PARTIR AU LARGE

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Alors que la montagne de Maupiti se découpe sur l’horizon, le moulinet se déclenche et le fil se déroule à vive allure, encore du gros ! Nous stoppons complètement le bateau et je commence le très lent travail de remontée. 30 minutes, 30 minutes d’effort à s’arque bouter sur cette fichue ligne, qu’est ce qu’on a encore pris ??? 5 mètres derrière le bateau, le fil remonte vers la surface et un magnifique rostre suivi d’un marlin de 3 mètres crèvent la surface dans une gerbe d’écume… On se croirait dans une scène au ralenti tellement le magnifique poisson semble suspendu dans les airs. Il se secoue vigoureusement et je distingue nettement l’hameçon qui se décroche de sa gueule… Perdu ! Mais quel poisson, quel combat…

Aucune déception, aucun regret, ce marlin était superbe et j’ai vraiment eu l’impression que c’est lui qui a épuisé le pécheur… Il m’a laissé le ramener à côté de Badinguet avant de lancer son attaque surprise. Bravo à toi, tu mérites largement ta liberté…

Au fur et à mesure que la journée avance, le vent baisse, lentement mais surement et je finis par allumer le moteur car on se traine à moins de 3 nœuds et à 3 nœuds, on a du mal à supporter !

Les trois très très longues journées qui suivent sont absolument identiques, pas de vent et une mer qui reste formée en raison d’une dépression située plus au Sud. Un coup tangonné à bâbord, un coup sur tribord, un coup les deux, et le tout sur un bruit de fond de moteur… Une navigation nulle, chiante, comme on en avait pas eu depuis longtemps… Nous rattrapons très rapidement « Ultreïa », « Sundance » et « Yovo », normal, on triche avec nos 600 litres de gasoil !

Nous prenons un énorme barracuda suicidaire que nous remettons à l’eau après l’avoir gaffé… Et oui, il a un grand trou dans la panse mais c’est le prix à payer pour pouvoir récupérer mon leurre et je lui souhaite une bonne  cicatrisation… Nous commençons à regretter l’espadon de la veille…

 

 

PALMERSTON, Iles COOK 

 

11/10/10

On se traine toujours mais si on accélère un peu, il est possible d’arriver à Palmerston de jour… Génois et genaker tangonnés, artimon au grand largue et moteur à 1700 tr/min, c’est jouable…

Les risques de ce genre d’allure sont les suivants… Abimer les voiles car le roulis incessant les dégonfle et elles viennent épouser le gréement avant de claquer bruyamment lorsqu’elles se regonflent. Je n’ose même pas parler des  à-coups sur l’étai… Bref, des allures à ne pas mettre un Badinguet dehors !

Il est 18h40, nous croisons une barquasse en alu avec le gros Bob et deux jeunes filles qui nous invitent à les suivre jusqu’aux corps morts…

L’endroit est complètement sauvage, pas un signe de vie, pas un toit, pas une antenne, juste la nature, le récif et ces petites iles perdues. Nous amarrons Badinguet au corps-mort qui semble aussi fatigués que nous puis le gros Bob nous annonce dans un anglais incompréhensible que la douane viendra à bord demain à 11h.

Ok l’ami, il va falloir s’y préparer… Nous avons pas mal de denrées à dissimuler… Œufs, viandes, fruits et légumes sont strictement interdits à l’importation et nous ne doutons pas qu’ils risquent de faire un bon repas si nous laissons tout en place.

Une légère houle de Nord nous entraine dans un roulis désagréable mais le ti’ punch que me sert pascale semble capable d’annihiler le roulis le plus épouvantable de la planète bleue, pour faire court, il me saoule complètement ! Vive les iles Cook !

 

12/10/10

Une nuit abomifreuse à se demander ce qu’il y avait dans le rhum !!! J’ai rêvé que j’étais attaqué par des coquillages géants et j’ai boxé pascale une bonne partie de la nuit…

Les bidons de gasoil de réserve sont vidés dans le réservoir et nous avons nettoyé le bateau en attendant les autorités qui devraient arriver vers 11h30.

La suite du voyage est difficile à gérer avec des vents qui passent de 25 à 10 nœuds, en quelques heures et on se demande s’il ne vaudrait pas mieux partir de suite…

Une barque en aluminium emprunte la petite passe tortueuse puis se dirige vers Badinguet en nous faisant de grands signes. Ils s’amarrent à l’arrière et un dénommé Simon monte à bord pour tenir leur embarcation à distance de la coque du voilier. Ils me demandent alors de les rejoindre dans la barque avec les papiers du bateau et me présentent Simon comme étant le douanier chargé de checker le bateau ?! Je leur explique qu’il est hors de question que je quitte le bord pendant la visite et ils me rassurent sans attendre…

En fait, le responsable de l’immigration s’appelle Alex et doit peser 200 kilos à jeun ! Il lui est totalement impossible de sortir de sa petite barque. C’est donc à moi de venir le rejoindre pour faire la paperasse en plein vent.

Assis dans la petite embarcation, je prends vraiment la mesure de la surcharge pondérale du douanier, s’il me tombe dessus, je me réincarnerai en galette bretonne…

Et c’est parti pour 3 formulaires et 60 dollars + 10 pour la fouille de Badinguet qui ne prend que 3 minutes, chrono en main.

Nous sommes chaleureusement attendus à terre et même invités à une célébration demain. Nous suivons donc notre comité d’accueil par la petite passe puis nous débarquons sur la plage de l’atoll de Palmerston.

J’aide « petit Simon », « gros bob » et « Alex hypo» à remonter leur embarcation sur la plage lorsqu’ Alex tombe la tête la première, me présentant son immense postérieur que j’évite de justesse, emporté par mon élan…

Nous sommes arrivés à bon port et en pénétrant dans l’ombre de la cocoteraie, nous commençons à apercevoir des signes d’habitations…

Les maisons en bois sont espacées et le village ressemble à un décor de cinéma. Une large piste en sable s’étire jusqu’à la mer avec au bout, une petite église presbytérienne entourée de tombes. Des cabanes basses et encombrées se suivent, bien alignées de chaque côté de « main street ». Il n’y a, bien sûr, pas de voiture et l’électricité est fournie par un groupe électrogène dissimulé dans la verdure.

70 âmes, quelques cochons, des centaines de poules et de coqs et des milliers de rats cohabitent sur cet atoll des iles Cook. Goldine, la jeune fille au prénom imprononçable qui nous fait visiter l’ile, nous explique qu’elle représente la septième génération…

Un anglais du 17e siècle est venu s’installer ici et a épousé 3 femmes… A sa mort, l’ile a été divisée en trois parts égales pour chacune de ses veuves et leurs nombreux enfants. Les 70 habitants de Palmerston ont tous un aïeul commun et du sang anglais qui coule dans leurs veines…

Nous sommes complètement envoutés par cette ile. L’organisation est très impressionnante, une école, un centre de communication équipé d’une parabole et même d’une cabine téléphonique, le tout, alimenté par des panneaux solaires. L’eau de pluie est récupérée par les gouttières des toits en taule, puis stockée dans des grandes citernes. Une grande réserve d’eau potable (issue de la pluie) est stockée en plus si quelqu’un venait à manquer.

Côté alimentation : poissons et coco restent les produits de base mais certains cultivent quelques bananes et papayes et beaucoup ont de grands congélateurs. Le bateau de ravitaillement qui fait le voyage depuis Rarotonga, ne vient que tous les 6 à 8 mois !!! Ils vivent donc en complète autonomie et préserver leur environnement est vital. Les poissons, les langoustes et les coquillages abondent car ils ne prélèvent que le nécessaire et surtout, ils veulent que le lagon reste isolé. Pas question d'agrandir une passe, les rares voiliers à faible tirant d'eau qui ont pu pénétrer dans cet écrin ont souillés les lieux avec leurs déchets...

Alors que nous les quittons pour rejoindre Badinguet, On nous remet une feuille de papier format A4 sur laquelle nous apprenons que nous sommes officiellement invités à la cérémonie de « coupage de cheveux » du jeune fils de « Gros Bob ». Bury Andrew a 11 ans et demain, il deviendra un homme. On va lui couper cérémonieusement l'interminable tignasse qu’il conserve depuis sa naissance.

-       Pas besoin d’aller tuer un lion (il n’y en a pas, on a juste vu des hippopotames)

-       Pas besoin d’escalader une montagne (il n’y en a pas non plus)

-       Juste un petit passage chez le coiffeur et hop, t’es un homme, un vrai !

Le vent souffle en rafales et Badinguet gigote sur son corps mort. Il fait beau et cette ile, tout droit sortie du passé qui vit en utilisant des moyens modernes nous enchante.

 

13/10/10

Appareils photos, combinaisons, palmes, grappin, on a tout ce qu’il nous faut !

L’annexe engage la dangereuse chicane de la petite passe contre 4 nœuds de courant sortant et entre dans le grand lagon de Palmerston. Nous passons dire bonjour à l’immense famille Marsters dont l’illustre aïeul Williams a sa tombe près de la petite église.

Nous partons ensuite pour l’ilot plus au Sud et en chemin, nous découvrons une zone de massifs de coraux d’une beauté à couper le souffle. La mer est bleu turquoise et des centaines de plateformes éclatantes aux formes arrondies, émergent comme la canopée d’une forêt de champignons sous-marins géants… Jamais, nous n’avons vu un tel jardin de corail, hallucinant !

Je décide d’amarrer prudemment l’annexe à un de ces plateaux coralliens et nous débarquons tous les deux… Nous marchons avec de l’eau au dessus des genoux et c’est lorsque nous levons les yeux que le cadre devient exceptionnel. En faisant un tour d’horizon, il n’y a que l’immensité de l’océan et nous avons pieds !!!

Pascale n’est pas trop rassurée tant il est vrai que cette marche a quelque chose d’irréelle. Nous repartons en annexe pour débarquer dans une petite crique de l’ile « Calcutta »

Deux jeunes filles, (toujours de la famille Marsters, forcement) campent en profitant de leurs vacances scolaires. Elles nous font gouter la pulpe de noix de coco germée, un gout plutôt agréable, pour goûter quoi !  Nous partons ensuite faire le tour du motu et découvrir la magie d’une ile déserte.

Voilà un endroit que peu de gens ont foulé, quel privilège de se promener dans un site vierge et côté ramassage de coquillages, madame est servie !

Avant de rentrer se préparer pour la cérémonie, je décide de plonger sur ces superbes colonnes de coraux pendant que pascale reste sagement dans l’annexe.

Le spectacle est au rendez-vous, de grosses carangues bleues me tournent autour avec curiosité pendant que je nage lentement en silence, pour ne pas perturber cette nature intacte.

Pascale hurle !

-       Pascale : Chéri, là, regarde, qu’est ce que c’est ?

-       Nicolas : Je ne vois rien, où ça ?

-       Pascale : Là bas, près des rochers ronds, des nageoires, c’est énorme, on dirait des otaries !

-       Nicolas : Quoi ? Des otaries ? N’importe quoi !

Je me redresse et aperçois enfin ce que pascale a repéré.

-       Nicolas : Ce ne sont pas des rochers ronds, mais des carapaces de tortue. Il ya trois énormes tortues qui s’envoient en l’air ou plutôt qui s’envoient en mer  dans 30 cm d’eau !

Je nage rapidement pour apercevoir l’une d’entre elles fuir vers le large pendant que les deux autres continuent leur jeu de séduction. Je m’approche en silence puis pascale m’interpelle à nouveau

-       Pascale : Attention, elle revient vers toi !

Le troisième spécimen n’est pas parti au large mais a effectué un grand tour pour revenir à toute vitesse dans mon dos. Elle ne change pas de direction et je commence à m’inquiéter sérieusement. Je me mets très rapidement debout sur mes palmes d’abord pour l’impressionner et surtout pour tenter d’apprécier la trajectoire de la torpille qui m’arrive dessus. Que faire si elle m’attaque ?

Je fléchis les genoux pour tenter de sauter par-dessus sa carapace mais ce ne sera pas nécessaire… Avec une rapidité fulgurante, elle m’évite au dernier moment et disparait pour de bon. J’ai vraiment eu peur, je ne pensais pas qu’une telle mémère pouvait nager à cette vitesse… Ca nous apprendra à déranger les tortues en pleine action…

Les deux autres congénères se laissent photographier sans problème mais je suis tout de même rassuré lorsque je regagne l’annexe.

Après une petite heure sur Badinguet pour grignoter et nous faire belles, nous rejoignons les habitants pour la cérémonie tant attendue.

De grandes tables disposées en « U », surchargées de victuailles, salades, langoustes, gigots, gâteaux, encadrent une cinquantaine de chaises sur lesquelles s’assoient les convives endimanchés.

Le jeune Andrew arrive, encadré par ses deux sœurs en habits traditionnels. Les cheveux du jeune homme poussent sans contrainte depuis sa naissance et mesurent aujourd’hui 1m04. Ils sont tressés en une soixantaine de fines nattes dont la base est nouée par deux petits rubans blanc et bleu.

 

 

Après la prière récitée par le révèrent, les membres de cette immense famille sont appelés un à un pour couper une mèche de cheveux et la longue liste s’achève par « Pascale et Nicolas de Badinguet » !

Je dépose un présent sur le siège puis je saisie les ciseaux et tranche une des dernières nattes entre le ruban bleu et le ruban blanc, ca y est, on a scalpé le gamin !!!

Andrew découpe ensuite le « haitcutting cake » (va traduite ça en français ! ). Les chants se succèdent, les hommes répondant aux femmes dans une cacophonie inoubliable. Et tout ceci se termine comme souvent, à table !

Nos assiettes sont pleines à craquer mais les mamas insistent pour que nous reprenions un peu de langouste ou du gâteau, au secours !

En digestif, les jeunes filles viennent danser et séduire le jeune enfant devenu « homme » par cette cérémonie traditionnelle.

Il se fait tard, le soleil décline rapidement et la passe est impraticable de nuit. Nous faisons donc nos adieux à nos hôtes non sans avoir récupéré la clearance de sortie du territoire des iles Cook.

A 19h, Badinguet disparait vers l’Ouest à la vitesse de 8 nœuds…

 

14-15/10/1

La navigation est comme la précédente, désagréable. Une forte houle du Sud-est croisée avec une mer du vent de Est-nord-est, le tout, copieusement arrosé par des séries de grains interminables. Badinguet roule et sans arrêt, il faut empanner, régler, enrouler, dérouler et surtout surveiller…. La pluie interdit la lecture de plus d’un chapitre à l’extérieur et nous passons beaucoup de temps, enfermés dans le carré, porte fermée.

Les nuits sont agitées comme le sont les journées mais nous avançons à 6.7 nœuds de moyenne sans dépenser de gasoil.

 

NIUE 

 

16/10/10

Niue est en vue et les grains semblent s’espacer un peu pour nous laisser apercevoir cette curieuse ile qui sort complètement du formatage régional. On dirait une galette de rochers posée sur l’océan. Nous contournons la côte Nord et prenons une bouée devant la petite commune de Alofi.

Petit intermède pour faire de grosses bises à mamie à qui on vient de poser en urgence un pacemaker. Il faut parfois un tout petit appareil pour faire fonctionner un cœur aussi grand…

Le temps est couvert et une légère houle vient perturber la quiétude de la zone de corps morts. Les autorités administratives sont en weekend, tout le monde est un peu crevés, on reste au calme.

« Ultreïa », « Yovo » et « Sundance » sont là aussi et c’est bon de retrouver les amis.

Dans l’après-midi, nous décidons d’aller à terre mais cela n’est pas si simple… Il ya tellement de houle  que les habitants ont trouver un système étonnant…

Il faut débarquer un équipier puis accrocher son annexe au crochet du palan électrique du quai. Pascale manœuvre donc la grue pour que j’accroche l’annexe puis je saute rapidement sur le quai. Il nereste plus qu’à lever le dinghy sur la plate-forme en béton.

Là se trouve une palette sur roulettes que nous glissons sous l’annexe pour la « ranger » sur le parking prévu à cet effet…

Nous parcourons le petit village d’Alofi sous un ciel menaçant pour découvrir un monde curieux… Un peu comme si une ville devenait un état… Le conseil municipal devient le gouvernement, la quincaillerie du coin devient le principal importateur d’outils du pays et la boulangerie correspond aux grands moulins parisiens…

En tous cas, l’endroit ne nous enchante pas et le temps encore moins… Le vent se lève du Sud-ouest puis ce sont les vagues qui viennent bousculer les 7 bateaux du mouillage qui n’ont plus aucune protection côtière…

Là, Badinguet fulmine, il a envie de se sauver très vite et très loin mais soyons optimistes, peut être fera t’il beau demain ?

 

17/10/10

C’est bien simple, il a plu sans arrêt toute la journée !!! Nous profitons d’un excellent tarif de groupe avec les 3 bateaux que nous avons retrouvé pour la location d’un mini-van. C’est parti pour le tour de l’ile…

Niue est un grand plateau corallien qui semble avoir été expulsé des profondeurs par une poussée gigantesque. Comme le pays est petit, nous prenons notre temps pour parcourir les 60 km du tour de l’ile.

Des dizaines de tombes plus ou moins bien entretenues jalonnent le semblant de route comme des bornes kilométriques. Tantôt dans les jardins, tantôt dans la forêt, elles représentent paradoxalement les seuls signes de vie que nous verrons. Les maisons sont posées ça et là, sur des pelouses tondues sans clôture. Elles sont basses, en ciment décrépi et sembleraient abandonnées depuis des décennies s’il n’y avait pas le linge qui sèche sous les auvents ou une vieille voiture garée dans ce qu’il reste d’une véranda…

 

 

Les sites que nous visitons sous une pluie battante sont surprenants. Les grottes sont profondes et encombrées de stalactites qui se reflètent dans une eau limpide. De grandes terrasses de coraux entourent la côte Ouest et Nord tandis que la côte Est garde les stigmates de l’histoire géologique de Niue.

A « Togo casm », de grandes colonnes de corail mort, découpées par l’érosion en fines dentelles, s’élèvent dans un enchevêtrement impénétrable. Bien cachée au milieu de cette forêt de pointes et d’arrêtes tranchantes, une excavation secrète, un peu de sable, quelques cocotiers et un étang sortis tout droit une d’un compte pour enfant.

C’est dans ce dédale calcaire et minéral que je réussis presque par hasard à bloquer du pied un beau caveu (crabe des cocotiers)… Et s’il y en a un, il y en a plusieurs….

Et nous voilà partis avec Josselin de « Sundance » à escalader les colonnes acérées à la recherche de ces drôles de crabes… Je n’ai jamais vu ces crustacées de jour et j’apprendrai par la suite que la pluie les fait sortir de leur repaire, tant mieux pour nous !

3 d’entre eux terminent leur courte vie dans le court bouillon que nous préparons le soir pour le diner avec « Ultreïa ». Un régal, la chair a un goût de Coco et nous passons, après une formidable journée arrosée, une excellente soirée bien arrosée aussi !

 

18/10/10

Dés le matin, nous achetons un peu de gasoil (très cher), de la nourriture et surtout, nous faisons les formalités avec un douanier assez sympathique, une fois n’est pas coutume !

L’argent locale est le dollar Néozélandais qui vaut 0.57€. Il n’y a pas de distributeur, juste une banque pour les 1500 habitants de la petite république. Dans l’après-midi, des épreuves sportives mollassonnes de pirogues et de radeaux attirent quelques dizaines de personnes sur le quai.

En dehors de cette manifestation, les rues restent désertes et les gens, chez eux…

 

19/10/10

On se lève lentement, on déjeune lentement et on passe ainsi la matinée au ralenti. En début d’après-midi, je pars en annexe vers le Nord pour chasser un peu car, côté poisson, les réserves diminuent…

2h30 passées dans l’eau, entouré de poissons de bonnes tailles, carangues, pagres, dorades et même quelques placides requins qui n’incitent pas à flécher une proie… Des centaines de serpents rayés noir et bleu ou noir et blanc font l’aller-retour entre la surface et le fond et il faut sans arrêt les surveiller. Ces petits reptiles marins ont un tempérament très curieux et joueur. Ils n’hésitent pas à venir nager tout près de vous… Il est utile de savoir que leur morsure provoque une mort quasi-immédiate pour préférer les garder à distance… Ils ne sont pas agressifs mais un petit coup de palme ou de fusil sur la tronche les éloigne rapidement… Il parait qu’ils adorent la couleur bleue, content de l’apprendre !

Je tire un gros pagre rose et loupe quelques belles carangues.

Avant de rejoindre Pascale, je fais un détour vers des pécheurs qui dérivent au large. Je leur demande si mon poisson est consommable et leur réponse est sans équivoque, NON ! Ce poisson, mon « super-beau- magnifique-fabuleux » pagre est ciguatérique, je suis dégouté…

Un bon vent du Nord secoue le mouillage qui, par moment, devient vraiment insupportable. Nous avons prévu de partir cette nuit et il est temps car depuis Maupiti, nous n’avons pas eu un seul moment où le bateau ne bouge pas.

23h30, le réveil n’a pas sonné mais je n’arrive pas à fermer l’œil avec ce roulis incessant. Je monte en silence sur le pont, la lune éclaire le mouillage. Je libère Badinguet de sa bouée et il retrouve la haute mer, toujours plus vers l’Ouest…

Enfin une belle journée de navigation avec un vent du Nord bien établi et régulier. Nous fonçons vers les Tonga à 8 nœuds et je laisse Pascale dormir tellement la navigation est paisible sous cette allure.

A 10h, petit déjeuner sous un ciel chargé et lorsque j’attaque une deuxième lampée de thé bouillant, la canne à pêche se plie violemment… Ca faisait longtemps…

Badinguet est placé à la cape sèche et nous dérivons lentement pendant les  45 minutes de remontée du fil. Je prends garde à ne pas trop serrer le frein et à le laisser s’épuiser car je n’ai aucune envie de le perdre comme le dernier… Le poisson est parti très profond et le fil est presque à la verticale. Tu me diras, il a de la marge, il y a des fosses de plus de 8000 mètres de profondeur dans le coin !

Ca doit être un gros thon pour sonder comme ça mais ça y est, le fil remonte un peu puis replonge de plus belle. J’ai mis 15 minutes pour enrouler ce que le poisson reprend en 10 secondes, c’est décourageant.

Alors que je suis en train de me dire que ce fichu poisson devrait être au moins autant fatigué que moi, le fil se détend... Attention, le voilà !  Il crève enfin la surface dans un bouillonnement d’écume… Un marlin !

Il repart sur tribord dans un « run » de plus de 50 mètres… Le moulinet chauffe lorsque le bestiau semble ricocher sur la surface, quelle bagarre ! Pascale le prend en photo pendant que je gagne centimètre par centimètre pour le rapprocher du bateau.

Il est à nouveau reparti dans les profondeurs mais il n’y a plus d’à-coups, comme s’il avait renoncé à se battre. J’ai l’impression de remonter un poids mort et en effet, nous avons l’explication quelques secondes plus tard.

En sautant comme un diable, le fil de tresse s’est enroulé autour de sa queue et lorsqu’on tire un poisson à l’envers, on le noie ! Le marlin flotte sur le dos à côté de Badinguet. Je le gaffe à la queue et le soulève juste ce qu’il faut pour que Pascale passe une aussière avec un nœud coulant, on le tient !

 

C’est la première fois qu’il m’est impossible de remonter, à la main, un poisson à bord, il est vraiment trop lourd. Nous prenons notre temps et avec la drisse de passerelle frappée sur le winch électrique, le marlin s’élève dans les airs par-dessus le balcon. Un coup de roulis et l’énorme poisson se balance en direction de Pascale qui hurle en s’écartant rapidement de sa trajectoire. Et me voilà seul à maintenir ce monstre qui fait de la balançoire autour de l’artimon !!!

Pascale a repris ses esprits et la prise descend sur le pont…

2m50 et certainement entre 60 et 70 kilos, le record absolu de Badinguet !

Je récupère le reste de thé de mon petit déjeuner, il est froid et je suis épuisé.

Après 3 heures de pluie incessante et deux heures de dépeçage sanglant, le  congélateur déborde de poisson frais !

La nuit est calme, toujours avec un petit vent au largue qui pousse Badinguet vers sa destination. Au matin, le vent passe du Nord au Sud par l’Ouest et pendant près de 4 heures, nous n’avançons qu’à 3 nœuds mais le but est proche…

Nous contournons l’archipel par le Nord et pénétrons dans l’incroyable labyrinthe des Tonga. La cartographie est décalée par rapport au GPS, heureusement que nous naviguons de jour car la trace sur Maxsea traverse les terres !

Au niveau « Fuseau horaire », nous sommes passés d’UTC-11 à UTC +13 en avançant d’un jour !!! Je m’explique, bien que nous n’ayons pas encore atteints le méridien 180°, le fuseau horaire du royaume des Tonga est déjà sur une longitude « Ouest ». Nous avons donc avancé nos montres de 23 heures d’un coup ! Il nous manque une journée au calendrier. Oui, je sais, c’est compliqué mais il faut faire avec !

Le quai de la douane est en vue et « Téou » est à poste ! Nous leur faisons de grands signes et nous nous amarrons à couple du grand « Looping » de 16 mètres. Quelle chance d’avoir toujours un ami au bon moment au bon endroit !

Les 4 autorités officielles passent d’un bateau à l’autre avec dans l’ordre, l’officier de quarantaine, l’officier de la santé, les douanes et l’immigration ! Tout ce petit monde, en jupe traditionnelle, réclame sa boisson, son cadeau et Christophe nous explique qu’il les a surpris en train de chaparder dans son carré !

On surveille donc notre comité d’accueil de près et côté cadeau, une fois nos papiers en règle, nous les envoyons se faire pendre.

Nous rejoignons la zone de mouillage mais les 30 mètres de fond ont vite fait de nous orienter sur un gros corps mort qui nous tend les bras.

Maïken, Christophe, leurs deux enfants et nous même terminons une très longue journée autour d’un apéritif dinatoire et tout le monde au lit pour une vraie nuit complète…!

Jamais, nous n’avons autant apprécié le calme d’un mouillage… On ne bouge plus du tout, pas de roulis, plus de tangage, un lac !!!

 

LES ILES TONGA

 

23/10/10

Nous quittons le bord de bonne heure pour fouler de nos pieds le sol du royaume des Tonga.

La côte est bordée de restaurants, de bars et de club de plongée décrépis et tous ont une bonne connexion Internet. Il suffit de consommer pour avoir l’accès et comme l’Euro est au beau fixe, nous buvons quelques cocas bien frais à la santé du CAC 40 !

En fin de matinée, sous un ciel plombé, nous découvrons un petit marché d’artisanat, fruits et légumes… Des femmes, sont assises à même le sol derrière de grands paniers tressés qui débordent de manioc, de têtes de cocotiers ou de grandes feuilles que nous ne connaissons pas… Ca se fume ???

Certains hommes et de nombreuses femmes portent la tenue traditionnelle, une grande jupe très rigide en végétaux tressées. Les Tongiens sont souriants et accueillants mais pour la première fois depuis le début de notre voyage, nous ressentons la pauvreté.

Après avoir acheté des fruits et des légumes, nous retournons à bord pour déjeuner.

Nous passons ensuite un long moment sur internet à l’ « Aquarius Bar » qui nous loue le corps mort et nous faisons la connaissance de Sandy et Cathy, deux Canadiens. Ils nous invitent à la fête de fermeture saisonnière de leur restaurant avec repas et danses tongiennes au programme.

 

24/10 et les jours suivants

Nous n’aborderons pas le domaine de la météo car ça nous mettrait de mauvaise humeur !!! Pluie, ciel gris et vent toute la semaine…

Les jours se suivent et se ressemblent. Réveil vers 8 h, un petit tour à terre pour faire quelques courses et prendre nos messages sur Internet, un peu de bricolage ou de nettoyage du bateau puis repas et sieste. L’après-midi, lecture pour Pascale et jeux d’échecs pour moi. Cela fait 20 ans que je n’ai pas joué et cette gymnastique intellectuelle me fait le plus grand bien. Je ne compte plus les parties perdues contre Christophe de « Téou » mais l’activité est devenue rituelle avec ce mauvais temps qui persiste.

Nous avons loué les services d’un club de plongée pour aller voir les baleines et nager avec elles et nous avons dépensé une petite fortune pour rien ! Nous avons à peine aperçu deux spécimens farouches sous une pluie battante…

On s’occupe comme on peut, mais les discussions tournent  toujours autour du même  sujet ; les douanes Néo-Zélandaises !

Le Tonga est le début de l’autoroute tracée vers la Nouvelle-Zélande et les Néo-Zélandais ont bien organisé les choses. Les brochures publicitaires et les documents officiels sont disponibles gratuitement dans tous les bars des Tonga, plusieurs rallyes gratuits quittent les Tonga pour la Nouvelle-Zélande début et mi-novembre et les règles de sécurité sanitaires sont incroyables…

Il est interdit d’importer en Nouvelle-Zélande, légumes, fruits, viandes, poissons, viande en conserve, farine, laitage, pates, œufs, riz, trophées, coquillage, perles, bois, sable, terre, graines, paniers en osier, herbes et ils vont même jusqu’a vérifier les roues de vélo et les semelles des chaussures…

Ils inspectent la coque du voilier et s’ils la jugent trop sale, le bateau est renvoyé en aire de carénage obligatoire. Concernant la paperasse, c’est monstrueux, au moins 10 pages de déclarations et il est obligatoire d’envoyer tout ça par fax avant le départ des Tonga et de les contacter avant d’aborder leur côte sous peine d’une forte amende.

On comprend mieux les préoccupations des navigateurs en attente, qui n’a pas de coquillage, de collier en graine ou de poisson plein le congèlo ???

Nous commençons également à prévoir les cadeaux de Noël car nous avons pris quelques décisions. A moins d’un problème inattendu, nous rentrerons en France début décembre pour une période de 3 mois. Je suis en contact suivi avec une kiné d’Abbeville pour un remplacement de deux mois dans le Nord !!! Ca va nous changer !

Geneviève d’ « Ultreïa » doit couper les cheveux de son homme dans la matinée et je profite de l’occasion pour prendre rendez-vous.

Pascale est présente avec François et chacun commente allégrement les coups de tondeuse prudents de notre amie… Et à force de commenter, voir de conseiller, voir même de critiquer, Arrive ce qui devait arriver, le coup de tondeuse malheureux, je suis rasé sur bâbord ! Le rattrapage va être coton et avec ces spectateurs, je jette l’éponge !

Le coiffeur rattrape ce qu’il peut et nous finissons la journée par un scrabble pour les femmes et échecs pour les hommes… Comme d’habitude Pascale a gagné et comme d’habitude j’ai perdu, Trop la rage !

 

29/10/10

Nous repoussons le départ depuis deux jours en raison du mauvais temps mais ce matin, plus d’excuse, il fait beau et le soleil brille…

Badinguet quitte son corps mort avec « Téou » pour « Port Maurelle » et en chemin, nous découvrons les Tonga sous une belle lumière lorsque juste devant nous; deux souffles puissants, des baleines !

Une mère et son petit passent juste devant l’étrave du voilier pour le plus grand bonheur de Pascale qui approche enfin de très près les énormes cétacés.

Christophe est derrière nous et prend des photos magnifiques de Badinguet et des baleines… Un seul souci, lorsque j’ai regardé ses prises de vue, je suis torse nu sur le pont… Je confirme, il y avait de la baleine à bord aussi !!! Demain, je commence un régime !

Au moment où nous approchons de notre destination, 6 milles plus loin, deux voiliers s’en vont et nous libèrent leur bouées que nous nous empressons de gaffer. « Téou » et « Badinguet » vont pouvoir continuer leurs petits gueuletons et les parties d’échecs…

La plage nous tend les bras et tout le monde se retrouve dans une eau transparente.

Pascale : C’est quoi les poissons blancs ?

Nicolas : Et bien ce sont des poissons blancs ! Mais tu nages avec tes tongues ?

Pascale : Oui, c’est mieux comme ça !

Nicolas : Oui, tu as raison, c’est sûr !

Et tout le monde regarde pascale à son insu en train de nager dans 30 cm d’eau avec ses tongues. Normal aux Tonga ! Je prends des photos pendant qu’elle cherche des yeux de tous petits poissons qui doivent bien se marrer en la voyant barboter !

Alternance de nuages et de soleil sous un vent soutenu, idéal pour la sieste !

En fin d’après-midi, nous visite une grotte spectaculaire à 3 milles de notre abri. Tout le monde descend dans l’eau calme de la grotte sous une pluie de chiure d’étourneaux… Si nous n’apprécions pas particulièrement de se faire chier dessus par des piafs, il n’en est pas de même sous l’eau. Des milliers de petits poissons en banc compact se jettent sur cette nourriture providentielle.

La cavité fait 20 mètres de profondeur, orientée à l’Ouest donc éclairée par le soleil couchant et remplie de milliers de sardines ! Nous nageons une bonne heure dans la pénombre de cette piscine naturelle, à admirer le spectacle sous-marin. Pascale semble préférer le caca d’étourneau car elle reste à bord de l’annexe, c’est très bon pour la peau, non ?

 

Pendant que Pascale, Maïken et les enfants repartent au mouillage, Christophe et moi prenons la direction d’une autre grotte, sous-marine, celle là !

Un ami nous a donné un alignement très précis pour la trouver car l’entrée se trouve à 1m50 sous la surface.

Christophe plonge en premier et je le suis rapidement pour émerger à l’aveuglette dans une eau noire. La cavité est large et l’air que nous respirons est en compression puis en dépression à chaque variation du niveau de l’eau. Nos oreilles jouent du Yoyo mais l’ambiance est assez magique. Le seul éclairage que nous ayons se fait par l’entrée sous-marine de la grotte. Ambiance « bain de minuit dans une piscine de Carqueiranne éclairée par-dessous, on n’est pas trop dépaysés finalement !…

Pour diner, ragoût de Cochon des Marquises et une bonne bouteille de vin de France. Nous continuons à vider les congélateurs de ce qui est interdit en Nouvelle-Zélande.

 

30/10/10

Nettoyage matinal de l’annexe sur la plage en gardant nos combinaisons car les moustiques Tongiens nous apprécient vraiment… Grattage de la coque de Badinguet pour la nième fois et je commence vraiment à me décourager.

L’antifouling a complètement disparu et j’ai l’impression que lorsque je frotte à bâbord, c’est déjà en train de repousser sur tribord !

L’après-midi, nous repartons tous en annexe sur une belle plage et nous nageons longuement en « Tuba-lade » autour de l’ilot. La mer est chargée de plancton aux formes extra-terrestres. Des milliards de minuscules monstres fragiles et transparents viennent nous envelopper, nous chatouiller et parfois nous piquer car les toutes petites méduses sont indissociables de cette soupe du pacifique. Ce phénomène explique bien la présence légendaire des baleines dans le secteur.

« Ultreïa », « Yovo » et « Sundance » arrivent à leur tour, accompagnés de trois autres voiliers. Geneviève soufre toujours de son dos et je commence à désespérer de la soulager définitivement. Massages, manipulations vertébrales et étirements ne sont pas venus à bout de sa cruralgie qui dure depuis 3 semaines.

Encore une séance dans la soirée puis une cuisante défaite aux échecs et pour finir, un excellent repas sur « Téou ».

31/10/10

Réveil avec la chaleur puis nous quittons notre bouée pour en saisir une nouvelle à 6 milles de là, dans « le jardin de corail ».

Encore un bel endroit où « Téou » nous rejoint 1 heure plu tard.

Le jardin de corail est magnifique, il y a des fruits en pagaille (bananes, papayes, citrons et coco) sur l’ile et les plages, ah les plages, et dire que vous allez rentrer dans l’hiver….

 

 

01/11/10

Plusieurs plongées sur le récif en compagnie de Pascale qui nage quelques minutes avec moi, jusqu’à ce que Christophe nous dise qu’il vient de croiser un beau « pointe blanche »…

Pascale ne connait pas grand-chose aux poissons mais « pointe blanche », elle connait bien !!! En trois secondes et demi, elle est de retour dans l’annexe avec un grand sourire et le requin passe nonchalamment par 10 mètres de fond en direction du large.

En apesanteur au dessus de l’immense tapis de coraux multicolores, nous admirons les bancs de carangues, de chirurgiens, de nasons, de licornes et de milliers de poissons inconnus aux formes surprenantes. Je ramasse quelques belles porcelaines tigrées mais nous limitons la cueillette car le spectre des douanes néo-zélandaises reste bien présent à mon esprit.

En début d’après-midi, Christophe et moi posons de nombreux pièges à caveux en bordure de plage car le nombre de coco éventrées est impressionnant, on devrait se régaler !

Après 2 parties d’échecs que je gagne miraculeusement, nous avons droit à un délicieux repas … Pascale à préparé des beignets de  Ei’naa (civelles) en se servant des petits poissons et de la recette qu’Aline et Jean-Claude nous ont donné, c’est un régal.

Maïken a cuisiné des galettes de riz au poisson et une alléchante tarte au citron Côté vin, un Lalande de Pomerol, de l’année de naissance de Maël, 1990, rien de moins !

Nous quittons Téou vers 22h pour la chasse aux caveux.

Je ne sais pas comment nous avons réussi à faire l’aller-retour par nuit noire, mouiller sur la platier puis retrouver nos pièges avec 3 grammes dans le sang !!!

Pas un crabe, pas un signe de vie, rien ! Les milliers de cocos  ouvertes l’ont été par d’autres bestioles, peut être des rats. Très déçus nous vidons le dernier ti’ punch à bord de « Téou », le réveil risque d’être difficile mais demain est un autre jour !

 

 

02/11/10

La pluie tambourine sur le pont à partir de 3 heures du matin, c’en est fini du bau temps. Tôt le matin, nous partons malgré tout vérifier une dernière fois nos pièges à crabes, dés fois qu’on est eu des hallucinations hier soir ! Ils sont intacts aussi poursuivons nous la balade jusqu'à une belle plage de l’autre côté de l’ile. Christophe et moi ne comprenons pas… Les trous dans les cocos correspondent pourtant à ce que nous connaissons des caveux.

Qui a bouffé toutes ces noix de coco, non d’une pipe ?

Pensifs, nous longeons le platier, complètement trempés et les vestes de quart ne sont plus du tout étanches, d’ailleurs l’ont-elles été un jour ?

Nous passons sous un arbre extraordinaire dont les branches plongent sous terres pour formée des racines. Les réseaux aérien et souterrain sont reliés pour former des colonnes. Comme des piliers qui supporteraient l’immense feuillage qui nous protège temporairement de la pluie.

Le chemin serpente entre les racines et les végétaux pour devenir très glissant lorsque la pente augmente. Nous retrouvons les annexes remplies d’eau et il faut, encore et toujours vider ces dizaines de litres, faire sécher, étendre, etc.

Nous passons l’après-midi à remplir les nombreux formulaires de Nouvelle-Zélande avec l’aide de l’équipage de « Yovo », profs d’anglais tous les deux, une aubaine !

La pluie tombe sans s’arrêter toute la journée et le système de récupération d’eau fonctionne à temps plein, laissant au repos le déssalinisateur mais pas votre serviteur qui passe son temps à contrôler le bon fonctionnement du système.

Pascale recopie au propre les interminables questionnaires néo-zélandais pendant que j’écris mon petit compte-rendu.

Concernant la météo, c’est du grand n’importe quoi !!! Entre hier et aujourd’hui, la journée de demain est passée de 15 à 30 nœuds !! L’intersaison est très difficile à appréhender et les fenêtres sont étroites pour descendre vers le Sud. Le grand gourou de la météo néo-zélandais, Mac Davitt, a annoncé une fenêtré de départ des Tonga pour le 13/11 et a officiellement lancé la saison des cyclones, Gulp !

En ce qui nous concerne, on y regarde à deux fois et dés que la météo nous semblera bonne, nous bougerons vers le Sud des Tonga, nous aviserons ensuite.

Ce soir, film et dodo !

 

03/11/10

Et à nouveau, la météo nous fait un caprice… Plus de vent pendant 6 jours…

Ce matin, il fait beau et chaud, rien à voir avec le déluge d’hier, chacun fait sécher les affaires de la veille, vive la saison des pluies.

En tous cas, le peu de vent donne des envies d’aventures à « Téou » et nous emboitons le pas avec plaisir.

Nous quittons nos bouées et prenons la direction de l’Est (dans un tour du monde, c’est rare !)

Le parcours est assez tortueux avec de nombreux seuils un peu limites et comme la visibilité est très moyenne, nous transpirons beaucoup mais pas de chaleur !. Par deux fois, nous trouvons le risque trop élevé et demandons à Christophe de passer devant. Il relève les profondeurs pour nous et écarte ainsi tout danger d’échouage ou de mauvaise rencontre.

Badinguet est maintenant mouillé derrière l’ile de Kenutu, juste au nord de l’ilot « Lolo ». L’endroit est sauvage et beau, les iles sont désertes et si le vent n’était pas tombé, le passage dans cette enclave aurait été impossible pour nous.

Une fois de plus, Christophe et moi partons à terre, poser des pièges à Caveux mais il n’y a plus une noix de coco dans les nombreux arbres, encore une énigme !!! Une fois de plus, nous imaginons les rats grimper au sommet des cocotiers pour boulotter les précieuses noix mais nous ne sommes sûrs de rien.

En désespoir de cause, nous finissons par couper à la hache un jeune cocotier et récupérer son cœur pour l’apéritif.

Dans l’après-midi, Maïken est la première à découvrir une moule géante, je lui emboite la palme et nous rapportons à bord cinq énormes moules des Tonga.

Aux Tonga, tout est géant, les bénitiers, les huitres, les moules et je serai tenter de parler du postérieur de tongriennes mais je vous laisse imaginer…

Comme depuis quelques jours, le ciel s’obscurcit rapidement par le Sud et les éclairs zèbrent l’horizon pendant de longues heures. La pluie ne tarde pas et la soirée se passe à l’abri, à déguster des spaghettis carbonara servies dans les coquilles de moules géantes, drôles d’assiettes et délicieux repas !

 

04/11/10

Au petit matin, après un bain rafraichissant, nous quittons le mouillage pour gagner un peu de terrain sur le Sud mais nous déchantons vite… Une énorme masse nuageuse noire nous barre la route.

Badinguet et « Téou » se retrouvent dans une petite anse très abritée juste avant le déluge… Ca tonne, ça tremble, ça illumine dans un fracas impressionnant. Nous redoutons vraiment ces orages électriques, ile sont très difficiles à éviter et trop de bateaux ont tout perdu à cause de la foudre.

Nous passons l’après-midi à préparer les frites et les 3 moules qui arrivent à loger dans le four du grand catamaran. Encore une bonne bouffe et il n’y a qu’une coquille par personne et c’est bien suffisant.

 

05/11/10

Nous quittons notre bouée pour le Sud, cette fois ci, le temps semble avoir tourné. Il fait beau et chaud et la barre nuageuse du front froid s’est évaporée, la porte est ouverte et nous nous y engouffrons en prenant notre temps. Les iles sont de plus en plus sauvages et isolées, nous jetons l’ancre devant « Maninita ». L’endroit n’est pas très protégé et la zone d’évitage étroite. Si nous prenons un orage comme hier, on file au récif, nous ne resterons pas là cette nuit.

Quel cadre, quelle vue incroyable, c’’est absolument magnifique. Une eau transparente à 35°, des milliers d’oiseaux que nous dérangeons et des terrasses de coraux qu’on dirait posées comme des nénuphars dorés sur une eau turquoise.

Nous barbotons des heures dans l’eau chaude et je découvre dans 30 cm de profondeur (le terrain de jeu de Pascale) une coquille vide et intacte de Bénitier géant. Elle pèse plus de 10 kilos, la collecte de coquillage risque d’alourdir Badinguet !

Alors que nous ramassons de grosses porcelaines tigrées, « Téou » arrive à son tour et nous décidons que nous partirons cette nuit pour le groupe Ha’apai, situé à 60 milles au Sud.

Il est 17h lorsque nous envoyons les voiles et 17h30 lorsque mon regard est attiré par quelque chose d’inhabituel devant le voilier.

Une baleine vient de sauter hors de l’eau puis une deuxième, ouahhhhhhhhhh !

Trop tard pour les photos mais quel souvenir, quelle puissance, elle nous salue de sa grande queue avant de rejoindre les profondeurs sous le soleil couchant.

7 nœuds de vent au près, nous avançons à 6 nœuds et c’est parfait car il ne faut pas aller trop vite pour négocier les hauts-fonds avec une bonne visibilité demain.

 

 

 

HA'APAÏ - TONGA

 

 

 

06/11/10

Il est 1h du matin et déjà, les phares nous annoncent la destination prochaine, il est beaucoup trop tôt ! Nous enroulons le génois et sous GV réduite et artimon, nous glissons dans le noir à la vitesse de 2.5 nœuds. Pendant 4 heures, à une allure d’escargot, nous apprécions le calme de la navigation pour celui qui veille et un sommeil profond pour celui qui roupille !

La nuit est calme et étoilée et au petit matin, nous mouillons dans 4 mètres d’eau devant « LIfuka I », l’ile principale de ce groupe.

Les magasins sont sales, peu garnis et les maisons sont délabrées, souvent en bois et en tôles mais les habitants sont souriants et chaleureux. L’endroit tourne au ralenti, comme nous après une nuit de navigation. Une bonne sieste devrait remettre les pendules à l’heure.

Il est 16h, nous sommes à nouveau en pleine forme et il s’agit de décaper encore et encore les nombreux coquillages trouvés récemment et en particulier le bénitier géant…

J’attaque la coquille au burin et marteau et je retire plus d’un kilo de concrétions marines, ça l’allège d’autant mais il demeure très lourd et encombrant… Je reste inquiet sur les conséquences d’un contrôle zélé en Nouvelle-Zélande… Je ne sais pas du tout où nous allons pouvoir planquer tout ça…

Nous passons une bonne heure sur la toile pour répondre aux nombreux messages de la famille et des amis et envoyer un nouvel épisode.

Le soir, nous buvons l’apéro avec Geneviève et François d’ « Ultreïa », ils nous apprennent que Josselin de « Sundance » a une forte fièvre et des douleurs articulaires depuis 3 jours. D’après lui-même, et il est médecin, ce serait la dengue et toujours d’après la même source, il aurait été piqué en allant chercher des fruits au jardin de corail, endroit où nous sommes tous allés…

Le risque d’aujourd’hui, en étant très égoïste, serait qu’un moustique Tongien le pique à nouveau et vienne nous piquer ensuite…

En tous cas, Anne, sa compagne doit gérer l’état de santé de son homme, sa légitime inquiétude mais aussi le bateau et sa progression vers le Sud car la fenêtre météo n’attendra pas forcement sa guérison. Voilà bien un endroit où tomber malade peut devenir dramatique. Il n’y a rien de sérieux côté santé et d’après Brian qui vit ici depuis 5 ans, Vava’u représente l’avenir, Tongatapu (au Sud), le présent et Ha’apaî, (où nous sommes), le passé, ça se passe de commentaire surtout quand on arrive de Vava’u, et que tu as vu la tronche du futur !

 

07/11/10

Réveillés par la chaleur, nous prenons rapidement notre petit déjeuner et toute la petite troupe part à terre marcher jusqu'à un cimetière très original. Les tombes sont des tas de sable décorés de fleurs et de dessins multicolores. Nous poursuivons ensuite notre balade entre les petites maisons et les familles de cochons. Nous nous arrêtons un bon moment pour discuter avec les habitants qui reviennent de la messe dominicale en habits traditionnels.

Nous partons ensuite à 5 bateaux vers le mouillage Sud de Uoleva. Une anse bien abritée où nous mouillons entre de nombreuses patates de corail.

Je passe deux heures dans l’eau côté tombant pendant que Pascale marche sur l’immense plage. Nous discutons ensuite de l’éventualité de descendre dés aujourd’hui sur les Tonga Sud mais la raison l’emporte… Profitons en priorité de ces iles désertes, nous pourrons toujours rejoindre notre objectif plus tard… nous ne sommes pas à 3 jours près !

Le fait de savoir qu’il va falloir naviguer vers le Sud pendant plus d’une semaine dans des conditions parfois difficiles influence notre objectivité, comme si nous avions besoin d’en découdre immédiatement… Plus vite, nous y serons, plus vite ce sera fini !

J’apprends chaque soir une nouvelle façon de perdre aux échecs contre Christophe. La dernière défaite m’a laissée un petit arrière-goût de victoire non accomplie ! Pour une belle raclée, c’en était une !

Pascale nous fait un délicieux gratin d’espadon à la sauce béchamel puis nous dévorons les DVD d’aventures glaciaires que « Téou » nous a prêtés pour quelques jours.

Bonne nouvelle de « Sundance », Josselin va mieux depuis qu’il a avalé des antipaludéens, Il s’agissait donc d’une crise de palu et non d’une dengue, Il reste très fatigué mais la guérison pointe son museau !  

 

08 et 09/11/10

Journées tranquilles avec des chasses sous-marines « dérivantes » dans la passe. Il y a du gros en balade mais très difficile a approcher et la température de l’eau est descendu de plusieurs degrés avec le vent du Sud.

Je flèche tout de même une petite dorade que je dois aller chercher dans son trou à 15 mètres de profondeur. Les parents sont entre deux eaux et conservent en permanence une distance de sécurité exaspérante pour les chasseurs impatients que nous sommes.

Nous trouvons de magnifiques porcelaines tigrées et je gagne plusieurs parties contre Christophe, ça commence à rentrer !

Le soir, de grandes chauve-souris décrivent des cercles au dessus de la végétation impénétrable de l’ile et voilà peut être une explication concernant ces milliers de coco éventrées qui tapissent le sol de la jungle… Elles mangeraient les noix de coco, dixit un Tongien rencontré sur la plage… Le mystère reste entier !

En tous cas, pour les valeureux guerriers qui désireraient vérifier le régime alimentaire des « Batman » en s’enfonçant dans le bush, il faut d’abord affronter les milliers de toiles d’araignées et leurs imposantes propriétaires…

Alors que Pascale faisait une machine de linge, la pompe de puisard a décidé de travailler au ralenti et elle n’aspire plus suffisamment pour vider la cale… Je passe une matinée à démonter et nettoyer mais rien à faire, juste envie de la poser par terre et de mettre à la pompe, devinez quoi ? Un monstre coup de pompe !!!

Il nous reste la pompe de cale manuelle mais elle fuit de plus en plus. Il va falloir que ce petit monde tienne le coup jusqu’en Nouvelle-Zélande, terre promise.

 

10/11/10

Chaque jour, nous prenons la météo et systématiquement, elle contredit celle de la veille. Le temps est très perturbé et imprévisible, ce qui occupe bien nos discussions avec les 4 autres bateaux auxquels s’ajoute « Joline », qui vient de nous rejoindre.

Il est très hasardeux de prévoir des navigations au-delà de 24h et nos oreilles ne savant plus à quelle météo se vouer…

Nous quittons le mouillage vers 7h30 du matin, le ciel est couvert et 15 nœuds de vent du Sud nous contraignent à trouver une route compliquée entre les iles et les récifs Tongiens.

Pendant 5 heures, nous naviguons au plus près du vent, rasant des récifs et tirant des bords pour rejoindre « Nomuka », 50 milles plus au Sud. Tous nos amis se sont arrêtés en route et nous voilà seuls, bien à l’abri derrière la petite ile de « Nomuka Iki ». Il parait qu’elle est occupée par une ancienne prison mais nous ne distinguons rien du bateau.

Nous apercevons une épave sur la plage mais nous sommes trop fatigués, pour ne pas dire feignants, de descendre à terre maintenant.

Il est 15h, on va se reposer de notre navigation stressante en bullant ! Nous finissons la journée en nous endormant comme deux larves tropicales foudroyées par l’air froid qui remonte du Sud.

Le climat est en train de changer, nos têtes sont coiffées de bonnets, nos torses sont vêtus de pulls ou fourrures polaires et nos gambettes sont couvertes de chair de poule.

Contrairement à l’Europe qui est continentale jusqu’au grand Nord, La zone dans laquelle nous naviguons n’est pas protégée, rien n’arrête l’air froid qui remonte du grand Sud et nous passons de 30° à 15° en quelques heures…

 

11/11/10

Nous nous levons fatigués, encore une fois, nous avons très mal dormi, le vent mais surtout le poids de la couette pour nous protéger du froid que nous avons du mal à gérer…

Il ne reste que 3 litres de mélange pour le moteur hors-bord aussi décidons-nous d’aller au village en traversant le chenal entre Nomuka et Nomuka Iki, il fait beau et frais et le vent n’a toujours pas tourné à l’Est.

Nous hissons l’annexe sur une petite plage couverte de déchets puis nous longeons la côte au milieu des « Hello » et « good morning » des habitants.

Nous sommes effarés de découvrir un tel village, toutes les maisons sont presque en ruines, en vieilles planches et en tôles ondulées rouillées. Certains toits ne tiennent que par le poids des vertèbres de baleines que les gens ont posé dessus.

Pas de route, juste des pistes de sable défoncées. Pas de voiture en vue et le magasin qui vend aux pécheurs, de l’essence en fûts, est fermé car son propriétaire est parti dans le Bush… Les Tongiens sont souriants et nous offrent des fruits qu’ils courent chercher dans leur jardin. Bananes, mangues et fruits à pain, viennent alourdir notre sac alors que nous nous enfonçons dans des ruelles étonnantes. Les cochons circulent entre les tombes et nous rencontrons Christine qui nous emmène chez elle.

Une toute petite cabane ronde en tôle au fond de laquelle dort son mari. Elle nous explique et nous montre comment elle fabrique les « Tavalas », ces jupes tressées. Nous apprenons qu’à Nomuka, toutes les femmes fabriquent ces tissus qui sont revendus une fortune (pour eux) aux Australiens. Les feuilles sont trempées dans de l’eau de mer puis séchées, découpées en fines lamelles et enfin tissées à la main.

Nous ressortons de la bicoque au milieu des mouches, des insectes, des cochons et des chiens qui tournicotent autour des restes de repas jetés par terre. Tout nous parait sale et pauvre mais nous n’avons pas encore rencontré de Tongien maigre… Certains regards sont tristes et envieux mais la majorité des habitants discutent volontiers dans un anglais très approximatif.

Nous finissons par siphonner de l’essence dans le fût de réserve du seul policier de l’ile.  Un grand gaillard nommé Joël qui nous confirme que la prison de Nomuka Iki est désaffecté depuis 1987.

Nous retournons au voilier contre le vent pour manger un morceau avant de partir à la découverte de la petite ile voisine derrière laquelle nous nous abritons.

L’épave qui encombre la magnifique plage déserte est récente, sans doute le cyclone de mars dernier. Nous effectuons le tour complet de l’ile sans trouver le moindre signe d’occupation humaine, et encore moins de la présence d’une prison.

Nous revenons à l’annexe, les mollets en compote mais nous en avons pris plein la vue encore une fois. Un paille-en-queue nous accompagne un bon moment et les coquilles de bénitiers géants encombrent la plage mais nous n’en ramassons pas…. Juste une petite pour la route !

Un ti’ punch à la main, nous écoutons nos amis à la VHF qui passent au large de Nomuka. Ils vont faire une nuit alors que notre position nous Permet de ne partir que demain matin… "Téou"

fera la même chose que nous et nous devrions tous nous retrouver à Tongatapu demain avant le coup de vent annoncé pour la soirée.

 

TONGATAPU - TONGA

 

 

12/11/10

3h30 du matin, Badinguet est libéré de son mouillage et se pare rapidement de ses trois voiles. Il fait froid, cette nuit et le vent n’est pas vraiment établi à l’Est comme prévu.

15, puis 20 puis 25 nœuds au près serré, rien de très sympathique mais nous avançons vite, à plus de huit nœuds dans une mer qui grossit lentement.

Vers 9h, il va nous falloir tirer un petit bord pour nous aligner avec la passe de Tongatapu. 25 minutes plus tard, nous engageons le large chenal avec 30 nœuds de vent réguliers, et dire qu’il y a 4 milles à faite face au vent pour trouver un mouillage. Les places au port sont trop compliquées avec ce vent de travers. Il faut mouiller et reculer jusqu’à mètres de l’enrochement où on s’amarre à l’arrière, et tout ça avec des rafales qui frisent les 40 nœuds !!!

Nous mouillons par 15 mètres de fond à l’Ouest de Pangaïmotu et l’endroit n’est pas bien protégé. Nous sommes 10 bateaux, collés les uns aux autres à subir un vent de 30 à 35 nœuds qui ne lâche rien. Le fetch de 1 mille nous  fournit allégrement en vaguelettes furieuses qui viennent secouer Badinguet.

La météo continue ses caprices et la longue route vers la Nouvelle-Zélande n’est pas un long fleuve tranquille…

J’ai beau chercher aux jumelles, impossible de deviner les 50 autres voiliers en attente… ils ont du partir, la météo leur a souri pour descendre et nous ne sommes qu’une quinzaine à rester sur la zone.

Nous nous sommes pressés pour arriver un vendredi pour faire les formalités avant le weekend et nous voilà tous bloqués à bord à cause du coup de vent, quelle ironie ! Trop les nerfs !

En tous cas, nous sommes arrivés au point de départ, il n’y a plus de terre entre nous et la Nouvelle-Zélande et dés que les papiers de sortie seront en notre possession, (et que la météo nous fera une fleur, nous partons pour Minerva reef ou directement, Whangarei sur l’ile du Nord.

Nous avons réservé une place à whangarei Marina pour 3 mois. Ce port se situe en plein centre ville de la Mecque du plaisancier.

 

13/11/10

Le vent est complètement tombé, brutalement, nous laissant flotter dans une eau calme et reposante. Pascale nettoie l’intérieur de tous les coffres et je barbotte 1h et demi pour gratter encore et encore la coque couverte d’algues et de coquillages.

Toujours mouillés devant l’ile de Pangaîmotu où se trouve le « Big Mama restaurant », très connu des navigateurs. Contre une petite boisson, Internet est en libre accès pour nos ordinateurs pendant que nos pattes arrière sont en libre accès pour les moustiques qui consomment pour pas un rond !

Nous prenons chaque jour et même, des fois, matin et soir, les prévisions météo et tout le monde s’y met, compare, commente, propose, etc.  Nous ressentons une certaine tension entre les navigateurs avec ces fronts froids et ces tempêtes du Sud qui gonflent en quelques heures… Et comme tout le monde en rajoute, je finis par ressentir un certain stress à l’idée de me lancer dans cette navigation vers les latitudes australes. Ca ira mieux lorsque nous serons au large…

 

14/11/10

Toujours peu de vent en vue mais les différentes météo semblent s’accorde sur le fait que Mardi, voir mercredi, une fenêtre de bon vent se de dégage pour gagner la Nouvelle-Zélande, affaire a suivre…

Encore une journée à préparer le voyage qui se dessine et surtout à nettoyer et ranger pour éviter de contrarier les douanes Néo-Zélandaises.

 

15/11/10

Badinguet, « Sundance » et « Téou » se déplacent de quelques milles pour mouiller devant l’entrée du port de Nuku Alofa. La journée va être chargée…

Nous commençons par la douane mais le fonctionnaire n’a plus de formulaire de clearance, je rêve !!! Nous partons ensuite pour un café, le « friends tourist cofee » où se trouve un fax et des ordinateurs. Chacun notre tour, nous envoyons, contre quelques pièces, le formulaire officiel de demande d’entrée an Nouvelle-Zélande, voilà une bonne chose de faite !

Ensuite, passage à l’immigration ou un beau bébé Tongien de 150 kilos tamponne nos passeports. Puis ce sont les courses de fruits et de légumes dans un grand marché couvert très bien garni mais nos sacs se remplissent rapidement de denrées fraiches aussi décidons-nous de retourner au bateau pour les décharger. Nous arrêtons un taxi et le chauffer fait deux tètes de plus que moi… Si le gars de l’immigration était le pilier de l’équipe de rugby des Tonga, nous voilà avec le deuxième ligne !

A chaque fois que nous discutons de rugby, le visage des massifs Tongiens s’illumine et ils ne tarissent plus d’éloges envers leur équipe nationale. Il y a même un compteur au centre ville qui annonce que le match d’ouverture aura lieu dans 301 jours ! Et devinez quelles sont les deux équipes qui inaugureront le tournoi ? Les All black et le Royaume du Tonga ! Et devinez qui est dans la même poule que ces deux monstres sacrés ? La France !!! Et beh, c’est pas gagné !

Apres avoir enfin obtenu notre clearance de sortie auprès de la douane Nous retournons au bureau du port pour payer une nouvelle taxe puis nous récupérons dans un dernier bureau le sésame de détaxe pour le gasoil. Reste plus qu’à faire le plein ! Aussitôt dit, aussitôt fait, nous chargeons 575 litres de diesel dans le réservoir et dans quelques bidons. 1 litre pour 54cts d’euro, on ne va pas se priver.

A la lecture des dernières météo, la messe est dite, nous partirons demain matin et devancerons l’appel du Gourou néo-zélandais Matt Davis, de 24h. Tous nos amis préfèrent attendre mercredi, qu’il en soit ainsi !

La drisse de balooner qui nous sert à remonter l’annexe pour la nuit est parti faire un tour dans les barres de flèche du grand mât et c’est Pascale qui décide d’aller la décrocher… Elle grimpe donc à mi hauteur et décroche la vilaine drisse, la prochaine fois, ce sera tout en haut du mât !

Pascale fait cuire deux gros pains pour la longue route qu’il nous reste a parcourir et je prépare le bateau tranquillement dans la soirée, ambiance calme mais tendue…

 

 

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