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07/04/10

Pascale Se lève précipitamment et avance sur le pont du bateau en se tenant aux haubans.

-          Pascale : Des dauphins, des dauphins, il y en a plein.

Je la suis avec l’appareil photo, 3 spécimens très foncés jouent devant l’étrave de Badinguet pendant que des dizaines d’autres nagent tranquillement autour de notre voilier. C’est vrai qu’il y en a beaucoup et quelque-soit la direction où se portent nos regards, des ailerons découpent paisiblement la surface, ils se promènent sans chercher à se rapprocher.

Je surveille ceux qui se trouvent derrière nous car les lignes de traines sont en place. Cela fait trois minutes que j’observe les mammifères qui croisent le sillage du voilier. Ils ne sont vraiment pas loin des hameçons qui courent derrière Badinguet !

La canne se plie brutalement puis se redresse, comme si le poisson n’avait fait que pincer le leurre mais j’ai parlé trop vite, la canne à pêche est a nouveau courbée à se rompre et le fil se dévide à toute allure. Je sens la catastrophe venir, avec ces nombreux dauphins tout autour… Il ne reste que quelques tours de fil sur le moulinet lorsque le frein, bloqué à fond, stoppe enfin la fuite de la traine. Ca à l’air de tenir, ça n’a pas cassé et je commence à regagner difficilement quelques tours de moulinet.

-          Nicolas : oh, non, on a du accrocher un dauphin...

-          Pascale : Ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible, pas un dauphin, oh non !

-          Nicolas : Je ne vois pas ce que ça peut être d’autre, on l’a peut-être accroché par la queue ou le dos, de toute façon, on remonte la ligne.

Le travail de remontée commence, l’animal part à droite et Pascale rembobine rapidement l’autre ligne pour éviter de tout emmêler. J’enroule le fil, la mort dans l’âme, pêcher un dauphin à la traine, c’est bien pire que de pêcher un cormoran, c’est criminel, ca va le payer très cher !

Je m’aide du poids de mon corps pour faire levier et gagner centimètres après centimètre ce fichu fil de pêche, l’animal reste en surface, il se contente de partir à droite ou à gauche mais pas de violence, juste un poids énorme à tirer en évitant de tétaniser. Je fais plusieurs pauses en me demandant comment un si petit fil résiste à autant de kilos. Pascale me demande de couper la ligne mais je veux en avoir le cœur net et si je coupe, autant récupérer un maximum de fil. Je devine le dos sombre entre deux vagues et de nombreux dauphins accompagnent la malheureuse victime, nous sommes mortifiés.

L’animal repart vers la gauche et double le voilier, il y a maintenant une bonne trentaine de dauphins juste à côté de nous et je discerne les ailerons de notre prise…

-          Nicolas : Chérie, tu es sûre que c’est un dauphin ?

-          Pascale : Je ne sais pas, on dirait et puis, il y a tous ses amis autour…

-          Nicolas : On dirait un requin.

-          Pascale (effrayée) : Oui, c’est un requin, je n’en veux pas à bord, relâches le, laisse le vivre !

-          Nicolas : Saloperie de requin, je veux récupérer mon leurre !

Le requin de plus de 1m50 est épuisé par sa lutte et je ne vaux pas mieux que lui. Je réussis à accrocher la canne au balcon, le laissant nager à nos côté et le spectacle qui s’offre à nous est très étrange. Des dizaines de dauphins groupés s’approchent tout prêt du requin, d’autres sautent à une dizaine de mètres du voilier et un grand nombre d’entre eux attendent à l’étrave et de l’autre côté.  Aucun signe d’agressivité de la part des mammifères, ils accompagnent le squale en le frôlant. Il faut prendre une décision et je vais suivre les conseils de Pascale, le requin est lourd et certainement difficile à achever. Je ne tuerai pas cette bestiole pour un leurre. Un bon coup de couteau et le fil est coupé au ras du bas de ligne. Je libère le poisson qui s’enfonce, groggy, dans les profondeurs. Aussitôt, les dauphins disparaissent à leur tour ?!?!

Un leurre de perdu et beaucoup d’émotions. J’avais pourtant cette idée reçue que les dauphins et les requins ne peuvent pas cohabiter car ils sont ennemis…

Alors que je me remets de mes émotions en pestant après le beau leurre que je viens de perdre, j’entends Pascale crier…

-          Pascale : Une otarie, une otarie ! derrière le bateau, là juste derrière.

Une tête moustachue émerge dans le sillage de Badinguet, ça alors. Pascale m’explique qu’il y en a plusieurs et en effet, des ombres brunes suivent le voilier à 5 ou 6 mètres derrière la jupe. Je prends l’appareil photo mais le mammifère replonge juste au moment du déclic pour réapparaitre à des endroits improbables et je loupe touts mes clichés. Mais il y a toujours ses copines qui suivent Badinguet et je calle l’objectif sur ces ombres en attendant le moment où elles remonteront pour respirer. Le temps passe et personne ne crève la surface pour reprendre son souffle. L’otarie nous surprend à nouveau en apparaissant sur le flanc du bateau, accompagnée d’un autre congénère, génial…

Mais alors, si ce ne sont pas les otaries, qu’est ce qui nous suit comme ça ???

Pascale et moi comprenons vite à quoi nous avons affaire, 4 requins sont dans notre sillage, ils s’adaptent à notre vitesse et lorsque nous coupons le moteur pour les observer, ils ralentissent à leur tour. Ils ont du suivre leur compatriote et peut être même le boulotter car il était mal en point lorsque je l’ai relâché….

Avec tous ces squales, je n’ai aucune envie de perdre d‘autres leurres aussi je ressors mes vieux bas de ligne en plastique pour voir si nous attrapons autre chose que du requin…

Les Galápagos sont en vue, San Christobal se découpe sur un horizon qui s’empourpre lorsque le soleil disparait derrière la surface de l’océan. Une dernière otarie vient nous montrer ses moustaches puis la nuit tombe, noire comme de l’encre. L’ile disparait et je modifie notre cap pour nous écarter de tout risque côtier pendant la nuit. Alors que nous n’avons quasiment rien vu depuis notre départ, en quelques minutes, des requins, des dauphins et des otaries, au même endroit au même moment, les humains devraient en prendre de la graine car cette cohabitation à 20 milles des terres est surprenante.

La dernière nuit avant notre arrivée. Il n’y a toujours pas un souffle de vent et nous avons callé la vitesse de Badinguet pour arriver à Santa Cruz au lever du soleil. Pascale est partie se coucher vers 19h et j’attends 23h pour la réveiller. Ensuite ce sera à nouveau mon tour de 2h à 4h du matin et ainsi de suite. Ces navigations de nuit entre des iles inconnues avec des cartes peu précises sont toujours difficiles et je ne pense pas que le sommeil sera si profond… Nous nous rattraperons demain au mouillage.

 

LES ILES GALÁPAGOS 

 

 

08/04/10

Le calcul était parfait, le soleil se lève juste lorsque nous découvrons la baie de Puerto Ayora. De nombreux bateaux, les uns contre les autres forment un amas hétéroclite de voiliers, chalutiers, yachts, vedettes et petits ferries. Il y a aussi des bouées jaunes, rouillées, délimitent-elles une zone de mouillage ? Dans le doute, nous nous enfonçons entre les différents navires, soulevés par une houle puissante et paresseuse. Le vent vient du large et nous mouillons le cul à la terre entre un catamaran monégasque et des italiens.

Pascale retourne se coucher mais je suis trop excité pour rejoindre le lit aussi, je range le cockpit, le genaker, regonfle l’annexe et surveille du coin de l’œil, le nombre impressionnant de bateaux-taxi jaunes et de zodiacs qui circulent entre les voiliers.

A 9h, je réveille Pascale, il faut qu’on bouge ! On est aux Galápagos tout de même !

Après un petit tour à terre pas très emballant, nous retournons à bord pour demander des infos très utiles à nos voisins Français.

Nous partons ensuite faire le tour de la baie en annexe et découvrons une petite colonie de fous à pieds bleu. Nous les photographions sur une falaise qui domine quelques écueils volcaniques noirs comme de l’ébène, entourés d’une eau turquoise et recouverts de crabes rouges sang, que de couleurs devant nos yeux fatigués…

De nombreux lions de mer ou otaries encombrent les plages arrières de vieux bateaux équatoriens, il y en a même qui sont carrément rentrées dans les cabines défoncées de ceux-ci

 

Cette fois ci, nous prenons un bateau-taxi (60 cts) en connaissance de cause. Nous réservons deux billets pour l’ile de Floreana puis nous quittons le centre ville pour aller au centre « Darwin » (certainement le seul site gratuit des Galápagos !).

Privés de la brise côtière, nous marchons une bonne demi-heure sous une chaleur épouvantable mais le jeu en vaut la chandelle. Des tortues géantes en veux-tu, en voila, des iguanes terrestres et des troupeaux de touristes américains qui transpirent leur graisse en passant entre de curieux arbres-cactus !

Les tortues géantes appartenant à une espèce menacée, la station internationale « Darwin » assiste et protège leur procréation avant de les élever et de les relâcher dans le nature. Il en de même avec les iguanes terrestres. D’une passerelle, on peut observer la star de la station. Il s’appelle « Georges le solitaire », trouvé sur l’ile de Pinta en 1971, c’est la dernière tortue de sa race, exterminée par les chasseurs de baleines. A l’heure actuelle, Georges pèse environ 250 kilos et vit avec deux jolies femelles proches de sa race mais il n’a hélas, aucun appétit sexuel. Il s’éteindra avec son espèce, un peu comme notre neveu Arnaud junior, dernier descendant mâle des de Rui dont le physique préhistorique rappelle sans conteste celui des tortues des Galápagos, pas de commentaire sur son appétit sexuel ! On lui souhaite un bon anniversaire, 17 ans, ça s’arrose !

 

Sur le chemin du retour, nous achetons quelques filets de wahou au marché sou l’œil intéressé des nombreux pélicans et échassiers qui cernent le poissonnier jusqu’à lui piquer ses filets sur son étal.

 

Nous rentrons au voilier après une petite halte Internet-soda, accompagnés par quelques mammifères marins manifesteraient intéressés par le Super Maramu 2000 !

 

 

09/04/10

Le réveil nous tire de nos rêves à 6h50, l’horreur ! Il nous faut faire des efforts abomifreux pour décoller de la couchette…

 

Après une toilette rapide et un petit-déjeuner succin, nous débarquons à terre pour découvrir qu’il y a une heure de décalage horaire entre le continent Sud-Américain et les Galápagos ! En fait, nous avons une heure d’avance et 8 heures de différence avec la France, ça commence à faire !

Après avoir attendu 1 heure, nous embarquons dans une vedette de la taille de celle de Papy-Jean mais nous sommes 20 à bord !!!! Il y a 16 jeunes Américains, un couple d’Allemands et nous. Nous redoutons la suite du programme …

Nous filons à 20 nœuds en direction de l’ile Floreana, située à 2h de mer au Sud de Santa Cruz. Après avoir photographié les 4 pingouins préposés à la "photo souvenir de l’ile", le bateau accélère à nouveau pour mouiller devant le petit port de Floreana. Une lancha vient alors nous chercher et nous nous entassons dans un camion transformé en transport de passagers.

Nous profitons du temps d’attente pour nous approcher des iguanes marins et des nombreux lions de mer qui lézardent au soleil.

 

Il n’y a qu’une piste et nous l’empruntons pour découvrir un enclos où des dizaines de tortues géantes s’alimentent, pour nous, c’est du déjà vu !

Ensuite, nous poursuivons un moment avec notre guide qui semble s’intéresser beaucoup plus à son nouvel appareil photo qu’a son groupe ! Le résultat est inattendu et finalement très agréable… Les jeunes Américains se moquent dés qu’ils le peuvent de notre imbécile de guide incompétent et tout le monde met de l’huile sur le feu… Nous visitons un site ancien ou d'illustres inconnus ont du vivre mais nous n'en savons pas plus car les explications qu'on nous donne sont incompréhensibles. Nous déjeunons de poisson et de riz dans un restaurant improvisé et retour au bateau pour arriver sur le lieu de Snorkeling (Palmes-Masque-Tuba). Je suis le deuxième à sauter dans l’eau, Pascale me regarde m’éloigner du groupe qui barbotte autour de la vedette.                                       

Les otaries ne tardent pas à approcher et le spectacle est hallucinant, inoubliable, magique !

Les otaries viennent jouer en me frôlant jusqu'à les toucher. Leurs accélérations sont  phénoménales mais lorsque je plonge en leur compagnie, elles prennent la pose pour la photo, je suis émerveillé. Le jeu pourrait durer des heures car elles ne se lassent pas de tourner, se tordre telles des contorsionnistes et me foncer dessus pour m’éviter au dernier moment, incroyable… Voilà certainement un des plus beaux moments du voyage, Ces mammifères sont extraordinaires, il y en même un qui ramasse dans sa gueule un morceau de corail pour me l’apporter et lorsque je descends au fond, il approche son museau à quelques centimètres de mon visage. Dix secondes plus tard, il accélère comme une flèche pour revenir par derrière ou par-dessous ! Et lorsque je sors la tête de l'eau pour regarder la rive toute proche, des dizaines de lions de mer se dorent la pilule au soleil, à quelques mètres de mon masque, quel spectacle ! Je suis émerveillé, il faut vraiment que Pascale voit ça !

 

Je sais qu’elle n’a pas peur lorsque le spectacle occupe toute son attention, c’est ce qui s’est passé avec les tortues… Avec les lions de mer ou les otaries, c’est absolument extraordinaire, ils vont si vite, ils nous tournent autour, plongent, puis remontent en prenant des pauses coquasses avant de reprendre une respiration… Ce que j’ai remarqué, c’est qu’ils restent toujours dans le même zone, inutile de nager des kilomètres, si tu en trouves un, tu peux rester un bon moment sans te déplacer, le spectacle est garanti. Il faut qu’elle vive ce moment.

Un requin passe nonchalamment en bas du tombant à 15m de profondeur  et je prends en photos des perroquets à bosse et un banc de chirurgiens. C’est vrai qu’il serait sympathique qu’il n’y ait pas de squale lorsque Pascale plongera, nous verrons…

Toute l’animosité contre notre guide a disparue, merci les lions de mer ! Ah, Maël, si tu avais pu être avec moi, que d’émotions mon fils !

Tout le monde se changent et regardent les photos prises pendant que la vedette lève l’ancre. 2 heures plus tard, nous débarquons à Puerto Ayora et retrouvons Badinguet pour un repas délicieux et une vraie bonne nuit sans se tromper d’heure !

 

10/04/10

Réveil matinal, nous devrions avoir la visite des autorités depuis 3 jours mais aucun uniforme à l’horizon pour le moment, pourvu que ça dure… Nous connaissons les prix, 100 $ par personne pour l’entrée du  bateau dans le parc national, 150$ de commission pour l’agent, 82 et 10$ pour le capitaine et la douane, bref, plus tard ce sera, mieux  ce sera ! Il est tout de même curieux que personne ne ous soit encore tombé dessus. Je pense qu’ils passent tous les matins et nous ne sommes jamais à bord le matin, eh, eh, eh !

Nous quittons donc le bord pour nous enfermer dans un cybercafé pendant 2h30, mise à jour du site, messages, etc. Dans l’après-midi, nous prenons un taxi qui nous emmène pour 30$ visiter les jumeaux, deux cratères très impressionnants envahis par le végétation sur les hauteurs de l’ile.

Nous passons ensuite une petite demi-heure dans une ferme pour tortues géantes où nous oublions de payer l’entrée (est-ce un signe que nous ne paierons pas les formalités, espérons !) puis nous finissons notre balade privée par le fameux tunnel de lave ! Pascale et moi descendons dans l’énorme tube formé par une ancienne coulée de lave et cheminons près de 20 minutes dans une boue épaisse, uniquement éclairés par quelques ampoules suspendues à un fil qui coure sur la paroi du tunnel. Pascale est en tongues et il est impossible que j l’ignore tellement elle rouspète. Il est dommage que le bruit de succion à chacun de ses pas ne couvre pas ses plaintes…

-          Pascale : Je n’y vois rien,  Attend-moi, Je ne peux pas continuer comme ça. AARG ! j’ai failli tomber, j’ai de la de la boue partout…

Alors que Pascale est enlisée dans le noir, je pars en reconnaissance et la suite des événements va vraiment lui plaire… Il y a comme un bouchon de lave séchée qui bloque la galerie et il va falloir s’allonger pour franchir l’obstacle, je m’attends au pire…

Inutile de décrire les réflexions de ma douce mais elle l’a fait, elle a de la boue jusque sur le nez mais elle est passée, ouf !

Nous retrouvons Badinguet à la tombée du jour et de nombreux voiliers sont arrivés à leur tour, nous commençons à songer au départ…

 

11/04/10

Le roulis incessant nous met les nerfs à vif et ce matin, nous sommes carrément en travers de la houle. C’est l’enfer !!! « Endless », « Mariposa », « les Biquets », « Lazarina » sont arrivés mais nous sommes décidés à partir.

Nous voulions aller sur l’ile Bartolomé, là où fut tournée la scène de « Master and commander » mais il n’y a pas de place avant la fin de semaine prochaine et les prix sont prohibitifs… Ce sera notre seul petit regret car franchement, les Galápagos ne cassent pas trois pattes à un cormoran !

A 9h, corvée de bidonnage pour quelques 35 gallons de diesel puis courses de frais en quantité industrielle car nous resterons sans voir la terre pendant près de 3 semaines. Notre destination finale semble être les Gambiers puis les Marquises et enfin les Tuamotu mais nous ne sommes sûrs de rien, la météo sera notre guide, comme souvent !

Nous retournons à bord le temps de tout ranger dans des filets en suspension puis nous partons déjeuner à terre car le roulis rend la vie à bord quasiment impossible.

Ce soir, nous dinerons avec nos amis avant le grand saut.

Nous partirons donc demain à l’aube, nous tenterons un stop à Isabella, sans se faire attraper par les autorités, puis la Transpacifique dans la foulée…

A priori, nous ne nous sommes pas fait prendre et nous n’avons absolument rien payé pour cette escale particulièrement onéreuse… Une économie de 450 dollars minimum, on a fraudé aux Galápagos mais, vu ce que nous a déjà pris l’Equateur, nous n’avons aucun scrupule !!

A très bientôt de l’autre côté de la terre…

 

 

Nous quittons Santa Cruz à peine levés, sans aucun regret, la nuit fut, comme la précédente, roulante, pour ne pas dire infernale ! Il y a très peu de vent et nous gagnons le large pour nous écarter des nombreux écueils qui bordent ces iles volcaniques. Nous profitons du moteur pour faire un peu tourner le déssalinisateur mais, au bout d’une heure, il s’arrête. Cela arrive fréquemment et il suffit de baisser un peu la pression mais là, rien à faire, il ne veut pas redémarrer. Je descends dans la soute et le verdict tombe immédiatement, le tuyau haute pression qui va du compresseur au déssalinisateur a lâché, comme son petit frère à Carthagène ! Il y a de l’eau partout et les appareils électriques sont couverts de gouttelettes qui témoignent de la puissance du jet lors de l’arrachage du tuyau !

Je sèche et essuie prudemment tout les appareils de la soute puis visse le vieux tuyau que j’avais bricolé en Colombie mais rien n’y fait, le moteur ne veut toujours pas démarrer. Il faudra que je vois ça à Isabella, si nous n’avons plus de déssal pour la Transpac, quelle galère !

Si Santa Cruz fut infernale, Isabella est paradisiaque, le mouillage est superbe, coincé entre des iles de lave noire et une langue de terre bordée d une jolie plage.  Il n’y a pas beaucoup de place et nous sommes une vingtaine de voiliers, un peu serrés les uns aux autres mais, au combien, privilégiés.

 

J’attaque de suite les réparations et je découvre qu’un composant cylindrique du moteur 220V du compresseur, est arraché du châssis. Le condensateur de démarrage a dû exploser car il est fendu et une pâte grise solidifiée semble en avoir été expulsée… Le moteur 24V, après nettoyage et séchage des cosses, est reparti au quart de tour. Tout n’est pas perdu car nous pourrons utiliser le déssalinisateur sur le 24V lorsque le moteur de propulsion est en marche, ca devrait suffire ! De toute façon, nous avions prévu ce genre de soucis et nous avons stocké de l’eau douce pour subvenir à nos besoins durant cette longue période.

 

LA TRANSPACIFIQUE

 

13/04/10

Je change le cadran de l’anémomètre de place, qu’il soit visible de partout lorsqu’on sommeille dans le cockpit et répare les dernières petites pannes habituelles. Je prépare également une petite bouteille de coca remplie d’essence au cas où des baleines ou des cachalots s’approchent un peu trop. Ils détestent l’odeur du carburant et nous allons traverser prochainement des zones très fréquentées par les cétacées, autant être armés ! 

Je regonfle l’annexe à contre cœur et nous allons à terre trouver un poste Internet d’une lenteur épouvantable pour envoyer deux photos du condensateur explosé à papy Jean. Etant données ses compétences en la matière, je pense qu’il va vite identifier le problème et commander les pièces défectueuses chez Déssalator pour les faire ensuite livrer chez Cath, ma tante qui nous rejoint début Juillet aux Tuamotu.

Nous faisons très vite connaissance avec nos voisins et l’ambiance est internationale et très sympathique. Il y a 2 Super Maramu qui arrivent dans la soirée et nous voilà quatre représentants de la marque AMEL au mouillage, on se croirait à La Rochelle !

Nous discutons longuement avec l’équipage d’un « Outremer » qui s’est échoué hier sur les récifs, safrans arrachés, hélices cassées et le flotteur bâbord percé. Un vrai massacre juste avent la grande traversée. Nous leur donnons, les coordonnées de Georges de Puerto Lucia qui leur fera certainement la réparation, s’ils arrivent à repartir avec de tels dégâts… Vive les catamarans ! Il faut quand même avouer qu’arriver de nuit dans ces mouillages compliqués aves des décalages GPS importants est suicidaire…

Nous quittons Isabella, les Galápagos, la terre, les otaries et les humains à 13h30, heure locale.

Il nous faut faire 1h30 au moteur contre le vent et les vagues de Sud-ouest pour se dégager de l’ile. Dés que nous aurons passé la pointe Sud, nous pourrons aligner un cap au près.

Nous avons tous les 2 le nez dans nos romans lorsque la ligne de traine s’emballe, on a un poisson !

Je mets le moteur au point mort et ramène au pied du bateau un magnifique wahou, le plus gros que nous ayons pris jusque là. Il faut un bon 1/4h pour l’amener à portée de gaffe et plusieurs fois il repart sous le bateau menaçant d’enrouler le fil autour du safran, de l’hélice ou de la quille mais la patience a du bon et il ressort par la où il était parti, c’est bientôt la fin du combat. Je le gaffe et remonte à bord une pièce de 1.60m et de plus de 20 kilos ! Record de Wahou battu ! Et je n’ai plus le droit de pêcher de la semaine, bien joué !

Je mets plus d’une heure à lever les filets et Pascale 30 secondes à le faire disparaitre au congélateur !

Le cap de l’ile est débordé, j’aligne un cap au près, la navigation devient tout de suite beaucoup plus agréable. Pascale nous prépare un steak dans le filet avec des patates sautées, la grande classe quoi !

Mer peu agitée, Badinguet avale les milles dans le noir. Il n’y a pas de lune mais une magnifique voute céleste est là, rassurante. Nous nous éloignons des Galápagos à 8 nœuds de moyenne, au près bon plein.

J’ai tiré deux lignes divergentes sur les cartes électroniques de Maxsea, une qui va vers les Gambiers, l’autre vers les Marquises, nous restons pour les jours à venir entre ces deux lignes et nous verrons comment le vent évolue. En tous cas, pour le moment, c’est idéal !

 

14/04/10 - J1

POS 1°52.391 S / 93°20.237 W / CAP 260° / VIT. 6.5K. Vent très faible / Temps beau / Mer belle / Distance parcourue en 24h : 153 M / Reste à parcourir : 2765M

PECHE : Un wahou de 21 kg !!!

DICTON DU JOUR : "Roulis au mouillage, pars serein au large" 

Nous sommes partis d'Isabella (magnifique) à 13h30 hier après une escale technique et beaucoup de plaisir car l'endroit vaut le détour. Le tuyau haute pression du déssalinisateur a lâché et un composant de la pompe 220V  a explosé au contact de l'eau, papy Jean et Cath s'occupe de notre problème, merci encore à eux.  Nous avons pêché un énorme wahou de 1.65m et 21 kilos au Sud d'Isabella. On a de la bouffe pour toute la Transpac et Pascale ne veut plus que je pêche pour le moment. Nous avons eu du vent pendant 22h puis il est définitivement tombé à 0. Nous poursuivons au moteur, tout doux pour conserver du gasoil, la route est longue. Avons vu une grosse tortue marine, dauphins et un cachalot au loin. 

 

15/04/10 - J2

POS 1°52.391 S / 93°20.237 W. CAP 260° / VIT. 8 K / VENT SSE entre 15 et 25 K. / Temps beau / Mer agitée / Distance parcourue en 24h : 193 M (notre record) – Vit. Moy.: 7.9k / Reste à parcourir: 2577M.

PECHE : Je n'ai plus le droit de pêcher pour le moment, snif !!!

DICTON DU JOUR : "Qui dans la nuit, fonce, dans la journée, pionce "

Pour le moment notre route est vers les Marquises, on étale les vagues qui nous chahutent. Nuit dure avec une mer qui s'est formée rapidement, le vent souffle entre 15 et 25 nœuds dans les rafales. Badinguet avale les milles à plus de 8 nœuds et nous avons réduit toutes les voiles. le confort n'est pas du tout de la partie mais nous avançons vite. Le vent n'a vraiment pas tendance à mollir, il se renforce plutôt et nous sommes très secoués, il y en a qui aiment ça ! En tous cas a ces vitesses là et avec cette mer, on apprécie grandement notre solide Badinguet. Croisé un chalutier, des dauphins et une grosse tortue.

 

16/04/10 - J3

POS 2°47.427 S / 96°30.894 W. CAP 260° / VIT. 8 K./ VENT SSE entre 15 et 18 K. Temps couvert, nombreux nuages, grains / Mer agitée / Distance parcourue en 24h : 198 M (nouveau record) – Vit. Moy. : 8.25k / Reste à parcourir: 2378M.

PECHE : Je n'ai plus le droit de pêcher pour le moment, snif !!!

DICTON DU JOUR : "Huit nœuds de moyenne, planquez les baleines"

Nous n'avons croisé personne, on fait la collecte des poissons-volants et des petits calamars qui terminent leur vie sur le pont ! Le vent et la mer n'ont pas changé et Badinguet file toujours à vive allure vers les Vahinés. On commence à s'habituer un peu aux secousses. Nous sommes quand même obligés d'être attachés lorsque nous sommes assis à lire du côté du vent.  En tous cas, nous avons vraiment fait des moyennes exceptionnelles, à plus de 8 nœuds !! N'oublions pas que nous avons au minimum un nœud de courant qui nous pousse, ça aide ! Sinon, on commence à trouver un peu le temps long car on ne tient pas debout et tout est un peu compliqué à cette vitesse et avec cette mer.

Le groupe électrogène fonctionne 3 heures par jour pour compenser la dépense électrique des nombreux instruments. Le PC et le GPS sont allumés deux fois par jour pour faire le point, le radar bosse toute la nuit et le pilote automatique a fort à faire avec cette allure et c'est sans aucun doute lui qui consomme le plus. Tout fonctionne parfaitement et normalement. Si la mer pouvait être un tout petit peu moins agitée, ce serait des conditions idéales mais on ne peut pas tout avoir...

 

17/04/10 - J4

POS 3°53.602 S / 103°01.564 W. CAP 256° / VIT. 8.8 K. / VENT SSE entre 15 et 18 K. Temps beau / Mer agitée / Distance parcourue en 24h: 210 M (nouveau record) - Vit. Moy.: 8.7k / Reste à parcourir: 2173 M.

PECHE : Toujours pas le droit de pêcher pour le moment, snif !!!

DICTON DU JOUR : "Qui économise l’eau, sent très vite le blaireau !"

Nous n'avons croisé personne, sauf quelques rares oiseaux de mer. La nuit fut dure encore une fois avec des vitesses étonnantes mais qui nous donnent le moral car les Galápagos s'éloignent vite. 210 milles en 24h, ce devient dur à battre ! La mer reste hachée et Badinguet taille la dedans à 9 nœuds alors tenir debout est totalement impossible. il va falloir qu'on fasse un peu d'exercice et de gym pour compenser le fait que nous soyons assis ou allongés depuis 4 jours !!! Nos muscles fondent à toute vitesse et les maux de dos s'accentuent mais tout va bien à bord. On mange comme des princes, on bouquine toute la journée et on regarde l'eau défiler...

Nous avons remis en état la couchette de la coursive pour nous y reposer cette nuit. A l'arrière, ca devient impossible. Le vent tourne très lentement au portant en virant SE et l'allure qui était au près bon-plein jusque là est passée largue, la vitesse va un peu diminuer et nous serons moins secoués. Il fait 30° mais le vent nous garde un peu au frais. La nuit, on doit s'habiller en fourrure polaire des pieds à la tète, ça caille quand même un peu.

je remets la ligne 1 heure dans la soirée et elle part comme une furie pour se décrocher quelques minutes plus tard. Ouf, une grosse pièce ne serait jamais rentrée dans le congélateur !

 

18/04/10  -  J5

POS 4°35.262 S / 106°24.751 W./ CAP 259° / VIT. 8.4 K./ VENT SSE entre 15 et 18 K. temps beau / Mer agitée / Distance parcourue en 24h: 209 M  - Vit. Moy.: 8.7k / Reste à parcourir: 1966 M.

DICTON DU JOUR : " Poissons volants et calamars, nettoyer le pont, y en a marre !"

DINER : Côtes de porc  / Pommes de terre sautées / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Carpaccio de wahou – Salade verte / Salade de fruits

PECHE : NADA

Encore une nuit agitée, comme la mer et toujours cette vitesse qui ne descend pas en dessous de 8 nœuds. Et comme si ça ne suffisait pas, nous croisons un bateau de pêche et le radar enregistre des nombreux échos, peut être des bouées de filets ou de ou de palangrottes dérivants... A 5h20 ce matin, changement de quart…

-          Pascale : Le vent est passé de moins quart à moins vingt cinq, c’est pour ça que le génois fait Bang, Bang !!

-          Nicolas : Ah ? Ok, je m’en occupe. 

Pourquoi dire, que le vent est passé du 270° au 200° alors qu’en se servant du modèle d’une montre, le discourt est rapide, précis et très simple pour Pascale, grande spécialiste des angles et des amures… En tous cas, je comprends de suite ce qu’elle veut dire et l’entente est parfaite… Sauf lorsqu’elle balance en douce une patate pourrie au vent, et que je découvre qu’il y en a plein le pont au petit matin !

Je monte des leurres plus petits pour attirer du moins gros. . Toujours quelques rares oiseaux surtout le matin et le soir. Nous avons parcourue plus de 800 milles en 4 jours, incroyable. Les conditions de vent et de mer sont absolument identiques à celles d’hier et depuis 4 jours, toujours au près bon plein-largue. Nous commençons à sentir la bascule vers l’Est et nous y viendrons certainement plus tard car les alizés sont Sud au début et tournent à l’Est aux Marquises.

Jean-Claude nous a appris qu'il y a 12h de décalage horaire entre Tahiti et la France et 11h30 avec les Marquises, nous avons donc reculé nos montres d'une heure pour effectuer le décalage progressivement et conserver un soleil qui se lève-couche autour de 6h30/18h30.

 

 

19/04/10  -  J6

POS 5°02.933 S / 109°39.889 W./ CAP 259° / VIT. 7.8 K./ Vent ESE entre 15 K. Temps beau, quelques nuages / Mer agitée / Distance parcourue en 24h: 198 M - Vit. Moy.: 8.2k / Reste à parcourir: 1770 M.

DICTON DU JOUR : " Gros leurre, gros poisson. Petit leurre, gros poisson... C'est normal, même les éléphants mangent des cacahuètes ! "

DINER : Wahou pané-Pommes de terre rissolées / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Vinaigrette de Wahou-Riz collant, gluant / Salade de fruits

PECHE : Que dalle

Rien croisé du tout si ce n'est des milliers de poissons volants. Nous avons dépassé le tiers du voyage. Ce matin, à 5h30, il a fallu tangonner le génois pour maintenir l'allure car le vent tourne lentement vers l'Est, ce qui est normal plus nous avançons. La vitesse baisse un peu et le confort se dégrade nettement. Avec ce vent arrière et ces vagues de 3/4, on roule grave. J’ai à nouveau le droit de pêcher car le congélateur s'est un peu vidé, j'ai changé la couleur du leurre (vert fushia), les dorades devraient apprécier... Et nous, on apprécie les dorades...

 

20/04/10  -  J7

POS 5°32.273 S / 113°10.574 W./ CAP 255° / VIT. 8.3 K./ VENT SSE entre 15 K et 20 k. / Temps nuageux, grains / Mer forte / Distance parcourue en 24h: 214 M (Nouveau record) – Vit. Moy.: 8.9k / Reste à parcourir: 1558 M.

DICTON DU JOUR : " Qui s'habitue à l'exception mène une vie sans émotion ! "

DINER : Spaghettis à la sauce de RUI / Fromage-Yaourt

DEJEUNER: Carpaccio de Wahou- Riz gluant encore, Beurk / Salade de fruits

PECHE : On va trop vite ou quoi ?

Rien croisé du tout.  Nous avons vu plusieurs belles chasses d'oiseaux et nous sommes maintenant à 100 milles de la moitié du voyage, le milieu de l'océan Pacifique sera atteint cette nuit à 1h30 pour nous, 9h30 du matin en France ! On fera un bon gueuleton demain pour fêter ça. Le record est encore battu mais ca devient dur de tenir ces cadences et je pense qu'on va réduire pour se reposer et pêcher un peu... Le vent s'est un peu renforcé et la mer suit avec des creux de 3 mètres maintenant. Côté pêche, on a perdu nos dernières touches à causes de la vitesse et du temps qu'il faut pour ralentir Badinguet.

Et puis il ne faut pas qu'on s'habitue de trop à ces moyennes, on risque d'être déçus ! Tout va bien à bord, toujours secoués comme des pruniers.

Vers 13h, une fois notre record validé et homologué par l’appareil photo (dés fois qu’on ne nous croit pas !), je remets la grosse traine à l’eau mais à ces vitesses là, ce n’est pas gagné !

21/04/10 – J8

POS 6°10.061S/116°29.660W. CAP 260° / VIT. 8.4 K. Vent SE entre 15 K et 20 k. entre 20 et 30 sous les grains s'orientant Est. Temps très nuageux – Nombreux grains violents - / Mer forte / Distance parcourue en 24h: 204 M - Vit. Moy.: 8.5k / Reste à parcourir: 1357 M.

DICTON DU JOUR : " Qui, dans la nuit se prend des grains, au matin, fait moins le malin"

DINER : Gratin de spaghettis à la sauce de RUI / Côte de porc à la moutarde / Crêpes

DEJEUNER : Carpaccio d’espadon-Salade de pommes de terre / Tomates – Brocolis pour   Pascale BEURKKK / Salade de fruits

PECHE : Un espadon de 2 mètres !

5h, le premier d’une longue série de grains nous tombe dessus, il faut tout ranger et ralentir le voilier en cas d’accélération de vent importante. Ensuite, il faut tangonner à nouveau. Pascale m’aide et rapidement le génois est  à poste… Bien écarté de l’axe du voilier et Pascale, bien rapprochée de sa couchette. Mais pas pour longtemps… A 6h, le grain est furieux et 30 nœuds dans les rafales nous surprennent, encore réduire, vite, vite !…

Badinguet surfe à 14 nœuds sur les énormes vagues générées par l’orage. La pluie fouette la surface déchainée, la mer est noire, grosse, zébrée de trainées blanches, signes de grand vent. Je suis à l’intérieur, sur la dernière marche de la descente, le Haut du corps copieusement arrosé et le bas, bien au sec derrière la porte remontée. Jusqu'à 9h, la pluie ne cesse que par intermittence et il faut adapter sans arrêt le cap aux sautes du vent. Les grandes vagues font désormais plus de 4 mètres.

 

Pendant un bon moment, le vent reste très arrière, puis, lentement, en quelques heures, il est revient au Sud-est et Badinguet se relance maintenant à une vitesse proche de 9 nœuds…Comme on a vu que ça pouvait être bien pire, on se contente de ce qu'on a... On se surprendrait presque à espérer traverser le Pacifique en moins de 15 jours, CHUT !!!!

Rien croisé du tout. J'ai attendu la fin du record (12h30 pour nous) pour ralentir un peu et commencer à pêcher avec une seule ligne. Une heure plus tard, la canne à pêche se plie violemment et le fil se dévide a toute allure. Pascale enroule génois et GV mais le fil continue de ficher le camp, je mets un peu de frein, c’est encore du gros… je commence la très longue remontée car le poisson a pris plus de la moitié du moulinet soit 200 mètres ! Mes bras fatiguent vite car le bestiau est en forme !

A chaque départ, je sais qu’il perd des forces et il se rapproche inexorablement de Badinguet… Pascale finit par enrouler une bonne partie de l’artimon pour nous ralentir encore, il est là, juste derrière le bateau. Comme à chaque fois, nous sommes impatients de découvrir de quel poisson il s'agit. Pascale, découvre un long poisson argenté qui change de direction à toute vitesse, reprenant un peu de fil à chaque fois mais il est fatigué, je l’amène près de l’arrière bâbord, c’est un espadon !!! Fabuleux ! Encore un espadon, un « voilier, un Sailfish », le même qu’en Colombie. Le poisson est vaillant et  je loupe plusieurs fois mon coup en voulant le gaffer, ses changements de direction sont spectaculaires lorsqu’il étire sa grande nageoire dorsale. Ca y est, le crochet acéré de la gaffe l’a transpercé de part en part. Je me souviens des difficultés que j’ai eues avec celui de Colombie et je ne ferai pas deux fois la même erreur… Immédiatement, sans attendre, je me projette en arrière avec la gaffe collée au corps, le grand poisson atterrit sur le pont et je recule vite mes petits petons pour éviter le rostre pointu. Il bouge peu, il est épuisé et deux coups de batte de base de baseball lui fracassent le crâne définitivement. Je sais, ce n'est pas très cool comme accueil ! C’est curieux car il n’a pas de long rostre, dommage pour le trophée ! A la mesure, deux mètres et certainement autour de 35 kilos bien pesés !!! On va se régaler

Si on résume, j’ai pêché deux fois une heure, et j’ai pris 60 kilos de poisson… J’ai eu droit à un petit sursis côté congélateur, mais là, c’est clair, je peux ranger les cannes à pêche à la cave pour un moment ! le congélateur fait une overdose !

Il faudra une heure de nettoyage, levage des filets et re-nettoyage pour en finir avec l’espadon. La bagarre a été rude mais le dépeçage reste le plus difficile avec cette mer qui ne nous laisse pas de répit. C’est le meilleur poisson que nous connaissions en carpaccio.

Et si l'espadon a pris un grand coup de gourdin, Pascale mérite un grand coup de chapeau pour sa délicieuse cuisine dans la tourmente. Ses conditions de travail sont épouvantables, tous les hublots sont fermés car on embarque beaucoup d’eau et il fait plus de 40° à l’intérieur. La cuisinière va et vient dans la gite et tous les ustensiles suivent le mouvement. Moi même, je ne me risquerai pas à faire des repas complets et équilibrés avec de telles secousses...

 

 

A force de faire des moyennes journalières de plus de 200 milles, il serait bon d’immortaliser les distances en prenant en photo l’écran du GPS. Le seul problème, c’est que je n’ai aucune envie de bouger mon derrière pour aller chercher l’appareil photo. les 24 heures se terminent dans une heure, il me reste du temps. Malgré tout, j’ai peur d’oublier aussi je demande à Pascale de m’y faire penser, plus pour me le rappeler à moi-même car elle oublie souvent…

-           Nicolas : Tu me feras penser à prendre l’appareil pour photographier l’écran du GPS tout à l’heure ?

-          Pascale : Bien sûr.

-          Nicolas (Tout bas) : (Tu parles !)

Juste avant l’heure dite, je descends dans la cabine et récupère le boitier Pentax. Pascale est dans la cuisine et je surprends son regard sur l’appareil photo que je tiens dans les mains… Elle avait oublié, bien sûr !

Deux minutes plus tard

-          Pascale : Chériiiiii

-          Nicolas : Oui ?  

-          Pascale : N’oublies pas l’appareil photo pour prendre en photo le nouveau record !

-          Nicolas (Tout bas) : (Elle a osé !) Je n’en reviens pas ! 

Si ça, ce  n’est pas de la roublardise !!!! Quel toupet, l’effrontée !

Il est 15h30, le soleil commence à baisser, le vent est fort et la mer dure, la nuit le sera aussi…. Nous passons la soirée à regarder évoluer un pétrel tempête. Tout petit oiseau du grand large, on dirait qu'il danse entre les grandes vagues en surfant sur ses pattes palmées.

 

22/04/10  -  J9

POS 6°48.481 S / 119°27.104 W. CAP 260° / VIT. 7.4 K./ VENT ESE entre 10 K et 20 k. entre 20 et 25 sous les grains s'orientant Est. Temps très nuageux – Nombreux grains violents /Mer agitée / Distance parcourue en 24h: 182 M - Vit. Moy.: 7.5k / Reste à parcourir: 1176 M.

DICTON DU JOUR : " Si tu vois sur ton pare-brise des poissons volants, tu n’es pas sur l’autoroute derrière ton volant "

DINER : Wahou pané / Pommes de terre rissolées / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Carpaccio d’espadon-Salade de pommes de terre et de riz/ Salade de fruits

PECHE : Je ne pêche plus, le congélateur est plein !

Encore une nuit dehors à régler souvent les voiles car le génois est tangonné et la grand voile le dévente très vite ce qui se traduit par des violents à-coups sur le tangon. La mer reste très formée mais le vent a perdu en force, nous somme donc encore plus ballottés. Je pense que nous avons perdu aussi pas mal de courant en nous éloignant de l'équateur et la vitesse correspond mieux à la réalité (dommage)... Le genaker est à poste, on surveille les grains de près et on a récupéré un petit nœud en vitesse.

Dans l’après-midi, alors que je suis en train de préparer des messages sur l’ordinateur et Pascale de cuisiner derrière moi, nous entendons des sifflements stridents à l’extérieur…

-          Nicolas : Qu’est ce que c’est que ça ? Des oiseaux ? Il doit  y en avoir un qui cherche à se reposer sur Badinguet…

-          Pascale : Non, ça ne ressemble pas à des oiseaux.

-          Nicolas : On dirait qu’il ya quelque chose qui grince ou qui couine

Pascale sort comme une furie en disant :

-          Pascale : Mais non, ce sont des dauphins qui nous appellent

-          Nicolas : T’as fumé quoi ?

-          Pascale : Si ! si ! Ce sont mes amis les dauphins, ils veulent juste voir la tète qu’on a, ils viennent nous dire bonjour !

-          Nicolas : Mais tu te drogues vraiment ?

Je sors rapidement et cherche dans les airs les malheureux oiseaux qui chercheraient un abri mais en vain. Pascal me crie,

-           Pascale : ils sont là, regarde !

Et en effet, j’ai du mal à en croire mes oreilles et mes yeux mais un dauphin, peut être le plus gros que nous n’ayons jamais rencontré nous longe sous la surface puis disparait aussitôt. Il était énorme et jamais je n’avais entendu aussi distinctement le cri de ces mammifères. Nous étions tous les deux dans la cabine avec les bruits du vent, de l’eau qui coure sur la coque et malgré tout ce boucan, les appels du dauphin étaient suffisamment puissants pour nous faire réagir. Encore une belle rencontre, brève et sonore !

 

23/04/10  -  J10

POS 7°10.142 S / 122°29.230 W./ CAP 260° / VIT. 7.4 K./ VENT ESE entre 15 K et 25 k. TEMPS BEAU - /Mer agitée/ Distance parcourue en 24h: 183 M - Vit. Moy.: 7.6k / Reste à parcourir: 995 M.

DICTON DU JOUR : " Qui fait son pain, mange bien le matin " ou "Alizé Sud, attendu. Alizé Est, plein le cul !"

DINER : Saucisses / Riz - ratatouille / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Carpaccio d’espadon - salade de riz /Salade de fruits

PECHE : Je ne pêche plus !

Le rythme a baissé mais la moyenne reste excellente et nous en sommes maintenant au 2/3 du voyage, plus que 1000 milles et on est aux Marquises. La mer reste bien formée et le sommeil difficile mais nous sommes habitués maintenant. Le vent est presque arrière désormais et le roulis est épuisant. Genaker le jour, génois tangonné la nuit et j'ai trouvé une astuce pour ne pas ramener le tangon à poste pour changer de voile. Nous laissons le tangon en place et grâce à des garcette qui servent de messagers on change d'écoute facilement. C’est moins dangereux et beaucoup plus rapide, je le noterai dans les astuces des Super Maramu...

Le temps est passé au beau et le vent s'est un peu renforcé aussi, nous avons rentré le genaker et marchons sous génois tangonné et artimon.

Noter quand même le dicton de Martine qui apparaitra sur le site moyennant des droits d'auteur " "qui mange des yogourts cerise attends la brise, et a les poils qui frisent"  Sans commentaire !!!

 

24/04/10  -  J11

POS 7°10.142 S / 125°29.230 W./ CAP 258° / VIT. 8.3 K./ VENT SSE entre 20 K et 25 k. TEMPS BEAU - NUAGES /MER FORTE/ Distance parcourue en 24h: 198 M - Vit. Moy.: 8.2k / Reste à parcourir: 798 M.

DICTON DU JOUR : "Poisson d'avril, prend beaucoup de fil"

DINER : Filet de Wahou / Riz - ratatouille / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Carpaccio d’espadon / salade de pommes de terre-tomates / salade de fruits

PECHE : Je pêcherai demain !

Le vent est repassé SSE et nous avons pu ressortir la grand voile, gagnant ainsi un nœud. Nous avons un bel accroc sur la chute de la GV mais ça devrait tenir jusqu'aux Marquises. Nous commençons à envisager une arrivée jeudi prochain, dans 5 jours, peut être moins si les moyennes remontent. Toujours secoués mais la nuit fut assez calme à plus de 8.1 nœuds. Quelques belles embardées sur des fins de surf à plus de 14 nœuds.

On n'ose plus pêcher car avec ces vitesses, on ne pêche que du poisson balèzes ! J'essaierai demain d'attraper une petite dorade pour changer un peu de goût ! La mer reste très formée avec des creux d'environ 4 mètres.

Les nuits passent vite car nous nous assoupissons dehors, bien callés dans le cockpit, confiants dans le large périmètre de veille du radar. La remarquable Croix du Sud sur bâbord veille sur nous chaque nuit et la lune atteint ses derniers quartiers, illuminant la nuit jusqu’à 4h du matin.

 

25/04/10  -  J12

POS 8°07.572 S / 129°00.740 W./ CAP 258° / VIT. 7.8 K./ Vent SE entre 10 K et 15 k. Temps beau – Nuages /Mer agitée / Distance parcourue en 24h: 199 M - Vit. Moy.: 8.3k / Reste à parcourir: 603  M.

DICTON DU JOUR : "Pas d’mouton sur la mer, sors ton genaker !"

DINER : Spaghettis-Jambon/Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Wahou vinaigrette-Riz/salade de fruits

PECHE : Rien pris mais ça va venir…

Le vent est au SE et a nettement baissé à l'aube alors que cette nuit, nous avancions bien. Le genaker est à poste et j'ai du réparer l'accroc de la grand voile avec de la toile collante car ça s'aggrave. J’ai remarqué qu'il y avait beaucoup d'autres déchirures sur la chute. Je n’aurai pas dû laisser le nerf de chute tendu avant d'enrouler.  Mais tout ça reste mineure et ne nous empêchera pas d'arriver aux Marquises mercredi soir ou jeudi.

On a quand même l'impression de se trainer un peu, les deux lignes de pêche sont en place, on attend une petite dorade.

Très Bon Anniversaire à Papy Jean.

 

26/04/10  -  J13

POS. 8°44.262 S / 132°05.558 W./ CAP 258° / VIT. 7.8 K./ Vent Est 20 K. Temps très beau / Mer forte/Distance restant à parcourir Distance parcourue en 24h : 188 M - Vit. Moy.:: 7.8k / Reste à parcourir : 400 M. (Changement de destination)

 DICTON DU JOUR : "fourrure polaire et Salopette, garde au sec tes coucougnettes!"

DINER : Côte de porc / pommes de terre a l’eau/ fromage-yaourt

DEJEUNER : Carpaccio d’espadon – Riz / Salade de fruits

PECHE : Rien pris mais ça devrait… Peut être…Venir !

Nous nous sommes déroutés pour atterrir sur l'ile de FATU-HIVA à la baie des Vierges (20 milles de moins). Vue la situation de cette petite ile, au vent de HIVA-OA nous aurons du mal à remonter le vent pour y aller aussi nous irons des notre arrivée. L’arrêt est toléré 2 à 3 jours sans formalité et Marc et Valérie de B&B nous ont dit qu'on pouvait manger du cochon grillé là bas. Arrivée estimée mercredi soir. Il parait que c'est une des plus belles baies des Marquises.

Je pense qu'on va mettre 15 jours pour traverser le pacifique !!! La lune nous accompagne en se décalant d'une heure chaque nuit et nous devrions avoir pleine lune juste en arrivant aux Marquises. Même pas fait exprès !

Marco, Enrica et Pablo doivent être au Marin à l'heure qu'il est. Bravo pour la belle navigation d'Aquarius.

Aller encore 2 nuits !

 

27/04/10  -  J14

POS 9°28.090 S / 134°51.832 W./ CAP 254° / VIT. 6.7 K./ Vent Est entre 10 K et 15 k. / Temps très beau / Mer belle / Distance parcourue en 24h: 171 M - Vit. Moy.: 7.1k / Reste à parcourir: 233 M.

DICTON DU JOUR : " pas de dicton on a les boules, on veut du vent !"

DINER : Boulettes de Wahou / riz / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Carpaccio d’espadon / salade de pomme de terre / salade de fruits

PECHE : Pas vu la queue d’une sardine !

Le vent est complètement tombé hier après-midi et nous sommes au moteur depuis hier soir avec 5 à 10 nœuds de vent arrière. La moyenne se casse complètement la figure et l'arrivée nous tarde vraiment. L’alizé a basculé Nord-est, nous avons changé d’amure et empanné toutes les voiles. Pour le moment, les 5 nœuds de vent apparent ne suffisent pas à maintenir gonflées les voiles d’avant. C’est quand même dommage de se faire planter par Eole à 2 jours de l'arrivée. C’est comme ça !

On bouffe du gasoil et on attend la brise… Peut être pour une dernière belle ligne droite...

Depuis le début du voyage, je n’ai pas pris une météo, les conditions étant ce qu’elles sont sur de grands trajets connus comme celui-ci...

 

28/04/10  -  J15

POS 9°28.090 S / 134°51.832 W./ CAP 254° / Vit.. 6.7 K. Vent ENE 10 K. Temps très beau / Mer belle / Distance parcourue en 24h: 161 M - Vit. Moy.: 6.7k / Reste à parcourir: 73 M.

DICTON DU JOUR : "  Iles Marquises, nuit exquise qui se précise "

DINER : Filet de bœuf / Pommes de terre sautées / Fromage-Yaourt

DEJEUNER : Salade de riz-Viande froide / Compote de pomme

PECHE : Rien ! Perdu un bas de ligne.

On ne voit toujours pas la côte mais elle n'est pas si loin, on a aperçu une frégate tout à l’heure. Il n’y a toujours pas assez de vent pour nous propulser et les 5 nœuds apparents se maintiennent au Nord-est !

Heureusement qu'il y a le moteur pour faire les derniers milles. La mer est calme et il n'y a plus de vague. La pleine lune a rendu le sommeil dans le cockpit compliqué, j'en suis venu a chercher de l'ombre en pleine nuit…

Nous serons à la pointe Nord de l'ile vers 6h20 UT puis il nous restera 4 milles sous le vent pour enfin mouiller dans la baie des Vierges vers 7h30 UT. A peine l'ancre aura t'elle touché le fond que je gouterai un bon ti’ punch pour arroser ça et ensuite nous ferons un triple salto pour atterrir dans la couchette et ronfler...

Nous attendons avec impatience une vraie nuit d'une traite dans la baie des Vierges, sur FATU-HIVA, tout un programme ! Juste un peu déçu par le message de mon oncle Jean-Claude qui nous apprend que ça fait longtemps qu'il n'y a plus de vierge à FATU-HIVA

L’alarme du radar se déclenche et quelques heures plus tard nous dépassons un voilier américain, il est 16 heures…. Ca y est, je la vois !

-          Nicolas : TERRE, TERRE !

L’ile émerge de la brume à 30 milles devant l‘étrave. Toujours au moteur, nous rangeons le genaker et les tangons, la grand-voile est enroulée et l’artimon sert, tant bien que mal, de voile antiroulis. Il fait un temps magnifique et la chaleur est épouvantable. Pas un souffle d’air lorsque la ligne part brutalement, chouette, un poichon !

Je me précipite sur le moulinet e la canne se redresse un instant, on l’a perdu ? Mais non, ça repart de plus belle et le fil se dévide à une vitesse phénoménale. Jamais, je n’ai entendu mon moulinet hurler comme ça ! Dans la seconde qui suit, tout casse ! Il y a des poissons qu’il ne faut pas pêcher, celui-ci devait être monstrueux et je ne remonte que quelques dizaines de mètres de traine, tout le bas de ligne est parti en vadrouille. Pour casser mon fil de tresse, il faut une traction de 90 kilos et ça n’a pas fait un pli ! J’aimerai être une petite souris sous-marine juste pour voir quel poisson nous joue des tours pareils, requin, espadon, marlin, thon ???

Le voilier que nous doublons m’appelle sur le « 16 » et nous discutons longuement à la VHF, Le skipper s’appelle Alex et son bateau  « Bubbles ». J’avais repéré à sa forme qu’il était Américain et j’ai laissé la VHF en veille au cas où. Il a mis 20 jours en partant d’Isabella, je réalise que nous lui avons repris 5 jours pour le coiffer au poteau.

On est trop énervés, surexcités, on ne tient plus en place, la terre est là, trop contents !

J’ai repéré un autre haut-fond à 15 milles avant la pointe Nord de l’ile, je regarde le soleil disparaitre derrière l’horizon, Pascale est à l’intérieur.

Comme pour nous récompenser de cette traversée, j’ai enfin droit à mon premier « rayon vert ». Cela fait des années et des centaines de couchers de soleil sur l’eau que j’attends cela… Il ne s’agit pas d’un rayon au sens propre du terme mais plutôt d’un éclat bref de couleur verte (à peu près une seconde) au moment ou la dernière petite partie du soleil passe derrière l’horizon. Un rayon vert aux marquises, génial !

Nous approchons du coin de pêche et il commence à faire sombre, j’espère qu’on ne va pas prendre un requin… Et c’est sous un ciel pourpre que la ligne de traine repart très violemment, impossible d’arrêter la fuite du fil, le frein est à fond ! En fin de moulinet, le claquement est très violent et je ramasse le retour de canne sur le côté du crâne, je l’ai échappé belle !  Tout à cassé à nouveau ! Une minute plus tard, nous apercevons un magnifique marlin bondir à plusieurs mètres de hauteur derrière Badinguet ! Il saute et fouette l’eau avec énormément de violence… Le pauvre doit essayer de se débarrasser de l’hameçon en frappant la surface de l’eau. Nous regardons le triste spectacle puis il disparait. Espérons qu’il s‘est décroché. Il devait faire 3 mètres et certainement bien plus de kilos que la résistance de mon fil… Ce coup ci, il a vraiment tout pris et il n’y a plus rien sur le moulinet. Les trois dernier coups de pèche m’ont couté cher ! 2 leurres avec les bas de ligne en acier et 350 mètres de fil de tresse de 180 livres !

On est abonné aux gros, c’est tout !

Pour effectuer une distance totale de 2910 milles (5390 km en ligne droite) nous aurons mis 15 jours et 10 heures avec une moyenne de presque 8 nœuds, pas mal le Badinguet et sans casse ! Une traversée quasi idéale, régulière, pas de mauvaise surprise ni de mauvaise rencontre.

 

DATE- JOURS

Nb milles/24h

Nb Milles/ début

Nb milles / Arrivée

Moyenne  par 24h (en nœuds)

Moyenne générale (en nœuds)

14/04/10 - J1

153

153

2765

6.5

6.5

15/04/10 - J2

193

346

2577

7.9

7.2

16/04/10 - J3

198

544

2378

8.25

7.55

17/04/10 - J4

210

754

2173

8.7

7.85

18/04/10 - J5

209

963

1966

8.7

8.02

19/04/10 - J6

198

1161

1770

8.2

8.06

20/04/10 - J7

214

1375

1558

8.9

8.2

21/04/10 - J8

204

1579

1357

8.5

8.22

22/04/10 - J9

182

1761

1176

7.6

8.15

23/04/10 - J10

183

1944

995

7.6

8.1

24/04/10 - J11

198

2142

798

8.2

8.11

25/04/10 - J12 

199

2341

603

8.3

8.13

26/04/10 - J13

188

2529

387

7.8

8.1

27/04/10 - J14

171

2700

233

7.1

8.03

28/04/10 - J15

161

2861

73

6.7

7.95

28/04/10 - 21h30

75

2936

0

7.5

7.94

 

Nous avons croisé 3 navires, pas de grains orageux, pas d’activité électrique. Nous n’avons pris aucun risque avec les allures, la sécurité a toujours primé. Nous avons perdu du matériel de pêche mais les deux prises sont à mettre dans notre livre des records.

A noter une importante faiblesse musculaire à partir du 10ème jour, des vertiges et des étourdissements liés au manque d’activité physique et de station debout. Nous avons mangé à table chaque repas même s’il fallait parfois se cramponner à nos assiettes.

L’ile approche et la lune ronde et lumineuse se lève pour prendre le relais de son compère le soleil parti se coucher il y a une heure. Nous contournons la pointe Nord de FATU-HIVA en longeant de grandes falaises sombres puis nous apercevons les feux de mouillage de la baie des Vierges, on y est presque…

21h30, nous zigzaguons entre une quinzaine de voiliers et après trois tentatives de mouillage par 35 mètres de fond, nous passons devant tout le monde et ancrons par 5 mètres tout au fons de la baie.

Il est 22h, je déguste un ti' punch, on voit nettement les grandes colonnes de basalte et les montagnes qui nous entourent, mais sur quelle planète sommes nous ? Nous sommes en pleine nuit à écarquiller les yeux d’admiration devant une ile fantomatique, une ile au trésor, sauf que pour nous, le trésor, c’est l’ile !

 

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