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AFRIQUE DU SUD

 

13/12/14

Le temps est calme, il fait beau, les derniers préparatifs sont bientôt terminés. Guy et Marie-Claude arrivent de bon matin avec des cadeaux d'adieu, de quoi confectionner des colliers de perles pour Pascale et des fraises du jardin pour moi, ils sont énormes ces deux là ! Merci les amis.

Badinguet dérive un moment dans le grand port, le temps de lover les amarres et de ranger les pares-battages puis nous demandons l'autorisation de quitter les lieux aux autorités et nous retrouvons l'océan indien et ses grandes vagues.

Toute la journée, un bon vent arrière nous place en tête du peloton, quelques jets de baleines soufflent au loin, des phoques nagent la nageoire en l'air et le soleil décline sur l'horizon.

L'astre est jaune vif, pas un nuage en vue et s'il n'y avait pas cette immense houle, toutes les conditions seraient réunies pour voir enfin le rayon vert… Et beh NON ! Et pourtant, on en a vu des couchers de soleil !

Il fait froid, un vent glacial traverse les vêtements. Emmitouflés dans nos combinaisons de quart, un bonnet vissé sur la tête, des chaussettes de ski et des Huggs aux pieds, nous regardons défiler l'eau le long de la coque. La concentration en plancton est extraordinaire, chaque vague d'écume scintille et illumine la nuit. La mer devient une grande surface noire et mouvante couverte de tâches blanches lumineuses et au milieu, un grand sillage étincelant, celui de Badinguet qui taille la route vers l'Atlantique.

 

14/12/14

Il est 4h du matin lorsque les conditions se dégradent, 15 nœuds dans le nez et Badinguet qui tape dans la lame. Le moteur reprend du service et la mer commence à se lever sérieusement. J'appelle "Mantra" à la VHF, il est 7 milles à notre Sud et parvient à faire porter sa grand-voile au près-moteur ! Pour nous, le vent est vraiment de face, je prends 30° vers le Sud pendant 2 heures et en effet, le vent est Nord-ouest sur sa trace alors qu'il était Ouest là où nous étions.

La météo prise à 4h confirme que le vent va baisser dans les heures à venir, on continue ! "Mantra" et ses 58 pieds remontent au vent très facilement, pour notre super maramu, c'est une autre affaire et il nous met rapidement 6 milles dans la vue… GRRRRR !

"Solar Planet", le voilier allemand a disparu de nos écrans AIS, nous sommes trop loin devant lui où il est parti se refugier à la côte vers Knysna.

Toute la journée, le vent se calme, quelques baleines sautent au loin et un grand groupe de dauphins très joueurs vient sauter autour de Badinguet… Comme d'habitude, si les dauphins sont là, tout se passera bien.

Nous rejoignons "Mantra" au mouillage derrière le port de Mossel Bay. Tout est calme, la houle et le vent sont Sud-ouest, nous sommes à l'abri pour la nuit.

Demain, nous repartons à l'aube pour 210 milles de navigation jusqu'au cap de bon espérance et Simon's Town où une place nous attend.

Nous avons fait le plus dur, désormais, le vent est stable et nous allons à nouveau profiter du courant des aiguilles qui se rapproche de la côte.

Maël me téléphone, il est toujours dans l'attente de son visa professionnel pour l'Inde. Les choses n'avancent pas vite avec la rigueur et la complexité de l'administration indienne.

Les puffins jouent dans les vagues, le cap Saint Blaize se dresse devant nous, avec ses plages et ses villas perchées à flanc de falaises.  La baignade est extrêmement surveillée avec des filets anti-requin et ce n'est pas de trop car Gordon vient de voir passer un énorme requin marteau sous son bateau…

 

15/12/14

Une excellente nuit et un réveil trop tôt mais quand il faut y aller… Pas un souffle d'air, la grande houle nous attend à la sortie du mouillage… "Mantra" et Badinguet contournent le cap Blaize et alignent leur route toujours plus loin vers l'Ouest.

Le vent se lève comme chaque matin vers 11h et se renforce rapidement. Nous coupons le moteur avec soulagement car il vibre anormalement, le silent-block d'occasion, changé à Nozy Bé a rendu l'âme.

Pascale est malade, cervicalgie, mal de tête et vomissements… J'hésite à faire demi-tour mais elle refuse catégoriquement et nous poursuivons notre route en bouquinant.

A la nuit tombée, le vent tombe à nouveau et le Yanmar reprend du service avec des vibrations inquiétantes. J'explique notre situation à Gordon et il nous dépasse pour tailler la route devant.

Le cap des Aiguilles est passé entre "12 milles bank" et "6 milles bank", deux hauts-fonds très négociables par beau temps et une houle de 6 mètres, c'est du très beau temps !

Je reste angoissé une bonne partie de la nuit, impossible de dormir avec ce risque d'abimer un autre silent-block, comme en Australie.

 

16/12/14

Pascale prend son quart malgré sa fatigue vers 1h30 du matin et je peux fermer les yeux pendant 2 heures. Les cargos sont partout mais en restant près de la côte, nous évitons le troupeau et il y a du très gros qui fonce vers l'Amérique du Sud.

Je reprends mon poste à 4h30, Pascale va un peu mieux mais ce n'est pas encore la forme olympique. En arrivant dans le cockpit, je découvre un environnement extraordinaire. Pas de vent, une gigantesque houle de 7 mètres nous soulève lentement, le soleil pointe son nez pour éclairer des montagnes arides, des pitons rocheux et de grandes falaises qui s'enflamment sous la lumière naissante. Les phoques, les pingouins et les cormorans plongent à notre approche pendant qu'une centaine de dauphins se déchaine sur un banc de poissons.

Les phoques se nourrissent de laminaires, ces grandes algues qui font plusieurs mètres flottent très au large et comme notre moteur ne s'appuie que sur trois pattes, il ne faudrait pas en prendre une dans l'hélice… Malheureusement, par deux fois, le moteur baisse de régime en faisant vibrer tout le bateau, je me précipite sur le levier de vitesse pour mettre au point mort mais le mal est fait… Un petit coup de marche arrière et ça repart… Plonger pour libérer une hélice dans une eau infestée de grands requins blancs, très peu pour moi…

Pascale et moi passons de très longues heures, télécommande du pilote à la main à zigzaguer entre les grandes algues pour épargner notre moteur boiteux, heureusement que les phoques sont là pour assurer le spectacle.

"Danger Point" puis "Cape Hangklip" sont doublés à plus de 4 milles de distance puis le vent redonne de la voix avec 30 nœuds au grand largue, le moteur se repose et nos nerfs aussi ! Le cap de Bonne Espérance est sur Bâbord, déplumé, sauvage, et ô combien mythique, Simon's Town est situé sur sa rive orientale, nous resterons côté "Océan Indien".

Comme je m'y attendais, le vent à la côte est puissant et nous terminons notre périple à 9 nœuds avec juste la grand voile réduite !

Le vent est violent et la mer couverte d'écume mais les grandes digues du port de commerce nous protègent de la houle. Les navires flambant neufs de la Navy sont à quai, je suis sensé les prévenir de notre arrivée mais ça souffle trop pour tailler une bavette à la VHF !

"Mantra", qui est arrivé 3/4h avant nous, a préparé notre place et ça va être coton avec ce vent qui dépasse les 45 nœuds dans les rafales…

Badinguet avance entre les pontons et il est impossible de faire demi-tour entre les voiliers, c'est trop étroit pour nous, une seule option, rentrer en marche avant. Il y a beaucoup de monde pour nous aider, au moins 8 personnes sont prêtes à recevoir les amarres…

La manœuvre débute très mal, nous sommes trop loin du ponton et le vent nous en écarte avec force, j'accélère en jouant du propulseur, affolant tout le monde sur les quais… l'étrave de Badinguet est à 50 cm d'une vedette à moteur, ça va toucher et ça ne va pas être tendre…

Et là, miraculeusement, le vent baisse et tourne au Nord-est, Badinguet s'écarte de la vedette et est naturellement poussé vers le ponton, tout en douceur… Et dés que l'amarrage est terminé, le vent reprend férocement en tentant de nous écarter du ponton…. La manœuvre était vraiment mal partie et selon moi, nous allions irrémédiablement percuter le voisin sans possibilité de nous rapprocher du ponton… Je ne comprends absolument ce qui s'est passé, ni pourquoi, ni comment mais ce vent qui nous écarte au dernier moment, ce vent qui soufflait de l'autre côté quelques minutes auparavant…

Au risque de paraître idiot, j'y vois une protection bienveillante... Ma maman est décédée lorsque j'avais 11 ans. Au cours de ma vie, j'ai régulièrement eu la sensation d'être protégé dans les coups durs... Je ne m'explique pas ce qui s'est passé autrement…Et pour confirmer mes dires, le vent a soufflé à 45 nœuds toute l'après-midi en nous écartant tellement du ponton que j'ai été incapable de rapprocher le voiler pour l'amarrer convenablement… Ce n'est que le soir venu, que j'ai pu profiter d'une accalmie pour retendre les cordages…

Nous déjeunons avec Helen et Gordon au Yacht Club, je suis cuit de fatigue et Pascale va beaucoup mieux, c'est le monde à l'envers !

Je fais une énorme sieste pendant que Pascale nettoie les traces de notre navigation et nous passons la soirée à améliorer notre amarrage et notre confort en installant les taux de cockpit pour nous protéger du vent.

Pascale a préparé un bon steak avec des délicieuses patates sautées, je bois du champagne avec Helen et Gordon sur le ponton… Sven et Kathryn, sur leur "Solar planet" arriveront dans une heure et demie, de nuit… Nous les aiderons à s'amarrer et la veillée va être longue….

 

17-18/12/14

Badinguet a déménagé et nous occupons désormais une place beaucoup trop petite pour nous. Du coup, nous avons tiré des amarres sur les bateaux voisins… tant qu'ils ne bougent pas !

Simon's Town est une petite ville originale et très agréable à vivre. La rue principale longe la côte, elle est encombrée de constructions anciennes rénovées qui rappellent l'histoire coloniale du lieu. De nombreux hôtels, des magasins pour les touristes et des restaurants en pagaille se succèdent au petit centre ville de cet ancien comptoir hollandais.

Le train (ou plutôt ce qu'il en reste) parcoure le littoral au ralenti dans un bruit assourdissant. Ca grince, ça craque, ça secoue mais ça nous emmène quand même à Cape Town en 1h15 et pour 1€ l'aller !

Le centre ville de Cape Town est moderne, propre, sécurisé et les noirs y sont rares. Lorsqu'on quitte la zone, l'ambiance change complètement et le sentiment d'insécurité est omniprésent.

Nous achetons des cordages dyneema à des prix dérisoires dans un magasin d'usine puis nous déjeunons au Royal Yacht Club de Cape Town en compagnie de Katrin et Swen.

 

20/12/14

Nous sommes debout à 5h30 mais comme Pascale tournicote depuis 3h du matin, ça ne change plus grand chose !!! 20 minutes de marche, 1h15 de train, 10 minutes de taxi, 2 heures de minivan et enfin 20 minutes de bateau…. Et pourquoi faire ? Pour voir des requins blancs…

J'ai toujours admiré ces grands poissons et depuis mon plus jeune âge, je collectionne les livres sur le grand requin blanc. Plonger avec eux, les voir évoluer sous l'eau, attaquer une proie ou un appât, j'en rêve depuis toujours…

Malheureusement, nous ne sommes pas du tout à la bonne saison pour rencontrer ces grands prédateurs. En juin et juillet, les touristes peuvent admirer jusqu'à 30 squales par sortie, à cette période de l'année, si on en voit un, il faut s'estimer heureux mais on y croit…

Comme, ils sont peu nombreux, il faut aller les chercher là où il y en a le plus, et c'est à 170 km de Simon's Town que ça ce trouve, à Gansbaai, la capitale mondiale du grand requin blanc…

Nous arrivons enfin à destination à 11h et un petit déjeuner très copieux nous y attend. Nous remplissons quelques formulaires, nous payons 115 € chacun puis c'est l'heure du "briefing sécurité" pendant lequel, on nous explique comment se placer dans la cage sans se faire manger un truc qui dépasserait…

Tout le monde grimpe ensuite dans une vedette à deux niveaux parquée sur une remorque tirée par un tracteur agricole. Nous sommes 25 à bord, le conducteur pilote adroitement entre les récifs pour sortir du petit port et le catamaran fait rugir ses deux "400 chevaux". Ca chahute pas mal jusqu'à ce que la grande houle calme tout le monde !

Les cages sont déjà sur place, entourées de bouées, elles sont accrochées à de longues cordes sur lesquelles, le catamaran s'amarre à l'avant et à l'arrière pour se mettre en travers de la houle. La cage pour 5 plongeurs est ensuite attachée solidement sur le flanc sous le vent du navire.

Ca roule sévère la dedans et il ne faut pas longtemps pour que la houle fasse ses premières victimes, 5 clients se retrouvent allongés, blancs comme des linges, ça laisse un peu de place aux autres !

Les appâts et les leurres principaux sont à l'eau, une fausse silhouette de phoque en polystyrène, une grosse tête de thon en surface et une autre au fond, le tout arrosé de sang et de sardines plus ou moins fraîches… 

On s'accroche comme on peut et tout le monde cherche un aileron, une queue ou une grande gueule pleine de dents !!! C'est le bateau d'à côté qui décroche la première place avec une belle attaque de requin que j'arrive à immortaliser avec mon téléobjectif. Cool, il y a des squales, ils vont venir chez nous…

Il ne me faut pas longtemps pour réaliser que nous dérivons tranquillement, est-ce voulu ou non ? L'équipage a-t-il lâché du mou dans les amarres ?

En prenant des repères, j'ai ma réponse 1/4h plus tard, nous dérivons bel et bien alors que les 4 autres bateaux de touristes sont mouillés correctement. Notre équipe ne se donne même plus la peine d'amorcer, ça ne sert à rien lorsqu'on dérive et nous continuons à déraper alors que les autre catamarans jouent avec de grands requins blancs… L'équipage sait pertinemment que l'après-midi est gâchée mais ils font comme si de rien n'était, d'ailleurs, il n'y a que nous qui avons remarqué la dérive…

Nous aurions du rester 3 heures en mer mais au bout de 2 heures, ils annoncent qu'il n'y a pas de requin en ce moment et nous rentrons… Les seuls qui sont contents, ce sont les cinq zombis qui agonisent sur les bancs en attendant le plancher des vaches, nous, nous sommes très déçus et assez agacés par ce que nous venons de découvrir…

En y réfléchissant, je me serai comporté de la même façon avec des clients payants… L'ancre est cassée ou tordue, elle n'accroche plus, la cage est à poste, le bateau n'est plus manœuvrable, pas d'ancre de secours, autant économiser les appâts, inutile d'amorcer pour rien…

La cage est chargée à l'arrière, l'ancre relevée est complètement tordue, nous retournons à Gansbaai… Je suis quelque peu irrité et je discute avec le pacha qui m'avoue que nous avons dérivé car l'ancre s'est tordue mais il ne me répond pas lorsque je lui demande si c'est pour cette raison que nous n'avons pas eu de requin autour de nous…

Un repas chaud nous attend à terre, des lasagnes et au dessert, on nous amène des vouchers, des bons pour revenir gratuitement valable deux ans !!! Nous serons de retour la semaine prochaine !

Au retour, nous regardons défiler les milliers de bidonvilles qui cernent Cape Town. Il y a vraiment une version "aseptisée" de l'Afrique du Sud, nous y évoluons en permanence… La face cachée, le vrai visage du pays, nous n'y avons pas accès car il est trop dangereux pour nous. Des millions d'Africains vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans des taudis, prêts à toutes les extrémités pour survivre, pour avoir le droit de manger, de boire ou de respirer.

Pas de travail, pas d'argent, des enfants à nourrir, une petite bicoque, quelques tôles ondulées offertes par le gouvernement, ils s'y entassent pour les nuits et dans la journée, ils sont au bord des routes, aux carrefours, aux feux rouges pour vendre des sucreries, des chargeurs ou des casquettes, ils mendient dans les trains ou devant les restaurants en chantant ou en jouant de la musique… D'autres ont basculé dans la violence ou le crime… Peut-on vraiment juger ces gens là, dans un pays à peine sorti de l'apartheid et où le racisme et la ségrégation sont juste sous la surface, sous le vernis, on les ressent tout le temps sans jamais les voir vraiment…

 

Les jours suivants

Comme il n'y a aucune voiture de location disponible, nous consacrons nos journées à bricoler sur le bateau avec de nombreux achats en prime… Nous empruntons régulièrement le train jusqu'à Cape Town pour parcourir le quartier de "Paarden Eiland" où les zones commerciale et technique sont regroupées.

Pascale fabrique des housses pour les pare-battages, les drisses, les écoutes et les amarres sont changées, le voilier est nettoyé de fond en comble, les tecks sont rénovés et beaucoup de matériel est parti en réparation, voiles, pièces en inox, pièces moteurs… Nous devrions récupérer tout ça à la réouverture des sociétés début janvier.

Nous finissons par dégoter un scooter à louer et vu le nombre d'embouteillages en ces périodes festives, nous gagnons beaucoup de temps sur la route. Le problème reste le froid, le vent et la pluie… Depuis que nous avons un deux roues, le temps est pourri !

Un petit tour à "Boulder's beach" où la colonie de pingouins se fait photographier toute la journée par des milliers de touristes perchés sur des estrades puis nous grimpons dans les hauteurs qui dominent Simon's Town. Transis de froid, nous découvrons les grands plateaux couverts de "Bush" et balayés par les nuages bas et humides. Nous prenons encore quelques photos de False Bay depuis une batterie de gros canons et nous retournons au Yacht club pour diner avec Helen et Gordon de "Mantra".

Nous passons le réveillon de Noël tous les deux avec un bon diner puis nous nous couchons tôt après quelques coups de téléphone par Skype.

Il pleut toute la journée du 25 et nous nettoyons les planchers du carré entre deux épissures sur 12 torons, j'adore ça !

Une énorme dépression avec 65 nœuds de vent se trouve à 50 milles au Sud du Cap, être au port est jubilatoire… Nous ne mettons le nez dehors que le lendemain.

 

26/12/14

Réveillés comme chaque jour par les sifflets et les cloches des militaires, nous découvrons un ciel immaculé,  le vent a encore tourné de 180°, il fait beau et froid…

Le scooter reprend du service et nous repartons sur les routes sud-africaines. Un premier arrêt à "Long Beach", une immense plage fréquentée par les vacanciers. Pas question de se baigner, les drapeaux d'alerte aux requins flottent au vent mais surtout, la tempête a généré une énorme houle de 6 mètres qui vient se briser sur la plage. Nous n'avons jamais vu de rouleaux de cette taille, les vagues dépassent les 10 mètres lorsqu'elles se cabrent avant de déferler dans un vacarme assourdissant.

Nous restons plus d'une heure à contempler le spectacle puis nous reprenons la route payante de Chapman's Peak. C'est certainement une des plus belles routes que nous ayons emprunté. Construite ou plutôt creusée à flan de falaise entre 1915 et 1922, elle traverse le granit sur des corniches pendant 9 km entre Hout Bay et Noordhoek.

Nous nous arrêtons à chaque virage tellement la vue est belle puis nous arrivons à Hout Bay, complètement embouteillé. Le vent est violent mais il ne semble pas gêner les phoques qui font le spectacle dans la marina. Ici encore, les pontons ne sont pas fixés aux extrémités et tout le port avance et recule au rythme de la grande houle qui fait monter le niveau de l'eau comme des mini-marées incessantes. 

Nous déjeunons à 16h puis nous prenons la direction de la ville de Contantia. La vallée vinicole ferait penser à nos campagnes s'il n'y avait pas ces grandes montagnes rocheuses qui encadrent ce carré de verdure. L'objectif est le domaine "Groot Constantia", un des plus connus et probablement un des plus chers !

Il faut acheter un ticket (4,5 €) pour pouvoir gouter 5 vins différents… On ajoute 6€ pour 4 morceaux de fromage enrubannés dans du papier qui colle et on attaque la dégustation… Il est vrai qu'au 6ème verre, on se fiche un peu du papier qu'on retrouve collé sur ses molaires et au 8ème verre, ils ont tous un peu le même goût…

Nous achetons deux cartons de délicieux Cabernet-Sauvignon 2012 et de Road Constantia 2013, ce vin là va traverser l'Atlantique sous peu…

Et à propos d'Atlantique, nous y sommes sans le savoir depuis le Cap des Aiguilles !!! J'ai bêtement cru un Anglais qui nous a affirmé que la limite occidentale de l'océan Indien se situait au Cap de Bonne Espérance… Comme quoi, ne jamais faire confiance à l'Anglais…

En fait la limite géographique entre les deux océans se trouve au 20ème de longitude par le Sud du Cap des Aiguilles.

Bon, les cartons de pinard sont chargés et c'est au tour du scooter d'être embouteillé ! Retour au bateau sous un vent violent du Sud-est, le même que nous avions à notre arrivée et ça va durer quelques jours… On va surveiller les amarres…

 

27/12/14

Ca souffle toujours autant jour et nuit et j'ai quelques drisses à isoler et quelques amarres à changer parce que ça tape et ça grince et la nuit, c'est insupportable !

Pascale a rendez-vous chez le coiffeur et elle passe de la couleur orange à une belle couleur blonde… Suite à la chimio, ma moitié avait décidé de se teindre les cheveux avec des colorations de supermarché et je vis depuis deux mois avec une femme dont la crinière "carotte" pourrait attirer quelque animal à longues oreilles. L'affaire est close… La Blonde est de retour !

La "Governor's Cup" est une course qui part de Simon's Town pour rejoindre l'ile de Sainte Hélène. 20 participants, un bon vent dans le derrière, et beaucoup profitent de l'épreuve pour continuer vers le Brésil. Les autres embarquent leur voilier sur un cargo qui les ramène au Cap !!! On croit rêver… Le départ est donné à 14h, les places dans le port se libèrent, les copains vont pouvoir arriver.

Le soir, nous recevons à Diner nos amis Helen et Gordon et Pascale a fait les choses en grand, Curry vert au poulet-crevettes, plateau de fromages et fraises en dessert et un Saint Emilion 2005 qui a voyagé en bateau pendant 6 an et demi avec nous… Il nous reste encore deux bonnes bouteilles, vestiges de notre vie terrestre et nous les boirons lorsque la boucle sera bouclée.

La soirée est très agréable et tout le monde apprécie la cuisine thaïlandaise lorsque mon couteau glisse de la table… J'ai acheté ces couteaux à viande sur un site en ligne de Thiers. Nous ne nous en sommes jamais servis car ils abiment nos assiettes en mélanine. Ils tranchent comme des lames de rasoir et la pointe est effilée comme une dague…

Tout ça pour dire que le couteau n'est jamais arrivé sur le gelcoat… Il a trouvé plus tendre pour amortir sa chute et s'est fiché sur le côté du mollet ! C'est en retirant le couteau de la plaie que je prends la mesure de la blessure. Elle est sérieuse et nécessite plusieurs points de sutures, juste entre le fromage et les fraises….

J'applique une demi-douzaine de "Steri-strips" sur la coupure pour terminer le dessert mais je sais qu'il va falloir refaire un tour aux urgences et à Simon's Town, il n'y a rien… Gordon, m'informe qu'il y a deux médecins dans les tourdumondistes, un Anglais qui tremble et un Hollandais de 75 ans nommé Cornelius, j'espère qu'il ne ressemble pas à celui de la planète des singes !

On oublie d'entrée l'Anglais parkinsonien et le professeur Cornelius débarque à bord avec du Mercurochrome ! Il parait que c'est ce qu'il y a de mieux pour les plaies profondes, Ah ouais ? Et il veut coller la plaie à la super glue, Ah Ouais ?

J'hésite à renvoyer le vieil homme sur sa planète mais il insiste et on ré-ouvre la blessure pour qu'il l'examine. Il a le nez collé sur la plaie et découpe des triangles dans les Steri-strips prédécoupés, ça commence bien. C'est tout juste s'il ne colle pas les bandelettes à côté de la coupure tellement il est myope mais je laisse faire… Il est médecin tout de même !

Il finit par boire un verre de vin rouge avant de repartir à bord de son voilier, ouf !

La soirée se termine aussi agréablement qu'elle avait débuté et tout le monde file au lit.

 

28/12/14

Il fait toujours aussi beau et le vent continue à forcir avec 30 nœuds réguliers désormais… C'est bien simple, en scooter contre le vent, on roule à 40 km/h et avec le vent, on monte à 120 !!!

Ma jambe est peu douloureuse, ça saigne un peu et je reste vigilant vis à vis d'une éventuelle infection…

Nous revoilà parti pour des dégustations de vins dans la région de Constantia. Au programme, "Klein Constantia" le vin que Napoléon buvait à Sainte Hélène, "Constantia Utsig" et "Steenberg".

Les grands domaines ne font gouter que les vins chers aussi, sommes nous un peu frustrés de ne pas tester les vins que nous voudrions acheter et faire vieillir à bord mais nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur et bon gosier…

Nous rejoignons Verena et Tobby de "Sangoma". Le vent s'est encore renforcé et pour garder le guidon dans l'axe, c'est toute une histoire, ou alors ce sont les différents crus que nous avons dégusté…

"Sangoma" a bouclé un tour du monde et demi l'an dernier et nos amis ont acheté une jolie maisonnette qui domine False Bay.

Un Braï (un barbecue) nous attend ainsi que quelques équipages très sympas et tous anglophones… Et je dois dire qu'on commence à en avoir ras la casquette de parler english. Nous, on veut causer La France !!!

Le diner est délicieux, Verena et tobby sont d'excellents cuisiniers en plus d'être d'excellents navigateurs… Quel plaisir de s'assoir dans un canapé avec un magazine people devant une vue imprenable !!! On se fout du vent qui rugit, de la pluie et des grandes vagues, on est à l'abri !!

Nous quittons le groupe assez tôt car il faut encore rentrer au bateau en scooter et avec ce vent glacial et violent, ça devient sportif…

 

29/12/14

Départ de bonne heure, il y a maintenant presque 40 nœuds dans la marina mais demain, ça va monter à presque à 60 dans les rafales…

Nous retournons à Cape Town en passant par "Signal Hill", son départ de parapentes et sa magnifique vue sur la ville. Un petit tour au gros shipchandler du coin qui nous offre deux bouteilles de vin, une réduction de 15% et les adresses des meilleures propriétés viticoles de la région, C'est Noël !

Nous revenons avec l'épouvantable tortillard qui nous gratifie d'un arrêt de 30 minutes puis un redémarrage dans l'autre sens !!! Deux heures pour rejoindre Simon's Town… Je hais ce maudit train !!!

"Kilkéa II", un Super Maramu 2000 Red line arrive au port et le vent dépasse les 40 nœuds. Nous sommes nombreux à récupérer les amarres mais le vent contrarie la manœuvre de nos amis canadiens et le voilier aborde violemment le catway par le travers… Résultat, une belle estafilade de 15 cm sur 1cm de profondeur, on voit le polyester !!! Le bateau est vite amarré et les gardes triplées en prévisions de la tempête de demain…

Tout le monde confirme cette information, jamais l'Afrique du Sud n'a connu une saison avec autant de vent… Fallait que ça tombe sur nous !!!

30/12/14

Marie-Claire et Marcel, amis et propriétaires d'un Amel 54 basé en Méditerranée nous rejoignent pour passer quelques jours à bord.

Dans leurs valises, des crémaillères neuves, des silent-blocks, les cadeaux que Maël a fait passer et pleins de bonnes choses, fois gras, gewurztraminer, chocolats, fromages, saucissons, champagne et même du rhum, nous sommes gâtés.

 

31/12/14

Une très jolie balade terrestre au cap de Bonne Espérance et à Cape Point. Des roches découpées à la serpe, des falaises verticales et un vent furieux pour ne pas oublier que l'autre nom du fameux cap est "Le cap des tempêtes". Tous ces sites sont encombrés de touristes, les parkings sont surchargés et des navettes assurent les liaisons en évitant d'écraser de gros babouins intimidants.

 

Un bon diner au restaurant avec les équipages de "Mantra", "Kilkea II" et nous, on continue à baragouiner en english, ça devient difficile...

 

1er janvier… 10h…

Cela fait une bonne heure que je change les silent-block du moteur. Marcel m'aide en manœuvrant le winch servant à tendre la drisse d'artimon qui soulage le moteur. J'en suis au quatrième et dernier support et celui-ci fait un peu de résistance…

Je demande à Marcel d'insister un peu sur la tension jusqu'à ce que celle-ci soit à la limite de la tolérance pour ce pauvre cordage acheté à Port Elizabeth…

Alors que je m'apprête à retirer l'ancien silent-block, tout la cadre qui soutient le moteur se soulève avec violence à 80 cm de hauteur. Le renvoi d'angle est arraché de son logement dans la foulée. Les deux malheureux colliers qui cerclent le manchon du puits du saildrive ne résistent pas non plus à la traction causée par l'élasticité de cette drisse bon marché…  L'eau a trouvé son chemin et c'est un véritable geyser d'huile et d'eau de mer qui explose dans la soute… L'eau rentre à toute vitesse et le moteur est parti vers l'arrière, impossible de remettre l'axe du C-drive dans son puits… Nom de Dieu, on va couler !!!!

La capacité de la pompe du puisard est très vite dépassée par la quantité d'eau qui arrive dans le compartiment moteur et l'alarme se met en route, je suis en pleine panique. La pompe à main est en panne depuis des mois, je n'ai pas de pompe de secours disponible, je hurle mon désespoir, je n'arrive plus à penser, je crie sur tout le monde des ordres sans queue ni tête, On va perdre le bateau dans le port….

L'eau est maintenant arrivée à hauteur des premières pompes, climatisation et groupe d'eau sont sous l'eau et ça monte toujours. Je retire mon teeshirt pour le bourrer dans le tube de 20 cm de diamètre qui charrie eau et huile mélangées. Pascale me jette des serviettes que je tente d'enrouler de mon mieux mais rien n'arrête l'eau… Je suis totalement désespéré et stressé, Je hurle pour qu'on aille chercher un pompe 220V à l'avant du bateau mais il faut brancher les raccords, couper un tuyau et mettre les colliers et dans l'affolement, les colliers se détachent et la pompe ne s'amorce pas, Bordel, on va vraiment finir par couler…

Pascale est partie chercher des amis et Gordon arrive en courant avec une grosse pompe immergeable, Helen court chercher les sauveteurs, s'ils font vite, on a une chance… Mais on est le 1er janvier…

La pompe de Gordon est en 12V et j'abandonne la soute pour sortir deux fils derrière l'auto-radio. Pascale descend à son tour dans l'eau froide pour tenter de retarder la catastrophe, l'eau pénètre comme un torrent, la pompe de calle commence à donner des signes de fatigue et Pascale fait passer des seaux à Marcel qui les vide à l'extérieur mais ça ne suffit pas…

La pompe est enfin connectée et tout le monde déroule le tuyau souple de 10 mètres à l'extérieur de la soute. Elle s'amorce immédiatement mais il faut veiller à ne pas avoir de coude ou de pliure et le poids de l'eau qui remonte le tuyau complique les choses. Marcel surveille ça de près, Pascale continue à me donner des serviettes pour ralentir la voie d'eau…

La montée des eaux semble ralentir et lorsque les sauveteurs arrivent enfin avec une énorme pompe, l'eau commence à baisser… On peut juste respirer un peu car rien n'est résolu, l'eau continue à pénétrer à l'intérieur et les pompes ne seront pas éternelles, elles travaillent trop, charriant l'eau de mer et le résidu des 8 litres d'huile qui se trouvaient dans le C-Drive…

Je suis trempé et couvert d'huile, je refais le raccord avec des serviettes et du cordage et cette fois-ci, on pourrait presque arrêter la pompe de Gordon, notre pompe de calle suffit à stabiliser le niveau, même elle n'en pleut plus, elle est bouillante.

Les sauveteurs s'occupent de tout, posant des questions précises et prennent les premières mesures d'urgence, stabiliser le moteur avec une deuxième drisse et mettre en place la grosse pompe au cas où… Par VHF, ils organisent notre sortie de l'eau mais le travel lIft est un peu petit pour notre unité.

Les techniciens sont rappelés de chez eux en urgence, finies les vacances ! Ils sont tous là pour organiser notre sortie de l'eau en catastrophe.

 

Le travel lift est mesuré à 4m70 de large, nous faisons 4m60 !!! Ca va passer juste mais la limite en poids est de 20 tonnes, là, ça devient risqué… Comme le dit le chef des sauveteurs, nous n'avons pas d'autre choix. Côté positif, le vent est tombé et le C-drive est sorti de son logement à marée haute, ça aurait pu être pire...

La bateau des Rescue est à couple, il y a 10 personnes pour nous aider, nous sommes emmenés à petite vitesse vers la calle du chantier sous les regards d'innombrables curieux.

Le personnel du port est au complet pour la manœuvre car Badinguet est le plus gros voilier jamais sorti de l'eau par ici... Les sauveteurs nous poussent entre les barres du travel lift, les balcons sont pliés, les listons abimés mais on est en place et les sangles nous sécurisent enfin, on ne coulera pas !!!!

Badinguet est bien trop lourd pour le câble habituel qui tire le travel lift hors de l'eau aussi, nous passons la nuit sur nos sangles, le cul dans l'eau mais la soute au sec…

C'est incroyable le nombre d'abrutis qu'on peut trouver sur les quais des marinas, ils n'y connaissent rien et ils commentent ou donnent des conseils aux techniciens ou aux sauveteurs… J'ai failli en étriper un mais il est parti lorsque j'ai quitté le bord. "Pelagos et "Banik" sont là aussi pour donner un coup de main au cas où. "Too Much" arrive demain, la marina va se remplir de Français…

Alors évidemment, avec le recul, je pourrai me chercher quelques excuses pour alléger ma culpabilité.

Nous étions un peu sous tension avec des invités à bord. Nous sommes tellement habitués à vivre tous les deux dans notre petit univers que nous avons du mal à gérer du monde en permanence à bord. Mais surtout, le terrible mot "animal à grandes oreilles" a été prononcé quatre fois de suite" ! Une fois, on peu pardonner mais quatre... Oui, je suis superstitieux et ce n'est pas marqué sur mon front mais lorsqu'on navigue, on sait qu'il ne faut pas jouer avec ces choses là... En tous cas, depuis cette épouvantable mésaventure, Pascale est devenue encore plus superstitieuse que moi, faut dire que là, on a été servi !

02/01/14

Une nuit absolument épouvantable à cauchemarder, à repasser en boucle le moment où le moteur s'est soulevé en entrainant le renvoi d'angle et ces dizaines de litres d'eau et d'huile qui ont envahi la soute.

Rétrospectivement, j'ai été incapable de gérer cette situation de stress. C'est la première fois que je panique à ce point et cet état est survenu consécutivement à une suite de réflexions dans l'urgence. Après quelques secondes de stupéfaction et de terreur…

-          1ère idée - Remettre l'axe en place pour boucher l'arrivée d'eau - impossible car le moteur est trop lourd et il est sorti ses supports.

-          2ème idée - Arrêter l'eau qui rentre par tous les moyens, mon tee-shirt, des serviettes, tissus - impossible, l'eau rentre toujours.

-          3ème idée - Vider l'eau au fur et a mesure quelle rentre, je n'ai qu'une pompe en état de marche… et elle ne compense pas la voie d'eau…

N'ayant plus de solution, la panique s'est emparée de moi, j'ai commencé par repenser à ma négligence et tout ce que j'aurai du faire et que je n'ai pas fait, connecter ma deuxième pompe de calle indépendamment de la première, changer les clapets de la pompe manuelle, avoir une pompe de secours disponible, etc.

Le désespoir a ensuite pris la suite et j'ai été incapable de penser, comme si j'avais épuisé toutes les ressources de mon cerveau, impossible de raisonner...

-          Peut être faut-il sauver l'ordinateur… Récupérer les passeports… on va sombrer dans un port un premier janvier et c'est inéluctable…

Ensuite, les amis et les sauveteurs ont évité à Badinguet une fin tragique et ridicule…

Le voilier est tracté sur la calle par un gros câble puis placé sur le terre-plein par un tracteur agricole. Le bateau est bien callé et j'attaque assez vite le travail pour estimer les dégâts. Je désaccouple le C-drive et le remets en place, le moteur est bien reculé sur ses supports pour laisser un accès à l'accouplement souple et au disque de frein.

Notre assurance nous confirme qu'une franchise s'élève à 3500€ !!!! Une fois encore, nous laissons tomber ce recours…

Pour diner, Marie-Claire et Marcel nous propose de déguster leur foie gras arrosé de gewurztraminer vendange tardive… Un régal absolu !!! Et pourtant, nous sommes terriblement affectés par cet accident qui aurait pu envoyer Badinguet par le fond… Une petite parenthèse de douceur pour le palais et pour l'esprit…

Le Super Maramu est équipé de compartiments étanches, cabine arrière, avant, soute moteur… Il suffit de fermer une vanne et une porte et on isole la zone immergée… En fait, je ne sais pas si certains ont vécu ce genre d'avarie mais il est certain que l'eau trouve toujours un chemin et je ne pense pas que la soute moteur puisse être isolée complètement très longtemps. J'ai en tête une bonne dizaine de possibilités de passage de l'eau… Sans l'intervention de Gordon puis des sauveteurs, nous aurions pu couler !

Un article nous est consacré dans le journal et celui-ci est affiché dans le Yacht club ! Il y a juste un incroyable malentendu... Il est écrit que nous avons été secourus par les sauveteurs car nous coulions en raison d'un problème avec un "seal" mais en anglais, le mot "Seal" a deux significations, un joint d'étanchéité et un phoque... Et du coup, tout le monde parle de nous car nous avons failli couler à cause d'un phoque !!!! Vivement qu'on disparaisse, qu'on se transforme en Lilliputiens...

Les jours suivants

Jean et Marcia, toujours aussi disponibles et efficaces sont de précieux alliés pour démonter des pièces aussi lourdes…

Le renvoi d'angle est complètement retiré et déposé sur le quai, au bas mot, 45 kilos ! La partie extérieure est également désolidarisée de la quille, un vrai Lego ce bato ! L'échappement, turbo, échangeur, filtre à air, tout est démonté, il y en a partout…

Après un rapide examen et plusieurs coups de téléphone en France chez Amel, le diagnostic est posé, nous n'avons rien cassé ou abimé… Ce sont juste les deux colliers en inox qui seraient le manchon du C-drive qui ont glissé…

Le renvoi d'angle est rincé à l'eau douce puis au gasoil, les joints toriques et à lèvres sont remplacés. Un petit coup de peinture pour bloquer la rouille et lui donner meilleure mine. Jean est une vraie tornade et sur ses conseils insistants, nous repeignons le moteur et tout un tas de pièces de la soute.

Je vérifie et change une bonne trentaine de colliers, de joints, de gaines et de tuyaux usés par 7 années autour du monde. Les fils de masses sont en mauvais état et deux pompes submergées pendant l'accident nous abandonnent, le groupe d'eau qui est changé rapidement et la pompe de climatisation qui se retrouve en court-circuit franc… Papy Jean passe une bonne heure sur Skype pour déterminer l'origine d'une fuite de courant et nous ne prenons plus de châtaigne, ça devenait usant…

Marie-Claire et Marcel se retrouvent dans une situation inattendue et désagréable, ils sont sur un quai, sans eau ni toilette à bord et invités par deux navigateurs stressés et désireux de réparer au plus vite ! Ils quittent le bord le lendemain pour nous laisser travailler tranquillement à notre rythme.

En dehors du remontage classique et de l'alignement du moteur, nous continuons à entretenir et à apporter des améliorations à notre Badinguet. Le genaker est recousu, les drisses changées, une nouvelle survie pour 4 personnes (beaucoup plus légère) orne notre balcon, Les amarres sont neuves, les crémaillères de directions sont changées et à ce sujet… J'ai écrit un nouveau protocole pour le site des Améliens… A force d'avoir des emmerdes, on finit par être connu !

 

Les jours suivants

Nous louons une petite Chevrolet pour 14€ la journée et avec le nombre d'aller-retour que nous faisons avec du matériel, ce n'est pas du luxe.

Le 8 janvier, nous consacrons la journée aux grands requins blancs de Gansbaï. La mer est plus calme et ce n'est qu'au bout de 2 heures que nous apercevons le premier spécimen. Il est énorme et glisse sous la surface en direction des appâts. Il mesure 3m50 et sa gueule passe à moins d'un mètre de mes gambettes que je laissais trainer au dessus de l'eau… je les remonte vite fait, manquerait plus que je me fasse croquer un orteil !

Malheureusement, le requin n'attaque pas l'appât et disparait au bout de trois passages. Un deuxième grand blanc surgit 1/2h plus tard, plus petit que le précédent et lui non plus, ne semble pas motivé pour faire le spectacle, décidemment, nous n'avons pas de chance !

Du coup, nous repartons avec deux autres vouchers pour revenir. Ca commence à devenir rentable… On paye une fois et on y retourne trois fois.

 

12/01/14

Nous venons de passer la nuit dans les sangles du travel lift, il y avait trop de vent hier soir pour nous remettre à l'eau.

Il fait gris ce matin mais c'est le calme plat et nous allons pourvoir contrôler le moteur et le C-drive au niveau vibrations et étanchéité… Nous avons beaucoup d'appréhension car l'accident a laissé des séquelles… Nous verrons bien… Je voudrai juste oublier ce cauchemar au plus vite et pour ça, il faut qu'on navigue…

Tout se passe bien, le moteur ne vibre pas et je descends dans la calle… Il y a de l'eau mais pas au niveau du C-Drive, Merde !!!

En vérifiant le filtre d'entrée d'eau de mer, j'ai pincé le gros joint torique et ça fuit… Pour en rajouter une couche, ça coule également au niveau des colliers d'un gros tuyau que j'ai changé et dont le diamètre (35mm intérieurs) est inconnu chez les anglo-saxons !!!  Rien de bien grave mais l'angoisse est de retour…

Nous récupérons notre place au côté de "Too Much" et les deux Super Maramu siègent ensemble en bout de ponton…

 

Les jours suivants…

Nous refaisons une beauté à notre voilier, pour la deuxième fois… Mais la première, mesdames et messieurs, c'était… avant le drame !!! La soute est rutilante et les inox brillent...

Maël est arrivé en Inde pour débuter sa vie professionnelle chez Renault à Chenaï.

Comme chaque année, nous filmons une petite séquence pour souhaiter la bonne année… J'installe notre nouvelle survie sur le balcon, comme ça, si on coule au large…

 

         

La voiture de location est rendue, les pleins sont faits, Les balcons sont redressés, Pascale a payé la marina et le yacht club, nous pouvons quitter Simon's Town…

 

17/01/15

Il est 4h30, branle bas de combat, tout le monde sur le pont… Il y a au moins 6 voiliers au départ, un seul absent, le vent !

Nous descendons rapidement vers le Sud pour rejoindre l'extrémité du Cap de Bonne Espérance et c'est dans une mer chaotique avec des vagues de 7 mètres que nous passons le cap mythique au moteur !

Tout le monde se prend en photos avec les falaises en arrière-plan mais il faut se tenir sans cesse car nous escaladons et dégringolons des montagnes d'eau brune.

Les otaries et même deux baleines sont de la partie et elles aussi, réclament leur cliché ! "Too Much" arrive en tête à la marina du "Royal Cape Yacht Club" de Cape Town et les places sont difficiles d'accès avec des espaces très étroits entre les pontons…

Le propulseur d'étrave du Amel est béni mais lorsque "Bigoudi" arrive à son tour, il percute violemment deux voiliers de chaque côté du chenal, nous sommes 7 à aider le malheureux Jean, la place est totalement inaccessible sans aide. Un Norvégien avec un long bout dehors en bois gêne toute la travée et nous avons sérieusement envisagé d'aller lui scier son appendice…

Tout le monde se retrouve sur les pontons à chahuter sous les regards endormis de quelques otaries à fourrure qui encombrent les catways.

Notre moteur ne vibre pas et la soute est restée sèche… Passer le Cap de Bonne Esperance à 2400 tours / minute avec des creux de 7 mètres… Comme test, difficile de faire mieux !

Pascale et moi sommes fatigués par la courte nuit et surtout le stress des premières heures de navigation et une bonne sieste conclue l'après-midi.

Le soir venu….

Nous attendions ce moment depuis près de 4 ans… Nous sommes intronisés "Frères de l'Entrecôte" par le grand maitre fondateur Jean de "Too Much".

Jean a, bien évidemment, pris le contre-pied d'une certaine confrérie trop sérieuse… La cérémonie est organisée de main de maitre et je ne peux en dévoiler le contenu par écrit… Il faut être membre… Ce que je peux dire ce soir, c'est que nous avons passé une soirée mémorable, inoubliable avec une organisation étonnante. Un grand maitre en tenue d'apparat, déguisé magistralement,  interroge, questionne puis affuble d'un surnom le nouveau venu pour enfin l'accepter au sein de la confrérie après moultes tirades et démonstrations  gestuelles… Un rituel bien rodé et une soirée que nous n'oublierons pas de sitôt,  Pascale et moi sommes fiers d'être membre officiels des "frères de l'entrecôte" ! Sur le badge que nous devrons coudre sur un vêtement, nous avons trois étoiles pour trois océans traversés…

Déjà plus de 230 membres tourdumondistes et si tu te prends au sérieux, passe ton chemin… Tout ça pour dire que nous avons encore fichu le bazar dans une marina et le Royal Cape Yacht Club est l'endroit idéal pour ça !

 

18/01/15

Nous attendons notre énième coup de vent avec encore plus de 45 nœuds attendus. Les amarres sont vérifiées et les gardes doublées puis nous partons nous renseigner au Yacht Club.

Nous apprenons que si nous effectuons les formalités de sortie le weekend, tout est beaucoup plus simple et les autorités sont réunis dans un même bâtiment, à 20 minutes de marche de la marina. En semaine, il faut courir en ville et les douaniers sont tellement occupés qu'il y a des heures d'attente…

Ni une ni deux, on paye la marina et on file au port de commerce pour faire tamponner nos passeports et remplir la clearance de sortie.

Deux heures plus tard, les douaniers montent à bord de Badinguet pour vérifier nos factures, nous récupérerons prés de 300€ de TVA qui seront envoyés par chèque en France… Les factures pour le vin ne sont pas acceptées ! De toute façon, on en avait bu une bonne partie !

Nous sommes prêts pour le départ prévu mardi matin à l'aube, direction, la Namibie.

 

19/01/15

Encore une nuit passée à stresser dans sa couchette… Les rafales dépassent encore une fois les 40 nœuds et dans cette marina vieillissante, c'est assez inquiétant ! Le ponton sur lequel nous sommes amarrés s'est disloqué cette nuit, la plaque de jonction a cédé et la borne électrique s'est retrouvée sous l'eau. A 23h30, j'étais sur le ponton à m'interroger sur une éventuelle manœuvre de dégagement et j'ai encore renforcé les amarres à 5h ce matin.

Bref, une nuit merdique au port, comme des dizaines d'autres depuis que nous sommes en Afrique du Sud…

Je ne comprends pas pourquoi toutes les marinas sont faites sur le même modèle, des pontons flottants articulés et amarrés sur des chaines… Nous sommes au pays des tempêtes et il n'y a rien de sérieux, ça casse tout le temps !

Le vent baisse un peu ce matin et pendant que je complète le réservoir de gasoil en bidonnant, Pascale interroge plusieurs marinas aux Antilles afin d'y laisser le bateau en Avril-Mai…

Dans l'après-midi, nous faisons un dernier coup de courses à V&A, le grand centre commercial du Waterfront et nous trouvons notre vin préféré,  du Beyerskloof Pinotage à 52 rands la bouteille (3,5 €), ça s'arrose !!

Pascale poursuit son shopping et je réussis in-extremis à faire fabriquer deux supports en plexiglas pour la cuisine. Lulu va être contente !

Depuis que je surnomme Pascale Lulu, tout le monde l'appelle ainsi, même nos amis anglophones qui prononcent "Liouliou" !

20/01/15

Je reste vraiment fatigué, les nuits ventées, ma plaie à la jambe qui tarde à devenir belle, le contrecoup de l'accident, j'ai toutes les excuses…

Le vent est tombé, le Norvégien et son bout dehors ont changé de place mais nous n'avons pas le cœur à  partir…

Et c'est parti pour une visite que n'avons pas eu le temps de faire depuis notre arrivée dans la région… La fameuse "Table Mountain". L'accès à la gare de départ est situé sur une route sinueuse dont les bas côtés sont surchargés de voitures. On se gare là où il y a de la place, donc hyper loin et ensuite on rejoint la gare à pied pour se taper une queue de 45 minutes à se faire doubler par les VIP et les circuits organisés. Enfin arrivé à la caisse Juste devant nous, un couple se retrouve cerné par les employés avec musique, photos et diplôme pour célébrer le 24 millionième visiteur, on a loupé ça de peu !

Une télécabine tournant sur 360° nous emmène en 4 minutes en haut de la grande montagne plate qui domine Cape Town. Au sommet, un restaurant bondé, un magasin de souvenirs et des kilomètres de chemins dans le bush et la rocaille, on se croirait dans la garigue… Nous croisons l'acteur Ben Afleck en famille au milieu de milliers de monticules de pierres posées ça et là par les touristes.

 

La vue est impressionnante avec le cap de Bonne Espérance et les douze apôtres d'un côté et la grande cité du Cap de l'autre.

Nous sommes de retour à paarden Eiland vers 16h pour récupérer les pièces en plexiglas que nous avons commandées sur mesure pour Pascale… L'espace vide laissée par notre ancienne cafetière est désormais occupé par des petites boites et des supports en plexiglas transparents du plus bel effet.

Diana, la secrétaire du Royal Cape Yacht Club nous fait comprendre discrètement que nous n'aurons rien à payer pour cette nuit de plus, cool !

Nous passons la soirée avec les "Too Much" à mettre en ligne la page FB des "Frères de l'entrecôte" et de son grand maitre.

 

 

NAMIBIE 

 

 

Du 21 au 23/01/15

Cette fois-ci, on part ! Pas de vent pour quitter la place exigüe du port puis au large de Robben Island, nous prenons 40 nœuds dans le derche, histoire de ne pas oublier que nous sommes dans les mers australes…

Les grands laminaires sont agglutinés en paquets compacts, comme des mini iles flottantes et se retrouver coincé la dedans ne me dit rien qui vaille !!!! Il va falloir jouer avec la chance…

Quelques heures plus tard le vent baisse enfin et on peut aligner un cap au Nord sous voiles.

Le genaker avec sa drisse et sa bordure neuves remplace ou accompagne le génois selon l'angle du vent.

Il fait froid, très froid, la mer est toujours aussi brune avec un aspect cuivré qui rappellent la couleur des grandes algues laminaires appréciées par les otaries à fourrure.

Des dizaines de dauphins viennent jouer devant Badinguet qui passe de bâbord amure à tribord amure puis au vent arrière sans arrêt ! Il faut régulièrement empanner, changer les écoutes, inverser les voiles, manipuler les chariots pour exploiter au mieux ce vent capricieux et économiser notre gasoil.

La nuit est glaciale et noire mais à la surface de l'eau, le spectacle est extraordinaire. Des milliers de taches blanches luminescentes soulignent chaque déferlante, chaque mouvement d'écume. Le vent souffle à 25 nœuds et la mer est saupoudrée d'éclats lumineux.

Pascale est allée aux toilettes cette nuit là et en tirant la chasse d'eau, la cuvette s'est illuminée de mille scintillements… mais qu'est ce que j'ai mangé la veille, du poisson de Fukushima ?! 

Le deuxième jour, le brouillard est de sortie et la visibilité est limitée à 40 mètres. C'est la première fois que ça nous arrive depuis que nous sommes partis et nous n'y sommes pas du tout habitués !

Le radar tourne en permanence, l'AIS est en position "émetteur" et la veille ne sert plus à rien car je ne vois pas comment on pourrait éviter un obstacle qui sortirait de la brume. Les frontales sont masquées par le crachin qui trempe les coussins, les vêtements et pénètre loin à l'intérieur du voilier.

Les quarts de nuit sont difficiles à tenir avec cette pluie, ce brouillard et ce froid et quitter sa couette pour veiller devient une vraie corvée que Pascale apprécie tout particulièrement.

 

24/01/15

Au petit matin, le vent continue à nous faire tourner en bourrique et côté bourricot, Badinguet est très fort !!! 4 fois, je remets le genaker à poste et 4 fois, je l'enroule 1/4h plus tard. Que d'efforts pour rien… Le vent n'est jamais resté stable plus de deux heures d'affilée !

Du coup, le moteur a souvent pris le relais avec toujours cette petite fuite de liquide de refroidissement à surveiller de près.

Pour terminer cette remontée casse-pieds, nous avons droit au vent debout pendant 6 heures, décidemment, quand ça ne veut pas… La pluie est omniprésente, plus ou moins forte, sous forme de bruine ou d'averses avec de grands coups de tonnerre mais toujours aussi froide et pénétrante. Je rapproche Badinguet de la côte qui semble magnifique… sous la pluie…

Les otaries jouent pas dizaines autour du bateau, les pingouins plongent à notre approche et les dauphins au rostre très court sautent devant l'étrave, heureusement qu'ils sont là pour faire le spectacle !

L'ile d'Halifax est parée sur tribord et je contacte le "Port Control" sur le "16", puis le "12". Nos interlocuteurs sont très accueillants et nous sommes autorisés à pénétrer dans le port naturel. Ils nous recontacteront au niveau du chenal d'accès bien balisé.

Dans cet abri découvert par les Portugais en 1488, il y a trois iles, l'ile des pingouins, l'ile des phoques, l'ile des flamands roses et la presqu'ile du Sud s'appelle l'ile des requins, ils ne se sont pas trop cassé la tête pour les nommer !

Nous devons prendre un corps-mort ou mouiller à côté des autres voiliers mais en approchant, nous constatons qu'il n'y a absolument pas de place pour jeter l'ancre au beau milieu de la flottille. Il y a bien deux autres voiliers dignes de ce nom mais la grande majorité des embarcations sont des bateaux qui récupèrent les diamants avec des suceuses et ils sont tous sur corps-morts.

La première bouée que je gaffe est la bonne mais pas pour longtemps car un gars arrive en barque pour nous expliquer que les chercheurs de diamants sont tous armés et ils n'apprécient pas qu'on prenne leur place !!!

Je lâche à regret le gros cordage et nous nous écartons du groupe pour mouiller à l'écart. "Port Control" vérifie notre position et valide notre ancrage, on ne bouge plus !

Le soleil fait enfin son apparition et réchauffe très vite l'atmosphère, nous quittons les combinaisons de quart et les sous-vêtements en laine polaire pour retrouver short et tee-shirt. Toutes nos affaires sont trempées ou moites et ça fait 3 jours qu'on moisit la dedans.

Nous avons le choix, rester à bord jusqu'à lundi matin et faire les formalités aux heures d'ouverture des bureaux ou effectuer la paperasse maintenant et payer une taxe pour "overtime".

Aucune envie de rester coincé aussi longtemps, on paiera… Le dinghy est à l'eau, le moteur démarre au quart de tour après deux mois de repos et nous filons à terre pour être en règle. Douanes, immigration et capitainerie s'enchainent en quelques minutes, arriver un weekend nous a couté 12€, ça va !

Nous flânons 1/2h dans la ville désertée pour cause de Weekend puis nous retournons au bateau pour prendre une énorme douche et un minuscule ti'punch… John et Sue sur "Infini" nous apprennent qu'ils ont vécu le même calvaire avec du vent dans tous les sens, parfois très violent et une humidité constante. Espérons que la Namibie vaudra le détour…

 

 

25/01/15

Une énorme nuit bien au calme et un tour du compteur très attendu ! La pluie retarde notre sortie matinale puis nous débarquons dans la ville déserte. L'agence de voyage que nous avions repérée la veille est fermée malgré le panneau qui indique son ouverture dominicale…

De retour à bord, je découvre l'origine de la fuite de liquide de refroidissement, une durite complètement bouffée et des colliers rouillés, tout ça est vite changé. Je fais la vidange du moteur, détends un peu l'écoute de chariot de bôme et remets 10 mètres de chaine en prévision du vent attendu les jours suivants, ça va être sport !

Dans un bistrot nous avalons un steak infâme en compagnie de deux femmes belges habituées de la Namibie puis nous partons à la découverte de la cité à l'architecture allemande du siècle dernier.

Les maisons colorées jalonnent les rues puis les pistes qui mènent au rocher sur lequel une église domine la ville. De là haut, on aperçoit l'immense baie de Lüderitz harbour, le mouillage et les grandes dunes qui bordent la côte.

On fait très vite le tour de la ville et il n'y a pas grand-chose à voir de plus, c'est plutôt l'atmosphère générale qui est exceptionnelle. Cette sensation d'être dans un endroit hallucinant, à mi chemin entre le Pérou, le désert africain et la lune ! Et puis, il y a cette nonchalance des Namibiens qui invite au calme et à la paresse…

Les habitants sont vraiment accueillants et ils prennent le temps de nous expliquer les habitudes locales ou d'appeler des amis pour que nous ayons un véhicule de location rapidement.

Le yacht club se situe à côté de la jetée du bord de mer où nous amarrons l'annexe. On y trouve du WIFI, de quoi boire, et tout un tas de buveurs et d'habitués… à boire…

Nous y retrouvons John et sa famille ainsi que les loueurs de voiture à qui nous avons donné rendez-vous.

En retournant au bateau, nous faisons un détour par les rochers où dorment quelques otaries et c'est à coup de Gopro que nous les forçons à se mettre à l'eau. Mais si, c'est bon de faire de l'exercice !

 

26/01/15

La voiture est à nous vers 8h30 et nous récupérons l'équipage du bateau américain 'Infini" histoire de partager les frais de la location au passage…

La grande route qui relie Lüderitz au reste du monde est très bien entretenue et nous sommes à 120km/h dans un désert rocailleux lorsque nous manquons d'écraser un groupe de 4 springboks… Les petites gazelles traversent tranquillement la chaussée puis disparaissent dans les canyons rocheux qui bordent la route.

La ville fantôme de Kolmanskop est à 12 km de Lüderitz, il faut une autorisation spéciale pour y aller car elle se situe dans une zone diamantifère très réglementée. Nous présentons notre laissez-passer (acheté dans une agence de Lüderitz) au gardien puis nous pénétrons dans l'enceinte abandonnée.

 

 

 

Une visite guidée gratuite est organisée chaque jour à 9h30 et à 11h et nous découvrons l'incroyable histoire de cette cité abandonnée.

Kolmanscop a prospéré entre 1908 et 1958, tant que les mines de diamants aux alentours étaient rentables. Les Allemands y vivaient avec leurs familles, entourés de 800 ouvriers complètement exploités et extrêmement surveillés… L'organisation germanique était absolument étonnante avec un train qui amenait chaque jour des boissons fraiches, un énorme générateur pour l'électricité, des congélateurs ingénieux, une salle de spectacle et de bal, un gymnase, des magasins et des villas toujours debout malgré la rigueur du climat.

Mais à côté du faste réservé à la caste dirigeante de l'époque, on découvre des camps de concentration, des bâtiments de quarantaine et des méthodes de travail totalement inhumaines…

Les maisons et les bâtiments sont bien conservés car les Allemands fabriquaient déjà du solide à l'époque. Il faut juste prendre garde à bien fermer les portes que nous ouvrons car le sable et surtout les serpents s'insinuent partout et les reptiles du coin sont très dangereux ! Nous prenons un bon petit déjeuner sur place puis nous partons en direction de la péninsule qui mène à "Diaz Point".

La route laisse la place à une piste carrossable sur laquelle il faut souvent accélérer pour passer les zones de "tôles ondulées". Nous passons au Sud du "2ème lagon", le Sud de Lüderitz Harbour et nous prenons de nombreuses photos de springboks et de flamands roses qui n'ont de rose que la moitié des ailes !

La balade se poursuit sur des pistes désertiques dans un décor lunaire, minéral, où les roches et les sables rivalisent d'ingéniosité pour dessiner des formes improbables et harmonieuses.

Notre Toyota tient bien la route et je tiens bien le volant pour ne pas quitter les pistes désertes. Une antilope, un bassin d'eau salée, un flamand rose, une roche noire sur un fond de sable et nous arrêtons la voiture pour photographier… L'environnement est hallucinant, ce n'est pas tout les jours qu'on conduit sur une autre planète !!!

Juste après l'ile d'Halifax, nous arrivons enfin à "Diaz Point" et le petit coffee Shop est fermé, pas de bière pour le moment !

La bruyante colonie d'otaries à fourrure fait le spectacle sous la réplique de la croix de Diaz. Nous filmons et photographions les animaux entassés et les bruits qu'ils font rappellent curieusement celui des chèvres ou des vaches !!! Le grand phare que nous avons croisé en arrivant marque la pointe de la péninsule où des milliers d'oiseaux nichent dans une paix royale.

Sur le chemin du retour, je réussis à convaincre Pascale de ne pas rapporter un énorme bloc de quartz blanc, ouf ! Elle cherche quand même des diamants à chaque fois qu'elle descend de voiture, on ne sait jamais…

De retour à Lüderitz, nos amis américains nous invitent dans un restaurant  incontournable, le "Oyster bar". Situé au premier étage d'un bâtiment d'ostréiculture, les huitres ne peuvent pas être plus fraiches et elles sont absolument délicieuses. Certains disent que ce sont les meilleures au monde et je les crois volontiers ! Après une dégustation d'huitres natures, j'attaque les huitres cuites au bacon et au bleu, au parmesan et aux herbes et citrons ! Je ne saurai dire lesquelles sont les meilleures car tout était vraiment délicieux avec des saveurs étonnantes, délicates et raffinées. Tout ceci, bien évidemment, accompagné d'un délicieux vin blanc sud africain.

Nous finissons la journée par un bidonnage de gasoil, toujours aussi galère !!!

Les pompistes sont comme tous les habitants que nous avons croisés, surpris de voir autant de voiliers dans leur baie, il y en a 5 et c'est la première fois que ça arrive !!!

Nous vérifions le bon fonctionnement du déssalinisateur avec ses nouvelles membranes que nous n'avons pas encore testées, l'eau est bonne à boire malgré une autre petite fuite sur le circuit haute-pression que je répare rapidement.

Voilà une très belle journée de passée et si le vent ne s'était pas levé en rafales, ce serait paradisiaque !

 

27/01/15

L'annexe est à l'eau et nous passons prendre Matthew sur "Infini", Michael et Sue préfèrent rester à bord pour gérer le coup de vent de cet après-midi.

Nous prenons la direction de "Agathe Beach" et sur la droite du chemin, une plaine verdoyante irriguée par une petite centrale électrique, borde la piste. Nous y découvrons des dizaines d'oryx et de Springboks qui profitent de la verdure. Ces animaux  en complète liberté sont extrêmement farouches et il suffit de descendre de voiture pour provoquer une panique générale ! Dans ces conditions, nous restons le plus possible dans l'habitacle pour les photographier, la climatisation à fond !

"Agathe Beach" est une jolie plage, rien de spectaculaire ! Les immenses dunes qui longent la piste côté Est sont strictement interdites d'accès car toute la région se situe en zone diamantifère réglementée et Pascale fulmine car elle rêve de grimper en haut de ces gigantesque tas de sable…

Comme nous avons beaucoup de temps à tuer, nous prenons la grande route en direction de "Aus", à 125 km de Lüderitz. Un autre point d'eau artificiel est en permanence alimenté et des dizaines de chevaux sauvages, entre autres, viennent s'y abreuver.

La route serpente dans un cadre fabuleux, à chaque virage, le paysage change. Nous passons de la surface lunaire à celle de Mars puis des montagnes rocheuses noires viennent contraster avec le jaune des étendues sableuses. Plus loin, les dunes tentent de traverser la route en empiétant un peu plus chaque jour avant de laisser la place à une plaine aride, large de 50 km, qui séparent des massifs montagneux où l'ocre côtoie le rose et le brun.

La vitesse est limitée à 120 km/h et pour nous le rappeler, un tracker est installé dans la voiture… Des que je dépasse la vitesse autorisée, ça bipe et il n'y a pas un flic à 100km à la ronde… Des routes désertes dans une immensité minérale dénuée de toute présence humaine.

Sur notre droite, un important groupe d'autruches s'enfuit lorsque nous nous arrêtons, un peu plus loin, un troupeau d'oryx se rapproche, les springboks ne tardent pas à apparaitre et on se demande vraiment comment ces animaux peuvent vivre sur un tas de cailloux dans cette fournaise. Il fait plus de 40° et lorsqu'on quitte le véhicule, l'air brûlant que l'on respire brule la gorge et dessèche le gosier en un clin d'œil… Une petite bière fraiche ?

Nous arrivons enfin au point d'eau mais les chevaux n'y sont pas aussi poursuivons nous jusqu'au village de "Aus" où nous dégustons une délicieuse tourte au mouton.

 

Sur le chemin du retour, nous sommes récompensés, un troupeau d'oryx et quelques chevaux sauvages entourent la réserve d'eau.

Il n'est pas facile de prendre des photos au téléobjectif car la température ambiante et la chaleur dégagée par le sol brulant, provoquent des ondulations visuelles qui déforment les sujets. De même, tout ce qui se trouve au niveau de l'horizon ou la surface bitumée de la route semblent inondé, recouvert de liquide. C'est la première fois que nous évoluons dans un désert aussi chaud et entre deux tourbillons de sable, les mirages sont omniprésents.

Le vent s'est levé et la visibilité s'est nettement dégradée, le sable traverse furieusement la route qui disparait complètement par moment. Le ciel est voilé et nous roulons sur un tapis mouvant, le désert est en marche, poussé par un vent puissant et nous sommes sur son passage…

 

De retour à Lüderitz, nous découvrons une mer blanche d'écume mais nous nous en doutions.

Nous faisons les dernières courses, un petit coup d'internet au Yacht club puis je ramène la voiture de location avant de retourner sur Badinguet qui tire sur sa chaine comme un malheureux.

Les rafales dépassent les 35 nœuds, nous apprenons que "Infini" a dérapé tout à l'heure. En ce qui nous concerne, rien de bien méchant, je remets dix mètres de chaine par sécurité.

Le départ est prévu pour demain, plusieurs sources météo viennent de me confirmer que le moment est bien choisi. En fin de coup de vent, demain midi, nous quitterons la Namibie pour débuter la longue traversée de l'Atlantique Sud avec la première étape à Sainte Hélène située 1330 milles de Lüderitz.