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ILES ILES MARQUISES  -  FATU-HIVA

 

29/04/10

Impossible de dormir plus longtemps, trop impatients, trop énervés… Nous glissons un œil, risquons un regard,  à l’extérieur, et là…

Un mot, un seul : Ouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!!!!!!

L’annexe est gonflée, le moteur en place et le Poitou est déjà parti dire bonjour à tous les copains… Malou, Domi, que de plaisir de les retrouver, Il y a aussi Carine, Olivier, Antoine de « Bicoque », Valérie et Marc de « B&B » et Geneviève et François de « Ultreïa », avec qui nous passons une grande partie de la journée. Discussions passionnantes, formidables retrouvailles si loin de Porto Rico et des Bahamas. Toujours sur leur vaillant « 32 pieds » (moins de 9 mètres), ils parcourent le plus grand océan de la planète en 20 jours, chapeau bas !

Nous mangeons ensemble sur Badinguet puis nous partons à terre pour 3h30 de grimpette dans la montagne. L’objectif est simple, tu lèves la tête très haut, il se trouve au sommet de la montagne qui domine la baie, Gulp !

Les averses sont fréquentes mais le spectacle qui s’offre à nous est tellement grandiose, presque irréel que la pluie et les efforts sont acceptés comme une douce pénitence. Arrivés au sommet, nous sommes récompensés par une belle éclaircie et un panorama à couper le souffle et à propos de souffle, on en a plus du tout !

Que de bonheur de marcher en bonne compagnie sur les pentes boueuses de FATU - HIVA

Le village ne ressemble à rien de ce que nous avons vu jusque là. Une allée bétonnée serpente nonchalamment entre des petites maisons basse envahies par la végétation. Des cochons, des poules et quelques chiens s’agitent sous les citronniers et les arbres à pain. Les activités majeures sur l’ile sont : Le troc (l’argent n’a quasiment pas cour), la pêche et la chasse au cochon sauvage, le copra et la  prière. Pour le troc, les Marquisiens proposent des repas locaux, des fruits, des Tiki (statuettes en bois de rose et Tapa, (peintures tribales sur textile)

Apéro chez Patrick et Nathalie sur le « Casamance Mily Carla » où les « Cuba libre » se succèdent pour faire passer les toasts et les carpaccios de poisson.

Encore une soirée extraordinaire, avec les équipages de « Bicoque », « Cata fjord », et « Mily Carla », formidable moment, instants de partage privilégiés en parfaite harmonie avec nos amis et notre environnement. Nous nageons tous avec extase dans une euphorie où les regards l’emportent sur les mots, tout le monde se comprend par un sourire, on est tous passé à la moulinette du Pacifique et on a tous pris cette gigantesque baffe au pied des colonnes de basaltes de la baie des Vierges.

Tout le monde a navigué des semaines coincé entre le bleu du ciel et celui de la mer avec pour seul relief les grandes vagues de l’océan. En quelques minutes, brutalement, nos yeux et nos esprits font le plein de falaises vertigineuses, de paysages, de formes et de couleurs indéfinissables. Chaque matin, il faut nous bousculer et nous pincer pour accepter l’information incroyable que nos yeux nous envoient. Et oui, cet endroit existe vraiment, ce n’est pas une image de synthèse et le capitaine Flint n’est pas mouillé juste derrière !

 

 

30/04/10

Je ne suis pas réveillé par la chaloupe des révoltés du BOUNTY mais par un bon mal de tête et je rejoins pascale qui a lancé une lessive pendant que le groupe génère du 220V. De bonnes rafales secouent le mouillage mais nous sommes bien accrochés à notre ile de rêve.

Je passe la matinée dans l’eau sous le bateau à nettoyer la coque pleine d’anatifes et couverte d’une couche d’algues jaunâtres. A 14h, un cargo dépose 150 touristes dans le petit port, les habitants ont préparé des stands et attendent de pied ferme les éventuels acheteurs de Tiki et autres souvenirs sculptés dans de l’os de cochon. Puis ce sont les danses folkloriques polynésiennes avec ces hanches et ces bassins qui s’agitent à la perfection au rythme des puissants tambours marquisiens.

Bon, c’est vrai que les vahinés ne sont pas tout à fait à l’image que nous en avions, environ 100 kilos, 140 de tour de poitrine et là aussi, la consanguinité et l’alcool ont laissé des marques bien visibles dans la population. Je troque trois vieilles bouteilles de rhum contre un magnifique Tiki en bois de rose puis je passe le reste du temps à surveiller Pascale qui s’attarde longuement devant tout un tas de petits bijoux marquisiens.

Une ile magnifique, des habitants formidables, un mouillage de rêve et tu peux laisser ta femme avec un porte-monnaie bien rempli et ta carte bleue sans aucun risque, c’est t’y pas le paradis ?

Le soir, nous dinons à 12 sur Badinguet, il va falloir qu’on se calme un peu !

Pour plaisanter, nous asticotons un peu nos voisins et amis avec la sirène de bord et à la fin du repas, vers 23h, de jeunes Américains viennent nous rejoindre. La soirée se termine tard, très tard !

 

01/05/10

Je passe la matinée à végéter devant l'ordinateur puis Valérie de B&B vient se faire manipuler le bassin et Pascale joue mon assistante dans la bonne humeur. J'apprends que Simon, un Marquisien, sculpteur, et grand pêcheur devant l'eternel me fait demander sur l'ile. Je pars donc en début d'après-midi à sa recherche et comme tout le monde connait tout le monde, je me retrouve très vite assis autour d'une grande table avec pleins de Marquisiens sympathiques. Simon a mal au dos, une dorsale basse, que du bonheur ! Après une bonne séance d'ostéopathie, je troque un pare-battage et un sondeur de pêche amovible contre quelques Tiki en pierre et en bois. 

J'apprends que notre sirène hier soir a affolé tout le village, les enfants se sont enfuit dans la montagne, les adultes se sont réunis en urgence et toute la vallée a été en émoi pendant un bon moment... Ils ont cru que la sirène était celle de l'alarme Tsunami. Alors là, côté gaffe, on a fait vraiment très très  fort !!! Bon l'alerte Tsunami, ça c'est fait !!!!

Pascale passe l'après-midi à la recherche d'une cascade, perdue dans la jungle et la boue avec Geneviève et François d'Ultreïa. Je suis en plein bricolage lorsqu'elle revient les bras chargés de pamplemousses et de bananes.

J'ai interfacé le Pc avec la chaine "Seatalk" Raymarine grâce à un petit boitier que Marc m'a revendu et de mon ordinateur, j'ai maintenant accès aux informations de force et d'orientation du vent.

Nous dinons sur Badinguet avec "B&B" puis une vraie bonne nuit tranquille.

 

02/05/10

Dimanche, pas un Marquisien ne bouge une oreille si ce n'est pour la grande messe du matin. De magnifiques chants polynésiens s'envolent par les fenêtres ouvertes de la petite église pendant que je poursuis mon travail de nettoyage de la coque. L'eau est à 30° et notre voilier retrouve une ligne de flottaison impeccable et il l'a  bien mérité.

A 11h, je rejoins Marc pour une petite plongée sous-marine avec bouteille à la recherche de langoustes... Nous passons 30 minutes par 15 mètres de fond à fouiller les rochers et les rares coraux en vain. A part quelques murènes et une pieuvre, nous n'avons rien vu d'intéressant. En tous cas, cette plongée m'a rappelé de bons souvenirs et l'appréhension que j'avais avant de descendre s'est vite estompée.

Je visite le super Maramu 2000 de jeunes Américains fortunés fraichement arrivés du Mexique. Ils ont une unité centrale Israélienne (Fit-PC) qui alimente deux écrans tactiles (un dedans, l'autre à l'extérieur), retro éclairés et marinisés. Mais le clou de la visite reste leur retro projecteur installé au plafond du carré avec un écran amovible qu'ils installent pour l'occasion, le tout sonorisé par un système dolby pouêt-pouêt, home cinéma... j'en ai les babines qui salivent...

Dans l'après-midi, Domi et Malou, s'approchent de Badinguet en annexe et notre ami exhibe fièrement sa jambe ornée d'un beau tatouage encore fumant !  Pascale est vraiment enthousiaste, ça fait longtemps qu'elle en désire un et il est vraiment magnifique. Résultat des courses, nous nous retrouvons chez le tatoueur après un joli troc de Tikis contre cordages et leurres de pêche.

Pascale choisit vite un tout petit motif assez ridicule et je m'empresse de lui conseiller de se lâcher et d'en prendre un grand. Tout en justifiant mon point de vue, je feuillette son catalogue et découvre un très beau tatouage pour mon épaule gauche !!! Il y en même des motifs qui ressemblent curieusement au tatouage Néo-Zélandais de Maël. Qiu qu'il en soit, ça ne nous a pas coûté grand chose, une bouteille de whisky, 2 bouteilles de vin chilien, un leurre de pêche et un petit billet ! 

A noter que pascale adore faire du troc... Avec les affaires de son mari !

3 heures plus tard, Pascale est aux anges avec un dauphin sur la jambe et j'ai l'impression qu'on m'a mâché l'épaule pendant 1h30. Je ne comprends pas pourquoi j'ai beaucoup plus mal qu'elle, serai-je douillet ??? La prochaine fois qu'on me demande montrer ma raie, je montre mon épaule...

Il fait nuit noire à 19h dans le petit village, Pascale saute comme un cabri et je suis torse nu pour éviter les frottements lorsque nous tombons nez à nez avec le seul gendarme de l'ile, celui qu'on évite depuis 1 semaine !

Nos n'avons toujours pas fait les formalités d'entrée dans la grande ile voisine et le gendarme local réclame 1 bouteille d'alcool fort à tous les équipages "hors la loi" pour ne pas révéler à ses supérieurs leur présence... Belle mentalité ! Et bien ce soir, lorsque nous croisons sa route, il est tellement bourré que je me permets même de lui dire bonsoir, une loque en uniforme ! Merci à tous les copains qui lui ont donné de l'alcool, ça nous a bien arrangé ce soir !

5 minutes plus tard, nous sommes à bord à manger des spaghettis. Ce soir, un bon film dans la couchette et gros bobo à l'épaule...

 

03/05/10

Ultreïa et B&B sont partis tôt ce matin, il y a très peu de vent et la pluie menace comme souvent. Je descends la grand voile pour l'activité du jour : "Atelier couture". Apres avoir dessalé, dégraissé, découpé et collé les pièces de voiles autocollantes, je couds pendant 3 bonnes heures pour sécuriser les pièces de toile. Simon, le sculpteur, vient discuter un bon moment avec nous puis en remontant la GV, le messager cesse et toute la drisse atterrit sur le pont. Quelle galère, Môsieur AMEL d'avoir coupé ces drisses si court !!!

Alex, le skipper Américain de "Bubbles passe 1h en haut du grand mât pour repasser le cordage dans le bon trou puis en redescendant, nous découvrons que la drisse passe dans les lanières de la chaise de mât, il faut tout refaire, bien joué Mac Gyver !

A midi, tout est en place, la grand-voile est réparée, Badinguet est prêt à reprendre la mer. Il pleut  beaucoup aujourd'hui, pascale dessine un aquarelle et j'écris ces lignes dans le carré, ventilateur à fond. Vers 15h, nous descendons à terre une dernière fois pour troquer quelques bières avec le tatoueur et des pare-battages contre d'autres souvenirs et de nombreux fruits. Nous revenons chargés d'un régime de bananes et de nombreux pamplemousses, corossols et citrons.  Il semble que la rumeur ai fait son chemin, je croise deux personnes que je ne connais pas qui me demandent de les soigner ! Ca y est, je suis l'Ostéopathe de Fatu Hiva ! Je leur donne des rendez-vous pour début Juillet lorsque nous reviendrons avec Cath.

Nous dinons sur "Catafjord" avec Malou et Domi, foie gras, toasts aux rillettes de thon, pruneaux, jambon fumé et pour arroser le tout le très fameux cocktail de Domi, le "Moloco +"... C'est bien simple, tu regardes la bouteille, tu as delà la tète qui tourne ! Merci Malou et Domi pour ces fabuleux moments en votre compagnie. Nous rejoignons Badinguet dans le noir complet pour une immense nuit sous les étoiles des Marquises.

 

 

LES ILES MARQUISES  -  HIVA- OA

 

04/05/10

Nous devions partir à l'aube, il est 8h lorsque j'émerge de la cabine et 8h30 quand on lève l'ancre... A peine sorti de la baie des Vierges, un beau wahou (appelé Thazar ici) atterrit sur le pont, ça commence...bien ! Badinguet est chargé de fruits, de souvenirs et maintenant de poisson

Badinguet taille la route à 9 nœuds vers le Nord-ouest et nous loupons un très beau poisson qui se décroche au bout de 10 minutes de travail, dommage !

Nous engageons ensuite le canal du Bordelais entre les iles Tahuata et Hiva-Oa, accompagné d'un grand banc de dauphins très joueurs. Certains spécimens sont dépourvus de Rostre, comme des orques noirs sans tache blanche, peut être une autre race de dauphins... Dommage qu'Enrica et Marco ne soient pas là pour nous expliquer de quoi il s'agit...

Puis, c'est le contournement de la pointe Sud-ouest de HIVA-OA et la remontée de la côte Nord contre le vent  jusqu'a la baie de Hanaiapa. Les paysages sous le soleil couchant sont extraordinaires et l'appareil photo crépite, nous fraisant oublier le moteur qui tourne à haut régime pour gagner le mouillage. Il n'y a que 3 voiliers sur place et les quelques maisons qui bordent la grande plage de sable noir semblent extrêmement isolées.

 

 

La baie de Hanaiapa se situe à 20 km par la route de Atuona, où nous devons faire nos formabilités et nos emplettes ! Il va falloir trouver un moyen de transport pour aller là bas demain... Mais demain est un autre jour et nous dinons  tranquillement puis un bon film et au pieu !

La nuit tombe comme un rideau qu'on tirerait après le spectacle et les quatre voiliers du mouillage disparaissent dans l'obscurité, à peine trahis par leur feu de mouillage. 

 

05/05/10

Réveillé à 4h par le roulis et les vagues qui cognent contre la jupe, je termine ma nuit dans la cabine avant et à 7h, nous sommes en train d'essayer de sauter sur un quai en pierre dans le rythme de la houle, une vraie galère ! Je lâche un maximum d'amarre et nous voilà partis à la recherche d'âmes qui vivent... Nous traversons un petit pont qui enjambe une rivière et nous voilà sur la route principale. En fait il s'agit d'une ruelle en béton, bordée de fleurs et de plantes multicolores. Nous interpellons les premiers habitants que nous rencontrons et nous apprenons qu'il y a un bus par semaine, le jeudi !

Moyennant une petite discussion et un peu d'argent, Philippe, un officier de la marine à la retraite nous emmène en pick-up à Atuona. Nous remplissons les formalités d’entrée à la gendarmerie, récupérons le colis de Jean-Claude avec le condensateur du déssalinisateur et surtout, nous faisons quelques courses à l'épicerie du coin.

Le petit port d’Atuona est protégé de la houle d'Est par une courte digue et les places au mouillage à l'abri sont très prisées ! Beaucoup de marins fatigués terminent la Transpac à l'extérieur de la jetée et passe une vraie nuit de cauchemar à rouler comme des tambours !

    

La commune d’Atuona est très étalée sur les coteaux et dans les vallées environnantes et le cadre est toujours aussi grandiose. Apres avoir passé deux heures sur un poste internet d'une lenteur exaspérante, Philippe nous emmène voir les tombes de Gauguin et de l'autre Brel. Leurs tombes sont tellement simples qu'elles en sont belles et harmonieuses. De là où ils sont couchés, ils ont une vue magnifique.

Nous retournons à Hanaiapa sous une pluie battante en traversant les hauts cols du Sud vers le Nord. Philippe m'explique que vendredi prochain, il est membre organisateur du marathon des Marquises et nous sommes conviés à la grande fête si nous le désirons. Je lui propose d'emblée mes "talents" de kiné comme bénévole et l'affaire est conclue !

Après un repas copieux, j'abandonner Pascale qui désire se reposer un peu et je crapahute jusqu'en haut du col qui domine la baie. Quelques belles photos plus tard, je redescends, couvert de boue pour rejoindre l'équipage d'Ultreïa qui vient d'arriver au mouillage.

Il est 16h lorsque nous repartons à terre pour voir Philippe et Lucie, sa femme Marquisienne. L'accueil est époustouflifiant, nous dégustons des dizaines de fruits différents puis nous visitons son immense verger. Il y cultive du cresson, 8 sortes de bananes, 3 de pamplemousses, de la vanille, des oranges, des citrons, des papayes, des mangues... Il a aussi des ruches, un parc à chèvres destinées à la casserole et un cheval dans son jardin... Il est ravi de notre visite et le responsable du marathon est très intéressé par ma candidature, nous devrons venir 2 jours avant la course pour définir mon rôle dans l'organisation, ça promet d'être très sympa.

Nous dinons avec Geneviève et François sur Badinguet, au menu, Thazar pané, pommes de terre à l'eau, et bananes flambées en dessert, le tout arrosé d'un Collioure de 2002 et du Marc de gewurztraminer en digestif, un régal.

Encore une soirée pleine de bonnes choses avec nos amis.

Il est 22h26, mes yeux tombent de fatigue et ce n'est pas bien, Pascale fait la vaisselle et c'est très bien, Badinguet roule, on va dormir dans la cabine avant, on sentira moins les mouvements du bateau.

 

06/05/10

Grande balade à pied avec Geneviève et François jusqu'à la baie de Hanatekuua. 4h30 de marche sur un sentier de chèvre pour accéder à une plage déserte de sable blanc. Alors que nous piqueniquons entre deux baignades rafraichissantes dans une eau turquoise à plus de 30°, des chevaux sauvages viennent boire l'eau douce de la rivière avant de disparaitre dans la grande cocoteraie. De belles porcelaines nous tendent les bras dans les flaques d'eau de mer mais il est temps de repartir. Sur le chemin du retour, comme à l'aller, nous faisons fuir des dizaines de chèvres devenues sauvages et qui servent de réserve de chasse aux Marquisiens.

"Bepci", "un Voyage 12.50" que nous connaissons par "Ultreïa" nous a rejoins au mouillage.

Apres une  tentative vaine et  meurtrière pour mon dos, de mettre un mouillage arrière dans le but de limiter le roulis, nous retournons tous les 4 chez Philippe et Lucie qui nous ont préparé du ragout de chèvre avec du "Uru" (fruit de l'arbre à pain). Quel régal et que d’histoires absolument incroyables de sauvetage et de remorquage de la marine nationale... A la fin du diner, notre hôte nous raccompagne en 4X4 au débarcadère et nous rejoignons notre Badinguet rouleur... 

 

07/05/10

6h15, le réveil nous arrache cruellement à nos rêves et à notre couchette. Au petit déjeuner, voltarène !

Le mouillage arrière est vraiment problématique lorsqu'on n'est pas équipés spécifiquement pour cela ! Patrick de "Amel caramel" nous a expliqué comment procéder, une ancre FOB de 15 kg en Alu avec de la sangle sur enrouleur à poste sur le balcon arrière et le tour est joué. Il va falloir que je refourgue mon 3ème mouillage constitué d'une ancre plate de 24 kg pour acheter du matériel moins lourd. Avec une ancre de ce poids  plus 10 mètres de chaine, on peut, à coup sûr, garantir le lumbago au cours de la manœuvre. Et pour couronner le tout, lorsque j'ai levé l'ancre principale hier soir, j'ai remonté la moitié des blocs de coraux de la baie et c'est le guindeau qui a réclamé du Voltarène !

A 7h25, nous récupérons les équipages de "Ultreia" et "Bepci", direction le débarcadère de tous les dangers" pour rejoindre le 4X4 de "Coco", le fils du cousin du frère de la tante du père de la sœur de Lucie, il y a de grandes familles par ici !!!

Henri, surnommé "Coco" arrive à l'heure et nous voilà partis pour une nouvelle grande balade. Visite de la vallée de Taaoa avec un Tiki et de grandes plateformes sur lesquelles les ancêtres de notre sympathique guide faisaient cuire leurs victimes... C'est bien simple, depuis le 11ème siècle, des dizaines de tribus se font des guerres de voisinage et se mangent les uns les autres... Quelques fois, il ne s'agit que de sacrifices humains et il persiste de nombreuses pierres sur lesquelles les malheureux sacrifiés se faisaient trancher la tête ! Rien que dans la vallée dans laquelle nous sommes,  cohabitaient 10 tribus qui se cannibalisaient dans la joie et l'allégresse ! La description que nous fait "Coco" de ses ancêtres est incroyable et les preuves du passé abondent dans la jungle... Il nous explique avec beaucoup de fierté que son grand père, ancien maire de l'ile et copain de Jacques Brel, détient plus de 10 000 hectares de terrain et que le personnage a chez lui de quoi faire tourner la tête des scientifiques... Pour preuve, il sort d'une cachette un morceau de crâne humain et la massue qui servait à briser les têtes et les membres des ennemis pèse 70 kg. Il est maousse-costaud le cannibale marquisien ! On peut trouver encore de nombreux crânes humains qui pendouillent dans les arbres si on veut bien s’enfoncer un peu dans la forêt, ça c’est de la déco polynésienne !

Coco nous montre alors son grand tatouage fait avec une dent de requin percée et se penche en avant sur une grosse pierre ronde de 140 kilos. Il l'a prend par les avant-bras et la lève jusqu'aux épaules en souriant... Nous regardons faire le colosse tatoué, c'est une fausse pierre ou quoi ? Ce Marquisien est un vrai tronc d'arbre et ils sont tous comme ça ! Notre guide arrive à lever 170 kg et son oncle, champion de Polynésie soulève 250 kilos dans les concours... Force est de constater que si les aïeux de Coco étaient des guerriers anthropophages, leurs descendants  sont encore capables de te désosser vite fait, bien fait !

Hulk reprend le volant et nous poursuivons la journée en empruntant la spectaculaire route de la vallée de Puamau. La piste serpente en surplombant une succession de baies profondes dont les vallées sont toutes privées et appartiennent à de riches et influents propriétaires terriens, tous de la famille de Coco !!!

Arrivés à la fin de notre périple, nous déjeunons dans le petit resto du coin en prenant le plat local, chevrettes (délicieuses crevettes d'eau douce) et riz. Ensuite vient la visite du site archéologique de Puamau, vestige du lieu sacré d'une des tribus les plus sanguinaires.

  

En rentrant à Hanaiapa, nous rencontrons sur la piste quelques chevaux sauvages très attirés par les peaux de bananes que Pascale leur jette. Ils sont une bonne centaine dans cette partie de l'ile à vivre en complète liberté. Entre Jacques Brel et les chevaux sauvages, Anne, l'amie de Pascale adorerait le coin...

Nous avons maintenant compris la façon dont les Marquisiens gèrent leurs ressources... Ils lâchent dans la nature des centaines de chèvres et de volailles et laissent faire les choses. Les animaux se multiplient rapidement et la chasse peut commencer... Avec des pièges ou du calibre 12, ils capturent ou dégomment des cochons sauvages, des biquettes et des poules selon leurs besoins ou leurs envies...  Les fruits et les légumes poussent comme du chiendent et si on vous dit que l'état français leur offre leur maison et le RMI sans taxe ni impôt, il fait bon vivre aux Marquises !

 

 

08/05/10

Il est 7h10 et Philippe nous emmène à vive allure, en BMW, à Atoana où nous allons faire quelques courses. Nous assistons en sa compagnie à la cérémonie anniversaire de l’armistice. Il y a là un régiment de l’armée de terre et les autorités civiles de la commune et de la région. Après la remise de quelques médailles, nous sommes présentés au maire, aux responsables régional et territorial et nous finissons la matinée par une longue discussion avec Teiki, l’organisateur du Marathon. Nous serons donc pris en charge pendant deux jours complets avec une nuit à Puamau et de nombreuses festivités toutes plus belles les unes que les autres, soirée rhum, danses folkloriques, four marquisien, etc. En contre partie, je serai dans une voiture médicale pour ramasser les éclopés, ça devrait aller !

Nous revenons à Hanaiapa après une tentative de connexion à Internet… Philippe et Lucie nous donnent encore de nombreux fruits et nous retournons sut Badinguet que nous nettoyons une bonne partie de l’après-midi.

 

09/05/10

Badinguet est prêt pour prendre la mer, l’annexe est sur les bossoirs, les fruits dans les filets et Pascale sous la douche… J’actionne le guindeau et le bruit que j’entends ne me dit rien de bon Il tourne au ralenti et on dirait que le moteur peine énormément. STOP ! On arrête tout ! François vient me donner un coup de main et après vidange, nous démontons tout ce qui est démontable sur ce guindeau. Le problème vient bien du moteur et nous retrouvons de nombreux morceaux et plaquettes de cuivre arrachés provenant de l‘intérieur du carter… Finalement, ce n’était pas un Voltarène dont le moteur du guindeau avait besoin mais d’un cercueil. Paix à son âme... Nous n’avons plus de guindeau électrique et pour s’en aller d’ici, il faudra retirer le capot du moteur pour virer le compteur de chaine et actionner le barbotin à la main ! Finalement, nous ne sommes pas si mal ici !!!

En faisant un tour dans la soute, je découvre que ma réparation sur le tuyau haute-pression du déssalinisateur est en train de lâcher. Le tuyau fuit et l’eau a rempli le bac en plastique qui contenaient 10 filtres à huile achetés à Panama … Ils sont bons pour la poubelle ! Je retourne à terre pour téléphoner à Jean-Claude de chez Philippe et mon cher oncle a une cervicalgie qui l’immobilise complètement ! Pas de doute, c’est notre jour de chance, on va jouer au loto !

 

 

10/05/10

Je suis réveillé 10 fois par une violente douleur dans l’oreille gauche. Je me remplis le conduit auditif de Polydexa mis rien n’y fait, j’ai vraiment mal et impossible de poser ma tête sur cette esgourde ! Il est 7h, pascale est déjà levé, le voilier roule énormément, on ne va pas tarder à arriver au point critique où tu changes de mouillage ou tu jettes ta femme en pâture aux requins. Donc, le changement de mouillage est prévu pour cette après-midi. En attendant, je retourne chez notre ami retraité de la marine pour téléphoner à deux chantiers polynésiens susceptibles d’avoir un guindeau.

Le chantier « Raiatea Carénage service » semble prendre notre problème très a cœur et on sent que les chantiers AMEL ne sont pas loin derrière… Tant mieux pour nous mais il n’ont pas le moteur en stock et il va falloir le commander en Italie…

Nous repartons en 4X4 à Atuona où j’achète des antibiotiques pour mon otite et envoyons quelques mails. Nous récupérons enfin une carte SIM et nous allons avoir le téléphone à bord, il était temps !

Nous repassons par chez Philippe puis après un déjeuner à bord, je décide de changer de place !

25 minutes de remontée de chaine puis, en laissant l’ancre pendre à 6 mètres sous la surface,  je place Badinguet près de la falaise Est de la baie, contre vent et vagues avec le propulseur d’étrave. Je charge dans l’annexe le deuxième mouillage duquel je viens de retirer 10 mètres de chaîne pour l’alléger. Mais il est trop tard, les puissantes rafales ont complètement retourné notre voilier. Qu’a cela ne tienne, je suis dans l’annexe et Pascale au moteur de Badinguet et nous lui faisons faire un magnifique demi-tour sur place. Nous reculons ensuite dans l’axe qui nous intéresse jusqu'à tendre la chaine principale et j’envoie l’ancre plate par le fond une quarantaine de mètres derrière le cul du bateau. On resserre tout ça au winch et, et, et ???? On roule beaucoup moins, ou plutôt « presque, un peu, beaucoup, moins » On va être bien ici !!! En tous cas la manœuvre sans guindeau et sous les rafales fut parfaite !

Il est 15h30, je dois faire une séance à la maman de Lucie percluse d’arthrose cervicale. Jean-Claude va être content car je vais me faire la main sur une polynésienne âgée avant de m’attaquer à lui lorsque nous serons à Tahiti.

Catherine nous a envoyé une photo de Mamie, quel bonheur de la revoir devant la carte du monde de sa petite chambre de la maison de retraite. Je mesure à quel point nous sommes loin des gens aimés et recevoir des photos de la famille ou des amis est un vrai bouffée d'air qui réchauffe le cœur et sert les tripes.

 

11/05/10

Maël est, comme d'habitude le premier à utiliser notre nouveau numéro de téléphone Marquisien et nous restons un bon moment tous les deux, voilà décidément une journée qui commence bien. Je passe ensuite un coup de fil à "NautiSport" à Tahiti et la commande est confirmée. Notre moteur devrait partir de France dans les jours qui viennent et arriver par ici dans les semaines qui viennent !

Nous replaçons Badinguet dans l’axe car l’ancre arrière a un peu dérapé puis corvée d’eau au débarcadère et enfin une toute petite sieste. Vers 15h, je retourne chez la mère de Lucie pour lui prodiguer une nouvelle séance et je reviens à bord avec  un sac plein de pamplemousses.

La nuit venue, nous débarquons avec nos frontales vissées sur le front. Nous sautons sur le quai en prenant grade de ne pas se faire pincer par les centaines de crabes qui ne semblent pas effrayés par notre débarquement. 10 secondes plus tard, des milliers de moucherons enveloppent nos loupiottes et les deux têtes qui sont dessous ! Pascale a des insectes pleins les narines et j’en ai jusque dans la bouche … La frontale aux Marquises, OUBLIES !!!

1/4h de marche à zigzaguer entre les cafards plus tard, nous sommes chez Lucie et Philippe, sacré entrée en matière, Pascale a vraiment apprécié !

Nous enfilons nos bottes, nous armons d’une torche et d’un pic et, couvert de sueur et d’anti-moustique, nous partons à la pêche aux chevrettes. Le principe est simple, il faut remonter la rivière dans le noir entre les herbes, les cailloux, des nuées d’insectes et d’énormes anguilles. Il faut ensuite repérer les chevrettes grâce à leurs yeux qui brillent et les transpercer d’un geste rapide avec le pic ! Inutile de dire que j’en ramène 20 et Lucie 200 !

Nous finissons la soirée chez nos amis qui font sauter les crevettes dans une grande poêle puis flamber au Rhum, à la vanille et même au Marc de Gewurztraminer dont j’avais laissé un fond la dernière fois. Un régal, ces petites bêtes sont absolument délicieuses et dés demain, j’achète un pic à chevrettes !

 

12/05/10

Philippe nous attend au débarcadère à 7h ¼, tu parles d’une grasse mat ! Le pickup est chargé de nos bidons vides et nous retournons à Atuona. Nous y achetons des planches pour faire un support sur le balcon pour l’ancre arrière, 140 litres de gasoil au prix français, deux pics à chevrettes et du monoï anti-moustique. Ce truc est génial, le moustique marquisien repère ta peau de blanc bec et se précipite dessus pour te vampiriser… Il atterrit sur le monoï et glisse allégrement telle une catcheuse américaine qui combat dans la boue. Alors qu’il pense pouvoir gagner la partie, l’insecticide l’achève, c’est le deuxième effet kisscool !

Avant de reprendre la route pour faire les 20 kms jusqu’à Hanaiapa, nous prenons possession de nos tenues respectives pour le marathon au local tenu par Teiki, l’organisateur.

Il est 10h30 et nous sommes de retour à bord, il y a maintenant 7 bateaux autour de nous à rouler allégrement… Les hollandais derrière nous ont coupé notre orin et nous avons viré un bateau anglais venu mouiller entre nous et nos voisins alors qu’ils ont toute la baie pour barboter… Que des imbéciles !!! Je suis surpris de voir autant d’idiots capables de traverser le Pacifique !

A 16h, je repars faire une séance de kiné à la maman de Lucie puis je me prépare pour la suite du programme. Je ponce les coquilles de noix de coco que Pascale veut utiliser comme plat à apéro et à la nuit tombée, je retourne à terre, armé de mon pic à chevrettes.

Pascale est restée à bord, Lucie et moi remontons le cours d’eau pendant 3 heures et je casse mon nouveau pic au bout de 20 minutes, bien joué l’araignée ! Je reviens au bateau à 22h avec 1 kilo et demi de chevrettes, on va les congeler pour en faire profiter les amis…

Pascale m’a préparé des fraises, c’est quand même mon anniversaire aujourd’hui ! L‘année dernière, tout le monde a pensé à me le fêter sauf Maël, cette année, c’est exactement l’inverse, il n’y a que mon fils qui y a pensé dans les temps, suivi de peu par Cath et mon père, c'est cool !

 

13/05/10

Il est 13h lorsque Philippe me dépose au local de l’organisation du Marathon. Nous remplissons les véhicules de packs d’eau, de Gatorade et autres douceurs pour les sportifs puis c’est le départ en convoi vers Puamau.  

Vers 16h, nous sommes tous dans le village et mon travail commence… Je manipule 3 sportifs que le long voyage pour arriver jusqu’ici a esquinté. Le plus difficile est de dégoter un lit ou un matelas pour soigner les coureurs et des habitants finissent par nous laisser une petite chambre dans laquelle je travaille une bonne heure. Je retrouve le parvis de la paroisse lorsque j’ai terminé et le pickup dans lequel j’avais déposé mon sac est reparti pour Atuona !!! Toutes mes affaires sont dedans, rien ne va plus ! J’avise Teiki et les autres organisateurs et se met alors en place une chaine de communication assez incroyable… On prévient le fils du diacre, de la commune d’à côté qui prévient à cheval les gens de la vallée d’après… Bref, j’en passe mais le véhicule sera intercepté quelques minutes plus tard et mon sac, retrouvé !

Nous dinons tous ensemble de pâtes et de viande puis je recommence à travailler pour 2 bonnes heures dans la salle de la paroisse où une quarantaine de matelas sont installés. Il est 21h, les sportifs dorment depuis longtemps, bien que je dispose du lit le plus confortable du dortoir grâce à mes prestations, impossible de trouver le sommeil…

 

14/05/10

2h55 du matin, les cloches de l’église résonnent dans la grande salle de la paroisse de Puamau, réaménagée en dortoir pour Marathoniens. Les coureurs émergent rapidement de leur courte nuit. Certains ont dormi directement sur les bancs en bois de l’église mais tous sont de bonne humeur et plaisantent malgré l’heure matinale en se préparant physiquement et psychologiquement à l’effort. Les barres énergétiques et les fruits séchés sont mâchés et avalés consciencieusement puis vient le lever. Les coureurs enfilent leurs contentions, se strappent, ou se massent avant le petit déjeuner servi à 3h30 du matin. Le bruit des vagues peine à couvrir les rires et les plaisanteries des athlètes impatients d’en découdre avec la piste. Je manipule encore un pied, range mes affaires et avale un petit déjeuner immonde, les yeux et tout le reste embués de fatigue.

La route est à peine éclairée par les torches enflammées du premier stand lorsque le départ est donné à 5h15. De suite, le ton est donné, 4 kilomètres de montée alors que le soleil semble hésiter à déranger l’effort silencieux des coureurs du bout du monde. Je suis confortablement installé aux côtés de Teiki, dans la voiture officielle, c’est la meilleure place du marathon car nous sommes juste derrière la tête de la course.

On vient forcement de loin pour faire ce marathon du bout du monde et à part trois équipes Marquisiennes, les coureurs viennent de Tahiti ou de métropole. Courir au milieu des chevaux sauvages le long des plus belles criques du monde… Grimper 1200m de dénivelé cumulé en surplombant les colonnes de basaltes et les rochers sacrificiels des dernières tribus anthropophages. Grimper les cols au rythme des puissants tambours et des chants Marquisiens. Pénétrer enfin dans les sous bois ombragés bordés de Bagnians, de bois de roses et de pandanus accompagnés par les chants des femmes et les hakkas des descendants des plus féroces guerriers polynésiens.

Les ravitaillements se succèdent tous les 2 kilomètres le long de l’interminable parcours, tous plus beaux les uns que les autres. Chaque famille ou village rivalise d’ingéniosité et d’originalité pour remporter le fameux « concours du plus beau stand ». Fruits frais ou séchés, boissons, douche, danses, musiques, chants, feux de joie, on y trouve même des langoustes grillées ou des sandwichs au brie de Meaux ! Des cavaliers tatoués et habillés de plantes sortent de la jungle, accompagnent quelques instants les marathoniens et replongent dans la verdure, absorbés par la végétation.

Les deux premiers coureurs ne s’arrêtent pas à chaque stand mais le gros de la troupe qui se trouve à plus d’une demi-heure derrière eux ne rate pas une telle aubaine et profite du formidable accueil réservés aux sportifs par les Marquisiens.

A 8h15, les deux champions sont allongés sur des tables et Ghislain et moi les massons vigoureusement… Toutes la matinée, les arrivées se succèdent et les massages se suivent et se ressemblent dans la bonne humeur. Une épreuve hors du commun dans un cadre hors du commun mais au-delà du sport, il y a cette rencontre entre des sportifs de haut-niveau, des hommes, un peuple formidable et un archipel exceptionnel, perdu au milieu du Pacifique, une très belle histoire… Pas de doute, comme disait Brel Gémir n’est pas de mise aux Marquises.

Je dégouline de sueur et au bout de 3 heures de massage sportif, je n’en peux plus. En fait, j’ai massé plus longtemps qu’ils n’ont couru et pendant ce temps, Pascale réussit à acheter deux dessus de lit et deux colliers… Alors qu’elle dépense l’argent que je ne gagne pas, je récupère un bon nombre d’adresses et d’invitations, il y aura de l’apéro dans l’air à Tahiti…

Nous rentrons à Hanaiapa avec Philippe vers midi et je m’écroule dans la cabine pour 3 heures de sommeil bien méritées…

A 18h, nous sommes de retour à Atuona pour la remise des prix. Après des danses et des hakkas fabuleux sous le rythme des grands tambours, les coureurs se succèdent sur le podium aménagé dans le centre culturel Gauguin. Lorsque je regarde les colosses peinturlurés qui tambourinent avec rage, je n’aimerai pas être la place du tambour !

Il est 20h lorsque le speaker nous appelle au micro, Ghislain et moi… Nous sommes photographiés, remerciés, récompensés et surtout très applaudis par les coureurs qui ont vraiment apprécié nos massages et nos soins. J’ai un sourire jusqu’aux oreilles, un énième teeshirt du marathon et un collier de fleurs autour du cou lorsque je retrouve ma vahiné à table pour un délicieux repas bien arrosé.

 

 

15/05/10

Nous quittons le bord à 10h pour rejoindre la centaine de membres et participants du marathon dans notre vallée de Hanaiapa. Le four marquisien est prêt.

Ils creusent un très grand trou et y font deux jours de feu intensif. Ensuite, ils étalent des pierres de lave dans la cendre et déposent un immense casier en ferraille remplis de paniers végétaux et marmites pleines de nourriture marquisienne, viandes, poissons, coquillages, Uru, bananes, etc. On recouvre le casier de feuilles de bananiers puis de terre et on laisse cuire à l’étouffée pendant 4 heures…

Nous mangeons tous ensemble sous des tentes aménagées, échangeons nos adresses, nos mails puis ce sont les nombreuses équipes militaires qui s’en vont en premier avec les pilotes de l’avion cargo. Une heure plus tard, un avion militaire rase le fond de vallée en battant des ailes au dessus des festivités, des danses et autres tirs à la corde.

Pascale et moi rejoignons Badinguet à 14h. Nous faisons nos adieux à Philippe et Lucie à 17h et retour à bord pour commencer à préparer le départ nocturne de demain matin.

 

 

LES ILES MARQUISES  -  NUKU-HIVA

 

16/05/10

2h30, réveil, 3h15 départ !!! 3/4h pour remonter deux ancres à la main !!!

Nous quittons la baie dans le noir et le vent est au rendez-vous. 8 nœuds de moyenne au largue, le pied !

Nous sommes en vue de Nuku-Hiva lorsque nous nous retrouvons au beau milieu de milliers d’oiseaux en train de chasser. Nous n’avons jamais vu une chasse de cette taille et je me jette sur l’appareil photo lorsque…. Les deux lignes de traine partent en même temps… Deux bonites plus tard, nous arrivons dans l’anse de Taiohae. L’entrée de la baie est marquée par deux rochers, appelés « sentinelles de l’Ouest et de l’est », elle est profonde, bien abritée et son fond est sableux, le rêve !

Deux annexes viennent à notre rencontre, « Ultreïa » et « Bepci » vont nous aider à manœuvrer. Il y a beaucoup de voiliers, certains sont mouillés avant-arrière et d’autre évitent dans tous les sens, il s’agit de bien choisir sa place et, à fortiori, sans guindeau !!! Il nous faut une heure pour nous ancrer à l’avant et à l’arrière, bien tendu entre deux bateaux étrangers, on y est !

On ne roule quasiment pas et nous avons internet à bord,  on va rester là un moment.

Après 1 heure de retrouvaille avec nos amis, nous dinons et au lit de bonne heure pour Pascale Je reste sur internet jusqu’à 1 heure du matin car le débit est nettement meilleur de nuit, lorsque nos petits camarades marins ronflent dans leur bannette !

 

18/05/10

La découverte de la ville ne présente aucun intérêt si ce n’est les deux petites superettes où nous avons trouvé du fromage blanc, Miam !

Sur le quai du petit port, on trouve un magasin qui rempli les bouteilles de gaz françaises et américaines et ça nous arrange bien car je n’ai aucune envie de revenir à nos petites camping gaz. Les pécheurs écaillent sur une table en bois puis vendent rapidement de magnifiques poissons aux nombreux plaisanciers. Les annexes s’entassent en grappes au rythme de la houle, les pneumatiques les plus proches du quai raguent dangereusement contre les coquillages et ici encore, il faut être sérieusement acrobate pour grimper sur le quai.

Badinguet roule peu mais le retour des vagues qui se sont brisées à terre provoque un méchant clapot et au niveau de la jupe arrière, ça claque si fort que Pascale sursaute toutes les 5 minutes, me faisant sursauter à mon tour !

Je téléphone à François JOUNOT, le superviseur de Nautisport et il m’apprend qu’il n’a pas pu commander le guindeau car il n’y avait plus de moteur 12V disponible chez Accastillage Bernard !!! Je bondis en lui répondant que je lui ai commandé un moteur 24 volt ! Il se rend vite compte de son erreur et il faut tout refaire avec 8 jours de retard, tu parles d’un Superviseur, plutôt un superlooser !

Je suis complètement écœuré par le réseau français et l’incompétence manifeste des différents maillons de la chaine de communication. Il y a tellement d’intermédiaires pour commander une pièce tu as toutes les chances de tomber sur le maillon faible !!!

Pascale revient à bord avec un nouveau petit tatouage sur le poignet... 

 

19/05/10

Après une petite réparation et une rapide vidange de l’embase du moteur hors-bord, je fabrique un support de balcon pour avoir le mouillage arrière à porter de main si nécessaire. Badinguet est plein de sciure de bois et les rafales qui nous poussent de travers envoient de la poussière sur tout le bateau.

Je rappelle JOUNOT pour avoir des infos et il m’apprend que notre moteur a dû partir hier soir de France…

-          Nicolas : Comment ça « a dû » ?

Il n’aura la confirmation que demain ou après demain, je suis en ébullition et le couvercle, n’est pas loin de lui pèter à la gueule mais il faut rester calme, je le rappellerai demain ce troud’cul (pour les Canadiens) !

Plus tard dans la journée, nous assistons à un spectacle très curieux d’un cheval qui refuse d’aller se baigner… Et en soirée, un excellent diner chez Soizic et Gérard de « Bepci », On a encore du chemin à faire en cuisine… Pascale a recopié les recettes…

 

20/05/10

Pas de nouvelle du guindeau et c’est systématiquement moi qui leur téléphone… Je finis par demander de l’aide à Papy Jean qui appelle « Accastillage Bernard »… Le moteur est mis de côté pour faire une commande groupée !!! Je suis vert, quelle bande de nazes, et si on ajoute les week-ends à rallonge du mois de mai… Vite, une douche froide pour me calmer !!!

Je retourne chez le tatoueur de Nuku-Hiva pour faire reprendre mon tatouage et j’y reste 1h30, j’ai l’épaule explosée mais le résultat est très chouette !

En revenant sur le petit quai, je retrouve Pascale et nous regardons pendant une bonne heure les attaques spectaculaires des requins. Les pécheurs vident, écaillent et découpent en filets les poissons fraichement pêchés. Ils jettent ensuite les déchets à l’eau sous le regard amusé des acheteurs et des navigateurs … D’énormes gueules remplies de dents acérées viennent percuter et avaler les morceaux de poisson. On ne sait jamais d’où ils attaquent, certains font plus de trois mètres et ça ne rigole pas… Avec une vitesse étonnante, ils apparaissent au dernier moment, traversant l’eau trouble de la baie en arrivant du dessous ou des côtés… Ils repartent en arrosant tout le monde avec leur puissante queue…

-          Nicolas : Chérie, tu vas te baigner ?  

-          Pascale : Plus jamais je ne me baigne…

Nous passons la soirée sur Ultreïa, c’est l’anniversaire de François et ça s’arrose !!! Chevrettes que nous avions congelé, champagne et colombo de porc, encore une très bonne soirée.

 

22/05/10

Alors que je termine la corvée de gasoil au dock des ferries pour remplir le ventre de Badinguet, le téléphone sonne. C’est Philippe et Lucie, ils sont à Nuku Hiva. Nous sommes invités à diner chez la secrétaire d’état, incroyable !!!   C’est exactement comme si tu arrives en voiture, tu passes la frontière et tu vas directement diner chez le sous-préfet !

Nous y retrouvons le maire de Atuona avec son épouse, Annie, la secrétaire d’état, Téva,  l’administrateur d’état et il y a aussi d’autres invités mais il y a surtout Lucie et Philippe pleins d’attentions à notre égard. Le repas est délicieux, Annie est d’origine martiniquaise et les ti’ punchs servis par sa maman sont à s’taper le cul dans les bananeraies ! 

Plus tard dans la nuit, Pascale et moi sommes en train de danser sur la terrasse d’une immense demeure coloniale en bord de mer, au beau milieu de personnages bourrés d’esprits, d’intelligence, de responsabilité et certains même, bourrés tout court… Quelle soirée incroyable avec les plus hauts fonctionnaires des Marquises… Merci Philippe et Lucie pour votre amitié.

 

23/05/10

Pascale est partie à 7h30 à la messe avec Geneviève et François. Lucie doit les y rejoindre. J’ai rendez-vous à la villa de la secrétaire d’état pour prendre le petit déjeuner et jeter un œil aux articulations de plusieurs personnalités… Le 1er adjoint, le maire et son épouse se font manipuler après un petit déjeuner digne de l’empire romain, des poulets, de la viande marinée, du porc en gelée, des rillettes pâtés et fruits. Là, j’ai travaillé avec le ventre tendu comme un tambour Marquisien…

Au vues des problèmes de santé rencontrés chez les polynésiens, il semble évident qu’il manque certaines compétences dans ces iles du bout du monde…

Vers 11h, Philippe et Etienne, le maire, me raccompagnent au petit quai puis viennent à bord de Badinguet pour une rapide visite du propriétaire.

Philippe, retraité de la marine nationale a l’œil pour apprécier les voiliers et ses questions sont très pertinentes, quand à Etienne, c’est la surprise qui l’emporte, il n’en revient pas du confort et de l’espace de vie dans lequel nous voyageons.

Après leur départ, je me sers du dinghy pour accrocher l’orin du mouillage arrière et l’ancre plate de 24 kilos atterrit sans effort sur son nouveau support de balcon.

J’ai les deux pieds bien campés, les 2 mains protégées par des gants en cuir et le dos prêt à encaisser le travail infernal.. 20 minutes pour remonter le mouillage, à gagner de la chaine mètre après mètre ! Donnez-nous un moteur de guindeau...

Nous quittons la grande baie de Taiohae mais il n’y a pas assez de vent pour envoyer la toile aussi faisons nous les 4 milles qui nous séparent de notre objectif au moteur. Ultreïa a le sien qui chauffe anormalement et l’alarme « sécurité » s’est mise en route. Nous prenons de l’avance et je mouille rapidement dans un petit coin paradisiaque, je repars en annexe surveiller le passage de nos amis dans l’épingle à cheveux qui marque l’entrée de la baie de Hakatea. S’agirait pas de tomber en panne à cet endroit !

Le coin est superbe, cerné de très hautes falaises et la houle n’arrive pas à se glisser dans notre abri, un vrai repère de pirates mais aussi un petit nid douillet pour bateaux qui n'apprécient pas le roulis...

 

24/05/10

Une nuit parfaite, calme à souhait, pas de vague, juste le clapotis de l’eau pour nous rappeler que nous flottons.

Je pars tôt le matin et j’escalade la montagne pour faire quelques photos de l’anse et de ses occupants puis c’est la corvée d’eau avec « Ultreïa » et « Bepci ».

Le type qui vit au fond de notre vallée n’est pas très commode mais surtout son captage d’eau a un débit lamentable, inutile d’insister. Nous partons dans la crique de l’Ouest où nous remontons une petite rivière à marée haute qui donne accès à un lagon d’eau douce. L’endroit est magnifique, une langue de terre couverte de cocotiers nous protège des déferlantes, il y a quelques habitations et un magnifique robinet très convoité pas les nombreux navigateurs qui font escale dans ces baies enchanteresses. Pascale fait une puis deux lessives et il faut recommencer les allers-retours dans la petites baie d’à côté…. Vivement que nous récupérions le tuyau haute-pression que Cath doit nous ramener de France car les corvées d’eau, quelle galère !

Nous déjeunons à bord sous de brèves et puissantes rafales de vent qui font tournoyer Badinguet sur son ancre. L’après-midi se passe à discuter avec nos voisins, à écrire ou à nettoyer les deux longues amarres qui ont trempé une semaine dans la baie de Taiohae, bien dégueu !

Nous n’avons plus le téléphone et encore moins internet haut-débit, il ne nous reste que l’iridium qui, pour une fois, a envi de fonctionner ! La fin du week-end de la Pentecôte se précise et nous espérons que notre fichu moteur de guindeau va enfin partir de France !!!

 

25/05/10

Réveil tranquille, les voiliers s’en vont les uns derrière les autres de notre mouillage, les conditions météo sont bons pour filer sur les Tuamotu et les fenêtres de vent sont rares… Nous étions 17, nous ne sommes plus que 4 ! Nous passons chercher Geneviève et François en annexe et tout le monde débarque dans la petit lagon. La marée est basse et il faut tracter le dinghy jusque dans la rivière.

1h30 de marche et très peu de dénivelé, c’est rare aux Marquises… Un petit voyage dans une nature intacte, sous une jungle dense mais aussi à travers l’histoire car les vestiges des anciennes tribus sont présents tout au long du sentier. Le chemin, lui même est fait de pierres de lave et était certainement emprunté par les féroces cannibales qui peuplaient l’ile.

Les paysages font tourner la tête, avec ces falaises verticales de plus de 400 mètres et la rivière qui coule au fond de la vallée est de plus en plus encaissée. Nous finissons par entrer dans un canyon vertigineux et la cascade est au fond d’un cirque qu’on aurait envie d’appeler « Cathédrale » tellement la nature a façonné avec harmonie ce site. On a, à nouveau l'impression d'être dans un décor de cinéma et si King-Kong traversait la jungle pour venir capturer ma blonde Pascale, je ne serai pas surpris... Pascale si et King-Kong aussi !!!

Nous nous jetons à l’eau, elle est fraiche et en passant sous une courte grotte, on accède à une deuxième piscine naturelle qui s’enfonce jusqu’au pied de la chute d’eau, la deuxième plus haute au monde, parait t’il…Le seul risque, ce sont les chutes de pierres. Les parois sont verticales ou en léger devers et si elles se décrochent d'en haut, elles ne toucheront rien avant de percuter le fond de la vallée. On évite juste d’y penser, la peur n'enlève pas le danger mais empêche d'apprécier !

 

Nous dinons sur le petit cours d’eau au milieu des chevrettes et des anguilles puis, une heure plus tard, nous dépouillons tous les pamplemoussiers et les citronniers qui longent le chemin…  Tous ces arbres fruitiers appartiennent à des Marquisiens mais aujourd’hui, le village est désert alors on se sert !!! Qui va à le chasse perd ses fruits !

La marée a eu le temps de monter et nous rejoignons nos voiliers respectifs rapidement pour une bonne sieste pour Pascale et un méchant tri de photos pour ouam !

A midi pour nous, il est Minuit pour les Français et il y en a un qui m’intéresse tout particulièrement… Maël a 20 ans le 26 mai, bon anniversaire mon grand, déjà 20 ans !!!!

 

 

27/05/10

Le départ est donné à 8h30, direction l’ile de Ua Pou. 3h30 de traversée idéale avec 15 nœuds au largue et une bonite de pêchée !

L’ile de Ua Pou avec ses dizaines de pains de sucre dont le plus élevé culmine à 1200 mètres d’altitude est très spectaculaire vue de la mer. Ornée de ses « tours naturelles », elle ressemble à un palais de verdure et de rochers isolée au Sud du groupe Nord des Marquises. La houle de Sud nous empêche d’approcher le rivage et toute la côte Ouest est impraticable… Nous faisons demi-tour, déçus de ne pas avoir aborder mais heureux d’en avoir pris plein les yeux.

Le retour s’effectue sur la même allure qu’à l’allée avec 2 bonites de plus pour le congélo !

A 18h précises, nous jetons l’ancre à Nuku-Hiva, dans la grande baie de Taiohae que nous connaissons bien. On roule grave mais on a internet et le téléphone, on ne peut pas tout avoir !

 

 

31/07/10

Nous passons 4 jours dans la baie principale de Nuku-Hiva et nos voisins sont des amis de choix !!! « Catafjord », Malou et Domi sont là, je profite de leur gentillesse et de leur matériel pour peaufiner mon support de mouillage arrière. Les discussions sont toujours aussi intéressantes, Domi est un véritable puits de science marine et il explique tellement bien que c’est un vrai plaisir d’apprendre dans ces conditions !

Ils nous expliquent qu’ils se sont fait contrôler par la douane lorsque nous les avons quittés la dernière fois à Fatu-Hiva. Ils ont payés 80 000 francs Pacifique (62 €) d’amende en plus de la mise sous scellées de 20 de leurs bouteilles de vin mais ce qu’ils nous racontent est bien plus grave… Les douaniers n’ont verbalisé que les bateaux en règle, ceux qui avaient déjà remplis les formalités d’entrée car ils avaient du liquide en monnaie locale.

Le mode opératoire st bien rodé et très efficace… Ils montent à bord et la première question est de combien d’argent local tu disposes… Ensuite, ils fouillent le bateau et repère les bouteilles de vin et d’apéro… On a le droit a 6 bouteilles par personne et pas une de plus, il est évident qu’on est tous hors la loi. Nous habitons sur nos voiliers et c’est un peu comme si, dans chaque maison, on n’avait pas le droit d’avoir plus de 6 bouteilles d’alcool ! Ensuite, ils te demandent de choisir 6 bouteilles et ils mettent les scellées sur les autres… Le montant de l’amende correspond exactement (comme par hasard) à ce que tu as déclaré avoir au début et nous avons pu le constater à plusieurs reprises… « Ti’Soize » s‘est fait plomber 17 bouteilles et a payé 100 000 FP, « Catafjord » a eu 20 scellées et 80 000 FP et un amerloque avec 10 mises sous scellée et 500 000 FP !!! Voilà encore un bel exemple de justice française, écœurant ! Voici le lien vers le site de Catafjord où ils racontent leur mésaventure : http://www.voyagedenzo.com/domi/domi100502.htm

Taiohae est la seule baie où il y a internet et nous mettons à jour le site avec beaucoup de difficultés et des bugs informatiques auxquels je n’entends rien… Je perds encore quelques cheveux en me les arrachant !

Sachant que le moteur est en route, nous décidons de changer de baie en restant à quelques heures de navigation du fret d’ « Air Tahiti ». Nous avons prévu de quitter notre mouillage dans la matinée et je pars aux aurores chercher des légumes au petit marché du port…

Il n’y pas de tomates et je fais tomber notre téléphone mobile au fond de l’eau, gulp !!! Je rentre au bateau juste pour informer Pascale de mes exploits puis je retourne à la poste pour acheter un nouveau portable et une nouvelle carte SIM… Le monopole de France-télécom et donc des postiers sur les communications m’exaspère mais je n’ai pas le choix et me voilà de retour en France… Je me rends compte au bout d’une demi-heure, lorsque que le gars qui est rentré après moi est appelé au guichet qu’il fallait prendre un ticket et les postiers sont… de vrais postiers… Désagréables et fatigués de rester assis à ne rien foutre, des vrais de vrai !

Je mets en service cette petite machine infernale et tellement utile et j’apprends que notre moteur de guindeau devrait être à Tahiti depuis hier… Je sais, c’est toujours « devrait » mais ça fait du bien quand même.

A peine à bord, nous remontons le mouillage avec un nouveau système couplé sur le winch de génois et il est vrai que mon dos est très reconnaissant… Il faut juste nettoyer le pont sur 10 mètres car la chaine est complètement rouillée et il y en a partout…

1h plus tard nous sommes dans la baie des contrôleurs, mouillés avant-arrière, seuls au monde ! Génial, l’endroit est magnifique… Nous partons sur une jolie petite plage avec Pascale et nous quittons les petits requins et une immense raie Manta pour retrouver les très fameux « nonos noirs » des Marquises… Pour ceux qui croient qu’il y a une vie après la mort, je pense pouvoir affirmer que les féroces cannibales ont du se réincarner en nonos, ces insectes sont infernaux ! En ce qui me concerne, je me frotte au jus de citron vert dés que ça me démange et il faut tenir trois jours à ce rythme pour éviter de s’arracher la peau.

Couverts d’huile de monoï anti-moustique, nous trouvons de grosses porcelaines accrochées sur les rochers à marée basse. Lorsque nous retournons à bord, « Catafjord » arrive à son tour et après 2h de nettoyage de coquillages, nous dinons tous ensemble sur le grand catamaran à 2 mâts de nos amis.

 

02/06/10

« Mariposa » arrive à son tour dans notre baie et les catamarans sont en majorité, ce que ne manque pas de constater Pascale… Domi lui prête « Multicoques magazine » et la voilà le nez dans les petites annonces pour 2 jours…

Nous avons enfin des nouvelles de Rackham qui est au beau milieu du pacifique avec des avaries majeures, deux torons de rompus dans les haubans, un moteur hors service et un safran perdu, cassé net au ras du tube jaumière. Si on ajoute les énormes problèmes qu’on eu Michael et Birgit sur leur Lagoon 50, il y a de quoi partir en courant (à la nage) ! Oui, les catamarans sont fantastiques si on se répète sans cesse qu’on passe 80% de notre temps au mouillage mais je ne vois pas encore la perle rare qui n’a pas trop d’avarie… C’est un peu comme tous les bateaux construits depuis 10 ans, ils ne sont pas faits pour de longues navigations et pour être chargés comme nous le faisons… Pour l’instant, tous les catas que nous avons croisés croulent sous les emmerdes… Sauf Catafjord mais Malou et Domi sont sur la planète « voiliers pro » depuis 25 ans et ils sont hors-course !

Nous allons ramasser chaque jour des dizaines de grosses porcelaines et pour les débusquer et les vider rapidement, on a la technique !

Côté moteur de guindeau, il s’est perdu et personne ne semble savoir où il se trouve, peut être en Nouvelle-Zélande. J’essaye de rester zen comme me le conseille mon père mais je fulmine de rage devant tant de bêtises et d’incompétence…

D’immenses raies Manta viennent jouer autour des bateaux pour le plus grand bonheur des équipages, quel spectacle ! Elles tournent sur elles-mêmes, telles des danseuses, font des loopings pour  revenir sur le dos au milieu de bancs de petits poissons… Des danseuses de 3 mètres d’envergure quand même et la nuit, le ballet est encore plus féerique lorsque ces immenses poissons excitent le plancton environnant. De grandes trainées vertes au milieu de centaines de petites puis c’est au tour des requins de déplacer ces micro-organismes. Quelle magie et quel dommage de ne pas pouvoir filmer ni photographier ces danses aquatiques nocturnes, nous n’aurons que nos souvenirs et nos écrits pour vous faire partager ces moments…

Revenons sur terre et plus précisément sur moi, dans ma bouche, et pour être encore plus précis, au niveau d’une molaire sur bâbord... Depuis ce matin, un bout de dent me blesse la langue, comme si j’avais une dent cassée… « Mariposa » est juste à côté de nous et je n’hésite pas à en parler à notre dentiste Allemand. Je me retrouve donc à 16h sur le siège à bascule du grand Lagoon. Michael est à la roulette et Birgit aux écarteurs et aspirateur… Une énorme carie sous un vieux plombage a cassé ma molaire dans le sens de la longueur… Une heure plus tard, je retourne sur Badinguet avec une dent toute neuve en céramique et quelques bières dans le gosier, c’est mieux qu’une piqure d’anesthésiant…

Incroyable, je n’ai rien eu aux dents depuis 2 ans et lorsque je casse ma molaire, il y a un ami dentiste à 50 mètres de Badinguet avec son cabinet flottant !!! Pour de telles coïncidences, je ne peux pas ne pas imaginer le petit clin d’œil de ma maman qui nous suit de là haut et de mamie qui nous suit de la bas. Merci d’être là, je vous sens si souvent…

Il est 18h40, Pascale nous prépare des côtes de porc et du riz et j’en salive d’envie…

 

03/06/10

Un coup de fil de Cath vers 9h puis nous filons à terre tous ensemble pour visiter un site archéologique pourvu de magnifiques Tikis perdus dans la jungle et la bouillasse… Il faut dire qu’il a beaucoup plu depuis 3 jours et les sentiers sont difficilement praticables mais le site en vaut la peine et si je n’avais pas été coursé par une grosse cochonne sauvage, ça aurait été parfait… Cette sale bête a fait claquer sa mâchoire très bruyamment puis a chargé sur quelques mètres, inutile de dire que j’ai détalé comme un lièvre… Je suis revenu armé d’un gros bâton mais le porc était parti, ouf ! Ca m’apprendra à partir devant tout seul !

Dans l’après-midi, pêche aux porcelaines puis une séance de Kiné pour Birgit en remerciement des soins dentaires de la veille…

Pascale nous fait un sauté de porc au miel, encore du porc, c’est parfait, la vengeance est un plat qui va se manger chaud !

 

04/06/10

Il est 8h25, Pascale à 45 ans depuis quelques heures et nos amis Allemands de « Mariposa » ont préparé une surprise… J’emmène Pascale, intriguée, sur le grand catamaran de 50 pieds et la réception est incroyable… A peine a-t-elle posé le pied à bord que le bouchon de champagne s’envole dans les airs et un sonore « happy birthday » résonne dans la baie des contrôleurs… Malou, Domi, Birgit, Michael, Pascale et moi sommes attablés, une coupe de champagne à la main devant un véritable festin. Le couvert est mis comme pour le diner. Au menu : tomates, saucissons, fromages, confitures, pains grillés, thé, café, et crêpes Suzette en dessert. Nous ne sommes pas prêts d’oublier cet anniversaire là. Au bout de deux coupes, tout le monde est pompette et au petit déjeuner, c’est une première !

Arnaud et Martine téléphonent à Pascale ajoutant encore un peu plus d’émotion à la fête puis je prends le portable pour avoir des nouvelles du guindeau… Il serait perdu entre Mandelieu et Roissy, rien que ça !!! Je suis dégouté mais le petit déjeuner princier que nous ont offert les « Mariposa » est tellement incroyable que je deviens fataliste et si, dans une semaine, je n’ai pas de nouvelle, je les envoie se faire pendre et nous prendrons un autre fournisseur…

Juste au moment de partir, le téléphone sonne à nouveau, je décroche et je n’en crois pas mes oreilles… Ils viennent de retrouver le moteur de guindeau, il est à Tahiti depuis 1 semaine !

Tout va s’accélérer mais lorsque mon interlocuteur m’explique qu’il va falloir payer le moteur, le transport, 20% pour les douanes, 16 % de TVA, 7% de droit de garde et qu’il prend une commission, je me retiens pour ne pas hurler… J’aimerai bien lui fêter son anniversaire à ma façon…

Nous retournons à bord, l’essentiel est que nous ayons notre guindeau opérationnel rapidement… Nous levons les deux mouillages puis, nous partons pour la baie d’Anaho, accompagnés de « Mariposa ».

Pendant plus d’une demi-heure, nous sommes entourés de faux orques et de dauphins Electres très joueurs puis la ligne de pêche s’emballe et un beau Wahou vient remplir le congélateur une fois de plus…

Nous contournons les caps Nord-est de l’ile puis nous engageons la magnifique baie qui abrite le meilleur mouillage des Marquises. L’endroit est paradisiaque, une grande plage de sable blanc, bordée de centaines de cocotiers et de quelques pensions de famille. Il y a une dizaine de voiliers et la zone est très protégée de la houle et du violent ressac qui entoure l’ile.

Nous voilà, encore dans un bel endroit et se faire souhaiter son anniversaire par les orques et les dauphins après un petit déjeuner au champagne, ça ne s’oublie pas !

 

05/06/10

Première navigation sur un gros catamaran pour Pascale et moi. Birgit et Michael nous emmènent dans la baie de Hatiheu située plus à l’Ouest et où se trouve un accès routier avec Taiohae. Après avoir visité un très grand site archéologique dominé par un gigantesque Banian (arbre),

nous embarquons Carine, Luc et leurs deux enfants à bord du Lagoon 50. Cette petite famille travaille à Taiohae et pour remercier Michael d’avoir fait un soin dentaire à Carine, ils ont apporté des paniers de victuailles fraiches que nous nous partageons de retour à Anaho.

Luc et Carine sont respectivement chef cuisinier et pâtissière et le repas qu’ils nous préparent sur « Mariposa » est fabuleux, mi-cuit de thon rouge, tartare de poisson au lait de coco, quiche, riz, gâteaux, etc.

Je sais que certains de nos lecteurs sont intéressés par notre ressenti concernant les catamarans… Voici, nos conclusions temporaires… On est hyper tentés !!! Il est fort possible que notre prochain voilier ait deux coques…

 

06/06/10

Je passe dire bonjour à Mariposa à 7h et je me retrouve à nouveau embringué pour un petit-déjeuner au champagne, ce catamaran est un vrai piège ambulant et je ruse, prétextant que Pascale est malade pour retourner à bord… En fait, ma Doudou est planquée dans la cabine pour éviter d’être vue et entrainée de force sur « Mariposa » et ses bouffes excessives… La vie aux marquises est vraiment difficile.

Après un chouette coup de fil avec Maël, nous partons à 4, avec palmes, masque et tuba à la recherche des grandes raies Manta de la baie d’Anaho mais nous n’en voyons pas. Juste une énorme raie grise qui me surprend en arrivant juste derrière moi, séquence « trouille bleue » ! 

Le soir nous partons avec Pascale sur les rochers du fond de la baie et nous ramassons des dizaines de grosses porcelaines posées ça et là dans les flaques. Par moment, les trous d’eau sont tellement larges et profonds que des dizaines de beaux poissons se sont fait enfermer à marée basse. Nous zigzaguons entre de magnifiques aquariums naturels et des centaines de crabes qui détalent et sautent à l’eau lorsque nous approchons.

Birgit et Michael viennent diner ce soir et ensuite, nous calmerons un peu les repas car les kilos reviennent au galop…

 

07/06/10

François JOUNOT nous téléphone à la première heure, notre guindeau sera à Nuku-Hiva demain soir, on a du mal à y croire, trop contents !

Nous passons la journée à vaquer à nos occupations respectives…Je répare la pompe de nos  chiottes de la cabine avant avec Michael pendant que Pascale lit dans le hamac… Et lorsque je demande un jus d’orange à notre ami allemand, je me retrouve avec un planteur bien tassé dans un verre immense, ce bateau est vraiment dangereux mais j’ai trouvé la parade. Lorsqu’il disparait deux minutes dans la coque bâbord, je verse la moitié de mon verre dans le sien, ni vu ni connu !

En fin de journée, après confirmation que notre guindeau sera sur le prochain vol, je retourne aux porcelaines sur les rochers du fond de la baie et je reviens avec de beaux spécimens.

Luc nous a expliqué hier qu’il existe des coquillages très répandus sur les plages qu’ils appellent « cônes » pourvu d’un dard et dont la piqure est tout simplement mortelle… Depuis, je regarde à deux fois avant de mettre mes délicates menottes sous les caillasses…

Les autres voiliers s’en vont les uns après les autres et nous ne sommes plus que 2 au mouillage, parfait ! En fait, les centaines de bateaux qui ont traversé le Pacifique sont presque tous partis pour les Tuamotu. On joue les trainards en attendant Cath mais c’est une excellente chose car les baies sont de moins très souvent vides.

 

08/06/10

Notre moteur est bien arrivé à Taiohae via « Air Tahiti » et Luc le récupère en début d’après-midi. Demain, Il le donnera à un chauffeur de taxi qui va au Nord de l’ile et nous aurons notre pièce. Je passe l’après-midi à démonter et nettoyer les tuyaux d’évacuation des deux WC, ils sont quasiment obstrués par une couche très dure de calcaire et de sel. Le résultat est spectaculaire. Grace à Michael et à son matériel de dentiste, j’ai pu réinstaller la vieille pompe de chiottes à l’avant mais elle fait un bruit du diable car de l’eau a pénétré à l’intérieur. En attendant la pompe neuve que « Fidji » doit nous ramener la semaine prochaine, nous avons deux WC fonctionnels.

 

09/06/10

Nouvelle balade à Hatiheu (on prononce « Ah Ty es où ? ») avec le catamaran des nos amis Allemands pour un déjeuner « four Marquisien » chez « Yvonne » et je vais récupérer notre pièce tant attendue…

En arrivant au petit débarcadère de la baie, 8 raies Manta s’amusent à côté du dinghy et les voir passer et repasser lentement à quelques mètres de nous, donne des frissons.

 

Un déjeuner plutôt moyen entouré de 170 touristes fraichement débarqués du « Aranui » (cargo qui fait la navette entre Tahiti et les Marquises toutes les 3 semaines). Nous profitons du spectacle organisé pour leur venue et les chants et danses sont un peu comme qui dirait… « la cerise sur le guindeau ! ». Et oui, nous avons enfin notre moteur !

Retour à Anaho vers 16h et impossible d’éviter l’apéro surprise sur « Mariposa »…

Nous nous couchons sans manger pour regarder un bon film dans la cabine arrière.

 

10/06/10

A 6h, je suis sur le pont, les outils sont étalés à l’avant de Badinguet, à l’attaque !

Le nouveau moteur électrique fait 1500w, soit 300 de plus que l’ancien, et je profite de l’opération pour changer tous les joints d’étanchéité du guindeau. Pascale finit par un bon coup de nettoyage du carter et du pont, la pièce est comme neuve !

Nous quittons Anaho vers 12h, direction, 15 milles plus à l’Ouest, la petite baie de Haahopu. « Mariposa » et Badinguet ramassent tous les 2 un beau Wahou au cours d’une navigation idéale. 8 nœuds, grand largue avec une côte très découpée et sauvage, on s’assied et on regarde le paysage défiler sous nos yeux.

Nous sommes une fois de plus invités sur « Mariposa », wahou fumé et poulet grillé sont au menu.

 

11/06/10

Départ à 9h30 pour terminer le tour complet de Nuku-Hiva et retour à Taiohae.

Quelques courses à terre et surtout Internet sur lequel nous nous jetons comme des morts-de-faim. En passant dire bonjour à Carine et Luc sur le marché, je découvre une petite vendeuse de souvenirs et 4 magnifiques lances fabriquées avec des rostres d’espadons, c’est exactement ce que cherchait Jean-Claude, mon oncle ! Du coup, contre quelques bouteilles de vin et de l’argent, nous en achetons 3 !

 

 

LES ILES MARQUISES  -  UA-POU

 

 

12/06/10

Réveil tardif puis nous partons à terre retrouver Carine et Luc sur le marché de Taiohae. Pascale fait ensuite quelques courses de frais et je retourne à bord pour me connecter. Je découvre que ce que nous appelons à tort les faux-orques depuis le début sont bel et bien des dauphins d’Electre endémiques des Marquises.

Il y a aussi un message de Cath qui vient d’ouvrir une boite mail pour Mamie ! Et voilà, à 98 ans ma grand-mère est sur Internet et le personnel de la maison de retraite lui imprimera les messages lorsque nous en enverrons.

Cath s’occupe de Mamie depuis des années et son appartement est à 50 mètres de la résidence pour personnes âgées. Ma mamie va se retrouver toute seule pendant un mois et ce moyen de communication est une vraie bénédiction dans ces conditions. Internet est devenu incontournable de nos jours, ça c’est un vrai progrès !

35 minutes de téléphone avec Maël qui skype aussi bien qu’il passe ses examens (je l’espère), il part 2 mois seul, à l’aventure en Amérique du Sud.

Pascale nous prépare un mi-cuit de wahou avec une sauce délicieuse à base de moutarde / ketchup / huile de sésame / citrons verts et huile de « Dark soja », MIAM !

A 14h30, nous récupérons la petite famille marquisienne (Carine, Luc et leurs deux enfants) et en route pour la baie de Hakatea où nous retrouvons « Mariposa » pour un mémorable diner aux langoustes. Et hop, 2 digedril, 2 citrates de betaïne et une aspirine et c’est parti pour 9 heures de ronflette !

Nous revenons à Taiohae 2 jours plus tard puis c’est un nouveau départ pour l’ile de Ua-Pou. Nous mouillons avant-arrière dans la baie de Hakahau, derrière une épaisse digue très protectrice. Le mouillage n’est pas très paisible mais Ua-Pou se mérite… Les grandes vagues contournent le Nord-est de l’ile et viennent se briser contre les hautes falaises de la baie. On se retrouve dans un clapot permanent avec des surfeurs qui chevauchent de grosses vagues juste à côté de Badinguet, Heureusement que le mouillage est solide…

Nous sommes deux bateaux au mouillage, « Fidji » nous attend, nous retrouvons enfin Isabelle et Patrick et nous dinons tous ensemble le soir venu.

 

 

 

 

 

17/06/10

Je me lève tôt et je vais à terre à la recherche d’un produit Marquisien assez facile à trouver, une télé ! Et me voilà assis devant un bel écran LCD pour assister à France-Mexique, 2ème match de l’équipe de France de la coupe du monde…

je quitte mon siège 1/4h avant la fin tellement l’équipe nationale joue mal, en voilà qui vont vite rentrer à la maison…

Pascale, Isa et Patrick me rejoignent un peu plus tard et nous sympathisons très rapidement avec tout un groupe d’habitants qui fabriquent des cabanes en bois pour les fêtes de juillet. Isa aide les femmes à tresser de grandes feuilles de cocotier pendant que d’autre fixent les rondins de bois qui servent de murs ou épluchent l’écorce pour fabriquer de solides liens. Les habitations sont fabriquées de façon traditionnelle avec des matériaux trouvés sur place.

Nous achetons des souvenirs à un pécheur, artiste à ses heures et nous voilà avec une nouvelle lance marquisienne dont le manche est en os sculpté et un pilon en roche fleuri pour Jean-Claude, impec ! Ces fameuses roches ou cailloux fleuris sont d’origine volcanique et on en trouve uniquement sur Ua-pou.

Le lendemain, nous partons à pied dans la baie situé à l’Est. La baie de Anahoa est très ouverte au Nord-est et les grandes vagues qui déferlent avec puissance font la joie des baigneurs que nous sommes. Pascale se trempent les pieds et un peu les genoux et Patrick et moi restons 2 heures à plonger et sauter dans les déferlantes. Nous pique-niquons à l’ombre d’une roche volcanique en surplomb puis nous retournons à Hakahau pour apercevoir « Mariposa » qui arrive à son tour.

Je discute puis donne quelques hameçons aux nombreux enfants qui jouent et pêchent sur le quai. Je passe une heure avec Michael à discuter de notre problème de tuyau haute-pression de déssalinisateur qui commence vraiment à nous faire défaut. La réparation de fortune que j’avais faite avec un tuyau plastique n’a pas tenu. Pendant ce temps, le groupe d’enfants se mets à hurler de joie, ils viennent de pêcher un petit requin.

Nous repartons en fin d’après-midi boire un cocktail dans la piscine d’une pension de famille et retour à bord pour une nuit très enrhumée… Je pense que la violence des vagues est la cause de ce rhume surprenant et de cette otite débutante… En tous cas, parait que j’ai ronflé grave !

 

LES ILES MARQUISES  -  NUKU-HIVA

 

 

19/06/10

Au petit matin, « Fidji » lève l’ancre en direction d’Anaho.

Les pitons sont magnifiques et pour une fois, ils ne sont pas couverts par les nuages d’altitude. Le point culminant est à 1200m et l’origine de ces formations basaltiques est surprenante… Ces roches se sont solidifiées à l’intérieur des cheminées des volcans qui formaient l’ile. Le reste du volcan a subi l’érosion et la colonne de basalte qui moulait l’ancienne cheminée est restée. En voyant la taille de ces conduits, on peut imaginer que l’ile ne représente qu’un immense volcan dont la base se situe à 4900 m sous le sommet soit, 3700m sous la surface de la mer.

Nous partons à notre tour en direction de la baie de Hakahetau mais arrivés sur place, le mouillage est trop ouvert à la houle de Nord-est, on oublie et on se sauve d’ici !

3h30 de près serré plus tard, nous mouillons en baie d’Akatea sur Nuku-Hiva à côté de « Fidji ». Le vent de Nord-est nous a contraints à atterrir sur la côte Sud de l’ile mais nous aimons cet endroit très bien protégé.

Nous y passons 4 jours tranquilles entourés de voiliers Anglais pas très aimables, des Anglais normaux, quoi… Il ya aussi de nombreux voiliers Australiens et Néo-Zélandais, beaucoup plus sympas mais qui parlent avec un accent à tuer une vache à 100 mètres !

Nous pouvons faire le plein d’eau facilement et les habitants de la baie voisine de Hakaui nous connaissent bien.

Nous avons pris la décision de récupérer Cath ici, à Nuku-Hiva, cela nous évite 70 milles de route contre le vent et la mer et l’ile est magnifique. Nous avons prévu un programme court et bien rempli et ensuite, nous quitterons l’archipel pour celui des Tuamotu.

Notre téléphone satellite Iridium fonctionne désormais à la perfection car nous avons racheté à Michael un nouveau kit Data. Badinguet est propre, fonctionnel, en parfait état de naviguer et dés que nous aurons le nouveau tuyau haute-pression du déssalinisateur, nous serons totalement autonome comme avant. Pour le moment il faut bidonner régulièrement pour recharger en eau douce.

L’autre point de préoccupation concerne le passage de l’océan Pacifique vers l’Indien… Chacun y va de sa théorie et le sujet est un peu compliqué… Après la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Faut-il passer sous l’Indonésie par Bali, Darwin puis les iles Sud de l’Indonésie ou passer à Bali, puis traverser la mer de Timor (réputée dangereuse) pour aller aux Philippines, Bornéo, Singapour (hors de prix) ? On ajoute a tout cela les saisons des cyclones qui vont s’inverser avec le retour dans l’hémisphère Nord et on obtient un gros paquet de questions…

Ce n’est pas pour tout de suite car, après la Polynésie, nous connaissons notre trajet, Iles Cook, Tonga, Fidji et Nouvelle-Zélande où nous passerons la saison des cyclones très au Sud.

Il convient tout de même de s’en occuper à temps car le planning se doit d’être précis dans ces eaux d’Asie du Sud-est, trop de facteurs sont en jeux, météo, sécurité, piraterie, et notre porte-monnaie qui commence à nous rappeler qu’il va falloir retourner au travail un de ces jours… 

 

Destination

Bonne période

Saison des cyclones

Notre trajet

Nouvelle-Zélande / Nouvelle Calédonie

Mai - Juin

Décembre - Avril

?

Nouvelle Calédonie / Vanuatu

 

 

?

Nouvelle-Calédonie / Torres

Mai - Octobre

Décembre - Avril

?

Vanuatu / Salomons

Juillet - Octobre

Décembre - Avril

?

Vanuatu / Torres

Mai - Octobre

Décembre - Avril

?

Salomons / Papouasie

Avril - Novembre

Décembre - Avril

?

Papouasie / Indonésie

Mai - Septembre

0

?

Bali / Singapour

Mai - Septembre

0

?

Bali / Sri Lanka

Septembre – 15 octobre

Mai -Juillet / Octobre – Novembre (golfe du Bengale)

?

Nouvelle Guinée / Philippines

Décembre - Mars

Avril - Décembre

?

Philippines / Singapour

Janvier - Mars

Mai - Décembre

?

Torres / Darwin

Mai - Septembre

Décembre - Mai

?

Torres / Bali

Juin - Octobre

Décembre - Avril

?

Singapour – Malaisie Ouest

Novembre - Avril

0

?

Malaisie Ouest / Thaïlande

Octobre - Avril

0

?

Thaïlande / Sri Lanka

Janvier - Mars

Mai - Juillet / Octobre – Novembre (golfe du Bengale)

?

Sri-Lanka / Oman

Janvier - Mars

Mai - Juillet / Octobre – Novembre

?

Inde / Oman

Janvier - Mars

Mai - Juillet / Octobre – Novembre

?

Oman / Mer rouge

Janvier – 15 Mars

Mai - Juillet / Octobre – Novembre

?

 

 

Nous sommes invités chez Maï et Maria pour diner… L’équipage de « Fidji » est dans l’annexe et nous voilà partis dans la baie d’à côté où nous retrouvons 5 autres plaisanciers de bateaux francophones. Il y a de la chèvre au diner car les chiens ont réussi à se glisser dans l’enclos des biquettes et en ont tué une ! Nous nous régalons assis à table à quelques mètres de la mer. Maï nous sort une boisson locale, à base de fruits macérés et fermentés, aie, aie, aie ! Les chiens, les chats, les canards et quelques moustiques circulent entre nos jambes pendant que deux jeunes oiseaux de mer sauvés par nos hôtes se chamaillent en bout de table… Le principal sujet de conversation concerne la fantastique prestation de l’équipe de France de football ! Voila une bonne raison de remplir nos verres…

 

Nous retournons aux dinghys dans le noir et la marée est nettement montée. Avec de l’eau jusqu'au nombril, nous récupérons les annexes dans les déferlantes et en route pour une bonne nuit réparatrice.

J’ai quand même eu le temps de discuter avec Maï d’un chemin très abrupte qui mène tout en haut de la grande falaise, la vue de là haut doit être exceptionnelle…

 

23/06/10

Nous retournons voir nos amis Maria et Maï qui nous donnent de nombreux fruits et nous convenons que je grimperai demain la falaise…

 

24/06/10

Et c’est parti ! Il est 7h30, je tire l’annexe sur le sable de la rivière et j’arrive chez Maria et Maï. Je chausse mes gros godillots et je suis le solide Marquisien jusqu’à une crête qui mène à la cheminée supérieure. Maï hésite à me laisser continuer seul car le ciel est menaçant mais je le rassure… Si le temps se gâte, je redescends.

L’ascension s’effectue sans problème malgré quelques passages que je trouve très délicats et de nombreuses chutes de pierres. Les parois sont tellement verticales que même au fond de la gorge, on reste exposé aux éboulis… Souvent, il faut s’accrocher aux racines, aux rochers et même planter ses mains dans la terre pour progresser rapidement dans les zones exposées. La sortie sur le plateau est enfin là et le temps se dégrade très rapidement, un méchant grain me surprend juste à la sortie. En quelques secondes je suis complètement trempé et il n’y a pas d’abri… On m’aurait arrosé au tuyau d’arrosage que  je ne serai pas plus mouillé.

 Le sac étanche fait bien son office et à chaque douche, je me déshabille et mets mes affaires au sec mais je commence à avoir froid et le vent violent qui accompagnent les orages me secoue comme un prunier… Entre deux ondées, je circule sur les crêtes et prends de nombreuses photos des 3 baies que la falaise domine. L’horizon est noir et le pamplemousse que j’avale au sommet de « la terre des hommes » me redonne de l’énergie, il va falloir trouver un abri…

Des dizaines de chèvres courent dans les buissons du haut-plateau qui descend en pente douce vers la côte Ouest de Nuku-Hiva. Il y a peu d’herbe et encore moins d’arbre mais l’endroit est couvert de végétation et les animaux sont en complète liberté, si les marquisiens ne les chassaient pas régulièrement !

Je trouve, au bout de 30 minutes, une grotte très convenable et j’y installe de grosses pierres plates pour poser mon délicat postérieur… 1h30, assis sous ma corniche, à regarder les nuages qui remontent les parois à toute vitesse… J’ai la chair de poule et les souvenirs ressurgissent du passé…

-     Je suis resté plusieurs heures au fond d’une crevasse dans la combe Ouest de l’Everest. Le temps était tellement mauvais que les avalanches partaient de tous les côtés, le seul abri possible était cette crevasse. J’ai attendu presque 3 heures que le bruit assourdissant des chutes de neiges et de séracs se calme pour sortir de mon trou et continuer jusqu’au camp 2. Je me souviens de cette angoisse latente, bien nichée au fond de mes tripes, cette peur d’être enseveli, recouvert, perdu sous des mètres de neige…

-     Et me voilà en train de flipper pour un grain aux Marquises ??

Je dois rester prudent, la descente sous la pluie est vraiment dangereuse, il faut juste ne pas penser au froid et au délicieux repas que Pascale m’a préparé à bord…

A la fin de l’averse, je cours à la sortie de la cheminée et lorsque je m’engage, il recommence à pleuvoir. Il ne s’agit pas de trainer sous ces corniches friables. J’entends les pierres rebondir puis des claquements secs lorsqu’elles d’éclatent plus bas… Pose bien tes pieds, assure avec tes mains, prends ton temps mais ne traine pas, avance vite et bien…

Ca y est, les premiers arbres font leur apparition et je peux m’y accrocher pour descendre droit dans la pente. Une épaisse boue visqueuse colle à mes semelles et je tombe à de nombreuses reprises mais je continue à dégringoler de cette falaise.

Alors que je descends la dernière crête, un gros bloc auquel je me tenais se détache… Je plonge sur le côté pour l’éviter mais je n’évite pas la racine qui vient se planter dans ma fesse droite, j’ai bien mal au derche !

Je retrouve le chemin de la maison de Maria et Maï et une grosse noix de coco tombe 10 cm derrière moi, il ne manquait plus que ça ! J’ai réussi a redescendre cette falaise sous des pluies torrentielles et je manque de mourir, assommé par une noix de coco !!! Il parait qu’il y a 3 000 morts par an à cause des chutes de noix de coco. Je me douche tout habillé avec leur tuyau d’arrosage et direction l’annexe qui contient deux cent litres d’eau de pluie !

Arrivé sur Badinguet, un formidable Jambalaya créole m’attend (poulet, crevettes, riz, haricots, tomates oigons, ail, etc.).

Je suis épuisé, quel dommage que le beau temps n’était pas de la partie… C’est vraiment une ascension que j’aurai aimé faire avec Maël. En tous cas, je me suis fait un peu peur et l’effort physique était bien au rendez-vous, je suis encore capable de faire de belles choses, c’est cool !

 

7 jours en baie d’Anaho à pêcher, bricoler, cuisiner, nettoyer les coquillages et faire de belles randonnées. Le catamaran « Colorazul » skippé par Michel et Carmen est mouillé à quelques encablures de Badinguet et le monde est vraiment petit… Michel était le directeur de la boite de nuit « La nuit des temps » à Créteil puis le café créole à St Maur. Il a entrainé les nageurs des "Dauphins de Créteil "et connait une grande partie de mes amis d’enfance du val de marne. Nous sous sommes rencontrés il y a 30 ans et nous voilà bord à bord de l’autre côté de la planète…

Pascale est en confiance avec lui et comme elle s’entend à merveille avec Carmen, elle fait d’énormes progrès en palmes-masque-tuba. On va pouvoir la lâcher avec les requins des Tuamotu !

En ce qui me concerne, j’ai repéré deux endroits où les raies Manta sont presque toujours présentes et les photos réalisées chaque jour sont étonnantes. Ces grandes raies, dont certaines font plus de 3 mètres d’envergure, sont peu farouches et très photogéniques ! Inutile de leur nager après pour leur demander de prendre la pose, elles reviennent systématiquement droit vers moi pour me donner des frissons en m’évitant au dernier moment. Quelques requins pointes noires s’enfuient dans les profondeurs pendant qu’une tortue m’accompagne quelques minutes au milieu de poissons multicolores. Il y a également de magnifiques pagres mais la baie d’Anaho est la seule baie des marquises où on trouve des coraux en quantité et la ciguatera est bien installée.

     

Nous nous ravitaillons dans la baie de Haatuatua, plus à l’Est où travaille Marie-Louise. Nous l’accompagnons dans son immense potager noyé dans la verdure. Pamplemousses, bananes, papayes, tomates, concombres, pastèques, manioc poussent dans un désordre végétal incroyable… Résultat des courses, nous sommes tellement chargés que Marie-Louise doit nous raccompagner à cheval jusqu’au dinghy ! Ca c’est du caddie à 4 pattes !

Nous faisons la connaissance de « Ocean Pearl » et « Erasmus », 2 sympathiques équipages néo-zélandais qui nous expliquent pendant de longues heures les passages et les escales d’Indonésie et de Nouvelle-Zélande. Michel et moi leur expliquons le cheminement du rhum jusqu’au foie et tout le monde est contents !

Nous faisons la belle balade par le col jusqu'à la baie d’hatiheu où j’ai organisé un repas chez Yvonne avec les équipages anglophones. Michel et Carmen sont avec nous et nous passons un excellent moment tous ensemble.

Je passe rapidement sur les nombreux gueuletons et apéro qui se succèdent chaque soir.

 

05/07/10

Le réveil n’a pas encore sonné, il est 5h45… Je me lève et 1/4h plus tard, c’est au tour de Pascale d’émerger… Badinguet quitte le mouillage et nos amis sont sur le pont pour nous saluer amicalement, ils partent tous dans la journée vers la côte Sud, nous les retrouverons plus tard.

A 7h40, nous mouillons en baie de Hatiheu ou Badinguet retrouve son roulis chronique ! La baie est magnifique et le soleil rasant éclaire les pitons devant un ciel très chargé.

Pascale me dépose à terre en annexe, et oui, après la nage au dessus des coraux, ma douce conduit le dinghy seule, au bout de deux ans de voyage, quand même !

Je retrouve Jean-Pascal, le taxi, au restaurant d’Yvonne et nous voila partis pour l’aéroport. 2 heures plus tard, nous arrivons de l’autre côté de l’ile, dans un lieu nommé « Terre déserte » qui porte très bien son nom ! Nous sommes juste à l’heure pour accueillir Cath mais l’avion ne l’est pas… Il a juste 3 heures de retard… Jean-pascal s’est installé et mange un sandwich en discutant avec ses voisins, je quitte le petit aéroport… Pour passer le temps, je marche 2h dans une végétation aride et pelée à la recherche de chevaux sauvages, en grand nombre dans cette partie de Nuku-Hiva.

Il est bientôt 13h et je fais demi-tour avec très peu de vues intéressantes dans mon appareil photo, quelques chevaux au loin et une décharge sauvage ignoble, bien cachée entre deux collines ! En fait, tous les plastiques de l’aéroport terminent dans la nature…

Ca y est l’avion s’est enfin posé et Cath est la première dehors, elle a du voyager derrière la porte… Les bagages trainent un peu puis nous repartons pour Hatiheu.

-         Cath : Où as-tu garé ton bateau ?

-         Nic : Heu, sur le parking de Hatiheu ! On dit « mouiller » ou « ancrer »

-         Cath : ah, oui, d’accord !

En chemin, les paysages grandioses et les chevaux sauvages sont au rendez-vous. Nous récupérons quelques pamplemousses dans la famille de Jean-Pascal et Badinguet apparait enfin. Pascale nous récupère et nous partons tous les 3 visiter le site archéologique au pas de course car le soir tombe…

Et hop, ça cavale entre les Tikis et les caillasses pour rejoindre Badinguet, direction la baie d’Anaho où nous mouillons 1 heure plus tard, juste avant le crépuscule.

Cath se couche à 19h et se lève à 3h, normal !

 

06/07/10

Réveil aux aurores, découverte (pour Cath) et rangement (pour tout le monde) du bateau après un petit déjeuner sur l’eau. Comme avec Papy jean, Cath joue les pères-Noël et nous déballons tout ce qu’elle nous ramène, il y a même des cadeaux… Une chemisette pour Pascale et une petite grenouille en bronze qui vient tout droit de Mamie… Certains mettent des pièces de monnaie sous les pieds de mâts pour porter chance au navire, nous, ce sont des grenouilles, chacun son truc !

Je répare le déssalinisateur sous une grosse série de grains, puis, à 11h, tout le monde s’équipe !

Nous traversons la baie en dinghy et la raie Manta est toujours à l’endroit habituel… Même pascale descend à l’eau… Fermement accrochée au dinghy, elle regarde évoluer l’énorme raie qui telle une danseuse ailée tourne lentement autour de nous. L’eau est un peu trouble et lorsque l’animal disparait, il est impossible de savoir de quelle côté il va réapparaitre. Pour la première partie de P.M.T. (palmes-masque-tuba) de Cath, voici une rencontre inoubliable !

Nous retournons de l’autre côté de la baie pour plonger sur le récif de corail, beaucoup plus accueillant et sécurisant pour les yeux de Pascale. Celle-ci est de plus en plus à l’aise dans l’eau et il va bientôt falloir la retenir de sauter à l’eau au milieu des requins.

Au programme de la soirée, « Avatar » en Haute définition grâce à Maël. On a adoré !

 

07/07/10

Cath se couche à 20h et se lève à 5h, y a du mieux !

Badinguet quitte son mouillage protégé vers 7h pour 3h30 de navigation très bousculée. Nous passons au vent de l’ile, toujours chahutés par un ressac infernal. Nous essuyons un méchant grain au cap Nord-est qui se termine par un magnifique arc-en-ciel complet. Cath n’est définitivement pas sujette au mal de mer. Des vagues comme celles là viendraient à bout d’estomacs bien accrochés…

Nous péchons un beau wahou de 1m50, Cath mesure 1m55, l’objectif est simple, il faut qu’on pêche un poisson plus grand que Cath.

Arrivés en fin de matinée à Taiohae, nous retrouvons de nombreux amis. Il y a même  « la Catherine » avec lesquels nous étions à Puerto Amsitad en Equateur. Tout le monde se jette sur Internet et le premier message est pour Mamie.

Nous passons des heures sur la toile à essayer d’acheter une recharge pour notre Iridium. Ca commence par notre carte SIM qui a expiré en avril et ensuite ce sont les rejets des cartes de crédit. Heureusement que Arnaud est là pour nous aider car sans lui, on en serait réduit à envoyer des signaux de fumée ou des pigeons voyageurs et vas en trouver aux Marquises !

J’ai aussi de bonnes nouvelles du fiston qui crapahute en Amérique du Sud, ouf !

La baie de Taiohae est beaucoup plus roulante que Anaho et Cath découvre à ses dépends ce qu’est le roulis, le vrai, le méchant, celui qui te fait valdinguer de bâbord sur tribord comme un métronome déréglé… Elle a aussi passé haut la main l’épreuve de l’annexe, elle ne s’est assise qu’une seule fois sur mes genoux.

Nous passons la soirée sur « Microméga », le Lagoon 420 de Chantal et Freddy, nos amis Suisses. Ensuite, retour à bord, un rapide diner et au lit.

 

08/07/10

Pascale et Cath sont à terre pour faire quelques courses pendant que je tape ces mots, le bateau roule et le temps reste bouché et chargé de grains. C’est bien simple, depuis que Cath est à bord, il fait mauvais temps ! Nous commençons sérieusement à envisager le départ vers les Tuamotu dans les jours qui viennent.

Vers 16h, nous voilà à nouveau en baie d’Akatea où nous retrouvons tous nos amis. Nous passons la soirée sur « Colorazul », nous sommes 10 à bord dans une ambiance très conviviale. Maï, Alex et Maria, les Marquisiens de Akaui nous racontent leurs histoires de chasse en vidant à une vitesse impressionnante leurs verres de planteur. Le repas est délicieux et il est convenu que demain soir, nous dinerons avec tous les voiliers du mouillage, soit 21 personnes au bas mot ! Tout ce petit monde devrait se retrouver chez Maï et Maria pour une « chèvre partie »… Ce sera un peu moins la fête pour la chèvre, c’est sûr !

 

09/07/10

Nous sommes mouillés tout au fond de la baie, avant-arrière et nous sommes les mieux lotis car le temps est épouvantable…Il pleut averse toute la journée et avec notre système d’ancrage, on a vite fait de se faire saucer. Et oui, nous sommes mouillés dans tous les sens du terme. Nous ressortons le système de récupération des eaux de pluie et la collecte commence.

C’est la première fois qu’on a un temps aussi mauvais aux Marquises. On ne voit pas à 100 mètres, la ballade à la cascade avec Cath attendra des heures meilleures, si on pouvait allumer la cheminée et se mettre au fond de son canapé pour regarder un bon film, on le ferait !

« Ocean pearl » joue aux dominos sur « Erasmus », « Colorazul » joue aux échecs sur « Philippe » et sur Badinguet, c’est « Atelier couture » !!!

Alors que nous sommes tous à l’ abri derrière la porte fermée de la cabine, Une terrible rafale déchire sur plus d’un mètre la bâche qui protège le cockpit et pour couronner le tout, l’ancre arrière se décroche.

Je récupère rapidement l’ancre arrière et nous mouillons à nouveau un peu plus au milieu de la petite baie.

Cath passe l’après-midi à recoudre la bâche pendant que Pascale transforme son paréo en robe légère. Mouillé pour mouillé, Je fais le plein d’eau douce en bidonnant, inutile de faire fonctionner le déssalinisateur avec toute cette eau boueuses qui dégringole des montagnes. Deux allers-retours pour 500 litres d’eau, j’adore ! Tout est bon pour éviter l’atelier couture !

 

10/07/10

Le temps s’est nettement amélioré mais la mer reste agitée. Badinguet danse le rock’n’roll en baie de Akatea. Les claquements des vagues sous la jupe nous ont fait dormir en pointillés et le pare-battage que j’ai installé sous la poupe en pleine nuit n’a pas changé grand-chose au boucan nocturne !

La randonnée à la cascade est définitivement abandonnée car les risques de chutes de pierres sont trop importants. Nous partons tous à terre pour chercher des fruits car nous savons qu’aux Tuamotu, c’est plutôt coquillages et crustacées… Nous bourrons nos sacs de pamplemousses et de bananes lorsque Maï revient de la chasse avec ce qu’il reste de ce qui a dû être une chèvre… Tous les équipages du mouillage tombent vite d’accord pour régler définitivement son compte à la biquette… Après 3 heures de cuisson, nous sommes une vingtaine autour d’un délicieux ragout de chèvre au lait de coco. Des Néo-Zélandais, des Hollandais et des Français qui dégustent un cabri Marquisien accompagné de sangria espagnole et de bières allemandes…

 

Il est 16h, il est tant de décamper, nous retournons tous en baie de Taiohae une dernière fois. La mer est très formée et le « Léopard 47 » de Michel décolle dans les vagues en nous dépassant, impressionnant !

Je contacte Luc et Carine par téléphone, notre table est réservée pour la soirée « concours de danse ». Nous prenons place vers 19h et le spectacle commence. 3 groupes représentants 3 vallées différentes s’affrontent sur le même thème musical, ils sont libres pour la chorégraphie et les costumes. Un jury très sérieux départage les candidats en fin de soirée. Nous passons un très agréable moment et nous sommes contents pour Catherine car, avec ce temps de cochon, nous n’avons pas pu faire ce que nous voulions.

Jusque tard dans la nuit, les grands tambours Marquisiens résonnent puissamment dans un rythme effréné. Les danseurs miment les gestes de la vie quotidienne ou de combat dans des hakkas spectaculaires, répondant aux complaintes des danseuses, assises à leur pied.

Quel bel au-revoir pour nous, on ne pouvait rêver mieux que ce spectacle avant de quitter cet archipel enchanteur. C’est la première fois que nous quittons un endroit avec autant de difficultés, nous avons adoré les Marquises et les Marquisiens Nous ne vous oublierons jamais…

 

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