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AUSTRALIE - 2ème partie

 

 

 

 

21/03/12

25 heures de vol, à survoler la moitié du globe sans rien voir…. Il est 7h du matin lorsque les roues de l'airbus touchent la piste de Brisbane, On y est !!!!

Kerry est là depuis une heure et nous emmène chez elle pour un petit moment de détente bien mérité. Kerry et Kim, les parents de Cassie, sont toujours aussi accueillants et généreux, nous avons un pickup Toyota à notre disposition pour le temps que nous voulons, voilà qui va nous simplifier la vie pour les semaines à venir… 25 heures de voyage aérien, 3 heures de remise à niveau en Anglais et nous voilà en train de conduire à gauche sur les autoroutes Australiennes et tout ça, les yeux embués de fatigue !

A 10h du matin, nous posons le pied à bord de Badinguet… Les retrouvailles…. Enfin !

La coque n'a pas l'air d'avoir été trop attaquée par les coquillages ou les algues, le pont est nickel mais je pense que la pluie qui tombe depuis quelques semaines a entretenu la propreté de notre Badinguet. D'ailleurs, le mauvais temps ne tarde pas et la pluie recommence juste après que nous ayons installé les protections du cockpit, ouf !

Nous sommes fatigués, quasiment hébétés et mon cerveau fonctionne au ralenti… J'appuis sur les touches du contrôleur de charge des batteries et rien ne s'allume… C'est simple, soit le contrôleur est mort, soit les batteries sont déchargées, soit la fatigue me rend abruti et je n'y comprends plus rien…

Je finis par tester les batteries une par une et le verdict tombe, elles ont toutes une tension entre 2.9 et 6 volts !!!! Certaines devaient être très faibles et ont déchargé les autres qui survivaient tant bien que mal, depuis plusieurs mois… Voila qui va grever le budget. Je n’ai pas d’autre choix que de finir par mettre en charge les malheureuses et au bout de quelques minutes, j'enclenche les disjoncteurs, fatale erreur !!

Comme les batteries sont vides, le chargeur leur envoie plus de 30 volts et le circuit 24 volts du bateau reçoit la même tension, la pompe de notre circuit d'eau n'a pas du tout apprécié… J’aurai du attendre que la tension se stabilise aux bornes des batteries…

Donc, si on résume, à peine arrivés, nous n'avons ni eau, ni électricité… et il pleut de plus en plus fort…

Et moi qui plaisantais sur mon état de santé en métropole, mon cœur, ma prostate… Badinguet nous fait le même coup. Quelle osmose avec son bateau, tous les deux malades, c'est ti pas beau ça ?

Nous dinons avec "Yovo" sur "Bepci" et nos amis sont aux petits soins avec nous… Je n'arrête pas de penser à ce que nous allons devoir débourser en plus, je suis dégouté, heureusement qu'il y a du rhum…

 

22/03/12

Il pleut sans arrêt et de puissantes rafales font trembler le voilier toute la nuit… Si on ajoute le décalage horaire, nous passons une nuit agitée…

Debout depuis 4h du matin, le jour se lève enfin sous un manteau gris et pluvieux. La journée n'est pas commencée et nous sommes déjà fatigués, ça promet !

La tension s'est stabilisée aux bornes des batteries et je peux les tester une par une… L'ensemble du parc est fichu et la pompe du groupe d'eau est irréparable… Finalement, la tension est plutôt du côté des navigateurs…

Pluie et vent violent toute la journée, pas un moment de répit. 10 secondes à l'extérieur du bateau et c'est la douche assurée… Seul point positif, il fait chaud et c'est en short et en teeshirt qu'on se fait allégrement arroser. Je dépose Pascale au supermarché puis je pars à la rencontre de quelques vendeurs de pompes à eau et de batteries, Il faut bien que je me fasse une idée des tarifs australiens… Et je ne suis pas déçu !!! Il y a quand même une sacrée différence de niveau de vie entre la France et l'Australie. Je comprends de plus en plus l'attirance que suscite ce pays et, par extension, l'attrait que représente la France pour les habitants des pays plus pauvres… L'Eldorado attise les convoitises et ruine les marins dont le niveau de revenus est inferieur…

Nous passons l'après-midi, enfermés, sous des trombes d'eau dehors, et sans eau dedans, c'est un comble ! Que faire, à part une petite sieste ??? Ni une, ni deux, nous voilà dans les bras de Morphée et si Gérard n'était pas passé nous réveiller à 19h30 ! On serait encore en train de ronfler…

 

23/03/12

Toute la nuit, pluie, grains, vent… Et dire qu'on appelle l'état du Queensland, the sunshine state !!!

Pascale et moi nous retrouvons à 5h devant un bon petit déjeuner ! Le départ est prévu à 6h30 et le programme est chargé ! Nous allons nous rendre dans 6 endroits différents afin de comparer et acheter des batteries, une pompe à eau et déposer notre survie qui nécessite un contrôle.

Une fois de plus, la tablette tactile nous rend un fier service grâce à sa fonction de navigation routière sous GPS… Le ciel semble tourner au beau et la chance nous sourit enfin… Nous récupérons une pompe neuve pour 50 dollars cash, je trouve 8 batteries 6 volts "Trojan" pour un prix très raisonnable et nous passons près d'une heure à regarder et inventorier tout ce qui se trouve dans notre survie, un moment très enrichissant ! Pour clore la matinée, notre voisin de ponton regonfle notre bouteille de plongée avec son compresseur, le moral remonte et nous allons pouvoir envisager un vrai apéro avec les copains sous un magnifique soleil couchant…

 

24/03/12

Il est 6h lorsque nous ouvrons l'œil, le décalage horaire est lentement absorbé par nos organismes vieillissants. Les vraies tartines de pain nous manquent mais le soleil laisse présager une belle journée…. De bricolage…

Gréement du génois et des autres voiles, changement des silent-blocks de la transmission, remplacement de l'amortisseur et de la pompe de vidange du lave-linge, installation des nouvelles cartes C-Map, nouvelle alimentation PC, etc.

"Ultreïa", nos plus anciens amis du tour du monde viennent s'amarrer au ponton d'à côté, cela fait un an que nous ne nous sommes pas vu, trop contents de les retrouver…

En pleine forme, Ils arrivent de Sydney où ils ont passé trois mois et, tout comme nous, la remontée de la côte Australienne a été difficile, contre 3 nœuds de courant et un vent capricieux.

Nous voilà à Scarborough Marina entouré de 3 bateaux amis, "Ultreïa", "Yovo" et "Bepci", et tout ce petit monde va se préparer pour une longue navigation vers l'Indonésie, via la grande barrière de corail.

En fin d'après-midi, nous avons du mal à quitter Geneviève et François pour rejoindre Kerry, Kim et Cassie dans leur magnifique villa du Sud de Brisbane.

Un délicieux gigot d'agneau (avec de la confiture à la menthe), et oui ! Et un dessert glacé (avec des graines mélangées), et encore oui !

 

25/03/12

Au petit déjeuner, des croissants et de la baguette française que Kerry est partie chercher dans une boulangerie vietnamienne, pourquoi faire simple ? Kim me fait cadeau d'un beau polo et Pascale se voit offrir un oreiller anatomique, nous sommes gâtés !

Après ce délicieux encas, 3/4h de route puis retour sur Badinguet pour poursuivre le réarmement… L'annexe et les lignes de vie sont à poste, il ne reste que le plus gros… La vidange complète et le nettoyage de notre réservoir de gasoil contaminé, je garde ça pour demain…

 

25/03/12

Ca y est, j'ai dormi mes 10 heures !!! Pascale a pris son petit déjeuner à 4h du matin, eh, eh, eh !!!!

Une journée de ouf avec le nettoyage complet du réservoir de gasoil, le changement des batteries et l'achat de 200 litres de diesel à la pompe. Je crois que j'ai transporté plus d'une tonne dans la journée.

Après les lessives du matin (la machine ne fuit plus du tout), courses au supermarché et apéro avec les amis à notre bord, yeah !

 

26/03/12

Encore une très grosse journée de bricolage avec la fixation et les connections des batteries. Nous n'avons acheté que 8 batteries de 6V-225 Ah alors que nous avions 12 éléments de 12V-105 Ah ! D'après notre expérience, nous n'avons pas besoin d'autant d'énergie et notre budget limité a fini de nous convaincre donc notre parc électrique a quelque peu fondu, ce qui n'est pas notre cas ! Les autres batteries qui manquent ont libéré une belle place dans le compartiment et une grosse caisse accueille désormais mes outils électriques.

Il y a 250 litres de gasoil dans notre beau réservoir et il ne me reste plus qu'à purger la durite entre la sortie du réservoir et le décanteur pour parfaire le nettoyage…

 Le port est vraiment rempli de méduses bleuâtres et il va falloir que je plonge pour vérifier et nettoyer l'hélice mais je n'ai aucune envie de me faire piquer… Me voilà donc parti pour la capitainerie…

            -           Moi : Bonjour, je dois plonger dans le port pour vérifier mon hélice. Il y a beaucoup de méduses, elles sont dangereuses ??

            -           La capitainerie : Vous savez, en Australie, nous avons de gros ennuis avec les requins-taureaux et il y en a pas mal dans le port… La semaine dernière, il y en a un de 2m50 qui s'est empêtré dans une nasse. Ils commencent par vous charger très violement et si vous saignez un peu, votre compte est bon !!!

            -           Moi : Ah oui ? C’est marrant, je n'ai plus du tout envie de barboter dans votre port ! Mais, comment faire pour nettoyer mon hélice ?

            -           La capitainerie : Vous pouvez sortir le bateau de l'eau, c'est 600 AUD l'aller-retour ou vous pouvez téléphoner à Paul qui plonge avec un émetteur dont la fréquence repousse les requins…

            -           Moi : Vous savez, en France, nous avons de gros ennuis avec l’argent, le fric, le pognon !!!! Et tout ceci coûte trop cher pour nous, merci pour les infos.

Non seulement, l'eau de la marina est opaque et cradougniasse, mais on pourrait presque imaginer une grande corrida sous-marine dont les gradins sont remplis de méduses urticantes avec un gros méchant requin taureau qui te fonce dessus…. Aucune envie de jouer le toréador sans aucune visibilité !

Les promeneurs et les autres usagers du port nous interpellent chaque jour pour savoir quand nous serons prêts à poursuivre notre voyage…. Nous leur répondons, la semaine prochaine, c'est sûr !

 

27-28-29/03/12

Réservoir nickel, le moteur tourne rond, l’hélice semble efficace et le voilier est armé, nous commençons à envisager un départ début avril.

Je rencontre tout de même le plongeur et pour 50 AUD (42€), il viendra nettoyer l’hélice et changer les deux anodes de safran, à ce prix là !

Nous passons des heures à calculer la longue route qui se dessine devant nous… 1300 milles (2400 kms) jusqu’au Cap York et 750 milles (1400 kms) du détroit de Torres à Darwin. Toute cette navigation se fera entre la grande barrière de corail et la côte australienne. Un terrain compliqué, bourré de bouées, de chenaux, de règles et de dangers multiples, cargos, récifs, courants et surtout les crocodiles de mer.

Au Nord de Cairns, ils n’hésitent pas à sauter dans les petites embarcations si on trimballe un chien ou un chat…. Les grands prédateurs sentent de très loin la présence de ces animaux de compagnie et si ces petites proies représentent un excellent hors-d’œuvre, on peut imaginer que leurs maitres feraient un délicieux plat du jour ! Sinon, Martine, si tu veux nous rejoindre avec Balthus, surtout n’hésites pas !!!!

Pascale a nettoyé les pares-battages, j’ai changé les ressorts des poulies de rails de génois et l’après-midi s’est terminé sur Badinguet avec les équipages de « Ultreïa » et « Bepci » pour répertorier les mouillages possibles vers le Nord, pas triste !

 

30/01/12

L‘avitaillement peut commencer, 50 bouteilles d’eau minérale (au cas où le déssalinisateur nous pose un problème), des caddies de bouffes, des bidons d’essences, des boissons, des produits ménagers et tutti quanti !

Le plongeur arrive dans l’après-midi, je suis en train de me battre avec un tuyau de gaz et je délaisse volontiers mon activité culturelle pour découvrir le curieux émetteur que notre gaillard va utiliser. Il s’agit d’un petit boitier étanche, alimenté par des piles, il se fixe à la cheville, il parait que c’est un morceau très prisé par les squales…

Les anodes de safran sont encore bonnes et nous avons toujours une pâle de notre hélice qui accroche un peu… On fera avec, le remplacement des roulements de l’Autoprop est trop cher pour nous (plus de 800 €) !

Apéro sur Ultreïa à 18h.

 

31/03/12

Visite du Eumundi Market à 100 km au Nord de notre marina. Il y a là des centaines de petites échoppes où se bousculent les promeneurs en quête de choses totalement inutiles. J’y ai mangé une délicieuse « pepper steak pie » (tourte au steak au poivre) en pensant fort à Maël car je sais qu’il en mangeait presque chaque jour lors de son séjour en Australie.

Retour au bateau où je fais une sieste de 3h ! Hallucinant ! Le soir, nous filons au pub du coin boire une bière devant un mach de footy, quel programme… Il est tant qu’on remette les voiles… Dehors, encore et toujours 20 à 25 nœuds de vent du Sud. Il souffle dans le bon sens mais ça décoiffe un peu ! Il est vraiment tant qu'on décolle d'ici ! C'est décidé pour après-demain...

 

02/04/12

Un léopard 46 (un catamaran) vient d'arriver d'Afrique du Sud en passant par le Sud de l'Australie… Inutile de dire que ce voilier a été éprouvé ! Pascale lorgne dessus depuis plusieurs jours et à force d'insister, nous finissons par le visiter… Une belle unité et ils ont corrigé le gros défaut de la nacelle trop basse en la remontant nettement Tout ça coute 630 000 euros ! Heureusement que ça vaut cher sinon….

Nous avons pu configurer notre téléviseur et à 10h20, tous les matins, nous avons droit au journal de 20h de France 2. En zappant sur les chaines australiennes, nous apprenons plusieurs nouvelles sympa, une attaque mortelle par un requin et une petite fille de 5 ans sauvée de justesse après s'être fait piquer par une "méduse boite" !

 

04/04/12

Il fait un temps magnifique depuis 10 jours et ce matin ne déroge pas à la règle, pas un nuage et un petit vent du Sud. Il est 7h20 lorsque nous soufflons dans le coquillage qui nous sert de corne de brume.

Nos amis se lèvent précipitamment pour nous saluer et vu le vacarme que nous avons fait, tout le monde a du savoir qu'on mettait les voiles !

Badinguet engage le chenal Nord pour sortir de l'immense baie de Brisbane et 3 nœuds de courant nous pousse vers la sortie, on est ravis d'être expulsés à cette vitesse !

18 à 20 nœuds de vent dans le derche, Le voiler dépasse allégrement les 7 nœuds et je retrouve doucement mes sensations. Les tangons sont à poste et les deux grandes voiles, génois et genaker, nous tirent vers le Nord. 

50 milles tranquilles, sous un beau soleil à trainer une ligne de pêche inutile…

Au passage de Mooloolaba, nous observons longuement la baie et de grosses déferlantes secouent l'aire de mouillage pour le grand plaisir des centaines de surfeurs qui dansent sur les vagues.

Juste avant de contourner Noosa Heads La canne à pêche se plie violement et la ligne casse instantanément, comme si une bestiole avait directement mordu le fil pour le couper… On a encore perdu un bas de ligne et l'endroit est réputé pour être fréquenté par des requins…

Le soleil décline lorsque nous engageons la "Laguna bay", l'endroit est magnifique, bien protégé du vent par des collines boisées mais un peu roulant avec un résidu de houle qui vient nous chahuter.

L'essentiel est que nous puissions passer la nuit à l'abri et c'est le cas. Cette première navigation de l'année s'est déroulée au mieux. On risque de swinguer un peu cette nuit mais on l'a voulu, non ?

 

05/04/12

Une nuit pourrie, obligés de changer de couchette tellement nous avons gigoté dans nos bannettes ! Nous nous réveillons donc à l'avant de Badinguet et nous ne sommes pas pressés de partir car il ne reste que 28 milles pour engager le seaway qui coupe à l'intérieur de Fraser island. La marée haute est à 19h15 donc nous partirons vers 10h30 pour être au bon endroit au bon moment.

Des centaines de jeunes surfeurs sont déjà dans l'eau à 7h du matin, protégés par les nombreux filets à requins qui barrent la baie.

Une navigation pénible avec une mer croisée, désagréable et toujours Badinguet sous genaker et artimon à danser la gigue par une houle de travers. La côte est belle et si nous n'étions pas aussi secoués, nous pourrions jouir du spectacle mais faut pas rêver ! 25 nœuds de vent dans le derrière et 2.50m de creux dans tous les sens, ça n'invite pas à jouer les touristes !

Comme prévu, nous arrivons trop tôt pour la marée et nous mouillons dans "wild bay" qui porte très bien son nom ! Le mouillage est roulant car, là encore, un résidu de houle arrive à contourner la pointe "Double island point" avec une perversité quasi surnaturelle ! La baie est immense, ouverte au Nord et bordée de grandes falaises ocres et de dunes gigantesques couvertes de pins. Les couleurs sont magnifiques mais voilà, il y a un hic ! Des centaines de 4x4, de camping cars, de motos et de quads sillonnent l'immense plage et on devine les barbecues, les bières, les rires et les bons mots à 100 milles à la ronde… Tous ces beaux endroits, difficiles d'accès, deviennent accessibles avec les gros véhicules tout-terrains. En Australie, les endroits déserts sont… Dans le désert !

 

Je termine mon premier roman, Pascale attaque sont troisième, il est temps de rejoindre la passe, à 10 milles plus au Nord. Le vent reste soutenu et Badinguet galope vers son objectif du jour. Il s'agit de pénétrer dans le réseau de chenaux qui permettent de passer à l'Ouest de Fraser Island.

16h45, nous sommes encore en avance et le soleil nous gène pour discerner un passage, il faut avancer, se rapprocher pour voir l'état de la mer… On devine, avec les embruns qui s'élèvent dans les airs une certaine agitation et nous ne voyons pas vraiment où se situe la passage sans risque…

Je rejoins les axes marqués et conseillés par les guides nautiques et nos cartes électroniques. Ca à l'air d'être bon mais le fond remonte vite, beaucoup trop vite et nous passons de 30 mètres à 5 mètres en très peu de temps. Les cartes indiquent 8 mètres, ça a dû s'ensabler, pourvu que ça ne remonte pas plus. De grandes vagues se cabrent devant nous et sur les côtés, je me retourne, il est trop tard, la porte s'est refermée… Une grande déferlante barre l'horizon sur toute sa largeur, je sais qu'elle va nous rattraper dans quelques secondes.

Nous sommes engagés et je débraye le pilote automatique pour négocier au mieux les grosses vagues qui galopent derrière nous. Pascale est très inquiète car je parle tout haut et me prépare au pire.

            -           Nicolas : Vas vite ranger dans des placards qui ferment tous les objectifs photo et la tablette, on peut très bien se coucher avec des vagues comme ça.

            -           Pascale : mais arrête de regarder derrière, ça fait trop peur, regarde plutôt devant !

            _          Nicolas : Hein ? Quoi ? Mais le danger arrive de derrière, fais ce que je te dis, non d'une pipe !

4 mètres de fond dans les creux, ça devrait passer, il suffit juste de ne pas partir au tas avec cette terrible accélération qui va nous secouer…. La première vague est sur nous et le cul de Badinguet s'élève à mesure que le mur d'eau nous rattrape. Elle gonfle, se charge d'énergie et c'est un mur vertical qui nous atteint. La vague mesure plus de trois mètres et sa crête commence à déferler.

Notre Badinguet plonge vers l'avant à plus de 17 nœuds. De chaque côté du voilier, un vacarme assourdissant d'écume et d'embruns qui nous dépassent et nous laissent à l'arrêt lorsque la pente s'inverse. La suivante est encore plus grosse et le mur d'eau est juste derrière notre poupe. J'accélère à fond un  pour rester manœuvrant et permettre à Badinguet de rester bien droit lorsque l'accélération se produit. Je jette un œil à pascale, elle est cramponnée et ses yeux sont fermés !!! Une fois de plus, le voilier se retrouve presque à la verticale et s'envole à plus de 18 nœuds sur un surf monstrueux.

            -           Nicolas : Bien joué, Badinguet, bravo, tu es un bon bateau, un super bateau !

Je ne vois pas d'autre danger dans l'immédiat et je rassure Pascale qui garde la tête froide, et les yeux ouverts.

Les plus grosses vagues sont derrière nous mais il va falloir négocier la barre de courant. Du large, on ne se doutait absolument pas de ce tumulte et le soleil déclinant nous a nettement masqué les risques… Nous sommes gonflés d'adrénaline, hyper-vigilants, deux piles nucléaires chargées à bloc ! Je pourrais presque barrer les yeux fermés tellement je ressens Badinguet et ses réactions, quel bateau !

La grande barre s'étend sur plusieurs milles en mer et elle n'a rien à envier à celle que nous avons du traverser à Toau aux Tuamotu. Pascale prend des photos des déferlantes et des remous provoqué par cette furieuse entrée de courant dans le "Seaway de fraser island".

Il y a de la place pour rester au Nord de la veine principale de courant, aucune envie de rentrer dans cet enfer… Badinguet navigue au moteur à 1400 tr/min et sous grand-voile à plus de 11 nœuds dans le chenal d'entrée. Nous restons très au Nord, en bordure de l'ile fraser, et la mer se calme complètement, on a réussi !

Le premier mouillage sera le bon et nous n'avons que minutes à faire pour jeter l'ancre.

Un petit ferry qui transporte des 4x4 d'une plage à une autre, glisse devant notre étrave, nous sommes au calme, le vent baisse, et le soleil nous offre un superbe coucher. Quel contraste avec ce que nous venons de vivre ! On va rester là 6 mois !

 

06/04/12

1h40 du matin, la clarté de la lune inonde la cabine arrière mais ce n'est pas ce qui m'a réveillé. Non, il y autre chose ! Le comportement du voilier est anormal, il tressaute et tremblote et il y ces craquement qui résonnent dans les cloisons en bois… Je sors rapidement et la pleine lune éclaire le spectacle.

Tout autour de Badinguet, l'eau est couverte de particules et de trainées blanchâtres… Mais, je n'en crois pas mes yeux, ce n'est pas de l'eau, c'est du sable ! La scène est hallucinante, sur bâbord, le banc de sable s'arrête à 2 mètres de la coque. Je pourrai sauter du bateau sans me mouiller un orteil ! Nous sommes échoués ! Nous qui trouvions que ça ne bougeait pas, et bien, on ne va pas bouger pendant un moment !

J'ai du mal à comprendre comment Badinguet ne s'est pas couché, il reste droit dans ses bottes et le niveau de flottaison n'est descendu que de 30 centimètres. La quille à ailette doit être posée confortablement sur une petite terrasse qui s'est formée sur la pente très raide du banc de sable. Le sondeur indique 1m70 sous la profondeur de la quille soit 3m80 de fond… L'avant du voilier est dans le vide et l'arrière est plantée dans la vase, impossible d'appréhender cette différence brutale de profondeur. Et comble de malchance, le banc de sable fait une nette avancée juste là où nous avons jeté l'ancre. Tu crois que nos voisins de mouillage nous auraient prévenu ?!?!

Je retends la chaine de mouillage au maximum et il ne reste plus qu'a attendre la marée montante pour sortir de là !

Pascale s'est levée, inquiète mais il n'y a rien de grave car le sol est meuble et vaseux, il faut juste attendre que nous soyons de nouveau à flots…

Je reste longtemps dehors en prenant des repères sur le sable qui entoure Badinguet, la bascule est passée et l'eau reprend très vite le territoire qu'elle a laissé à l'air, le temps d'une marée basse. Je prends quelques photos avec notre nouvel appareil et le résultat est …étonnant !

En tout cas, une nuit vraiment pourrie de plus et à 5h30, je dégage Badinguet de son piège en me servant du mouillage, il flotte à nouveau !

La pluie vient compliquer notre départ matinal et en arrivant dans le chenal principal, nous devinons, en frissonnant, les grandes déferlantes qui barrent la sortie que nous avons emprunté hier.

 

Badinguet avance sur l'eau sombre poussée par le courant montant. Nous suivons au plus prêt les indications des cartes et des guides et je contrôle toutes ces informations avec notre tablette tactile équipée des cartes Navionics, une mine d'or ! C'est l'instrument le plus complet et le plus précis que nous ayons à bord, marées, courants et informations en tout genre viennent compléter une cartographie extrêmement fiable.

Nous avons 3/4h de retard sur l'étale de marée haute lorsque nous passons sur les deux hauts-fonds du Seaway mais nous avons de la marge. Nous mouillons le long de Fraser Island, juste avant l'hôtel "Kingfisher bay resort". L'endroit est très beau et la place ne manque pas le long de cette côte vallonnée et très boisée. Badinguet est dans le lit du courant et les 13 mètres de fond sous la quille devraient nous éviter un nouvel échouage, LA TEUHON !

Nous sommes fatigués de nos mauvaises nuits et la route reste longue sur la Mer de corail. Notre journée de repos s'annonce ensoleillée et agrémenté d'une vue très agréable.

En prévision de faire une petite sieste après le repas, je propose à Pascale une petite balade a terre et c'est parti mon kiki ! L'annexe est à l'eau et reçoit pour la première fois de l'année, le moteur hors-bord…

Une petite balade sur les hauteurs pour moi puis je rejoins Pascale pour marcher un peu sur la plage tristounette mi sable-mi vase. Seul intérêt, des milliers de crabes occupent le terrain, pascale adore ça !

Au retour, nous nous écartons un peu dans le courant du chenal et le moteur hors-bord s'arrête dans un cliquetis alarmant. Ca fume, ça chauffe, le moteur n'est plus refroidi et nous commençons une dérive impressionnante à plus de 3 nœuds vers le Nord. Je fais de grands signes, je siffle, tout le monde s'en fout ! On peut bien crever sous le nez de nos voisins, personne ne s'alarme !

Vite, il faut ramer et il ne s'agit pas de chômer. Il est impossible de remonter le courant, l'objectif est la côte et il nous faut bien 3/4h de galère pour enfin toucher terre, épuisés et personne n'est venu nous aider !!!

Encore 1 heure de marche pour couvrir les kilomètres de dérive dans une vase profonde et nous voilà à hauteur de Badinguet qui commençait à se languir de nous… Je passe le reste de l'après-midi à démonter le hors-bord pour vérifier le circuit de refroidissement et l'impeller… On va dire que les emmerdes continuent, impossible de remonter l'engin. Pascale et moi passons plus de deux heures à essayer de comprendre comment on a pu le démonter et pourquoi on n'arrive pas à le remonter.

A 18h, ras la casquette, je balance dans les coffres les pièces détachées du moteur et demain, nous irons au port de Bundaberg pour faire réparer ce bordel ! 

Pascale prépare une tourte, il fait chaud dans le bateau et les glaçons qui flottent en surface du ti-punch sont appréciés à leur juste valeur !

 

07/04/12

Départ pas trop tôt à cause du courant de marée et en route pour 36h de navigation vers Keppel Island à 180 milles de là.

Très peu de vent et nous sommes obligés de conserver presque 24h le moteur pour nous maintenir dans les temps d'une arrivée de jour dans l'ile convoitée.

Une nuit longue et fatigante avec des quarts de surveillance très assidue… Des dizaines de cargos empruntent les voies qui longent la côte et les innombrables hauts-fonds sont des lieux de prédilections pour une multitude de bateaux de pêche nocturne. L'écran du radar est saturé et seule une veille active permet de négocier au mieux les dépassements et les croisements avec les autres navires.

Le soleil se lève vers 5h30 et le vent l'imite à son tour, nous sommes en train de dépasser le tropique du Capricorne et notre genaker est bien établi.

 

 Vers 12h, nous contournons l'ile de Keppel et nous retrouvons enfin le grand catamaran "Catafjord". Malou et Domi sont en pleine forme, cela fait presque un an que nous ne nous sommes pas vus.

Nous passons toute l'après-midi, jusqu'à l'apéro, à discuter de mille et une choses, il faut qu'on rattrape le temps perdu !

La baie du Nord-Ouest est calme et deux grandes plages en occupent le fond. Nous n'en profiterons pas car nous n'avons plus de moteur d'annexe et de toute façon, être en présence de nos amis nous comble.

Il va falloir que je trouve un moment pour réparer ce fichu hors-bord et je vais en avoir l'occasion... Un coup de vent est prévu pour dans deux jours et il va falloir se mettre à l'abri.

Pour conclure cette journée, Domi me demande…

            -           Domi : Tu sais ce que signifie Badinguet en Anglais ?

            -           Nous : Beh, badingouette, non ?

            -           Domi : Heu non, "Bad and gay" !

Okay, je comprends mieux pourquoi, les gens sourient lorsqu'on donne le nom du bateau en français, Merci Domi !!!

Nous rejoignons notre voilier en pleine nuit et il roule d'un bord sur l'autre, encore et toujours… Il ne faut plus qu'on sympathise avec des équipages de catamarans !

Nous sommes dans nos couchettes, à l'avant, les yeux grands ouverts, cramponnés aux draps housses... Bienvenue dans notre monde, dans l'enfer du monocoque. Pas un mouillage où la houle ne rentre pas, c'est décourageant et rageant tout court…

 

09/04/12

Nous partons avant Catafjord pour 50 milles avec 10 nœuds de vent dans le dos et 1m de creux par le travers… On continue à rouler … Nous pêchons une grande branche de cocotier, on y croyait vraiment…

Nous engageons l'étroit chenal de "Pearl bay" avec le soleil dans les yeux et 2 nœuds de courant dans le nez, ça à l'air très beau. Le passage est étroit et nous sommes à marée basse, quelques roches à contourner et nous voilà à l'abri. Ici encore, une petite houle arrive à contourner les obstacles mais le courant sortant nous place le cul aux vaguelettes, on fera avec.

En étudiant les cartes sous toutes les coutures, un autre mouillage est possible, à quelques centaines de mètres plus au Nord et je décide d'aller y faire un tour en attendant le catamaran de 20 mètres de Malou et Domi.

Le fond remonte à toute vitesse, je ralentis et consulte 3 cartographies différentes, il devrait y avoir 3 mètres de fond et pourtant il ne reste que 20 cm sous la quille, MARCHE ARRIERE, VITE ! Crrrrrrrrrrrrrraaaaaack, la quille de Badinguet vient racler un fond rocheux et se stabilise dessus. Doucement, sous la poussée du moteur, nous nous dégageons et retrouvons l'eau libre, j'y crois pas !

"Putain de bordel de cartes pourries, ce n'est pas possible, pas une journée sans une emmerde, ça va durer longtemps ???"

Je consulte les écrans à nouveau, les sondes sont totalement fausses et nous retournons mouiller là où nous étions tout à l'heure, choqués et vexés par l'expérience !

 Nous n'avons pas tapé fort, nous étions au ralenti mais ça commence à faire un peu beaucoup !

Le fond de la baie est peu profond et nous restons à bonne distance de la grande plage, un peu exposés aux vagues mais on commence à avoir l'habitude…

Catafjord arrive à son tour et mouille sur le haut-fond que nous avons contourné. Sans commentaire !

L'endroit est magnifique, cerné d'iles rocheuses et boisées, une immense plage borde le fond de la baie et s'il n'y avait pas ce coup de vent annoncé pour demain soir, nous serions bien restés là un moment…

 

 

 

10/04/12

Au petit matin, encore un ciel sans nuage et pourtant, plus de 40 nœuds de vent sont prévus pour la soirée… Nous avons passé une bonne nuit, sans roulage, et d'être coincés quelques jours par le mauvais temps dans un endroit abrité, sans danser la lambada, ne nous déplait pas…

Le départ est programmé pour 9h afin de se situer 1 heure avant la marée haute à l'entrée de "Island head creek", un profond bras de mer qui s'enfonce loin dans la mangrove et les palétuviers, un excellent abri pour peu qu'on puisse y pénétrer...

Il n'y a que très peu d'eau dans le goulet et je ne le sens pas du tout, mais alors pas du tout !!!! J'espère que mon instinct va me tromper cette fois ci. Domi passera devant et me communiquera les sondes au fur et à mesure qu'il entrera dans l'étroit passage, que demander de mieux ?

Si la quille de Badinguet ne passe pas, il y a un "plan B" à 3 heures de là, derrière une petite ile balayée par le courant. Nous aurons juste le temps d'y aller avant que les éléments ne se réveillent…

L'endroit où nous allons est connu pour être bourré de crocodiles marins, il parait qu'il faut une annexe rigide pour se déplacer ! De toute façon, le moteur est toujours en pièces détachées, il va falloir ramer au milieu des sauriens…

Ca y est, nous sommes en route et il ne nous faut que deux heures pour rejoindre la passe. Badinguet est 70 mètres derrière Catafjord et le sondeur indique plus de 25 mètres là où il ne devrait y avoir pas plus de 3 mètres de fond ??? Il suffit de rester le long de la côte Ouest à faire du rase-cailloux et jamais nous n'aurons moins de 6 mètres sous la quille. Tout ce que j'ai pu lire est faux !

Encore une heure à suivre Domi et Malou et nous voilà au mouillage, à l'abri derrière une colline à la végétation impénétrable. Nous sommes coincés entre de langues de vase et la mangrove interdit tout accès à la côte. Juste des oiseaux, des tortues et… des crocos invisibles !

Il fait toujours aussi beau et je n'ai plus d'excuse pour ne pas m'occuper du moteur hors-bord, voilà enfin un endroit où nous ne roulerons pas ! Je n'arrive toujours pas à emboiter la tige de l'embrayage et je m'arrache le peu de cheveux qu'il me reste lorsque Domi finit par avoir pitié… Il nous rejoint en annexe et au bout de 30 minutes le hors-bord est remonté !

Je remets l'huile d'embase, graisse un peu tout le bazar et il faudra certainement changer l'impeller et les bougies mais tout fonctionne à merveille. Lorsque je démarre le moteur, un beau filet d'eau de refroidissement sort sous le capot, c'est gagné !

Nous finissons l'après-midi à observer les oiseaux et le les rives hostiles et sauvages du grand bras de mer. Le soleil disparait derrière les montages et c'est le moment que choisissent les moustiques pour attaquer… En quelques minutes, les boutons apparaissent sur nos bras encore pâlichons, pas de doute, le paradis n'existe pas… Ca ne roule pas mais on se fait bouffer par les moustiques et les crocos rodent sous l'annexe !

Le moteur est sur le balcon, le dinghy sous les bossoirs, pas un bout de toile ne dépasse et 50 mètres de chaine nous relient à notre ancre, enfouie dans unes vase épaisse. On attend le coup de vent pour cette nuit.

Ma seule inquiétude… Lorsque nous aurons 40 nœuds de vent avec un courant montant, le bateau va se retrouver face au courant et dos au vent, la chaine risque, tout comme sur la Gold coast, de venir abimer l'étrave de Badinguet…

Mais je suis en train d'anticiper un problème que nous n'avons pas encore, si les moustiques nous laissent un peu tranquilles, je m'occuperai de ça demain matin.

Pas un mouvement, pas une vague, nous sommes sur un lac, et toujours pas de vent ?!?! On va se faire un bon petit film et dodo dans notre couchette à l'arrière !

 

11/04/12

Le vent s'est levé vers 3 heures du matin et, depuis l'aube, nous avons vérifié le mouillage et installé les protections de cockpit. Grâce à ces cloisons de PVC, nous bénéficions vraiment d'une "véranda" lorsque les conditions sont difficiles, pluie, vent, etc.

Après quelques heures, nous constatons avec soulagement que le courant n'est pas assez puissant pour lutter contre le vent et Badinguet reste en travers, subissant les rafales sur tribord et le courant sut bâbord. Le mouillage est soulagé dans ce sens et pas de risque d'égratigner l'étrave avec la chaine.

D'autres voiliers sont venus nous rejoindre pour le coup de vent. Les grains se succèdent et l'amélioration est prévue pour samedi prochain ! Quatre jours à glandouiller sans réseau téléphonique, donc pas d'internet. Nous qui voulions un peu de repos, nous voilà servis !

 

12-13/04/12

Continuellement secoués par 25 nœuds de vent réguliers avec des grains qui jouent à cache-cache avec le soleil, on s'occupe comme on peu. Je travaille sur un ouvrage ou sur le site internet, pascale cuisine, se rase les pattes arrières puis on bouquine ou on se fait une toile avec la tablette magique… En tous cas, avec ce vent, les moustiques vont devoir être sportifs pour arriver jusqu'à nous !

Juste un moment fort, nous avons failli perdre le projecteur de pont aussi ai-je du grimper au mât pour le consolider temporairement avant qu'il n'aille prendre un bain. Je pense qu'il a pris une gifle lorsque j'ai dégréé le genaker.

Nous enchainons les bonnes soirées avec Malou et Domi, toujours aussi passionnés et passionnants ! Le groupe électrogène rythme nos journées ballotées sous les rafales de Sud-est.

 

 

13/04/12

Nous nous déplaçons vers le Nord afin de mouiller non loin de la passe de sortie lorsqu'une aigle pique brutalement vers l'arrière de notre voilier, il a repéré une proie… Ses serres affleurent la surface et un grand serpent de plus de 1 mètre termine sa vie sous un furieux coup de bec.

On les avait un peu oublié les serpents, décidemment, il ne fait pas bon se baigner dans le coin. Catafjord est un peu plus loin que nous car la sortie est houleuse et nous voulons passer une bonne nuit avant la navigation de demain. Les rafales redoublent et atteignent plus de 30 nœuds lorsqu'un grain passe, vivement qu'on sorte d'ici !

 

14/04/12

Une nuit épouvantable avec 30 nœuds de vent réguliers. Le hurlement permanent des rafales qui secouent Badinguet finit par installer chez l'équipage une sensation d'oppression permanente ! A 1h40, le temps s'est calmé et le bateau s'est mis dans le lit du courant mais le clapot est rentré dans la partie et le claquement des vagues sous la jupe arrière a continué à entretenir le stress de la nuit…  

Bientôt l'aube, bientôt la fin du cauchemar, la VHF de Catafjord ne fonctionne pas mais nous les discernons sur le pont en train de remonter le mouillage, le départ est imminent.

Les deux voiliers sortent avec le courant juste avant le lever du soleil et c'est une mer dure qui nous accueille à l'extérieur.

65 milles vers le Nord-ouest, à zigzaguer entre les iles, les bancs de sable et les récifs, avec 30 nœuds dans le derrière. Très vite nos amis prennent de l'avance et pour ne pas être trop distancés, je guette une accalmie pour envoyer le genaker.

Badinguet roule comme un tambour dans une mer formée mais très vite, nous rattrapons le catamaran, ça, c'était avant le drame ! En milieu d'après-midi, Badinguet avance à 8 nœuds, et le genaker aurait du être rentré depuis un bon moment déjà lorsqu'il se déchire transversalement dans sa partie haute. Très vite, nous enroulons mais le mal est fait, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas fait de bêtise ! Voilà une raison de plus pour ne pas sympathiser avec des équipages en catamaran, on se sent obligés de naviguer à la même vitesse qu'eux !

Un avion de la marine australienne nous survole en rase-motte et l'appel à la VHF ne tarde pas. Nom du bateau, destination, port d'attache, etc. Catafjord a droit au même régime ainsi que 3 ou 4 voiliers dans les parages mais la canne à pêche se plie… Ce n'est pas bien gros, ça ressemble à un poisson-chat sans moustache et franchement, ça n'a pas l'air appétissant mais c'est tout de même le premier poisson de l'année pour nous… Je le vide en vérifiant prudemment le contenu de l'estomac, et si c'était un bouffeur de méduses mortelles ? Non, il consomme des petits poissons, c'est donc un prédateur avec une grande bouche et des toutes petites dents !

Nous contournons l'ile de Curlew et nous mouillons dans une petite baie où la houle rentre allégrement… Encore un bel endroit sauvage mais très hostile et les conditions de mouillage sont "merdiques" !

 

Non seulement, nous dansons la gigue, les vagues viennent claquer sous la jupe mais de violents grains s'acharnent à nous compliquer la vie, ras le bol ! Il faut qu'on arrive à se reposer un peu cette nuit et on dégage à la première heure.

Nous feuilletons tous nos guides sur les poissons et la pêche et notre espèce d'esturgeon n'y figure pas, ne prenons pas de risque, à la baille !

 

15/04/12

Encore une nuit en pointillés derrière nous et une longue navigation de 70 milles devant nous !

25 nœuds de vent soutenu pendant 10 heures et nous voilà à Goldsmith island, à 30 milles des Whitsunday islands, notre objectif pour une bonne semaine de repos.

Le mouillage a l'air beaucoup plus serein que les précédents et nous n'osons y croire… Une fine pluie rince le voilier, L'équipage n'en a pas besoin, il est déjà "rincé" !

 

16/04/12

Non, la nuit ne fut pas bonne comme espérée !!! Badinguet n'a plus que 40 milles à parcourir pour retrouver un abri sûr, internet, et des magasins remplis de bonnes choses… Et c'est à 7 nœuds de moyenne, poussé par un fort courant que nous parcourons cette dernière ligne "pas très droite" !

Nous jetons l'ancre devant Airly beach harbor, un mouillage très fréquenté et très protégé. Pas une vague, pas une rafale, on est aux anges ! Le genaker est embarqué dans l'annexe et il devrait être réparé pour demain. La marina est pleine de touristes qui s'entassent dans les dizaines de charters et autres traine-couillons pour les iles whitsunday.

Catafjord est mouillé à côté de nous, nous sommes stables, on ne roule pas, ça fait si longtemps... Pour la peine, j'encadre le mouillage !!!

 

 

 

 

 

  

17-18/04/12

Airlie beach est la petite station balnéaire d'où partent des dizaines de bateaux en tous genres, surchargés de touristes en tous genres également. Une soixantaine de sociétés se partagent le tourisme dans les iles Whitsunday. La grande baie peu profonde est très protégée des vents de secteurs Sud et Est et les accès aux différents centres commerciaux se font par bus.

En deux jours, le moteur hors-bord est comme neuf, notre genaker est réparé et les soutes de Badinguet sont pleines de victuailles… Nous avons même pu trouver un opticien qui a ressoudé les montures de mes lunettes Afflelou achetées en France il y a 3 mois ! J'ai trouvé un nouveau slogan pour ce branquignole… "Y s'fout d'nous, Afflelou" ! Des montures en métal, garanties pour être  solides et qui cassent net au bout de 3 mois… Et va trouver un "Afflelou" en Australie…

 

19/04/12

Sur la route qui mène à Cid harbour, nous empruntons la passe dénommée "Unsafe passage", je ne sais pas qui nomme les passes mais c'est un gros naze ! Il y a 12 mètres de profondeur sur 50 mètres de large entre deux bancs de sable mais voilà, un abruti a décidé que le goulet méritait le nom de "passage pas sûr". Et bien, le simple fait de lire "unsafe passage" fait froid dans le dos et tu hésites à te taper 10 milles de plus pour faire la grand tour vers un passage safe !

Cid harbour est un beau mouillage dans lequel la houle ne peut pas pénétrer. Une petite plage nous tend les bras et notre annexe vient s'y échouer quelques minutes plus tard. Deux heures de grimpette pour arriver au sommet de Whitsunday peak, le point culminant de l'archipel à 434 mètres.

Un petit piquenique devant un panorama impressionnant et nous redescendons rapidement car mes lunettes, fraichement ressoudées viennent de casser de l'autre côté, je suis vert ! Un grand lézard de 1 mètre surprend Pascale à la descente et rien de tel pour accélérer la cadence !

 

Nous retournons donc dans l'après midi à Airlie beach pour déposer à nouveau la monture "Afflelou qui s'fout d'nous".

Nous voilà donc de retour à la case "départ"… On verra demain !

 

20/04/12

A 10h20, tout est bouclé, les lunettes sont réparées et nous avons eu le temps de refaire des courses.

Il est 13h lorsque nous mouillons tout au fond de "Nara inlet" dans le Sud de Hook island. Il s'agit d'un bras de mer de presque un mille qui s'enfonce entre des collines rocheuses envahit par la végétation. Voilà un mouillage que nous mettrons dans la catégorie des "mouillages de rêve". Un vrai lac et un cadre enchanteur uniquement perturbé par le cri des oiseaux. Un site aborigène se visite à quelques centaines de mètres de là. On peut y admirer quelques peintures rupestres pas vraiment "admirables" !

Il fait beau et chaud, je refais quelques épissures pour notre amortisseur de mouillage et Pascale bouquine sur le pont. Le soleil disparait assez vite derrière les montagnes et les cacatoès sont de plus en plus "sonores" et sans gêne… Un spécimen particulièrement bruyant est même venu s'installer sur les haubans !  

 

21/04/12

Pascale est debout la première comme souvent et à peine sortie, des nuées de moustiques l'ont agressé sans pitié, tout ça pendant que je dormais…

Nous quittons Nara et 3 heures plus tard, nous mouillons devant la fameuse "Whitehaven beach". La plus belle plage tropicale d'Australie et un sable parmi les plus fins au monde.

Nous devons reconnaitre que le site est remarquable et en effet, le sable est incroyablement fin mais il a une autre particularité… On dit souvent que le sable crisse sous les pas, et bien celui-ci grince lorsque nous marchons dessus. Il parait qu'avant l'avènement du tourisme, celui-ci était utilisé pour fabriquer des lentilles de précision, microscope, etc.

Les nombreux bateaux de tourismes vomissent des centaines de visiteurs en combinaison pour la plupart. Le risque de se faire piquer par une gelly box reste d'actualité et nous hésitons un bon moment avant de piquer une tête ! Notre premier bain de l'année sous un soleil de plomb et pas un souffle de vent pour se rafraichir…

Je profite du lieu pour plonger et nettoyer la coque de Badinguet sur laquelle on pourra bientôt étudier la flore de la grande barrière de corail. Des algues, des coquillages et il y a même des éponges ! Tout ça part facilement à la spatule mais l'eau est trouble et je ne suis pas rassuré. Pour éviter une mauvaise rencontre, le mieux est de laisser tourner le groupe électrogène en espérant que le bruit du moteur suffira à éloigner un éventuel prédateur trop curieux…

Le soir, nous ne sommes plus que 3 voiliers au mouillage et comme la météo va rester calme, nous resterons ici pour la nuit. Un vrai petit paradis, même pas un mosquito !

 

22/04/12

Réveillés par… une quantité non négligeable de piqures d'insectes… Ca gratte, ça démange, ça suinte, ça pique, ça fait ch… !

Pas de doute, nous nous sommes fait boulotter par des "sunflyes". Les boutons font leur apparition 24 à 48h après la morsure car ces bestioles ne piquent pas, elles mordent et retirent une petite partie de peau qui durcit et s'infecte mais surtout, qui démange grave pendant presque 4 jours ! J'ai 10 piqures sur le cuir chevelu (comme quoi, je perds de plus en plus mes cheveux) et Pascale en a plein le dos et les gambettes…

En remettant l'annexe à l'eau, j'aperçois Bepci au mouillage, il est arrivé cette nuit et nous apprend qu'Ultreïa et Yovo arriveront devant la grande plage de whitehaven avant midi. Ils ont mis 3 jours et 3 nuits pour remonter de Fraser island.

Tout ce petit monde part faire une jolie balade l'après-midi et on arrose très raisonnablement les retrouvailles.

On jette les restes  de notre diner à un couple de gros platax qui n'attendaient que ça et au dodo.

 

23/04/12

Tong bay est juste au Nord de la belle plage et nous y passons la journée, très ensoleillée et toujours pas de vent ! Le point de vue sur "Hill inlet" est exceptionnel et nous passons beaucoup de temps pour réaliser la photo parfaite. Les bancs de sables immaculés viennent rayer les méandres de la lagune dans des courbes harmonieuses. Le soleil joue avec les nuages, modifiant en permanence le panorama et la photo parfaite a dû être prise au moins soixante fois ! Mais comment faisons t'on du temps de l'argentique ???

 

 

24/04/12

Nous quittons nos amis au matin car le vent est annoncé pour jeudi, 25 nœuds réguliers pendant plusieurs jours. Il nous reste deux mouillage à faire, un sur hayman island et l'autre à Butterfly bay sur Hook island.

Nous prenons un corps mort dans la baie Nord-ouest de Hayman et nous voilà partis pour une autre promenade sur les hauteurs. De là haut, le panorama sur les Whitsunday est superbe et un banc de sable, comme une langue blanche sur un océan de bleu attire notre attention… Plusieurs bateaux sont mouillés devant, il faut qu'on aille là bas !

Aussitôt dit, aussitôt fait, on fonce au bateau et on repart… L'endroit est génial, seuls au monde sur une langue de sable qui ne découvre qu'à marée basse. Quelques photos (pour moi) et (quelques coquillages) pour Pascale plus tard et nous repartons pour le Nord de Hook island.

Le soleil descend derrière les montagnes lorsque nous gaffons le dernier corps-mort de la journée. L'endroit est magnifique, il fait beau, chaud et les bouées du parc national nous assurent gratuitement des nuitées sans risque.

Seule contrainte, ces corps-morts doivent être laissés à disposition toutes les 6 heures en journée pour que tout le monde puisse en profiter. Il n'y a pas beaucoup de voiliers en semaine, on a le choix !

 

26/04/12

Il fait gris ce matin, nous lâchons la grosse bouée bleue du parc national et gagnons le large… En fait, où que nous soyons, nous restons entre la grande barrière de corail. La côte et la profondeur ne dépasse que rarement les 40 mètres. Le plus souvent, nous avons entre 20 et 30 mètres de fond sous la quille, il y a des bancs de sables, des cailloux, des iles et des patates de corail un peu partout.

72 milles avec notre genaker réparé et nous mouillons juste derrière le cap Upskart. Le fond est de mauvaise tenue et je m'y reprends à 3 fois avant que l'ancre ne se croche dans quelque chose au fond… L'endroit s'appelle "Shark bay", un volontaire pour vérifier le mouillage en plongeant ?

En tous cas, ça ne roule pas d'un poil et avec 52 mètres de chaine dehors, si on se décroche, on devrait bien se raccrocher à un truc qui dépasse !

 

 

27/04/12

Encore une nuit pourrie avec des rafales à 30 nœuds et un clapot qui vient frapper la jupe, juste sous notre couchette. Le réveil sonne à 5h40 et je sors rapidement jeter un coup d'œil aux appareils. Badinguet est le cul à la côte avec un vent de Sud-ouest, notre abri n'en est plus un et je bénis le ciel ou la mer ou qui vous voulez que nous n'ayons pas dérapé dans le nuit…

Encore 68 milles roulants à empanner toutes les heures pour arriver à Magnetic Island, l'objectif du jour.

Le temps est gris, froid, les fourrures polaires sont de retour et nous avons hâtes d'être à demain pour aller à terre et visiter le coin. Badinguet est très en retrait par rapport aux autres bateaux mais il y a peu de fond dans Horseshoe bay et nous aimons être un peu à l'écart.

 

28/04/12

Une super bonne nuit, sans rouler, sans insecte, sans vent ou presque…

Il est 8h lorsque nous attaquons notre randonnée numéro 1, "balding bay" et "Radical bay". L'environnement est digne d'un décor de cinéma, des rochers de toutes formes, certains grands comme des immeubles viennent "tacher" de gris et de rose les grandes forêts d'eucalyptus et de conifères.

 Arrivés sur la belle plage de Balding, un serpent mort est en travers du chemin, celui ne fera de mal à personne !

La côte a l'air praticable et nous décidons de faire le tour de la pointe par les rochers afin de rejoindre "Radical bay" sans se retaper la grimpette de retour…  Ce qui aurait dû nous prendre 20 minutes nous a pris plus d'1h30 ! Combien de passages délicats, de descentes en glissade, d'escalades et de changement de direction avons-nous effectué ? Les rochers sont tellement grands que par moment, de véritables murs nous barraient le passage mais nous y sommes arrivés et un wallabie m'est passé sous le nez alors que je négociais une autre escalade… En 4 bonds, il a sauté ce que nous mettons 10 minutes à passer !

Je me souviens du nombre de fois où Yves et moi avons décidé de "couper" pour ne pas rester dans le "droit chemin" et combien d'aventures extraordinaires et parfois de galères avons-nous eu en quittant les routes et les sentiers balisés… C'est bien simple, à chaque fois que nous avons coupé, il nous est arrivé quelque chose d'inattendu, de surprenant et souvent d'inoubliable… Ne pas rester sur la route et essayer de couper, voilà une des clés pour remplir sa vie de souvenirs…

Un bon repas de pâtes à bord et à 13h50, après une délicieuse glace, nous attendons le bus dans le petit village qui jouxte "Horseshoe bay". Une zone de baignade a été installée avec des filets mais les gens continuent à se baigner avec leur combinaison intégrale…

Nous nous faisons déposer au départ d'une autre randonnée, celle des forts (des fortifications). A Magnetic island, encore une ile découverte par le fameux Cook, il y a la plus grande colonie sauvage de koalas d'Australie et la balade que nous allons faire traverse une grande forêt d'eucalyptus réputée pour être fréquentée par les koalas ! Il parait que la boussole de Cook s'est affolé en approchant l'ile d'où son nom mais rien n'a été confirmé au sujet d'une éventuelle anomalie magnétique locale.

Le chemin serpente en montant vers plusieurs forts qui furent construits pendant la seconde guerre mondiale suite aux bombardements japonais sur Townsville. Cette ville côtière, toute proche, servait de base de ravitaillement pour les américains et les australiens à partir de 1942.

Encore une fois, un panneau nous informe du risque de rencontrer des serpents et surtout le fameux "death adders" (vipères de la mort) qui fait partie des serpents les plus vénéneux au monde. Là, par contre, ils recommandent de ne pas quitter les chemins balisés….

En tous cas, on ne peut pas marcher la tête en haut pour chercher des koalas et en bas pour surveiller les serpents !

Je passe, malgré tout, une bonne demi-heure à chercher des koalas dans des arbres éloignés du chemin mais la forêt est gigantesque et comme dit Pascale : "Il n'y a aucune raison pour que ces petites bêtes viennent bouffer leurs feuilles d'eucalyptus juste au dessus de nos tètes".

Il est 15h passées, nous rentrons au bateau par d'autres chemins et là, pour nous consoler d'avoir loupé les koalas, des perroquets multicolores et un beau wallaby viennent se faire tirer le portrait pour notre plus grand bonheur.

 

Quelle belle journée !

 

29 et 30/04/12

Deux journées non-stop de navigation avec 70 milles par jour. Une mer hachée, dure, jamais moins de 20 nœuds, jamais plus de 30 !

Une nuit à Orpheus island qui s'est révélée être très calme et une nuit à Mourilyan harbor, un port spécialisé dans le transport du sucre.

Au moment où nous croisions un cargo chargé de containers qui allait à 18 nœuds contre une mer difficile, la ligne de traine est enfin partie et un beau thazar de plus de 1 mètre s'est enfin fait prendre !

Ce soir, nous sommes mouillés en limite du petit bassin des cargos qui viennent chercher le sucre. Un grand banc de sable se situe juste derrière nous et la rivière Moresby est pleine de crocos ! Un coup de vent est prévu pour les jours qui viennent. On devrait avoir le temps de filer à Cairns avant ces désagréments.

 

01/05/12

Encore un réveil matinal et une nuit hachée par de violents grains. Toujours le même vent du Sud-est à 20 nœuds qui pousse Badinguet vers le Nord.

Cairns est situé sur l'embouchure d'une rivière et occupe le fond d'une immense baie peu profonde. Sur la rive gauche, une ville moderne et une marina presque vide, hors de prix, ceci explique peut être cela !

Nous sommes mouillés juste en face du port, de l'autre côté de la rivière, en face d'une immense étendue de mangrove. Le vent passe sans problème au dessus de ces végétaux et notre ancrage n'est pas des plus confortables. La rivière est agitée, encombrée et une fois de plus, la conjugaison du vent contre courant nous place dans des situations où la chaîne d'ancre vient frotter l'étrave au risque de l'abimer ! Toutes les 12h, il faut envoyer un peu de voile d'artimon pour que Badinguet reste dans le lit du vent et nous dans le notre !

La rive droite est saturée de corps-morts privés mais on a le droit de mouiller en faisant attention. Je m'y suis pris en deux temps pour corriger les effets de la  marée. Entre les bateaux sur bouées, ceux qui sont ancrés, le courant de la rivière qui s'inverse toutes les 6 heures et 25 nœuds de vent établi, il faut tout calculer pour se glisser au milieu de tout ça sans toucher personne !

L'eau est sale, boueuse, assurément fréquentée par des crocodiles marins et la traversée de la rivière est "sportive". Le vent, pas mal de trafic et un clapot désagréable nous assurent des douches à chaque trajet.

Nous faisons un saut au bureau de la marina et à un point d'information touristique. Une petite glace en admirant le lagon artificiel qui vient compenser l'absence de plage. En fait, il s'agit d'un bassin en plein air, une piscine quoi ! Nous ne sommes pas vraiment emballés mais il y a trop de vent pour se sauver de là et nous sommes fatigués.

 

 

02/05/12

Une vraie bonne nuit, enfin…

Ce matin, je m'attaque au réducteur de l'enrouleur de GV qui nous a lâché il y a quelques jours. Pour ce faire, il fait extraire un axe bien grippé et retirer avec un arrache-moyeu, des roulements et une roue crantée qui n'a plus une dent !

Nous voilà partis en annexe à remonter le courant sortant sur plusieurs milles. C'est loin mais quel spectacle ! La rivière est large et bordée de grands arbres et de mangrove, on imagine sans peine les animaux et les insectes que cette végétation doit dissimuler.

On nous a indiqué un chantier plus en amont et lorsque nous amarrons l'annexe, nous avons l'impression d'être au fin fond du bayou ! Entre les cocotiers et les marécages, quelques espaces gagnés sur la nature hostile sont exploités par des entrepreneurs aventureux. Des hangars où s'entassent des quantités de machines rouillées, des câbles, des moteurs, des bidons en pagailles et tout un tas de bric et de broc en piteux état. Dans ce capharnaüm croupissant très prisé par les moustiques vivent et travaillent des gens qui retapent ou construisent des bateaux. Ici, un seul mot, "la démerde" et je ne tarde pas à trouver une masse, un étau et des calles pour bloquer mon réducteur. En 15 minutes, j'ai mon axe dans les mains, du cambouis plein mes vêtements et Pascale et moi avons 50 piqures de moustiques sur les jambes ! Mes amis Eric et Thierry de Crosne vont me donner un sérieux coup de main pour commander la roue dentée qu'il nous faut et je suis toujours éberlué de voir à quelle vitesse ils comprennent les problèmes que je leur explique à distance… A chacun son métier !

Nous rencontrons encore des français, installés ici depuis longtemps, ça devient d'un banal !

Nous passons le reste de la journée à faire quelques courses sous un ciel chargé. Cairns a vraiment tout d'une grande ville touristique, des dizaines d'agences de tourisme proposent la grande barrière de corail en bateau, en plongée, en hélico, en hydravion, en parachute, etc. Il faut dire que les récifs ne sont pas trop loin de la côte, les plus proches sont à 15 milles et vu la vitesse des ferries, tout est accessible depuis Cairns.

 

Malgré le ciel gris et de nombreuses averses, il fait 30° et plus nous remontons au Nord, plus le climat tropical est perceptible. Nous croisons de plus en plus d'Aborigènes et le spectacle est souvent triste. Alcoolisés, vêtus de haillons, ils donnent l'image que les australiens semblent vouloir leur donner. Sinon, pourquoi leur permettre d'acheter l'alcool moins cher que les blancs ????

 

Nous avons acheté du saucisson et des chips, ça s'arrose !

 

03-04-05/05/12

Badinguet reste à sa place dans la rivière boueuse de Cairns et après le défilé matinal des bateaux de touristes en partance pour la grande barrière de corail, nous allons à terre.

Nous passons beaucoup de temps à marcher le long des interminables avenues rectilignes du centre ville pour acheter des roulements, des joints à lèvres et d'autres pièces pour les réparations en cours. Le samedi, c'est le jour du marché et les prix sont nettement plus bas que dans les grandes surfaces.

L'après midi, nous trainons un peu en attendant que la chaleur baisse d'un ton. Je propose à Pascale un petit tour dans la petite rivière devant notre mouillage. La marée est déjà basse, le courant est violent et nous remontons le petit cours d'eau vaseux jusqu'à un curieux barrage. Peu d'intérêt si ce ne sont les oiseaux qui profitent de la marée pour pêcher des vers ou des crabes de mangrove.

Je coupe le moteur pour profiter du silence et du courant qui nous entraine vers la sortie et nous dérivons à 4 nœuds le long d'une rive pleine de vase épaisse et collante. Le dinghy tourne un peu sur lui même et je cadre une photo de Badinguet lorsque juste sous mes yeux une forme jaillit de la mangrove. A 10 mètres devant nous, un crocodile de mer se précipite dans l'eau trouble ! Pascale se jette au fond de l'annexe et je dois dire que je rentre également mes petites fesses dans le canot !!!

 

J'ai eu le temps de le prendre en photo avec Badinguet en second plan mais nous ne savons plus où il est et l'annexe dérive exactement là où il se trouvait il y a 5 secondes… Il devait bien faire 3 mètres et il a plongé immédiatement. Il peut être n'importe où, en train de convoiter nos cuissots dodus… Nous ne sommes pas très rassurés et je remets le moteur en route. J'accélère un bon coup pour faire du bruit et surtout pour nous éloigner de la zone très étroite dans laquelle nous sommes…

J'ai vraiment été surpris par la vitesse de déplacement du saurien. En quelques secondes, il a parcouru 20 mètres pour se jeter a l'eau devant nous… Maintenant que nous savons que ces bestioles sautent à plus de 3 mètres de la surface pour attraper des proies, nous imaginons sans arrêt qu'il est juste à côté de nous, invisible sous la surface… Nos fesses ne sont qu'à 30 cm au dessus de l'eau !!!!

Quelle incroyable rencontre, quelle photo ! Quelle chance et quelle émotion ! Nous passons l'après midi à repenser à ces instants magiques, j'espère même qu'on va en rêver…

En toute fin de journée, "Bepci" arrive à son tour.

 

06/05/12

Heureux de retrouver Soizic et Gérard, nous passons la matinée au marché et l'après-midi, je repars seul en direction de la rivière aux crocodiles. 10 dérives plus tard, je montre à pascale de surprenantes photos d'échassiers avec des becs en forme de spatule et de poissons qui rampent… Ces spécimens témoignent certainement de l'évolution des espèces et on imagine sans mal des poissons quitter la mer ou la rivière pour devenir terrestres… En tous cas, nos ancêtres avaient de drôle de tronche !

Je pêche deux beaux poissons-chats et nous passons la soirée sur Bepci.

Comme chaque soir, le vent se calme et nous passons une excellente nuit au mouillage.

 

07/05/12

Nous quittons Cairns vers 7h30, avec très peu de vent et 5 heures plus tard, nous gaffons une grosse bouée bleue du parc national à "Low Island".

La petite baie dans laquelle nous nous trouvons est très protégée à marée basse car la mer découvre loin mais qu'en sera t'il à marée haute ? Nous aurons la réponse cette nuit !

Un petit tour à terre pour une longue balade sur le platier. C'est la première fois depuis longtemps que nous foulons un environnement corallien et nous retrouvons vite nos habitudes. Eviter de marcher sur les coraux et surveiller de près les petites bêtes qui se cachent dans les flaques d'eau, murènes, petits requins et crabes. J'ai même failli marcher sur le dos d'une belle tortue, coincée par la marée.

De retour au bateau, Pascale jette quelques déchets organiques par dessus bord et c'est la curée ! Rémora, platax, une énorme carangue et une demi-douzaine de requins se disputent ce repas bon marché…

Nous nous couchons avec un peu d'appréhension concernant les vagues qui risquent de passer par-dessus le récif à marée haute….

 

08/05/12

Alors, je confirme… Lorsque la marée est haute, les vagues passent par-dessus le récif et le mouillage devient très inconfortable mais… Ca ne dure que 3 heures…

Départ matinal avec 25 à 30 nœuds de vent bien établi par l'arrière. Badinguet navigue à 8 nœuds, voiles en ciseaux. Il est 14h lorsque nous approchons de la passe de Cooktown et le fond remonte vite. Nous engageons l'étroit chenal avec 1 mètre sous la quille et lorsque le sondeur indique 0,40m, c’est le branle bas de combat !

Pascale plonge dans la cabine avant pour déverrouiller le propulseur d'étrave. J’amorce un virage trop large, le chenal est très étroit et il faut tourner sur place ! Désormais il ne reste que 30 cm avant le choc !

Le propulseur sort de l’eau régulièrement à cause des vagues mais je le maintiens à fond. Un coup de marche arrière, un coup de marche avant et très vite, nous faisons demi-tour sur place en s'attendant, à tout moment, à percuter le fond. Une fois de plus, les profondeurs dans les guides et sur nos cartes électroniques ne correspondent pas mais cette fois ci, nous nous en sortons sans dommage !

Des pénichettes de débarquement de l'armée australienne se rapprochent de nous dans les vagues. Avec leur fond plat, elles n'auront pas de problème pour rentrer dans la rivière de Cooktown. Nous pestons de ne pouvoir faire escale ici et les grandes vagues nous empêchent d'attendre sereinement la marée haute. Que faire à part décamper en direction du cap Bedford à 18 milles plus au Nord ?

Le soleil décline nettement lorsque nous contournons le cap et devant nous apparait la baie, elle est immense et peu profonde.

Il nous faut plus d'une heure pour trouver notre emplacement avec plus de 1m50 sous la quille. Le vent souffle en rafales et l'anémomètre affiche régulièrement 28 nœuds !

47 mètres de chaine, deux amortisseurs de mouillage et voilà Badinguet dans un clapot désagréable mais sans danger. Le bateau est à plus de 1 km de la côte car tout est ensablé. Sur une telle distance, la mer, poussée par le vent, a le temps de se lever et les vagues chahutent sérieusement le voilier. Ce sera une nuit difficile, mais le pire est pour demain. Un nouveau coup de vent est prévu pour les 3 jours à venir.

D'après les infos que nous avons récupérées à Cairns, nous sommes en plein territoire aborigène. Plus nous montons vers le Nord et plus il existe des terres aborigènes, une façon d'éviter de dire "réserves"…

Le pont est balayé par un vent violent et comme chaque soir, je fais mon petit tour pour vérifier une dernière fois le mouillage. Il n'y a aucune lumière à la côte, aucun signe de vie à des kilomètres à la ronde…

 

09/05/12

Toute la nuit, le vent a soufflé violemment et à 5h, fatigués, nous nous levons pour préparer le départ. Il ne reste que 38 milles à parcourir pour atteindre Lizard Island. La mer est très formée et toutes les voiles sont réduites pour cette traversée remuante. 30 nœuds de vent réguliers, 9 nœuds de moyenne et 4h de navigation pour mouiller dans "Mrs Watson's bay".

Mary Watson s'est installée ici en 1879 avec un associé qui devint son époux et deux serviteurs chinois, pour récolter des concombres de mer. Son mari parti en mer, les aborigènes tuèrent un serviteur et plus tard, blessèrent le deuxième à coup de lance.

Terrorisés, Mrs Watson, son enfant en bas âge et le serviteur chinois grièvement blessé, s'enfuirent en embarquant dans une grande lessiveuse qui servait à faire bouillir les holothuries. Ce frêle esquif s'échoua sur un récif (baptisé Mrs Watson reef depuis) et ils y moururent de soif après 10 jours d'agonie. Son carnet et la lessiveuse sont visibles au musée de Brisbane. L'ile de Lizard était un lieu sacré de cérémonie pour les aborigènes…

Après cette sympathique anecdote, nous profitons d'une plage superbe, le mouillage est très bien protégé de la mer et pas du vent mais l'endroit est beau, un vrai petit paradis par rapport à ce que nous venons de vivre depuis 2 jours.

L'ancre est profondément enfouie dans du sable blanc, les récifs coralliens sont tout autour de nous, on va enfin pouvoir en profiter…

L'ile de Lizard est en zone "verte", protection absolue du parc national. Il existe des zones jaunes où l'on peut pêcher sous réserve de ne pas dépasser 5 spécimens de taille réglementaire et des zones bleues où la pêche est libre.

Ces zones de protection sont très respectées et vue du dessous, il n'y pas photo ! Des mérous de 1 mètre, des poissons-anges, des gaterins de 1 mètre et des bénitiers géants à foison. D'ailleurs, il y en tellement que je surveille sans arrêt où je mets les palmes pour ne pas me faire coincer dans les mâchoires d'un coquillage géant.

Un beau requin "pointe noire" vient voir ce que je fiche avec mon appareil photo puis je remonte dans l'annexe, ravi de l'expérience. Nous passons l'après-midi à nous reposer. On est bien ici !

 

10/05/12

Difficile de parler de "bonne nuit" lorsque le vent dépasse les 25 nœuds. Les drisses, les haubans, les tangons et les mâts génèrent déjà beaucoup de bruit lorsque le vent souffle mais ce sont les vibrations transmises à la coque qui nous dérangent le plus. Le coup de vent doit durer 3 jours, il faut qu'on prenne notre mal en patience et qu'on s'occupe.

A 8h, l'annexe est sur la plage et nous partons pour le "Cook's view". Le très fameux Capitaine James Cook est monté là haut à plusieurs reprises. Il cherchait un passage de sortie vers la haute mer pour son vaisseau, l'Endeavour. Quelles extraordinaires aventures a dû vivre ce grand marin en ces contrées inconnues et puis le nom de notre ile… L'ile du lézard…

En tous cas, la grimpette est digne d'une via ferrata, 358 mètres de dénivelé en 1h !

Nous avions déjà repéré ces espèces de nids mais ils étaient toujours inaccessibles. Il s'agit de sacs végétaux faits de feuilles collées soigneusement. En fonction des arbres colonisés, les feuilles sont plus ou moins grosses mais le résultat semble très hermétique. On pourrait estimer leur contenance à 2 litres pour les plus gros. Ici, il y en a plein à hauteur d'homme et nous faisons une expérience… Un petit coup de bâton et on attend… Surprise ! Des centaines de fourmis rouges sortent de partout, prêtes à combattre l'intrus. Il faut vite jeter le petit morceau de bois qui a servi à l'expérience car il est déjà plein d'insectes ! Nous apprendrons par la suite qu'il s'agit de fourmis Youngah. Le liquide qu'elles secrètent est très efficace contre les rhumes, l'acide formique nettoie les poumons en provoquant la toux, voilà, ce sont de gentilles fourmis !

Nous sommes de retour pour le déjeuner et le vent s'est encore renforcé, les rafales atteignent 35 nœuds, le pire est pour demain…

Pascale est en train de donner à manger à 3 énormes carangues lorsqu'un troisième catamaran vient rejoindre le mouillage. Encore une nuit à se faire secouer dans le vent…

 

11-12/05/12

Le vent ne se calme que pour descendre quelques heures à 20 nœuds et nous finissons par l'oublier… Presque…

Je plonge chaque jour, seul et Pascale reste à bord ou sur la plage. De chaque PMT, je reviens émerveillé par la taille des poissons, certains font presque ma taille, des bancs de perroquets à bosse, des requins, des mérous.

Pour être clair, tous les spécimens que nous avons rencontré jusque là au cours de notre voyage font le double de taille ici !

"Ultreïa" et "Yovo" sont arrivés au petit matin, une navigation difficile avec beaucoup de mer et de vent et après un repos bien mérité, tout le monde se retrouve sur Badinguet pour le diner et pour fêter mon anniversaire !

Je suis vraiment ravis qu’ils soient là car, je vais pouvoir nager avec de la compagnie, c’est beaucoup plus rassurant…

 

13/05/12

Aujourd'hui, le vent devrait baisser d'un cran et c'est certainement notre dernière possibilité de plonger sur les récifs qui forment la grande barrière de corail.

Francine et François de "Yovo" et Geneviève et François de "Ultreïa" se retrouvent sur Badinguet pour une navigation au près serré vers les récifs les plus à l'Est. 11 milles à se faire chahuter dans les vagues par 25 nœuds de vent mais l'ambiance est plaisante avec ces tourdumondistes expérimentés…

Nos invités semblent apprécier le carré central du Super Maramu. « Yovo » (un Sun légende), mesure 12.35m et Ultreïa, (un Dufour 32), 9.7 mètres alors c'est certain, Badinguet est confortable avec 25 nœuds vent au près !

Le vent est violent et la mer forte lorsque nous devinons les grandes déferlantes qui viennent se briser sur le versant Est des récifs. Nous sommes du côté Ouest et la situation n'est pas très engageante. La visibilité est mauvaise et les vagues viennent du Sud. Elles ne sont pas ralenties par l'immense récif et le vent souffle sans arrêt jusqu'à 30 nœuds dans les rafales. Il nous est impossible de pénétrer dans ce labyrinthe de récifs coralliens dans ces conditions !

 

Demi-tour toute ! Nous sommes déçus mais bien conscients des risques importants que notre désir de Palme-masque-tuba nous ferait prendre. Les conditions météo sont mauvaises et c'est comme ça !

Il nous faut 3/4h pour revenir vers Lizard et 35 minutes de plus pour mouiller sous le vent de "Eagle island", un autre récif moins exposé que ceux qui forment la grande barrière.

Nous ne mettons nos masques que quelques minutes car ici aussi, le vent souffle méchamment, l'eau est trouble et les fonds décevants. La petite troupe finit par faire le tour de l'ile en marchant et en discutant pendant que Badinguet louvoie sur son mouillage temporaire.

Nous dérangeons quelques aigles pécheurs et des dizaines de hérons en observant les innombrables déchets qui s'accumulent au vent de l'ilet.

On peut dire que nous sommes contents d’être de retour au mouillage de Lizard. Je raccompagne nos amis sur leur voilier respectif et retour à bord pour une nuit de repos bien méritée.

 

14-15-16/05/12

Badinguet est dans le vent, je suis sous l’eau à jouer avec des poissons énormes et pacifiques et Pascale fait de la « plongée littéraire ». Elle est en immersion dans des romans passionnants que nous échangeons avec nos amis.

J’ai quand même ramassé une langouste mais elle était de la taille d’une langoustine…

Chaque matin, nous faisons une balade et l’après-midi, PMT.

Que de bons moment avec nos amis jusqu’au jour du départ qui est prévu pour demain et ça ne va pas très triste… Le vent baisse de 30k à 25k pendant deux jours et pas une heure de plus !

 

17-18-19/05/12

Une première journée de navigation idéale avec 20 nœuds de vent dans le dos et un magnifique thazar qui vient rejoindre les restes de son compère dans le congèlo. Nous naviguons bord à bord avec Ultreïa et Yovo et Badinguet prend un peu d’avance en envoyant son genaker bleu-blanc-rouge.

 

Un grand requin sombre se laisse flotter dans les vagues, impressionnant par son immobilité et surtout sa taille, entre 4 et 5 mètres ! La nuit tombe vers 18h20 et très vite, il fait noir. La lune est en grève et le vent qui siffle dans les haubans ajoute une note de gravité. Nous nous guidons avec nos différents écrans de contrôle, le traceur et toutes les informations de notre électronique de bord.

Pour le réglage des voiles et les nombreux empannages, nous utilisons  des loupiottes pour y voir clair. Ensuite, il faut plusieurs minutes pour nous réhabituer à la pénombre et distinguer, les bouées qui marquent les innombrables récifs et les feux des cargos qui empruntent la seule route qui longe la côte dans la mer de corail.

Un fou brun vient se placer sur le bout du tangon, il va faire une balade gratis sur Badinguet !

La deuxième journée est calme et nous péchons une bonite, Pascale est ravie. Tout comme la veille, nous avons un passager clandestin, un autre fou brun qui vient poser ses pattes palmées sur l’annexe.

Nous l’observons longuement et lorsqu’il se tourne, se penche en avant et gonfle ses poumons, il envoie une énorme chiure sur le pont de Badinguet à 3 mètres de là ! Il aurait voulu le faire exprès qu’il ne s’y serait pas pris autrement ! Je lui fonce dessus  en agitant les bras et en hurlant pour l‘effrayer et au fur et à mesure que j’approche du grand volatile, il me regarde sans broncher, pas du tout impressionné par ma manœuvre.

Il n’a peur de rien, celui là, mes mains sont à 15 cm de sa drôle de tête de piaf et il continue à me dévisager, l’air de dire, « mais pourquoi tu t’agites comme ça ? »

N’ayant aucune envie de lui proposer mes doigts en apéritif, je remplis le saut de 30 litres d’eau de mer et lui balance dessus violemment.

Il glisse un peu, dérape un instant puis se stabilise, trempé, dégoulinant, il relève alors la tête et me regarde avec un air interrogateur. « Mais pourquoi, tu m’arroses comme ça ? » Il vient quand même de prendre 30 litres de flotte à bout portant !

Un saut, deux, trois, rien n’y fait ! Ca aura au moins eu l’effet de nettoyer un peu le pont qu’il vient de souiller ! N’y tenant plus, je lui balance carrément le saut d’eau, sans eau, et là ça calme !  L’oiseau décolle enfin et rejoint le tangon où il passera une bonne partie de la nuit.

Mon quart se termine, il est minuit et demi mais le vent monte crescendo. Je réduis toutes les voiles et m’installe dans la couchette de coursive pour exploiter au mieux mon temps de repos au pays des rêves.

Le bateau est de plus en plus secoué par de grandes vagues courtes et dans ces conditions, inutile de rester dans sa couchette à faire des loopings ! Nous avons jusqu'à 37 nœuds de vent en rafale sous les grains. Il pleut régulièrement et les dernières 6 heures de navigation sont éprouvantes. Le coup de vent annoncé a 12 heures d’avance. Contre deux nœuds de courant les vagues deviennent cassantes et dangereuses, le bateau, freiné par le flux, est ballotté comme un beau diable et nous avec !

 

19/05/12

Nous sommes à l’abri dans la grande baie de l’ile d’Adolphus à 6h30, Nous sommes épuisés et très vite l’ancre accroche le sable sous un vent puissant. Nous plongeons dans le sommeil et en fin de matinée, nous découvrons que Ultreïa et Yovo sont arrivés à leur tour, tout le monde est arrivés a bon port, si on peut dire…

La journée se passe à dormir, récupérer et préparer la suite du voyage car la météo ne nous laisse aucun répit…

Nous passons des heures à discuter, télécharger des fichiers météo et à les comparer. Souvent, les sources différent, les informations différent et les désirs des équipages différent… Tout ça sous 30 nœuds de vent, dans une baie ouverte, sur une ile déserte, perdue à l’entrée du détroit de Torres.

Un consensus a été trouvé après moultes tergiversations… Nous partirons demain à l’aube pour profiter du puissant courant de marée montante et passerons le fameux cap York vers midi. Ensuite, plusieurs options pour traverser le golfe de Carpentaria sont possibles et c’est la météo qui aura le dernier mot, comme toujours…

Mais ce soir est un grand soir, nous fêtons l’anniversaire de François d’Ultreïa à leur bord. Ensuite un bonne nuit réparatrice et à nouveau 3 jours minimum de mer, voir plus, si on arrive à aller à Darwin directement…

 

20/05/12

Il fait à peine jour lorsque nous relevons l’ancre. Ultreïa est devant et Yovo derrière. 7 milles à parcourir avant le cap York ! Le vent est violent, les rafales atteignent presque 40 nœuds et la mer est démontée. Je n’ose imaginer son état si le courant avait été contraire…

Une fois le détroit de Torres engagé, nous sommes à l’abri des grandes vagues et profitons pleinement du puissant courant et du vent qui nous poussent vers  l’Ouest. Comme c’est bon de reprendre la route vers le soleil couchant après cette interminable remontée vers le Nord, le tour du monde reprend !

 

Nous zigzaguons entre les grands bancs et les iles Thursday avec jamais moins de 12 mètres sous la quille lorsque la ligne de traine s’emballe. 20 minutes plus tard, je gaffe un thon rouge d’une quinzaine de kilos, on va se régaler ! En nettoyant le pont, je constate que le crochet de la gaffe à poisson s’est ouvert et en essayant de le redresser, il casse net ! Nous voilà sans gaffe avec deux jours de mer devant nous… Je ponce à la meuleuse un bout d’inox que je fixe à un manche à balais et ça devrait aller…

La couleur de l’eau est vert claire, le sable, sous l’effet des puissants courants qui contournent le cap, se mélange à la mer et l’eau devant laiteuse, presque brillante…

Après quelques heures, c’est l’inversion des marées et un clapot désagréable nous bouscule avant de retrouver les eaux plus profondes du golfe de  Carpentaria.

Tout est nouveau pour nous, cinquante mètres de profondeur et aucune bouée à virer ni aucun banc de sable en vue… Ca va être d’un ennui !

Le vent reste bien établi et la nuit s’annonce remuante…

 

21/05/12

Une vraie nuit de quart, sans cargo, sans phare, juste à régler le voilier qui passe d’un bord de largue à plein vent arrière pour minimiser les désagréments de la navigation au portant.

Il fait chaud, plus de 35 degrés et l’eau doit être à la même température, Badinguet avale les milles lorsque la ligne de traine part pour la troisième fois depuis ce matin. Ce coup ci, c’est du sérieux, le poisson semble ferré.

Le bateau est à la dérive, je suis équipé d’un baudrier complet, les pieds bien callé, le poisson n’a qu’a bien se tenir, j’ai tout mon temps !

25 minutes à batailler et soudain, je sens que la résistance diminue, il est épuisé et moi pas ! Je l’amène au bord de la coque, un marlin voilier de 1,80 m glisse doucement sur le flanc, inerte.

Pascale se saisit de la canne à pêche, je prends le bas de ligne en acier d’une main, la gaffe bricolée de l’autre et je pique… La pointe ne pénètre pas la peau épaisse du marlin. Dix fois, je recommence en vain, impossible de percer sa cuirasse. Je finis par me rabattre sur l’ouïe pour y glisser la pique, c’est bon, il est accroché. Le marlin s’élève lentement mais il est diablement lourd et mon bricolage se tord complètement avant de laisser retomber le grand poisson dans une gerbe d’écume. L’hameçon s’est décroché et mon trophée sombre lentement en s’éloignant du voilier, merde alors !

Il était là, à 10 cm de basculer sur le pont, il m’implorait même de le pêcher, il était vaincu, immobile, je suis vert !

Nous remettons le voilier sur sa route avec beaucoup de frustration. A quoi sert de pêcher des poissons si nous n’avons pas les moyens de les monter à bord ?

Au grand maux, les grands remèdes ! Je disque puis meule un grand pied de biche en forme de croc, si ça ne tient pas, j’abandonne la pêche et je me mets au tricot !

Le seul problème est que la nouvelle gaffe pèse lourd et si je loupe le poisson, je perce la coque de Badinguet…

Un avion des gardes-côtes nous survole en rase-motte, l’appel radio ne tarde pas et une nouvelle fois, il faut épeler le nom, la destination, d’où nous venons et un « Passez une bonne journée » conclut la conversation.

Nous péchons deux petites dorades coryphènes et une « bonite juvénile » juste avant la nuit, je n’ai pas eu besoin de la gaffe pour le moment.

 

22/05/12

Une nuit remuante avec toujours autant de vent et de mer, 25 nœuds réguliers et le cap Wessel est en vue.

Il s’agit de passer au Nord d’une série d’iles toutes en longueur. Les bandes de terre sont basses, étroites de 3 kms et longues de plus de 120 kms ! Sûrement le résultat d’un plissement de l’écorce terrestre. Pour nous, c’est un abri garanti contre la mer qui nous chahute depuis 2 jours.

5 nœuds de courant contraire au passage du cap et la mer est déchainée. La porte de la descente est fermée au cas où nous embarquerions une grosse vague vicelarde. La vitesse du voilier passe sous les 2 nœuds et nous sommes dans la barre de courant… Moteur à 2200 tours/min, toutes voiles dehors, nous peinons à 3,5 nœuds pour sortir de la zone dangereuse. Les vagues font 3 mètres et elles se présentent par l’arrière telles des murs d’eau verte et bouillonnante.

C’est en surveillant le comportement d’une grande vague qui nous rattrape que nous assistons à un spectacle étonnant. Un banc de thons circule à toute vitesse dans son épaisseur. Les poissons se croisent dans tous les sens et vu la hauteur de la vague, ils nagent au dessus de nous ! La colonne d’eau se rapproche de notre poupe et les thons plongent sous la coque de Badinguet au moment où l’onde soulève le bateau ! V’la ty pas que maintenant, il faut lever la tête pour voir des poissons !

Nous sommes enfin dégagés de la barre lorsque nous recevons un appel sur « 16 ». Bepci est à 6 milles derrière nous, l’équipe va être au complet…

Nous mouillons à « Two Island bay » dans peu d’eau et les amis arrivent les uns derrière les autres.

Pascale et moi faisons un tour à terre. L’ile Marchimbar est déserte, vierge, située en territoire aborigène et d’après les traces fraiches que nous découvrons dans le sable, de grands crocodiles y vivent !

Nous nous promenons un bon moment en surveillant nos arrières et nos derrière, histoire de pas se les faire boulotter par un saurien aborigène de la mer d'Arafura.

Une vertèbre de baleine trône sur le sable, des colonies de crabes s’écartent devant nous, c’est bon de se retrouver sur des iles que l’homme n’a pas défiguré.

Pascale a sorti les poissons-chats congelés et le casier est lesté, équipé d’une bouée et jeté pour la nuit dans les rochers.

 

23/05/12

Une vraie bonne nuit réparatrice et au matin, un ciel bouché et des grains violents qui rincent les bateau du sel accumulé.

Entre deux averses, je récupère le casier. Force est de constater qu’il a passé une nuit beaucoup plus agitée que la notre. Tout le fond est déchiré et il ne reste même pas une moustache au poisson-chat !

Nous finissons par nous installer devant un DVD tellement il pleut…

Le casier est recousu et un gros poisson-chat est ficelé comme nouvel appât. Je relève le casier toutes les 3 heures et comme rien n’a été mangé pendant la journée, je le laisse la nuit…

Juste avant la tombée du jour, je repars à terre, seul, voir si je n’aperçois pas un saurien. L’ambiance est lugubre, des arbres morts pointent leurs tristes ramures déplumées vers un ciel plombé. Les abords des rivières sont dans une pénombre susceptible de dissimuler une présence hostile.

A Cairns, j‘ai pu apprécier la vitesse de déplacement d’un crocodile et je veille à toujours conserver 10 mètres de terrain dégagé autour de moi.

Tous les sens en alerte, j’avance chaque pas en silence, prêt à piquer le sprint de ma vie si un croco déboulait dans la rivière !  Je ne mesure pas exactement le risque que j’encours mais une chose est certaine, je me sens vivant et j’adore ça !

 

24/05/12

Il a plut sans arrêt toute la nuit et vers 11h, la première éclaircie pointe son nez. Il est grand temps de se dégourdir un peu les pattes arrières et les 3 équipages se retrouvent à terre. De nouvelles traces fraiches de crocodiles sont visibles là où je crapahutais hier soir !

La marée descend et il est tant d’aller chercher mon casier… En arrivant sur la zone, la bouée a disparue ! Je m’approche prudemment et je distingue le flotteur au fond de l’eau, coincé sous une roche.

Je retourne au bateau chercher une gaffe et ce que je ramène ne ressemble plus du tout à un casier ! La nasse a été tirée violemment avant d’être déchiquetée ! Le maillage est coupé, déchiré, arraché et les arceaux métalliques sont complètement pliés. Plus de doute possible, le poisson-chat s’est fait boulotter par un croco. Inutile de lézarder dans le coin.

Il va falloir que j’arrête mes âneries car depuis deux jours, il bouffe gratuit au même endroit ! Ces animaux sont d’une extrême patience et ils repèrent les habitudes de leurs proies pour mieux les surprendre et les prendre tout court !

Une bonne soirée sur « Yovo » et dodo !

 

25/05/12

Le coup de vent a de l’avance et depuis 3h du matin, je suis debout à attendre le jour pour remettre de la chaine.

Des rafales à 45 nœuds fouettent le plan d’eau, les mouillages sont tendus à l’horizontale et les voiliers sont giflés en permanence… Un vrai mouillage sado-maso ! En tous cas, nous en prenons plein la figure et les anémomètres ne chôment pas. Dans ces conditions, l’alarme de mouillage est activée et l’annexe est attachée très serrée avec plusieurs bouts, à l’arrière de Badinguet.

Il est impossible de quitter le bord. Chacun chez soi… Et les crocos seront bien nourris !

 

 

26/05/12

C’est l’anniversaire de Maël et le décalage horaire m’oblige à patienter pour le lui souhaiter par Mail. Le vent a baissé de 10 nœuds et après ce que nous venons de vivre, nous apprécions énormément les 25 nœuds de vent qui souffle sur l’ile de Marchimbar !

Deux bonnes heures de marche sur la plage, émerveillés par cette nature, intacte, inviolée. Des traces de wallabies criblent les grandes étendues sablonneuses de paires de trous espacées. Des dizaines d’espèces d’oiseaux, grands ou petits s’envolent autour de nous. Les arbres et les rochers rivalisent d’ingéniosité pour exposer des formes tortueuses et improbables.

 

 

A terre, c’est le territoire des crocodiles dissimulés dans la végétation qui entourent les petits cours d’eau. En mer, un grand requin beige glisse sous la surface laiteuse en longeant la rive de la petite baie. Au milieu, il y a nous, les intrus, totalement désadaptés à la vie sauvage…   

 

27/05/12

Je ne tiens plus en place, il me faut un peu d’action aussi, je mets un pantalon, des grosses pompes et me voilà parti pour traverser l’ile d’Ouest en Est. Les grains se succèdent et je me prends quelques douches mais l’aventure est belle. Je contourne assez loin les zones humides où vivent nos amis sauriens et je taille la route dans le bush, droit devant !

Une heure et demi de marche, des hautes herbes denses et des rochers en pagaille, tout ce qu’il faut pour tomber dans un trou !

Il est évident que personne n’a jamais marché dans le coin depuis des lustres à part les wallabies dont les centaines de traces m’interpellent… Mais y s’cachent où, les kangourous ?

3 collines plus tard, je découvre la côte Est. La falaise, haute de 30 mètres est faite de strates qui finissent par s’effondrer sous la violence des vagues et du vent. Un formidable chaos tectonique, des rochers, grands comme des maisons tiennent en équilibre au dessus du vide. Certaines plaques, de la taille d'un parking de supermarché sont brisées et encastrées les unes dans les autres comme un château de cartes qui pèserait plusieurs milliers de tonnes… Un gigantesque désordre qu’il faut escalader prudemment car certains blocs ne demandent qu’ glisser en bas de la falaise…

C’est en sautant au dessus d’une faille que je vois mon premier wallabie, rapide comme l’éclair ! Les marsupiaux vivent là-dessous, dans ces incroyables galeries crées par l’amoncellement des strates effondrées. Un peu comme des « Aliens » dans les conduits d’aération d'un vaisseau intergalactique. Je dois rester très vigilant car ils circulent comme des fusées à 5 ou 6 mètres en dessous de moi, dans la pénombre de ces innombrables tunnels. Une queue, un corps beige ou gris et pas un bruit, impossible d’en photographier un dans ces conditions.

Je finis par descendre dans une galerie mais les blocs n’ont aucune stabilité et la pensée de rester coincé là dessous me fait renoncer rapidement.

Comblé par ma petite escapade en solitaire, je retourne sur Badinguet pour une « après-midi-sieste » bien méritée.   

 

28/05/12

Le jour se lève à grand peine lorsque les 3 voiliers appareillent dans un vent très expressif et sous un soleil inexistant.

Une journée chahutée par une mer forte et des creux qui dépassent régulièrement les 3 mètres. Malgré la tourmente, nous pêchons un beau thazar qui trouve quand même le temps de me mordre la cheville dans un coup de gite !

1 bonne heure à jouer les équilibristes pour le découper et on range les lignes, trop compliqué de pêcher avec cette mer.

 

29/05/12

Toujours une mer forte, les vagues dépassent maintenant les 4 mètres et Badinguet s'envole sur des surfs impressionnants, le GPS enregistre une pointe à 16 nœuds ! Inutile de dire qu'on ne pêche pas, on serre les fesses, on fait le dos rond et on attend que ça se calme !

Nos pensées filent souvent en direction de Ultreïa et Yovo, plus petits que Badinguet et certainement beaucoup plus secoués que nous le sommes mais nous aussi, on a le droit de se plaindre !

En fin de journée, Badinguet se couche sous une vague particulièrement grosse et le vent baisse enfin… La mer se calme un peu plus tard et nous abordons "le détroit de Dundas" sans nous soucier du courant car on fait ce qu'on peut !

30/05/12

Nous sommes désormais au près serré et au fur et à mesure que Badinguet enroule le cap qui marque l'entrée du golfe de Van Diemen, le vent tourne avec nous et nous pouvons maintenir un cap à la voile. La nuit est tombée et le vent redonne de la voix, Badinguet vient s'écraser dans le creux des vagues avec fracas. Dans une nuit d'encre, le voilier, toutes voiles bordées à plat, avance au ralenti, contre 2 nœuds de courant et une mer hachée qui transforme la position allongée en une épreuve de trampoline.

Pascale ne dort pas et à 3h du matin, je lui demande de venir veiller à ma place, je louche de fatigue, il faut que je ferme un peu les yeux.

Le super Maramu remonte assez mal le vent et le seul choix qui s'offre à nous (en dehors de tirer des bords) est de longer la côte Sud de Melville Island, très en dehors du profond chenal des cargos. Badinguet se traine, tape dans la lame, se couche, se redresse, se couche à nouveau et le jour se lève enfin sur une mer croisée et deux paires d'yeux explosés de fatigue… On s'en souviendra de la mer d'Arafura !

Au matin, 4 nœuds de courant nous poussent vers l'Ouest, en direction des iles Vernon, le fameux détroit de Clarence.

Les calculs sont vite faits, nous n'irons pas, contre le vent, à Beatrice bay rejoindre Yovo et Ultreïa, Il faut poursuivre la route vers Darwin, QU'ON EN FINISSE, NOM D'UNE PIPE !!!

Trois heures avant d'arriver à Darwin, le vent tombe complètement et c'est au moteur que nous terminons cette navigation épuisante.

Nous mouillons dans "Fanny bay" à côté de Catafjord, Malou et Domi sont rentrés en France pour un mois.

Il fait 35 degrés, pas un souffle d'air, nous sommes morts de fatigue. Il faut qu'on récupère…  et qu'on boive un coup pour fêter ça !!!

 

31/05/12

Une excellente première nuit à Darwin. Pas de vent qui souffle, pas de secousse, pas de vague, on est échoués ou quoi ?

Nous sommes mouillés très loin de la plage de Fanny bay car le marnage (différence de hauteur d'eau entre les marées haute et basse) dépasse les 6m50.

Les petits vélos sortent des coffres pour prendre un peu l'air sur le pont avant d'embarquer dans l'annexe. Difficile avec des plages en pente douce et des marées de cette importance de savoir où laisser le dinghy mais pour le moment, c'est marée haute et le problème ne se pose pas.

Après avoir donné deux billets de 10 dollars à "Trich", la grande dinde excentrique qui fait office de secrétaire au club nautique de Fanny bay, nous devenons membres temporaires ! A ce titre, nous bénéficions d'une machine à laver (on s'en fout), des douches et sanitaires (on s'en fout), d'un parking à vélos (on ne s'en fout pas) et d'une espèce de brouette à grandes roues pour charioter l'annexe sur la plage, (ça c'est génial) !

Darwin se situe à 6 kms de notre mouillage et comme nous n'avons ni plan ni carte, nous longeons les grands axes jusqu'au centre ville.

De longues avenues parallèles découpent avec rigueur le cœur de la capitale du "Top End". L'endroit est très animé et des dizaines de nationalités se croisent sur les larges trottoirs. L'influence de l'Asie, toute proche est très marquée avec le quartier chinois, les magasins indiens et indonésiens et surtout, un nombre impressionnant de restos asiatiques.

Nous circulons à vélo en zigzaguant entre la chaussée et les trottoirs. Il s'agit d'éviter d'emplafonner des Australiens tatoués des pieds à la tête, des bikers dont les barbes pourraient se prendre dans les rayons, des touristes, le nez dans leur guide et quelques aborigènes souriants, ça, c'est une première !

Après une escale incontournable au centre d'information touristique, nous commençons nos emplettes et ce coup-ci, elles sortent de l'ordinaire !

Nous voulons acheter une arme à feu pour nous défendre contre une éventuelle attaque de pirates dans l'océan indien. Les douanes nous fournissent le formulaire d'exportation d'arme et le vendeur accepte de nous vendre un fusil ! Il ne reste plus qu'à choisir un modèle et je n'y connais pas grand-chose. Le principe du fusil de chasse nous plait bien et à la fin, n'arrivant pas à nous décider, le vendeur se propose de nous chercher sur internet, un fusil à pompe d'occasion et de nous le revendre. C'est d'accord, rendez-vous lundi prochain pour la suite…

Désormais, tout ce que nous achetons dans le mois qui précède notre départ d'Australie est détaxé sous conditions. Il faut notamment acheter dans le même magasin pour plus de 300 dollars !

Quelques courses de frais (et du rhum) puis retour sur Badinguet pour accueillir "Yovo" et "Ultreïa" qui mouillent à quelques encablures.

Il fait toujours aussi chaud et beau et ce soir, nous allons à Mindil beach. Tous les jeudis et les dimanches, de 17h à 22h, la moitié de la population de Darwin se retrouve  au "Mindil market" après avoir assisté au coucher du soleil, une bière à la main !

Des milliers de personnes attendent le moment où l'énorme boule rouge va disparaitre derrière l'horizon de la mer de Timor. Certains sont assis dans le sable, d'autres déambulent mais la majorité a apporté ses chaises et ses tables pour diner en plein air. Des milliers de cliquetis d'appareils photos, des giga-octets de vidéos enregistrent le coucher de soleil. Et c'est comme ça tous les jeudis et tous les dimanches !!!!

La grande plage est désormais baignée dans la pénombre et le centre d'intérêt pour ces milliers de spectateurs se trouve juste à côté. Des centaines d'échoppes, des petits vendeurs, des musiciens, des snacks, des soigneurs, des masseurs, des diseurs de bonne aventure et des artistes s'entassent les uns sur les autres, formant des allées de tentes et de bungalows aussi longues que la plage.

La foule est compacte et souriante, certains dansent, d'autres jouent du didjeridoo, mais la plupart mangent ou font la queue pour acheter des plats asiatiques, des crêpes, des pizzas et des desserts fruités.

Difficile de ne pas se perdre dans ces conditions et je ne compte plus les allers-retours pour récupérer untel qui s'achète des rouleaux de printemps ou untel qui observe un chiropracteur exercer son art en public…

Nous retournons aux annexes 3 heures plus tard et là, dans le noir, l'horreur ! La marée est basse et l'eau s'est retirée à presque 200 mètres !!!  Heureusement que nous sommes 6 pour tirer les deux annexes…

Tout est bien qui finit bien et les deux embarcations foncent dans la nuit sous une lune timide, découpant la surface liquide dans un sillage luminescent.

 

Les jours qui suivent…

Nous alternons les bons moments avec nos amis et la visite de Darwin. Une mention spéciale pour le 4 juin où nous avons fêté dignement l'anniversaire de Pascale dans la petite marina exigüe où nos compagnons sont amarrés. Nous sommes restés au mouillage de Fanny bay pour diverses raisons.

La première est financière mais les conditions d'accès à une place de port sont incroyablement compliquées. Si le carénage n'a pas été fait en Australie, une inspection de la coque (gratuite) est obligatoire. Si l'état de la coque est satisfaisant, les plongeurs injectent dans tous les passe-coques, un produit désinfectant qui doit agir pendant 14h. Le voilier est donc immobilisé sans moteur, ni toilette, ni eau pendant une demi-journée. Pour finir, il faut pouvoir justifier d'une couverture d'assurance à hauteur de 5 millions de dollars !!!

La coque de Badinguet est couverte de coquillages, d'éponges et d'algues verts… Vue du dessous, ça doit ressembler à la tignasse de Hulk qui se baigne !

Hier, nous avons du reculer de 100 mètres de plus en raison des grandes marées qui approchent, presque 7 mètres de marnage et lorsque le vent se lève un peu, nous sommes très vite chahutés mais dans l'ensemble, le temps reste beau et très chaud.

Les formalités douanières sont faites, les visas Indonésiens sont en instance et le camping car pour la visite des parcs nationaux est réservé.

Darwin est une ville pleine surprenante avec de nombreux parcs boisés, des monuments commémoratifs partout qui commémorent de tout ! Nous en avons même trouvé un en souvenir de la pose d'un câble électrique qui rejoint l'ile de Java en Indonésie !

Sur toute la côte Nord, les baignades sont dangereuses : d'octobre à mai, il y a des méduses mortelles et de juin à Septembre, les crocodiles prennent le relais. Si tu te baignes, il y a des chances que tu sois en retard à diner !  

Les piscines d'eau de mer sont très fréquentées et les parcs qui les entourent ont rarement des zones d'ombre inoccupées. Le musée des territoires du Nord vaut vraiment le détour avec ses galeries d'art aborigène et une attraction originale et très impressionnante…

Sur la porte se trouve une inscription qui prévient les personnes qui ont réellement vécu la catastrophe, que cela pourrait provoquer chez eux des malaises… Nous sommes enfermés dans le noir, dans une petite salle, la bande son du vent pendant l'ouragan Tracy qui a touché Darwin en 1974 a de quoi terrifier n'importe qui... Il faut reconnaitre que si le vent fait ce bruit là, c'est absolument monstrueux. Tracy a tué soixante-et-onze personnes, causé pour 837 millions $AUS et détruit plus de 70 % des édifices de la ville de Darwin dont 80 % des maisons. Plus de 20 000 personnes se sont retrouvés sans abris sur une population de 49 000 habitants.

Pascale et moi circulons avec nos vélos, avalant chaque jour, dans une chaleur étouffante, les quelques kilomètres qui nous séparent du centre de Darwin. Sur les plages, dans les parcs, dans les rues, un peu à l'écart, ils sont là. Adossés, avachies, allongés sur les trottoirs ou dans l'herbe, les "premiers australiens" se manifestent par leurs cris, leurs plaies, leurs visages tuméfiés, leurs habits en lambeaux, leurs incivilités et leur taux d'alcoolémie !  Une fois, nous nous sommes arrêtés pour donner 1 dollar à un aborigène qui hurlait son mal être…  Pas un merci, pas un regard, pas un sourire, nous étions transparent, invisibles…

Daisy Bates, une Irlandaise qui vécut parmi les aborigènes dans les années 1880 a dit : "L'indigène australien peut supporter toutes les rigueurs de la nature, les sécheresses les plus terribles, les inondations catastrophiques, les horreurs de la soif et des famines récurrentes, mais il ne peut supporter la civilisation".

On comprend très vite que les Aborigènes constituent le plus grand échec de l'épopée australienne. Si on prend tous les indices de prospérité ou de richesse d'un pays : taux de chômage, de suicide, d'hospitalisation, de mortalité infantile, de criminalité et j'en passe, les chiffres des aborigènes sont entre 2 et 20 fois plus élevés que la moyenne nationale. L'espérance d'un australien blanc est supérieure de vingt ans à celle d'un Aborigène !

Ce peuple, le plus ancien de notre planète, comptait entre 300 000  et 750 000 membres à l'arrivée de Cook. Ils sont aujourd'hui 455 000 et ils risquent de s'éteindre, incapables de s'adapter de force à une civilisation à des années-lumière de leur mode de vie…

En ce qui nous concerne, nous ne les trouvons pas très avenants et à chaque fois que nous en croisons, ils hurlent, nous interpellent, nous réclament 5 dollars et sont visiblement sérieusement alcoolisés ! Difficile de porter un jugement sur ces aborigènes des villes, il parait que ceux des champs sont beaucoup mieux dans leur peau !!!! Seul problème, ils ne veulent voir personne !

Le temps reste beau, sans un nuage et chaud, plus de 30°. Le mouillage est paisible, souvent calme plat et il n'y a qu'aux heures de changement de marées que quelques vagues viennent claquer sous la jupe arrière de Badinguet.

Pascale nettoie et prépare notre périple à Kakadu pendant que je répare nos feux de navigation, l'amortisseur de mouillage et les contacteurs de guindeau. Le plus pénible est ce qui nous tombe dessus en permanence, il pleut des cendres noires et collantes sur le pont et chaque jour, tout est à refaire. Badinguet est sale et il commence à réclamer un peu de haute mer…

 

09/06/12

Nous sommes aux commandes de notre petit camping-car dont la décoration ne laisse indifférent personne, il est couvert de stickers de pirates... 

Première étape : Lichfield National parc. Situé à 120 km au Sud de Darwin, son gros intérêt : ses nombreuses chutes d'eau et ses sites de baignade sans risque de se faire crocodiliser. Florence falls et Wangi falls sont accessibles à tous les véhicules et les sites sont vraiment dissimilés par la nature. On ne découvre qu'au dernier moment ces endroits calmes où l'eau serpente entre des collines rocheuses avant de chuter dans des bassins limpides et profonds. Le weekend, ces piscines naturelles et protégées ne sont qu'à 1h30 de route de Darwin, elles sont envahies par des Australiens…   En tous cas, le petit bain à Wangi m'a beaucoup plu.

   

Les termitières géantes sont partout et certaines dépassent les 5 mètres et sont âgées de plus de 50 ans. Par moment, les espaces sont tellement parsemés de termitières qu'on se croirait devant les alignements de menhirs à Carnac !

 Nous abordons Kakadu par le Sud et les kilomètres défilent sur les petites routes du parc national. Heureusement que la vitesse est limitée à 110 km/h car les distances entre deux sites dépassent souvent les 50 kms ! Le camping-car consomme 12 litres aux cent et le réservoir fait 35 litres, on a intérêt à savoir où se trouvent les stations-services !

L'assurance ne nous couvre pas si nous empruntons des routes non goudronnées mais qu'à cela ne tienne, nous bifurquons vers le site de Gunlom. La piste rouge est en tôle ondulée et lorsque nous accélérons un peu, l'arrière chasse dangereusement vers les bas côtés.

Il est 17h, le soleil décline, l'essence baisse car nous allons lentement, un nouveau feu de bush crépite en bordure de piste, c'est le signal, il faut faire demi-tour, on est dégoutés ! Et c'est reparti pour 70 bornes, juste pour refaire le plein !

En désespoir de cause, nous parquons notre mini-van dans le camping de la station-service et remplissons notre glacière de glace bien dure. Le vin blanc est bien frais, le saucisson transpire un peu et les moustiques ont repéré nos jolies peaux de blanc-bec, on peu prendre l'apéro. Une table, des chaises pliantes, un petit réchaud et nous voilà autonomes, dans le bush du Top-end à Kakadu !

Les rangers (dans les parcs nationaux) ou les aborigènes (dans leurs réserves) brûlent les sous bois. Il suffit de savoir d’où vient le vent et on met le feu aux herbes sèches. Il faut le faire au vent d'une route ou d'une piste et cet obstacle artificiel arrête l'incendie. La nature peut ensuite se régénérer. Du coup, très régulièrement, les bas côtés des voies de communication sont en feu et ça peut être très impressionnant ! Cela explique aussi pourquoi, nous avons tellement de cendres sur nos bateaux….

 

10/06/12

Au petit matin, nous découvrons Rockhole, la cascade secrète (aucun panneau ne l'indique) et en effet, c'est certainement le site le moins touristique de Kakadu. Nous avons ensuite 100 kms de route ponctués par quelques points de vue sans intérêt et de belles termitières géantes.

Nous voilà arrivés à "Coinda" dans la région de la rivière jaune. Deux tickets à 136 AUD pour le bateau et nous sommes de retour sur l'eau !

Une embarcation en aluminium à fond plat, 30 touristes australiens vieillissants, un ranger qui fait office de guide et de pilote et deux français armés d'appareils photo, prêts à shooter le premier croco qui pointe son nez ! Et ça ne tarde pas…

3 minutes après le départ, le bateau oblique vers la rive envasée et plante son étrave dans les roseaux, à 1 mètre d'un crocodile d'eau douce. Notre présence ne semble pas le déranger et il continue à ronfler, inconscient de l'intérêt qu'il suscite.  Il n'y a que deux races de crocodiles en Australie, ceux d'eau douce, plus petits et les crocodiles d'eau salée, énormes et beaucoup plus dangereux.

 

La deuxième catégorie est beaucoup plus représentée et nous en verrons 9 en tout, les plus gros atteignant les 4m50 ! A chaque fois, l'embarcation approche très près et le ranger nous laisse tout notre temps pour les photographier. Il faut reconnaitre que les crocos savent prendre la pose… Et la tenir !

Les oiseaux sont omniprésents dans cette partie de la "rivière alligator Sud : aigles-pécheurs, canards, jabirus, oiseaux-serpents, martins-pêcheurs et j'en oublie…

Une heure et demie plus tard, nous retrouvons notre petit camping-car pour deux sandwichs bien mérités. Direction "Nourlangie", un site aborigène majeur.

 

 

 

 

 

 

 

Un grand rocher rouge et des peintures aborigènes à gogo… Des dessins qu'un enfant pourrait réaliser, tracés sous des surplombs, représentant des animaux, des hommes stylisés, des scènes de chasse, de danse, etc. Des dessins certainement anciens mais très primitifs pour ne pas dire "primaires". Nous ne trouvons pas cela très beau et au bout de 10 photos, je conserve mon appareil en bandoulière… Nous ne connaissons pas l'histoire, les époques, la culture aborigène. Elle est peu accessible pour nous et la marche entre leur monde et la notre est trop haute pour être franchie en quelques heures !

 

 

 

 

Encore presque cent kilomètres et nous découvrons le site d'Ubirr. Encore un lieu sacré aborigène avec des peintures rupestres très concentrées. Des rangers commentent et expliquent la signification des dessins à des groupes de touristes assidus et visiblement très concentrés.

Un beau coucher de soleil vient ponctuer cette longue journée. Les rochers torturés d'Ubirr dominent une vaste plaine inondable. Quelques aigrettes blanches passent en criant… On imagine sans peine, les aborigènes venir observer le crépuscule il y a plusieurs centaines de milliers d'années. Il est tout de même fascinant de constater que ce peuple, bloqué sur son ile géante, n'a pas évolué d'un iota pendant ces millénaires…

 

11/06/12

Une nuit très bruyante au camping… Obligés de s'enfermer en compagnie de centaines de moustiques affamés. Tout ça à cause du bruit : nos voisins ont fait la java une bonne partie de la nuit… Et les moustiques aussi !

Départ aux aurores, la route est à nous et le spectacle est au rendez-vous. Des dizaines de wallabies, dingos et oiseaux agrémentent notre trajet de retour vers Jabiru, le "centre névralgique du parc de Kakadu".

Le plein d'essence et de glace sont faits, nous quittons le parc national, un peu déçus. Très boisés et vallonnés, nous n'avons pas eu cette sensation de grands espaces comme dans l'Outback. De plus, le paysage varie peu et après 1500 kms de voiture, une certaine lassitude nous envahit…

En direction de Darwin se trouvent les Wetlands, les régions de Mary river puis d'Adelaïde river. Une immense zone de marécages, habitat privilégiés des crocodiles, des oiseaux et même des buffles… Les buffles ont été introduits par les Australiens dans les années 70 et leur multiplication a totalement échappée à l'homme. Ils se sont complètement adaptés à leur nouveau milieu et ont modifié sérieusement l'écosystème.

Au programme de la matinée : le "Jumping crocodile cruise". Il y a trois sites sur Adelaïde river où l'attraction est proposée et nous choisissons avec soin notre destination… J'ai même demandé à voir les photos d'un touriste allemand pour comparer objectivement… Notre choix est fait, ce sera celui situé après le centre "Windows on the wetlands".

Les bateaux sont en piteux états, les pontons croulants sont prêts à se détacher, des centaines de cacatoès s'envolent au dessus des flots boueux. Le fleuve fait 80 mètres de large et les eaux jaunes, poussées par le courant, charrient de nombreux débris végétaux. L'homme travaille en famille avec ses deux filles, il est chaussé du fameux chapeau entouré de dents de crocos. Pendant qu'il vérifie son vieux bateau à deux étages, ses filles tiennent la caisse (27€ par personne) et proposent aux touristes des photos en compagnie d'un python amical. Au mur de la cabane en bois, des pages de journaux relatent les innombrables attaques de crocodiles dans la région, le décor est posé et l'ambiance est électrique !

Nous sommes une vingtaine à nous repartir sur le vieux rafiot. Les places d'en bas sont de loin les meilleures pour prendre en photos les sauriens géants. Papa est aux commandes, les filles ont chacune, une canne en bois et au bout du fil, un bon quartier de barbaque sanguinolente…

Il est certain que les crocodiles du coin connaissent la musique. Ils se prêtent avec plus ou moins de docilité à ce jeu qui consiste à sauter deux ou trois fois avant d'obtenir sa récompense mais quel incroyable spectacle !

  

Les gueules sont à 50 cm de nous et les bestiaux font près de 5 mètres. A la fois effrayés et fascinés, nous savourons, chaque approche, chaque coup de queue, chaque saut.

Les commentaires sont, comme souvent, incompréhensibles mais nous avons bien écouté les consignes, "ne jamais laisser dépasser un bras ou ce que vous voulez en dehors du bateau" !

Ces animaux sont extraordinaires et les voir attaquer de si près est hallucinant. C'est, sans aucun doute, le spectacle le plus fabuleux que nous avons vu en Australie et pourtant, on en a vu des choses !

Comblés par cette petite croisière fluviale et pas chère, nous reprenons la route vers Mary River et le Corroboree Billabong. Le marécage est très fréquenté et le nombre d'australiens qui se baladent avec un bateau en remorque est impressionnant.

Ici encore, nous embarquons sur un bateau à fond plat pour voir des oiseaux et des  crocodiles mais après ce que nous avons vu ce matin, la promenade nous semble un peu fade…

Nous hésitons un long moment à rester dormir en pleine nature au milieu des wallabies, des buffles et des oiseaux mais Pascale a de plus en plus mal au dos… Y aurait pas un kiné dans l'coin ?

Nous rejoignons le camping le plus proche et là, au beau milieu des tentes et des caravanes, des wallabies, Pascale en a compté 15 !

Les douches sont chaudes, les moustiques sont restés au marécage, pas de bruit, nous observons les wallabies, un verre de Sauvignon bien frais à la main, Hic !

 

12/06/12

Une excellente nuit sauf pour la sciatique de Pascale qui s'aggrave nettement…

Nous retournons nous baigner à Lichfield Parc puis c'est le retour au bateau. C'est la première fois que nous laissons Badinguet, seul au mouillage 4 jours et tout s'est bien passé. Les éclairages solaires de jardin ont fait office de feux de mouillage et les batteries sont restées pleines.

Le vent n'a pas montré son nez depuis 2 semaines et la météo ne changera pas avant notre départ. Pas un nuage, 30 degrés à l'ombre et des couchers de soleil splendides chaque soir.

Nous profitons encore du camping car pour effectuer un gros plein de bouffe, de gaz, et de boissons non alcoolisées.

Pour l'alcool, nous avons envoyé une demande et un règlement au Duty free de l'aéroport de Darwin. Après acceptation par les douanes, le magasin viendra nous livrer les bouteilles au yacht club de Fanny bay.

Concernant l'arme à feu que nous voulions acheter, nous avons pris la décision de ne pas le faire. Pour des raisons économiques et pour le risque d'avoir des ennuis en cas de fouille par des douanes tatillonnes…

Pascale est sous anti-inflammatoires quelques jours, nous attendons des amis du bateau "Kif-Kif" pour l'apéro…

 

13-21/06/12

Le plein de gasoil est fait au "warf" des pécheurs. Un quai adapté aux cargos ou aux ferries mais pas du tout pour des voiliers de notre taille. 450 litres de gasoil et si tu mets une goutte à côté, c'est 10 000 dollars d'amende !!!

Inutile de dire que j'en ai fichu partout, sur mes vêtements, dans le cockpit et plusieurs litres dans l'eau du port… La pression est telle qu'en 5 minutes, presque 200 litres sont avalés par notre réservoir et, inévitablement, à ce rythme, un véritable geyser de gasoil vient ponctuer le remplissage… Ils sont bien conscients que c'est de leur faute et aucune pénalité ne nous a été appliquée !

Une heure de navigation pour revenir à Fanny bay et nous mouillons un peu plus près de la plage car les marées sont plus faibles.

Nous profitons des belles journées d'hiver (35°C) pour faire des allers-retours à vélo en centre ville, au supermarché, aux douanes, à la marina de nos amis….

L'Asie du sud-est nous tend les bras, changement de pays et de continent… Adieu, le calme et la sécurité de l'océan pacifique, la vie chère, les étendues désertiques… Bonjour la population grouillante asiatique, l'insécurité, le marchandage et les prix bas. Ca va faire beaucoup de bien à la caisse de bord de Badinguet !

Pour parler des choses importantes, nous avons acheté un didjeridoo au marché de Mindil beach et depuis 3 jours, je m'entraine très sérieusement. Le plus difficile est de réaliser la respiration circulaire, il s'agit de souffler continuellement de l'air par la bouche tout en continuant à respirer par le nez !!! J'ai pris quelques cours sur "Youtube" et je progresse lentement !

Il faut dire qu'à Mindil market, il y a un joueur remarquable qui jongle avec 4 didjeridoos, ça donne envie !

Nos amis du catamaran "Kif Kif" sont partis le 19 pour la traversée de l'océan indien via "Christmas island" et les "iles cocos". Bonne route, les amis.

Nous avons rendez-vous avec les douanes à 14h pour les papiers. Ils se déplacent au Darwin sailing club et nous remplirons les derniers formulaires avec eux. Ils nous rembourseront également la taxe sur les achats de vin que nous avons fait. Les alcools forts sont livrés sous scellées à 10h, tout s'enchaine…!!! Ca sent le départ à plein nez !

Il ne me reste plus qu'a plonger sous le bateau pour nettoyer l'hélice et un peu la coque de Badinguet. Nous risquons d'avoir 24h de moteur en début de voyage, ensuite le vent revient et la fin risque d'être musclée.

Je redoute vraiment de plonger car les méduses et les crocos sont toujours d'actualité… On m'a garanti qu'il n'y en a qu'un tout petit qui rode et il ne vient jamais vers les bateaux !!! De toutes façons, je n'ai pas trop le choix, il y a des vibrations au niveau de l'hélice, il faut la nettoyer !

L'alcool est dans la cave, je m'équipe pour la plongée et retrouve l'eau trouble de Fanny bay. Pas une parcelle de ma peau n'est en contact direct avec l'eau, méduses obligent !

L'hélice n'est pas trop sale mais la coque est dans un état !!! Près de 1,5cm d'épaisseur de berniques, d'algues, de mousses, et même des anémones de mer !!! Le travail est difficile et comme je stresse un peu côté crocos, je vide la bouteille avant d'avoir terminé le travail… Les 3/4 sont faits, c'est déjà ça…

Pascale a préparé des boulettes à la viande, les vélos sont rangés et pliés, A table !!!

Je croque de bon cœur et crack !!! Ma molaire, récemment réparée en France, explose en morceaux sur un petit bout d'os… On a rendez-vous avec les douanes dans 1h30, tout est paré au départ, merde alors !

Je trouve sur Internet les coordonnées de plusieurs dentistes et la recherche commence dans l'angoisse… Le premier coup de fil est le bon. Etant donnée l'urgence et l'originalité de la situation, la gentillesse des Australiens est au rendez-vous !

Il y a un créneau de libre à 13h, je téléphone aux douanes pour décaler le rendez-vous et ils acceptent avec bonne humeur. Il faut juste ressortir le petit vélo et foncer a Darwin…

Je jette l'annexe sur la plage, plante le grappin et cours jusqu'à la cale de mise à l'eau. Paul, un voisin de mouillage me regarde surpris et je lui explique la situation en essayant de reprendre mon souffle.

Avec un traditionnel "No worries maite", il m'embarque avec mon vélo dans sa camionnette, à fond les ballons vers le centre ville. J'y suis à 13h pile et le charcutage peut commencer.

30 minutes plus tard, j'ai la moitié de la tronche anesthésiée, 220 dollars de moins dans le porte-monnaie et une belle dent toute neuve dans le râtelier, ouf !

Je retrouve Pascale à 14h au bateau, nous avons le temps car les douanes arrivent à 15h au Darwin sailing club.

Toujours aussi sympathiques et agréables, les passeports sont tamponnés et les papiers sont vite expédiés. Nous récupérons au passage presque 20% du montant de nos achats qui seront crédités sur notre carte bancaire.

Il reste à nettoyer l'annexe sur la plage, ce que nous faisons rapidement et retour à bord… En arrivant au niveau de Badinguet, Pascale se rend compte que nous avons oublié le petit sac à dos sur la plage. Tous nos papiers officiels s'y trouvent ainsi que de nombreux moyens de paiement, c'est la catastrophe !!!

Retour à fond en dinghy et il faut presque 10 minutes pour aller à terre… inutile de s'étendre sur l'angoisse que nous ressentons durant le trajet… Il est là, sur le sable, à 1 mètre des vagues de la marée montante… Là, on peut souffler un grand coup, quelle journée !

"Yovo", "Ultreïa" et "Bepci" passent au large du mouillage, ils partent aujourd'hui pour l'Indonésie.

Nous discutons un bon moment avec eux par VHF, demain, ce sera notre tour..

Le départ est prévu à l'aube pour deux raisons. La première est que nous préférons partir le matin que le soir et la deuxième est qu'un coup de vent est prévu a partir du 23/06, nous n'aurons que 24h sans vent.

Voilà, nous quittons l'Australie avec regrets et émotions. Nous avons adoré ce pays immense et ses habitants. Demain est un autre jour, l'Asie est là, toute proche, on arrive…

 

 

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