PARTIR AU LARGE

TDM Atlantique TDM Pacifque TDM Asie du S.E. Proverbes,... Recettes, Remèdes Mouillages de rêve Amis, Liens Autres sites Pêches et Poissons Côté Technique

Carnet de bord P1 Carnet de bord P2 Carnet de bord P3 Carnet de bord P4 Carnet de bord P5 Carnet de bord P6 Carnet de bord P7 Carnet de bord P8 Carnet de bord P9 Carnet de bord P10 Carnet de bord P11

 

 

 

 

 

 

 

15/11/10

Nous avons fait nos adieux à tous les copains, l’annexe est dégonflée et couchée sur le pont, je sonne le départ dans le beau coquillage que les indiens Kunas m’ont offert et c’est un concert de réponses sonores qui s’élèvent de tous les bateaux du mouillage.

Nous quittons l’archipel par l’Ouest sans vent, puis, quelques milles plus tard, Badinguet coupe son moteur et aligne son cap à 8 nœuds de moyenne, royal !

 

16/11/10

Pos : 23°18.70S/177°26.01W/ vitesse 8.8k / cap : 208° / distance parcourue en 24h :190 milles/ reste a parcourir : 860 milles /beau temps/ vent 15 nœuds Sud-est / mer agitée, creux de 2 mètres.

Dicton du jour : "navigation au large, ta cirrhose, tu ménages"

Nous faisons route pour passer prés de Minerva reef. Si la météo reste bonne, nous ne nous arrêterons pas et continuerons directement vers Whangarei. Si un coup de vent se dessine, nous relâcherons dans cet atoll immergé... Tout va bien à bord et on est vraiment heureux de retrouver l'océan même si c'est pour aller vers le froid...

Aujourd’hui le vent s'est un peu renforcé et la mer est devenue dure mais nous avançons très vite, ça compense. Nous avons pris une grosse carangue arc en ciel qui a cassé net notre canne à pêche en 2 !

Pascale est un peu malade et j'ai le nez bien pris !!! Attention au soleil qui est terrible, nous sommes bien brulés au visage bien qu'il fasse frais... D’après ce que nous avons lu, en se rapprochant de l’antarctique, il y aurait un grand trou dans la couche d’ozone et la Nouvelle-Zélande connait un nombre record de cancers de la peau, ça calme !

 

17/11/10

Pos : 26°10.080S/179°01.696W/ vitesse 8.3k / cap : 202° / distance parcourue en 24h :184 milles / reste a parcourir : 668 milles / beau temps couvert / vent 15 nœuds Est-Sud-est / mer agitée, creux de 2.5 mètres.

Dicton du jour "Cuisinière barbouillée, pas de tambouille dans le carré"

Nous continuons à avancer vite mais nous pensons que ça ne durera pas car le vent va baisser et surtout il va s'orienter Est, voir Nord-Est ce qui va nous faire ralentir encore plus... le bateau roule beaucoup et cette mer croisée a vite achevé Pascale qui dit ne pas manger mais elle grignote toute la journée entre deux siestes donc pas d'inquiétude !

Nous avons tangonné le génois et la moyenne reste bonne. J’installerai le genaker dans l'après-midi pour être près lorsque le vent va baisser et tourner !

Nous supportons toute la journée les fourrures polaires et la nuit, nous ressemblons à des cosmonautes, ca caille bien et ce n'est que le début ! La drisse de balooner s'est coincée dans l'enrouleur de génois et ca coince un peu la haut, aussi limitons-nous les manœuvres  d'enroulage pour le moment. Ca ne nous ralentit pas mais il faudrait grimper en haut du mât pour la décrocher, avis aux amateurs !

Nous ne péchons pas car la canne est en vrac et surtout, j’ai la flemme et puis, il reste 15 kilos d'espadon dans le congèlo..

 

18/11/10

Pos : 28°32.807S/179°26.920E/ vitesse 5.3k / cap : 210° / distance parcourue en 24h :164 milles / reste a parcourir : 504 milles / Alternance de beau temps et couvert / vent 8 nœuds Est-nord-est / mer agitée, creux de 1.5 mètres.

Dicton du jour : "Tant que le mauvais n'est pas là, profite du bon qui s'offre à toi"

Nous avons dépassé symboliquement la moitié du tour du monde, nous sommes passés en longitude Est. A part ça, le vent est complètement tombé, bien plus tôt que prévu par la météo et nous voilà au moteur à rouler comme des tambours. Nous renonçons à arriver Lundi, à cette vitesse, ce sera au plus tôt mardi.  Pascale est moins malade et on va peut-être recommencer à manger des bonnes choses... Le temps est de plus en plus frais mais pas de "mur du froid" comme on nous l'avait annoncé (pour le moment).

Nous avons hâte d'être au port pour commencer à travailler sur Badinguet. La liste des réparations fait 4 pages, impressionnant !

Nous pompons toujours à la main car notre pompe de cale-puisard est morte et comme, nous enfournons beaucoup d’eau par l’écubier, il faut surveiller sans arrêt…

La météo vient de tomber et tout a changé !!! En mal !!!

Nous ne changeons rien à notre route pour le moment mais voilà ce qui nous arrive dessus. Une belle dépression va passer en 24h  et nous oblige dans deux jours à filer plein Sud-est puis Est puis revenir 24h plus tard plein Ouest, avec 30 nœuds de vent !!! ca va chauffer dur !!! 

On suit ça de près mais pour l'instant la navigation est plaisante et cool et on a intérêt a bien en profiter car ca ne va pas durer... Notez bien que la météo n'est pas fiable à 24h alors on attend demain pour réagir si besoin..

L'arrivée mardi est compromise si la météo se confirme, ce sera mercredi ce qui ne change pas grand chose...

 

19/11/10

Pos : 30°45.080S/177°59.696W/ vitesse 6.3k / cap : 208 / distance parcourue en 24h :152 milles/ reste a parcourir : 351 milles / beau temps / vent : 10 nœuds Nord-est / mer peu agitée, creux de 1.5 mètres.

Dicton du jour : "Cuisinière rétablie, on retrouve l'appétit"

Une nuit de plus au moteur avec un vent arrière faible (moins de 10 nœuds). Il fait beau mais de plus en plus froid et le soleil joue un rôle hyper important. S'il passe derrière un nuage, la température chute de 10° alors on reste couvert au cas où !

Nous roulons beaucoup avec cette allure mais le nombre de milles diminue. J’ai réussi à décrocher notre drisse coincée et avec les allures de près qui nous attendent, nous sommes soulagés. La météo se confirme pour les 2 jours à venir, le vent va tourner au Sud-ouest dés demain soir. Il va falloir faire un gros détour pour négocier le passage de cette dépression, D’abord partir vers le Sud-ouest pendant presque 20h puis revenir plein Sud-est pendant encore 24h et enfin aligner notre destination. Il y a juste un problème, c’est que lorsque nous pourrons enfin nous diriger vers Whangarei, le vent va se renforcer très sérieusement. .

 

20/11/10

Pos : 32°22.647S/175°37.367W/ vitesse 5.6k / cap : 208° / distance parcourue en 24h :158 milles/ reste a parcourir : 215 milles /temps très couvert, crachin / vent 10 nœuds Ouest Sud Ouest/ mer peu agitée, creux de 1.5 avec tres longue houle du Sud-ouest (3 mètres).

Dicton du jour : crachin, brume et froid, Bretagne, si loin de toi... 

 

Toute la nuit, nous avons filé très à l'Ouest avec peu de vent et un peu de pluie, un peu le style du crachin Bret.., heu , néozélandais. Il fait 18° et la température de l'eau a carrément chuté..

Je viens d'envoyer le mail de confirmation aux douanes comme quoi, notre arrivée est prévue pour mardi, on croise les doigts.

Au petit matin gris, nouvelle météo et ca coïncide avec les précédentes donc notre choix est bon. d'ici peu, il faudra tirer un bord de 24h plein Sud-est et attendre la bascule de vent (prévue pour le 21/11 a 22h UTC) pour revenir sur la Nouvelle-Zélande et enfin se taper le méga contrôle des douanes...

Pour l'instant, on navigue un peu dans du coton, sans vent mais les gros nuages défilent au dessus de nos tètes, donc, il y a de l’air à l'étage au dessus, ca va bien finir par nous tomber dessus, on attend…

 

21/11/10

Pos : 34°05.165S/177°03.857W/ vitesse 5k / cap : 237° / distance parcourue en 24h :148 milles/ reste a parcourir : 161 milles /alternance nuages et ciel bleu/ vent 13 nœuds  Sud / mer agitée à forte, creux de 2.5, mer très hachée

Dicton du jour : Côte Néo-Zélandaise très loin devant, navigation pourrie assurément !

Toute la nuit, nous avons filé vers l'Est sans gagner 1 mille sur le parcours vers notre destination. En fait, nous avons longé à 200 milles au large, l’ile du Nord pour nous placer en attendant une nouvelle bascule du vent qui devrait être la dernière. De nombreux petits dauphins, similaires à ceux du golfe de Gascogne viennent jouer devant l’étrave de Badinguet pendant un bon quart d’heure. Il fait si froid que nous ne pouvons rester sur le pont comme nous le faisons d’habitude.

Le fort coup de vent est confirmé, 35 nœuds et 5 mètres de creux. Il faut vraiment qu’on arrive à passer devant et qu’on soit à destination avant le gros du problème mais en ce moment, c’est l’inverse et nous manquons de vent pour avancer dans cette mer cassante.

Néanmoins, si tout se passe comme nous l'espérons, nous devrions arriver à Whangarei demain soir voir en début de nuit. Cette escapade vers l'Est nous a placé pour négocier au mieux la tempête et nous ne devrions être touché par le phénomène que demain matin, il ne nous restera qu'une journée de navigation, donc c'est cool !

Dans la soirée, de grands albatros viennent saluer Badinguet, fabuleux !

 

 

 

NOUVELLE-ZELANDE 

 

22/11/10

Pos 35°08.9S/175°16.4E CAP 231° VIT 5 K Temps très chargé, pluie, vent S à SSE 20k / mer forte

Dicton du jour : Vent arrière, Trop vénère, vent de face, Nique ta race !!!

 

Nous venons de passer une nuit dure avec le bateau qui tape contre le vent. Bref, nous sommes crevés et il nous reste 54 milles avant d'arriver. Nous devrions donc y être ce soir avant la nuit mais nos météo s'avèrent totalement fausses depuis 2 jours. Pour exemple, nous devrions avoir 10 nœuds au grand largue et nous en avons 20 au près serré depuis 24h. Mais quand ce vent va t’il enfin tourner ?

Les prévisions se suivent et se ressemblent alors que faire ??? Rien, on fait ce qu'on peut et on soufflera un bon coup lorsque nous serons au port, au quai de la quarantaine. J’ai prévenu une nouvelle fois les douanes que nous serons en retard, le contrôle se fera certainement demain matin après une bonne nuit.

Un cargo dévie sa route pour nous laisser conserver notre cap au plus près du vent puis le radar accroche une autre cible, très rapide, celle là… Au même moment Pascale m’appelle et je sors à toute vitesse pour regarder l’avion des coastguard passer juste à côté de nous en rase-motte… Difficile d’entrer incognito !

Il est 13h lorsque nous apercevons les iles qui sont au large de la Nouvelle-Zélande, terre, enfin terre ! Les falaises sont lugubres et acérées, aucune envie de s’y frotter…

   

Alors que nous ne l’attendions plus, le vent tourne enfin et se renforce, la mer n’est pas en reste et grossie jusqu’à devenir forte puis grosse.

En 10 minutes, tout a changé, la mer est blanche d’écume et le ciel devient noir. Les puissantes rafales à plus de 30 nœuds couchent le voilier, il faut réduire toutes les voiles rapidement. Cela fait 24h que nous attendons ce renversement et ca y est. Le seul problème est que nous aurions du avoir une phase de transition, là, nous sommes entrés directement dans le coup de vent.

Badinguet escalade les collines d’eau verte et sombre pour surfer à plus de 12 nœuds au milieu de centaines d’oiseaux de toutes sortes. Nous identifions entre les averses, des fous, des puffins, des pingouins Guillemots et toujours ces gigantesques albatros qui nous accompagnent quelques secondes avant de poursuivre leur quête de nourriture. Sacré comité d’accueil !

Nous contournons le cap puis nous nous alignons sur les nombreuses bouées du chenal de whangarei.

Le large chenal est bordé de collines verdoyantes dont les sommets rocheux apportent une touche de gravité dans ces paysages reposants. Nous voilà dans la contée, nous verrons bien si le douanier est un Hobbit !

Il est 17h, je contacte, comme prévue par la procédure  « Whangarei radio » afin d’organiser notre arrivée et le contrôle des douanes. On nous répond de rentrer dans « Marsden cove marina » et de nous mettre au « Q »Dock, le ponton de la quarantaine. Après un passage délicat entrainé par le courant dans un chenal peu profond entre deux bancs de sable, nous amarrons Badinguet dans cette belle marina presque vide.

Le ponton est isolé par une porte en inox fermée à clé et nous devons rester à bord en attendant le contrôle qui devrait avoir lieu demain matin… Je vérifie les branchements de bornes du ponton et nous avons de l’eau douce et de l’électricité à volonté, c’est Noël !

Je rince abondement Badinguet de son sel et nous mettons en route le chauffage, ROY-AL !

Juste un petit message a la famille pour avertir que nous sommes bien arrivés et on se couche, épuisés et heureux.

 

24/11/10

Une bonne nuit, très calme avec de nombreux réveils, le corps a du mal à oublier ces 8 jours de navigation. Il fait froid et lorsque nous sortons de sous la couette, c’est pour chercher des pantalons chauds et des pulls, GRRRRRRRRRR ! Le ciel est limpide mais tout est humide, rien ne sèche avec ce soleil rasant…

La marina est toujours aussi déserte et lorsque nous appelons à la VHF, il est impossible de comprendre les autorités, l’accent néozélandais est infernal, ils parleraient Turkestan-chinois qu’on les comprendrait mieux !

D’ailleurs, c’est bien simple, lorsque je prends en main le micro de la radio, je sais que l’échange qui suit va être très enrichissant et nous apporter un long chapelet de questions du genre…

-                       - Nic : T’as compris, toi ?

-                       - Pascale : Non !

-                        - Nic : il a dit quoi là ?

-                       - Pascale : heu, il n’a pas parlé de grande maison ?

-                       - Nic : De quoi ? Mais non !

-                       - Pascale : Il a dit qu’ils viennent à 9h ?

-                       -  Nic : Non, il me dit de rester sur le canal 19 !

On est à des années-lumière de « Brian is in the kitchen » ! C’est bien simple, quand je regarde la VHF, je chope des boutons !

Vers 8h15, Nous avons enfin un interlocuteur de "Whangarei radio" qui nous confirme de ne pas quitter le bord et d’attendre le passage des douanes qui devrait avoir lieu dans un peu plus de 2h...

En effet, deux heures plus tard, une jeune femme souriante monte à bord. Elle arbore l'uniforme de la 'bio Security". Et l'inspection commence... En fait de contrôle serré, elle s'est assise tranquillement et rempli ses papiers puis, elle vérifie très consciencieusement toutes les denrées fraiches, les boites de conserve et le contenu des placards de bouffes et des compartiments réfrigérés. Tomates, œufs, carottes, pommes de terre et notre poubelle disparaissent dans un grand sac plastique qui sera certainement incinéré...

Concernant les coquillages, je suppose que les copains qui nous suivent seront intéressés par ce qui va suivre... Nous avons le droit à 5 coquillages par personnes (en gros) et les bénitiers géants des Tonga ne sont plus considérés comme une espèces en voix de disparation vu qu'on trouve des coquilles mortes partout sur les plages. On peut donc importer en Nouvelle-Zélande  les spectaculaires coquilles de ces coquillages géants sans aucun risque !

Le douanier qui suit est encore plus cool et il n'inspecte absolument rien. il nous pose beaucoup de questions auxquelles nous répondons sans comprendre le pourquoi du comment ?!?! Des questions du genre :

               - Connaissez vous le yacht "jacqueline" ? Avez vous rencontré d'autres voiliers pendant votre traversée ?

En deux temps; trois mouvements, nous sommes en règle et ce, pour 1 an ! Force est de constater que le contrôle a été très facile, sans fouille, et absolument pas draconien comme nous le redoutions... vive "Radio ponton" !

La porte en inox s'ouvre enfin et nous marchons jusqu'au bureau du port pour remplir les formalités locales et obtenir une nouvelle place pour Badinguet. Nous quittons le ponton "Q", mangeons à toute vitesse un encas puis nous louons une voiture pour foncer à Whangarei, à 30 km de là. Le paysage est incroyablement différent de tout ce que nous connaissons depuis des mois. des collines aux formes arrondies, des pâturages où des centaines de bovins et ovins paissent paisiblement. La conduite est a gauche et les routes sont belles et dégagées. Quel choc brutal pour nous, de devoir conduire à 100 km/h du jour au lendemain après les Tonga et les iles Cook !!!

Whangarei est une grande ville très animée et le port où nous avons réservé est ...... décevant ! Il est surchargé, en plein centre ville, mais ce n'est pas tout, lorsque la marée est basse, la quille des voiliers s'enfoncent profondément dans la vase... Nous avons entendu dire que "Whangarei town bassin" est le "Carthagène" de le Nouvelle-Zélande. Si on laisse son bateau 1 mois, il fait un burin et une masse pour dégager le safran !

Les prix sont intéressants mais le choix est cornélien... Soit on laisse le bateau ici, dans une eau claire, bien amarré, et dans le trou du cul de la Nouvelle-Zélande, soit nous le laissons en plein centre ville, dans une eau bien dégueu mais proche de tous les services... On ne va pas tergiverser pendant des heures, la décision est prise et nous laisserons notre Badinguet ici même, en pleine nature, au vert !

Nous passons toute l'après-midi à faire des devis et commander les pièces dons nous avons besoin rapidement et surtout la pompe de calle en 24v ! Il y a des shipchandlers à tous les coins de rue, des magasins en pagaille et tout est orienté vers le nautisme, c'est la paradis du plaisancier, inimaginable...

Tout est possible et tout est faisable, le seul problème est la période des fêtes (leurs grandes-vacances) qui débute en décembre et se termine mi-février ! Avec notre retour en France, nous avons le temps, aussi visitons-nous les voileries et les ateliers pour choisir qui fera quoi...

Nous avons vraiment l'embarras du choix, jamais je n'ai vu autant de grandes surfaces pour les plaisanciers, je veux vivre ici ! Tous les magasins ferment à 16h ou 17h sauf les supermarchés qui restent ouverts tard le soir.  Nous achetons des filets de bœuf, des côtes d'agneau, des yaourts et du salami, apéro oblige !

Nous avons énormément de mal à nous adapter à la civilisation moderne mais cela ne devrait pas prendre beaucoup de temps pour retomber sur nos pattes, hélas !

 

Du 25/11 au 1er /12

No amis « Yovo » puis « Ultreïa » arrivent à leur tour et subissent le même contrôle sur le « Q » dock.

La marina dans laquelle nous avons finalement decidé de rester est située à 30 kms de la ville de Whangarei.

Nous avons visité tous les autres ports, comparé les prix et les services et il nous semble préférable de rester dans l’eau claire de notre marina et de na pas s’enfouir dans la vase du fond de la rivière pendant nos 3 mois d’absence. Le port est très bien équipé et tous les accès sont contrôlés par des codes et des cartes à puce. Badinguet ne risque vraiment rien dans ce trou perdu…

 

 

 

Avec la voiture que nous avons louée pour une semaine, nous faisons de très nombreux allers-retours à Whangarei. Il s’agit pour nous de commander et de réserver les nombreux travaux et achats que nous avons prévu de faire ou de faire faire !

La liste est terriblement longue mais la priorité est le changement de notre pompe de calle et la réparation de la pompe manuelle. Le reste peut attendre mais nécessite énormément de trajets pour organiser les commandes. Moquettes, taux, bimini, cover boat, étai, toutes les voiles, toute l’électronique de bord passe en Raymarine, nombreuses pompes à changer, chaine de mouillage et encore des centaines de petites choses.

Whangarei est le paradis du plaisancier, des dizaines de shipchandlers, de voileries, de chantiers et toute la ville est tournée vers la plaisance et la mer, les prix sont 40% moins cher qu’en France… L’escale va couter très très cher !

Chaque jour, nous retournons en ville pour confirmer telle livraison, tel rendez-vous, telle commande et si tout se goupille bien, lorsque nous reviendrons, les voiles, les taux, les moquettes et tout le toutime sera prêt, voilà l’enjeu !

Nous avons Cath et régulièrement Maël au téléphone ce qui nous comble car cela fait longtemps qu’on n’a pas eu un internet suffisant pour faire du « Skype ».

Le programme qui suit est assez simple… Nous serons en France du 02/12 au 08/03 et la première destination sera le salon nautique, histoire de rester un peu dans notre domaine du moment, ensuite nous irons dans l’ordre, A Carqueiranne, à Quiberon, à Sallanches et enfin 2 mois à Abbeville (dans la Somme) pour effectuer un remplacement en libéral. Oui, je sais que ça va me changer des Tonga et que le climat y est légèrement pus frais…

Lorsque nous retournerons chez nous, sur Badinguet, nous le sortirons de l’eau pour décaper entièrement les anciennes couches d’antifouling et passer sur une matrice dure. Nous en profiterons pour installer les nouveaux passe-coque de notre pack Raymarine mais nous n’en sommes pas là…

Les Néozélandais sont incroyablement serviables et gentils, nous sommes effarés par autant de considération et d’attention. On trouve de tout, les routes et la nourriture sont excellentes et tout est prévu pour simplifier la vie des gens. Ils ont refusé le nucléaire, développé une agriculture et un élevage remarquables en s’appuyant sur des principes écologiques exemplaires. Un beau pays, un très beau pays où il fait bon vivre. C’est la, première fois que nous sommes dans un endroit où nous pourrions nous arrêter plus longtemps avec beaucoup de plaisir !

     

 

Un service de bus pour rejoindre Auckland est à notre disposition pour 15€ et des navettes entre le centre ville et l’aéroport font le trajet jour et nuit, prenons-en de la graine !

Nous finirons cet épisode par cette petite anecdote…

Nous avons lu dans le journal ce matin que à Ouaipu, à 10 minutes de là où nous sommes, qu'il y a une alerte au grand requin blanc ! Et oui, nous sommes définitivement dans la cour des grands ! On pourrait ajouter un grand blanc au pays des All-black...

Juste avant notre départ pour la France, nous retrouvons Dany et Yvonne qui nous invitent pour un délicieux repas Néo-zélandais dans leur magnifique villa...

 

Joyeux noël et bonne année à tous ceux qui nous lisent. 

On se retrouve dans 3 mois...

 

3 mois en France

 

3 mois de séjour en France qui commencent par le salon nautique de Paris, histoire de ne pas se dépayser trop brutalement !  Nous y retrouvons Maël, mon père et Françoise mais aussi de nombreux navigateurs avec lesquels nous avons partagé de belles aventures, « Frère Coyote », « Zino », « Dugong », « Yovo », « Lazarina » et « Confianza ». A noter quelques grands moments de solitude noyés dans la foule du parc des expositions, en passant le rond point de l’étoile ou en empruntant la ligne de métro « Vitry- La Courneuve »… Je confirme, on peut partir à l’étranger pour pas cher !

Nous séjournons ensuite dans le Var, chez les parents de Pascale puis nous passons Noël à Quiberon avant de retrouver notre camp de base habituel chez Cath. Mamie est dans sa petite chambre de la maison de retraite, toujours là et pour toujours… Nous ne pourrons, hélas assister à ses 100 ans en juillet.

Le 3 janvier débute mon remplacement en libéral dans un cabinet de kinésithérapie d’Abbeville, en Picardie.

Pascale passe les 2 premières semaines de Janvier en Normandie, chez Anne, son amie d’enfance où elle dégote un travail, pour le moins original… Elle trie des cônes en plastique destinés à recevoir la semence des cochons… Et tout ça, déguisé en cosmonaute !

Je retrouve le stress latent, les embouteillages, les plaques de psoriasis, les insomnies, les somnifères, les contraventions, la fourberie policière et les sandwichs avalés en 5 minutes… Mais j’y découvre également quatre collègues formidables qui deviennent très vite quatre amis et une région étonnante et agréable. Pas une fois, je ne me suis levé à reculons, j’ai travaillé 12 heures chaque jour avec beaucoup de plaisir dans une ambiance professionnelle pleine de bonne humeur. Jolie combinaison de respect, d’humour et de chaleur humaine qui compensent largement la tristesse et la froideur du climat.

Réveil à 6h30 chaque matin, le nez plein de ces substances jaunâtres et collantes que les petits bambins bronchiteux m'ont collé en me vomissant leurs crachats au visage !!! Un bon mouchage s'impose puis une rapide toilette après avoir marché sur le carrelage gelé du domicile temporaire que j’occupe au Crotois (j'adore ce moment…). Les cousins de Pascale m’on généreusement prêté leur résidence secondaire pour deux mois, génial !

Petit déjeuner tout aussi rapide puis j'ouvre la porte d'entrée pour me prendre une différence de température de 28°C en pleine poire… En Picardie, quand il fait  -5°C, il faut passer 20 minutes à dégeler la voiture, à +5°C  le brouillard est installé on ne voit même pas l'avant de la bagnole, où est la corne de brume ? Quand il fait +10°C, il pleut des cordes avec 35 nœuds de vent,  que du bonheur !

Je prends la voiture, prêtée, elle aussi généreusement, par Martine et Arnaud, pour 23 kilomètres sur des routes étroites, forcement glissantes (vue l'humidité ambiante) et pas du tout éclairées… Aveuglé en permanence par les phares d'en face, je cherche sans arrêt les accotements pour ne pas terminer encastrer dans un airbag au grand air ! J'ajoute au passage que je n'emprunte le réseau routier que de nuit vu mes horaires de travail et ceux du soleil, qui ne bosse vraiment pas beaucoup dans le ch’Nord ! Autre chose, les picards ne passent jamais la quatrième en voiture, on ne dépasse pas 65 km/h sur la nationale, ché com' cha ! Après ce court et dangereux calvaire quotidien, j'ouvre la porte du cabinet où déjà, de nombreux patients…. patientent ! 

La Moyenne d'âge de ma patientelle est 68 ans et les rares jeunes que je rééduque ont entre 3 et 8 mois et sont encombrés de glaires visqueuses et purulentes… Côté conversation, ch'pô chimple !

La plus grande ville de la région est Amiens mais elle semble tellement éloignée que la Nouvelle-Zélande se trouve dans une autre galaxie… Les petiots me vomissent dessus chaque jour et les pantalons défilent à raison de 3 par semaine et comme j'ai bien maigri, je ne dispose pas d'une garde-robe très riche… Côté richesse, nous arrivons à ma motivation initiale, l’argent… C’est un sentiment qui évoluera au cours de mon séjour en Picardie mais inutile de le nier, je gagne très bien ma petite vie d'esthète, de moine Cénobite ou d'Hermite…  De cheval…

Au début de mon activité, je me surprends, après presque 3 ans de voyage, à ne plus trop savoir si j'aime réellement mon métier… Je me sais doué et efficace pour le faire et les patients arrivent au cabinet avec autant de plaisir que j'ai de difficultés à émerger de mes mauvaises nuits Crotelloises… Là aussi, mes sentiments vont évoluer au fur et à mesure.

Il est vrai que ne prends pas beaucoup de plaisir à assoir madame tchot-pouyette sur sa chaise percée chaque jour mais le plaisir de la reconnaissance et les progrès réalisés par les patients deviennent vite ma nourriture spirituelle et redonnent à mon activité la motivation nécessaire. Il m’arrive tout de même qu’après de grosses journées plus difficiles que d’autres, de penser… Ca, va payer le génois, ça, le loch ou l'antifouling, mais le plaisir de travailler est à nouveau bien ancré et à vrai dire, la Picardie, on s’y attache… Merci Florence, Céline, Claude et Eric pour tous ces moments passé avec vous… J’espère avoir le plaisir de travailler à nouveau avec vous…

Pour finir, force est de constater que je n'ai pas perdu la main, toujours aussi efficace et baladeuse sur ces squelettes saillants et craquants, ni mon bagout, bien qu'il ne soit pas forcement compris de mes petites mamies vieillissantes mais comme je m'comprends, alors je m'cause !

Sinon, Abbeville est une petite ville qu'on ne pourrait pas déplacer sur une autre planète dans le but de coloniser une partie de l'univers. Certains habitants ne semblent pas s'intéresser à ce qui se passe ailleurs et les extra-terrestres peuvent dormir sur leurs trois oreilles… Pour preuve cette anecdote croustillante…

Alors que je suis en train de masser allégrement un jeune patient, celui-ci me demande ou j’habite… Pour égayer un peu la discussion, je lui explique que j’habite sur un bateau depuis 3 ans et qu’il se trouve exactement de l’autre côté de la planète, qu’on pourrait creuser un tunnel pour le rejoindre, etc.… Et là, mon jeune compère me regarde avec des yeux ébahis et me lance…

-          Ouahhhhhhhh, vot’ bateau est en Corse ? avec un sourire jusqu’aux oreilles…

Je dois avouer que, sur le coup je me suis vraiment demandé où j’avais atterri… Il s’avère que je suis tombé sur un cas et ça a bien fait rire mes collègues !

J’ai profité de mon séjour métropolitain pour faire un « check-up santé « assez complet, yeux, dents, peau, et tout va bien mis a part que je suis devenu presbyte grave, vive la jeunesse…

Je termine le compte rendu de passage en France par cette « Pérégrination policière Abbevilloise »…

La semaine dernière, en pleine matinée de domiciles, en empruntant un rond point incontournable (ce qui est le comble du rond point), un policier, incontournable, lui aussi, me demande de me ranger sur le bas côté…

            -           Le policier : Bonjour monsieur, papiers du véhicule !

Je n'ai pas vraiment que ça à faire et je m'impatiente rapidement lorsqu'il revient en me disant que la date anniversaire de mon contrôle technique est dépassée d'une semaine…  Happy birthsday to you…..

            -           Nicolas : Je sais monsieur. Voici le justificatif des réparations en attente avec la commande des cardans. Et je lui tends le rendez-vous mardi prochain au contrôle technique.

Le policier disparait dans sa fourgonnette et je le suis sans y être invité. Ce sagouin est en train de me dresser un procès verbal en appuyant sur une machine à écran tactile (un peu comme les caissières du mac drive)… 90€ le bigmac !!! Je n’en reviens pas qu'il m'aligne pour ça !

            -           Nicolas : mais je vous ai donné tous les justificatifs…

            -           le policier : Vous avez également les pneus usés, estimez vous heureux, c'est 90€ par pneu !!!!

            -           Nicolas : je sais également, Mais vous savez qu'il est inutile de changer les pneus sans avoir changer les cardans qui sont en mauvais état. Tout ça sera réparé dans 3 jours, voici les papiers…

Rien à faire, le policier picard à tête de lard a certainement un quota de contraventions à respecter, l'enfoiré ! Si j'ai un flic du coin en rééducation, je lui détruits le dos !

Mon beau père va recevoir une amende de 90 € … Il va être content de m'avoir prêté la voiture…

 

Une semaine plus tard…

Il est 23h30, je quitte à peine le domicile de Claude et son épouse Chantal. Céline, ma consœur- collègue et moi avons été invité, à un excellent diner Picard entre collègues.

Après un ti 'punch de rigueur, le menu était composé d'une Ficelle picarde, flamenkuch aux poireaux accompagnée de saumon, plateau de fromage et enfin le fameux gâteau Battu avec une coupe de mousse au chocolat… Un repas délicieux arrosé de 3 petits verres de Riesling et 2 de Fronsac. Je plonge dans la voiture et direction du Crotoy, situé à 23 kilomètres d'Abbeville. Je suis fatigué et pressé de me rouler dans la couette lorsqu'une voiture avec un phare hors-service me rattrape rapidement et se place à quelques centimètres de mon pare-choc arrière…

            -           Nicolas : Qu'est ce qu'ils ont à me coller comme ça ?

Machinalement, je surveille mon retro en appuyant un peu sur l'accélérateur, histoire de distancer l'opportun mais celui-ci reste roue dans roue… Me voilà à 80 km/h en ville lorsque j'aperçois le gyrophare, des flics ????  C'est la catastrophe, je fais rapidement le calcul, 1 apéro et  5 verres de vin, mon compte est bon !

En quelques secondes, je revois, non pas ma vie défiler sous mes yeux, mais la fin de la soirée avec Claude qui me propose gentiment de rester dormir sur place… Regrets eternels, snif !

Je reste accroché à mon volant avec un furieux sentiment mélangé de rage et de culpabilité, il ne reste qu'un ou deux points sur mon permis, souvenirs de 6 années de déplacement en moto en région parisienne…  Et dire que je devais tous les récupérer au mois d'août. Re-snif, nouveaux regrets eternels… Voilà, je vais perdre mon permis de conduire et mon boulot par la même occasion et le spectacle est pour ce soir….

En attendant, Starsky et Hutch sont sortis de leur véhicule, la main sur la crosse du pistolet, ils approchent, un de chaque côté, je suis cerné ! Je descends ma vitre  et bafouille une phrase terriblement maladroite

            -           Nicolas : Bonjoir, je chui kiné à bonneville, heu, Abbeville et je sors d'un ami, heu, d'un repas chez un ami.  

            -           Nicolas (Intérieurement) : Mais pourquoi je bafouille ? Je bégaye ou quoi, ils vont croire que j'ai picolé grave !

            -           Starsky : C'est votre droit, monsieur. Moi, je suis officier de police assermenté, vous avez bu ?

            Oh non, c'est mort, c'est foutu, je sui tombé sur Judge Dredd ! Je m’attends à ce qu'il me dise avec la voix de Stallone, "La loi, c'est moi" mais il se contente de me présenter un l'éthylotest qu'il avait en main depuis le début !

             -          Nicolas : Oui, heu, un peu, 2 ou 3 verres de vin. En attrapant ce maudit ballon maladroitement.

Pendant que Hutch fait le tour du véhicule avec sa torche, Je souffle dans le sifflet un peu comme s'il fallait croquer une pastille de cyanure… le plastique se gonfle à toutes vitesses et l'officier de police assermenté de mes deux, contemple son trophée avec extase pour m'annoncer fermement….

            -           Starsky : Et bien Monsieur, vous laissez votre véhicule et vous nous accompagnez.

            -           Nicolas : Hein ? Quoi ? Je laisse la voiture garée à moitié sur le trottoir comme ça ? Elle gène le trafic.

-           Starsky : Non, vous laissez votre véhicule ici, telle qu'elle est et vous venez avec nous au commissariat ! Beaucoup plus fermement !

Me voilà assis à l'arrière avec Hutch, portières verrouillées, en route pour le centre ville d'Abbeville, il est minuit…

            -           Nicolas : Qu'est ce que je risque ?

            -           Starsky : Entre 0 et 0.24g/l, on vous raccompagne à votre véhicule, entre 0.25 et 0.5g/l, 6 à 8 points de retrait et 90€ d'amende et au-delà de 0.5, suppression du permis de conduire, cellule de dégrisement, tribunal…  (La complète saucisse, quoi !)

            -           Nicolas : Et, bien, je risque de perdre mon permis et mon boulot ce soir…

            -           Starsky : Mais Môsieur, à votre âge, on a tous ses points !

            -           Nicolas : Pardon ? Que dites-vous ? Vous sous-entendez que si je n'ai pas tous mes points, je suis un délinquant, vous me manquez de respect, monsieur ! Vous ne buvez que de l'eau ? Vous n'allez jamais diner  chez des amis ? Vous avez tous vos points ? ………..  oups, j'arrête là, l'ambiance est tendue comme ma bedaine après cet excellent repas…

            -           Starsky : On verra, on verra, avec un sourire en coin…

Dans les locaux de la police nationale d'Abbeville, les fonctionnaires sont une demi-douzaine et j'ai l'impression de filer directement à la case Prison tellement les regards réprobateurs me dévisagent en silence… Aucun ne répond à mes "Bonsoirs" et c'est dans une ambiance détestable que je me retrouve adossé contre un mur. Ce mur est mon seul ami, il me soutient, non pas de l'ivresse que je n'éprouve plus depuis longtemps mais de l'accablement qui m'envahit.

Je pense a Badinguet, à l'océan, aux copains, à ma bêtise de vouloir replonger dans le système pour gagner de l'argent et de ces policiers qui mettent tout en œuvre pour me le reprendre…

Je n'ai plus une goutte de salive dans le gosier, ces gens me sont hostiles et je les abjecte en gardant mon faciès de rantanplan qui a fait une boulette !

Starsky me tend un tuyau souple muni d'un embout, il m'explique que je dois souffler dans le biniou tant que la sonnerie retentit !

20 secondes, 20 interminables secondes pendant lesquelles je vide mes poumons. Le sifflement cesse enfin, j'ai l'impression de m'être vidé du peu d'énergie qu'il me reste. Je rends ce maudit tuyau au policier qui se délecte de mon agonie… Je retourne vers mon seul ami en ces terres étrangères, le mur qui me soutient, je voudrai m'y fondre, épouser ses formes, le traverser, disparaitre, descendre de cet échafaud et m'envoler loin, très loin.

L'écran de l"'éthylomètre est beaucoup énergique que moi et les affichages se succèdent, "réinitialisation", "vérifications du bon fonctionnement", et des séries de chiffres sans logique apparente. S'il pouvait seulement tomber en panne !

Le temps semble ralentir, mon cœur cogne dans ma poitrine, le verdict va être terrible et je réfléchis rapidement aux conséquences… Aller au tribunal, acheter un scooter, repasser mon permis dans 6 mois.. Et toutes ces questions, vais-je pouvoir retourner sur Badinguet ? Comment travailler sans voiture ?

J'ai l'impression d'être là depuis des heures à attendre les résultats d'un examen effectué par une machine… Je risque ce soir d'être reçu avec les félicitations du jury !

L'affichage se stabilise enfin………. 0.23g/litre !

Quoi, hein, c'est pas vrai, Ouahhhhh,  je rêve, je suis sauvé, j'ai gagné, je suis en dessous, trop heureux, je lâche mon mur et je bouillonne intérieurement, quelle jubilation pour moi et quelle déception pour mes tortionnaires en uniforme….

Rien, pas de prune, pas de pont en moins, pas de permis à repasser, je bénis mon ange protecteur et suit Starsky et Hutch jusqu'à leur voiture…

            -           Starsky : Vous rouliez beaucoup trop vite sur le boulevard.

            -           Nicolas : Monsieur, vous me colliez avec une voiture dont un phare est cassé, j'ai pris peur, j'ai pensé que c'était des voyous.

            -           Starsky : Nous essayions de vous rattraper, monsieur !

            -           Nicolas : Ah, parce que votre voiture ne dépasse pas le 80 km/h ? Vous étiez collé à moi !    (Quelle mauvaise foi, incroyable poulet)

            -           Starsky : De toutes façons, on ne peut pas vous verbaliser, nous n'avions pas de moyen de contrôle.

Je descends enfin de la voiture de la police nationale, Starsky m'interpelle une dernière fois…

            -           Starsky : Faites attention, la route est humide et il fait nuit !

            -           Nicolas (tout doucement) : Ah bon, il fait nuit, je n'avais pas remarqué...

 

Et, en retrouvant mon véhicule, j'ai ressenti une formidable impression de liberté… La prochaine fois que je vais diner chez des amis, j'y vais en pyjama !

 

RETOUR EN NOUVELLE-ZELANDE 

 

 

10/03/11

L’avion se pose en douceur sur l’aéroport d’Auckland, il est 11h30 du matin. Nous venons de faire 23h de vol avec une courte escale assez stressante à Hong-Kong…. Le transit était assez serré et l’hôtesse chargée de nous faire cavaler entre les deux avions a dû passer une dizaine de coups de téléphone pour expliquer notre situation particulière…

-         Eh oui, charmante Japonaise qui sourit tout le temps et qui ne comprend rien à rien !, Nous n’avons pas de billet retour car nous ne repartirons pas en avion de Nouvelle-Zélande mais en bateau !

Après avoir pris la navette pour le centre ville, nous avons quelques heures à tuer en attendant notre bus… Fatigués par notre nuit blanche, nous empruntons l’ascenseur à plancher de verre qui grimpe en quelques secondes, tout en haut de la « Sky Tower ». Nous voilà à 194m d’altitude dans une espèce de soucoupe volante transparente et dont, la aussi, plusieurs zones du plancher sont en verre… Impossible pour nous de marcher sur ces dalles tellement nous nous sentons aspirés par le vide.

Plusieurs options sont possibles pour les candidats aux émotions fortes… Le « Sky tour »  où il faut marcher sur une passerelle suspendue dans le vide. Le « Sky jump » est encore pire, les gens se jettent du haut de la tour (suspendue à un harnais, drôle de façon d’éviter l’ascenseur ! Voilà encore une activité que Maël aurait aimé faire !

2h30 de bus plus tard, nous récupérons la voiture de location réservée depuis la France et rejoignons Geneviève et François à Riverside drive marina. Leur Voilier « Ultreïa » sèche, pelé comme une orange, sur un ber depuis bientôt quatre mois pour un traitement curatif contre l’osmose… Ils nous ont concocté un accueil formidable avec un diner délicieux, que de plaisir de les retrouver…

Nous rejoignons ensuite Badinguet qui nous attend sagement depuis 3 mois dans son trou perdu… Les batteries sont à 100% et 1/2h plus tard, notre home sweet home est fonctionnel. Inutile de trainer, nous sommes épuisés mais c’est sans compter sur le décalage horaire de 12h…

A 4h du matin, Pascale me rejoint dans le carré pour une séance nocturne Internet… Nous découvrons, bien avant tout le monde les incroyables vidéos du terrible tsunami au Japon. Par endroit, la vague a été mesurée à 23m !!! Nous restons scotchés devant nos écrans tels des zombis lobotomisés devant ces images incroyables…. Mais ils construisent leur maisons en carton ou quoi ?

Une vague de 70 cm est attendue en Nouvelle-Zélande, pas de quoi fouetter un Kiwi !

 

12/03/11

Nous quittons Marsden cove marina vers 11h, je surveille le sondeur de près car la marée n’est pas tout à fait haute et le seuil ne laisse que 50cm sous la quille. Nous voilà sur le chenal balisé de la rivière pendant 2h, à 5 nœuds car notre hélice est complètement pourrie par les concrétions marines. Geneviève et François nous aident à nous amarrer au petit ponton déglingué de la marina, le courant est traitre et les 20 tonnes de Badinguet sont toujours aussi manœuvrables avec le propulseur d’étrave, un vrai vélo !

 

15/03/11

Notre voilier est sorti de l’eau et prend ses quartiers sur un ber, assez proche de la grand-route qui longe la rivière, bonjour le bruit !

La liste des travaux est impressionnante ;

-         Pelage de la coque jusqu’au gelcoat puis 4 couches d’époxy, une d’après puis 3 couches d’antifouling, matrice dure ! Ras le bol de l’érodable ! Il était temps, les vieilles couches de peinture partaient par plaques entières…

-         Changement de toute l’électronique de bord, nouveau loch, sondeur, anémomètre-girouette et le tout interfacé en NMEA 2000 sur le pilote, un traceur et le PC.

-         Le génois est neuf, les deux grands voiles et le genaker sont recousus et réparés.

-         Tous les taux, les moquettes, les coussins de cockpit et les capotes sont changés. Fabrication d’un ensemble qui ferme complètement le cockpit. Réfection du pyjama de dinghy, protection du moteur et bâche de stockage de l’annexe.

-         Changement de la chaine de l’ancre, 90 mètres. <nous avons fait tester la résistance de la chaine à l'étirement, elle cède à 6200 kilos, très intéressant et très impressionnant !

-         Installation d’une pompe de calle de secours, d’une pompe centrifuge (sans pression) de gavage du groupe électrogène (pour éviter qu’il ne se désamorce et qu’il grille les turbines)…

-         Changement des 3 résistances des clim réversibles.

-         Installation d’étagères au fond des penderies.

-         Révisions complètes des deux moteurs, vidanges des circuits de refroidissement, révisions des échangeurs et des pompes à eau.

-         Révision complète er réglage du propulseur d’étrave.

-         Changement de l’émerillon de l’enrouleur de génois, une vraie galère à démonter !

-         Nous nous sommes acheté deux nouvelles cannes à pêche complètes et un kayak deux places, histoire de nous faire plaisir. Nous l’avons essayé sur la rivière mais se faire tremper le cul sous les averses dans l’eau boueuse de Whangarei est une expérience que nous n‘avons aucune envie de recommencer pour le moment…

Nous ne voyons pas les jours passer tellement nous travaillons, le voilier est sans arrêt en chantier et il y a cette fichue échelle qu’il faut escalader dés qu’on veut aller au toilettes… Et combien de fois nous sommes-nous retrouvés avec une envie pressante devant la porte des chiottes de la marina en ayant oublié cette fichue clé !

Nous faisons nos dix kilomètres de vélo chaque jour pour rejoindre les innombrables magasins de Whangarei où nos cartes de crédit fonctionnent à temps plein ! Heureusement qu’il y a les équipages amis pour profiter du barbecue géant de la marina plusieurs fois par semaine.

Le climat est vraiment pourri, il pleut sans arrêt depuis 5 jours, et la semaine dernière ne valait pas mieux, du crachin toute la journée, un vrai temps varois… Du coup, les travaux sur la coque n’avancent pas et nous commençons à trouver le temps long, très long !

 

28/03/11

Il fait enfin beau et Gavin, le patron du chantier m’a confirmé tout à l’heure que la peinture sera faite demain, nous n’osons y croire… Mais comme les bonnes nouvelles se payent toujours un jour ou l’autre… Nous sommes allés boire un coup sur « Too Much », le Super Maramu que jean a nettement relooké et depuis, Pascale semble décidée à refaire complètement la cuisine de Badinguet… Elle y passe beaucoup de temps et comme je me suis fait plaisir avec l’électronique de bord, il serait de bon ton d’améliorer son cadre de travail… Ca coûte encore des sous mais surtout, ça prends du temps et nous n’avons aucune envie de nous éterniser chez les All blacks. Le charpentier de marine, qui fait le boulot en dehors de son travail officiel nous demande 2500 $NZ ce qui représente 1300 €….

 

Tout va dépendre du temps qu’il va mettre pour effectuer le travail, il s’agit de virer le lave-vaisselle qui ne sert à rien et de construire un rangement encastré à sa place. Il faut également changer les deux éviers, le mélangeur et fixer un nouveau plan de travail avec des plateaux incrustés qui couvriront les deux bacs de l’évier… Pascale ne parle plus que de ça !

Inutile de dire que nous avons renoncé à visiter l’Ile du Sud en camping-car le prix vaut bien deux ou trois cuisines de Badinguet…

 

29/03/11

Les travaux semblent s’accélérer et le programme est désormais fixé. Les couches de peinture se succèdent et les révisions se terminent, reste une inconnue, la cuisine ???

Nous espérons être à  nouveau sur les flots en début de semaine prochaine…

Badinguet est enfin remis à l’eau mercredi 6 avril, il était temps….  Notre carte de crédit n’en peut plus ! C’est bien simple, si on l’oublie au beau milieu de Whangarei, elle retrouve le chemin de la marina toute seule !

Les travaux n’ont jamais cessé depuis 3 semaines et le changement de l’émerillon de l’enrouleur du génois nous a réservé quelques surprises… Il a fallu tomber l’étai et presque 7h de travail pour désaccoupler ce fichu tube du tambour…. Nous avons même fini par le scier…

La cuisine de Pascale est déjà bien avancée et il ne reste plus qu’à payer quelques factures pour commencer à envisager sereinement la suite de notre voyage…

Christophe, Maïken et les enfants nous rejoignent pour la journée et le soir, un nouveau barbecue avec nos amis du chantier « Ultreïa, Yovo, Bepci et Sundance », venu pour l’occasion.

 

07/04/11

4h20 du matin, nous dormons profondément lorsque nous entendons des cris en français ?!

-         Qu’est ce que vous foutez là ? ATTENTION ! ATTENTION !

Nous sommes tous les deux réveillés par le bruit mais pour sortir de notre couchette, il en faudrait un peu plus… Et nous finissons par nous rendormir…

Vers 7h15, David (de la société « Calibra sails ») arrive avec notre génois neuf et notre genaker réparé. Il est interdit d’envoyer les voiles lorsque le voilier est au sec aussi fallait-il être à l’eau pour gréer et surtout très tôt le matin car le vent est moins violent. Depuis quelques jours, le mauvais temps est de retour… Il fait froid et il pleut tous les 1/4h et les rafales dépassent allégrement les 25 nœuds, l’Automne est bien installé…

En discutant avec les copains sur les pontons, nous apprenons ce qu’il s’est passé à 4h20 ce matin… François de Ultreïa a été réveillé par un curieux bruit du clapot dans son annexe … Deux voleurs étaient en train de couper le câble antivol lorsqu’il a crié pour les mettre en fuite…

Inutile de faire un dessin, j’ai le même câble antivol que Geneviève et François, une simple pince coupante peut en venir à bout ! Résultat des courses, je passe la matinée à cavaler en vélo entre les grains pour acheter une chaine en inox de 8 mm, gainée dans un fourreau et deux solides cadenas pour compliquer la tâche des éventuels voleurs… Cela fait des années que je me dis qu’il va falloir mettre un système antivol plus sérieux et je remettais  au lendemain par fainéantise… Aujourd’hui, c’est fait ! Merci les copains !

Pascale nous prépare pour le déjeuner une omelette avec tous les restes qu’elles trouvent dans le frigo et malheureusement, il restait des radis au frais….. J’ai mangé une omelette aux pâtes, fromages, oignons, tomates, riz, pommes de terre, salade et AUX RADIS !!!! La vie est difficile en Nouvelle-Zélande !

Nous retrouvons Vincent, notre menuisier-cuisiniste Français vers 16h et à 19h, la cuisine est terminée. Pascale est ravie…

-         Nicolas : Heu, Chérie, on peut éviter l’omelette ce soir !

Nous avons également acheté un nouveau siège pour la table à carte et j’ai visé un peu juste, s’agirait pas de grossir car mes gambettes passent tout juste !

je masse et manipule Geneviève qui a toujours mal au dos puis, nous prenons l’apéro à bord. Une petite soupe pour diner et nous allons enfin pouvoir envisager le bateau côté navigation, finis les travaux…. Badinguet est opérationnel, prêt à reprendre le large et nous aussi…  

 

08/04/11

Il fait enfin soleil et le vent est tombé presque complètement. Nous profitons du beau temps pour ranger le bateau et finir les petits travaux à l’extérieur.

A midi, nous avons droit à un apéro-déjeuner offert par « Bepci » et une petite sieste se dessine lentement mais sûrement…

 

Vers 16h, les huit français de Riverside drive marina partent en annexe de l’autre coté de la rivière pour une soirée organisée pour le départ des marins.

Il y a là une bonne centaine de navigateurs et les discours se succèdent en « néo-zélanglais ». Avec les quelques bières que nous avons dans le gosier, ils pourraient bien parler ouzbek qu’on ne comprendrait pas mieux ! Les différents orateurs laissent place à un guerrier Maori en tenue traditionnelle qui, après nous avoir longuement tiré la langue pour nous intimider, remercie chaleureusement les consommateurs que nous sommes et nous souhaite bon voyage… N’oublions pas que les premiers habitants de la Nouvelle-Zélande sont, eux aussi venus par la mer…

Les représentants du conseil municipal, des coast-guards et des marinas ont, eux aussi tenu à nous remercier pour notre séjour et les millions de dollars que les tourdumondistes dépensent chaque année dans ce beau pays.

Après un cours magistral sur la météo locale et sur la bonne période pour filer au Nord par le fameux Bob McDavitt, nous avons droit à une copieuse collation… Et juste après, le clou du spectacle…

Un groupe Maori en habits traditionnels s’installe dans la grande salle bondée. Dehors, il fait frisquet et le guerrier néo-zélandais n’aime pas se geler les coucougnettes sous son pagne en feuilles de bananiers ! Le groupe comprend une vingtaine de danseurs et de musiciens aussi heureux de chanter que nous de les écouter. Nous passons une heure extraordinaire, hypnotisés par ces chants et ces danses dédiés aux navigateurs.

Tout comme aux Marquises, les hommes répondent aux femmes et les mélodies entrainantes et envoutantes s’enchainent pour se terminer par le fameux Hakka maori, très impressionnant…

Voilà un bel hommage et une soirée inoubliable, la veille de notre départ, que demander de mieux ?

 

 

09/04/11

Et c’est parti pour la première navigation de l’année… Nous avons dit au revoir à tous nos amis et Badinguet glisse doucement entre les piles d’amarrage de Riverside drive Marina.

Il y a peu d’eau sous la quille et comme je n’ai rien étalonné concernant notre nouveau sondeur, on le fait à la louche et ça passe tout juste !!!

La marée est bien haute, il est 10h15 et nous descendons la rivière avec une certaine euphorie. Nous saluons Jean de « Too much » en train de réparer le fond du coffre avant au travers duquel il est passé il y a quelques jours puis le chenal s’élargit. Nous gagnons la mer après 2h de moteur et comme c’est le week-end, des dizaines de petits bateaux de pêche nous obligent à zigzaguer mais nous jubilons de retrouver enfin l’océan…

Je passe beaucoup de temps à étalonner et à régler nos nouveaux instruments et ça aussi, c’est jubilatoire, c’est tout plein de gadgets…

Le premier poisson de l’année se prend à la cuiller qui traine derrière Badinguet et ce sera une bonite pour l’apéro !

Il fait beau, un peu frais et le nouveau génois est nettement plus léger que l’ancien, il nous entraine vite vers Tutukaka, quel joli nom, n’est ce pas ???

Il s’agit d’un beau mouillage très protégé, à environ 30 milles au Nord de Whangarei, une étape incontournable pour qui veut rallier Opua en se baladant. Il faut, bien sûr, tenir compte des marées et nous mouillons à mi-marée avec 2.4 m sous la quille, on ne devrait pas embrasser le fond cette nuit.

Il fait calme et doux et tout nous fait penser à la Bretagne, on dirait Houat, même les goélands jouent du biniou.

Téou arrive à son tour vers 18h, juste à la tombée du jour…

Encore une excellente soirée avec un succulent gigot d’agneau que nous partageons avec deux français installés en Nouvelle-Zélande depuis quelques années.

 

10/04/11

C’est incroyable le nombre de petits bateaux de pêche qui passent à fond de chaque coté de Badinguet dés que le jour se lève… Les vagues qui frappent la coque ont vite fait de nous réveiller mais lorsqu’on ouvre le panneau de la descente, on oublie vite le désagrément pour profiter du paysage calme qui nous entoure. Il fait encore très humide, la mer est d’huile et les premiers rayons de soleil traversent les rares nuages qui barrent l’horizon.

Le groupe électrogène est en route et la pompe de transfert qui l’alimente en eau de mer fonctionne à merveille.

Téou dort toujours lorsque nous prenons notre petit déjeuner, une belle journée s’annonce.

C’est en allant à terre que nous comprenons le pourquoi de cette agitation matinale, un grand concours de pêche est organisé et 85 bateaux de toute taille se disputent de nombreux prix. Vers 17h, les dés sont jetés et les vainqueurs se font photographier à cotés d’un marlin bleu rayé de 101 kilos… 23 marlins, et 13 requins mako représentent le plus gros des prises, il y a vraiment du gros poisson dans le coin…

 

11/04/11

Journée pêche, bulots, bigorneaux et nous loupons quelques dorades à la dérive, la Bretagne, quoi ! Il fait toujours aussi beau et doux, l’eau est à 18°C donc, on ne se baigne pas, quand je vous dis que c’est la Bretagne !

Le soir, je perds ma première partie d’échecs sur le nouveau jeu que j’ai eu pour Noël, merci Martine !

Nous dinons tous à bord de Badinguet un délicieux couscous de légumes que Pascale a préparé dans l’après-midi. C’est notre dernière soirée avec Téou, ils poursuivent vers le Sud et nous vers le Nord... Ils restent toute l’année en Nouvelle-Zélande avec pour objectif de remettre en état leur looping 16, de le revendre et d’acheter un gros troller pour taquiner le touriste en Alaska et en Patagonie, sacré projet.

 

12/04/11

Il est 7h30, nous prenons une partie de notre petit déjeuner sur Téou puis ce sont les adieux… Salut très chers amis, vous allez nous manquer, c’est sûr…

Le vent est au Sud-est, donc en plein dans le derrière ! Nous envoyons le genaker, histoire de vérifier le travail de la volerie sur la bordure et de nous entrainer un peu. Gréer les tangons de chaque côté, envoyer le genaker sur son emmagasineur nous a pris un temps fou ! Un coup, la drisse passe sous l’écoute, le coup d’après, c’est l’inverse, bref, cet entrainement nous a fait le plus grand bien…

La ligne de traine s’emballe sèchement et cette fois, ci, ce n’est pas une petite bonite ! Alors que nous nous apprêtons à ralentir Badinguet, le poisson pris au piège, saute hors de l’eau dans une gerbe d’écume, c’est un gros, un très gros, mais qu’est ce que c’est ???

-         Pascale : C’est un requin, un gros requin !!!

Le poisson saute comme un furieux et nous n’avons même pas commencé à remonter la ligne que le fil de tresse se coince dans la petite poulie du bout de canne et tout casse instantanément ! Perdu ! Mais le requin n’en reste pas là, il a 100m de fil et un hameçon en inox dans le gosier, il continue ses sauts spectaculaires derrière le bateau et nous avons le temps de le prendre en photo. Au bout d’une dizaine de culbutes, il disparait enfin, certainement libéré de la traine qui le gênait…

Bon, alors ça ressemble à la Bretagne, ça a les couleurs et le goût de la Bretagne mais les maquereaux sont monstrueux, et on les appelle Mako, qu’on se le dise ! Heureusement que nous n’avons pas eu à le ramener, j’ai quand même perdu tout le bas de ligne et cent mètres de tresse… Bien joué pour une deuxième prise !

Nous engageons l’entrée bien cachée de Whagamumu vers 13h et nous voilà dans un lieu incroyable... On dirait un lac coincé entre de hautes falaises, c’est magnifique.

 

A peine mouillés, nous partons à terre nous promener et il faut progresser dans un épais tapis d’herbe dense. Cette couche fait plus d’un mètre et par moment et il nous faudrait presque des raquettes pour grimper vers le sommet de la colline qui nous tend les bras.

La vue est splendide et le temps est au beau fixe, les appareils photos crépitent puis nous redescendons pour faire le tour de cette magnifique baie en annexe.

D’autres bateaux arrivent dans la soirée, nous ne sommes plus seuls au monde mais on s’en fiche. On ne traine jamais trop longtemps dehors le soir car dés que le soleil se cache, la température descend en flèche et nous réintégrons le confortable carré de Badinguet.

Je profite du calme de ce mouillage de rêve pour vous donner quelques infos surprenantes sur la Nouvelle-Zélande. Dés leur jeune âge, à l’école, les néo-zélandais apprennent à se surveiller les uns les autres. Lorsqu’un enfant fait une bêtise, les copains informent rapidement les adultes pour que le fautif soit puni.

Cette façon de faire se retrouve dans la vie de tous les jours et si, on franchit une ligne jaune ou qu’on commet une faute, même un excès de vitesse, les autres conducteurs appellent la police et donnent votre  numéro de plaque d’immatriculation. Vous recevez la prune 3 jours plus tard sans savoir d’où elle vient.

Les habitants se surveillent dans tous les domaines et la délation est de rigueur mais personne ne semble s’en plaindre…

Maïken s’est même fait poursuivre puis rattrapée en voiture par une conductrice parce qu’elle n’avait pas attaché ses enfants à l’arrière de la voiture… La Kiwi était verte de rage et a longuement menacé notre amie de porter plainte à la police mais tout est rentré dans l’ordre après une longue et assez pénible discussion…

Un navigateur a pissé de son bateau et il a été dénoncé par un plaisancier néo-zélandais…  Il a du payer 600 dollars d’amende !!! Et c’est pareil si on pisse contre un arbre… Finalement, ça n’a plus grand chose à voir avec la Bretagne et c’est tant mieux !

 

 

13/04/11

Pascale est déjà levée lorsque j’émerge de la cabine arrière. Elle m’apprend qu’une annexe est échouée près des rochers et qu’il n’y a personne dedans…

Après avoir observé la scène aux jumelles, je pars prévenir un catamaran à moteur qu’il a perdu son dinghy mais personne ne répond… Ce sont les voisins, sur un autre cata de location, qui m’apprennent qu’ils sont en train de cuver après la soirée très arrosée qu’ils ont passée hier soir… Ils me remercient longuement pour l’information car ils ne se sont rendu-compte de rien et leur annexe est masquée par les rochers de là où ils sont mouillés.

Pour nous, il est temps de partir et nous levons l’ancre sous un soleil timide.

Nous passons entre le cap Brett et l’ile Motukokako puis c’est la descente vers la baie des iles. Les paysages sont vraiment beaux et la houle se calme doucement plus nous nous enfonçons dans ce dédale labyrinthique de criques, de baies et de falaises. Nous mouillons à « Assassination Cove », quelqu’un a dû se faire trucider dans le coin…

L’endroit est calme et bien abrité mais les accès à la rive sont très souvent remplis de panneaux « propriété privée » et nous faisons notre balade journalière en annexe. Les petites maisons isolées disséminées au fond des baies respirent la quiétude et la tranquillité. Je profite du mouillage pour régler correctement et définitivement le gréement car les pataras d’artimon méritaient un tour de vis… Je refais également quelques bas de lignes de traine car le requin Mako à boulotter ma dernière ligne fétiche.

Pascale lit, je fais une sieste royale et nous laissons les heures coulées toutes l’après-midi.

Le mauvais temps reste annoncé pour ce weekend, et le vent va tourner sur 120° en se maintenant à 30 / 35 nœuds. Le problème n’est pas de se trouver un abri, nous avons l’embarras du choix avec toutes ces baies, mais de rester planquer dans un trou, sans internet pendant plusieurs jours ne nous emballe pas du tout.

Demain, nous irons faire une rapide reconnaissance dans le fond de la rivière vers OPUA pour nous ravitailler et rencontrer les douanes afin de préparer notre départ prochain.

 

 

14/04/11

Il est encore tôt lorsque nous quittons le mouillage pour continuer à remonter la rivière... Pascale a donné à manger à toute une famille de canards, ça change des mouettes !

Nous arrivons à Opua 1h20 plus tard et les voiliers candidats au départ sont nombreux. Nous retrouvons Carmen sur "Colorazul" et Anne et Jo de "Sundance" qui sont au sec pour terminer leurs travaux.

Nous jetons l'ancre dans le lit de la rivière, le long d'un rocher et nous allons à terre pour commencer à glaner des infos utiles... La météo semble se dégager pour mercredi. En attendant, un semblant de cyclone descend de la Nouvelle-Calédonie, il faut le laisser passer, il parait qu'il est prioritaire !

Nous contactons les douanes par téléphone et nous leur faxerons nos documents de sortie 48h avant de prendre rendez-vous avec eux sur le quai de la quarantaine. Ensuite, nous ferons le plein de gasoil détaxé puis ce sera le grand départ, enfin !

Nous déjeunons sur "Sundance" puis nous filons à Pahia pour faire quelques courses au seul supermarket digne de ce nom dans la région. Nous embarquons aussi, une bouteille de gaz vide mais elle est refusée à la station service car elle n'a pas été éprouvée par les services néo-zélandais !!!! C'est la première fois qu'on nous refuse notre bouteille et il va falloir trouver une solution avant de partir. Nous nous coltinons 25 kilos de bouffe et une bouteille de gaz vide pendant 4 bons kilomètres puis nous retrouvons le dinghy et c'est parti pour 20 minutes d'annexe avant de retrouver Badinguet qui tire sur son ancre dans le courant. Il faut vraiment avoir du courage pour aller faire des courses....

 

15/04/11

Jour après jour, nous mesurons la différence qui existe entre Opua et Whangarei. Nous nous retrouvons avec un Internet qui n'en a que le nom tellement le débit est lent, il y a un supermarché à perpète où on trouve tout 2 fois plus cher qu'à Whangarei et impossible de faire gonfler une bouteille de gaz... Il n' y a pas photo entre ces deux sites et ceux qui désirent faire quelques travaux en Nouvelle-Zélande doivent éviter Opua, c'est certain !

Seul avantage du coin, un petit magasin qui vend des Leds en pagaille et nous y laissons nos derniers billets pour changer toutes les ampoules de Badinguet. La météo n'est pas terrible, il fait gris et les  quelques gouttes qui tombent ne surprennent personne. La fenêtre météo que j'ai repérée pour le départ semble se maintenir, donc nous restons fixé sur mardi 19 avril, inch Allah !

Voici les deux météo à 6h d'intervalle... 45 nœuds à 5h du matin et 15 nœuds à midi, nous allons profiter de la queue de cette dépression très creuse pour filer plein Nord avec du vent portant. Dans la foulée, un anticyclone se place entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande donc les conditions sont remplies pour avoir du vent d'Est régulier sur notre route pendant plusieurs jours...

Concernant le trajet entre le zone tropicale et la Nouvelle-Zélande, il y a un dicton qui dit : "Si tu ne te prends pas une branlée à l'aller, tu te l'as prend au retour"... Les conditions semblent excellentes pour tailler la route vers les mers chaudes.

 

 

      

 

17/04/11

Dés le petit matin, nous allons au bureau de la marina pour faxer nos documents douaniers et en accord avec les responsables, nous déplaçons le bateau derrière le brise-lames après avoir refaits les pleins de gasoil et d’eau douce. Pour obtenir du fuel hors-taxe, c’est un peu plus compliqué qu’à Tahiti. Il faut présenter son papier de détaxe GST (jaune) à la marina, faire le plein moins de 48h avant le départ puis retourner à la marina avec la clearance de sortie le jour du départ pour se faire embourser la fameuse taxe de 16%...

Il ne nous reste plus qu’à téléphoner aux douanes demain pour confirmer notre rendez-vous administratif mardi matin.

    

 

18/04/11

Le coup de vent annoncé est enfin arrivé et nous avons des pointes à plus de 45 nœuds. Le bateau est écrasé contre le brise-lame et je ne regrette vraiment pas d’être amarré. Le ponton est vraiment solide et Badinguet subie de furieuses embardées contre les 10 pare-battages que nous avons installés. Même l’annexe nous sert de protection au niveau de la poupe bâbord. La température chute considérablement dans ces coups de vent du Sud et les couches de vêtements refont leur apparition.

Tout le monde se fait petit, rentre la tête dans les épaules et attend des jours meilleurs. Même si nous savons que le bateau est bien amarré, que nous ne risquons rien, le bruit du vent qui rugit reste impressionnant et dans ces conditions, on ne dort jamais complètement…

Nous partons en stop à Pahia une dernière fois et nous faisons quelques emplettes-souvenirs, une fourrure polaire et un t-shirt ornés de la fameuse fougère kiwi.

Nous déjeunons d’un beef-burger et d’une glace sur place puis nous retrouvons Badinguet en attendant le diner de ce soir que nous passerons avec « Sundance » sur le catamaran des « Pascaux ». Ils s’appellent tous les 2 Pascale et Pascal alors leur cata s’appelle « Les Pascaux », normal.

 

 

Lire la suite