PARTIR AU LARGE

TDM Atlantique TDM Pacifque TDM Asie du S.E. Proverbes,... Recettes, Remèdes Mouillages de rêve Amis, Liens Autres sites Pêches et Poissons Côté Technique

Carnet de bord P1 Carnet de bord P2 Carnet de bord P3 Carnet de bord P4 Carnet de bord P5 Carnet de bord P6 Carnet de bord P7 Carnet de bord P8 Carnet de bord P9 Carnet de bord P10 Carnet de bord P11

 

 

 

 

 

20/04/11

Point jour 1 à 1h50 UTC le 20/04

POS 32°46.59S/175°01.06E VIT 6.4 K DISTANCE PARCOURUE EN 24H : 160 MN.

Mer belle, temps voilé, vent sud 7 nœuds, Rien pêché.

Dicton du jour : "Albatros du soir, ça caille pendant les quarts !"

Partis vers 13h d'Opua à plusieurs bateaux. Nous sommes désormais loin devant avec notre moteur car le vent d'Est n'est pas encore au rendez-vous. Nous avons bien avancé à la voile cette nuit puis, le vent est tombé et nous traversons une basse pression sur 2 jours. Juste derrière, il devrait y avoir l'alizé attendu. La première nuit fut dure comme toujours mais les températures sont déjà en train de remonter.

 

 

21/04/11

Point jour 2 à 2h40 UTC le 21/04

POS 30°17.25S/175°37.15E VIT 5 K DISTANCE PARCOURUE EN 24H : 140 MN.

Mer belle, temps beau, vent d’Est 7 nœuds tournant, pêché un beau wahou de 1m40.

Dicton du jour : "vent dans tous les sens, fait perdre patience !"

Le vent n'est pas du tout régulier et après 4h sous genaker au grand largue, nous voilà au près serré sans vent. Au petit jour, la mer était très calme avec juste un souffle d'air du Nord-est ce qui ne nous arrange pas vraiment mais cette quiétude nous a fait un bien fou. Badinguet a pourtant retrouvé depuis deux jours son terrain de jeu et nous a gratifié de quelques jolies pointes a plus de 9 nœuds.

Une grande barre nuageuse se rapproche et du coup, nous subissons les vents générés par les nuages.... Très chiant tout ça !

La ligne de traine continue d’assurer son travail avec une efficacité impressionnante. Bien avant que le poisson ne soit à bord, je sais déjà ce que nous avons péché…Au cours du travail  de remontée, les wahous alternent des phases assez passives avec des périodes de défense violentes pendant les quelles, ils  donnent de furieux à-coups très caractéristiques. Le congèlo se remplit assurément…

Il nous reste encore plus de 840 milles à courir et on avance comme des escargots.

J'ai enfin pu régler correctement notre nouveau génois dont le nerf de chute fait le tour complet de la voile et les opérations de serrage s’effectuent à l'avant. Il est clair qu'avec cette voile plus courte, nous perdons de la puissance au grand largue sous tangon mais pour toutes les autres amures, nous sommes très satisfaits de notre nouveau génois. Il est même plus performant qu’avant au près serré. Par contre, nous avons une fois de plus déchiré la bande anti UV au niveau du point de raguage sur l’angle des tangons, ça devient une habitude ! Je pense que je vais finir par emmailloter cet angle agressif dans des tissus et laisser les tangons à poste…

Les deux lignes de pêches trainent derrière la jupe de Badinguet, Il fait beau, chaud et la température de l'eau est passée à 25.4°. Bref, je suis torse nu et je pianote sur mon nouveau siège de table à cartes. Le déssalinisateur tourne rond et l'eau remplit les cuves, une journée peinarde en perspective…

Mais j’ai parlé trop vite et en quelques heures, le vent revient par le Nord-est et nous voilà à plus de huit nœuds au près serré, à percuter les vagues. Tout ça augure d'une nouvelle nuit remuante.

Je reste toujours aussi surpris par le comportement de notre voilier. Je règle les voiles au quart de poil mais la vitesse ne dépasse pas 6.5 nœuds. Je cherche d’autre réglages, en affine certains, lâche un peu de génois, réduis l’artimon, borde d’un coté, choque de l’autre… Bref, je me prends la tête pendant  un bon moment avant de finir par laisser tomber, rien n’y fait, ce bateau ne veut pas avancer plus vite !

En général, 15 à 20 minutes plus tard, le voilier semble s’être adapté à la nouvelle configuration du gréement et il accélère pour se caler à 8 nœuds… Pourquoi met-il autant de temps, 2 ou 3 minutes passent encore mais ¼ d’heure !!!  Et cela est systématique, j’ai remarqué ce phénomène depuis longtemps et mes pensées s’envolent dans la nuit. Bien calé dans le cockpit, je réfléchis et je divague… Je repense à l’âne de mon aïeul, lui aussi devait avoir besoin d’un temps d’adaptation pour équilibrer sa charge et l’adapter à son rythme. C’est un peu comme si notre voilier avait conservé l’âme de ce Badinguet à 4 pattes derrière lequel devait trotter Mamie, heureuse d’être au coté de son grand-père.

En tout cas, notre ketch avale les milles, il glisse sur l’océan, parfaitement intégré dans son environnement liquide. La surface de la mer prend une teinte gris claire sous le rayonnement bienveillant de la lune, unique témoin de notre périple au large.

 

 22/04/11

Point jour 3

Pos 27°42.404S/176°24.46E. cap 18°. vitesse 8.3k

Temps beau / mer forte / vent ENE 20k, 25k sous les grains. On ne pêche pas dans ces conditions. Distance parcourue en 24h :168 mn

Dicton du jour. "Qui passe sa nuit à surveiller, passe sa journée à roupiller"

Conditions de navigation difficiles, on a passé des grosses formations nuageuses avec beaucoup d'accélération de vent. Peu de pluie mais une mer dure et tout le temps au près avec un vent qui varie régulièrement sur 50° donc une nuit de merde a faire des réglages... pascale a pu se reposer.

 

23/04/11

Point jour 4 à 3h33 UTC

Pos 24°55.9S/177°16.88E   / cap : 14° / VITESSE : 7.2

Temps beau avec mer très agitée, vent de secteur NE 15 à 18k, parait que ça ne va pas durer. Pêché 2 dorades coryphènes dont une grosse, il n'y a plus de place dans le congèlo donc fini la pêche, snif !

Dicton du jour : "beau temps et chaleur reposent les voyageurs"

 

24/04/11

Point jour 5 à 0h48 UTC

Pos 22°15.9S/178°02.41E   / cap : 11° / VITESSE : 8

Température de l'eau : 27.4° ça monte, ça monte ! Distance parcourue en 24h : 187 milles / temps beau, ciel de traine avec mer très agitée, vent de secteur E 20k,

Dicton du jour "Vagues en travers, confort au calvaire"

Voilà une belle moyenne mais la nuit fut agitée comme la journée d'ailleurs... on est secoués comme des pruniers avec cette mer formée qui nous prend par le travers. Toujours quelques grains éparses et un bon vent qui nous est beaucoup plus favorable maintenant. Nous avons confirmé par mail notre heure d'arrivée à Savu-savu pour mardi 26 dans l'après-midi et au plus tard mercredi matin si le vent tombe complètement comme il semble que ce soit prévu. Voilà, ras le bol d'être secoués, encore 2 nuits !!!

 

25/04/11

Point jour 6 à 0h35 le 25/04 UTC

Pos 19°28.43S/178°21.42 / cap : 7° VITESSE : 6.2K / Temperature de l'eau : 28.2°

Distance parcourue en 24h : 164 milles

Temps pourri, ciel chargé avec mer agitée, vent de secteur NE 10k,

Dicton du jour "si vient l'orage à la fin de la nuit, tu restes au large et tu te fais tout petit" ou " Que de pluie, que de pluie, bienvenu aux Fidji"

Depuis 2h du matin, nous sommes dans les grains et certains sont violents et électriques et pour couronner le tout, le vent tourne lentement vers le Nord et nous avons du mal à conserver notre cap pour atterrir à Savu-savu. Si le vent tombe (comme il semble prévu), nous finirons au moteur vers la destination espérée. Dans le cas contraire ou si la mer ne se calme pas, nous filerons vers l'Ouest pour atterrir à Lautoka mais rien de sûr pour le moment.

On en a plus que marre, après 5 jours de près, nous sommes trempés en permanence et l'ouverture pratiquée dans la capote se révèle être une belle connerie, on ne plus s'assoir à la barre sans être sous la douche..

 

 

 

ILES FIDJI 

 

 

 

VANUA-LEVU - ILES FIDJI 

 

26/04/11

Point jour 7

Dicton du jour "Végétaux sur l'eau, dorade au congèlo"

Hier soir, comme attendu, le vent est tombé et devenu nul dans la nuit donc moteur a 1800t/min et vogue le gasoil. Il en sera ainsi toute la nuit et comme les énormes orages électriques semblent immobilisés sur place, Badinguet arrive à les contourner efficacement. Si on peut éviter un coup de foudre….

Au matin, le spectacle est étonnant avec une mer complètement d'huile, cernée de hautes iles couvertes de végétation.

Il y a beaucoup de déchets végétaux flottants et en général, ça ne loupe pas… Au bout de 5 minutes de traine, une dorade très combative de 1.35m vient compléter le tableau de chasse... Pascale a mis en route le deuxième congélateur. Il fait 30° dans l'eau et 34 °dans l'air, nous dégoulinons, pas encore habitués à de telles chaleurs. Il fait un temps magnifique mais de nombreux grains menacent à l'horizon.

D’après les 12 guides nautiques que nous avons scannés, et qui datent tous du siècle dernier, il y aurait deux marinas à Savu-savu…

Nous prenons donc le temps de mettre à poste les pare-battages et les amarres car il semble qu’après avoir pris contact avec les autorités, nous serons envoyés au « Warf » (quai) pour recevoir les douanes et autres immigrations, quarantaine, etc.

Nous approchons de l’ile de Vanua-levu et nous sommes à portée VHF mais personne ne répond à mes appels. Nous nous demandons si notre radio fonctionne tout en surveillant les énormes nuages qui s’accumulent à la côte. Le vent monte à 25 nœuds mais le fetch est insuffisant pour lever la mer. Toute la bande côtière semble prise sous de violents orages et je redoute un amarrage dans ces conditions…

Nous continuons de longer la rive en nous tenant à distance des centaines de bouées qui délimitent les fermes perlières. Nous n’avons pas de visuel sur l’atterrissage car nous sommes toujours masqués par un pan de montagne et cela explique peut être que la VHF reste muette !

Un cargo est mouillé par l’avant et amarré à l’arrière au King’s warf, nous glissons sous son étrave, histoire de voir ce qu’il y a derrière… Quelques mâts, des corps-morts, un bâtiment récent avec marqué dessus « Copra shed marina », on y est !

L’endroit est magique, absolument magique, tous est si calme. Le vent ne vient pas perturber cette lagune abritée et les nuages sombres et menaçants semblent s’éloigner pour laisser une luminosité hors du commun. C’est tellement beau que nous prenons des dizaines de photos que nous aurons certainement du mal à trier… La VHF se réveille enfin et une voix de jeune fille nous explique que quelqu’un vient à notre rencontre pour nous aider à prendre une bouée, c’est ti pas le paradis, ça ?

L’employé du port est assez empoté et après deux essais sur des corps-morts complètement pourris, je lui demande de changer pour une bouée que j’ai repérée un peu plus loin. Le troisième essai est le bon et le cordage est récent.

Je finis d’amarrer Badinguet lorsque l’employé repart en direction de la marina « Copra shed » qui n’en a que le nom ! En guise de marina, il y a un ou deux pontons en bois de 5 mètres carrés qui accueillent quelques bateaux sans tirant d’eau et le reste est sur corps-morts !

Environ 10 minutes plus tard, les autorités sont là et 3 personnes montent à bord, un médecin, l’officier de l’immigration et une douanière. Les fonctionnaires sont incroyablement souriants et courtois A bord, l’ambiance est à la plaisanterie et à la bonne humeur. La visite du bateau est rapide et succincte car nous arrivons de Nouvelle-Zélande et ils savent que nous n’avons pas de viande ou de légumes avariés.

La douanière, qui, au bout de 5 minutes, m’appelle familièrement Nicky, prend même le temps de nous expliquer quelles sont les plus beaux endroits où nous pouvons mouiller mais aussi quelles sont les iles « interdites » car privées ou classées en réserves naturelles.

Aux Fidji, tout est très surveillé et les règles sont strictes. On doit donner, dés le début et assez précisément, son programme de visite et ce planning, validé par les douanes et entériné par un « permis de croisière » doit ensuite être présenté aux chefs des différentes iles visitées.

A chaque visite, les navigateurs doivent offrir au chef du « Kava » et en échange, celui-ci donne sa protection et accès à son domaine. Le kava est un arbuste, il y en a du vert (plus fort) et du brun. Séché longtemps puis réduit en poudre, il sert à fabriquer une substance locale. Cette transaction incontournable, un peu forcée et assez sympathique s’appelle « la coutume » ou le "Sevu-Sevu" en Fidjien !

Le souci est qu’il nous faut choisir à l’avance, sans vraiment connaitre notre itinéraire. Heureusement que j’ai eu le temps de me pencher sur notre périple durant les quarts…

La loi Fidjienne est telle qu’à chaque départ d’une ile, nous devons obtenir une clearance de sortie et lorsqu’on arrive à destination, il  nous faut une clearance d’entrée au sein même de l’archipel !

J’explique donc notre programme à notre douanière préférée et elle nous assure que si nous allons la voir avant de quitter Savu-savu, elle nous fera tous les papiers nécessaires pour faire notre périple sans revenir remplir des formulaires à des endroits difficiles d’accès ou contre le vent, génial !

Nous qui avions entendu tellement de ragots sur les Fidji, nous n’oublierons jamais cet accueil exceptionnel et la gentillesse de nos hôtes. D’ailleurs, nous sommes tellement heureux d’’être pris en charge de cette façon que nous offrons de bon cœur un peu de dorade à la douanière qui se confond en remerciements juste avant de quitter le bord avec la barque de la marina.

Je gonfle l’annexe rapidement sous une lumière rasante exceptionnelle, il fait 34°. Les reflets bruns et verts des immenses cocoteraies semblent plonger dans la mer, comme s’ils voulaient échapper aux reliefs agressifs des montagnes volcaniques du centre de l’ile de Vanua-Levu.

Nous amarrons l’annexe au petit ponton branlant et nous voilà sur la terre Fidjienne, un grand gaillard de deux mètres, nous attend devant le bureau de la marina, c’est l’officier de quarantaine. Nous remplissons, à l’ombre, sur un banc une  sixième liasse en double exemplaire comme quoi, nous n’avons pas chien, de chat, de poisson rouge, de viande avariées, etc, etc.

Après cette dernière séance administrative, nous partons marcher un peu le long de la route côtière de Savu-savu.

Quelques maisons, des magasins et le tout, noyé dans une végétation luxuriante et exotique. Les Fidjiens, dont beaucoup sont en jupes, nous saluent avec de grands sourires, « M’boula, M’boula » ce qui signifie, « bonjour, bonjour ». Tous ce petit monde déambule sous une chaleur tropicale avec comme seule protection contre le soleil, de grands parapluies… Vu les grains que nous avons traversé, nous supposons que les parapluies ne servent pas qu’à ça…

Pascale nous cuisine deux filets de bœuf Angus Néo-Zélandais avec des patates sautées, un ti’ punch pour arroser tout ça, Welcome to Fiji !!!

 

27/0411

La nuit étouffante prend fin vers 5h avec le ronronnement des premières voitures qui circulent sur la petite route côtière. Impossible de dormir plus longtemps avec ce boucan, l’ile nous tend les bras. La chaleur est écrasante, 37° à l’ombre et les averses arrivent à peine à rafraichir l’atmosphère.

Nous partons en taxi faire remplir notre bouteille de gaz refusée par la Nouvelle-Zélande et 10 minutes plus tard, le tour est joué.

Je dégote quelques cartes marines locales avec de précieuses séries de way-points. L’archipel est connu comme étant l’un des plus dangereux au monde, il est truffé de roches et de récifs mal répertoriés. Nous allons évoluer dans un véritable champ de mines.

Nous réservons une voiture de location pour demain et nous faisons un petit tour dans un cyber-café. Nous prenons des nouvelles rassurantes de Geneviève d’Ultreïa qui vient de faire un problème de santé à Whangarei et nous envoyons quelques messages à la famille.

Après avoir dévalisé le petit marché local en ananas, bananes, avocats, papayes et citrons, nous rentrons à bord pour retrouver le ronronnent des ventilateurs.

Au cours de l’après-midi nous filons en annexe, saluer les ouvriers des fermes perlières et nous sommes reçus, une fois de plus, avec des sourires.

De grosses averses tropicales perturbent un moment notre planning puis nous empruntons un chemin qui grimpe vers les collines avoisinantes dans le but de prendre quelques photos panoramiques du mouillage. Nous sommes accueillis par tous les habitants, enchantés de faire notre connaissance et de nous inviter à faire une photo de leur jardin ou de leur maison sur pilotis.

 

28/04/11

Nous partons de bonne heure avec notre petit 4x4, il fait gris ce matin mais la chaleur est déjà bien installée lorsque nous prenons la route vers 7h15.

Nous n'avons pas de carte routière car il n'en existe pas, c'est aussi simple que cela, nous avons juste un dépliant touristique qui date de 2008 et les axes routiers ne sont que grossièrement décrits.... Nous empruntons la route qui se dirige à l'Ouest en longeant la côte Sud et au bout de quelques kilomètres, nous comprenons qu'il ne s'agit absolument pas de route mais d'une piste défoncée sur laquelle, dépasser 40km/h serait suicidaire !

Il n'y a que très peu de voiture et les Fidjiens circulent à pied ou à cheval sous une végétation envahissante. D'une main, ils nous font de grands gestes de bienvenue et dans l'autre, ils tiennent une machette très impressionnante mais ce qui reste commun à tous les habitants que nous rencontrons, c'est ce sourire incroyable lorsqu'ils nous voient... Nous sommes persuadés, qu'en ces lieux, peu de blancs sont passés... Ils bloquent la voiture pour nous serrer la main, se précipitent pour se faire prendre en photo, nous invitent à visiter leur cabane, nous demande nos prénoms et tous veulent savoir quand nous reviendrons...

Je dois dire que Pascale et moi n'avons jamais éprouvé ces émotions depuis notre départ. Jamais un peuple n'a montrer autant d'engouement et de plaisir à nous rencontrer. Nous avons l'impression de débarquer de la planète Mars et les gens se bousculent pour avoir "l'immense privilège" de serrer la main d'un extra-terrestre !

Nous prenons en stop tous les Fidjiens que notre voiture peut supporter et notre périple de 400 km est rythmé par ces brèves rencontres mais au combien précieuses à nos yeux. Certains ne parlent presque pas l'anglais mais ils semblent fascinés par la France, voilà bien la preuve qu'ils ne sont au courant de rien, non ????

Vers 11h du matin, Lippo embarque avec sa machette et ses bottes à l'arrière du 4x4, il veut nous emmener visiter son village. Nous quittons la piste principale pour nous engager dans un chemin où les 4 roues motrices  s'avèrent indispensables. 20 minutes plus tard, quelque part au centre de Vanua-Levu, ile du Nord de l'archipel des Fidji,  situé entre les Vanuatu et les Tonga, perdue dans l'océan pacifique, nous jouons les équilibristes sur les restes d'un pont qui enjambe un cours d'eau où se baignent des enfants.

Le village est là, nichée sur un flanc de colline, les baraques de tôles, de bois et de feuilles sont souvent construites sur le même modèle et la cuisine a une forme très particulière. Il y a comme une extension en tôles ondulées pour canaliser les fumées des feux de cuisson...

Tout le village fait le déplacement pour nous rencontrer, certains arrivent à cheval au galop et il nous est impossible de nous souvenir de tous ces prénoms tellement nous sommes sollicités. A l'intérieur de la petite pièce, nous sommes assis en tailleur à boire un thé où infusent des plantes locales et les discussions vont bon train. La maitresse de maison parle l'anglais aussi mal que nous aussi traduit-elle nos réponses aux autres convives qui ouvrent des yeux comme des billes tellement tout ceci leur parait incroyable... Il y a juste une fillette qui ne s'arrêtera pas de pleurer car c'est la première fois qu'elle voit une personne à la peau blanche, et en plus, une blonde !!!!

Nous les quittons à regrets 1h plus tard et reprenons la route après leur avoir promis de leur laisser quelques photos imprimées au bureau de la marina.

Nous croisons des centaines d'écoliers et d'étudiants qui s'empressent de prendre la pose pour des photos qu'ils ne verrons jamais et toujours ces sourires et ces cris de joie lorsqu'ils nous découvrent. Nous reprenons la route de Savu-savu avec les zygomatiques épuisés tellement nous avons partagé des moments exceptionnels  avec les Fidjiens, quelle journée incroyable !

De retour à la marina, nous découvrons que l'"Océanis" de Chris, des Anglais rencontrés à Opua, vient d'arriver... Nous sommes partis derrière eux et nous leur avons mis 48h dans la vue ! C'est si bon de mettre la fessée aux rosbifs, on ne s'en lasse pas !!!

Avec toutes ces émotions, nous n'avons pas mangé à midi et nous nous jetons sur la dorade pannée que Pascale nous prépare vers 18h... et on file au lit !

 

29/04/11

Nous passons la matinée sur Internet pour essayer d’envoyer notre épisode mais le débit est si lent que nous devrons patienter jusqu’en début d’après-midi pour arriver à passer les fichiers. Qu’à cela ne tienne, notre programme est assez chargé !

Nous commençons par le marché pour acheter le fameux Kava que nous prenons en poudre.  A force de poser des questions sur la préparation de la mixture, je me retrouve contraint de goûter l’étrange breuvage, ça a un goût de terre et de feuille et ça n’est absolument pas alcoolisé comme je le pensais…

Voilà comment il faut procéder… Il faut mettre la poudre dans une chaussette assez fine, on plonge le tout dans l’eau et l’opération consiste à malaxer cette chaussette et pressant la pâte qui s’est formée au contact de l’eau. Le liquide prend alors une texture brune qu’on peut boire… Il parait que ça rend cool, je n’ai pas dû en boire assez mais ce n’est que partie remise !!!

Nous réussissons enfin à communiquer par mail et nous finissons la journée dans le bureau des douanes pour remplir, une nouvelle fois, quelques liasses de paperasses… Comme convenu, la douanière nous a préparé notre périple et nous n’aurons pas besoin de remplir d’autres formulaires durant le reste de notre voyage. En contrepartie, nous ne pouvons pas ajouter d’étape à notre programme mais cela nous convient parfaitement !

Nous retournons à bord avec les bras chargée de masques et autres souvenirs des Fidji car Vanua-Levu est l’ile où nous trouverons les meilleurs prix, la partie occidentale de l’archipel est touristique, parait-il…

Nous avons jeté un coup d’œil à la météo…Il ne fait pas bon quitter la Nouvelle-Zélande en ce moment et au Sud de la Nouvelle-Calédonie, une dépression très creuse s’est formée générant des vents de plus de 45 nœuds !!! On est vraiment passé entre les gouttes, youpi !

 

30/04/11

Impossible de dormir plus longtemps, nous quittons notre bouée à 6h et nous glissons doucement entre les autres bateaux… Un denier coup d’œil aux vapeurs qui s’échappent des sources d’eau chaude volcanique et nous voilà déjà loin du paisible Savu-savu.

En chemin, nous rencontrons des dauphins et un important groupe de globicéphales qui plongent lorsque nous approchons. Depuis que nous sommes arrivés aux Fidji, il n’y a pas un souffle d’air et nous avançons au moteur vers notre première escale, la rivière "Galo-galo".

La passe est très étriquée et nous n’avons aucune carte. Pour compliquer les choses, un gros nuage gris nous masque le soleil au moment du passage délicat et nous constatons avec quelques frissons que les patates de corail ne sont qu’à 5 mètres de la coque de Badinguet, brrrrrrr !

Nous voilà dans l’embouchure et nous ne mouillons que 25m de chaine car on ne peut pas éviter beaucoup dans ce goulet.

Après avoir mis rapidement l’annexe à l’eau, nous remontons la rivière en saluant au passage, les nombreux enfants qui profitent du weekend pour barboter dans la vase.

Au détour d’un méandre, apparait le fameux lac salé, une enclave liquide coincée entre des collines verdoyantes et devant nous, une embarcation… Quelques bambous attachés les uns aux autres pour former un radeau de fortune et deux femmes en train de pêcher des petits poissons pour le diner.

Nous nous approchons lentement, respectueux de leur activité et nous discutons un moment avec les deux Fidjiennes, le sourire jusqu’aux oreilles. Je prends quelques photos puis nous allons à la rencontre d’autres pécheurs, plus loin qui utilisent un filet.

-       « M’Boula, M’boula »

Encore une fois, nous prenons le temps de les saluer puis nous retournons rapidement vers le voilier car l’heure tourne et nous aurons besoin d’une bonne luminosité pour mouiller à notre prochaine escale.

« Fawn harbor » est juste devant l’étrave de Badinguet, il est 13h et le soleil est encore haut dans le ciel, ouf ! Nous mouillons par 10 mètres de fond, dans le bras de mer Ouest, bordé par la mangrove.

La passe est beaucoup plus large que précédemment et les mouillages sont nombreux dans cet abri naturel.

Nous partons marcher un peu sur le platier et sur les plages environnantes, je plonge un peu mais l’eau est trouble et les coraux sont tristounets. Il ne nous reste qu'à aller de l’autre côté de la baie où nous rencontrons quelques pécheurs qui nous indiquent la direction du village… 

Après les avoir remercié, nous longeons la mangrove pour tenter de découvrir le passage qu’ils nous ont indiqué…. Incroyable, un tunnel est creusé dans la mangrove, mène à une petite anse où sont amarrés sommairement quelques bateaux . Nous attachons l’annexe et remontons le petit sentier pour accéder au village.

Quelques rencontres, certaines sympathiques avec des locaux et d’autres beaucoup moins avec des moustiques, locaux, eux aussi !

Retour sur Badinguet  pour nous reposer de notre courte nuit.

 

 

TAVEUNI - ILES FIDJI   

 

01/05/11

Départ à l’aube, il faut suivre consciencieusement la trace de la veille pour sortir de « Fawn harbor », le soleil rasant ne permet pas de distinguer les récifs et de toute façon, l’eau est loin d’être claire !

3h plus tard, nous contournons la petite ile de Korolevu et passons au Sud du « Philips’s rock » pour nous approcher de la côte Est de Taveuni, la quatrième plus grande ile des Fidji.

Les sondes ne correspondent à rien. Ni les 3 cartographies électroniques, ni les 2 guides nautiques ne sont d’accords entre eux et avec nous, encore moins ! On y va encore hyper prudemment en essayant de comparer sans cesse les différentes informations que nous possédons.

Pour compliquer encore un peu plus les choses, nous  repassons le méridien 180° dans l’autre sens, nous revoilà en latitude Ouest ! Il faut vraiment faire très attention aux way-point que nous rentrons dans le traceur car une erreur de lettre (E à la place de W) et c’est la catastrophe garantie ! Beaucoup de navire jonchent le fond des iles Fidji pour des petites erreurs de la sorte.

Le premier mouillage indiqué est très proche de la côte et Badinguet entame un joli roulis dés notre arrivée… Nous repartons pour « Black point » où nous jetons l’ancre par 15 mètres de fond entre deux récifs que nous ne distinguons absolument pas.

Il faudrait quand même qu’on en est le cœur net… Impossible de repérer en annexe ces fameuses patates de coraux et il est inutile de chercher plus longtemps, les grains se succèdent et nous privent de visibilité.

Après avoir longé la côte un bon moment, nous finissons par trouver une plage où des petits cochons gambadent en remuant la queue… Pascale en a deux ou trois dans les pattes, c’st fou ce que ces petites bêtes sont attachantes !

 

Arrivés à la route côtière, nous dénichons un taxi qui nous emmène pour 30 € de l’autre coté de l’ile, à Bouma. 1h30 de piste plus loin, nous sommes à l’entrée du petit parc naturel.

Il y a 3 cascades successives à découvrir et nous voilà partis, sous 35°, avec juste une petite bouteille de flotte entamée et rien dans le ventre…

La jungle est toujours aussi impressionnante et impénétrable mais les chemins sont bien tracés et la grimpette, éreintante…

40 minutes de marches plus tard, la rivière nous barre la route et une corde assez lâche a été installée pour sécuriser les randonneurs.

Pascale passe la première…

-       Mais que fait-elle sur ce rocher bien rond ? Mais pourquoi tire-t’elle sur la corde comme ça ? Mais, mais, SPLASHHHHHHHH !

Comme dans un film au ralenti, Pascale atterrit dans l’eau fraiche ! Je ne sais pas ce qu’il y avait dans l’eau mais en moins de 2 secondes, elle est à nouveau sur un rocher en train de sauter comme un cabri jusqu’à la rive opposée ! Je n’ai même pas eu le temps d’immortaliser le plongeon !

Une petite pensée pour Martine qui avait, elle aussi, en Espagne, fait une belle gamelle dans l’eau…

Juste avant d’arriver à la deuxième cascade, nous nous faisons surprendre par une violente averse tropicale et nous trouvons, juste à temps, un petit abri de fortune sous des fougères arborescentes. Le spectacle est au rendez-vous, la végétation semble absorber avec délectation les milliers de litres d’eau qui dégringolent du ciel ? Nous, on absorbe mais on se délecte beaucoup moins !

La pluie se calme enfin et je me déshabille rapidement. Je reste en slip pour m’immerger complètement dans l’eau agitée de la cascade. Au dessus de la surface, un violent courant d’air envoi un nuage d’embruns en direction de Pascale qui joue les équilibristes sur les rochers glissants.

L’eau est fraiche et cette baignade du bout du monde, très agréable !

Si on y réfléchit, nous nous sommes baignés trois fois… Une fois dans la cascade, une fois dans la rivière pour Pascale, et une fois sous l’orage où une véritable douche nous est tombée dessus… Mais, comme de toute façon, nous transpirons tout le temps, nous sommes trempés en permanence…

Nous retrouvons Badinguet qui roule comme un tambour… Pascale nous prépare du poisson à la tahitienne avec du riz coco, un régal !

Nous nous couchons vers 19h15 en espérant que le courant de marée, qui peut atteindre 3 nœuds le long de l’ile va nous aligner sur la houle… On peut toujours rêver, non ?

 

KORO - ILES FIDJI 

 

02/05/11

Après une nuit très moyenne, nous quittons une fois de plus notre mouillage en ne nous fiant qu’à la trace faite la veille. S’il y un endroit où il faut vraiment faire confiance aux instruments, c’est bien ici…

Il fait le même temps depuis une semaine, un temps de curé et la surface de la mer scintille comme un miroir, à peine troublée par le décollage des milliers de petits poissons-volants que nous effrayons.

Une magnifique dorade de 1.52m nous donne bien du fil à retordre en emmêlant les deux lignes puis nous approchons de l’ile de Koro. Nous laissons tomber le mouillage du Nord pour une petite baie qui me semble mieux abritée sur la côte Ouest, la « Dere bay ».

Nous sommes très surpris de découvrir une belle plage, des bungalows et un ponton interminable qui permet de franchir le récif. Il y a là un voilier Australien sur corps-mort et d’autres bouées qui nous tendent les bras…

Par respect, nous mouillons malgré les 25m de fond et allons à terre rencontrer un certain Neal, Australien et directeur de l’hôtel dont les maisonnettes vides couvrent le littoral.

Il n’y a pas un touriste, juste quelques moustiques pour les pattes arrière de Pascale…

Nous retournons au voilier avec l’autorisation de prendre un corps-mort contre un morceau de dorade, impeccable !

L’endroit est vraiment protégé et nous avons repéré quelques récifs qui n’attendent que nos palmes, on va rester ici quelques jours.

Vers 23h30, de puissantes rafales secouent le voilier, je me lève pour apprécier le vent et il y a plus de 30 nœuds. Pas d’étoile dans le ciel, la couverture nuageuse est dense et la pluie frappe le pont violement. Je ne connais pas la résistance du corps-mort mais je connais la masse de Badinguet et je m’inquiète sérieusement… Vers minuit, je mets l’ancre à l’eau avec 60 mètres de chaine en tas…. Là, ça va être difficile d’aller dans les cailloux !

Je redescends l’annexe à l’eau et laisse le bouchon de vidange ouvert pour qu’elle se remplisse, ça la lestera.

Je me recouche avec deux angoisses, Badinguet risque de tourner plusieurs fois autour de sa bouée en entortillant la chaine de l’ancre et le mouillage risque d’accrocher les blocs en béton des amarrages… La nuit va être longue…

 

03/05/11

Le vent s’est calmé au petit matin et je récupère sans problème le mouillage.

Après un solide petit déjeuner, nous partons nous connecter 1/2h puis direction les récifs qui bordent la côte. Les coraux sont à la hauteur de mes espérances et je retrouve enfin une eau claire et chaude. La vie est toutjours aussi dense avec des milliers de poissons, des petits, des gros, et même quelques requins de récifs assez farouches.4

Pascale ne semble pas tenter par le PMT (palmes-masque-tuba) et se contente d’étudier les plages désertes… Je la surveille du coin du masque et elle se trempe de temps en temps dans l’eau à 30° mais c’est juste pour se refroidir le postérieur !

Nous finissons la journée sur un ilot de sable qui ne découvre qu’à marée basse, un vrai paysage de carte postale !

Il a fait un temps magnifique et j’ai quand même tiré et perdu un beau poisson à la robe léopard, ce qui ne nous avance pas beaucoup !

En fin d’après-midi, et après une grimpette sous la canicule, nous trouvons un chouette point de vue pour immortaliser notre baie préférée. Le jardin d’une belle maison moderne dont les propriétaires Néo-Zélandais sont absent, nous offre un panorama idéal sur Dere bay.

A 16h, nous prenons une bière sur la plage avec Neal, pendant que de magnifiques perroquets viennent se gorger de papayes mûres. Il nous explique comment font les Fidjiens lorsque les chevaux meurent… Un 4x4 traine la carcasse jusqu’à la plage puis un bateau à moteur remorque la dépouille vers les récifs et l’abandonne. Il ne faut pas attendre longtemps pour que des centaines de requins rappliquent et d’après Neall, certains sont très grands et viennent de loin, des tigres, des makos, etc.… Voilà de quoi rassurer Pascale un peu plus…

Demain, nous sommes invités dans sa maison qui domine la baie pour prendre quelques photos, il va falloir regrimper là-haut.

Le soleil se couche à 17h50, je bois un ti’ punch à la santé de ceux qui nous lisent et ce soir, c’est mardi et le mardi c’est spaghettis !

 

04/05/11

Il est 10h lorsque nous pénétrons dans la maison de Neal et de sa femme. Une construction moderne, en bois, entourée d’une immense terrasse ombragée.

La superbe bâtisse n’est pas reliée au réseau électrique et l’énergie est fournie pas 5 panneaux solaires que notre hôte change de position 3 fois par an en fonction de l’inclinaison du soleil.

Un énorme composte, des citernes pour l’eau de pluie, un chauffe-eau solaire qui alimente deux douches par gravité, un groupe électrogène s’il fait mauvais et un jardin rempli de fruits et légumes sont les ingrédients pour vivre avec tout le confort moderne au bout du monde.

Ils vivent en autonomie complète, la maison a couté 60 000 € et le coût de la vie à l’année pour le couple s’élève à 6000 € !!! Ca calme et surtout ça fait réfléchir ! Ils sont une bonne dizaine d’Américains, Australiens, Néo-zélandais et Européens à avoir trouvé leur paradis dans cette petite baie….

Nous redescendons vers la plage, pensifs, rêveurs et très envieux de leur mode de vie…

Après avoir glandouillé jusqu’à 14h, nous partons nager un peu pour moi et beacher pour Pascale.

Neal et Wai Ling arrive pour l’apéro. Deux heures de discussion passionnante sur la géopolitique, la crise mondiale et la façon de s’en sortir… Bref, nous refaisons le monde autour de la table et nous passons un moment formidable en leur compagnie. Avec certaines personnes, le temps ne compte pas et nous pouvons lier des liens indéfectibles en quelques heures. Ne me demandez pas pourquoi ni comment mais ces gens là en font partis, on les aime pour ce qu’ils sont, ce qu’ils font et ce qu’ils pensent et il n’y a rien à ajouter…

 

 

MAKOGAI - ILES FIDJI 

 

05/05/11

Nous engageons la passe Ouest de Makogai en début d’après-midi et nous mouillons devant un groupe de maisons.

Le dinghy est déjà à l’eau et nous filons à terre pour offrir le Kava et une des bonites que nous avons pêchée sur la route.

Pour nous remercier, Phili nous emmène visiter les ruines de la léproserie française installée ici entre 1911 et 1969. 1500 malades s'y sont succédés sous la bienveillance de Mère Marie-Agnès qui repose au milieu des ses défunts malades, dans un cimetière laissé à l’abandon. La nature a repris ses droits et il ne reste que quelques murs et fondations pour témoigner du triste passé de cet endroit. Il faut savoir qu'en 1969, il restait 85 lépreux sur le site et ils furent transférés dans un hôpital neuf sur Vanua-Levu. Quand on y pense, 1969, c’était hier !

Les habitants travaillent presque tous dans un élevage de bénitiers géants. Il faut une vingtaine d’années pour faire d’un petite larvouille de quelques millimètres, un bénitier géant de plus d’un mètre, le plus gros coquillage au monde ! Dans le lagon, des centaines de spécimens sont posés sur le fond sableux de la baie. Celui que nous avions trouvé aux Tonga nous semble bien ridicule lorsqu’on voit de près ces incroyables coquillages…

Nos hôtes nous offrent quelques coquilles vides et nous autorisent à en prendre sous l’eau… J'en ai repéré une belle et nous passons un temps fou à prélever le demi-coquillage puis à le hisser au winch  sur le pont… Et finalement, raisonnablement, nous remettons à l’eau l'énorme bénitier, Il doit peser plus de 50 kilos et je suis incapable de le déplacer !

Nous sommes totalement hors-la-loi sur cette ile car elle ne fait pas partie du programme que nous avons déposé aux douanes… Nos plans ont changé et nous  partons pour la côte Nord de Viti-Levu, ensuite, ce sera « Malolo lai lai » puis Lautoka pour faire la sortie. Nous avons décidé d’abréger un peu notre séjour Fidjien pour profiter plus longuement de l’archipel suivant. Il parait que les iles vanuatu sont exceptionnelles. En tous cas, personne ne nous a demandé le nom du voilier et c’est tant mieux... Nous redoutons un contrôle et si cela arrivait, nous prétexterions des ennuis moteur... On croise les doigts !

 

VITI-LEVU - ILES FIDJI 

 

 06/05/11

Une nuit exécrable, la pluie n’a pas cessé un instant, accompagnée de puissantes rafales de vent et de nombreux éclairs… Je me lève à 5h et me recouche jusqu’à 6h, dégouté !

A l’aube, le ciel est complètement bouché mais il faut y aller, ce temps de cochon ne va pas quand même pas durer toute la journée !

Comme d’hab, on suit la trace de la veille dans les passages délicats et nous voilà au large sous des trombes d’eau… Tout est mouillé et la capote continue à fuir allégrement là où nous avons la petite fenêtre en plastique…

Badinguet avance au moteur avec sa GV et son artimon pour exploiter les 4 nœuds de vent apparent. On ne voit rien et pour dire la vérité, on cherche de moins en moins à voir tellement on se fait saucer lorsqu’on met le museau dehors…

Je suis à la table à cartes, en train de préparer la route pour demain lorsque Pascale m’appelle.

-       Pascale : Oh là là, on a faillit rentrer dans une barque, on passe tout près !

Je sors en quatrième vitesse et en effet, nous passons à 20 mètres d’une barque à moteur avec 5 hommes, debout, qui nous saluent en faisant de grands signes. Je suis tellement choqué et honteux d’être passé si près de leur fragile embarcation que nous les saluons à notre tour comme pour nous excuser. J’espère qu’on a pas coupé leur lignes de pêche !

-       Nous : M’Boula, M’Boula…

Incroyable, cette barque sort de nulle part et on ne voit vraiment rien au travers des pare-brises avec cette pluie …

Je retourne à mes calculs lorsque Pascale m’appelle à nouveau…

-       Pascale : Chéri, je crois, qu’ils ont des problèmes, ils font encore des signes…

-       Nicolas (intérieurement) : Il y a 700m de profondeurs, ils ne péchaient donc pas… Ils étaient complètement trempés sans aucune protection et si on y repense, ils n’avaient pas l’air heureux… J’ai cru bêtement que c’était parce que nous sommes passés trop près d’eux… Ma culpabilité m’a aveuglé, quel idiot ! Ils sont en train de dériver l Vite, il faut faire demi-tour !

Je débraye le pilote automatique et constate que nos sommes déjà loin d’eux. Après avoir enroulé nos deux voiles, Badinguet fait route vers la barque en détresse. Je me demande encore comment j’ai pu ne pas me rendre compte du drame qui se déroulait sous nos yeux…

Nous sommes maintenant tout proches des naufragés et je vais à l’avant, sur le pont pendant que Badinguet glisse sur son erre. Le constat est vite fait, Ils sont complètement trempés et grelottent de froid, leur moteur est hors-service et nous sommes à 25 milles de la côte la plus proche. Par contre, nous sommes en vue de grandes déferlantes qui se brisent sur les récifs de la passe Vatu-I-Ra.

Il faut agir vite et bien… Nous prenons le temps de nous écarter des Fidjiens pour préparer la manœuvre tranquillement puis nous revenons à portée de voix pour leur expliquer clairement ce que nous allons faire.

Il faut qu’ils attachent la solide amarre de 50m que je leur montre, qu’ils relèvent leur moteur hors-bord et enfin, qu’ils montent sur Badinguet les uns après les autres… Ils ont bien compris, tout le monde est près, on peut y aller !

L’amarre est à peine attachée à leur proue que nous embarquons rapidement les 5 naufragés. Ils sont épuisés et je les aide à grimper pendant que Pascale protège notre coque des coups de boutoir de leur barque avec un gros pare-battage.

Un rapide coup d’œil nous permet de constater que leur embarcation est pleine de bidons d’essence et de bouteilles de plongée, ça va faire du poids à remorquer… Je sais, pour avoir été secouru plusieurs fois, que plus la remorque est longue et plus elle est souple… Je lâche préventivement les 50 mètres de corde et, en effet, Badinguet tire en douceur la lourde barque Fidjienne.

Nos 5 rescapés sont à bord dans le cockpit, trempés et transits de froids. Il y en a deux qui tremblent en permanence et Pascale disparait dans les cabines pour leur amener des serviettes et des vêtements secs (mes tee-shirts en l’occurrence).

Ils rient nerveusement, se serrent les uns aux autres et répètent inlassablement « Vinaka, Vinaka » (merci, merci)…

Leurs regards et leurs silences en disent long sur ce qu’ils viennent de vivre, 3 heures de dérive sous un déluge d’eau, loin de toute terre, pas un bateau à l’horizon et aucune visibilité…Il a vraiment fallu qu’on tombe dessus pour les apercevoir…  Les voilà miraculeusement au sec, en sécurité. Ils sont sauvés et n’en reviennent pas de la chance qu’ils ont eue d’être sur notre trajet…

Pascale leur prépare un bol de thé chaud sucré et quelques sourires apparaissent, ils se réchauffent, leurs vêtements sèchent un peu et ils reprennent des forces doucement.  

Lorsque nous les avons embarqué, nous avons fait demi-tour et il est évident que nous ne pouvons poursuivre notre chemin, l’urgence est de les ramener chez eux au plus vite.

Ils sont du village « Silana » sur la côte Est de Viti-Levu et il nous faudra 4h pour rejoindre la bande côtière en trainant cette barque qui louvoie derrière Badinguet.

Pascale leur cuisine une plâtrée de farfales pour le déjeuner, c’est la première fois qu’ils mangent de pâtes… Pour nous, l’important est qu’ils aient l’estomac plein et lorsqu’ils sont repus, nous les sentons beaucoup plus calmes. Un café bouillant pour clôturer le repas et les langues se délient.

Nous parlons pêche, coquillages, poissons, et tous, commentent en plaisantant les photos de nos encyclopédies marines… Mais ce qui, semble les intéresser le plus, ce sont les commandes électriques de Badinguet et surtout le couplage du pilote automatique avec le traceur… Ca bipe, puis, ça vire tout seul ! C’est simple, à chaque changement de cap, ils applaudissent !

Pécheurs d’Holothuries (concombres de mer), leur travail consiste à aller sur les récifs du large où ils plongent jusqu’à 40m de profondeur pour ramener leur précieux butin. Ils revendent ensuite leurs prises aux Japonais qui sont toujours prêts à payer une fortune pour des choses immangeables !

J’ose, quand même aborder avec eux le sujet « sécurité et prise de risque » mais je ne récolte que des sourires désabusés. A leur bord, ni gilet de sauvetage, ni rame, ni VHF ou fusée de détresse, juste une combinaison de plongée complètement usée pour 5 ! Si leur barque avaient été prises dans les brisants, je ne pense pas qu’ils s’en seraient sortis…

Nous les remorquons jusqu’à leur village où tous les habitants sont sortis pour nous voir arriver. Nos naufragés font de grands signes et sautent de joie en apercevant leur conjoint et leurs enfants.

Chacun leur tour, ils nous prennent les mains en nous remerciant encore et encore. Il émane de leur regard et de leur attitude tellement de reconnaissance que nous en sommes presque gênés.

Ils n’ont de cesse de répéter à quel point ils ont eu de la chance de se trouver sur notre route…. Si seulement ils savaient qu’on a faillit les percuter… Incroyable coup de chance, tout de même !

Nous les laissons à quelques encablures de la plage de sable de sable noir où toutes leurs familles les attendent en trépignant de joie. Ils se servent maladroitement de leurs palmes de plongée pour ramer vers la rive, nous les regardons avancer doucement, ils sont sauvés et ils le savent… Que de cris, que de signes, ils sont ivres de joie et de fatigue…

Nous n’avons pu, hélas, accepter leur invitation à séjourner dans leur village car la luminosité est médiocre et il faut que nous trouvions un mouillage pour la nuit.

La baie la plus proche est « Viti-Levu bay » à 15 milles de leurs habitations.

Nous repartons, le cœur léger, en empruntant le chenal que nous voulions éviter, celui qui circule à l’intérieur de la barrière de corail. Aucune visibilité, à chercher des piquets ou des bouées qui n’existent pas.

Nous stressons pendant 3 bonnes heures avant de jeter l’ancre dans une eau saumâtre au fond de la grande baie de Viti-levu, nous ne risquons plus rien.

Il est 18h30, je suis en train d’écrire le récit de cette journée, riche en émotions lorsqu’on nous appelle de l’extérieur…

Une loupiotte à la main, je sors et aperçois deux homme dans une barque, l’un d’entre eux se présente comme étant le chef du village. Il nous réclame son « Sevu-Sevu » (la coutume), le kava !

Nous lui donnons un petit paquet de kava et il repart, aspiré par la nuit noire… Il n’a pas semblé du tout impressionné par notre sauvetage et nous lui arrachons un « merci » du bout des lèvres…

Non, une seule chose l’intéresse, c’est son « putain de kava », qu’il s’étouffe avec !

 

 

07/05/11

Encore une nuit à écouter les grondements du tonnerre… Il pleut sans discontinuer ce matin et nous trainons un peu pour lever l’ancre…

Nous partons vers 7h sous un ciel menaçant et les premiers piquets font rapidement leur apparition. Ils sont exactement aux emplacements de nos cartes marines, nous pouvons y aller en toute confiance…

Toute la journée, il va pleuvoir et nous allons passer notre temps à surveiller les piquets et les platiers où travaillent de nombreux pécheurs à pied.

Nous mouillons en fin d’après-midi dans la grande baie de Vitogo, à quelques milles seulement de Lautoka. Que dire de plus ??? Il pleut, il pleut, il pleut !

Une fois de plus, à la nuit tombée nous entendons des voix à l’extérieur… Il y a  deux pécheurs trempés dans un canoë qui nous expliquent qu’ils ont froid avec cette pluie… Après leur avoir  donné deux bières, nous découvrons que le fond de leur pirogue est rempli d’anguilles gigantesques, certaines  font bien 2 mètres et Pascale adore ce genre de bestioles !

MALOLO LAÏ LAÏ - ILES FIDJI 

 

 

08/05/11

Et un réveil de plus sous la flotte, un !!!

Après avoir nettoyé la chaine de mouillage couverte d'une épaisse couche de vase collante, nous quittons la grande baie au moteur. 4 heures plus tard, nous contournons la pointe de "Malolo Lai lai", accompagnés par quelques bruyants scooters des mers...

Nous suivons attentivement le chenal et nous voilà en terre connue, une quinzaine de voiliers de voyages sont là, sur corps-morts ou au mouillage. Nous prenons une bouée et partons faire la causette avec Nathalie et Hans-Peter sur leur Super Maramu "Nathape". Il y a là quelques français fort sympathiques, je pense que l'endroit va nous plaire... Au petit bureau de la marina, nous payons la bouée et apprenons que nous sommes invités ce soir, à un barbecue géant , que nous pouvons utiliser les douches, la piscine, les plages et il y a un hotspot internet... On va vraiment aimer le coin, c'est sûr...

Un petit clin d'œil à Cath qui connait bien l'endroit et qui nous a conseillé d'y aller, très bon choix !

 

Malolo Laï Laï  est l’ile la plus touristique des Fidji. Des centaines de touristes, pour la plupart Australiens, y séjournent dans de superbes hôtels en bord de plage. Certains viennent s’y marier, d’autres font des balades en hélicoptère, c’est un peu le « Bora-Bora » fidjien.

A grande marée haute, nous faisons un bref passage dans le petit port pour recharger en gasoil et le soir, c’est ramassage de coques !!! Nathalie, Pascale et Joël en dégotent des dizaines, un régal !!!

 

 

12/05/11

Pascale me souhaite mon anniversaire au réveil, j’ai encore pris un an, je suis de mauvais poil !!!

Nous partons avec « NatHape » au lever du jour. Les deux super Maramu glissent sur une eau calme et la lumière rasante illumine les deux voiliers jumeaux.

Nous suivons consciencieusement Nathalie et Hans-Peter car ils connaissent parfaitement les passes et les dangers de l’archipel. Depuis 3 ans, ils naviguent dans ces eaux dangereuses, mal cartographiées et je ne vois pas comment nous pourrions avoir de meilleurs guides…

Nous naviguons quelques heures au moteur et au moment où le vent se lève, nous mouillons à Navadra, petite ile inhabitée en forme de fer à cheval. L’endroit est incroyablement beau, des rochers ocres, couverts de végétation verdoyante dominent une plage de sable presque orangé.

Je plonge sur un superbe récif pour déranger quelques tortues pendant que Pascale longe la rive en compagnie de Nathalie, à la recherche de coquillages. Agathe et Joël, les invités et amis de « Nathape », jouent avec leurs deux enfants dans une eau transparente et Hans Peter est parti faire des photos. Tout ce petit monde profite du site exceptionnel alors que quelques coquilles de nautiles, perdues sur le sable attestent de la virginité et de l’authenticité du lieu.

Nathalie est une amie d’enfance d’un de mes meilleurs amis, Olivier, avec lequel, nous avons fait les 400 coups en Haute-Savoie pendant de longues années. Hans-Peter est un incroyable photographe. Il maitrise non seulement son Canon EOS 5D à la perfection mais également l’outil informatique pour travailler ses photos. Artiste et photographe, il utilise une demi-douzaine de logiciels et crée des compositions absolument stupéfiantes. Des photos à 360°, des panoramas et la norme HDR n’a plus aucun secret pour lui. Pour preuve, cliquez sur la photo qui suit...

Je suis extrêmement impressionné par le savoir-faire de Hans et je mesure à quel point je n’exploite pas correctement mes clichés.

Bref, nous voilà avec des gens formidables, d’une gentillesse incroyable, prêts à partager sans rien attendre en retour, ils ont l’esprit fidjien !!!

2 heures plus tard, nous jetons l’ancre dans la baie Sud de « Waya », on se croirait aux Marquises… et le soir venu….

Nous fêtons dignement mon anniversaire à bord de « Nathape ». Foie gras, Poisson à la tahitienne, gâteau aux poires, champagne et Chassagne-Montrachet de 2005, s’il vous plait !!! Pascale et Nathalie ont mis les petits plats dans les grands et je suis aux anges… Quelle belle journée !

J’allais oublier la cerise sur le radeau… Au moment de l’apéro, Nathalie s’isole pour téléphoner et m’appelle pour que je prenne le combiné…

-       Nicolas : Oui, Allo ??? Qui est-ce ???

Je n’en crois pas mes oreilles, OLIVE, mon vieux copain qui travaille à Bonneville, en Haute-Savoie, quelle joie de l’entendre… La communication est vite interrompue mais Nathalie et moi imaginons fort bien ce qu’a pu penser notre ami commun dans les secondes qui ont suivi… Eh, eh, eh

-       Ca fait quoi d’avoir deux amis au bout du monde qui profitent de la vie dans des iles paradisiaques pendant que tu bosses ???

 

 

WAYA - ILES FIDJI 

 

13/05/11

Le vent a soufflé fort cette nuit et après être resté un bon moment dans un état demi-conscient, le sommeil a repris ses droits…

Je rejoins Hans Peter vers 8h30, nous avons décidé de grimper sur la montagne pour avoir un beau point de vue photographique. Agathe se joint à nous pour la balade.

Arrivés à terre, on nous informe rapidement que nous devons respecter les traditions. Conviés à remettre le Sevu-sevu en mains propres au chef du village, nous nous retrouvons assis en tailleur sous une cabane en tôles ondulées, avec les dirigeants de la petite communauté.

J’assiste, pour la première fois, à la cérémonie de remise du Kava. Les Fidjiens prononcent quelques phrases pouvant s’apparenter à des prières puis ils claquent trois fois dans leurs mains et nous faisons de même, très religieusement. Nous sommes ensuite invités à boire le thé et à partager leur repas.

Une fois la cérémonie du Sevu-sevu terminée, nous avons l’opportunité de nous promener où bon nous semble et surtout de prendre des photos… Les villageois s’empressent de se coller les uns aux autres pour être sur la prise de vue, toujours dans la bonne humeur.

Le chef du village nous recommande de prendre comme guide les jeunes enfants qui se précipitent pour nous accompagner et nous entamons notre grimpette dans la jungle avec Pot, Hernaci et John.

Nos trois petits guides crapahutent, pieds nus dans la boue, en cherchant sans cesse à nous aider. Ils connaissent chaque plante, chaque animal, chaque parcelle de plantation que nous croisons. Ils nous trouvent même des surnoms Fidjiens, Pascale s’appelle « Pascalie » et moi « Nicolas-Matawalou » !!! Souvent, ils chantent ensemble, tantôt  des chants locaux, tantôt des tubes de pop américains, chercher l’erreur !

Nous avons droit à quelques poses pendant lesquelles, ils disparaissent dans la jungle pour nous ramener un morceau de canne à sucre ou un bâton de marche qu’ils viennent de tailler. Nous quittons enfin la forêt humide et retrouvons les crêtes couvertes de longues herbes dans lesquelles il faut se frayer un chemin, et parfois, un tunnel !

Perchés sur des promontoires de laves noires, la vue est magnifique et les appareils-photo crépitent sous un soleil radieux. Les enfants prennent la pose en riant, nous ne nous lassons pas du magnifique spectacle qui s’offre à nous.

Nous redescendons rapidement et retournons au bateau avec nos petits  compagnons, impatients de découvrir les voiliers. Ils sont ravis d’être à bord et restent très respectueux du bien d’autrui. Ils ne demandent jamais rien et n’attendent rien en retour de leur incroyable hospitalité.

Hans Peter continue à me donner des cours de photos une bonne partie de l’après-midi puis tout le monde repart à terre pour assister à une autre cérémonie. Le village célèbre le centième jour de deuil d’une mamie et nous sommes tous conviés à cette commémoration. Pascale, Nathalie et Agathe doivent revêtir un paréo pour se couvrir les jambes et ne pas laisser leurs épaules nues, les hommes portent le pantalon, les moustiques auront plus de boulot ce soir…

Hans Peter apporte un autre « Sevu-sevu » pour l’occasion et Nathalie donne aux femmes du sucre et du café. Sans l’expérience et la gentillesse de l’équipage de « Nathape », nous n’aurions jamais vécu un tel évènement aux Fidji.

Après avoir traversé une petite place ou sèchent des feuilles de pandanus, nous arrivons près de la hutte qui abrite les convives. Les hommes chantent et prient et les femmes sont assises en cercle de l’autre côté de la cabane. Une petite fille nous demande de patienter avant d’être présenté aux chefs et aux anciens du village.

10 minutes plus tard, elle nous fait un signe, nous pouvons y aller.

Chacun prend place, assis en tailleur pour les hommes et genoux repliés pour les femmes. Nous serrons de nombreuses mains en nous présentant. Impossible de nous souvenirs des dizaines de prénoms que nous entendons…

Un homme est assis au centre et malaxe fermement la poche remplie de poudre de Kava, il ajoute régulièrement de l’eau pour augmenter la quantité et faire baisser la concentration.

Les premiers servis sont les chefs et les patriarches, J’essaye de bien me remémorer le protocole car mon tour va venir… Je dois taper dans mes mains une fois, prendre la demi coco pleine de kava, boire cul sec redonner la coco vide et taper trois fois dans mes mains en même temps que nos hôtes disent "BULA" en cœur et en claquant les mains avec moi…

Pascale se plie également à la tradition et boit sans rechigner cette espèce de mélange d’eau brunâtre au goût de terre. A priori, la plante dont est extrait le Kava est utilisée en Europe dans la confection des anesthésiants. les Fidjiens qui en boivent beaucoup s’endorment en position assise, se réveillent et boivent à nouveau…

Le soir venu, dans le carré de Badinguet, Il m’est impossible d’écrire une ligne de compte-rendu de la journée tellement mes yeux se ferment tout seul, Kava, fatigue ????

 

14/05/11

Départ tranquille vers 9h en direction de la côte Ouest de Waya. Nous mouillons une heure plus tard dans la baie Likuliku en face du « Octopus resort ». Une journée de PMT, de plage, de glandouille qui se termine par un délicieux Piňa-Colada dans le bar de l’hôtel. Le soleil se couche sous un ciel rougeoyant, la mer est calme, la plage est illuminée par des torches, il fait doux et un orchestre local joue un air exotique, this is paradise ! 

 

 

NAVITI - ILES FIDJI 

 

15/05/11

Départ vers 6h30 pour 4h de navigation au moteur. Les paysages sont magnifiques et un beau tazar se décroche au pied du bateau, je suis vert !

Après un stop de deux heures au « Manta ray resort », nous poursuivons vers la grande baie de Somo-Somo au Nord de l’ile Naviti. Le Sevu-sevu est tout aussi impressionnant qu’à Waya. Le chef du village est une femme très âgée et la cérémonie est effectuée dans les règles. Nous claquons trois fois dans nos mains et nous voilà des hôtes privilégiés une fois de plus.

Aujourd’hui dimanche, les habitants somnolent sous des huttes de branchages et leur visages s’illuminent pour nous crier des « Boula-Boula » en souriant.

Partout où nous allons, nous sommes fêtés et accueillis comme nulle part ailleurs. Des dizaines d’enfants accourent pour prendre Pascale par la main et la guider dans les petites allées en sable. Nathalie et Hans Peter sont accueillis comme des messies tellement leurs précédents passages ont laissé des traces dans la mémoire des villageois.

A chaque maison, les Fidjiens se lèvent de leur couche ombragée pour nous saluer et embrasser Nathalie, quel accueil !!!

Nous retournons aux bateaux au crépuscule et ce soir, nous invitons « Nathape » à diner… Encore une très bonne soirée en leur compagnie, on est vraiment bien...

 

 

16/05/11

Avec Jim, un pêcheur Fidjien, nous partons à l’entrée de la baie. Nous y laissons nos annexes puis il faut prendre un chemin dans la jungle qui traverser les terres jusqu’à la côte au vent. C’est grande marée basse et nous faisons la connaissance d’un couple assez exceptionnel.

A 75 ans, elle pêche les poulpes avec un pic en acier pendant que son mari, 80 ans, discute avec nous, assis dans l’herbe qui entoure sa cabane. Je repense à ma grand-mère maternelle, qui bien que déjà âgée m’a tant appris sur la pêche en mer…

Le fusil sous-marin de Jim mesure plus de  deux mètres et le mien parait ridicule à côté mais qu’à cela ne tienne, nous verrons bien.

Je perds très vite de vue mes compagnons et me retrouve rapidement confronté a un dilemme… Si je tire un des nombreux poissons qui me passent sous le masque, j’en fais quoi ??? Je suis seul, à ½h de nage du rivage et 1h de marche de la plage…  Et je viens de voir passer un petit requin pointe noire qui attend que je fasse un carton.   

Inutile de prendre un risque, je me balade en longeant le récif jusqu’à ce qu’une belle carangue viennent me narguer… Je ne vais quand même pas rester à lui faire la causette et je tire… Dix secondes plus tard, un grand requin de trois mètres sort du bleu et se rapproche… Je panique, je lève le poisson au dessus de la surface et le maintient un bon moment en surveillant le squale… Il a disparu mais moi, j’ai ma dose !!! Je nage, le bras tendu, jusqu'à avoir pied puis je commence une très longue marche pour rejoindre la rive et enfin la grande plage ou Hans Peter attend les pécheurs.

Je suis le premier à rentrer et la vieille femme a préparé le poulpe avec une sauce au lait de coco accompagné de manioc, un vrai festin…

Il est 14h lorsque nous rejoignons les annexes et finalement, c’est moi qui ai tiré la plus belle pièce, comme quoi !!!

En revenant au mouillage, un grand catamaran est ancré à coté de nous… CATAFJORD !!! Malou et Domi sont là !! Nous les savions aux Fidji et ils ont fait un grand détour pour nous rejoindre. Nous sommes ravis de les retrouver après cette longue saison cyclonique.

Je passe la fin de l’après-midi à jouer au rugby avec les enfants, pieds nus. Un peu plus tard, de solides gaillards de l’équipe locale se joignent à nous pour un petit match improvisé, FA-BU-LEUX…. Et bonjour les douleurs musculaires !!! Pascale et Nathalie jouent avec des dizaines d'enfants, leur distribuent des crayons de couleur, des ballons, le tout sous un soleil couchant à ne pas donner envie de se coucher...

Un apéritif dinatoire sur « Catafjord » et tout le monde au lit

 

17/05-18/05/11

Départ vers Blue lagoon qui nous parait bien gris sous un ciel chargé… Une courte nuit et nous mettons les voiles en direction de « Vuda point », une petite marina creusée dans le platier.

En chemin, sous Génois et genaker en ciseaux, nous perdons toute une ligne de traine en quelques secondes, le poisson était certainement énorme… Une heure plus tard, nous prenons un beau tazar de 1m, vengeance !

La navigation aurait été très agréable s’il n’y avait pas eu cette alarme « batterie faible » sur nos instruments… Les batteries de Badinguet datent de Panama, il y a 1 an et 3 mois et elles ne tiennent plus la charge…

Nous les testons dans tous les sens en espérant trouver une brebis galeuse dans le parc mais non, elles sont presque toutes défectueuses, voilà qui va compliquer notre programme…

Nous arrivons à destination vers 14h, la marée est très basse et nous empruntons l’étroit chenal avec juste quelques centimètres sous la quille, ouf, c’est passé !

Le petit port est agréable et nous retrouvons pas mal de connaissances. Nous dinons tous ensemble au snack du coin. La soirée se termine sur Internet à téléphoner à la famille et aux proches.

 

19/05/11

Le temps est définitivement en train de changer, le vent tourne et de très gros orages ont secoué les Fidji durant la nuit. La marina est très bien abritée et Catafjord, mouillé à Lautoka a eu beaucoup moins de chance que nous… Sous 40 nœuds de vent, Ils ont dérapé sur plusieurs dizaines de mètres pour aller se bloquer dans une patate de corail, contre un petit voilier qui dû avoir la trouille de sa vie !

Bref, beaucoup plus de peur que de mal, et je mesure à quel point nous sommes chanceux d’avoir voulu rester à la marina pour la nuit, tout peut se jouer sur un coup de dés….

Hans Peter nous sort encore de son chapeau quelques photos incroyables dont celle qui suit...

Les courses sont faites, les bouteilles de gaz pleines, on fera le plein de gasoil demain et on file sur Lautoka pour faire la sortie… Bon, les batteries sont malades mais on doit pouvoir les tenir encore quelques semaines, inch Allah.

vers la fin de l'après-midi, des centaines de cafards volants s'abattent sur les bateaux de la petite marina. Tout le monde se précipite pour fermer et isoler les cabines mais le mal est fait et nous passerons certainement les prochaines semaines à traquer et exterminer ces adorables petites bêtes... C'est la première fois que nous subissons un attaque aussi soudaine et Pascale, qui se promène l'insecticide à la main,  installe une batterie de pièges dans les fonds.

Adieu les Fidji, à nous les Vanuatu !

Nous effectuons la sortie aux douanes de Lautoka le vendredi car le week-end, les douaniers se reposent et les faire revenir au boulot coûte cher !

La météo n'est pas bonne et nous partons avec "Catafjord" passer deux nuits, une à swany bay et l'autre à Malolo avant de prendre le large. Rester dans l'archipel en ayant sa clearance de sortie est interdit mais qui va venir vérifier nos papiers un week-end ??? Nous nous faisons très discrets  nous avons même pris un corps mort sans rien demander à personne !

 

23/05/11

Point jour 1

Pos : 18°30.294S/174)01.466 E,  vit: 7.8k, cap 256°, distance parcourue en 24h : 192 milles, vent 25 à 30k ESE, mer forte, creux de 4 à 5 mètres.

Dicton du jour : C'est lorsqu'il n'y a plus de balise qu'on se met à baliser".

Un départ en sortant par une passe non balisée… Le mascaret s’étend loin au-delà du récif et nous contournons largement le danger.

24h très dures avec une mer très formée. On ne peut pas se tenir debout, c’est l'enfer ! Espérons que ca va se calmer... Pascale est malade et j’assure la première nuit mais c’est une vraie galère… Impossible de pêcher et les montagnes d’eau nous dépassent à toute vitesse. Les surfs sont impressionnants et Badinguet s’arrête net lorsque la pente de la vague est inversée, on a l’impression de glisser en marche arrière…

 

24/05/11

Point Jour 2

Pos : 19°18491S/170°27.139E, Cap 261°, Vit :8.4 k, Temps beau, Vent ENE : 18K, Mer très agitée ESE.

Toujours une mer grosse, beaucoup de vent et Pascale malade.

Ce matin, on a pu constater une nette amélioration avec un vent qui baisse un peu et la mer est moins formée, enfin......... Nous avons genaker et génois en ciseaux plus le, moteur a 1700 tr/min et nous déboulons a 9 nœuds dans les déferlantes pour arriver juste avant la nuit a Tanna.  Les WP ne sont pas fiables et nous n'avons aucune carte aussi, je préfère accélérer et éviter à pascale une nuit a la cape devant la baie dans cette mer.. "Nathape" nous a donné quelques excellents way points par mail, ça devrait bien se passer...

On a hâte d'être arrivés, nous sommes très fatigués de cette traversée...

 

Lire la suite