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PANAMA

 

17/02/10

Au programme, courses et nettoyage du pont de Badinguet ! Papy Jean et Françoise sont partis marcher un peu pendant que je frotte avec un mélange explosif le pont de notre voilier… De la lessive, du chlore et un peu d’acide, voilà de quoi se faire une belle inhalation !

Je mets le site à jour en groupant les 11 pages de voyage sous la bannière « Océan atlantique » et crée une nouvelle rubrique « Pacifique » que nous avons hâte de remplir.

Je retrouve Peter, l’Allemand de « Endless » que nous connaissons des San Blas et je récupère un guide nautique très récent sur l’Equateur, impec ! C’est incroyable comme les choses peuvent s’emboiter les unes dans les autres lorsqu’on est en harmonie avec son « mouvement »…

Je visite aussi « Beaujolais » avec lequel j’échange les photos du canal. De retour à bord, je découvre qu’ils nous ont photographiés alors que nous frôlions un énorme cargo à Colón et le résultat est spectaculaire.

Nous dinons de viande dans un bon restaurant de Panama puis retour au club nautique en taxi roulant et enfin à bord de Badinguet en taxi flottant.

 

LES ILES PERLAS - PANAMA

 

 

18/02/10

42 milles de navigation et nous voilà aux iles Perlas. Rien à voir avec les San Blas, beaucoup de rochers et des arbres qui perdent leurs feuilles bien qu’il fasse 35° !!

Nous avons nos premiers poissons du pacifique, une dorade coryphène, un beau thazar tacheté et une grosse carangue de 8 kilos que je mets 20 minutes à remonter… Je pensais avoir pris un espadon ou un seau de 50 litres mais pas une carangue sous amphétamine, nous n’étions pas trop de deux avec papy Jean à tirer sur la canne pour ramener ce poisson !!!

A peine mouillé sous le vent de l’ile Contadora, je découpe les filets entouré de frégates voraces. L’annexe est au bouillon et Papy jean et Françoise partent à la plage se baigner. L’eau est nettement plus froide que de l’autre côté, à peu près 5 degrés de moins. Le plus difficile à gérer, ce sont les marées et les courants qui les accompagnent, nous n’y sommes plus du tout habitués… D’ailleurs, « B&B » qui est mouillé un peu plus loin, fait la même chose que nous, nous regardons notre sondeur toutes les heures pour avoir une idée du marnage et des horaires de marées !

Marc et Valérie viennent boire l’apéritif à bord pendant que Françoise et papy Jean font des connaissances et boivent l’apéro sur autre bateau ! Le mouillage est très moyen mais les connexions WIFI sont très appréciées. Le site internet est à jour et nous commençons seulement à rattraper le retard de courrier accumulé aux iles San Blas.

Je pars en annexe faire un tour de chasse sous-marine avec Marc et Valérie et là, surprise ! Je suis entouré de poissons que je ne connais absolument pas, des perroquets à bosse énormes, des anges multicolores et surtout des poissons-limes en veux-tu en voilà ! Je finis par flécher le seul poisson que je connaisse, un gros baliste noir à bandes bleues.

En fin d’après-midi, la connexion est vraiment excellente et je réussis à joindre Maël au téléphone par Skype, il est en vacances à Cordon et il m’apprend que ses notes sont bonnes et en nette hausse pour le deuxième trimestre !! Trop, trop, trop content, je suis comblé, merci mon grand !

Nous dégustons la dorade et le thazar en carpaccio et c’est au tour de la pompe électrique des WC avant de faire la grève ! On verra ça demain, en attendant, le bon vieux seau est ressorti pour la nuit…

 

19/02/10

Nous passons toute la matinée, avec Papy Jean, à démonter la pompe des chiottes et tenter une réparation de fortune car l’ailette qui broie les matières est partie en voyage (certainement dans la cuve à eaux noires très peu accessible). Filetage, découpe d’une ailette en aluminium et changement des vieux joints avec du matériel de fortune et la pompe fonctionne à peu près !  3 heures de boulot, il est presque midi et Françoise décide d’aller nager. Papy Jean la ramène de la plage en dinghy juste à temps pour déjeuner puis nous levons l’ancre pour changer de coin.

Le passage entre l’ile Chapera et Mogo Mogo (lieu de tournage de « The Survivors » (équivalent Américain du « Ko-Lanta » français)» est parcouru par un furieux courant. Nous tentons de mouiller dans l’étroit chenal mais c’est comme si nous avions perdu notre ancre tellement nous dérapons rapidement. Inutile d’insister, je décide de traverser le passage d’Est en Ouest et lorsque le sondeur indique moins d’un mètre sous la quille, nous serrons un peu les fesses mais ça passe… En y réfléchissant, c’est plutôt l’inverse, on desserre les fesses pour que ça passe ! Quoi qu’il en soit, c’est passé et donnez-nous des cartes !

De l’autre côté, la mer est beaucoup plus calme et nous mouillons à nouveau dans une petite crique devant une grande plage déserte. L’expérience de tout à l’heure m’a un peu échaudé et j’enfile une combinaison pour plonger et vérifier l’ancrage. L’ancre est couchée sur le côté sur une immense dalle, impossible de mouiller ici, ça ne tiendra pas en cas de coup de vent...

Nous quittons à contre cœur la petite anse et nous retournons vers le Nord, je tente une dernière approche sur une autre ile en pointant et reportant sans arrêt les waypoints d’un guide nautique sur le logiciel Maxsea. Il y a des hauts-fonds partout et nous contournons très largement tous les endroits à risque. Je n’ai aucune carte précise du coin et avec ces marées, tout se complique !

Nous sommes le long de l’ile Saboga, il y a 8 mètres d’eau, nous  mouillons puis je me mets à l’eau à nouveau pour vérifier la tenue. Nous sommes sur du sable mais l’ancre a accroché un vieux filet de pêche, j’ai la poisse ou quoi ? Je plonge trois fois en dérangeant au passage une belle raie léopard puis je plante à la main notre ancre, on ne bougera plus, c’est du solide !

En fin d’après-midi, tout le monde va à la plage et Pascale ramasse un paquet de coquillages dont nos premières porcelaines du pacifique. Le site est magnifique, très dépaysant, un curieux mélange de pays scandinaves et de pays tropicaux…

En fin d’après- midi, Pascale s’est endormie, papy jean fait ses mots fléchés, Françoise lit et j’écris ces lignes dans le carré en attendant un des nos derniers ti' punch, on n’a presque plus de citrons verts ! 

 

21/02/10

Il est tôt lorsque j’enfile à nouveau la nouvelle combinaison que Pascale m’a ramenée de France, j’ai repéré un endroit peu exposé au courant et je quitte Badinguet en annexe… J’envoie le grappin par 5 mètres de fond et plonge dans l’eau trouble et fraiche avec un peu d’appréhension. Un grand baliste bleu reçoit une première flèche puis je découvre une grotte dans 1m50 d’eau pleine de pagres de belle taille (vivaneau-chiens) et 2 beaux spécimens accompagnés de dorades terminent dans le fond du dinghy. On ne voit pas grand-chose et les fonds sont tristounets mais la faune est incroyablement riche avec des centaines de poissons qui tournoient tout autour de moi sans mesurer le danger potentiel que je représente, eh, eh, eh ! 

Vers 10h30, tout le monde est sur la plage pour une baignade rafraichissante et un petit tour en annexe autour des nombreux rochers qui entourent les iles des Perlas du Nord.

Nous mangeons le plus gros pagre puis en fin d’après-midi, une nouvelle baignade pour papy Jean et Françoise, je repars chasser, ça m’a trop plu tout à l’heure. Je ramène un pagre de 65 cm au bout de 10 minutes, je ne pense pas devenir un bon chasseur mais les poissons ne sont pas habitués à être chassés et ils s’approchent sans crainte, un vrai tir de fête foraine !

Nous déplaçons Badinguet pour revenir au mouillage d’hier au Sud de Contadora pour avoir internet dans la soirée puis une bonne nuit de repos.

 

RETOUR A PANAMA

22/02/10

Le départ est donné à 8h, sans vent, direction Panama. 36 milles sur une eau sans ride à déranger des centaines de raies brunes très visibles sous la surface.

5 heures plus tard, nous mouillons aux côtés de « Fidji » derrière la marina Flamenco. Patrick m’explique comment aller à terre et surtout combien payer pour aller à terre, Gulp !! 5$ par jour pour prendre son annexe sur une eau sale, pleine de déchets flottants, vive Panama City !

Nous achetons une connexion WIFI bancale sur internet et je découvre que la dernière page du site de « Etoile de lune » utilise un certain nombre de photos que j’ai prises à Carthagène pendant les défilés des Reines… Je suis vert !!! Il ne me faut pas longtemps pour trouver leur adresse mail ! Il y a des choses qui ne se font pas, utiliser les photos des autres pour mettre en valeur un site perso, je suis surpris qu’ils ne vérifient pas leur source ! Il y a peu de voyageurs dignes de ce nom et vraiment, peu en sont dignes ! Je suis absolument furieux !

Nous attendons Patrick de « Fidji » pour diner. Le vent s’est levé et un clapot désagréable secoue le mouillage. A la sortie du c     anal, les voiliers s’entassent un peu les uns sur les autres sur les 2 mouillages autorisés, Playita et son homologue au Nord-est dont j’ai oublié le nom… Il faut dire qu’il n’est pas inoubliable du tout !!!

Dernière soirée avec papy Jean et Françoise, un bon repas de viande de bœuf, un long retour les attend demain…

A la connexion du soir, nous recevons un mail de « Etoile de lune », tout va bien, ils s’excusent et retirent les photos de leur site, cool !

Nous nous couchons tôt et tous les réveils de Badinguet sont au garde à vous…

 

23/02/10

6h… Dur, dur !!! Tout le monde est vite opérationnel, je pense que c’est la première fois que nos deux marmottes sont debout si tôt !!  Le taxi que nous avons réservé est à l’heure, les au-revoir sont rapides, endormis, frustrants… Papy jean, Françoise, retournent dans la plus belle région du monde… C’était une belle aventure et nous espérons qu’avec le recul et le repos, ils apprécieront encore plus ces moments exceptionnels.

Nous recevons un appel de Christian et Monique de « Zino », ils sont juste à côté de notre mouillage et ont aperçu Badinguet. Une heure plus tard, nous prenons un taxi commun pour aller au musé du canal à l’écluse Miraflorès.

Nous regardons passer les énormes cargos en récupérant l’onéreuse addition du restaurant situé au deuxième étage du bâtiment touristique. La suite de l’après-midi est moins sympathique avec des achats de toutes sortes, j’arrive même à trouver des filtres à huile équivalent aux Kubota du Groupe ONAN pour 6 dollars pièce !!! Du coup, j’en achète 20 !!! A ce prix là, je ferai les vidanges par plaisir.  Nous achetons un téléphone quadri-bande et un sac à dos pour l’Equateur puis nous récupérons nos bouteilles de gaz remplies. Yariel arrive comme convenu vers 16h pour nous remettre notre clearance de sortie, nous sommes prêt pour le départ...  Nous dinons une dernière fois avec Patrick puis ce sont, à nouveau, des au-revoir car nous partons à l’aube.

 

 

LES ILES PERLAS - PANAMA

 

 

24/02/10

L’aube est déjà loin lorsque nous remontons 40 mètres de chaine engluée de vase collante et poisseuse… Badinguet est couvert d’une poussière noire, épaisse, vivement le large…

Nous arrivons à 15h aux Perlas, des dizaines de dauphins sautent tout autour du bateau et, comme on aime bien recevoir, le congélateur reçoit la visite d’une dorade coryphène et d’un thon !!

De nombreux voiliers sont au mouillage Nord de Contadora et nous nous glissons dans le troupeau, nous changerons de place demain car le vent devrait revenir au Nord-est, inch Allah !

Je mets rapidement l’annexe à l’eau car j’ai besoin d’internet au plus vite. Nous avons commandé chez Amel une pompe de WC (360€) et il faut que j’entre rapidement en contact avec Puerto amistad en Equateur. J’ai déjà envoyé 3 mails avec les copies des documents du voilier, des passeports, etc. et je ne sais toujours pas si il y a une place pour nous dans le Rio Choné !

Je me balade donc avec le petit ordinateur allumé dans les ruelles de l’ile jusqu’à trouver une connexion valable… Ici, c’est bon, je m’assieds sur les marches d’une maison particulière, un cabinet médical, je crois et je pirate allégrement la connexion au bord du chemin. Je lance Skype et peux enfin confirmer notre arrivée auprès du club nautique équatorien.  J’en profite pour discuter avec Cath, ma tante qui nous rejoindra en Juillet aux Tuamotu et Arnaud qui a organisé avec Isa, la vente de Manitou 2, notre ancien voilier, ouf !

Je check mes mails et de nombreux messages encombrent nos messageries… « Phébus » nos grands amis de la transat avec « Marcisa » ne nous rejoindront pas, ils ont des soucis mécaniques et prolongent d’un an leur séjour dans la caraïbe, dommage !

Nous avons aussi des news de « B&B », Marc et Valérie sont partis devant nous pour l’Equateur et leur message n’est pas très encourageant… Beaucoup de courant contraire, vents changeants, souvent dans le nez et des nébulosités impressionnantes, on va en chier !!!

Je referme le capot du PC portable, il commence à y avoir un peu trop de monde autour de moi… Tel le pirate de base, je garde le profil bas et disparait rapidement pour retrouver Badinguet et Pascale qui profite de mon absence pour…. ne rien faire du tout et se reposer !

 

25/02/10

Le vent est faible et capricieux et les voiliers qui s’accumulent au Nord de l’ile de Contadora sont dans tous les sens. Pascale fait 2 machines de linge puis nous contournons l’ile, là où il y a un signal WIFI puissant, juste pour récupérer nos mails et une météo fiable…

Nous mouillons seulement 15 minutes puis c’est le départ vers l’ile de Rey et le mouillage derrière la petite ile de Santo Espiritu. Vue du large, on ne devine absolument pas l’espace derrière cette langue de terre et de roches. Des nuées d’oiseaux tournoient au dessus pendant que des centaines de thons chassent en dessous et nous sommes au beau milieu de la mêlée. Quel spectacle… Nous restons des heures à observer la nature et le comportement des animaux qui nous entourent, je réussis même à prendre en photo un thon qui chasse !

Nous mouillons avec trois autres voiliers, bien à l’abri puis nous partons à l’aventure en annexe. Photos de pélicans, recherche de coquillages et un bon bain dans une eau très agréable, beaucoup plus chaude que dans les iles du Nord.

Nous dinons à la nuit tombée, quelques bruits d’oiseaux, pas un souffle, pas une ride et un méga bon repas de dorade et de thon crus.

 

26/02/10

Quel émerveillement en passant la tête par la porte du cockpit, nous sommes entourés d’iles désertes et sauvages. Je passe la matinée à démonter la pompe de chiottes arrière qui devait être jalouse de sa cousine de l’avant… Nous voilà avec deux problèmes de WC en même temps. Tout comme son homologue, les joints arrivent en bout de vie et nous n’en avons pas de rechange ! Je bricole un bon moment et avec les pièces détachées des deux pompes, j’en fais une qui ne fuit plus !!!

Concernant l’autre pompe, Isabelle de « Fidji » doit récupérer notre matériel chez Amel-La Rochelle et comme nous devons nous retrouver aux Galápagos début avril, nous aurons deux chiottes en état de marche pour traverser le pacifique.

Nous quittons notre mouillage de rêve au moteur pour jeter l’ancre 1h30 plus tard au Sud de isla Cańas. L’abri n’en a que le nom tellement la grande anse est ouverte mais il n’y a pas un souffle de vent et la météo n’en prévoit pas…

Là aussi, nous prenons l’annexe pour une escapade aventureuse…Nous sommes abasourdis par cette beauté crue, par cette nature intacte, originelle et préservée… Impossible de traduire ces impressions par l’intermédiaire d’un appareil photo… Nous ramassons de nombreux coquillages sous la mangrove d’une belle plage déserte puis nous nous baignons dans une eau calme et tiède… Il suffit de faire quelques brasses pour être entourés de perroquets à bosse ou de dorades grises pendant que des centaines de pélicans dérivent en groupes compact sur une eau à peine ridée.  Je n’ai jamais vu une eau aussi poissonneuse. Le seul bémol est la clarté, on n’y voit pas à plus de quatre mètres… sinon, c’est bien simple, ce serait le paradis !

Nous poursuivons notre périple par un petit village de pêcheurs où nous ne débarquerons pas car tout le monde semble dormir en ces heures étouffantes du début d’après-midi.

Nous retournons à bord, il fait très chaud et je nettoie un peu la flottaison de Badinguet pendant que pascale range et plie le linge qui sèche en quelques heures. Nous lisons une bonne heure et un bon repas nous attend avant d’attaquer une de nos dernières nuits au Panama. Un départ le 1er mars semble se confirmer de météo en météo ! Nous n’aurons quasiment pas de vent mais surtout pas de vent contraire de plus de 10 nœuds et on ne va pas faire les difficiles dans cette zone de convergence intertropicale (connue aussi sous le non de pot au noir).  

 

27/02/10

Pascale est debout depuis un moment et j’entends dans un demi sommeil une voix grave qui parle un anglais rapide, il se passe assurément quelque chose. Je commence à me lever lorsque pascale m’appelle, à l’extérieur, je découvre un homme de la soixantaine, la mine grave.

-          Jonathan (en anglais): il y a eu un tremblement de terre à 6h ce matin au Chili d’une intensité de 8,8 sur l’échelle de Richter.

-          Nous : 8,8 ?!?!? C’est énorme

-          Jonathan : La vague est attendue aux environ de 10h au panama, ici ! Je fais parti du rallye Blue water et notre routeur nous demande de partir au large tant que l’alerte « Tsunami » sera d’actualité….

-          Nous (en regardant nos montres) : Ok, il est 8h, nous avons deux heures pour filer au large, merci pour l’info…

-          Jonathan : nous ne savons rien de plus, si l’épicentre est dans les terres, sur la côte ou au large…

-          Nous : De toute façon, on devait partir pour l’équateur après-demain, nous filons au large maintenant.

En 10 minutes, Badinguet est en route en direction des plus hauts-fonds du coin… ce n’est pas du tout notre route mais la sécurité veut que nous nous placions au dessus des plus grandes profondeurs. Nous retournons, dégonflons et attachons fermement l’annexe sur le pont et rangeons tout ce que nous pouvons à l’intérieur du voilier. La VHF est branchée sur le 72 (canal des amerloques) et sur le 16. L’agitation et la tension sont impressionnantes sur les ondes et j’ai beau tenter de joindre quelques voiliers français sur nos canaux habituels (68 ou 69), personne ne me répond. Décidément l’organisation américaine reste loin devant celle des européens. Nous avons de la chance que cette Américain se soit déplacé jusqu’à nous pour nous informer…

Nous contournons le Sud de l’archipel des Perlas en maintenant le voilier sur de bonnes profondeurs puis nous alignons le cap de l’Equateur avec 2 jours d’avance sur ce que nous avions prévu… Il n’y a pas de vent, pas de vague, petite ou grosse et nous n'avons pas d'autres infos que celle du gringo qui est venu foutre le bordel dans notre planning. Infos, Intox, on commence à se poser des questions…

J’envoie 4 ou 5 messages aux amis et à la famille par iridium pour rassurer d’abord et tenter d’en savoir plus… Je reçois une info de cath comme quoi, il y aurait eu un séisme au japon !!! Seb et astrid me disent de mettre le moteur à fond et de me tirer de là en plaisantant, Mon Maël s’inquiète et enfin, nous recevons une réponse digne de ce nom de Arnaud, toujours aussi efficace, voici son message :

-     Le séisme de magnitude 8,8 a fait déferler une vague de 2,30 mètres sur une dizaine de villes côtières. Le séisme était sur la région de Valparaiso. L'alerte tsunami a été déclenchée dans tous les pays riverains du Pacifique.. Quelques minutes après la première secousse, à 3h30 du matin, la vague de tsunami s'est abattue sur la ville côtière de Talcahuano dans le centre du Chili. Onze villes ont été frappées par cette vague. L’épicentre est situé 90 km en mer au large de Conception située 500 km au sud de Santiago. La secousse a été ressentie jusqu'en Argentine et dans le Pacifique des vagues gigantesques ont submergé l'ile de Robinson Crusoë et on a évacué une partie de l'ile de Pâques par précaution. Alerte en Polynésie Française. 122 morts.

Pour nous, c’est le soulagement, la courbure du continent Sud-américain nous évite une vague de front et les répliques s’épuiseront pendant les 5 jours de mer qui nous attendent… On est rassurés !

Toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les pétrels tempête tournoient autour de Badinguet et se rapprochent un peu plus chaque fois. Par moment, leur témérité nous effraie car ces petits oiseaux nous frôlent de très très près ! Je prends des dizaines de photos de leur vol saccadé et il devient difficile de se concentrer sur nos romans tellement leurs cris et leurs trajectoires sont dérangeants… Par moment, ils s’éloignent loin devant Badinguet et nous pensons qu’ils se sont partis mais les diablotins se reposent sur l’eau en attendant notre arrivée, bien dans l’axe. Dés notre passage, ils décollent et recommencent leur manège. A la nuit tombée, pascale nous sort un filet mignon sauce moutarde-crème fraiche et je commence à comprendre le comportement des pétrels tempête… Une fantastique odeur de cuisson émane de Badinguet depuis 1 bonne heure, peut être que les oiseaux ont envie de filet mignon !… 

Je préfère imaginer ça que les vieilles histoires de marins qui les décrivent comme des oiseaux de mauvais augure, annonciateurs de tempête…

Il est 20h, pascale dort à l’arrière, il y a 6 nœuds de vent largue et je baisse un peu le régime moteur à 1400 tr/min pour nous caller à 6 nœuds. Nous n’avons pas assez de vent pour nous propulser mais la combinaison moteur-voiles sous cette amure est très efficace et assez économique, n’en déplaise aux puristes !

 

 

28/02/10

Comme d’habitude, la première nuit de quart est souvent la plus dure mais comme les conditions météo sont exceptionnellement paisibles, nous sommes assez reposés ce matin… la mer est plate, calme, désespéramment calme et le peu de vent qui nous aidait dans notre progression motorisée a disparu. Les deux grands-voiles nous font de l’ombre et les sous-vêtements de Pascale sèchent sur l’écoute d’artimon…

Nous avons reçu un mail de Marc et Valérie de « B&B », ils sont arrivés à Puerto amistad hier et nous recommandent de mettre les lignes à l’eau car le pilote, le personnel qui nous aident pour l’amarrage et le fonctionnaire des affaires sanitaires sont demandeurs de poissons et de denrées fraiches…

Il est maintenant midi, pascale nous fait une bonne mayonnaise, recette de papy jean, et pas un poisson ne s’est encore fait leurré !

Badinguet avance entre 5.5 et 6 nœuds en se rapprochant du parallèle « 0° », l’Equateur…

Dans l’après-midi, le vent du Nord se lève enfin et Badinguet sort sa botte secrète, les deux tangons avec génois et genaker en ciseaux… D’abord c’est beau et en plus mais surtout, avec 5 nœuds de vent apparent, nous avançons à 5 nœuds…

 

01/03/10

Toute la journée Badinguet avance entre 5 et 7 nœuds. Il est 18h lorsque la mer se creuse curieusement, c’est comme si nous traversions une « barre ». On dirait que deux courants se rencontrent et le résultat donne une mer qui ressemble à ce qui se passe dans une bouilloire sur le feu !!! Nous n’avançons plus du tout, le vent semble hésiter à prendre une direction et les vagues ne nous permettent plus de progresser vers le Sud. Je pousse le moteur à 3000 tours/min et nous avançons à 2 nœuds, je m’arrache le peu de cheveux qu’il me reste et Pascale est vite barbouillée, on le serait à moins !

Le vent prend ensuite une direction Sud bien établie à 25 nœuds et tout se complique très vite, là on recule !!!

Je décide de tirer un bord à la côte pendant la nuit, les conditions ne nous permettent plus de prendre une route directe, dommage car nous allons mettre 24h de plus que prévu…

Et en effet, toute la nuit, Badinguet file à la côte avec 40° de perdu sur le cap initial. Je décide  de laisser pascale dormir et surveille notre voilier un grande partie de la nuit. Le bateau tape dans la lame, enfourne et rebondit entrainant des centaines de litres d’eau qui courent sur le pont. Le plus dur à supporter, ce sont les chocs lorsque Badinguet décolle puis s’écrase dans les creux de ces vagues cassantes et hachées … Pascale crie, je peste et ralentit encore le voilier en renonçant définitivement à arriver le 3 mars en Equateur.

 

02/03/10

Au petit matin, je suis épuisé et réveille Pascale pour fermer enfin un peu les yeux. Nous sommes en vue de la Colombie et il va falloir virer de bord pour s’écarter des hauts-fonds qui bordent la côte. Pascale est déçue et ronchonne lorsque je lui confirme qu’il faudra 24h de plus pour arriver en Equateur. Badinguet plonge dans chaque vague et nous n’avançons qu’à 4 nœuds, je fulmine !

Vers 10h, la force du vent diminue et j’entrevois la possibilité de prendre une direction quasi-directe au moteur et notre voilier aligne enfin un cap digne de ce nom à la vitesse de 3 nœuds, quelle galère !!! Je reste de longues minutes à la table à cartes à chercher l’option qui nous permettrait de récupérer le temps perdu… Je découvre sur Maxsea que nous sommes au large du cap « Galera », tu m’étonnes, quelle galera !!! !!!

Vagues et courants se sont liés pour nous contrarier mais ça vaut mieux que de tirer des bords qui nous écartent  endormement de notre direction finale !

Plus le temps passe et plus le vent faiblit. A midi, Badinguet avance à 6 nœuds sur une mer calme avec les grands-voiles bordées à plat. Je calcule dans tous les sens notre route et il reste une petite chance pour que nous arrivions demain, ce serait trop cool !!! J’en fait part à Pascale et l’objectif est désormais hyper clair : « arriver demain » !

Les conditions ne changent pas la soirée et une bonne partie de la nuit, , on peut y arriver !

 

EQUATEUR 

 

03/03/10

Lentement mais surement, le vent est revenu vraiment face à nous et la vitesse de Badinguet s’en est ressentie mais tant que les conditions ne se durcissent pas, je préfère conserver le moteur et progresser vers le Sud. Pascale a fait tous ses quarts et j’ai pu dormir un peu.

Je suis excité comme une puce à 5h30 car nous approchons de l’Equateur, il est tout proche et Pascale me demande de la réveiller juste avant de le passer !!!

A « Equateur » moins 2 minutes, je la réveille et nous attendons tous les deux le passage du fameux parallèle. Je mets la perruque de blondasse puis souffle trois fois dans le coquillage Kuna pour célébrer le passage de cette ligne fictive. Je ne me sens pas d’humeur à boire quelque chose à cette heure matinale mais l’idée m’a quand même traversée l’esprit.

Ca y est, nous sommes dans l’hémisphère Sud  et pour un moment !!

Pascale retourne se coucher et je surveille jusqu’à 8h30, les instruments car le vent s’oriente, une fois de plus bien face à nous. Je suis stressé à l’idée d’échouer si près du but car le voilier ralentit de plus en plus !

Des dauphins nous accompagnent un bon moment et la chance nous sourit enfin, la force du vent diminue, c’est gagné ! Nous arrivons en vue de l’estuaire du fleuve Choné à 13h30.

J’appelle, comme convenu le yacht club sur le canal 69 mais personne ne nous répond et je reste presqu’une heure à m’égosiller dans le vide.. Ultime solution, déconnecter le téléphone satellite de son support et appeler le numéro de téléphone de la marina de Puerto Amistad. Une voix féminine me répond qu’à 13h, c’est grande marée basse, il faut que nous attendions 18h pour passer les hauts-fonds qui mènent à la zone de corps morts…

Je rêve, nous sommes en avance !!! On a tout fait pour arriver en milieu de journée et nous voilà obligés d’attendre 5 heures au « waiting point », que la mer monte !!!

Pascale et moi profitons  de ces heures pour faire une lessive (pour Pascale) et dormir un peu (pour moi)… ensuite, nous regonflons l’annexe, préparons les aussières et une petite barque motorisée se rapproche de nous vers 16h45.

Allisto monte à bord, c’est notre pilote et nous restons à discuter une bonne demi-heure le temps de se connaitre un peu et surtout que la marée monte encore un peu plus…

Il est 17h, Allisto nous annonce soudainement qu’il est prêt, je remonte l’ancre et nous suivons à la lettre ses conseils d’approche…

-          Un poquito màs a la derecha, a la escuierda…(un peu plus à droite, à gauche, etc.)

Nous contournons, la pointe de la presqu’ile en traversant une barre impressionnante pour engager le rio Choné avec un fort courant de 2 nœuds qui nous pousse vers la zone de corps morts de Puerto Amsitad.

Je tente de mouiller à trois endroits différents et je ne suis pas satisfait car le risque d’évitage est énorme au beau milieu des bateaux sur bouées. Nous n’aurons notre place que demain et nous devons mouiller pour la nuit. La troisième tentative est la bonne, je ne risque pas de rentrer dans qui que ce soit et nous sommes en bordure du pont en construction qui relie les deux rives du fleuve… A peine le moteur éteint qu’une barque s’approche et le fonctionnaire des affaires sanitaires saute à bord suivi de près par 4 acolytes qui discutent en plaisantant.

Je réponds au médecin chargé de notre évaluation médicale.. Nous n’avons pas le droit d’aller à terre tant que l’immigration et les douanes ne sont pas venues à bord demain matin, pas de problème ! Le médecin nous pose beaucoup de questions du genre « avez-vous le sida » ou  «  vous droguez-vous ? » puis après avoir étudié le contenu de notre réfrigérateur, il vérifie consciencieusement la date de nos vaccinations contre la fièvre jaune…

Les 4 sympathiques Equatoriens, d’abord intrigués par les queues de poissons séchées dans les haubans, sont interloqués lorsque je leur raconte les pêches que nous avons faites… Ils repartent une demi-heure plus tard en riant, répétant une bonne douzaine de fois, « bienvenue en Équateur » et « Badinguet » qui, en espagnol se prononce « Ba-diin-guette »

L’endroit est calme et la luminosité surprenante. De belles collines verdoyantes dominent les rives du fleuve Choné, parcouru par de nombreuses embarcations et barges bourrées de passagers qui passent d’une rive à l’autre en attendant la construction du pont. Une nuée de frégates surveillent le manège des bateaux et les flots opaques, prêtes à éviscérer une sardine qui pointerait son nez en surface…

Pascale nous prépare un délicieux diner composé de steak et patates sautées, je déguste un ti' punch en écrivant ces mots, on va pouvoir se reposer…

 

04/03/10

A 9h, nous recevons un appel VHF comme quoi la douane est au Yacht Club, nous devons nous y rendre sans tarder tous les deux. Nous abandonnons donc nos occupations pour sauter dans l’annexe et rejoindre, dans un courant descendant très puissant le ponton des annexes. Nous grimpons la passerelle, traversons le restaurant qui s’avance sur les eaux tumultueuses du Rio Choné et retrouvons « Trip », le gérant de Puerto Amsitad, accompagné du fonctionnaire Equatorien. Après une heure d’explications compliquées et, à notre avis, inutiles, nous déboursons 20$ pour l’immigration, 60$ pour le gars qui part en taxi faire tamponner nos passeports à Manta (la grande ville la plus proche). On ajoute 5$ pour le fonctionnaire des affaires sanitaires, 50 de plus pour la commission du gérant et encore 40 pour le capitaine du port et j’allais oublier les 30$ que nous a réclamé hier le pilote… Bon, je crois que tout le monde est servi ???

Pascale et moi poursuivons la matinée dans le bureau du port avec Trip qui nous explique avec moultes détails la complexité de l’administration Equatorienne… Nous l’écoutons très courtoisement sachant qu’on se fout royalement de ses précisions vu la commission qu’il a empochée et qui nous évite ces formalités.

Nous réservons dans la foulée 100 gallons de diesel pour lundi (le prix du litre de gasoil est de 20 centimes d’euro, record battu !!!), une bouée (10$/jour), et de l’eau douce potable (1.5$ les 20 litres), etc.

Nous quittons le gérant américain, marié à une jeune et jolie équatorienne et installé ici depuis des années. Son organisation est bien rodée et nous nous sentons entre de bonnes mains. Il y a un espace équipé de nombreuses prises électriques réservé à Internet, un grand bar-restaurant au dessus de l’eau et le tout est bien isolé par une barrière fermée et gardée en permanence.

Le reste de la ville ne présente qu’un intérêt très limité, avec un belvédère surmonté d’une croix et une jolie vue sur l’estuaire, un marché aux légumes et des taxis-vélo qui vous emmènent pour 50 cents où vous voulez dans la petite citée balnéaire qui n’en a que le nom…

Nous faisons également connaissance de trois bateaux étrangers sur lesquels naviguent des Français, ils sont là depuis des mois à prendre leur temps pour visiter le continent. Les seuls navires battants pavillon français sont « B&B » et « Badinguet ». La majorité des 20 voiliers présents sont américains, personne n’est parfait !

Nous devrions avoir une bouée demain matin car un catamaran Brésilien nommé « Ubatuba » s’en va demain, nous prendrons sa place…

 

05/03/10

Le catamaran n’a pas l’air de prendre le large et nous avons vite l’information comme quoi il ne partira que demain…

Nous passons 3 heures sur internet à rédiger nos mails, mettre le site à jour et réserver deux billets d’avion entre Quito et Lima pour visiter le site du Machu pichu au Pérou ! Nous partirons mercredi 10 mars pour Quito en car puis nous prendrons l’avion le 12 pour la capitale péruvienne.

 

05/03/10

Le catamaran brésilien ne semble pas décidé à partir.

Comme hier, nous restons des heures sur Internet puis nous quittons Badinguet pour faire une longue balade en ville à chercher vainement une possibilité de louer un véhicule et plus précisément une moto. Nous finissons par réserver deux billets de bus pour visiter demain Montecristi, l’endroit où sont fabriqués les chapeaux « Panama » les plus fins, les plus beaux et donc, les plus chers…

 

06/03/10

Décidemment, le catamaran est toujours sur « notre » bouée !!! Je vais aux nouvelles et j’apprends qu’après les questions d’immigration, de marée, voilà le vent qui pose problème pour remonter au Nord ! On reste pour le moment sur notre ancre, la bouée sera indispensable lorsque nous partirons en balade pour 15 jours et la date du départ approche…

Nous pénétrons dans le bus de la compagnie ‘Reina del camino » à 10h et vers 12h30, nous arrivons à Portoviejo, un immense terminal de bus, une gare routière comme il n’en existe qu’en Amérique centrale ou du Sud. Des centaines de cars multicolores couverts de boue sont garés, prêts au départ entourés par de nombreux de voyageurs qui serpentent en évitant les immenses flaques gonflées par les dernières averses.

Il pleut une bonne partie de la journée et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a toujours un bus prêt à partir quelle que soit votre destination, la notre est Montecristi… 1 heure plus tard, nous arrivons au terminal de Manta, chercher l’erreur ! Nous avons loupés notre objectif et sommes allés un peu trop loin… La priorité du moment est simple, remplir nos estomacs ! Nous trouvons une gargote qui, vue de l’extérieur, nous parait très « occidentale » et donc rassurante… Nous commandons le seul menu possible, soupe et plat du jour... Pascale n’a rien absorbé et je me suis forcé pour finir l’ignoble contenu de mon assiette à la limite de la nausée. Du riz, une patate à l’eau couverte de crème fraiche avec des grumeaux, un tranche de viande bouillie dans du jus d’ananas et la soupe contenait des carottes, du mais, du lait et du fromage et le reste était impossible à identifier, Beurk ! Le tout pour 2$ !

Nous reprenons un taxi qui, pour 5$, nous amène directement au magasin d’usine de la fabrique des Panamas. Nous y achetons deux chapeaux mythiques. Ils sont confectionnés par des familles puis mis en forme dans des ateliers de la ville. Les Panamas de Montecristi sont fabriquées avec la paille locale, la célèbre Toquilla, connue comme la plus fine de l’équateur, et son réputés pour leur légèreté, leur souplesse… Bref, pour leur grande qualité d’où leur prix, beaucoup plus élevé que les Panamas de Cuenca. Autre particularité, ils sont blanchis au souffre et terminés à la main par les artisans à la différence de ceux de Cuenca, terminés à la presse. Pascale essaye un « Panama » à 600 $, 5 mois de travail à la main pour devenir le plus fin du pays. Elle prend grand soin de son ouvrage en récupérant rapidement le précieux chapeau que Pascale vient de quitter.

Nous ressortons du magasin avec deux superbes chapeaux blancs !

Nous n’attendons que quelques minutes pour reprendre un bus en direction de Portoviejo, mais il n’y a pas de place assise. 45 minutes accrochés aux mains courantes du plafond !

Au terminal, il faut dénicher le car qui part en direction de Puerto Amistad…. Mais personne ne connait ce nom, alors nous essayons « Choné » ! Ca doit être le même endroit car nous sommes ancrés sur le fleuve du même nom…

Nous ne sommes pas surpris de payer moins cher qu’à l’aller (3$) et je replonge dans un roman de Yasmina Khadra pendant que le bus file sous une pluie battante dans une direction que nous espérons être la bonne. 3 heures plus tard, nous nous retrouvons à Choné, un terminal paumé dans les plaines côtières… Force est de constater que nous ne sommes pas au bon endroit mais comme il y a toujours un bus prêt à partir, nous prenons celui qui est juste à côté du notre et qui part pour Abahia, nous verrons bien !!!

Le bus fonce sur une route sinueuse et défoncée, nous n’avons ni plan ni carte mais nous sommes certains de n’être jamais passés par là à l’aller ! Nous sommes toujours sous la pluie mais la nuit qui tombe brutalement fait monter notre inquiétude d’un cran ! Pascale soupire à chaque ralentissement, il faut dire qu’il est 19h30 et que cela fait 4h que nous circulons à l’aveuglette… Très fataliste, je replonge dans mon bouquin. On est au chaud, au sec et on ne va pas descendre du bus au milieu de nulle part !

Il est 20h, nous sommes dans le dinghy, direction Badinguet, je ne sais pas par où nous sommes passés mais nous sommes heureux de retrouver notre logis et sa fée nous prépare un bon repas avant un petit film et une bonne nuit.

 

07/03/10

Le catamaran est toujours à sa place, il va falloir trouver une solution…  On entend au loin les fideles chanter dans la grande église bleue et blanche du village. Je demande au bureau de la marina si nous pouvons changer et prendre une autre bouée car, à ce rythme là, nous serons encore au mouillage la veille de notre départ.

Badinguet traverse de grandes nappes de carburant qui irisent l’eau du fleuve et nous prenons un corps-mort non loin du rivage, ce qui nous ennuie un peu car nous sommer très visibles du front de mer. La pollution est importante et ça empeste le gasoil, des vedettes de l’armée surgissent de nulle part et répandent une poudre magique dans l’eau saumâtre du Rio Choné.

Des milliers de papillons bruns se bousculent dans les airs, les frégates et les pélicans pêchent et deux imbéciles d’hirondelles cherchent à faire leur nid dans le trou de la bôme d’artimon…

Je passe la matinée dans la soute à vidanger le moteur Yanmar en mettant de l’huile partout puis je  rince et change les filtres du déssalinisateur pour l’hiverner le temps de notre absence.

Maël me téléphone encore une  fois, c’est si bon de l’entendre. Il est à Angers avec Antoine et a passé la journée en peignoir à bricoler… Il a fabriqué dans une vieille commode, une cage pour son rat !!!

 

09/03/10

Le catamaran brésilien quitte enfin sa bouée ce matin, en voilà un qui a pris son temps… Ca fait une semaine qu’il doit partir demain !!!

Hier, nous avons fait le plein de gasoil et à ce prix là, on en a stocké un maximum dans les bidons !

Nous passons la matinée à préparer le sac à dos et à mettre dans des plastiques les restes du congélateur et du frigo que nous laisserons au yacht club contre un ou deux billets. Nous surfons 2 heures sur internet puis, au moment de retourner sur Badinguet pour changer de bouée, nous apprenons que « Ubatuba », le catamaran Brésilien revient en catastrophe, le skipper s’est fracturé la cheville !!!! Je suis sûr qu’il la fait exprès, il ne veut pas qu’on prenne sa bouée !

Du coup, les gars du port décident de nous installer sur un autre corps-mort qu’ils vont renforcer auparavant avec des amarres neuves, Pani pwoblem !

Badinguet est amarré à l’avant et à l’arrière dans le lit du courant fluvial, tout va bien et nous pouvons partir sereinement pour notre périple terrestre.

 

10/03/10

Les batteries sont chargées et coupées, les vivres congelées sont dans le congèlo de la marina et je finis de préparer le magnifique sac à dos que nous étrennons. Il est 7h30, Sébastien du bateau « la Catherine » vient gentiment nous déposer à terre, au revoir Badinguet, sois sage !

L’arrêt de bus est à 1km de la marina et nous prenons un touc-touc (taxi-vélo) pour reposer nos gambettes et fatiguer celles de notre chauffeur moyennant la modique somme de 50 cents de dollar.

Ca y est le bus est parti ! La clim et la musique sont à fond. Nous subissons la radio en grelotant de froid, mais pourquoi ai-je laissé mes fringues chaudes dans le sac à dos ?

10 heures de car et une incroyable montée vers les hauts plateaux andins dans une ambiance hivernales, brume, pluie et cette climatisation infernale ! Le chauffeur, comme souvent, conduit comme un taré et les précipices qui bordent la route montagneuse se perdent dans un épais brouillard… les palmiers ont disparus et des forêts de conifères couvrent les sommets qui émergent des nuages. Le bateau est nettement moins dangereux, je replonge dans mon roman pour oublier cette route qui passe de 0 à 2850 m d’altitude…

Pascale lit aussi et nous ne levons les yeux de nos bouquins que pour essuyer la buée et les gouttelettes qui ruissellent sur les vitres de notre frigidaire sur roues !

Quito, nous voilà, il est 17h, nous prenons un taxi et filons à l’hôtel « Auberge Inn » où nous avons réservé une chambre double pour 19$ la noche !

La civilisation nous agresse une fois de plus avec ses embouteillages, ses coups de klaxon, et même ses cortèges de manifestants qui marchent sur les trottoirs de la capitale équatorienne. La ville est tentaculaire, coincée toute en longueur entre deux chaines volcaniques spectaculaires. Mais ce qui l’est plus encore, ce sont ces milliers de petites habitations colorées, imbriquées les unes dans les autres et accrochées aux flancs des montagnes voisines.

 

11/03/10

Pascale a mal dormi, les maux de tête sont omniprésents et deux belles valises de cernes ornent ses yeux. Un doliprane et un solide petit déjeuner dans le ventre et nous voilà partis à la découverte du Quito coloniale… Cathédrale, couvents, statues, miradors, églises, musés et magasins avec une pause Mac Donald à midi ! Une nette préférence pour le couvent San Francisco et le Mac Do !

Dans l’après midi, nous empruntons le téléphérique qui monte au sommet du volcan Pichincha à 4100m d’altitude. Nous marchons jusqu’au sommet du Rucu Pinchincha à 4300m. Les difficultés respiratoires sont impressionnantes, nous payons au prix fort chaque petit pas et un vent glacial nous fouette le peu de peau qui dépasse de nos capuches. La vue est grandiose mais le soleil n’est pas au rendez-vous et nous redescendons pour soulager un peu nos poumons et la migraine persistante de Pascale.

A vivre à l’année au niveau de la mer, nous ne sommes pas du tout acclimatés à l’altitude et encore moins préparés à un changement aussi brutal. Maux de tête, difficultés respiratoires, fatigue sont les premiers symptômes du M.A.M. (mal aigu des montagnes) que j’ai bien connu pendant mes expéditions himalayennes. Nous sommes donc assez exposés à un risque d’œdème, la prudence et la vigilance s’imposent...

De retour à l’hôtel, nous découvrons que le Machu Pichu est fermé jusqu’au 1er avril 2010… l’accès est toujours interdit suite aux terribles inondations et glissements de terrain de janvier dernier. Ce site était notre principal objectif et nous avons acheté des billets d’avion pour rien !!! Il faut qu’on essaie de se les faire rembourser… Nous passons l’après-midi à tenter de convaincre les employés de la compagnie aérienne LAN mais en vain…

Nous préparons un sac que nous laisserons à l’hôtel durant notre aller-retour au Pérou, inutile de se trimballer les souvenirs alors que nous reviendrons à Quito dans 9 jours… Nous réservons une pension à Lima et partons manger un morceau dans un restaurant Mongol très sympa !

Il y a quand même un sérieux problème d’obésité en Equateur, les femmes et les enfants que nous croisons sont très souvent gros, voire obèses, on est loin de l’élection de Miss Colombie !

Il y a beaucoup de mendiants et de petits métiers, cireurs de chaussures, saltimbanques, vendeurs de billets de loterie, de petit artisanat, etc. Le plus souvent, ce sont des femmes habillées de costumes traditionnels sales et usés, coiffées d’un chapeau melon qui arpentent les ruelles du centre colonial de Quito en compagnie de leurs enfants. Ceux-ci sont très souvent enrhumés et la morve qui dégouline de leur nez laisse une marque blanche sur la crasse de leur visage. Lorsque les rejetons sont en groupe, il faut s’en méfier car les vols sont très fréquents en Amérique du Sud.

Pascale achète du café équatorien dans une petite boutique et la vendeuse moud et mélange plusieurs variétés de café sous nos yeux, voilà un souvenir odorant !

 

PEROU

 

 

12/03/10

Nous passons la journée à nous balader dans la capitale puis nous arrivons à l’aéroport vers 18h45 pour l’enregistrement.

L’avion touche le sol péruvien à 22h45. Nous sommes devant le tapis roulant à attendre notre sac depuis plus d’une demi-heure. Tous les autres passagers sont partis et il n’y a plus d’activité à l’extérieur… Je m’adresse aux employés de la compagnie et force est de constater que notre superbe sac à dos ne nous a pas suivis… Pascale est effondrée et j’essaye de la calmer tout en engueulant le personnel responsable… Nous remplissons quelques formulaires et ils finissent par nous donner 140$ d’aide d’’urgence.

Edison, le chauffeur du taxi envoyé par l’hôtel nous attend depuis 3 heures et son sourire et sa compassion nous réchauffent un peu le cœur. Nous arrivons donc à l’hôtel à 1h du matin hyper légers !

Eva, la propriétaire de la pension est charmante et nous nous glissons sous les draps vieillots et troués de la chambre « matrimoniale ». La tête du lit est contre une baie vitrée bancale qui donne sur la rue. A chaque passage de voiture ou de camion, la baie entre en vibration et un vacarme assourdissant rempli la petite pièce blafarde… On aurait posé le lit au milieu de la route que cela n’aurait pas été pire, une nuit infernale !

 

13/03/10

Dégoutés, fatigués, déçus et la courte discussion que nous avons avec les autre pensionnaires de Eva ne nous redonne pas le sourire… Elle appelle pour nous l’aéroport et il semble que notre sac soit toujours à Quito, nous devrions le récupérer par le vol de ce soir… Nous retournons à l’aéroport pour bien signifier au personnel de la LAN notre détermination et s’assurer que le sac sera bien sur le vol du soir puis nous partons à la recherche d’une agence de voyage pour organiser notre séjour au Pérou. Le taxi que nous empruntons est impressionnant, le chauffeur a installé une grille tout autour de la place conducteur, il nous explique qu’il a failli se faire trancher la gorge, charmante attention !

Nous réservons et payons un vol Lima-Cuzco, 2 jours sur place, un bus Cuzco-Puno, 3 jours sur place et un vol Puno-Lima le 20/03, le tout pour après-demain et pour une petite fortune !!!

Le plus embêtant, ce sont les médicaments de Pascale, les guides touristiques et tous les chargeurs électriques pour le téléphone et surtout les appareils photos. Pas lavés, pas changés, nous sommes néanmoins très mobiles et rechercher un nouvel hôtel dans ces conditions est beaucoup plus facile… Nous en dénichons un dans le quartier de Miraflorès, la zone touristique de Lima. Nous sommes proches de la côte pacifique et les hautes falaises qui dominent les grandes plages bondées sont autant de remparts contre un éventuel tsunami dans ces contrées séismiques.

Nous passons l’après-midi à nous balader dans le centre ville jusqu’à une ruelle où de nombreuses personnes nous empêchent de poursuivre plus avant… Les avertissements sont clairs, si nous continuons, nous serons agressés car la zone n’est pas contrôlée par la police… Nous remercions les personnes qui nous ont prévenues et faisons demi-tour sans demander notre reste !

Je laisse Pascale à l’hôtel et Edison m’emmène vers 22h30 à l’aéroport chercher notre sac…

Je me retrouve avec les passagers du jour à voir défiler les sacs sur le tapis roulant. L’employé de la compagnie est à mes côtés et son ordinateur confirme la présence du sac sur le vol.

Tout le monde est partis, je suis seul à regarder ce fichu tapis vide, notre sac n’est pas là !

Cette fois ci, je ne suis pas le seul à rouspéter car 4 passagers ont des réclamations, pertes de bagages, valise éventrée et je me retrouve à faire la queue, c’est est trop. J’interpelle celui que je pense être le plus gradé et je lui explique en termes appropriés que la LAN est une compania de mierda !

Je suis furieux, c’est la troisième fois que je me retrouve à l’aéroport aujourd’hui et à chaque fois on me garantit l’arrivée de notre sac à dos… Je leur explique qu’il faut 2h aller-retour pour venir en taxi, que ça me coûte 16$ à chaque fois mais je ne reçois en retour que leurs plates excuses… Si je tenais l’imbécile qui a laissé notre bagage à Quito, je lui casserai toutes ses dents ! En tous cas, heureusement que Pascale ne m’a pas accompagnée à l’aéroport ce soir…

Je la retrouve à 1h qui ne dort pas et il lui faut un bon moment pour se calmer et accepter l’inévitable… Elle ne se lavera pas les dents demain matin non plus !!!

 

14/03/10

Une nuit bruyante une fois de plus avec, cerise sur le gâteau, dans la chambre voisine, une dame très très très contente vers 2h du matin et rebelote à 5h !

Pour continuer dans les emmerdes, le personnel de l’hôtel nous informe au matin que celui ci est complet pour la nuit prochaine…

Qu’à cela ne tienne, nous partons en bus visiter le site Inca de Pachacamac à 35km au Sud de Lima.

3 heures de trajet et de visite des vestiges d’une ancienne citée Inca. Avec cette chaleur, nous commençons vraiment à sentir le buffle car 3 jours avec les mêmes fringues, ça devient dur… Sous nos yeux les ruines et le désert et sous nos bras, la jungle !!!

Un site peu spectaculaire perdu dans le sable et les rochers et gardé par une foule de gardiens zélés… Alors que je m’écarte de quelques mètres d’un sentier balisé pour prendre une photo, l’un d’entre eux lance ses chiens contre moi… Je vois alors deux ignobles clébards sans poil, roses et trapus, la gueule bavante de rage me débouler dessus à la vitesse de l’éclair…Je n’ose pas me retourner pour courir car ce serait leur fournir l’occasion de me bouffer les pattes arrière par surprise, je recule donc rapidement en leur faisant face. Plus ils approchent et plus je prends conscience de la laideur des deux bestiaux, comme s’ils étaient malades. A croire qu’ils ont fait de la figuration dans « resident Evil » ou « La nuit des morts vivants »!

Je suis de nouveau dans le chemin, dans les clous, lorsque leur maitre siffle les deux erreurs de la nature qui repartent dans sa direction… J’ai failli me faire déchiqueter par des chiens monstrueux parce que j’ai marché dans le sable ? Je suis furax ! J’interpelle le gardien pour lui dire de descendre sans ses fauves et qu’on s’explique mais il reste bien à l’abri derrière ses animaux, GRRRRR !

J’apprendrai par la suite que ces chiens appartiennent à une race typiquement péruvienne et qu’ils n’on pas de poil, quel vision d’horreur, les photos valent le détour !

De retour dans Lima, nous voilà à nouveau dans la rue avec nos petits sacs à dos à chercher un nouvel hôtel et je rappelle Edison, le taxi pour qu’il nous aide dans nos démarches… Nous avons un avion pour Cuzco demain à 6h du matin, pas de sac, ni pharmacie, affaires de toilette, vêtements, chargeurs, etc.

Notre ami chauffeur nous retrouve au centre de Miraflorès et commence par téléphoner à l’aéroport et là, surprise, notre sac à dos semble s’y trouver…

Deux heures plus tard, nous déballons sur le lit de notre 3ème hôtel le contenu de notre bagage. Nous nous lavons, enfilons des affaires propres et rejoignons Edison qui nous emmène faire le tour de la ville avec sa femme et sa petite fille. Nous avons retrouvés le sourire, OUF !

La visite commence par un mirador au sommet d’une montagne qui domine la grande citée balnéaire puis quelques églises coloniales et retour à l’hôtel pour profiter de nos affaires et une courte nuit…

 

15/03/10

3h30 du matin, nous sommes épuisés, il faut se lever et retourner à ce fichu aéroport… Edison est devant l’hôtel à 4h et nous enregistrons à 4h45. Nous nous étalons ensuite lamentablement sur les sièges en attendant l’embarquement à 5h40… Cela fait 1h que nous sommes assis dans le petit avion lorsque le personnel nous invite à retourner dans le hall d’embarquement…3 heures de retard à cause du mauvais temps, tu le crois, ça ??? Vive le Pérou !

Après un vol magnifique au dessus des Andes ; nous arrivons à Cuzco où les agents touristiques nous prennent en charge pour nous déposer à notre hôtel 3 étoiles, s’il vous plait !

Quelques heures de sommeil et un doliprane plus tard (3400 m d’altitude), nous partons visiter en bus la ville de Cuzco et ses environs, la plaza de armas, le couvent San Francisco, la cathédrale, le temple du soleil (c’est là où Tintin est allé), et 4 autres lieux en dehors d la ville avec des noms à coucher dehors comme :Sacsayhuaman ou Tambomachay !!! En tous cas, nous sommes enchantés par ces visites guidées très intéressantes et spectaculaires. Nous apprenons beaucoup sur les ingénieuses techniques antisismiques de construction Inca dont s’inspirent aujourd’hui les architectes du monde entier. Les édifices et bâtiments religieux sont décorés richement et chaque peinture d’inspiration espagnole a été modifiée pour incorporer des motifs issus de la culture et de l’histoire andine. Il pleut une bonne partie de l’après-midi et l’altitude continue à nous exploser le crâne !

 

Enfin une vraie nuit, entière, calme.

 

16/03/10

L’hôtel est vraiment chouette et le buffet du petit déjeuner est absolument fabuleux et nous nous jetons sur la nourriture.

Départ pour la vallée sacrée avec seulement deux visites possibles, Pissac et Ollantaytambo.

La rivière qui court dans la vallée et qui rejoint le fleuve Amazone a débordé en janvier et le lit du fleuve est monté de 6 mètres emportant maisons et ponts et faisant de nombreuses victimes. Les nombreux sacs de sables encore présents devant les portes des maisons témoignent du drame qui a eu lieu récemment.

Au lieu de faire un grand tour, le car fait des allers retours interminables et nous passons 80% du temps le derrière vissé sur les sièges du bus. Les deux sites que nous visitons sont néanmoins extraordinaires et nous quittons à chaque fois le groupe qui nous accompagne pour nous promener seuls dans les ruines des temples et faire de belles photos. A l’entrée des sites se trouvent des marchés artisanaux colorés avec des vendeuses habillées en tenue indienne. Sur les échoppes, toujours les mêmes souvenirs, à des prix qui varient selon le client. Vêtements et châles en Alpaca (cousin du lama), poteries, bijoux, etc.

 Le soleil s’invite enfin et nous terminons notre périple par le village de Chinchero où un groupe de femmes très organisées nous montrent le travail de la laine d’alpaca. Nous visitons ensuite l’église, petite merveille perchée au dessus de la place du village et nous achetons un taureau en terre cuite de bonne taille pour quelques soles (monnaie locale). Je ne sais pas comment nous allons pouvoir voyager avec cette statue mais elle est très belle ! Nous achetons également un châle pour Mamie.

Les paysages qui défilent derrière les épaisses vitres du car sont magnifiques et la luminosité rappelle sans conteste celle de l’Himalaya. De nombreux souvenirs rejaillissent du passé, l’expédition à l’Everest et surtout les voyages avec Yves qui restent extrêmement présents dans mon esprit. A chaque visite, à chaque coin de rue, à chaque rencontre, je pourrai associer un souvenir vécu en compagnie de mon grand ami de toujours… Les peuples himalayen et Andin sont très différents, cela est certainement lié à la richesse de l’histoire andine et peut être au climat plus clément en Amérique du Sud.

 

    Je découvre à quel point la culture Inca est vivante, les habitants parlent Quechua et les descendants des Pisenios (anciennement annexés par le peuple Inca) vivent toujours reculés dans les montagnes, refusant de se mêler à la population. Les terrasses sont toujours exploitées par les agriculteurs et les chemins incas sont empruntés quotidiennement par les habitants. Les lamas restent un moyen de transport utilisés par les fermiers, les alpacas et les vigognes donnent une laine d’une finesse incomparable, il n’y a que les rituels qui ont changé, heureusement ! Encore que je ferai volontiers un sacrifice humain avec un employé de la LAN !

Une dernière information très importantes, au Pérou, il y a plus de 2500 variétés de pommes de terre, ce n’est pas le paradis, ça ?

 

17/03/10

Le bus qui nous emmène à Puno part à 7h, nous sommes peu nombreux à l’intérieur et 5 arrêts sont prévus sur la route qui fait 387 kms.

Toute la journée, nous voyageons sur les hauts plateaux de l’Altiplano. Des montagnes irisées  sous un ciel bleu azur laissent serpenter quelques fleuves paresseux où s’abreuvent de nombreux troupeaux. Les 4 étapes du voyage sont intéressantes mais la plus spectaculaire reste celle du col de la Raya à 4335 m d’altitude (le record de Pascale)! Nous sommes entourés de montagnes enneigées, de glaciers et de lamas lorsqu’une cinglante averse de grêle nous oblige à regagner le bus. Et toujours ces paysages envoutants, ces immensités sans arbre et ces troupeaux de lamas gardés par des femmes aux habits multicolores dans une nature intacte, pure, authentique.

 

   

   

 

 

 

 

Dernière étape à Pukara où nous quittons rapidement le groupe pour nous promener au dessus du village.

L’arrivée à Puno se fait en surplombant l’immense lac Titicaca, ça à l’air très beau.

Nous rejoignons notre nouvel hôtel, il est vide, froid, et nous sommes les seuls touristes… La chambre est moche, on est déçus mais on va faire avec, nous n’avons pas le courage de changer de chambre…

 

18/03/10

Réveil à 5h40 pour un départ à 6h30 en bateau. Dans la petite vedette qui nous emmène aux iles Uros, il y a un groupe d’américaines dont le tour de taille me rassure énormément sur ma condition ! Elles sont énormes, sans gène, malpolies, étendues ou plutôt répandues telles des éléphants de mer sur le sol déjà étroit de l’embarcation.

-         et vas-y !  Essaye d’enjamber un hippopotame ! Tu crois qu’elles se pousseraient ?

Le bateau s’amarre à l’une des 60 iles flottantes habitées par les Indiens Aymaras. Le petit groupe descend sur l’énorme épaisseur de joncs coupés et les indiennes font leur show touristique ce qui semble émerveiller le troupeau de vaches qui nous accompagne…

Les Aymaras chantent en cœur l’hymne américain et miment les scènes de leur vie quotidienne. Pitoyable spectacle !

Leur mode de vie et leur environnement s’ils sont extraordinaires perdent nettement de leur authenticité lorsqu’il faut payer chaque indienne pour son spectacle ou quand elle se laisse photographier.

Nous sommes déçus par cette visite beaucoup trop touristique et organisée mais lorsque je demande pourquoi ils ont fait prisonniers des cormorans, je reste bouche bée ! Ils leur coupent la tête et boivent directement le sang frais au cou de l’oiseau… C’est très efficace contre les crises d’épilepsie, parait-il ! Si les bretons me lisent, ce ne sont pas les cormorans qui manquent par là bas !!

Le bateau repart ensuite en direction de Taquile où nous accostons 2 heures plus tard. L’ile est toute en hauteur et nos mastodontes ne pourrons jamais grimper la haut, il faudrait les hélitreuiller ! En effet, elles n’effectuent que la première étape jusqu’au restaurant et c’est le seul moment où nous aurons la paix… Entre l’essoufflement et les énormes bouchées qu’elles ingurgitent, on ne les entend plus s’esclaffer et parler comme si elles étaient seules au monde et sourdes !

L’appareil photo reflex tombe de la table (je l’aide un peu) et l’objectif 80/200mm est fichu ! Il va falloir qu’on en achète un nouveau, nous verrons à Lima.

 

Les habitants de Taquile sont très différents des autres peuples rencontrés jusque là et si la  balade ne présente que peu d’intérêt visuel, elle est néanmoins très enrichissante.

Nous retrouvons les baleines amerloques qui ont envahi les ponts de la frêle embarcation. Nous nous frayons un chemin jusqu’à nos sièges et passons deux heures trente à essayer de penser à autre choses qu’à leurs hurlements insupportables ! Ah, le chant des baleines !

 

19/03/10

La journée est libre et nous allons nous promener dans un marché en plein air. Il y a là des centaines de variétés de tubercules, des fruits et des légumes aux formes variées, incroyable explosion de senteurs et de couleurs. C’est dans la rue que nous retrouvons un semblant d’authenticité et ce sont ces moments là que nous retiendrons.

 

Nous passons aussi une demi-heure à attendre qu’un fabriquant de chapeau ajuste le magnifique couvre-chef que je viens de lui acheter… Il coupe, taille et met en forme avec une dextérité surprenante, Je voulais un chapeau péruvien et je me retrouve avec celui d’Indiana Jones, il ne manque que le fouet !

-        Nicolas : Ce soir chérie, je te fouette !

L’après-midi, nous avons notre dernière visite organisée à Sillustani, un site funéraire situé sur une petite colline. A l’arrivée du car, sur le parking, une estrade, des musiciens, des stands où s’entassent les bouteilles de bières vides et des indiens qui chantent et dansent en titubant. C’est la fête du saint patron des artisans et les danses péruviennes sont chaloupées et harmonieuses.

Nous visitons rapidement le site puis, en redescendant, une péruvienne grassouillette à la peau burinée par le soleil et à l’haleine chargée me prend par le bras et me conduit de force sur l’estrade !!! Et me voila contraint de danser dans les bras de cette charmante personne dont le sourire à la « Mona Lisa » reste un mystère pour moi, elle se moque ? Elle est contente ? Je danse bien ?

Après quelques pas, je réussis à arracher mes mains des siennes, je suis libre ! La chanteuse me tend alors un cd-rom de musique en souvenir, sympa !

Les hommes du village m’invitent à partager une bière puis nous rejoignons le bus.

 

EQUATEUR 

 

 

20/03/10

L’avion décolle à 9h et nous arrivons à Lima à 10h45 où Edison nous attend.

Il nous emmène dans un immense marché couvert constitué de petits magasins serrés les uns contre les autres. Tout ce qui se vend ici est illégal et provient de Bolivie… Je découvre les nouveaux ordinateurs Sony série P (à peine sortis en France) et je trouve un objectif pour le Pentax ! Les prix sont incroyablement intéressants, entre 50 et 70% moins chers qu’ailleurs !

Voilà un endroit où il ne faudrait pas laisser trainer Maël ni son père, d’ailleurs !

Edison nous emmène ensuite dans un bar où nous pourrons suivre la rencontre de Rugby France-Angleterre puis il nous laisse jusqu’au soir. Nous suivons le mach et saluons la victoire française en compagnie de quelques compatriotes supporters.

Notre chauffeur nous emmène à l’aéroport pour notre deuxième et dernier vol de la journée.

Nous retrouvons notre petit hôtel de Quito, récupérons notre sac et au dodo !

 

21/03/10

Une vraie grasse mat et un départ en bus à midi, 10 heures de transport et 6 films de Steven Seagle à la suite, c’est toujours mieux qu’un troupeau de cowgirl !…

Nous retrouvons notre Badinguet dans la nuit, c’est bon d’être chez soi !

 

22/03/10

Pascale m’appelle, je suis en train de recoller ce fichu taureau que nous avons acheté au Pérou, il est en 12 morceaux !!!

-          Pascale : Chéri, il y a de l’eau sur la moquette, c’est mouillé là !

-          Nicolas : Où ça ? (En pestant intérieurement)

-          Pascale : A l’arrière, dans notre cabine, la moquette est mouillée !

-          Nicolas : Il doit y avoir de la condensation...

Je vais vérifieur pour assurer mes dires, et en effet, rien ne justifie une inspection plus minutieuse….

Je suis toujours en train de coller ce fichu taureau et rien ne s’emboite comme je le voudrai, à croire que la forme de la statue a changée pendant le voyage… Tout en collant, je commence à me poser des questions sur le pourquoi de cette humidité ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi, jusqu‘a cette terrible réalité que je me refuse d’aborder … Il n y a aucune raison pour que cette moquette soit mouillée sauf grave avarie mais on ne peut pas avoir de grave avarie n’est ce pas ?? Nous sommes sur un Super Maramu 2000, c’est impossible !

Je soulève le couvercle du coffrage arrière et le compartiment est rempli d’eau… Je retire 45 litres silencieusement, qu’est ce qui nous arrive encore ?

Ca doit être le presse-étoupe du tube jaumière qu’il faut resserrer… Je téléphone à AMEL et en effet, il semble que le problème vienne de là… L’écrou en polyéthylène fait 70 mm de diamètre et je suis obligé de partir une bonne heure pour trouver un soudeur capable de me fabriquer une clé sur-mesure… il est 14h lorsque je resserre la bague mais deux 6ème de tour ne change rien au problème, l’eau continue à entrer au pied du tube jaumière au rythme de 4 litres par 24h ! 

Je reste des heures interminables à tenter de découvrir dans le reflet du rétroviseur de caravane la maudite fissure qui nous pourrie la vie pendant que l’eau entre inexorablement…. Je crois déceler un petite fente assez loin, à 3 cm de la base du jaumière… On dirait que ça vient de là ! Comment l’eau peut elle passer par là, au travers de la coque ? Nous aurions tapé quelque chose en venant ? Ca veut dire que tout doit être cassé au niveau de l’aileron en avant du safran, le suis abasourdis ! Je prends conscience de la gravité de l’avarie et nous sommes dans le domaine de l’urgence assurément… Pascale m’a préparé un ti ‘punch mais je suis tellement bouleversé que je n’ai pas le cœur à boire. Pascale relit les plans de Badinguet sur les classeurs du Super Maramu 2000…. Comment est-il possible d’avoir une voie d’eau à ce niveau ???? Si nous avions touché un container ou un tronc d’arbre, nous l’aurions senti ou entendu… Il me semble impossible de subir un tel choc sans l’avoir ressenti en navigation… comment peut-on fracasser l’aileron sans casser le safran ???  Et tout ça, sans nous en rendre en compte ???  Les questions tourbillonnent dans ma tête et le stress m’envahit lentement mais sûrement, aussi sûrement que l’eau pénètre dans notre cabine… On ne va quand même pas couler dans un fleuve équatorien ???

J’attrape mon verre de ti’ punch puis un deuxième lorsque nos amis du bateau « la Catherine arrivent à bord pour l’apéro.  Ca me fait du bien de plaisanter avec eux et nous continuons à picoler sans tenir compte des avertissements que me lance Pascale… Je suis vraiment pompette lorsque nous raccompagnons toute la famille à l’arrière de Badinguet.

Trop bu, trop de galères, voilà de quoi alimenter la nouvelles rubrique de notre site internet « les emmerdes ». Il va falloir trouver un moyen de le mettre au sec si on veut le sauver et naviguer avec un safran branlant est extrêmement périlleux (dixit Marcisa pendant la transat). J’explique à Pascale qu’une navigation en risquant de perdre son safran n’est pas à prendre à la légère et il me semble logique de la laisser prendre le bus pour me rejoindre à Salinas, à 120 milles d’ici… Sa réaction ne se fait pas attendre, il est hors de question qu’elle me laisse seul sombrer au fond du Pacifique, snif, c’est bô l’amour !

Elle me rappelle que le compartiment arrière de Badinguet est totalement isolable et étanche. En cas de voie d’eau importante, il suffit de verrouiller les portes et de serrer les dents jusqu’à un abri… Nous nous couchons sur cette rassurante constatation, GULP !!!

 

23/03/10

A peine levé, je saute dans l’eau boueuse du fleuve avec le matériel de plongée. L’eau est bonne et nous sommes à l’étale de marée haute donc il n’y a pas de courant.   La visibilité est nulle, je ne vois la coque qu’à 10 cm, comment vais-je pouvoir repérer une fissure dans ces conditions ? Je demande une torche à Pascale et replonge dans le bouillon… Avec la lumière, je distingue à peu près l’antifouling et mes doigts courent le long de l’aileron pour déceler une éventuelle anomalie mais non, rien, il n’y a rien d’anormal, tout à l’air solide et il n’y aucune trace de choc sur l’arrête de l’aileron… je ne comprends pas d’où vient cette flotte…

De retour à bord, nous prenons les ordis puis partons à la marina pour téléphoner à AMEL. Le technicien est comme d’habitude hyper compétent, sympa, génial… Il m’explique qu’il arrive quelques rares fois que l’eau s’infiltre entre deux couches de strate et qu’il n y rien de grave… Il faut juste que je repère la fissure et que je la bouche en attendant une véritable réparation mais ça peut attendre…

Nous voila rassurés mais comment boucher cette fissure qui est en permanence sous l’eau ? Je récupère de la résine époxy pour réparation sous-marine chez un américain installé définitivement ici… Je malaxe les deux composants et dépose dans l’étroite goulotte la pâte en l’étalant bien du bout des doigts. Impossible de glisser l’ensemble de la main tellement l’accès est étroit. Je ne suis plus du tout sûr d’avoir bien identifié la voie d’eau… Au bout d’une 1/2h, une goutte, puis deux, puis dix réapparaissent, l’eau passe au travers de la résine, qu’est ce que c’est que ce produit de M… ! Je rappelle l’amerloque au téléphone et lui demande des renseignements complémentaires sur la résine mais il n’en sait pas plus et ne s’en est jamais servi…

Ok, j’enlève tout ça avant que cela ne durcisse complètement. J’utilise la fin du mélange pâteux pour boucher les fissures de la statuette « taureau », tout n’est pas perdu pour tout le monde et le taureau est ravi !

Un canadien voisin, informé de nos déboires, vient régulièrement nous voir et propose un certains nombre de solutions mais j’ai l’impression que c’est d’un miracle que nous avons besoin…

Je badigeonne un rectangle d’aluminium de Sikaflex et comprime le tout sur la fissure mais l’eau glisse sous le silicone… je charge mes doigts de produit et augmente l’épaisseur, ça fuit toujours, et encore du sika, et l’eau coule par l’autre côté et encore du Sika, etc.… A chaque fois que je bouche un trou, l’eau sort en en créant un autre, l’horreur , ça ne fonctionne pas, il falloir enlever tout le bazar et la moitié de la cartouche y est passée…

2 heures de galère plus tard, le fond est à nouveau propre, nous pas !!! Nous sommes couverts de sueur et de Sikaflex et on est revenus au point de départ, tout ça pour rien du tout, résultat nul !

Je ne comprends pas, on a l’impression que l’eau est sous pression, ça ne correspond pas avec une fissure minime, il faut que j’en ai le cœur net… Je perce à la scie-cloche un bon trou dans la table et là, je découvre ce que je ne pouvais pas voir, une espèce de bulle, une cloque déstratifiée sur la partie verticale du tube jaumière. L’eau est juste derrière cette mince épaisseur de résine à pousser pour se glisser dans la douillette cabine arrière de Badinguet ! Un défaut de fabrication, voilà ce que c’est, un fichu défaut dans la résine polyester… Le genre d’avarie inimaginable, indécelable, imprévisible, là, on a la poisse !

Je photographie le décollement de la cloque et envoie tout ça par mail à La Rochelle, j’aurai des réponses demain… Désormais, il est certain que nous devons mettre Badinguet au sec et faire effectuer une réparation sérieuse. Il n’y a qu’un endroit où nous pouvons faire sortir le bateau de l’eau. Salinas est à 120 milles, nous partirons après-demain car les papiers de sortie sont obligatoires même entre deux villes équatoriennes !!! Quand on peut gagner des sous sur le dos des plaisanciers, pourquoi se gêner ? En tous cas, voilà qui va compliquer notre planning.

Trip, le patron de Puerto Amsitad connait bien Georges, un canadien installé à Salinas et spécialiste en fibre de verre, c’est t’y pas beau, ça ???

Que d’interrogations ce soir encore… Quels sont les risques à naviguer ainsi ? Va-t-on pouvoir sortir le bateau de l’eau rapidement, combien de temps de séchage, de réparation ? Combien cela va-t-il coûter ? Fait-on marcher notre assurance ?

 

24/03/10

Ce matin, il y a très peu d’eau dans le compartiment arrière, je n’y comprends rien… Me voilà à espérer que ça va continuer à couler car il faut qu’on identifie le problème !

J’ai AMEL au téléphone chaque jour et le technicien semble persuadé que l’eau ne vient pas du tube jaumière, elle viendrait d’un autre endroit, plus éloigné, peut être du câble de la plaque de masse BLU !?!?

En tous cas, nous sommes attendus à salinas ou plutôt à Puerto Lucia où une grue nous lèvera à peine arrivés. Georges, spécialiste en Polyester est prévenu et nous attend, l’organisation est jusque-là parfaite, même le vent du Sud se calme demain, pour faciliter notre progression…

L’assurance ne prend pas en charge ce genre de défaut et il est hors de question de poursuivre la société Amel en justice, elle nous est bien trop précieuse… Nous paierons donc la réparation…

Nous partons demain vers 10h30 à marée haute pour 24h de voyage vers le Sud…

 

25/03/10

Impossible de fermer l’œil, si l’eau pénètre moins ou plus du tout, nous ne trouverons jamais l’origine de la voie d’eau et nous nous déplaçons vers le Sud pour rien ! Je jette un dernier coup d’œil vers 1h du matin avec une torche et Bingo ! Là, ça rentre !!! Mais voilà que j’angoisse parce que l’eau entre à nouveau !!!!

Il est 5h30 lorsque je me lève, il nous reste à finir les copies des Divx des copains et cette navigation après 3 semaines d’arrêt va se faire dans des conditions inquiétantes. Je n’arrive plus à dormir. Pascale se réveille vers 7h et nous commençons les préparatifs de départ. Nous rendons les disques durs empruntés, récupérons les nôtres et fixons l’annexe sous les bossoirs. Je me suis mis d’accord avec « A CAPELA », un gros cowboy, pour nous partager le pilote qui nous guidera vers l’océan.

Il est 10h45, nos bouées sont lâchées et je rattrape rapidement le voilier américain qui avance à 2 nœuds… Je me place juste derrière lui pour garder la même trajectoire et nous nous suivons ainsi jusqu’à l’embouchure du Rio Choné. Après avoir contourné la pointe, la grande houle du large nous accueille avec de belle déferlantes qui courent sur les hauts fonds, mais par où nous fait-il passer ?

Le sondeur indique 2 mètres sous la quille puis 1m, puis 50 cm, les vagues nous giflent et ce fichu américain qui reste 2.5 nœuds, il faut qu’on sorte de là au plus vite !

Et  BAOUM ! Badinguet heurte violement le fond de sable et de vase, et BAOUM, cette fois, c’est pire et ça a tapé beaucoup plus fort. Les vagues nous soulèvent puis dans les creux, nous écrasent contre le fond. Badinguet, sous la violence des chocs, se retrouve en travers de la lame et se déplace latéralement à chaque impact, nous sommes échoués et la passe est dangereuse ! Je hurle au pilote qui se trouve à bord de « A Capela » pour lui dire qu’on est plantés et lui demander dans quelle direction nous devons essayer de nous dégager ? Il sourit en m’indiquant « tout droit », sans se rendre compte de notre situation… Notre voilier se couche, puis se redresse et heurte à nouveau le fond, les deux mâts et tout le gréement tremblent furieusement à chaque choc, il faut qu’on se tire de là ! Pascale commence à insulter le pilote, je suis accroché à la manette des gaz… En mettant le moteur à plein régime lorsque nous sommes au sommet des vagues, nous nous déplaçons en faisant des sauts de puce  mais les coups de boutoir des déferlantes sont impressionnants et lorsque nous touchons le fond dans les creux, nous n’avons plus rien d’une puce !

Ca y est, nous avons fait 1 mètre, puis 2, on a décollé, le fond redescend, nous sommes enfin manœuvrants et Badinguet rattrape rapidement l’escargot US pour demander au pilote ce qu’il s’est passé… Il sourit une nouvelle fois en nous expliquant que c’est comme ça quand il y a de grandes vagues, ça ne passe pas ! C’est curieux mais nous ne sourions pas du tout et je regrette amèrement les 20$ que je lui ai donné pour son service.

Je confirme avec la trace de Maxsea qu’en effet, nous étions parfaitement placés sur le chenal le plus profond, l‘endroit est vraiment dangereux, nous n’y retournons pas…

Enfin, nous sommes lancés vers le large, à 7 nœuds, il n’y a pas un souffle d’air, juste une belle houle très régulière et presque agréable, cette fois… Il n’y a pas de vent et, vu le prix du gasoil, nous n’avons aucune honte à poursuivre le voyage à 2000 tr/min… Toute la journée, nous lisons nos romans respectifs en surveillant et asséchant le fond de la cabine arrière.

En fin de journée, nous avons droit à un magnifique coucher de soleil, encore un qui aurait pu nous faire don d’un rayon vert mais non, nous l’avons juste imaginé, peut être une autre fois…

Nous pensons aux Galápagos que nous abandonnons au large, sur tribord. Quelle galère de se dérouter au Sud et que nous réservent les suites de cette avarie ?

La nuit est tombée, le ciel est couvert et de très nombreux bateaux de pêche nous entourent. Nous sommes à 15 milles de la côte, il y a des casiers, des filets et des embarcations de toutes sortes, de la barque au super chalutier…

 

 

26/03/10

Le soleil se lève timidement vers 6h10, nous sommes en vue de Puerto Lucia. Badinguet glisse sur une eau calme entre les supertankers en attente.

L’odeur de pétrole est écœurante lorsque je décide mouiller devant la digue du petit port, il y a 1 m d’eau sous la quille, de la houle et pas une âme qui vive sur le môle… Inutile de se risquer à l’intérieur avec si peu d’eau, on a déjà donné ! Comme la mer monte, tout à l’heure, nous aurons plus d’eau pour les manœuvres…

Nous décidons de nous reposer un peu et le sommeil nous emporte très rapidement puis ce sont des cris et une voix, toute proche de la cabine arrière… Un pêcheur dans une barque nous explique que son filet s’est pris dans notre hélice !!! Ce n’est pas possible !

Je le regarde tirer sur le nylon et il ne fait aucun doute que sont engin part en direction de notre hélice, je suis épuisé et il faut remettre la combinaison, les plombs, les palmes, la stab et enfin la bouteille de plongée… Je saute dans une eau sale, puante de carburant. A nouveau, je ne vois pas à plus de 30 centimètres mais je dégage très facilement sont filet qui était juste posé sur une pâle de notre hélice sans se tortiller, comment ? Mystère !  

Je suis heureux de ne pas avoir eu à faire des efforts sous l’eau et je contourne Badinguet à la nage lorsque le pêcheur me demande de revenir, il a coincé son filet au fond de l’eau, j'y crois pas !!!…

Pascale est repartie à l’intérieur et je plonge à nouveau sans visibilité pour aider le pauvre bougre. Très vite, je prends conscience du danger car le filet est tourné sur lui même et je commence à m’accrocher dans les mailles, d’abord la stab puis les palmes, je vais me faire coincer… La peur me prend à la gorge et je me dégage très brutalement du nylon qui cède lorsque je remonte en surface. J’explique au malchanceux que c’est trop dangereux dans cette eau trouble et je l’aide à la main pour tirer sur son filet ce que nous faisons en quelques secondes. Je ne vais pas risquer ma vie pour quelques mailles en nylon !

Je remonte à bord et me rince rapidement, la journée commence bien !

Il est 8h30 lorsque je pars en annexe voir si nous sommes attendus. Les employés sont au courant de nos malheurs mais le coordinateur, le chef n’est pas arrivé et c’est seulement vers 10h que nous aurons le feu vert…

L’annexe est sur le pont, les pares-battages et les amarres sont en place, nous engageons à reculons l’étroit goulet que domine la grue du port. Les sangles sont passées et une fois de plus, il faut libérer les 2 pataras d’artimon qui gênent la manœuvre, nous n’y couperons pas…

Vers 11h, Badinguet est au sec avec une vue imprenable sur la mer. En effet, la proue de notre voilier déborde au dessus de la digue et se retrouve à 10 mètres au dessus des vagues qui viennent se briser sur les rochers, séquence frissons garantis ! 

Le calage est parfait et nous allons pouvoir enfin aborder notre problème à bras le corps, pour l’instant, ce sont nos lits que nous aimerions aborder mais ce sera plus tard car il y a les formalités qui nous attendent… 527 $  dollars de grutage et 450 $ de port pour une semaine, ça calme ! Ensuite ce sont la douane, le capitaine du port, l’immigration, exactement comme si  nous faisions notre première entrée dans le pays, quelle perte de temps mais pas pour eux car chacun demande quelques versement, 20$ par ici ou par là !

Je réussis à joindre au téléphone Georges, notre interlocuteur depuis 2 jours et il nous envoie deux gars pour nettoyer la coque de Badinguet qui en a vraiment besoin… Le dernier carénage remonte à Carthagène, déjà 4 mois ! La coque, contrairement à la flottaison, n’est pas trop sale mais de nombreuses plaques d’antifouling sont parties laissant comme des petits cratères ça et là. Un jour, il faudra peler complètement cette coque et faire appliquer ce nouvel antifouling à base d’oxyde de cuivre. Il est très cher à la première application mais dure de 5 à 7 ans et son impact écologique est remarquablement discret.

Mais nous n’en sommes pas là, et pour le moment, les deux équatoriens passent la coque au karcher pendant que nous rangeons le désordre de notre bateau.

Vers 16h, la coque a déjà bien séchée et j’ai hâte d’essayer de trouver le cheminement de l’eau. Nous versons à l’intérieur de la cabine arrière quelques 7 litres d’eau… le niveau arrive au dessus de la cloque, suspense !

Nous descendons l’échelle et vient le temps de l’observation minutieuse, par où l’eau va t’elle ressortir ? Alors que nous pensions voir une magnifique trainée de flotte noircissant la peinture sèche de la coque, nous en sommes réduis à faire des suppositions sur la partie concave de l’aileron qui accueille la mèche du safran, en tous cas rien de rassurant et encore moins de concluant ! Nous ressayerons demain !

 

27/03/10

Il est 10h lorsque nous recommençons la manœuvre, L’arrière de la cabine est sous l’eau et j’attends impatiemment un signe à l’extérieur. Je n’arrive pas à bien voir le fond de la gorge mais Andrés, le chef d’équipe de la marina a des yeux jeunes et perçants. Il m’affirme que l’eau coule dans la gouttière. Il faut que j’en ai le cœur net, avec un fil de fer et du papier hygiénique accroché au bout, le diagnostic est posé, on a enfin trouvé !

Comment va t’on faire pour accédera à cet endroit sans démonter le safran… Si seulement je pouvais en discuter avec des techniciens AMEL… Avec ce décalage horaire, il est trop tard pour les joindre…

 

28/03/10

Dimanche, inutile d’essayer d’appeler AMEL, ils sont tous à la messe…

Nous partons à « PASEO », un très grand centre commercial à 15 minutes du bateau. Vins, eau, jus de fruit, tout ce qui pèse lourd et que pascale ne peut ramener seule… 2 caddies pleins à craquer atterrissent dans le taxi puis grimpe l’échelle de Badinguet et disparaissent dans les coffres.

Nous passons l’après-midi sur Internet, j’ai changé un peu le look du site et discute longuement sur le Forum des voiliers AMEL pendant que Pascale s’éclate sur Facebook (face de bouc)…

 

29/03/10

Comme le temps passe vite, nous devrions être aux Galápagos en train de discuter avec les otaries alors que nous sommes là, à angoisser sur une réparation compliquée et longue…

J’ai très mal dormi, je me lève vers 7h, première activité de la journée vider le seau qui nous sert de WC…. Je vais donc à l’avant de Badinguet dont la pointe dépasse au dessus de la digue. Je prends un bon élan et hop, je balance tout ça sur les crabes… Au même moment, un pélican me lâche une bombe bien épaisse, il parait que ça fait repousser les cheveux !!! Comme quoi je ne suis pas seul à balancer des cochonneries…

Je saute sur le PC, il faut que je joigne AMEL au plus vite… Ca y est, ils répondent… J’explique à Christian DUFOUR par où passe l’eau et il ne semble pas surpris par mes explications. It me conseille sur la façon de « faire tomber » le safran. et m’expose précisément la suite des opérations. Décapage en enlevant un peu de matière au fond de la gouttière puis stratification de l’ensemble pour boucher le trou que je devrai trouver…

Une demi-heure plus tard, me voilà sous Badinguet avec des lunettes de protection, une disqueuse dans une main et un ciseau à bois dans l’autre…. J’attaque la strate au début avec prudence et c’est à grand coup de maillet sur le ciseau que je poursuis le travail. Il faut dégager les ferrures et la crapaudine (joli nom !). Quelle massacre, j’ai l’impression de blesser notre Badinguet à chaque coup de marteau, je déteste ce boulot ! A peine ai-je dévissé les boulons de la ferrure intermédiaire que l’eau inonde à nouveau mes magnifiques tongues ! Le contre-aileron est complètement rempli d’eau et les 6 trous des vis donnent à plein régime pendant un bon 1/4h !

1h30 plus tard, le safran tombe et nous découvrons l’étendue du problème… Dans la gouttière du contre-aileron, sur toute sa hauteur, le joint de collage est percé de petits trous. Tout le plan de collement prend l’eau et l’aileron se remplit par là, et lycée de Versailles !

Sur les conseils de Georges, le Canadien qui fera les travaux, je décape à la disqueuse, l’intérieur de la gorge et laisse sécher le bazar pour la journée.

Pascale m’aide ensuite à affaler et plier le génois car Georges (toujours le même), a une machine à coudre pour réparer deux nouveaux petits trous (raguage contre les tangons).

Pascale fait des essais en cuisine, c’est toujours des périodes assez délicates, hier, galette de crabes et aujourd’hui tarte au thon, oups ! Nous passons l’après midi en course et à bricoler des petites choses qui font plaisir. Fabrication d’un support pour la BLU en bois teinté vernis et d’une étagère pour le lecteur DVD qui a terminé dans notre cabine arrière…

Les vélos pliants sont de sortie et leur état est lamentable, changement des chaines, rayons de roue, freins, etc.

Il est 19h30, nous sommes fatigués mais plutôt optimistes car désormais, nous allons entrer dans la phase de réparation, il était temps !

 

30/03/10

Aujourd’hui, il faut que nous trouvions une astuce pour assécher l’intérieur du contre aileron qui baigne dans le jus depuis des mois !

Heureusement que AMEL est là, chaque jour au téléphone, pour nous conseiller !!!

Pour ce faire, il faut pratiquer un trou de regard de 30mm dans notre cabine arrière en avant de la mèche du safran, puis aspirer ce qui reste d’eau au fond du contre-aileron avec un tuyau et une petit pompe. Ensuite, je bricolerai un système sur mon petit compresseur pour envoyer de l’air sous-pression toute la journée,. Aller, il est 7h15, au travail !

J’attrape donc ma perceuse avec amour et je perce… Et ce n’est pas du bois que je traverse (comme me l’a assuré AMEL), c’est de la fibre et à l’intérieur, une espèce de mousse alvéolaire solidifiée.

Bon, ça c’est fait ! Je repose la perceuse, j’ai fait assez de bêtises… Je vais réparer autre chose, tiens, il y a les vannes des bacs à eaux noires à changer. J’ouvre le coffrage des toilettes AR et je découvre que la vanne est stratifiée jusqu’au dessus de l’endroit ou je dois poser ma grosse clé à molette… Je ne lutte pas, j’abandonne, inutile de me lancer à nouveau avec mon burin pour faire sauter cette strate qui bloque la vanne…  Passons à autre chose, il y a bien la pompe de rinçage de chaine qui dégueule du sel par le carter, je fonce !

Je démonte la pompe et en dévissant les cylindres blocs, je casse deux des coins du carter et les cylindres blocs sont en trois morceaux, M… ! Ca va m’occuper plus de 3 heures en incluant la recherche de caoutchouc que je fais tailler sur-mesure (au couteau !), une vraie galère mais la pompe fonctionne et ne fuit plus !

Maël, Martine et Arnaud nous téléphonent longuement, c’est bon de les entendre !

Pascale a verni le support de BLU puis nettoyer Badinguet et le soir venu, nous partons rejoindre 4 ou 5 autres équipages pour manger une pizza à Salinas. Ambiance cosmopolite, sympa, pas cher.

 

31/03/10

A peine levés, Georges est déjà à l’œuvre et ses deux ouvriers attaquent le contre-aileron pas la face Sud à la disqueuse…

Nous surveillons toute la journée l’évolution des travaux qui sont effectués de main de maitre. La gouttière du contre-aileron est complètement refaite à neuf et je ponce les parties métalliques du safran pendant que Pascale continue l’avitaillement au grand centre commercial du coin.

Voilà,  rien de folichon à écrire… Nous rêvons de haute mer, d’otaries, d’alizés pacifiques, de dorades, bref nous rêvons !

 

01/04/10

Toute la journée, les couches de peinture se succèdent sur la gorge du contre-aileron, 4 en tout et des heures et des heures de séchage… Nous n’avons donc pas grand-chose à faire et nous partons faire des courses, passionnant !

 

 

 02/04/10

C’est le grand jour, les ouvriers et Georges sont là dés l’aube et pascale a à peine le temps de se brosser les dents qu’ils sont déjà dans la cabine arrière pour décaper la bulle qui nous a causé tant de soucis… Le trou est vite bouché et c’est au tour du safran de reprendre sa place, Badinguet retrouve ses formes généreuses.

Les ferrures sont resserrées, stratifiées puis peintes. Je me charge de remettre l’étoupe graissée autour de la mèche et vient l’heure inévitable de l’addition,… Elle est moins salée que nous ne le craignions, 712 dollars quand même ! Cette bagatelle nous aura couté presque 2000 $ !

Pas de commentaire car nous sommes trop contents de pouvoir décamper de là dés demain… Une seule ombre au tableau, l’agent qui se charge de nos papiers administratifs a complètement oublié que nous étions le week-end de pâques et la douane est fermée jusqu'à lundi. Cet incontournable imbécile que nous payons pour ses services n’est pas foutu de regarder un calendrier et cela fait 4 jours qu’il est au courant de notre départ, qu’il aille au diable en ces journées saintes !

Pascale et moi sommes dans le carré, il fait un peu moins chaud en cette fin de journée. Les ventilateurs tournent bruyamment et nous retournons manger des pizzas à Salinas !

A 20h, dans le noir, je repasse encore une couche d’antifouling sur le primaire, il n’y a pas d’heure pour les braves !

Nous n’aurons pas beaucoup profité du coin, courses, travaux, etc.

Des centaines de barques de pêches et de chalutiers sont revenus au mouillage pour passer le vendredi saint et les nombreux pétroliers au large attendent leur cargaison précieuse et poisseuse sous une nuée de pélicans et de frégates affamés… D’ailleurs, ils ne font que ça ; manger, dormir et balancer leurs besoins sur de valeureux voiliers…

 

03/04/10

Et hop, 2 couches d’antifouling en plus… Notre ancienne peinture sous-marine date d’il y a 4 mois a Carthagène, pourtant, de nombreuses plaques sont parties, inquiétant… Il n’y a que deux possibilités pour expliquer ce phénomène précoce, soit le karcher à notre sortie de l’eau était trop puissant, soit il y a incompatibilité de peinture entre les marques « International » et « Seahawk », et dans ce cas, ça va s’aggraver… Nous verrons bien avec le temps et franchement, ça ne nous empêchera pas de dormir.

Il est 9h lorsque notre taxi vient nous chercher au pied du bateau. Nous déposons Pascale au supermarché et je pars en direction des ferreterias pour faire vérifier une pompe "made in China" que j’ai achetée hier et qui merdouille. J’en profite pour faire fabriquer une pièce qui sert à extraire le tube du propulseur d’étrave en cas de coincement.

De retour à bord, je découvre que la marée est déjà bien basse. Nous nous dépêchons de tout ranger, les vélos, les tuyaux, l’intérieur, ensuite ce sont les pares-battages, les amarres, il fait 36° !  C’est trop dur et je demande à Pascale pourquoi nous ne resterions pas 24h de plus au sec. Elle accepte la proposition avec un soulagement très visible. Nous irons à l’eau demain matin, on speed trop et nous ne sommes pas à un jour prêt ! On est en train de stresser pour rien du tout, autant peaufiner notre retour sur la grande bleue en prenant notre temps.

Toute la journée, nous rangeons et préparons notre mise à l’eau.

Le soir, vers 17h, l’agent officiel est là et tape quelques coups sur la coque pour nous avertir de sa présence. Je descends et il me fait à nouveau signer 15 formulaires auxquels je n’entends rien… 285 dollars dont 150 dans sa poche !!!!!

J’explose de rage, le policier en uniforme ne bronche pas lorsque je lui explique fermement qu’il est inadmissible de payer aussi cher sa prestation ridicule. Je luis balance tout ce que j’ai sur le cœur, je veux voir sa maison, sa voiture, son compte en banque. Il me donne une série d’excuses que je retourne contre lui mais à quoi bon ? Je suis un plaisancier lambda dans un pays où la corruption fait loi. Tout cette dépense d’énergie ne sert à rien mais il en prend plein la figure et je comprends qu’il vienne accompagné d’un policier en uniforme, c’est du racket, c’est dégueulasse, c’est tout ce qu’on veut mais que pouvons-nous faire de plus ?

Pascale n’est pas en reste et râle en comptant les billets que ce voleur empoche sous notre nez.

Et il s’excuse encore, ce trouduc, en retournant dans son immense 4×4, je sers les dents et décapsule une bière lorsque les gars du port viennent me retrouver en plaisantant. C’est bon de discuter avec eux. David, un Américain vient se joindre à nous et nous médisons une bonne heure sur cet agent véreux et le système administratif de l’Equateur en buvant quelques bières bien fraiches que pascale nous lance régulièrement.

Je suis persuadé que nous pourrions éviter ces intermédiaires profiteurs et corrompus mais combien de temps perdrions-nous, et combien de refus rencontrerions-nous avec leurs arrangements secrets ?  La question est « A combien va t’on estimer le temps qu’on va perdre en formalités et en attentes » ? En tous cas, certainement moins de 150 $, nous avons les nerfs gravos !

 

04/04/10

Toujours cette fichue appréhension de voir notre lourd Badinguet soulevé par des sangles vieillottes… Ca y est, la quille puis le safran sont dans l’eau, je monte à bord, tout est sec, on peut se sauver d’ici.

Il est 11h lorsque nous quittons Puerto Lucia sous une chaleur accablante. L’annexe est attachée, dégonflée et retournée à l’avant et doucement le vent monte, nous envoyons toute la toile. Notre cap n’est pas terrible au début mais ça devrait tourner plus au Sud en s’éloignant de la côte. Nous croisons un cachalot gigantesque et il n’y a que 20 mètres de fond, bizarre !

Toute l’après midi et jusqu'à 4h du matin, Badinguet file à 8.5 nœuds sur une mer peu agitée, quel bateau !! Pascale est barbouillée et la première nuit est, comme d’habitude difficile.

Au petit matin, le vent s’oriente au Sud-est et baisse nettement. Il faut remettre le moteur pour avancer un peu et surtout recharger les batteries et remplir quelques bidons d’eau potable. Il est 8h15, je viens d’envoyer un message à la famille par iridium, Pascale est enfoncée dans ses polaires, assoupie sous un ciel voilé. Les lignes de traine sont derrière le voilier, les pétrels nous tournent autour et une grande houle du Sud nous fait rouler. Il y a mieux comme confort mais on est sur l’eau et on continue notre périple.

 Nous ne pêchons rien de la journée, même pas une touche et la chaleur nous accable une fois de plus. Nous installons la moitié du taud de soleil en arrière de notre capote habituelle et l’ombre obtenue rend la vie dans le cockpit très agréable. Il faut sortir son museau pour apercevoir les voiles mais la lecture à l’abri du soleil devient notre activité principale.

Le vent tombe à nouveau et il faut enrouler les voiles qui tapent au rythme des vagues. Le moteur ronronne à 1400 tr/min et nous bénissons les 2 nœuds de courant qui nous poussent dans la bonne direction.

Nous croisons une tortue de mer qui semble nous narguer en pensant certainement que nous n’avons rien d’un lièvre !

Une bonne cinquantaine de dauphins nous coupent la route, ils ne se soucient pas de nous et poursuivent leur chemin en bondissant ensemble. Le groupe nous a à peine dépassé que le spectacle commence. Ils frappent de leur queue, tous ensemble et en même temps la surface de l’eau comme si ils voulaient rabattre le gibier ! Les gerbes d’eau sont spectaculaires et leur coordination parfaite. Spectateurs privilégiés, assis dans nos fauteuils d’orchestre au pied de la scène, nous ouvrons grand nos yeux sur ce ballet aussi spectaculaire qu’efficace. Comment obtenir une telle harmonie et surtout, comment coordonner autant d’actions rapides dans un groupe aussi important ?

 

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