l'épouvantable musique de son mobile. Je n'en peux plus, je lui demande de couper ces beuglements inhumains lorsqu'il nous annonce fièrement qu'il a écrit les paroles, on le croit volontiers…

Il n'en reste pas moins sympathique et débrouillard car il a tout de même réussi à changer son hélice avec les outils que nous leur avons prêté.

Nous quittons Badinguet pour une longue grimpette jusqu'au cratère de l'enfer et sa chapelle isolée qui domine l'océan.  Nous traversons une longue plage où les Açoriens se baignent en famille puis, après avoir traversé de nombreuses fortifications envahies de verdure, nous attaquons la montée d'un escalier très raide. Nous n'avons vraiment plus la condition mais ça je l'ai déjà dit… Bref, on met des plombes pour faire 10 mètres de dénivelé mais on y arrive enfin et la vue sur le cratère immergé est magnifique.

Les fleurs sont omniprésentes aux Açores et sur le chemin du retour, Pascale cueille un magnifique bouquet champêtre. Moi qui ne suis pas du tout "Fleurs", je suis impressionné par toutes ces variétés, ces couleurs et ces formes. Les bosquets sont denses et compacts, chaque espèce y veut être représentée, les fougères se mélangent aux cactus au milieu de fleurs multicolores, le tout entouré de liserons orange et pourpre… Nous progressons sur un tapis moelleux composé d'une herbe épaisse parsemé de petites fleurs des champs, il faut dire que côté arrosage, tous ces végétaux sont servis !

Le ciel se couvre lentement mais sûrement, nous rentrons sur Badinguet fatigués et heureux de notre balade. Sergueï passe au bateau pour me rendre les outils et nous l'éconduisons poliment car nous sommes invités sur un autre bateau "Liberty" skippé par Pierre, en panne d'inverseur.

Il pleut averse lorsque nous quittons notre ami, La porte coulissante se referme et nous nous glissons sous la couette.

 

16/06/15

Marie et Chris sont aux premières loges, sur le pont arrière du ferry en provenance de Pico. Ils ont en bavé pour nous rejoindre, deux jours à Sao Miguel puis un vol jusqu'à Terceira, un second pour Pico et enfin le ferry pour arriver à Horta !

Nous avons une voiture de location pour 48 heures et la valise qu'ils trimbalent pèse 29 kilos, elle est remplie de bonnes choses à manger et à boire…. Nous sommes ravitaillés en rhum, on peut maintenant rivaliser avec les voiliers qui arrivent des Antilles !

Et voilà un délicieux ti'punch servi bien frais dans le cockpit, quel plaisir de les retrouver…

 

17/06/15

Départ à 9h30 pour un tour de Faial qui débute par la visite de la maison et de l'atelier de John. Celui-ci semble ravie nous revoir et il prend le temps de nous expliquer et montrer comment il grave ses œuvres d'art sur les dents de cachalot.

Nous poursuivons par une longue montée jusqu'à la Caldeira qui émerge difficilement des nuages. La température est hivernale et nous peinons à nous réchauffer devant un immense cratère verdoyant et balayé par les nuages d'altitude.

 

Les photos sont vite prises, les trekkeurs se préparent pour faire le tour du cratère et redescendre de l'autre côté, nous ne nous attardons pas et c'est le retour vers la bande côtière et des températures beaucoup plus clémentes. Marie se baigne dans une piscine naturelle ménagée dans une coulée de lave et nous poursuivons notre périple par un délicieux restaurant. Chris et moi attaquons un assortiment de charcuterie locale avec du boudin noir, de l'igname et des patates douces, Marie attaque un baliste et Pascale du poulet.

Le point fort de la balade est le volcan Capelhinos dont la dernière éruption en 1958 à complètement remodelé l'Ouest de l'ile de Faial. Les premières bouches volcaniques étaient sous-marines puis lentement, à force de vomir des torrents de lave, l'éruption est devenue terrestre et l'ile de Faial a gagné quelques kilomètres carrés en submergeant un village, un phare et un port baleinier.

 

Le panorama est extraordinaire, les falaises rouges chaotiques alternent avec des pentes lisses et grises qui glissent doucement vers l'océan. Certaine parties exposées aux éléments se sont effondrées et des arches gigantesque enjambent la houle atlantique. Les contrastes et les couleurs rehaussent la sensation de gigantisme, les rouges et les oranges sont mouchetés de noirs par les bombes volcaniques et la verdure trouve toujours une issue sur ces reliefs fertiles.

Nous marchons plus d'une heure dans cet espace lunaire et instable, les pentes sont raides et nous vidons régulièrement les gravillons et le sable de nos chaussures ouvertes. Christophe est dans son élément, il y a du dénivelé et quand ça grimpe dur, il commence à courir… c'est vrai, pourquoi courir quand c'est plat ?

Pendant que Pascale et moi peinons à mettre une sandale devant l'autre, Il va chercher la voiture trois fois pour la changer de parking et nous éviter la marche de retour. A chaque fois, il nous rattrape ! En plus de mon sac à dos rempli de matériel photo, Il porte une bouteille d'eau pour nous désaltérer… C'est bien simple, nous sommes avec un mutant !

Marie n'est pas en reste et les voilà repartis en haut d'un autre cratère pour refaire une photo ! Hallucinant !

Marie et Chris se baignent dans une autre piscine naturelle, vestige d'un ancien port baleinier puis nous repartons vers le sommet de l'ile de Faial. A nouveau, le froid nous saisit et les nuages chargés d'humidité nous poussent à redescendre vers une altitude plus clémente.

Nous finissons la journée sur les rotules, je parle pour Pascale et moi car nos amis savoyards sont en pleine forme et ils repartent après le diner pour une longue promenade digestive, des mutants, je vous dis !!!

 

 

  Pico - Açores

18/06//15

Le réveil sonne beaucoup trop tôt mais il faut y aller, la voiture de location est dans le ferry pour Pico à 7h20.

Nous quittons le port de Madalena vers 8h10 en direction du volcan de Pico, le point culminant du Portugal avec ses 2351 mètres d'altitude. La petite route serpente entre les champs verdoyants découpés en enclos par d'innombrables murets basaltiques. Les vaches nous regardent en mâchant une herbe dense et humide, la route est étroite, et il faut souvent rétrograder en 1ère pour arriver à monter jusqu'au point de départ de l'ascension pédestre.

Il fait froid, nous sommes à 1200 mètres d'altitude, les nuages menacent et il reste 7 heures de grimpette aller-retour pour monter au sommet ! Nous sentons bien que l'ascension démange les gambettes de nos deux sportifs mais ce sera sans nous… Du coup, tout le monde redescend vers la côté Sud dans un épais brouillard.

La côte de Pico est très différente de celle de Faial, les cultures agricoles y sont nombreuses et les murets de pierres innombrables. Ces enclos entourés de basalte abritent des vignes bien à l'abri de l'air salin. Des figuiers  plantés ça et là, apportent une saveur étonnante au vin produit sur les pentes de l'ile.

Beaucoup de maisons anciennes sont  faites du même matériau que les murets, les blocs de basaltes sont empilés pour former des murs noirs percés de rares ouvertures. Le contraste entre ces masses sombres et la nature verdoyante est étonnant. Les maisons plus modernes ou restaurées ont souvent des volets colorés de rouge et le ciment qui renforce la cohésion pierres est peint en blanc. Tout ceci donne vraiment un cachet très particulier et très exotique à l'architecture locale. Chaque village a son église, souvent très ancienne, ces édifices aux façades blanches et noires, surmontés de cloches apparentes en bronze, font penser à l'Amérique latine. Les poignées de portes sont en os de baleine mais l'intérieur reste discret, minimaliste et souvent froid.

L'histoire de la chasse à la baleine ou au cachalot est omniprésente à Pico, chaque petit port a son musée, son petit quai battu par la houle et ses baleinières à voiles et à rames, prêtes à appareiller.

Aujourd'hui, et depuis plus de 20 ans, la chasse aux cétacés est interdite et ces belles embarcations servent à régater et font la fierté des Açoriens.

Nous visitons un musée à Lajes et Andréa, notre guide francophone et zozoteuse prend le temps de nous expliquer toutes les étapes, de la chasse dangereuse à l'exportation d'huile et de farine de baleines.

Nous visionnons un film étonnant où l'on voit les vigies dans leur poste d'observation. Si un groupe de cachalots est aperçu au large, l'alerte est donnée et chacun quitte son ouvrage pour foncer au port et être le premier à mettre à l'eau la baleinière. Ainsi, le coiffeur, l'agriculteur ou le charpentier se retrouvent en train de ramer comme des furieux à la poursuite d'un géant des mers.

Le harpon est lancé de préférence dans la tête, l'animal blessé sonde entrainant avec lui des dizaines de mètres de solide cordage, la baleinière est souvent tractée sur plusieurs miles mais à chaque fois que l'animal remonte pour respirer, il est à nouveau atteint par un ou plusieurs harpons et l'issu est toujours fatale.

Contrairement à la baleine, le cachalot mort flotte et il peut être remorqué jusqu'à la cale ou il est mis en pièces après avoir récupérer l'huile contenue dans la tête, la plus précieuse. J'avais une image assez poétique de la chasse aux cachalots pratiquée aux Açores mais devant ce film, je prends conscience de la cruauté d'une telle pêche.

Nous découvrons les étapes de la transformation de la viande de baleine en huile et en farine sous le regard figé de dizaines de pécheurs, morts ou vivants, photographiés et encadrés sur les murs du musée.

Combien de pécheurs sont morts, emportés dans les profondeurs, combien de baleinières envoyées par le fond, brisées par ces grands animaux, certainement des centaines mais combien de cachalots se sont fait étriper sur ces cales sombres…

 

Après un excellent repas local puis une balade digestive sur les arches volcaniques de Cachoro, nous plongeons dans une les eaux turbulentes de la côte nord de Pico. Une piscine naturelle, est aménagée dans une coulée de lave. Les grands vagues passent au dessus des murets bétonnés et il faut faire extrêmement attention à ne pas se faire engloutir par les tonnes d'eau qui se déversent dans le petit réservoir où nous barbotons.

Christophe et moi ressortons avec les pattes arrière ensanglantées tandis que Marie continue à batifoler dans un véritable bouillon d'écume. L'eau est à 20 °C et il est plus difficile d'y entrer que d'en sortir !

La voiture retrouve le ferry à 18h puis son propriétaire à 18h35. Badinguet nous tend les bras, Pascale et moi sommes fatigués mais nous devons être vraiment très vieux car Christophe repart en courant pour la Caldeira, le sommet de Faial, et Marie est quelque part en ville, en train de visiter Horta… Il est 21h15, ils ne sont toujours pas revenus et ON A FAIM !!!

 

  Sao Jorge - Açores

19/06/15

Une nuit assez moyenne, un peu angoissé par la perspective de repartir en mer dans la journée. Encore une belle fuite au capuchon de l'échangeur de l'inverseur, le collier a quitté sa place ! Badinguet, pour quitter la sienne doit s'écarter assez vite du quai et déborder les voiliers a couple juste devant mais pour ça, il faudrait démarrer….

La batterie australienne de démarrage moteur est complètement cuite, elle est même déformée… Curieux, elle n'a que 3 ans.

Une heure plus tard, Badinguet quitte le port de Horta en rasant un magnifique "trois mâts" néerlandais arrivé la veille. Le vent est un peu dans le nez et nous parcourons les 20 milles au près, sur un bord en direction de Sao Jorge. Les lignes trainent derrière le voilier mais rien ne mord.

La petite marina récente de Velas nous tend les bras et José, son capitaine court sur les pontons pour prendre les amarres de Badinguet lancées de mains de maitres par Pascale et nos deux hauts savoyards toujours aussi débrouillards et passionnés.

Les formalités sont très vite remplies et José est vraiment fabuleux, il va jusqu'à me donner la carte de l'ile avec tous les centres d'intérêt et les itinéraires des nombreux trekkings.

Badinguet est dans un petit écrin d'eau transparente, sous une falaise vertigineuse peuplé de puffins cendrés. Nous visitons rapidement le centre de Velas, une petite ville toute en pentes, construite sur une des nombreuses coulées de lave qui permettent l'accès à la mer. Le reste de Sao Jorge est perché à plus de 400 mètres au dessus de nos têtes.

 

20/06/15

Avec notre Chevrolet poussive de location, nous crevons en revenant de la ponta dos Rosais. La piste est très isolée et à part les quelques vaches qui paissent entre les haies d'hortensias, nous sommes seuls et…. Pas de roue de secours dans le coffre… A sa place, un petit boitier électrique et une bouteille de colle. Le système fonctionne parfaitement et nous rejoignons rapidement Velas pour changer de voiture. C'est avec une Yaris beaucoup plus puissante que nous poursuivons la visite de l'ile.

Tout en bas d'une dangereuse descente se trouve Manadas et son fantastique restaurant de fruits de mer "Maré Viva". Le patron ne parle pas un mot de français ou d'anglais mais côté bouffe, on apprend très vite le portugais ! Surtout lorsque notre hôte sort tous les plats de sa cuisine pour nous les montrer et nous les faire goûter, un régal !

 

Après avoir passé de longues minutes à choisir et dégusté des cracas (balanes) au goût de crabe, nous nous jetons sur le thon en sauce, le poulpe au four et le poisson grillé. Les sauces dans lesquelles baignent pommes de terre et patates douces sont délicieuses et chacun de nos plats pourrait nourrir une famille entière.

De jeunes chasseurs sous-marins arrivent au restaurant chargés de magnifiques cigales de mer… Il n'en faut pas plus à Marie pour réserver le diner de demain… J'ai la peau du ventre tendue à craquer et lorsque mon corps déformé par les kilos plonge dans l'eau tiède de la piscine de lave sous-jacente, ça ressemble de plus en plus à un éléphant de mer qui rejoint son élément. Bonjour la digestion !

Nous nous baignons un bon moment dans une eau à 18°C puis c'est l'heure de la sieste allongée sur les pierres de lave chauffées par le soleil. Trop dur les Açores !

Nous quittons ce petit paradis pour retrouver les hauts plateaux jalonnés de dômes volcaniques verdoyants.

Le fromage produit par Sao Jorge se décline en trois degrés d'affinage différents, 3, 6 et 9 mois. Directement à la fabrique, nous dégustons les différents produits avant d'acheter du fromage vieilli et du lait chocolaté. La peau de mon ventre n'est pas prête de se détendre !

Un épais brouillard recouvre les sommets puis nous sortons de la purée de pois pour apercevoir, à l'extrême Est, la petite ile de Topo ou des centaines de génisses broutent une herbe généreuse. Ces animaux sont tous venus à la nage, guidés par les bateaux des éleveurs, là, c'est sûr, pas besoin de barbelés !

Il est 20h lorsque nous découvrons les Caï Pirinha au restaurant brésilien Azor. Bedonnant, nous retrouvons le voilier à 22 heures, des centaines de puffins cendrés tournent en piaillant. Le vacarme est impressionnant et nous nous glissons rapidement sous les draps.

"Baoum", le voilier vient d'être percuté par quelque chose, il est minuit. Pascale déverrouille la porte, je suis sur ses talons, Chris et Marie arrivent… Tout le monde est sur le pont, dans le noir, les oiseaux tournoient au dessus du petit port mais il n'y a aucun bateau en vue qui aurait pu nous aborder… On retourne au lit et "Baoum", ça recommence et c'est violent… Je commence à imaginer les haubans qui cèdent lorsque Chris m'appelle à l'avant… Il vient d'ouvrir le panneau de pont de la salle d'eau. Un grand bec crochu cherche à lui picorer les doigts !

Un gros puffin blessé, est posé sur Badinguet, il s'est pris un hauban de plein fouet. Incapable de s'envoler pour le moment, il passera une partie de la nuit sur le pont avant de retrouver son nid.

 

21/06/15

Réveil un peu tardif car Pascale et moi commençons un peu à fatiguer. Il faut dire que suivre nos deux amis 5 jours de suite n'est pas de tout repos… Ils sont tous les deux hyper sportifs, ils dorment peu, mangent bien et savent boire quand la situation l'exige et aux Açores, les circonstances l'exigent ! Bref, les courbatures, les tendinites et les névralgies sont devenues nos amies et au programme aujourd'hui…. Un trek de 11 km !

Alors bien sûr, ils nous ont dit qu'ils nous attendront, que c'est facile, qu'il n'y a que de la descente, qu'ils porteront nos sacs alors nous, ça nous a rassuré…

Et la balade commence dans les nuages par une grimpette et oui, ça devrait descendre mais non, ça monte, chercher l'erreur !

La descente qui suit est plutôt une désescalade avec des à-pics qui plongent vers un fond de vallée 700 mètres plus bas. Alors oui, c'est très beau, il y a des hortensias et des vaches partout et les petits oiseaux ne sont pas peureux mais la pente est très raide et je ne vous parle pas du nombre de portail en branchages qu'il faut ouvrir pour passer d'un pâturage à l'autre. On est sur une gigantesque piste noire et nos pauvres gambettes tremblent de faiblesse à chaque pas.

Nous finissons par atteindre ce que nous entendons depuis des heures, l'eau. Un ruisseau descend en cascades vers les falaises et par endroit quelques cuvettes glaciales sont accessibles et bien sûr, nos deux savoyards plongent dans l'eau à 14°C. Nous sommes épuisés, ils essayent tout, goûtent à tout, ils reniflent même les odeurs de tout ce qui passe à portée de leur main, connaissent le nom de chaque fleurs, des plante et même la race des vaches que nous croisons, c'est tout juste s'ils ne discutent pas avec ! La descente infernale se poursuit à un rythme moins soutenu et arrivé au niveau de la mer, à mi-chemin de la randonnée, nous trouvons un petit resto qui prépare des palourdes.

Et c'est partie pour une grosse bouffe et 2 bières. Et pendant que nous nous remplissons la panse, nos jambes sont sagement rangées sous la table, elles tentent de récupérer mais il ne faut pas se leurrer, nous sommes cuits et nos invités ne sont pas dupes.

 

Du coup, pour nous éviter le retour jusqu'à la voiture par la route, Marie et Chris repartent dans l'autre sens en courant, oui, vous avez bien lu… Des mutants que j'vous dis !

Christophe est un habitué des courses de plus de 50 kms avec des dénivelés épouvantables et Marie est en super forme aussi, Avec Pascale, nous avons l'air de rien sauf en descente de ti'punch !

Du coup, nous voilà repartis avec ma lulu, ça devait être plat et beh ça ne l'est toujours pas, ça monte et ça descend sans arrêt avec des pourcentages complètement décourageants et destructeurs pour nos pauvres pattes arrières.

C'est bien simple, à l'arrivée du trek, Marie et Chris sont déjà là ! Ils ont mis moins de temps pour faire 6 km de montée avec 700 mètres de dénivelé plus 20 km de voiture que nous pour faire 4 km de vallons… DE…GOU…TES.

La petite piqûre sur l'avant-bras que j'avais ce matin au réveil s'est transformée en vilaine bosse rouge et chaude, ça me démange terriblement, une araignée sans doute.

Pour nous remonter le moral, nous filons à la Faja do ouvidor où se trouve un ensemble de piscines naturelles absolument exceptionnelles. De grands bassins d'eau transparente et cernés de murs basaltiques de 25 mètres de haut apparaissent au détour du chemin qui serpente dans la coulée de lave.

La vue est fantastique et le cadre époustouflant, nous oublions nos douleurs pour plonger dans l'onde limpide où se reflètent les interminables murs de basalte.

Le soleil descend sur l'horizon inondant les cuvettes turquoises d'une chaude lumière, nous sommes complètement fascinés par cet endroit surprenant, caché dans la lave sombre de Sao Jorge.

Il est temps de repartir avec une longue route qui chemine autour des hauts cratères de l'ile, le manteau nuageux a disparu, le sommets de Pico domine les Açores et nous plongeons vers la côte Sud avec pour objectif, le restaurant "Maré viva" où nous attend un repas aussi exceptionnel que la journée.

1.9 kg de cigales, un délicieux vin blanc de Pico et des tartines de pain au beurre aillé… Un festin ! En fin de repas, Marie puis Pascale embrassent le cuistot pour sa cuisine sa gentillesse et du coup, il nous offre les digestifs locaux, alcool de figue et liqueur de cannelle, on va prendre feu !

Et une fois de plus, nous voilà le ventre plein à tenter de remonter ce fichu escalier qui mène au parking. Il faut juste mettre un pied devant l'autre, lever la jambe et pousser sur les cuisses, on y est presque... Quelle journée !

 

22/06/15

Alors là, temps mort !!!! Pascale et moi nous levons en gémissant, nos muscles demandent une trêve ! Marie et Chris sont en pleine forme comme d'habitude… Je suis perclus de courbatures, pascale aussi et ce n'est que vers 15h que nous quittons le bateau pour aller nager dans la piscine naturelle de Velas entre deux grains. Les savoyards se baignent longuement sous un soleil voilé, je boite lamentablement et tout est prétexte à faire une pause. Un pécheur de perroquets qui appâte au crabe, un peintre en bâtiment sur sa nacelle, un magasin de pêche ou un petit café en cas d'averse, bref, j'essaye d'économiser mes gambettes…

 

23/06/15

Encore une journée de récupération en attendant le coup de vent de Sud qui demain devrait nous propulser jusqu'à l'ile de Terceira.

Marie et Chris sont partis courir, Pascale et moi faisons les derniers préparatifs et surtout je réussis à rattraper le retard accumulé dans mes écritures et le traitement des photos. Le site est enfin à jour après 3 mois d'hibernation.

Nous déjeunons dans une petite taverne puis nous achetons des bas de ligne pour concurrencer le pêcheur que nous avons observé la veille. Nous avons un bouchon lesté, le bas de ligne est monté et il ne manque plus que les appâts, les petits crabes vivants… Et beh va attraper des mini-crabes sur les cailloux de la jetée !!! Ces petites bêtes sont très farouches et rapides. Les rares crabiots qui terminent dans le seau sont très amochés par nos grosses mains maladroites.

Je passe à la capitainerie payer la marina lorsqu'un voilier rentre dans le port. Sa manœuvre est aberrante est le voilà complètement en travers qui menace Badinguet, Christophe et Pascale sont sur le pont à le repousser et il finit enfin par se dégager. Il n'y a pas de vent, il fait un temps magnifique, il a un propulseur d'étrave mais visiblement, il ne sait pas se servir d'un bateau ! Ouf !

En revenant à bord, Pascale m'apprend que le skipper maladroit lui a offert une bouteille de vin blanc pour s'excuser, classe !

Chris et moi passons deux heures à balancer notre bas de ligne dans les cailloux pour rien ou presque… 4 petites rascasses et une vieille retournent à l'eau sans dommage, c'est pour nous que c'est dommage ! Autant d'investissements pour un résultat nul !

Ce soir, c'est la fête de la saint Jean ! Des lampions, des drapeaux, des barbecues et au beau milieu de la ruelle, des dizaines de tables côte à côte sur 100 mètres de long. Un orchestre joue des airs entrainants pendant que nous faisons la queue dans une ambiance festive. Chris nous ravitaille en sangria et nous progressons vers un grand stand. Le repas et les boissons sont offerts, il faut juste trouver une petite place sur les tables afin de poser nos assiettes remplies de grosses sardines grillées, de pomme de terre, de fromage et de pain.

Le vin coule à flot, la musique portugaise couvre les piaillements des puffins qui tournoient dans le ciel, nous discutons en plaisantant avec de nombreux touristes et nous sommes même filmés par la télévision locale !

Un retour à bord vers 22h et tout le monde est dans sa couchette 1/2h plus tard.

 

  Terceira - Açores

24/06/15

Je ne sais pas ce que raconte la météo mais côté coup de vent, c'est plutôt calme ! Le bateau glisse au moteur sur une onde tranquille. Quelques dauphins farouches viennent jouer devant l'étrave, Marie et Chris sont ravis de prendre des photos de ces mammifères. En arrivant à la pointe Est de Sao Jorge, le vent commence à monter et nous pouvons enfin envoyer la toile.

La mer se couvre de moutons mais les vagues restent raisonnables. Badinguet avance rapidement avec des surfs à plus de 10 nœuds, il n'en faut pas plus pour coucher nos deux Savoyards… Ils sont tous les deux allongés dans un sommeil maladif… On les a eus !!!

3 heures plus tard, nous sommes en vue de la marina d'Angra, au Sud de Terceira. La mer est très agitée et par VHF, le capitaine du port nous explique gentiment qu'il n'y a pas de place pour nous !  José, le manager de Velas avait pourtant téléphoné pour nous réserver un emplacement !

Nous voilà obligés de poursuivre notre route vers l'Est de l'ile où se trouve une autre marina avec une grande enceinte portuaire dans laquelle il est possible de mouiller à l'abri.

Le vent continue à fraichir et je mets les voiles en ciseaux pour remonter vers le Nord. La vitesse de Badinguet s'envole à 10 nœuds, il faut réduire la voilure mais le vent pousse très fort et enrouler devient compliqué. La mer est blanche d'écume et 40 nœuds de vents nous poussent à toute vitesse vers la grande digue de Praia da Vitoria.

Avec l'aide du moteur, les voiles sont  enfin enroulées et nous pénétrons dans l'enceinte sous 45 nœuds de vent réguliers, le ciel est noir comme de l'encre et la mer est blanche d'écume et d'embruns, bienvenu en enfer !

Nous remontons le vent à 2800 tr/min pour rester manœuvrant car il ne faut pas grand-chose pour que le bateau parte à la dérive, le mouillage est prêt.

Nous contactons la sécurité du port de commerce sur le "16" qui nous demande si  nous avons besoin d'assistance… 45 nœuds au mouillage, ça ira, il faut juste aller se coller au Sud de l'enceinte, le plus près possible d'une grande digue qui nous protège des vagues. Nous avons l'autorisation de mouiller et ils nous confirment que c'est le meilleur endroit en cas de coup dur !

L'ancre accroche un fond vaseux 7 mètres sous la quille et je dévide 90 mètres de chaine plus deux amortisseurs de mouillage. Badinguet tire comme un furieux et plusieurs fois, la chaine saute du barbotin mais ça y est, nous sommes sauvés.

Du côté du port de plaisance, la SNSM vient de sortir, un voilier est à la côte, son mouillage n'a pas résisté aux assauts du vent. Nous les regardons aux jumelles tracter puis remorquer le petit voilier abimé, Gulp !!!

Nous sommes tous dans le cockpit, lessivés par la navigation musclée et l'angoisse à l'arrivée. Quatre verres et une bouteille de vin local "Terras d'lava" atterrissent sur la table, il est temps de se remettre de ces émotions.

2 autres voiliers arrivent à leur tour et mouillent à côté de nous dans la tourmente mais déjà les prémisses d'une accalmie se font sentir... Le vent a perdu 10 nœuds et le plan d'eau n'est plus aussi secoué, Badinguet tire moins mais la nuit risque d'être longue, le front froid ne quittera l'ile qu'en deuxième partie de nuit.

L'alarme de mouillage fonctionne bien mais nous ne dormons que d'un œil, le vent souffle encore à près de 40 nœuds jusqu'à 2 heures du matin.

 

25/06/15

Calme plat, pas une ride sur le plan d'eau, il fait gris mais on devine le ciel bleu qui pointe son nez derrière les collines… Le moteur ronronne et nous faisons route vers le marina où nous nous amarrons à couple d'en voilier de charter açorien.

Les formalités sont un peu plus longues que prévues car les marinas de Terceira ne font pas partie de la compagnie des ports des Açores et il faut tout ressaisir sur leur PC.

Nos voisins s'en vont à 10h et nous récupérons une belle place à quai, rien que pour nous ! Le prix est moitié moins cher qu'à Faial ou Sao Jorge et les pontons sont assez pourris, ceci explique cela…

Marie et Chris ont trouvé un retour par ferry jusqu'à Horta, ça nous évite une navigation compliquée avec ces dangereux fronts froids comme celui qui nous a surpris hier.

Il fait à nouveau très beau, le vent est tombé et à 11h, nous sommes dans le bus en direction de la grande ville d'Angra do Heroismo, "la première ville du nouveau monde".

Classée au patrimoine mondial de l'Unesco, cette belle cité toute en pentes est pleine de surprises architecturales. A chaque coin de rue, des églises, des palais et des couvents surprennent les courageux marcheurs. Toutes les rues sont pavées de pierres carrées blanches et noires placées avec minutie. Les dessins représentent des scènes de la vie aux Açores avec des formes de bateaux ou de poissons. Très différentes des autres iles, les maisons sont collées les une aux autres et chacune d'elle rivalise avec ses voisines pour avoir la plus belle façade. Les murs sont bien entretenus, peints de couleurs vives et des centaines de fleurs alourdissent les balcons en fer forgé.

Angra semble sortie tout droit d'un passé riche en histoire et en aventures et on s'attend à tout moment à croiser dans les ruelles étroites un grand navigateur fraichement débarquée de sa chaloupe.

Le port d'Angra est plein à craquer de bateaux de voyage et la houle pénètre facilement dans l'avant port, nous avons bien fait de ne pas tenter le diable ! 

La difficulté, dans ce genre de visite consiste à découvrir le plus de monuments possible en se tapant un minimum de montées-descentes inutiles. Il faut progresser à flanc de coteaux sans arrêt et grimper en douceur, très progressivement… Pour nos deux Savoyards, c'est bien évidemment de la rigolade et ils retournent régulièrement sur leur pas parce qu'ils n'ont pas vu tel panorama ou ne sont passés par telle ruelle qui grimpe comme la face nord du Cervin ! Pascale et moi avons vite les jambes en coton mais la ville est vraiment extraordinaire.

Nous dénichons un petit resto local où nous remplissons nos panses de  boudin noir grillés à la cannelle ou de viande de croupe en ragout (Alcatra).

Une fois de plus, nous nous retrouvons dans les rues, gavés comme des oies, à observer les préparatifs de la fiesta du soir. Terceira est quasiment toujours en fête et en ce moment, ce sont les dix jours qui suivent la Saint Jean. Des chars décorés sont positionnés devant les monuments, les innombrables banderoles et les drapeaux transforment les rues en tunnels colorés et des centaines de chaises sont installés en bordure de chaussée pour assister aux spectacles quotidiens.

Angra Do Heroismo est également un haut lieu de la tauromachie avec ses arènes et ses ferias pendant lesquelles les jeunes bovidés sont lâchés dans la ville. De nombreux symboles et statues représentent ces énormes bêtes à cornes.

Nous attendons le bus de retour en sirotant un panaché sous le soleil brulant. 3/4h et 20 km plus tard, nous sommes de retour à Praia da Vitoria. Personne n'est venu se mettre à couple de Badinguet, cool.

 

26/06/15

Je suis devant la capitainerie à 8h, une agence de l'aéroport nous apporte une voiture de location et le prix est vraiment raisonnable. Encore une journée de visite à essayer de suivre nos amis ! J'ai pris un anti-inflammatoire en prévision…

Et c'est parti pour un tour de l'ile complet, des baignades dans les piscines, un déjeuner pantagruélique et des visites en pagailles, églises, palais, musées avec une mention spéciale pour la grotte de Algar do carvao.

Un tunnel creusé par l'homme permet de rejoindre la cheminée verticale du cratère. Des escaliers sont aménagés pour permettre aux touristes de descendre au fond du gouffre et les volumes sont gigantesques, on se croirait dans "Voyage au centre de la terre". Tout au fond de cette bouche volcanique, un lac dans lequel se déversent des milliers de gouttelettes d'eau. La roche suinte de partout, tout est trempé dans ces immenses cavités et on imagine sans peine le magma en train de remonter vers la surface, détruisant tout sur son passage…

Les autres grottes sont des tunnels creusées par les coulées de lave un peu comme celles que nous avions parcourues aux Galápagos mais en beaucoup plus petit.

Nous terminons notre tour de l'ile par la route du centre qui serpente dans un immense cratère verdoyant. Les forêts de cyprès alternent avec les pâturages où paissent de nombreux taureaux de combats à l'avenir incertain…

 

27/06/15

Pascale et moi sommes épuisés par le rythme des visites et il va falloir qu'on se repose un bon coup avant de reprendre la mer.

Marie et Chris repartent ce soir par le ferry de 16h en direction de Horta, ça sent la fin du voyage pour tout le monde…

Le bateau nous semble bien vide une fois de plus sans nos deux coachs !

Nous profitons encore un peu de la voiture pour faire les courses à "Continente", Pascale a une bonne angine sans fièvre pour le moment…. On surveille ça de près !

 

28/06/15

Une vraie grasse mat comme on les aime ! Pascale est presque aphone, elle a peut être trop parlé hier… Les pleins sont faits, la marina est payée, il faut juste que je change préventivement l'impeller du groupe mais il pleut trop pour le moment. Le vent souffle fort aujourd'hui et les pares-battages sont à la limite de l'éclatement, aller, tenez bon encore un peu et vous pourrez vous reposer…

La météo est compliquée avec un front froid qui arrivera de l'Ouest après trois jours de navigation, ça aussi, on le surveille de près car les vents générés dépassent facilement les 40 nœuds. Seul point positif, ce genre de mauvais temps ne dure pas plus de 18 heures !

Nous glandouillons au bateau toute la matinée, La correspondante du journal  "Le Télégramme" nous contacte via Facebook, ça sent l'article, cool !!! Il faut se dépêcher de lui envoyer les photos et les textes car le départ approche…

Une dernière petite balade en ville et une bonne glace entre deux averses puis c'est le retour sur Badinguet qui gite sous les rafales.