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ILES VANUATU 

 

 

 

 

TANNA  -  VANUATU 

 

Il est 17h lorsque Badinguet se présente à l’entrée de la baie résolution… De gros nuages masquent le soleil mais la visibilité reste bonne pour se placer au mieux. Les vagues pénètrent allégrement dans la baie et la nuit risque d’être roulante…

J’appelle un des 3 catamarans présents au mouillage et fais la connaissance des charters qui viennent de Nouvelle-Calédonie. Les skippers professionnels me conseillent très efficacement sur les démarches à effectuer pour visiter le volcan et se rendre à Lenakel où nous devons faire notre entrée administrative aux Vanuatu.

Il fait nuit noire mais je pars à terre avec Luc, le skipper pour attendre son équipage et rencontrer Stanley, l’organisateur des expéditions vers le volcan.

J’apprends que le spectacle était vraiment dangereux aujourd’hui. De grosses bombes tombaient derrière les spectateurs. Ils ont passé une bonne partie du temps à regarder en l’air pour voir où les bombes allaient s’écraser… Les véhicules ont du s’éloigner de la zone pour ne pas être endommagés, gulp !!!

Tout ceci est à la fois effrayant et fascinant et je négocie avec le fils du chef du village, la journée de demain. Stanley nous donne rendez-vous  à 7h30 demain matin, youpi !

 

25/05/11

Nous Sommes prêts à 5h du matin, le bateau roule tellement que nous n’arrivons plus à dormir… C’est le prix à payer pour avoir le privilège de voir un volcan de très très près…

De nombreuses fumeroles s’élèvent de la forêt tropicale, certaines semblent sortir de l’eau qui longe la rive. Toute l’ile ressemble à un volcan qui ne dort que d’un œil… 

Un solide petit déjeuner et nous préparons nos sacs pour l’expédition attendue, pantalon, grosses pompes, foulards contre les vapeurs, etc.

Une pirogue à balancier, creusée dans un tronc approche, c’est Stanley. Il nous explique que la grand-mère du chauffeur de la seule voiture du village est morte cette nuit et qu’ils sont tous partis la veiller…

Nous sommes déçus de ne pas pouvoir bouger d’ici et je m’empresse de prendre une nouvelle météo pour constater avec soulagement que nous pouvons rester une nuit remuante de plus, le vent ne va pas être violent !

Après avoir laissé l’annexe au fond de la baie sur une grande plage de sable noir, nous rencontrons « Donovan » et « Sham ». Le premier à 16 ans et veut nous faire visiter les alentours, le deuxième, beaucoup plus âgé, nous tend une guitare cassée qui a autant de corde qu’il a de dent dans sa bouche, c'est-à-dire aucune !!! Nous lui recollerons son instrument de musique tout à l’heure et nous partons avec Donovan qui se fait un plaisir de nous montrer les innombrables sources d’eau chaude qui bordent la plage…

 

Le sable noir se crevasse par endroit et des dizaines de filets d’eau bouillante s’écoulent jusqu’à la mer. Des petits bassins naturels, creusés dans les rochers permettent aux habitants de faire cuire du tarot ou des coquillages. Donovan et moi complétons notre petit-déjeuner en piochant dans les flaques d’eau bouillonnante.

Les maisons sont faites de troncs, de branchages et de feuilles. De grandes bassines cuisent sur des feux en plein air pendant que les enfants, nus, s’amusent à courir au milieu des poules et des cochons. Un peu plus loin, des adolescents réparent un toit en feuilles tressées que les adultes leur tendent en les conseillant… Nous avons vraiment l’impression que leur mode de vie n’a pas évolué depuis des siècles. Un  impressionnant retour dans le passé, sans eau courante et encore moins d’électricité… La forêt environnante, semble, elle aussi sortir tout droit de la préhistoire…

Nous suivons notre petit guide qui marche pied nus dans la jungle. Dés qu’on s’arrête 5 minutes pour souffler un peu, des centaines de fourmis rouges se précipitent pour tenter l’ascension de nos gambettes par la face Nord… Du coup, on ne s’arrête plus et nous soufflons comme des buffles en essayant de rattraper Donovan qui fonce dans la verdure.

La végétation est incroyablement luxuriante, c’est bien simple, nous croiserions un Vélociraptor derrière un Banian que nous trouverions ça normal, on lui demanderait juste de prendre la pose pour la photo…

Tout au long du chemin, des sources d’eau chaude jaillissent ici où là, tantôt d’une crevasse, tantôt suintant au travers d’une terre gluante rose et malodorante. Ces boues volcaniques peuvent être rouges, blanches et même bleues et Donovan se fait un plaisir de nous peinturlurer le visage avec ses doigts, on a vraiment l’air fins maintenant !

En redescendant, je suis pris d’une violente envie de filer aux toilettes et je demande à Pascale et à Donovan de continuer à marcher pour que je puisse faire mon affaire… Et me voilà, accroupis dans une jungle préhistorique, le cul à l’air sur un des volcans les plus dangereux au monde avec des peintures de peau-rouge plein la tronche !!!

Mais il n’y aura aucun témoin de cette scène légendaire et je rattrape rapidement les marcheurs. Un petit tour à bord pour recoller la guitare et recharger leurs téléphones portables (sont pas si arriérés que ça !) puis c’est la visite du grand village de l’autre côté de la baie. Il y a là un petit Yacht-club rempli de drapeaux du monde entier et nous y ajoutons leur premier drapeau français avec un beau « Badinguet » écrit dessus !

La visite du village est inoubliable avec des personnages sortis tout droit de nos mémoires inconscientes, un peu comme si nous débarquions avec Christophe Colomb dans des territoires inviolés… Le physique des Ni-vans est très différents de celui des iliens que nous avons côtoyé jusque là, ils sont d’origine mélanésienne et parlent la langue officielle, le Bislama dont voici un exemple criant :

-        - Traduction de « Parlez-vous français ?» = « Yu Toktok le french ? »

Chaque Ni-van parle aussi le dialecte de son village d’origine (il y en aurait plusieurs centaines aux Vanuatu) et une troisième langue, le français ou l’anglais en fonction du passé colonial et religieux de son lieu de naissance… Les missionnaires ont installé des écoles un peu partout pour contrôler la population et de nos jours, on trouve des Ni-vans qui parlent à la perfection le français.

Pascale distribue des cadeaux aux enfants sous le regard bienveillant des villageois, enchantés de faire notre connaissance. Nous voilà bientôt accompagnés de dizaines de marmots en guenilles qui chantent et rient en soufflant dans les ballons qu’ils viennent de recevoir…

Un petit clin d’œil à Isa, ma petite sœur qui doit bondir dans son fauteuil de présidente de « MER-TERRE ». Elle se bat depuis des lustres pour que les communes cessent d'organiser des lâchers de ballons. Une fois crevés, ceux-ci retombent immanquablement sur terre ou en mer, polluent et sont souvent ingurgités par les oiseaux ou les poissons qui s’étouffent avec !

Nous sommes épuisés par notre longue promenade dans le village et le retour à bord est accueilli avec soulagement. Badinguet est balloté par les vagues et la houle qui rentrent dans la baie. Le vent souffle toujours du Nord-est et il ne s’agirait pas qu’il se renforce, nous sommes très exposés…

Après avoir vu Stanley qui nous confirme que la voiture sera bien là demain, nous tombons sur 3 hommes, assis en tailleur sur la petite place de sable noir… Ils sont en train de préparer le Kava pour ce soir… Intrigués, nous nous approchons pour en savoir plus sur la préparation du mélange …

Les racines et le tronc du végétal sont coupés au couteau, puis nettoyées à la bourre de coco qui est très abrasive. Ensuite, les enfants mâchent longuement les racines et recrachent la pâte dans une feuille... Cette pâte, mélangée à la salive, est déposée dans une poche sur laquelle on verse de l’eau de pluie. Contrairement aux Fidji, le Kava est vert et la concentration en matières « toxiques » est très élevée. Pour couronner le tout, ils mettent peu d’eau et le liquide chargé est assez épais…

Ces trois gaillards forts sympathiques veulent nous faire plaisir et je sens qu’on va avoir du mal à se sortir du guêpier… Les enfants sont en train de jouer au foot et aucun n’est disponible pour mâcher… Ils tiennent vraiment à ce que nous goutions le breuvage mais qui va mâcher ???? 

« Sham », l’homme à la guitare qui n’a plus de dents déboule de la jungle et me demande des nouvelles de son instrument de musique. Je lui confirme que j’ai déposé sa guitare dans son village et le voilà qui commence à se saisir des racines pour les mâcher longuement… Il en a plein la bouche mais il continue à mordre avec ces bouts de ratiches dans les branches de Kava.

Je prends des photos à la limite de la nausée lorsqu’il ouvre fièrement la bouche pleine d’une pâte écœurante. Il recrache ensuite la mixture imbibée de salive sur une feuille et la donne à ses amis qui sont installés plus loin.

Le Kava est vite préparé et versé dans un demi-coco qu’on se dépêche de me proposer…

Alors là, c’est hyyyyyyyyyyper simple !!!! Il faut totalement oublier le faciès de Sham en train de brouter des racines, ne pas penser à ses dents rongées, à sa salive et à ce qu’il vient de recracher bruyamment… Voilà, c’est du Fanta orange que je vais boire !!!!  

Le goût ressemble un peu au Kava Fidjien mais c’est beaucoup plus fort et très vite, à peine une minute plus tard, un curieux étourdissement me saisit en même temps qu’une anesthésie partielle de la langue… C’est sûr, ça n’est pas du Fanta orange et on sait pourquoi Sham n’a plus de dent… Là, on joue dans la cour des grands !

Nous les quittons après les avoir remercié longuement et en retrouvant l’annexe, j’ai vraiment l’écœurante sensation d’avoir roulé un patin à Sham, Beurk ! Mais où est passée ma langue ???

Nous retrouvons notre Badinguet, en train de danser le rock’n roll dans les vagues… Demain est un autre jour, quelle journée !

 26/05/11

Ce coup ci, c’est le jour « J »…

Deux bateaux arrivent à l’aube et mouillent rapidement… En les regardant s’agiter de bon matin, nous supposons qu’ils vont tout faire pour se joindre à nous car il y a peu de voiture dans le coin…

En effet, nous attendons un bon moment que les Néo-Zélandais soient prêts et nous quittons enfin port Résolution en pick-up… Une piste épouvantable, complètement défoncée, serpente dans une jungle impénétrable. Par moment, nous longeons des failles et des trous de plusieurs mètres de profondeur où il ne ferait pas bon mettre une roue…

Nous arrivons dans la zone du volcan et le 4x4 peut enfin accélérer sur un boulevard de cendre, on est sur la lune ! Le paysage est incroyable avec ce Volcan noir qui crache bruyamment ses entrailles à quelques centaines de mètres du véhicule.. Mais pour le moment, nous ne faisons que passer car il faut aller de l’autre côté de l’ile pour faire notre déclaration d’entrée officielle.

2h plus tard, les fesses en compote, nous changeons des Euros en Vatus dans la seule banque de l’ile. Les formalités sont très vite expédiées et nous avons même l’impression de les déranger plus qu’autre chose. L’officier de la quarantaine, m’a posé une seule question…

-          L’officier : Avez-vous à bord des substances ou des produits qui justifieraient que je puisse m’inquiéter ???

-          Nicolas : Heu, non, vous pouvez dormir tranquille !!!

-          L’officier : OK, c’est 3000 Vatus (23 €).

C’est vraiment de l’arnaque et j’apprécie toujours autant le zèle de ces fonctionnaires privilégiés…

Les Néo-Zélandais, qui ont profité du 4x4 que nous avions réservé sont décidemment peu reconnaissants et même incorrects… Ils nous expliquent au dernier moment qu’ils veulent attendre avec la voiture, des membres de leur famille qui arrivent en avion à 15h, nous n’en revenons pas !

Il est hors de question que nous loupions le volcan à cause d’une bande de Kiwis impolis. J’en fait part à Stanley qui nous trouve rapidement un autre véhicule pour quitter la petite ville.

Cette fois, ci, notre chauffeur s’appelle Roy et il ne cesse d’ingurgiter des cacahuètes fraichement cueillies… Voilà, tu donnes des cacahuètes au chauffeur et il est content !!!

Apres un stop pour acheter 3 noix de coco, deux boites de thon et une machette, Il nous dépose à l’entrée de la zone volcanique, le spectacle est extraordinaire… Nous sommes complètement seuls, avec des heures devant nous pour jouer sur un terrain gigantesque façonné par l’activité volcanique du mont Yasur. Bienvenue à Jurassic parc !

Des coulées de cent mètre d’épaisseur de lave rose striée de jaune surplombent de profondes failles où coule une rivière. Par endroit, la végétation arrive à traverser l’épaisse couche de cendre et quelques touffes d’herbe jaune viennent iriser la scène. Au loin, la jungle fumante veille sur ce dangereux voisin, capable, s’il s’énerve, de la réduire en cendres en une respiration. Mais le vue n’est pas l’unique sens stimulé par cet environnement… L’air est chargé d’odeurs de souffre et de vapeurs toxiques, toute la zone semble sous pression... Mais ce qui nous terrifie le plus, ce sont ces explosions assourdissantes qui rythment le temps, comme le souffle régulier d’un monstre qui sommeillerait sous cette montagne inquiétante.

 

Souvent, nous nous figeons, paralysés par le vacarme de l’éruption, les yeux rivés sur le cratère en se demandant ce qui va sortir de ce trou infernal…

Après avoir discuté avec Johnson et son fils qui vivent toute l’année à quelques lieues du Mont Yasur, nous traversons la rivière, pieds nus et poursuivons notre marche vers la petite route qui permet d’accéder au cratère.

Le jour baisse et un pick-up rempli de Français de Nouvelle-Calédonie, nous prend en stop pour la dernière ascension de la journée. Nous payons 3300 vatus (25€) par personne au départ du chemin qui monte vers le point de vue. La piste est presque impraticable et par endroit, elle fume tellement qu’on a l’impression qu’elle est en ébullition ! Des colonnes de vapeur lèchent les parois de la tranchée qui sert de chemin d’accès,  Il y a vraiment des endroits où il ne ferait pas bon crever un pneu…

Bien cramponnés aux arceaux du 4x4, nous arrivons sur un replat, le parking du cratère… Il n’y qu’une voiture stationnée mais nous devinons d’autres véhicules remplis de touristes Néo-Calédoniens qui suivent de près.

Le crépuscule est le moment propice pour approcher le volcan pour deux raisons. C’est, de toute évidence, plus spectaculaire de voir une éruption dans la pénombre qu’en plein jour mais surtout pour des raisons de sécurité. La nuit, les bombes incandescentes sont beaucoup plus visibles et il est facile de suivre leur trajectoire du regard et éviter ainsi une mort violente tout à fait regrettable...

Nous enfilons nos protections (combinaison de peintre pour moi et pantalon et k-way pour Pascale) et nous voilà partis pour notre dernière grimpette vers l’énorme bouche volcanique.

Mélangés à une pluie de cendre, des milliers de petit cailloux, comme de la pierre ponce, nous tombent dessus en permanence et nous sommes contraints de protéger nos visages et surtout nos yeux. Nous sommes sous le vent des fumées toxiques en arrivant sur le bord du cratère. Un foulard sur le museau, nous traversons l’épaisse fumée à l’aveuglette en tachant d’éviter de percuter quelques guides qui crachent leur poumons. On n’y voit pas à deux mètres et nous accélérons le pas à chaque fois qu’un formidable grondement retentit.

Après quelques minutes de marche dans les vapeurs, nous trouvons un bon emplacement où Il y a moins de fumée. Nos découvrons le fond du cratère, c’est gigantesque, une vraie porte ouverte sur l’enfer… La cheminée infernale est là, juste sous nos yeux et nous sommes beaucoup trop proches à mon goût !

Explosions, grondements assourdissants, puissantes éruptions, que dire de plus ? Je ne suis pas du tout rassuré et je surveille sans cesse le ciel pour suivre des yeux les énormes bombes de lave qui retombent à quelques dizaines de mètres des spectateurs imprudents que nous sommes.

Le nombre des touristes augmente au fur et à mesure que la visibilité diminue… Il y a, là haut, une bonne trentaine de personnes, fascinées et effrayées par le spectacle.

La  lave en fusion s’élève à plusieurs centaines de mètres dans un vacarme épouvantable… Je préfère mille fois traverser les océans sur un bateau que de jouer les Haroun Tazieff en combinaison de peintre en bâtiment !

Pascale est enchantée par l’expérience incroyable que nous venons de vivre et c’est couverts de cendres avec des petits cailloux accrochés dans les cheveux que nous redescendons l’escalier pour attendre notre voiture de retour.

Il fait nuit, nous mettons nos frontales et un gros coléoptère décide de s’attaquer à Pascale… J’ai envie d’appeler les chauffeurs des 4x4 car Ici aussi, il y a du spectacle ! Là voilà qui pique un cent mètres avec un insecte de 3 cm à ses trousses, il a l’air de prendre un réel plaisir à faire la course avec ma blonde !!!

Et oui, elle vient de passer 1/2h à côté d’un lac de lave en fusion sur le cratère d’un volcan très actif et elle est terrorisée par un poisson clown ou un scarabée, je renonce à comprendre…

On boit une dernière coco en regardant les films, et les photos sur les appareils. C’était fabuleux mais, le danger est vraiment réel. Plusieurs personnes sont mortes l’année dernière et il suffirait d’une puissante explosion pour régler sont compte aux dizaines de visiteurs qui circulent sur les bords du cratère chaque jour… Un site comme celui-ci serait totalement interdit au public en Europe !

Il est 18h30 lorsque nous quittons la zone exposée en laissant derrière nous cette montagne dont le sommet rougeoyant nous a fait nous sentir si petit et vulnérable. En ce qui me concerne, je ne suis pas mecontent de quitter cette maudite cocotte-minute !

De retour au village Je retrouve la case de Stanley, sa femme en sort précipitamment pour me dire qu’il est plus loin, dans la jungle, en train de boire du Kava.

Elle m’accompagne un moment juste guidée par le faisceau de ma lampe frontale et m’indique une lueur qui tremble au loin, je continue seul. Nous sommes sur le territoire des hommes et les femmes n’ont pas le droit d’assister à ces "Kava party". Plusieurs personnes sont autour du feu, certaines titubent, telles des zombis d’autres sont allongés par terre dans l’épaisse fumée. Stanley est là, crachant des restes de racines, il est complètement drogué par le Kava qu’il vient d’ingurgiter. Il me comprend à peine et je le paye malgré lui car nous quitterons la baie demain…

Nous devinons plusieurs bateaux autour de Badinguet et il parait qu’une « régate-rallye » arrive le 27 mai avec quelques 20 participants. Beaucoup trop de monde pour nous, on remonte vers le nord.

Etourdis de fatigue mais comblés par notre journée, je repense à Maël qui a 21 ans aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est moi qui ai eu le cadeau ! Tu aurais adoré cette journée, mon grand… Nous savons qu’il te reste un mois complet d’examen pour finir son année, courage mon fils, tu y es presque.

 

27/05/11

Nous quittons le mouillage vers 7h15, il y a 6 voiliers dans Résolution bay et nous savons que beaucoup d’autres vont arriver, on file au large.

Vu de la mer, le mont Yasur est exceptionnel et nous prenons encore et encore des photos de ce magnifique volcan en éruption.

Les deux lignes de pêche trainent derrière Badinguet et nous croisons une vingtaine de voiliers, tous français. Il est vrai que les Vanuatu ne sont qu’à 230 milles de la Nouvelle-Calédonie… C’est un peu leur « Corse ». Nous comprenons maintenant pourquoi nous rencontrons autant de touristes Néo-Calédoniens aux Vanuatu…

Il y a peu de vent et nous arrivons dans Dillon’s bay sur l’ile d’Erromango. Un groupe de dauphins fait des pirouettes pour saluer notre arrivée mais les vagues rentrent et Badinguet attaque un roulis digne d’un rock acrobatique…

Je crois que nous ne sommes pas restés 5 minutes… Quitte à ne pas dormir à cause du roulis, autant naviguer toute la nuit...

 

 

MALAKULA  -  VANUATU 

 

28/05/11

Une nuit et deux journées complètes de navigation en direction du Nord de l’archipel. Le seul centre d’intérêt… La pêche, avec un match serré entre les poissons et nous… Nous perdrons ce combat par deux à un mais que d’efforts…

Nous commençons par prendre une très belle coryphène = 1 à 0 !

Alors que je suis en train de la découper et de balancer par-dessus bord des bouts de barbaque sanguinolents, la ligne repart furieusement et c’est du très très gros !!!

Le poisson avale tout le fil et nous faisons faire demi-tour à Badinguet pour ne pas tout perdre… 3/4h d’efforts intenses, le poisson reste sans arrêt par 50 mètres de fond, à la verticale, sous le bateau, il pèse de tout son poids, et tout ce que je reprends, il le récupère sans forcer malgré le frein poussé au maximum… Pas de départ en furie, pas de saut, il est là, quelque part sous la surface noire de l’océan, il doit peser bien plus de cent kilos…  Pascale est aux commandes et manœuvre sans cesse pour rester prêt du bestiau mais nous n’aurons jamais la chance de l’apercevoir car après 3/4h de travail, le fil casse net… C’était certainement un grand requin qui suivait le voilier quand je nettoyais la dorade.  = 1 partout !

2h plus tard, rebelote, un grand marlin vient sauter derrière Badinguet, Pascale tente de le prendre en photo et je suis à peine installé qu’il envoie des coups de boutoir énormes pour se libérer. Je n’ai pas le bon reflexe de desserrer le frein et il se décroche… Nous l’avons vu de si près que nous sommes enchantés et bon perdants.  = 2 à 1 ! Fin du match !

Badinguet contourne l’ile de Awei au Sud de Malakula et jette l’ancre dans une eau calme, l’endroit est magnifique et très abrité. Il n’y a que nous et quelques pirogues en bois dont les occupants nous saluent avec de grands gestes.

Nous donnons la tête de la dorade coryphène à un enfant qui s’empresse de ramer vers son village pour rapporter son trophée. Pascale et moi sommes enfin dans un vrai mouillage, ça ne roule pas, on a du mal à y croire, vive le bateau !

 

29/05/11

Une nuit royale !!! Pas une ride sur l'eau, nous quittons le mouillage vers 8h30 pour 1h30 de navigation vers "Port Sandwich". Nous prenons le premier mouillage, à côté d'un petit quai en ruine.

Nous faisons la connaissance des employés du cargo qui transporte le coprah et j'ai le privilège de visiter cette épave flottante dont une partie de l'équipage est philippin ! Jean nous conseille de ne pas aller en annexe au fond de la baie car de grands requins de 7 metres ont déjà boulotté quelques habitants et la petite fille d'un skipper !!! Très surpris d'entendre de telles révélations, je lui propose de l'emmener en dinghy faire un tour mais il est visiblement terrorisé !

On ne va quand même pas rester enfermés à cause d'un poisson ! Nous voilà partis pour le fond de la baie en annexe avec un certaine appréhension... Une épave recouverte d'oiseaux et de végétation donne à l'endroit une autre note dramatique... Nous regardons l'eau noire dans notre frêle esquif, on ne va pas trop s'attarder pour prendre des photos....

A terre, on ne risque rien aussi décidons-nous de marcher jusqu'au village. Les habitants nous sourient, nous saluent et certains discutent longuement avec nous et, "cerise sur le bateau", il y a une banque ! Nous allons pouvoir changer de l'argent demain et avoir une réserve suffisante pour foncer sur l'ile de Pentecôte dans l'espoir d'assister aux Nangol, les fameux sauts dans le vide...

De retour sur Badinguet, je lis les rares infos que nous avons sur Malaluka et, en effet... Un ou plusieurs grands requins ont pris possession du fond de "Port Sandwich" et il est formellement déconseillé de se baigner ou de se promener sur une petite embarcation...

 

AMBRYM  -  VANUATU 

 

 

30/05/11

Il est 7h30 lorsque nous repartons à terre pour 1/2h de marche jusqu'au village. En attendant l'ouverture du petit local qui fait office de banque nationale, nous discutons avec les habitants qui nous expliquent le traitement du cacao et du coprah. Nous revenons les bras chargés de pamplemousses et de bananes, on va se régaler !

Badinguet quitte la baie abritée de "port sandwich" pour rejoindre une mer très hachée et un courant contraire de plus de 2 nœuds, nous n'arriverons pas à Pentecôte dans la journée, inutile d'insister... Nous mouillons à "Craig cove" à l'Ouest d'Ambrym, sur un fond de mauvaise tenue. Ambrym est une ile volcanique et le fond de la baie est constitué de lave séchée. Comme le dit le guide, mouiller ici est un peu comme un coup de dés... Pour nous, ça à l'air d'aller, de puissantes rafales de vent nous prennent par le travers à intervalles réguliers mais pas suffisamment pour tirer sur notre ancre. Je ne dormirai que d'un œil cette nuit... Les vagues contournent la pointe Nord pour venir nous faire rouler. Non seulement, je ne dormirai que d'un œil mais on risque de ne pas dormir du tout !

Un groupe de dauphins chassent dans la baie et nous décidons d'aller leur rendre visite en dinghy, il stoppent leur pêche et se rapprochent de nous, ils ont envie de jouer... Je tourne la poignée et c'est comme leur donner un signal, les voilà comme des fous à sauter devant l'annexe et nous arroser copieusement. Lorsque nous ralentissons, ils se calment et ainsi de suite pendant une bonne demi-heure où nous tentons d'aligner leurs sauts dans l'axe de Badinguet, histoire de réaliser une belle photo.

Nous remontons l'annexe sur une plage noire de cailloux et de coraux puis nous arrivons dans le village. En fait, il y a  deux villages accolés, le premier est catholique francophone, le deuxième est protestant anglophone et chacune des communautés à sa mission religieuse et son école.... le résultat est étonnant, tu marches 30 metres et il faut parler anglais... Heureusement que tout ce petit monde communique dans son dialecte local... Les habitant de l'ile Ambryn sont accueillants et ravis de voir un voilier s'arrêter chez eux ! Nous visitons les deux missions et les deux écoles puis nous retournons à bord de notre Badinguet pour regarder les dauphins sauter au large sous le soleil couchant. 

PENTECOTE  -  VANUATU 

 

31/05/11

Calme plat à 5h15 du matin, nous quittons la baie dans la pénombre. Le vent commence à monter lorsque nous sommes dans la passe et Badinguet avale les milles à 9 nœuds sous les énormes mamelles torrides de Ambrym. Les deux cratères volcaniques sont impressionnants et les fumées s'élèvent à plusieurs milliers de metres d'altitude.

Nous mouillons dans "Homo bay" au Sud de l'ile de Pentecôte, le fief du "land diving", le Nangol en Bislama... Les habitants de l'ile pratiquent cette activité incroyable depuis des lustres.

Le saut du Gaul est l'un des rituels les plus spectaculaires du pacifique. Pratiqué à la période de maturité des ignames, au moment où les lianes ont atteints leur maximum de solidité, les hommes de pentecôte effectuent ce saut en mémoire de Tamalie, victime de la ruse de sa femme, mais aussi pour assurer une bonne récolté d'ignames l'année suivante.

La premier saut fut celui de la femme de Tamalie qui, refusant de consommer le mariage, fut poursuivie par son mari. Voulant lui échapper, elle monta au sommet d'un banian, puis se jeta dans le vide au moment où son mari allait l'attraper. Tamalie la suivit, mais se tua dans sa chute, alors qu'elle, les deux pieds attachés à des lianes, se releva sans mal.

Depuis, cette coutume est réservée aux hommes. Tous les ans, ils construisent autour d'un grand arbre élagué, une immense tour de bois et de lianes pouvant atteindre jusqu'a 35 metres de haut. Il n'est pas rare de voir sauter des enfants et ce sont souvent des adolescents qui assurent le spectacle de nos jours.

Il y a 3 "Nangol" en fin de semaine, les 2 premiers ont lieu en baie de Wali (juste au Nord) vendredi et samedi pour des bateaux de touristes qui arrivent ce week-end. Le troisième aura lieu, ici, en baie de Homo devant, tenez-vous bien.... 1700 touristes qui vont débarquer d'un immense paquebot en provenance de Brisbane, gulp !

Cette activité ancestrale attire énormément de monde et les habitants ont vite compris le parti à tirer d'une telle attraction... Nous sommes à la fois surpris, déçus et excités à l'idée de voir un tel spectacle. "Chief Luc", le chef du village me vante avec insistance les avantages de sa tour qui est la plus grande de Pentecôte, il y a 15 sauteurs avec des danses et le site est immense. Mais l'idée de partager ce moment avec 1700 passagers débarqués fraichement de leur palace flottant nous refroidit nettement ! Apres lui avoir un peu expliqué ce que nous recherchions, je lui demande de m'accompagner en annexe dans la baie voisine pour voir la tour du village de Londot. Nous y rencontrons le sympathique chef "Chief Luc Fargot" et j'obtiens l'autorisation de visiter le site. Celui-ci est vraiment authentique, la tour  est certes moins haute et perdue dans la jungle mais elle n'a pas été fabriquée pour les touristes, ce sera parfait pour nous. Je paye au chef la somme de 16 000 vatus soit 70 € par personne et nous nous en tirons bien car les prix on tendance à flamber dans le coin !

Restons tout de même lucides, les pistes sont impraticables, pas d'électricité, pas d'eau courante, tout le monde vit dans des cases au milieu d'une jungle omniprésente mais où va tout cet argent ?  Il n'est visiblement pas utilisé pour moderniser ces sites et leurs accès alors où va t'il ??? Même le "chief Luc" n'en sait rien, étrange ! A chaque paquebot, le responsable des sauts de nangol reçoit 10 000 dollars US, c'est énorme pour leur niveau de vie mais il n'y en a aucune trace ici (et c'est tant mieux)...

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Nous passons la journée avec Sham qui nous emmène à la pêche aux chevrettes. Il a une technique très personnelle et très efficace... Il fabrique un barrage avec des troncs, des feuilles et de la terre pour détourner la rivière. Les chevrettes, avides de courant remontent alors le filet d'eau que Sham à laisser couler et il se jette sur les petites crevettes d'eau douce comme un mort de faim ! Il est à 4 pattes dans l'eau fraiche à crier "i'm the champion" ou "this is my business" et ramasse à pleines mains les chevrettes pour les mettre dans un sac qu'il nous réserve.

Ici, contrairement aux autres iles, tout à un prix. Je dois sans arrêt négocier et faire baisser les tarifs et même refuser carrément de payer comme lorsqu'un gugusse m'a demander 1000 vatus (7€) pour faire une photo du Nangol de Homo bay  !

Nous payons donc Sham pour sa pêche et congelons le tout pour plus tard. Il nous reste 4 jours à tuer avant les sauts de vendredi, qu'allons nous faire ???

 

01 et 02/06/11

Le temps tourne à l'orage et nous changeons de baie pour aller voir une cascade, un peu plus au Nord... Très vite, les nuages s'accumulent et c'est sous une pluie battante que nous rebroussons chemin vers "Homo Bay".  Une journée pluvieuse que nous occupons à nettoyer et bricoler...

Il est minuit, Pascale et moi sommes réveillés depuis un moment... Le vent hurle dehors et les éclairs illuminent la nuit dans un vacarme inquiétant. Il tombe des torrents de flotte, la nuit est noire et la côte que je devine à chaque coup de foudre me désoriente. Tous les instruments de navigation sont allumés, les clés sont sur le tableau de bord, prêtes à être utilisées mais je n'arrive pas à me repérer... Le vent tourne de 360° régulièrement mais reste aux alentours de 27 nœuds, je n'ai jamais vu ça ! Badinguet est secoué dans tous les sens mais où est cette fichue côte... Mais il y a pire, le loch indique 1 nœud, on dérape ou quoi ??? Je suis trempé et je sais que toutes nos cartes sont fausses et on ne s'est fiés qu'aux Way-points d'un guide nautique pour arriver jusqu'ici...

Le compas, ustensile mécanique pur et dur sera le seul à me rassurer. Même si ce que je crois apercevoir à chaque éclair me dit le contraire, le coup de vent vient du Sud, on est à la limite de la protection de la baie mais ça devrait aller et je renvoie Pascale au lit... Jamais, nous n'avons connu un orage aussi violent et je peux le dire, j'ai vraiment eu peur... Entre les centaines d'éclairs aveuglants, le tonnerre et cette pluie diluvienne, les repères, sans carte fiable, sont extrêmement difficiles à trouver...

Et dire que nous avions hésité à rester dans la baie de la cascade, très ouverte sur le Sud. Encore un bon choix, le mouillage de "Homo bay "est beaucoup plus éloigné de la plage et la tenue est excellente... On l'a encore échappé belle !

Les vagues viennent du Nord-ouest, sans rapport avec la météo, et même sil n y a pas de vent et le mouillage devient vite infernal, Badinguet roule d'un bord sur l'autre, tout devient galère ! Il faut tenir encore 24h et on dégage...

Les enfants nous emmènent à un ancien site de "land diving", que nous avions repéré de la mer, abandonné, perdu dans la jungle. N'étant pas assez accessible aux "blancs", il a été délaissé pour leur nouvelle tour de saut qui peut accueillir des milliers de touristes fortunés... L'endroit est difficile d'accès et il faut à nouveau remonter des ruisseaux dans une jungle envahissante. Pascale, généralement effrayée par les insectes nous suit sans problème et nous découvrons le site envahit par la végétation. La nature a repris ses droits mais nous pouvons profiter pleinement du lieu pendant un bon moment car, à part les 5 enfants qui nous accompagnent, nous sommes seuls.

En redescendant, je m'arrête pour prendre une dernière photo et je ne regarde pas où je mets les pieds. De grosses fourmis noires se glissent dans mes sandales et leur piqure est très douloureuses...

En ces terres reculées, les fourmis dangereuses sont noires et les rouges ne piquent pas... Les fourmis "Moumbata" noires peuvent sauter 20 fois leur hauteur, porter 50 fois leur poids et arrêter un TGV lancé à pleine vitesse... En tous cas , les enfants, pieds nus, sont morts de rire en me voyant dévaler la pente vers la rivière ou je noie mes godasses dans l'eau fraiche...

On récupère encore des pamplemousses et des citrons puis, nous retournons à bord de Badinguet qui roule énormément. Nous dormirons à l'avant cette nuit et demain, c'est vendredi, le jour du Nangol à Wali bay...

 

03/06/11

Il est 5h, nous roulerons tellement que, même à l'avant, c'est infernal ! Il n'y pas beaucoup d'air, peut être 5 nœuds mais les courtes vagues qui rentrent dans la baie nous chahutent grave ! Le ciel est  chargé, pourvu qu'il fasse beau tout à l'heure...

A 7h30, je suis sur la plage pour récupérer le chef Luc que nous emmenons avec nous dans la baie de Wali.

Nous voilà partis pour une petite demi-heure de moteur, nous mouillons par 15 mètres de fond, assez proche de la plage et je n’aime pas ça du tout… Après avoir rejoint le centre du village de Londot, nous retrouvons le chef Luc Fargo, ravis de nous accueillir.

Le bateau des touristes Néo-Zélandais et Australiens est en vue et il y a moins de monde que prévu, on est ravis ! A peine 13 touristes débarquent du catamaran à moteur et après une courte cérémonie de bienvenue, tout le monde se dirige vers le site du « land-diving ».

Il a encore énormément plut cette nuit et la terre est détrempée et glissante. Les touristes vieillissants peinent à grimper vers la zone de saut mais nous ne sommes pas pressés…Les Ni-vans sont prêts, ils ont quittés leurs t-shirts déchirés et ne portent qu’un étui pénien lorsqu’ils commencent leur danse.

Comment décrire ce qui se déroule sous nos yeux ?

 

Une vingtaine de guerriers quasiment nus chantent et hurlent pour encourager 7 des leurs qui se préparent pour des sauts à haut risque. Les chants nous semblent féroces et le rythme est martelé par des coups de bâtons frappés par les danseurs. Des sonorités venues des anciens temps s’élèvent vers la tour de bois dressée dans la jungle.

Les jeunes sauteurs s’installent sur les différentes plates-formes et sont pris en charge par les anciens qui leur attachent les chevilles avec des lianes. Ils pratiquent ces sauts depuis des siècles, et rien ne peux nous informer que nous sommes en 2011. Nous assistons à un Nangol authentique, des bouts de bois pour la tour, des lianes autour des chevilles, des feuilles autour de la zigounette et il faut se jeter dans le vide à plus de 20 mètre de haut !!!

2 personnes sont au niveau de l’atterrissage, 5 ou 6 autres sont dans la tour pour aider les sauteurs à se préparer et le reste des Ni-vans dansent et chantent au sommet de la colline ! Incroyable spectacle venu de la nuit des temps…

Il y a 40 villages dans le Sud-est de l’ile de Pentecôte et chaque clan à sa tour de Nangol. 3 endroits seulement accueillent les touristes et c’est uniquement en raison de leurs facilités d’accès ! Homo bay, Waly bay et l’aéroport sont ces trois sites… Le reste du territoire continue à pratiquer ces incroyables activités depuis des siècles, sans témoin extérieur…

Quoi qu‘il en soit, nous sommes à des années lumière de toute civilisation et même Chief Luc est en train de danser avec son bâton pour encourager les sauteurs dans la tour voisine.

A chaque saut, la difficulté augmente et les candidats montent un peu plus haut. Ils lèvent les bras en croix, puis au ciel, ils applaudissent et saisissent l’arrière de leur crâne pour se laisser tomber dans le vide, les yeux fermés. Les lianes ne sont pas élastiques et lorsqu’elles sont vraiment sous tension, des craquements sinistres retentissent. A ce moment, la tête des sauteurs n’est qu’à quelques centimètres du sol. Souvent les épaules et les coudes touchent la terre meuble du pied de la tour et le rebond est impressionnant. L’atterrissage final est brutal mais les deux préposés au tarmac sont très rapides et aident le valeureux Ni-van à se relever.

 Nous sommes effarés et enchantés de découvrir ces Nangol, un des plus beaux moments de notre tour du monde, assurément !

Nous quittons rapidement le site car un orage pointe son nez, nous partons pour Ambrym.

 

AMBRYM  -  VANUATU 

 

12 milles et un thon rouge plus loin, nous mouillons devant la plage de Ranon sur l’ile d’Ambrym. Nous résistons à l’envie de regarder nos photos sur l’ordinateur et partons à terre pour prendre contact.  .

Le Nord-est d'Ambrym est un lieu très particulier. C’est ici que se trouvent les tailleurs de bois et de pierre mais aussi les sorciers et les danseurs. Le mystère des anciens esprits du volcan est bien protégé. Nous négocions dés notre arrivée une voiture et un guide pour nous emmener dimanche sur la route du volcan. Le village longe une grande plage de sable noir où s’entassent des centaines de statues sculptées. Tout comme pour le « Land diving », les femmes n’ont pas le droit d’approcher ou pire de toucher ces œuvres d’art qu’on appelle ici « Rom ».

Le vent commence à souffler de l’Est et le mouillage est beaucoup plus calme que nous le pensions, nous allons passer une excellente nuit sous le volcan…

 

04/06/11

Jour de l’anniversaire de Pascale, il va falloir trouver quelque chose pour ce grand jour et j’ai lu que le village de « Fanla » est le fief de la « Rom Dance ». Une danse mystérieuse exécutée par des sorciers dont les masques incroyables les couvrent presque entièrement.

Nous savons qu’il existe des circuits pour les touristes qui désirent assister à ces manifestations mais si Fanla, n’est pas trop loin, nous irons y faire un tour…

Il est 9h, le soleil tape dur et nous suivons un petit chemin qui monte dans la jungle. Une demi-heure de marche à enjamber des racines dans une boue noire volcanique sous une voute végétale presque imperméable…  

Fenla est perchée sur une montagne, loin de la mer et nous stoppons au centre du village ou friddy, le sculpteur nous accueille. Plusieurs hommes se joignent a nous et le chef du village, un vieil homme en pagne nous souhaite la bienvenue à son tour.

 

Une fois de plus, nous sommes vernis car aujourd’hui a lieu une cérémonie qui précède un mariage. Des dizaines de villageois entourent la future mariée et chacun a apporte un cadeau, tarots, ignames, fruits en pagaille, poules, cochons. Certains donnent de l’argent et la comptabilité est tenue par une vieille femme qui note absolument tout sur un cahier.

A la fin des réjouissances, les gens repartent chargés des victuailles pour les déposer dans la cabane des futurs époux, un bon départ dans leur vie de couple.

Nous ne voulons  pas payer le prix que payent les touristes pour les « Rom dances » et nous arrivons à convaincre les responsables de nous montrer le site secret et une tenue de sorcier pour 4000 vatus (35€).

Nous suivons Friddy et nous débouchons sur une plate-forme incroyable. Le sol est lissé et l’aire de spectacle est complètement entourée de statues plantées dans le sol. De l’autre côté de la plate-forme se trouve une petite entrée que je n’ai pas le droit de franchir, la cabane du chef est à l’écart, gardé par un « Rom magnifique », son toit est orné de coquillages et de tout un tas d’objets hétéroclites, une vrai cabane de druide…

 

 

 

                       

Le sorcier arrive et commence à danser pour nous. Ses pieds martèlent si fort le sol qu'il tremble à chacun de ses pas. Vêtu d’un habit de feuilles et coiffé d’un masque inquiétant, il se dandine devant nous en frappant son habit végétal de son bâton. Nos hôtes rient de bon cœur en voyant nos yeux écarquillés. Quelle incroyable rencontre !

Une fois la démonstration terminée, le danseur se précipite vers moi à toute vitesse pour me faire peur et tout le monde éclate de rire lorsque je fais un écart pour l’éviter…

Le chef et friddy prennent le temps de nous expliquer les coutumes locales…

Lorsque les danses sont exécutées pour les touristes il y a 6 masques et une quinzaine de danseurs mais lorsque la cérémonie est réservée aux Ni-vans, il peut y avoir des dizaines de masques et de tenues différentes. Les cérémonies restent alors très secrètes et aucun étranger n’a le droit d’y assister.

Ces masques incroyables ne sont pas à vendre pour les étrangers mais si un ni-van veut devenir danseur. Il peut, après accord du chef du village, payer 10 000 vatus (80€) pour l’acquérir et participer à la cérémonie en tant qu’acteur. Le secret de leur fabrication est bien gardé et seuls quelques initiés connaissent les endroits dans la jungle où ils sont crées.

Même si les femmes sont très « tabous » dans toutes ces cérémonies, c'était un bel anniversaire pour Pascale.

Apres la "Rom dance", je me fais une petite "rhum danse" à bord pour arroser les 25 ans de Pascale !!!! Hip !

Nous finissons la soirée en regardant l'incroyable halo orange du cratère qui domine le mouillage.

 

05/06/11

Le dinghy est remonté bien haut sur la plage de sable noir, la voiture de Sandy nous attend, il est 6h du matin.

Une 1/2h de 4x4 puis la piste s’arrête net dans la jungle. Sacs sur le dos, nous voilà partis pour 1h de grimpette dans la verdure. Le chemin de crête est bien marqué mais la configuration du terrain rend la progression difficile. Il faut grimper 20m presque à la verticale en s’accrochant aux racines puis en redescendre 10 tout aussi abrupts et ces incessants changements de pente et de rythme ont vite raison de nos pauvres gambettes.

Des nuées de papillons tentent bien de nous encourager mais Sandy nous impose un rythme infernal et Pascale souffre en queue de peloton…

Nous débouchons enfin dans « la plaine de cendres ». Le terrain devient plat et la marche est tout de suite plus facile. Nos sacs sont lourds, 4 litres d’eau, le repas de midi, et le matériel photo pèse de plus en plus lorsque notre guide accélère. Pascale n’a toujours pas été ramassée par la voiture balais mais elle souffre en essayant de garder le rythme et le silence !

2h45 à cavaler sur les gravillons noirs qui tapissent les anciennes coulées de lave. Elles forment un incroyable réseau labyrinthique qui découpe des ilots de jungle impénétrable. En suivant ces veines noires tentaculaires, nous  arrivons enfin au pied de l’immense cratère.

Encore 3/4h de montée très raide et nous voilà arrivés à destination. Le temps est beau et le vent du Sud-est pousse les fumées dangereuses dans la direction opposée. Beaucoup de touristes sont montés ici et n’ont rien pu voir en raison de l’accumulation des nuages sur ce sommet de 1270 mètres. Il est rare de le voir dans de bonnes conditions, nous continuons à être chanceux, pourvou que ça doure !

Le spectacle est grandiose, le cratère fait de plus de 2 kilomètres de diamètre et les parois verticales semblent tapissées de peinture blanche, rouge et ocre. Tout au fond, un lac de lave en fusion bouillonne dans un grondement permanent. En se penchant un peu, on distingue nettement les énormes bulles de gaz qui crèvent la surface de ce bassin de roches en fusion.

Cette « marmite du diable » est très profonde et même lorsque la lave s’élève de la cuvette, les retombées se font à plus de 200 mètres des lèvres du cratère et de nos petites fesses qui déambulent dessus !

Par moment, les vapeurs toxiques viennent lécher les parois et nous devons respirer au travers d’un foulard, le temps que celles-ci soient évacuées par l’alizé. Une énorme colonne de fumée s’élève à plusieurs milliers de mètres d’altitude mais le vent souffle heureusement dans la bonne direction.

Il nous a fallu 3h30 de marche pour arriver ici mais la récompense est au rendez-vous.

Du sommet, nous dominons une plaine de cendres de 12 kilomètres de diamètre. La base du cratère est striée de crêtes et de failles acérées. Ces vestiges des anciennes coulées s’étirent vers la cuvette qui entoure les deux grands volcans en activité, le mont Marum (1270m) et le mont Bembow (1160m). Des petits cratères inactifs, couverts de végétation, donnent un peu plus de relief au panorama. Le cadre se prête idéalement à la photographie. Nous en prenons vraiment plein les yeux !

Tout est beau, spectaculaire, fascinant mais, mais, mais… Il faut repartir et on a mal aux pattes arrière !!!

2h30 à courir derrière Sandy qui taille la route comme si nous n’existions pas !!! Nous arrivons extenués à la voiture mais quelle belle randonnée. Dans les guides, elle est qualifiée de « très dure », nous confirmons !

De retour au bateau, on ne bougera plus une oreille jusqu’à la nuit, assez d’efforts pour aujourd’hui…

 

MALAKULA  -  VANUATU 

 

 

06/06/11

Nous levons l’ancre à 6h et traversons l’épaisse colonne de gaz qui s’étend très loin à Ouest. Le soleil est complètement masqué par le nuage de cendre et nous portons des masques contre les vapeurs nocives. Après avoir contourné l’Ouest d’Ambrym, l’alizé nous emmène à 9 nœuds vers Malakula. Un beau Wahou vient remplir les vides du congélateur et nous jetons l’ancre dans la petite baie que nous avons tant apprécié à l’aller, Awai.

Une petite balade sur le platier nous offre une rencontre originale. Des pécheurs ramassent des « Nems », espèces d'immondes saucisses blanches et visqueuses qui vivent sous 40 cm de sable… Après nous avoir montré la technique de pêche, ils nous expliquent la cuisson, il faut les faire frire dans une poêle… très peu pour nous !

 

 

 

07/06/11

Le vent du sud-est nous empêche de revenir vers Port Villa aussi décidons-nous de naviguer vers la côte Ouest de Malakula qui est restée très authentique. Nous dépassons l’ile de Tomman, située dans l’angle Sud-ouest de Malakula avec 25 nœuds de vent dans le derrière.

Sur cette ile, ils entouraient le crâne des nourrissons avec une lanière très serrée et continuaient ainsi pendant 3 mois l’opération de serrage. On peut aisément imaginer les déformations définitives qui en résultaient… cette peuplade ne pratique plus ce rituel de nos jours mais on continue à les appeler, « les têtes longues » !

Nous mouillons dans « Metenovor bay » devant les villages de Lorlow et Wintua. Nous visitons 3 des 6 localités de la grande baie et sillonnons la zone en annexe entre de grosses patates de corail.

C’est dans le village de  »Labo » qu’a lieu, chaque année en août, un festival pendant lequel les danseurs utilisent des masques à 4 faces. Ces masques sont, tout comme ceux d'Abrym, fabriqués secrètement pendant 15 jours dans la jungle et nous n’aurons pas la chance d’en voir.  

 

ESPIRITU SANTO  -  VANUATU 

 

10h d'une belle navigation au largue et nous voilà dans le chenal entre  Espiritu Santo et l'ile d'Aore. Le courant nous accompagne et devient un précieux allié contre les 20 nœuds de vent qui dévalent le goulet. Nous prenons un corps mort devant le Aore resort, un hôtel de luxe en face de la ville de Luganville.

L'endroit est agréable mais les courtes vagues qui viennent claquer sous la jupe de Badinguet nous font sursauter à chaque fois. Et pour compléter le tableau, lorsque le monstrueux courant est inverse au sens du vent, le voilier vient percuter la bouée du corps-mort et se frotter à la grosse amarre. On ne va pas s'éterniser dans le coin, c'est sûr !

La bouée coute 12€ la nuit... Quand même ! On peu profiter de la piscine, du restaurant, des petits ferries qui traversent pour Luganville et d'une jolie plage de sable blanc, ça change ! Pour internet, il n'y a qu'un poste et le prix de la connexion est exorbitant, nous verrons demain en ville si nous trouvons un cyberespace moins onéreux...

 

10/10/11

Nous reprenons pour la dernière fois la petite navette pour Luganville et nous voilà sur l’unique grand-route qui traverse la petite ville. Les trottoirs défoncés accueillent une ribambelle de magasins, défoncés, eux aussi et pour la plupart, tenus par des chinois, comme d’habitude…

Nous commençons notre programme par le bureau de l’immigration où nous nous sommes prix hier un furieux savon !!! Nous n’avons pas suivis les directives du douanier de Tanna et nous ne sommes pas passé à Port villa pour trouver un officier de l’immigration… Résultat des courses, on est hors-la-loi depuis 15 jours et on a failli se prendre une amende de un millions de Vatus (8 000 €) !!!  On se doutait qu’on serait réprimandés mais pas à ce point… Nous lui avons fait notre plus beau sourire, j’ai prétexté que j’étais malade, qu’il fallait qu’on aille à l’hôpital et tout est rentré dans l’ordre !!!

Ensuite, les douanes où nous avons passé 1h à dicter à une jeunette ignare, bête comme ses grands pieds ce qu’il fallait qu’elle écrive sur sa clearance….

Nous avons été très surpris d’apprendre que nous devions encore payer les droits portuaires soit la somme de 7000 vatus hors taxe !!! J’explique à la jeune imbécile que les droits portuaires sont une taxe et que payer une taxe sur une taxe, c’est bien gentil mais c’est un peu exagéré… Je récolte un sourire de douanière décérébrée, c’est rare…

En tout, les formalités nous ont coutées 18 000 vatus soit 155 €…

Etape suivante, Internet où nous restons 5h sur deux jours pour envoyer les épisodes et faire les mises à jour du site puis, ce sont les courses, quelle aventure !

La soirée se passe à discuter avec des touristes Néo-Zélandais et à préparer Badinguet pour son périple de trois jours vers la Nouvelle-Calédonie…

 

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