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PARTIR AU LARGE

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  MOZAMBIQUE  

 

15/11/14

Au petit matin, le vent décide qu'il a assez soufflé et le moteur reprend du service, histoire d'être certain d'arriver de jour à destination. Le fou brun a passé la nuit avec nous et il nous lâche lui aussi, quel ingrat !!! Il vient d'inventer "BlaBlaboat" !!

Le gennaker profite de chaque risée et vers 14h, nous contournons l'interminable langue de sable qui barre l'accès sous le vent de l'ile de Bazaruto.

Le vent est désormais de 15 nœuds et nous empruntons la passe Nord qui permet d'accéder à la grande ile. La visibilité est encore bonne et nous passons tranquillement sur une dizaine de hauts-fonds sans jamais avoir moins de 5 mètres sous la quille.

Le long de Bazaruto, Badinguet est au près bon plein et un petit pécheur avec une voile latine se fait doubler par un poids lourd lancé à 8 nœuds ! C'est la première fois qu'on fait la course avec un véhicule ultra léger et on lui a mis MISERE !!

L'ancre rejoint le sable par 3 mètres de profondeur, nous sommes juste au Nord de la pointe Gengareme et si quelques patates de corail ne nous avaient pas arrêté dans notre élan, nous serions déjà sur la plage !

Nous sommes en situation illégale au Mozambique car nous n'avons fait ni ne ferons aucune formalité dans ce pays aussi, nous la jouons discret pour les quelques jours que nous passerons à l'abri… La tempête approche, elle remonte le canal et le plus fort est prévu pour lundi…

L'ile de Bazaruto est couverte de grandes dunes et d'ilots de verdure. Il y a un petit aérodrome qui permet d'amener les touristes aux deux hôtels de l'ile. L'isolement est complet et le cadre est fabuleux avec, cerise sur le nigaud… des crocodiles !!! C'est ça l'Afrique !

 

16/11/14

Il est 4h45 lorsque nous ouvrons les yeux, bonjour la grasse-mat !!! Nous avons sombré dans le sommeil hier vers 20h alors ce matin, c'est la pleine forme et chacun attaque le nettoyage du bateau par un bout… Vers 7h, nous passons voir nos amis puis nous beachons l'annexe au milieu de quelques bateaux de pêche… Plusieurs carcasses de grandes raies guitares trainent sur le sable et nous entendons des voix derrière les buissons.

Un groupe d'hommes s'affairent autour d'un grand tas de sardines. Ils ne parlent pas l'anglais et encore moins le français… par contre côté portugais, ils assurent !!! Et nous non !!!

L'odeur est forte et les restes des raies guitares pendouillent dans les arbres sous le soleil. Les cases sont faites de roseaux réunis en bottes et leur taille dépasse rarement les 2 mètres de diamètre pour 2m50 de haut. Les habitations sont très espacées les unes des autres et souvent dissimulées par des épineux ou des dunes de sable. Chaque famille organise sont espace de vie autour de la case principale, certains cultivent un peu, d'autres ont planté quelques cocotiers ou construit un poulailler mais ils ont très peu pour vivre dans cet environnement sablonneux et aride. Seule la pêche leur permet de subvenir à leurs besoins et les prises diminuent régulièrement chaque année.

Les Mozambiquiens sont très accueillants mais la barrière de la langue empêche tout échange intéressant. Nous communiquons avec quelques mots, de grands gestes et des sourires et nous ne nous attardons pas car les enfants pleurent toujours aussi fort en voyant des blancs marcher sur leurs plates-bandes !

Un peu plus loin, un groupe de femmes fait la lessive en puisant une eau trouble dans une lentille peu profonde. De nombreux "Bom Dia" et quelques "welcome" ponctuent notre petite balade terrestre. Le ciel se charge rapidement et le vent se renforce… La tempête approche…

Nous faisons part de nos découvertes à nos amis puis c'est le retour à bord pour déplacer Badinguet vers un mouillage plus au Sud que "Jolly Roger" nous a conseillé.

Il est 10h, Badinguet avance péniblement au moteur, en trainant l'annexe contre 20 nœuds de vent bien établis.

Une barre sombre longe la côte de la grande baie et le fond remonte rapidement, nous approchons au ralenti. Pascale est à l'avant, dans les rafales à tenter de déchiffrer la nature des fonds, corail ou algues ?

On ne voit pas grand-chose aussi, je tente le coup tout doucement et il ne reste que 70 cm au milieu du haut-fond. De l'autre côté, Badinguet retrouve 4 mètres et nous continuons notre progression pour se rapprocher le plus possible de la côte qui nous protège du vent de Sud-est.

Le fond remonte à nouveau et nous mouillons dans très peu d'eau, il reste 60 cm sous la quille à marée basse et 1m70 à marée haute, on ne pourra relever le mouillage qu'à marée haute ! La profondeur ne m'inquiète pas, le vent va nous maintenir à notre position et on ne risque pas de se retourner pour aller s'échouer… "Yovo" et "Alibi" ne sont pas de mon avis et ils mouillent loin derrière nous dans une zone plus profonde et plus exposée, chacun sa priorité.

Toute la journée le vent se renforce et nous quittons Badinguet pour une nouvelle promenade à terre. Ici aussi, les cases ne forment pas un village comme nous l'entendons, il y en a sur la grande dune qui nous protège et ici ou là dans les buissons. Le vent atteint plus de 25 nœuds réguliers et le ciel s'obscurcit.

Nous nous baignions dans une eau limpide, à l'abri des rafales puis nous partons en direction de l'hôtel situé au fond de la grande baie.

Les touristes sont accueillis par un groupe folklorique qui chante et danse aux rythme des tambours africains, les "Bronzés sont au Mozambique ! L'accès à l'hôtel se fait par bateau rapide et par avion ou hélicoptère pour les plus fortunés. La structure est gigantesque avec des bungalows vue sur mer, plusieurs piscines, des restaurants, des bars, un club de plongée, un magasin de souvenirs et même un golf !

Le personnel en uniforme est en quantité astronomique et les menus des trois restaurants sont de qualité gastronomique, on louche dessus !

Nous pouvons enfin poser tout un tas de questions aux managers qui nous accueillent et nous apprenons beaucoup  sur l'ile de Bazaruto. Il n'y a qu'une route goudronnée, elle va de l'aérodrome à l'hôtel (400m) et une piste qui s'enfonce dans l'ile vers les dunes et le parc national. Au pied de gigantesques montagnes de sable orange, plusieurs lacs abritent des colonies de crocodiles du Nil dont il ne faut surtout pas s'approcher dixit le réceptionniste de l'hôtel ! Et tout ceci à 1/2h de marche du resort "Anantara".

Pascale achète du pain au chef cuisinier puis nous repartons en annexe en longeant la côte pour éviter les puissantes rafales de vent et les vagues qui chahutent le mouillage.

"Yovo" et "Alibi" sont beaucoup plus secoués que nous et je savoure la protection relative que nous procure ce mouillage proche du rivage, bien à l'abri derrière notre grande dune.

Vers 18h, tout le monde se retrouve à bord de Badinguet pour la soirée. Pascale a préparé son fameux curry vert avec des crevettes de Moromba et le wahou de Maël.

Un excellent diner dans le carré car dehors, le ciel est noir et le vent hurle dans les haubans.

Nos amis repartent dans la tourmente avec toujours la crainte que le moteur calle dans le noir, je les surveille un bon moment et pars rejoindre Pascale qui termine sa vaisselle, ravie de la soirée et du succès qu'a remporté son curry.

17/11/14

Toute la nuit, Badinguet à tiré sur les 75 mètres de chaine et les rafales atteignent 35 nœuds sous les grains. Nous sommes au cœur du coup de vent et je n'ose imaginer l'état de la mer au large…

Il fait gris, les nuages défilent à toute vitesse au dessus des dunes et les averses rincent les voiliers, la journée va être longue…

Le météo reste compliquée à gérer pour la suite du voyage avec peu de vent au départ et à nouveau 30 nœuds au large de Richard's Bay pour une arrivée musclée… Les courants seront portants au début et contraires lorsque nous serons au niveau de l'Afrique du Sud, il va falloir jongler !

Vers 10h30, nous partons pour l'hôtel en laissant les voiliers tirer sur leur mouillage. La pluie martèle l'eau verte lorsque nous accostons. Nous sommes trempés et le vent du Sud est frais dans cet hémisphère…

Le ciel est noir, le compteur du vent est bloqué à 34 nœuds et la pluie incessante arrive horizontalement pour finir de mouiller les petites zones épargnées qui  restaient sèches. La petite troupe se dirige vers le club de plongée du resort… La grande question est :

-       Peut-on emprunter la passe Sud pour sortir de ce mouillage ???

Les cartes indiquent des profondeurs de 2.9m sur 1 mille et personne de nos connaissances n'a encore osé passer par là… Nous interrogeons donc toute personne susceptible de savoir si ça passe ou pas pour nos quillards… Et les plongeurs du coin, devraient pouvoir nous renseigner…

En empruntant la passe Sud, nous gagnons presque 40 milles sur le trajet et lorsqu'on connait les conditions de mer et de vent de cette zone, gagner du temps peut s'avérer salutaire…

Les plongeurs nous assurent que la passe est profonde mais ils se contredisent souvent aussi quittons nous leur local inquiets… Nous retournons sous la pluie battante pour envahir le magasin de souvenirs et là, c'est la curée !!! La carte bleue ressort du sac et chacun repart avec des statuettes mozambiquiennes très réussies et assez chères…

Le restaurant nous tend les bras, il pleut et il vente toujours autant, nous avons froid et faim ! Le manager nous explique que le menu est à 30 dollars et que nous pouvons prendre ce que nous voulons sur la carte… Il y a une entrée, trois catégories de plats différents et des desserts et on prend ce qu'on veut !

Du coup, comme des morts de faim, chacun commande une entrée, 3 plats et un dessert… Le serveur n'en revient pas… Et nous non plus lorsque les plats arrivent sur la table… Une grande salade de papayes-avocats-crevettes, un énorme hamburger à l'Angus avec des frites, une plâtrée de pâtes aux fruits de mer et des brochettes de viande à l'ananas avec de la purée… Chaque plat remplit l'assiette et il est impossible d'ingurgiter une telle quantité de nourriture… et pourtant, nous y mettons du cœur ! On termine par une tarte au chocolat et c'est à la limite de l'écœurement que nous quittons la tablée sous les regards étonnés et souriants du personnel du restaurant. On se souviendra du menu !

Entre deux coups de fourchette, j'ai découvert sur l-pad de Francine que le marnage augmente de 25 cm par jour, il va falloir déplacer Badinguet car il ne va rester que 20 cm sous la quille demain matin, une petite vague suffira à nous faire talonner…

Nous repartons rapidement à l'annexe qui ressemble à une baignoire pour retrouver les puissantes rafales et les grains qui fouettent le mouillage.

L'ancre est relevée rapidement et nous mouillons à côté de nos amis, par 5 mètres de fond, le vent continue à souffler à 35 nœuds mais nous savons que ça ne durera plus très longtemps, ça va baisser dans la nuit pour redevenir confortable demain.

Nos ventres sont tendus comme des baudruches et nous digérons une bonne partie de l'après-midi. Ce soir, diète !

 

18/11/14

Le temps ne s'est toujours pas vraiment éclairci mais le vent s'est calmé. Il pleut encore et toujours lorsqu'une flottille de bateaux de pêche à rames pose ses filets sur le récif. plusieurs familles participent à la manœuvre, les enfants sont à l'eau en battant des bras pour rabattre le poisson, les femmes rament pour placer les filets circulaires et tout le monde ramasse ensuite les filets à bord pour recommencer sans temps mort un peu plus loin. Il est évident que peu de prises échappent à ce "ratissage" méticuleux.

Le ciel reste gris et menaçant mais Pascale et moi n'en pouvons plus de rester enfermés à bord aussi partons nous pour l'hôtel avec des sacs étanches.

L'annexe est laissée sur la plage et nous prenons la piste en direction des dunes, des lacs et … des crocos…

Les grains se succèdent mais contrairement à hier, nous sommes équipés, les vestes de quart sont ressortis des placards !

Arrivés au lac, le spectacle est extraordinaire avec ces immenses dunes qui plongent verticalement dans l'eau grise. Nous longeons prudemment l'étendue d'eau à la recherche d'un saurien, toujours prêts à piquer un sprint en cas de danger. Le petit sentier est vraiment proche de la rive et nous connaissons la vitesse d'attaque des crocodiles, il est plus sage de s'éloigner et de contourner la zone à risque en coupant à travers champs.

Deux femmes coupent les roseaux dans les marécages de la plaine et nous poursuivons notre chemin vers la grande barrière de sable. Il n'y a pas d'épineux ni d'insecte et la végétation est aride, nous sommes vite au pied de la dune accompagnés par un troupeau de chèvres blanches et noires… Et oui, des chèvres Mozambiquettes !!!! Bon ça c'est fait… Nous apprendrons plus tard que ces chèvres vivent en sommet des dunes et viennent boire l'eau du lac dans la journée et alimenter quelques crocodiles au passage…

La grimpette est terrible avec une pente entre 60° et 70° sur 200 mètres de dénivelé. Heureusement qu'il a plu depuis deux jour car le sable est plus compacte et les marches du grimpeur de tête servent au suivant…

Nous escaladons lentement, avec de nombreuses poses et plus nous prenons de l'altitude, plus le vertige est important dans cette immense pente instable. Au bout d'un moment, nous évitons de regarder en bas pour nous concentrer sur les derniers mètres qui nous séparent d'un premier dôme, le panorama est hallucinant.

Le ciel plombé de nuages noirs crée un contraste lumineux avec ces montagnes de sable jaune. Les vents violents de la tempête ont sculpté la surface sablonneuse de reliefs étonnants creusant des dalles, des arêtes et des dentelles incroyables. Sous la couche superficielle, le sable est de couleur plus foncé ainsi nous marchons sur des écailles noires puis sur des strates beiges et des étendues blanches de sable fin qui, sous l'effet des rafales de vent, s'envole pour nous gifler le visage et les jambes.

La surface est dure et la marche est aisée tant qu'il n'y a pas de pente, nous marchons une bonne heure au sommet de l'ile de Bazaruto, émerveillés par cet environnement minéral et par ce ciel chaotique qui sert de toile de fond.

Nous prenons photo sur photo puis il est temps de redescendre de notre point de vue et là, c'est assez simple, tout droit dans la pente en sautant !!!

J'arrive en bas en quelques minutes, Pascale y va prudemment et je patiente en retirant le sable de mes godasses sous la surveillance d'un aigle qui chasse au dessus du lac. Les crocodiles sont restés invisibles et nous revenons en longeant l'étendue d'eau avec un œil sur la rive et l'autre sur l'immense dune que nous venons d'escalader.

Nous croisons "Yovo" et "Alibi" sur le chemin du retour et nous rejoignons l'hôtel pour un coca bien mérité. Nous récupérons nos mails grâce au Wi-fi puis nous rentrons pour découvrir les photos et nous préparer à l'apéro sur "Alibi".

Nous passons la soirée à discuter de la météo et des cancers de Pascale et de nos amis… Le carré est rempli de survivants de ces terribles maladies…

Il y a trois facteurs qui ont permis la guérison Pascale. Le premier est le traitement qu'elle a courageusement suivi, la chimiothérapie a été très efficace sur son organisme. Le deuxième est sa volonté, Pascale s'est fixée comme objectif de retourner sur le bateau et de poursuivre son tour du monde. Le troisième est plus subjectif, le soutien de la famille, des amis et de personnes que nous ne connaissions pas et qui se sont manifesté via internet pour envoyer chaque jour des messages et des encouragements. Pascale a reçu des dizaines de petits mots d'inconnus qui nous suivent sur notre site web ou via Facebook. Un ensemble de pensées positives, de bonnes ondes dont Pascale s'est nourri pour continuer à se battre.

 

19/11/14

Une nuit excellente sous la couette. François et Jean-Pierre partent pour la passe Sud, ils veulent être certains qu'elle est suffisamment profonde pour l'emprunter et nous éviter 40 milles de contournement par le Nord. Je reçois les fichiers météo et c'est confirmé, nous partons demain pour l'Afrique du Sud.

Le vent tourne dans la nuit et nous aurons du portant quasiment tout le trajet avec une belle accélération de vent en arrivant. Nous devrions profiter du courant pendant 60 heures puis il sera contraire mais avec 25 nœuds dans le derrière on avancera. Reste une inconnue, l'état de la mer dans cette zone avec le vent contre le courant…

L'arrivée à Richards's Bay est autorisée 24h sur 24, il suffit de s'annoncer sur le canal "12" et nous filerons nous amarrer contre un quai en béton sous le restaurant "Dros". La marina est prévenue de notre arrivée le dimanche, pour l'instant, tout se présente bien mais une fois encore, nous tentons de passer entre les gouttes. A partir du lundi, le vent tourne à nouveau et revient au Sud, donc, ça ne passe plus !

François et Jean-Pierre reviennent de la passe Sud avec d'excellentes nouvelles, le seuil est à plus de 4 mètres à marée basse alors avec deux mètres de plus, c'est du billard et ça va nous faire gagner beaucoup de route…

Il fait un temps magnifique même si le vent du Sud reste frais. Les deux annexes sont sur le sable. Peter, un étudiant qui arrondit ses fins de mois au lodge Anantara propose de nous guider jusqu'aux crocodiles d'un autre lac, beaucoup plus grand que celui d'hier.

Il nous faut bien 40 minutes de marche par des petits sentiers pour arriver à destination. Peter nous explique que les hauteurs des grandes dunes sont également habitées par des groupes de gazelles et les contreforts recouverts de végétation abritent des colonies de singes !!! Beh mince alors, on a loupé tout ça !!!

Notre jeune guide scrute la surface de l'eau et nous indique où doivent se trouver les prédateurs, il y a deux grands cocotiers qui dominent les roseaux mais là bas non plus, pas de croco.

Il nous reste une petite demi-heure à tuer car nous devons quitter le mouillage à marée haute puis aller mouiller à la sortie de la passe en prévoyance d'un départ matinal demain. Nous avançons encore un peu jusqu'au sommet d'une colline qui se rapproche des grandes dunes et là, sous nos yeux ébahis… Un crocodile se précipite dans l'eau sombre. Après s'être laissé prendre en photo par mon téléobjectif, il se jette dans le lac à une vitesse effrayante et disparait dans les profondeurs.

Sur une petite presqu'ile de verdure, des dizaines d'oiseaux se reposent. Des pélicans, de grands échassiers, des ibis et tout un tas de cormorans se prélassent sans se soucier des sauriens invisibles sous la surface de l'eau.

La vue est exceptionnelle avec les grandes dunes jaunes qui plongent dans le lac. Nous restons de longues minutes à contempler cette nature vierge et dangereuse puis nous faisons demi-tour pour retourner au village, à côté de la plage.

Je me baigne dans l'eau fraiche une dernière fois car en Afrique du Sud, l'eau est froide…

Les ancres sont sur les daviers et nous traversons le haut-fond sans problème pour nous diriger au moteur vers l'entrée de la passe Sud.

Grâce aux indications de "Yovo" et "Alibi", nous passons avec au minimum 5 mètres sous la quille, nous longeons ensuite la côte Ouest de Bazaruto et rejoignons le mouillage derrière la petite ile de Santo Antonio. L'abri est excellent avec une zone de mouillage très calme, à deux pas d'une côte magnifique. Des lagunes serpentent dans un dédale de petites dunes, une langue d'ocre coincée entre les bleus du ciel et de la mer… Le courant est très important mais les voiliers sont ancrés dans un sable rassurant.

Ce soir, nous mangeons sur "Yovo" des spaghettis bolognaise !!! 

 

20/11/14

Je dors mal car mon avant bras continue à me faire souffrir et depuis mon remplacement à Quiberon, mes épaules restent très sensibles. Il y a aussi cette inconnue concernant la sortie de la passe avec un haut fond à 6.1 mètres mal cartographié…

L'annexe est retournée sur le rouf, et nous quittons notre abri pour rejoindre la haute mer.

Il est 4h30, le soleil pointe son nez dans un ciel sans nuage et le fond remonte rapidement entre deux barres de courants. 1m90 sous la quille pendant 5 très très longues minutes !!! En fait cette passe n'est pas praticable à marée basse pour nos quillards…

Tout le monde est passé sans encombre et nous retrouvons les grandes profondeurs et un courant portant en nous éloignant de la côte. La météo a encore changé, pas de vent pendant deux jours ! Espérons que nous aurons assez de gasoil…

 

21-22/11/14

A raison de 180 milles par jour, toujours poussés par ce fabuleux courant, nous progressons vite vers notre destination. Un peu de moteur lorsque le vent est trop faible et souvent à la voile avec le gennaker.

Un grand groupe de dauphins bicolores accompagne Badinguet au large des côtes sud-africaines, le vent se renforce nettement pour la fin du voyage.

La grande houle du Sud-est, sous l'effet du vent et du courant contraire se creuse pour atteindre presque 4 mètres pour les plus hautes vagues mais ça reste négociable avec une fréquence de 6 à 8 secondes entre les crêtes. On imagine sans peine la taille des vagues en cas de fort coup de vent et on va tout faire pour éviter ce genre de situation…

Badinguet termine son périple à 10 nœuds de moyenne avec des pointes à 12 nœuds lorsque le voilier glisse sur les pentes des grandes vagues de houle.

 

  AFRIQUE DU SUD 
 
 

23/11/14

Ca fait maintenant 3/4h que je braille sur le canal 12 en vain… Personne ne répond et je commence à en avoir assez de me faire secouer dans les vagues à la sortie du chenal, c'est décidé, on engage et on verra bien…

Le lumières du grand port nous éblouissent complètement et "Port control" répond enfin mais ce n'est pas pour nous accueillir mais pour nous avertir… Un énorme cargo, le ventre plein est juste face à nous en train de quitter Richard's bay !!! Nous nous écartons rapidement pour nous coller à une bouée verte en attendant que le monstre soit passé, nous n'avions rien vu venir avec tous ces éclairages et ces balises fixes et clignotantes.

Nous reprenons notre route au milieu du chenal balisé en balisant… Il est temps de virer à droite toute pour suivre vers le Nord un chenal adjacent, il mène à Tutigazi marina où nous devions nous amarrer contre un mur sous le restaurant "Dros".

Nous suivons les bouées vertes lumineuses qui serpentent dans le noir puis c'est l'entrée dans l'enceinte portuaire et là… l'horreur !!! Il y a 10 restaurants, des  bars et des boites de nuit qui crachent leurs décibels à fond… Entre le vent qui siffle et la musique qui hurle, on ne s'entend plus. La visibilité est mauvaise, on devine de la vase aux pieds des murs d'enceinte, on ne peut pas approcher et toute les places sont prises et même surchargées. Beaucoup sont à couple, parfois à trois pour un même emplacement ! Nous tournons un bon moment pour tenter de dégoter le fameux restaurant Dros mais peine perdue, on n'y voit rien et le bruit est assourdissant.

Il y a un énorme quai qui isole la marina du chenal, il est occupé par quelques remorqueurs, néanmoins, un espace de 50 mètres subsiste et nous approchons prudemment. Un vent violent nous pousse contre la structure en béton et avec le propulseur, je maintiens Badinguet parallèle au quai lorsque les 10 pare-battages encaissent le choc ! Nous sommes amarrés 10 minutes plus tard et je préviens "Alibi" de ce qui l'attend !

Vers 2h, un bruit qui couvre celui de la boite de nuit me lève en sursaut, un gigantesque remorqueur manœuvre devant nous et il se dirige à 6 nœuds vers notre proue… Une telle masse ne s'arrêtera jamais à temps et je me prépare au choc pendant que l'équipage se prépare à récupérer les grosses amarres sans s'inquiéter…

Le remorqueur s'arrête net à 1 mètre de Badinguet et je crois que je suis toujours en apnée lorsque je réponds aux signes amicaux des équipiers…

Mes jambes jouent les castagnettes et nous reculons de 5 mètres le voilier lorsqu'"Alibi" arrive à son tour pour s'écraser contre le quai derrière nous !!!

3 heures plus tard, "Yovo" vient frotter un autre remorqueur en se mettant à couple d'"Alibi".

Les rafales sont puissantes et nous écrasent contre le mur de la digue, il faut calculer la bonne longueur d'amarre car ici, il y a 2,20 mètres de marnage.

Vers 7h du matin, les équipages des remorqueurs passent sur le quai en plaisantant et en riant, merci pour ce premier réveil africain ! Voilà trois voiliers français coincés au milieu d'une dizaine de bateaux sur-motorisés, on ne fait pas les fiers mais on est en Afrique du Sud tout de même !  

Toute la matinée, nous somnolons en attendant un signe des douanes ou de l'immigration et vers 14h, nous craquons et quittons le quai des remorqueurs pour un petit tour à terre. Les restaurants et les bars sont pleins de clients barbus et ventrus et quand je dis ventrus, c'est gentil !!! Les Harley Davidson sont en rang d'oignon devant les brasseries et les bières s'entassent sur les tables… Sur les pontons, nous retrouvons beaucoup de monde que nous connaissons et ils ont tous le même discours… Les autorités ne sont jamais pressées dans ce pays et ils peuvent mettre plusieurs jours pour venir nous régulariser ! Les pontons sont défoncés et à plusieurs endroits, les liaisons entre les catways ont été rafistolées…

Je reviens dire à "Yovo" et "Alibi" qu'il faudrait bouger de notre quai pour rejoindre la marina où j'ai repéré 3 places libres. Il y a pas mal de copains pour récupérer les amarres, seule inconnue, un orage semble approcher et la vent risque de se lever pour la manœuvre…

Il est 15h30 lorsque les 3 voiliers français s'installent côte à côte avec 15 personnes pour les aider à s'amarrer. Les rallonges sont branchées, les tuyaux d'eau remplissent les réservoirs et si les pontons étaient solides, tout serait parfait !

Le soir, pour fêter notre présence en Afrique du Sud, nous dinons tous au restaurant. Le filet de bœuf est délicieux, accompagné de frites et arrosé d'un d'un délicieux vin Beyerskloof-Pinotage sud-africain.  

A 20h40, tout le monde est au lit dans sa couchette, on se couche tard quand même !!!

 

24/11/14

10 heures de sommeil au compteur, ça fait du bien !

Quelques singes courent sur les toits de la marina, chacun bricole à son bord, rince, nettoie et se prépare pour une belle journée ensoleillée. Le vent a tourné comme annoncé et il vient du Sud désormais.

Nous passons au bureau de la marina récupérer les clés des accès aux pontons et prendre connaissance des tarifs… Pour nous, c'est 25€ la nuit, eau et électricité compris. Les douanes pointent leurs grosses godasses à 10h et ils s'installe sur un coffre du ponton pour nous donner les formulaires à remplir. Ils sont déjà fatigués d'être venus jusqu'à nous alors monter à bord, pensez-vous !

Tout est rempli en 5 minutes et ils plaisantent un moment avant de repartir au ralenti vers leurs bureaux.

Il reste l'immigration et nous serons en règle mais ils ne sont pas pressés de venir nous voir aussi attendons-nous jusqu'à midi qu'ils tamponnent nos passeports.

Concernant la GST, (la TVA), nous devons conserver toutes nos factures afin de nous faire rembourser la taxe par virement au moment du départ.

 

25-26/11/14

Premières courses au supermarché et premières bonne surprises… Les prix sont très attractifs et nous ressortons du gigantesque centre commercial avec des caddies pleins à craquer de victuailles et de bonnes bouteilles de vin à moins de 3€ ! Les taxis sont également bon marchés et on peut diviser les prix pratiqués chez les shipchandlers par deux par rapport à la France, c'est Noël !

Ce qui est moins sympathique, ce sont les zones pavillonnaires regroupées dans des enceintes gardées par des hommes en armes et cernées de hauts murs avec des barbelés et des barrières électrifiées… L’Afrique du Sud a un nombre de meurtres qui est quatre fois et demi plus élevé que dans le reste du monde avec une moyenne de 43 meurtres par jour dont 2 enfants ! Plus de 50 000 viols par an dont 40% concerne des enfants, ça fait froid dans le dos…

 En se promenant dans les grands centres commerciaux, on constate que les plus chers n'ont que des mannequins blancs dans leurs vitrines… Je me suis promené dans d'autres galeries éloignées des centres modernes où j'étais le seul blanc et les regards en disant long sur ce que je risquais, j'ai vite rebroussé chemin avec mon petit sac à dos et mes tongues…

Nous louons une voiture, réservons les logements dans les parcs nationaux et dégustons d'énormes plâtrées de viande pour 3.5€ le déjeuner.

Une matinée à l'hôpital pour passer des radios et obtenir enfin un diagnostic précis par un chirurgien orthopédiste fort sympathique. Pas de fracture mais une belle déchirure musculaire du long supinateur avec une cicatrisation incomplète causée par l'absence d'immobilisation… Tout ça est plutôt rassurant et ça devrait s'arranger avec le temps, la prudence et un peu de rééducation, il parait que ça peut être utile !!!

Le soir, je repars à pieds dans la marina voisine, Zululand, pour acheter de l'accastillage et me promener sur les pontons qui ne valent pas beaucoup mieux que les nôtres…

Il y a un travel-lift de 15 tonnes équipé de palans à chaines. Tout se fait à la main et un tracteur tire le bazar au sec avec un câble, ça calme !

Des dizaines de singes s'amusent dans les espaces verts pendant que de grands ibis planent au dessus de la marina… Il faut sans arrêt se pincer lorsqu'on tombe nez à nez avec les primates car sans eux, on ne se croirait vraiment pas en Afrique !

Il y a une fenêtre météo pour lundi qui vient mais elle ne durera que 24h… Et pour quitter Richard's bay, c'est la croix et la bannière avec un parcours administratif invraisemblable !!! Il faut dans l'ordre, passer à la marina qui nous fait remplir 9 formulaires puis à l'immigration et aux douanes en ville, ensuite il faut passer au yacht club de Zululand pour faire tamponner notre formulaire et pour finir, retour  à la marina pour obtenir le tampon de la police… Le formulaire doit ensuite être scanné et envoyé au "Port control" et nous avons 36h pour déguerpir… Et ce sera pareil à Durban !!!

 

27/11/14

Réveil à 3h15, GULP !!!

2 heures de voiture plus tard, nous franchissons les portes du Parc national de Hluhluwe… Avant de partir, nous avons acheté à Richard's Bay, un Pass qui permet un accès libre à tous les parcs du territoire Zulu. A l'entrée de la réserve, nous complétons notre documentation par l'achat des plans des parcs régionaux pour pouvoir identifier les animaux que nous croisons et pour ne pas tourner en rond sur les pistes…

Toute la matinée, nous sillonnons le parc et le spectacle est partout, derrière les buissons, sur les collines au loin, au détour d'un virage ou en bas d'une pente. Il faut scruter chaque arbre, chaque taillis et nous découvrons des centaines d'animaux plus ou moins cachés dans la nature. Un vrai jeu de piste, c'est à celui qui verra le premier la grosse bête ! Et des grosse bêtes, il y en a énormément, les rhinocéros blancs sont énormes et leur immense corne n'incite pas le visiteur à s'approcher… Des troupeaux de buffles, de zèbres, d'antilopes Nyalas, des grands koudous, des water buck, des oiseaux en pagailles… Quelques rencontres étonnantes avec un serpent vert qui grimpe à toute vitesse dans un arbre, des bataillons de babouins grincheux, des phacochères craintifs et des dizaines de petits singes acrobates que nous connaissons déjà, les vervets.

 

 

Nous pique-niquons vers 9h30 dans une aire protégée des prédateurs et le vin rouge aide à faire passer les sandwichs au pâté et au jambon, faut pas se laisser aller ! Les couvercles des poubelles sont lestés et verrouillés à triple tour afin de ne pas attirer les singes et les hyènes, entres autres.

 

 

Les plans sont très précis et chaque point de vue porte un numéro, il est strictement interdit de descendre de véhicule en dehors des campements et nous ne respectons pas du tout la consigne car nous sommes un peu serrés dans notre voiture de location. Tout le monde veut faire des photos, des animaux, du paysage, du vieil arbre mort, de la rivière, de la petite fleur violette… Nous nous arrêtons tous les 20 mètres et si la configuration du terrain le permet, tout le monde sort de la bagnole, appareil photo en main pour se dégourdir les pattes arrière.

Incontestablement, les rhinocéros blancs sont très nombreux avec une bonne trentaine de spécimens observés dans la matinée. En ce qui concerne le "Big Five", nous avons vu le rhinocéros et le buffle, il manque le léopard, le lion et l'éléphant, mais ils sont où les éléphants ???

Nous rejoignons Hilltop Camp vers midi mais nous ne pourrons accéder à nos chalets qu'à 14h, on repart !

Cette fois-ci, nous nous sommes renseignés auprès des rangers et les girafes ne devraient pas être loin. Nous empruntons une piste réservée au 4x4 et là haut sur la colline… 6 girafes nous dominent de la tête et du cou !

Nous stoppons la voiture en haut d'une butte pour observer les animaux mais nous sommes un peu loin du troupeau. On distingue bien une piste qui s'approche des girafes mais un panneau en interdit l'accès… Et nous on ne sait pas lire les panneaux en anglais alors on fonce…

Nous sommes maintenant à 30 mètres des grands mâles qui nous surveillent attentivement. Quel spectacle de voir ces immenses mammifères à quelques encablures… Nous ne dérangeons que les mâles dominants qui protègent le troupeau, les autres continuent à faire ce qu'ils font toute la journée, bouffer !

 

 

Retour au camp à 15h où nous prenons possession de nos logements. L'hébergement est somptueux, nous avons un chalet pour deux personnes avec tout le confort possible. Il est vrai que ce n'est pas donné mais 50€ la nuit dans une maisonnette pour deux avec baignoire, lits King size, grande TV 16/9éme et tout le confort imaginable, ce n'est pas si cher que ça… Et puis, quand on regarde par la fenêtre, les singes s'enfuient en hurlant !

A 17h, après deux heures de coma sous la couette, nous retournons à l'accueil où nous attend un 4x4 pour la virée de nuit.

Une jeune femme zulu ranger nous conduit aux différents points d'eau pour observer la faune du soir mais nous sommes beaucoup moins chanceux que dans la journée car nous ne voyons aucun félin malgré les efforts de notre guide black prénommée "Pinky" !

La nuit tombe à 18h45 et nous poursuivons notre visite dans le noir complet. La ranger et un passager tiennent des puissantes torches et balayent les bas-côtés à la recherche de petits points brillants… Les yeux des animaux sont très visibles et sous chaque éclat, une impala, un babouin ou un rhinocéros mais pas de lion ni de léopard pour faire grimper l'adrénaline…

Pour le repas du soir, nous n'avons pas le choix, le buffet est incontournable et copieux, le prix aussi !!! Au menu, du koudou !

 

28/11/14

Une courte nuit et réveil à 4h30 ! Les animaux sont censés être actifs tôt le matin mais nous pas… Nous nous levons difficilement et passons 3 heures à scruter la pampa pour rien… Déçus, nous revenons au campement et nous nous jetons sur un énorme petit déjeuner  servi à volonté entre 7h30 et 9h30… Des patates sautées, du ragout d'abats de koudou, des saucisses, du bacon, des haricots, des fruits, des yaourts, Burp !

Nous quittons les chalets à 10h pour filer vers la partie Sud de la réserve, le parc d'Imfolozi. La route principale est goudronnée mais il y a tellement de nids de poule que les pistes sont en meilleures état.

En chemin, des rhinocéros blancs en pagailles, des antilopes à foison, des zebres et des girafes à tous les coins de routes, génial ! Une grande rivière serpente dans la réserve et les animaux, en saison sèche ne s'en éloignent jamais longtemps. Le camp de Mpila est plus rustique et moitié moins cher que le Hilltop et le confort est tout à fait acceptable avec sous les fenêtres, des impalas, des Nyalas, des phacochères, des singes vervets et une hyène !

 

 

Ici aussi, il faut attendre 14h pour récupérer nos maisonnettes, nous repartons dans la savane à la recherche du lion. Il parait qu'il est au numéro "27" sur le plan, soit à l'autre bout de la réserve et qu'on le voit de très loin… Tant qu'on le voit …

Encore une fois, nous croisons la route de nombreux rhinocéros blancs plus ou moins inquiétants puis nous arrivons enfin tout au bout de la piste. Un cul de sac avec une rivière paresseuse dominée par des falaises ocres. Très loin, sur une langue de sable, 4 lionnes se font dorer la pilule ! Seuls les téléobjectifs poussés à leur maximum et les jumelles de bord permettent de distinguer les félins mais on se contente de ce qu'on a et nous pouvons comptabiliser 3 sur 5 pour le "Big Five".

Il reste les éléphants et nous avons bon espoir dans apercevoir du côté de la rivière à 10 minutes du Camp Mpilla… Nous arrivons sur le gué à 17h15 et sous nos yeux ébahis… 3 troupeaux d'éléphants, peut être cent individus sont en train de traverser la rivière Black Imfolozi. Les femelles aident les petits à remonter les berges en les poussant, les grands mâles veillent au grain en claquant des oreilles et en levant leur trompe. Ils traversent en groupes, les éléphanteaux, bien à l'abri au milieu des adultes.

La lumière baisse lentement, quelques rayons de soleil éclairent la scène, les appareils photos et les cameras n'en laissent pas une miette lorsque qu'un groupe de pachydermes fait demi-tour et se rapproche de notre gué…

 

Ils sont une bonne trentaine à vouloir emprunter notre passage et ils s'arrêtent à 20 mètres derrière notre voiture… Francine panique à l'approche des mastodontes et comme, je ne bouge pas le véhicule, je me prends une bonne engueulade que je mets sur le compte de la peur… Mais, bon, quand même, merde !!!!

Les éléphants ne chargent pas, ils ont des petits avec eux et devant notre immobilisme, ils repartent dans le lit de la rivière pour traverser un peu plus loin en dérangeant un groupe de 3 rhinocéros.  Que d'émotions !

Nous arrivons au camp pour prendre possession de nos logements juste avant la nuit. Chaque chalet a son barbecue et nous dinons tous ensemble sur notre terrasse, réchauffés à l'extérieur par quelques couches de fourrures polaires et à l'intérieur par quelques verres de vin sud africain.

La hyène n'a pas pointé son museau ce soir mais nous sommes tellement fatigués qu'à 20h30, tout le monde roupille et rêve de lions et de léopards…

 

29/11/14

Réveil à 6h pour un départ à 7h. Les phacochères jouent derrière les chalets et nous chargeons la voiture tranquillement. Jean-Pierre y dépose un sac avec une belle pomme en évidence et il n'en faut pas plus pour qu'un singe saute dans la voiture et en ressorte 3 secondes plus tard avec la pomme en main… Il s'installe quelques mètres plus loin et attaque son fruit en nous narguant, c'est de bonne guerre… 

Comme les jours précédents, nous ne voyons pas grand-chose jusqu'à 10h et puis c'est le feu d'artifice, rhinos, gnous, girafes, éléphants, impalas, zebres, vautours et quelques magnifiques paysages africains comme on les imagine.

 

 

Nous sommes de retour à la marina vers 16h30 et comme c'est samedi soir, on se tape la sono de la boite de nuit jusqu'à 2h du matin !

 

30/11/14

Il pleut, le ciel est gris pour une matinée consacrée au bidonnage. Nous profitons des dernières heures de location de voiture pour faire les pleins de gasoil à la station service. Je mets 245 litres dans le réservoir, histoire d'être tranquille pour aller à Durban, la fenêtre météo semble se confirmer pour mardi, impec !

 

01/12/14

Gros changement de programme ! La météo a changé et la fenêtre nous permet d'aller beaucoup plus loin… Tous les voiliers tourdumondistes sont sur le départ mais il reste les formalités de sortie à effectuer et là, ça se corse.

En sortant de la capitainerie, un taxi vient nous chercher pour aller dans les différentes administrations et au bout de 2 heures, nous déposons au bureau du port, le précieux document tamponné 6 fois. Nous sommes candidats au départ pour cet après-midi car les bonnes conditions de navigation ne dureront pas éternellement. Dans le coin, lorsque le vent est calme, c'est juste parce qu'il s'inverse entre deux coups de tabac !      

Nous déjeunons au restaurant une dernière fois, Pascale n'a aucune envie de mettre les voiles et de se taper des quarts mais il faut bien avancer et profiter des faveurs météorologiques car par ici, elles ne sont pas nombreuses.

Badinguet quitte Richard's Bay à 18h, nous cornons un bon coup pour saluer tous nos amis sur le départ, eux aussi.

Nous rejoignons le grand chenal et le "Port control" autorise notre appareillage en nous demandant de rester connectés sur le "12" pendant encore 3 milles et demi ?!

Les vagues résiduelles de la grande houle du large nous arrivent de face et Badinguet enfourne plusieurs fois avant de prendre un cap moins exposé, le ton est donné ! Nous passons entre les cargos et la côte puis nous rejoignons la haute mer, éclairés par une lune éblouissante.

 

02-03/12/14

Il fait froid, la mer est forte avec un courant qui pousse à la côte, le vent donne de la voix en nous envoyant 30 nœuds par l'arrière, histoire de lever la mer avec des vagues hautes et courtes, nous sommes secoués dans tous les sens. Si on  ajoute l'angoisse omniprésente causée par cette fenêtre météo limitée et le risque de rencontrer des vagues scélérates, il est difficile de dormir sereinement…

Il fait froid, nous faisons nos veilles emmitouflés dans les vestes de quarts, souvent couchés pour s'abriter du vent puissant qui s'engouffre sous la capote du cockpit. Les cargos sont très nombreux le long de cette côte et nous apprécions d'être émetteur AIS car ils se déroutent les uns derrière les autres pour nous contourner.

Au petit matin, la mer est chaotique avec des grandes vagues dans tous les sens lorsque je repère une série de supertankers qui rasent le continent africain à moins de 3 milles. D'après l'AIS, ils filent tous à plus de 20 nœuds, le courant est là bas, on fonce !

4 heures plus tard, nous touchons 4.5 puis 5 nœuds de courant portant et Badinguet atteint des vitesses supersoniques, 11-12-13 nœuds réguliers.

Au large de East London, nous nous écartons de la côte pour suivre au plus près le trajet du courant des aiguilles, nous retrouvons une mer grosse avec des vagues de 4 mètres qui remontent du Sud à notre rencontre. Nous avons toujours beaucoup de vent du Nord pour nous pousser et Badinguet escalade des montagnes d'eau impressionnantes. La navigation reste étonnamment fluide avec des surfs puissants à plus de 16 nœuds par moments.

East London est un abri intéressant situé dans une rivière très protégée des grandes vagues, doit-on s'y arrêter ? La météo est compliquée, il faut qu'on fasse au minimum 10 nœuds de moyenne pendant 12h pour éviter une méchante bascule de vent qui nous empêcherait de passer sur la côte Sud…

Il y a 3 éléments qui m'inquiètent et 4 qui me rassurent… le vent est plus fort qu'annoncé depuis le début, le ciel est plombé avec une pluie froide qui rince Badinguet et la grande houle du Sud n'a pas l'air de se calmer.

Côté positif, nous avons un peu plus de temps devant nous avant le retournement du vent car il semble que la météo soit en retard de 2 à 4 heures sur les prévisions et les Gribs sont en heures UTC donc encore deux heures de gagnées. Le baromètre n'a pas dégringolé et nous venons d'apercevoir un groupe de dauphins et ça, ça porte bonheur et ça signifie que tout se passera bien ! On continue notre route…

Badinguet avale les milles à 12 nœuds de moyenne et on s'habitue très bien à cette vitesse incroyable ! Les cargos se croisent, se doublent, certains à la côte, d'autres très au large, sans logique, la recherche du courant n'est pas chose facile… Nous abordons l'angle Sud-est de l'Afrique du Sud bien avant la bascule de vent et nous recommençons à faire de l'Ouest toujours avec 4 nœuds de plus au compteur.

Les journées sont beaucoup plus longues (nous avons gagné 3 heures de jour depuis Madagascar) mais beaucoup plus fraiches !

Par endroit, la mer est grosse avec deux trains de houle qui se rencontrent en levant de grandes vagues de 5 mètres, et plus loin, la mer se calme sans raison apparente et toujours  ce vent qui ne lâche rien et qui nous pousse dans la bonne direction.

En fin de journée, le vent tombe complètement, premier signe du changement de régime. La mer est brillante et lisse mais la grande houle continue à lever des montagnes d'eau qui déforment la surface, comme un gigantesque miroir qu'on maltraiterait… Curieux phénomène qui ne va pas durer bien longtemps, dans quelques heures, le vent va reprendre du Sud-ouest et nous permettre de rejoindre Port Elizabeth. De grands albatros, souvent par deux, viennent saluer notre arrivée prochaine, la luminosité est trop faible pour les photographier.

 

04/12/14

Comme prévu, le vent tarde à tourner et nous n'alignons un cap direct sur notre destination qu'à minuit. En se rapprochant de la côte, le courant faiblit puis s'inverse et nous peinons à nous rapprocher de la grande ville illuminée.

Le soleil ne traverse pas les épais nuages mais nous savons qu'il est levé à 5h10, les feux de navigations sont éteints, le radar est coupé, les amarres et les pare-battages à poste. J'appelle "Port Control" sur le "16" et nous pouvons engager l'entrée du grand port de commerce.

Nous sommes épuisés par cette navigation remuante et stressante mais il reste à trouver une place de libre dans la marina et en Afrique du Sud, c'est la foire d'empoigne… Si tu trouves une place, tu la prends et tu avises ensuite, quitte à te déplacer si elle appartient à quelqu'un…

C'est ce que nous faisons en rentrant à cul dans une des deux dernières places libres à l'extrémité Ouest d'un ponton défoncé et très bas sur l'eau.

Les catways sont renforcés par des traverses en ferraille qui menacent les coques et le résidu de houle entrainent les dizaines de bateaux dans un mouvement de yoyo incessant et inquiétant mais on y est, on a fait le plus dur !

4 personnes nous aident à stabiliser notre lourd voilier avec des gardes doublées et bien tendues des deux côtés pour éviter de percuter le ponton ou les voisins.

Badinguet tire fort sur ses amarres à chaque poussée de houle mais ça ne grince pas trop et les forces sont bien réparties. La prise de quai est branchée et nous sombrons dans le sommeil pendant deux petites heures, encore trop énervés pour bénéficier d'une sieste réparatrice, ce sera pour ce soir…

Il fait gris, la porte qui donne accès au grand ponton est barricadée, encombrée de barbelés et pour entrer sans clé, il faut plonger dans l'eau froide…

 

 

Le yacht club surplombe la marina, il est situé tout au fond du grand port de commerce et de pêche. Une petite femme peu souriante nous fait remplir une fiche d'identification et nous en avons fini avec les formalités, ça change de Richard's Bay.

Pascale et moi marchons un peu dans les grandes allées crasseuses de l'enceinte portuaire jusqu'à la porte d'accès, barricadée elle aussi et gardée par plusieurs gardiens armés.

Nous faisons un petit tour au shipchandler spécialisé dans le matériel de pêche afin de commander les pièces qui nous manquent mais ils ont des problèmes de réseau téléphonique. Rien n'est disponible sur place, il faut tout commander à Cap Town et nous y passerons tôt ou tard… Nous rentrons au bateau, un peu déçu par notre première impression de Port Elizabeth. 

J'écris le reste de la matinée, Pascale se renseigne sur le Lonely planet puis nous partons déjeuner au Yacht Club. Un menu à 7€, dessert et vin compris, si on ajoute le prix de la marina avec eau et électricité compris à 7€/jour, on trouve déjà le coin beaucoup plus sympathique !

 

06/12/14

Finalement l'endroit est réellement attirant avec un centre ville où les bâtiments historiques rénovés alternent avec les constructions récentes. La ville est vallonnée, parcourue par des bretelles d'autoroute aériennes qui longent la côte.

Certains quartiers sont plus dangereux que d'autres, les innombrables bidonvilles sont proposés à la visite pour les touristes mais cela nous répugne… Aller prendre en photos des pauvres gens dans des quartiers où le taux de chômage dépasse les 60 % ne nous intéresse pas du tout.

Beaucoup de voiliers sont partis précipitamment hier soir, une nouvelle fenêtre météo et l'opportunité de profiter d'un vent portant vers l'Ouest ont libéré un certain nombre de places sur le ponton. En attendant, nous sommes vraiment secoués par la houle qui rentre, le vent qui pousse les voiliers et le rappel des amarres, tendues à craquer.

Hier, nous avons déposé un téléobjectif pour faire souder un minuscule contact électronique et ce matin, le taxi nous dépose devant le magasin. Notre chauffeur est  vraiment gigantesque, environ 200 kilos et le passager situé à l'avant est collé contre la portière pour lui laisser de la place ! En Afrique du sud, Il y énormément de personnes obèses avec des poids dépassants régulièrement les 150 kilos ! Nous les croisons toujours en train de manger…

Notre matériel photo est réparé gratuitement avec un beau "Welcome to south Africa" en prime, trop sympa ! Nous rentrons à pieds du centre ville et en chemin, nous cherchons un souvenir à acheter… Nous revenons au Yacht club avec une dent d'hippopotame sculptée, j'ai évité de justesse l'œuf d'autruche !

Nous louons une petite voiture car le taxi finit par coûter cher et à chaque passage de la grande porte du port, le véhicule est fouillé par les gardiens, ambiance !

 

07/12/14

Le coup de vent débute aujourd'hui avec 30 nœuds du SE et la grande marée joue les trouble-fêtes en nous envoyant des vagues qui passent par-dessus la grande digue… Le port n'a plus grand-chose à voir avec un abri serein et l'ensemble du ponton monte et descend au rythme des vagues qui sont passées…

Les amarres souffrent à chaque poussée et si ces conditions persistent, nous allons vers les problèmes… Pour l'instant ça tient !

Nous laissons notre pauvre Badinguet se faire malmener au ponton pour partir visiter le Kragga Kamma, un parc privé qui accueille des guépards… Le prix d'entrée est bon marché mais la visite est assez décevante. Nous tombons bien sur un groupe de guépards mais ils sont cantonnés dans une enceinte électrifiée et ils n'ont pas le loisir de chasser ou de courir… On dirait Thoiry…

Un peu plus tard, nous assistons à la parade d'une autruche mâle qui n'a qu'une envie, s'envoyer en l'air avec la femelle qui maintient son arrière-train en hauteur, bien en vue du bellâtre… Le prétendant se couche, bat des ailes et exécute une curieuse danse avec son cou… Chaud bouillant, Il se met debout très rapidement et se jette sur la provocatrice en tremblant de bonheur… ça, ça vaut le coup !

Nous sommes tranquillement dans nos couchettes, sous la couette, en train de regarder un bon film lorsque le premier choc attire mon attention… Un deuxième ne tarde, pas, on talonne et au fond du port, ce n'est pas de la vase… MERDE… L'horaire de marée indique que nous somme à l'étale de marée basse, il reste 50 cm sous la quille mais les vagues qui continuent à pénétrer dans le port nous font embrasser le fond de temps en temps, ça ne devrait pas durer… Du coup, je n'arrive plus à regarder mon film et je compte les minutes à attendre que la marée remonte un peu.

 

08/12/14

Je reprends une météo car le vent ne faiblit pas comme prévu et en découvrant les gribs, je constate que le pire est à venir, une fois encore, les prévisions ont changé… Le vent va monter à 35 nœuds cet après-midi, baisser dans la nuit et s'inverser demain pour souffler fort dans l'autre sens… On est en Méditerranée ou quoi ?

A 6h00, Thelma, une petite vieille assez ralentie récupère notre capote et les haut-vents du cockpit car les coutures néo-zélandaises sont cuites par les UV et tout a besoin d'être renforcé. Je ne sais pas combien de temps elle va mettre pour recoudre tout ça mais avec ses deux de tension, elle a raison de se faire payer à l'heure…

Cette fois-ci, nous partons vers "Addo Eléphants Camp", une grande réserve située à quarante kilomètres de Port Elizabeth. Comme d'habitude, nous roulons au ralenti sur les pistes carrossables à la recherche du lion, entre autre…

Nous voyons moins d'animaux que dans le Zoulouland, pas de grands troupeaux comme nous l'espérions mais au détour d'un virage, nous nous retrouvons face à face avec un éléphant gigantesque… Il remonte la piste vers un point d'eau que nous avons passé, très apprécié par les antilopes, les zèbres et les phacochères.

Le vieux mâle est énorme, il écarte les oreilles, secoue sa tête et lève sa trompe… Et qu'est ce qu'on fait dans ces cas là ???

On ne relève surtout pas le défi, on garde la tête droite, on plaque ses oreilles, on laisse tranquille sa trompe et on enclenche la marche arrière ! Ce petit jeu peut durer longtemps… 20 minutes plus tard, le pachyderme s'écarte sur le bas côté pour arracher quelques arbustes, c'est notre chance ! Nous passons à 4 mètres du patriarche solitaire et comme, il semble concentré sur sa mastication, nous restons un moment à portée de trompe pour le photographier et le filmer, ça commence bien !

Toute la journée, nous sillonnons les longues pistes du parc à la recherche des lions et nous ne sommes pas les seuls à chercher. Tous les occupants des véhicules que nous croisons espèrent apercevoir le roi de la jungle mais personne ne l'a vu. Même les rangers nous disent qu'ils n'en n'ont pas vu depuis un moment, c'est désespérant !

Nous rencontrons de grands troupeaux d'éléphants autour des points d'eau, Ils s'arrosent et se recouvrent de boue rouge et collante, d'autres jouent pendant que les jeunes mâles se battent à coup de défenses.

Un groupe de suricates traverse devant la voiture, ils se dressent sur leurs pattes arrières et font pivoter leur corps et leur tête sur 360°, exactement comme dans les dessins animés, quelle culture !

Un grand varan glisse dans les terribles acacias, un chacal trottine au loin pendant que des dizaines de tortues gambadent le long des pistes, mais toujours pas de lion et nous commençons à fatiguer à force de scruter chaque buisson… La végétation du parc est très différente de celle du Zululand, tout est plus vert, les immenses forêts d'arbustes et d'épineux sont si denses qu'on ne verrait pas un rhinocéros à 3 mètres de la piste, c'est vraiment sans espoir…

-       Pascale : Ca ne sert à rien, on ne verra pas de lion avec cette végétation…

-       Nicolas : Ouais, sauf s'il vient se coucher juste devant les roues de la bagnole… Il faudrait un sacré coup de bol !

-       Pascale : Je suis fatiguée, on arrête ?

-       Nicolas : Moi aussi, je suis crevé, on n'a pas assez dormi. Bon, j'en ai marre, j'accélère…

J'appuie sur l'accélérateur et nous poursuivons notre chemin à 40 km/h en soulevant un épais nuage de poussière…

-       Pascale : STOOOOOOOOOOOOOOOOOOPPPPPP !!!!!!! RECULE !!!! MAIS DOUCEMENT !!!! Vas-y recule, doucement, vas-y, vas-y…

-       Nicolas (en reculant doucement): T'as vu quoi ????

Et là, sur le côté gauche, au pied d'un arbre, à 5 mètres de la voiture, une véritable hallucination, UN LION, un magnifique, un sublimissime, un énorme lion allongé à côté de nous…

Je n'en reviens absolument pas, je ne pensais pas que c'était si grand et il est si proche… Le face à face va durer 20 minutes, juste lui et nous… Allongé à un endroit stratégique, il est à l'ombre d'un buisson et il profite du vent qui s'accélère dans la trouée de la piste, il n'a aucune envie de bouger… Nous aimerions qu'il se lève, qu'il remue un peu et nous essayons divers stratagèmes… Nous lui parlons, nous crions, nous sifflons, nous klaxonnons, nous tapons sur la voiture, nous lui lançons des gâteaux secs et même des pièces de monnaie mais le lion n'est pas vénal ni gourmand !!!  C'est seulement lorsque j'ai tourné les roues de la voiture dans sa direction et avancé légèrement qu'il nous a lancé un regard qui nous a fait froid dans le dos… Le roi des animaux n'a aucun humour et nous avons un peu oublié qu'il s'agit d'un dangereux prédateur !

Nous sommes comblés, heu-reux !!! Quelle rencontre incroyable, inattendue, alors que nous avions renoncé et accéléré, YES !!!

Après un petit tour au grand centre commercial de "Greenacres", nous reprenons la direction du port et la mer apparait à l'horizon, elle est déchainée, blanche d'écume. Les vagues passent par-dessus les grandes digues qui protègent l'autoroute côtière avec toujours cette grande marée haute qui aggrave la situation…

Le ponton de la marina est désarticulé, chaque portion flottante en béton est reliée à sa voisine par de grosses barres de fer et d'épais caoutchoucs et tout ceci bouge dans tous les sens avec des craquements inquiétants.

Badinguet va bien mais ses mouvements sont anormaux et le rappel des amarres est terrible. Une des grosses aussières doublées est en train de céder, il ne reste qu'un toron… Le vent souffle à plus de 45 nœuds, la houle rentre dans le port avec une hauteur de 1 mètre et les vagues passent par-dessus la grande digue en faisant des gerbes d'écume impressionnantes. Je change rapidement l'amarre rompue et quadruple les aussières pour la nuit. Pendant ce temps, les deux bateaux situés en face de nous rompent leurs gardes et le dernier tronçon du grand ponton cède avec un bateau amarré dessus…

Je commence par aider le bateau sud-africain le plus proche en passant de nouveaux cordages dans les taquets. Les deux femmes à bord sont effrayées par la situation et la plus âgée décide de descendre sur le catway. Leur voilier s'écarte et se rapproche sans cesse, la manœuvre est risquée mais elle ne m'écoute pas… Elle glisse, le bateau repart brusquement et elle tombe en se retenant à la filière ! Pendue dans le vide et dans l'eau jusqu'aux cuisses, elle manque de se faire écraser par la coque qui revient vers le lourd catway en béton et en ferraille… Je pousse comme un fou pour lui éviter d'être écrabouillée et sa fille tente de la remonter à bord mais elle est trop lourde et les embardées compliquent tout, il faut qu'elle atterrisse sur le ponton… La pauvre se retrouve à cheval sur une aussière qui se tend brusquement en la projetant verts le haut, c'est le moment que je choisis pour la tirer violement vers le catway où elle se retrouve, chancelante… OUF.

Tout est bien qui finit bien mais elle a frôlé la grosse punition… Nous rafistolons et consolidons les amarres rompues d'un autre voilier italien puis j'aperçois un bateau qui arrive, c'est "Mantra"….

Il était à Richard's Bay avec nous. Gordon est un Ecossais très sympa mais dans quelle galère s'est il fichu ??? Arriver avec 50 nœuds de vent et une mer en furie dans un port où rien n'est solide et où tout est en mouvement !!!

Pascale et moi sifflons, appelons à la VHF, hurlons dans le vent et il nous aperçoit enfin ! Ça fait 1/2h qu'il tourne en rond dans un furieux clapot, je lui indique le quai des pécheurs situé au Nord de la marina, c'est très abrité et il n'a aucune autre option, si ce n'est mouiller devant les cargos chargés de manganèse…

La zone est normalement interdite aux plaisanciers mais la situation est exceptionnelle et un chalutier l'aide à s'amarrer à couple, sous le vent d'un grand quai. Il bougera demain et se mettra en règle lorsque la tempête se calmera.

Il a vraiment dû en baver et j'imagine qu'il doit savourer le calme relatif qui règne ici.

Je contrôle une dernière fois les amarres que nous venons de régler et je rejoins pascale pour une vraie nuit complète si le vent baisse comme prévu !

Voilà une sacrée journée…

 

09/12/14

Il est 4h10, le bateau bouge dans tous les sens et j'entends les amarres grincer sous la tension. La frontale à la main, j'inspecte chaque cordage et tout va bien malgré les mouvements saccadés du voilier… Le vent est complètement tombé mais la houle et le ressac continuent à pourrir la marina… Pour se rendormir, bonjour !!!

Comme chaque matin, nous passons un bon coup de jet d'eau sur l'épaisse couche de manganèse qui recouvre le voilier… Il y en a partout, jusqu'en haut des mâts, sur les pavillons et les haubans sont complètement noirs… Les grands cargos se succèdent pour charger des milliers de tonnes du précieux minerais qu'un interminable train transporte bruyamment nuit et jour. Des centaines de wagons chargés jusqu'à la gueule sont tractés puis renversés sur des plates- formes. Le manganèse est ensuite déposé dans les soutes des cargos et une bonne partie s'envole pour recouvrir le port et la partie côtière de la ville… une calamité !

Nous quittons le port en direction d'une société qui vend du plexiglas et du polycarbonate à la découpe, les plexis latéraux du cockpit laissent passer l'eau depuis de longs mois. Encore une fois, nous sommes agréablement surpris par les tarifs pratiqués, minimum deux fois moins cher qu'en France. Nous achetons aussi du tissu pour protéger les pares-battages et nous rendons enfin le véhicule de location.

De retour au port, nous découvrons une fois de plus l'étendue des dégâts ! La mer est à nouveau blanche d'écume, 40 nœuds de vent soufflent exactement à l'opposé d'hier… Les voiliers subissent le ressac de plein fouet et les anémomètres ne décollent pas des 35-40 nœuds.

Deux nouveaux bateaux sont en approche, Avec Gordon, de "Mantra", nous aidons un autre Ecossais à s'amarrer dans la tourmente… Il vient de passer 9 heures à tenter d'approcher l'entrée du port !

 

La manœuvre d'amarrage effectuée, nous discutons un moment. Gordon me confirme qu'en 30 ans de navigation, il n'a jamais eu une entrée de port aussi difficile qu'hier !!! 50 nœuds de vent, des vagues énormes et un ressac épouvantable entre les deux digues d'entrée.

Nous connaissons bien le deuxième voilier qui approche, leurs occupants viennent d'appeler les sauveteurs car ils ont une voie d'eau au niveau du propulseur… Les pontons sont à la limite de la rupture, les vagues passent par-dessus et retourner sur la terre ferme devient acrobatique… Les sauveteurs accompagnent le 57 pieds vers le quai des pécheurs, les pontons sont inaccessibles pour le moment.

Nous ne comprenons vraiment pas comment autant de voiliers se sont fait piéger dans cette tempête !!! Les météos sont très précises et si la fenêtre de vent ne dépasse pas les 24h, il faut rester à l'abri et attendre d'avoir de bonnes conditions avec au moins 48h de vent favorable. Tous ces navigateurs chevronnés ont pris des risques inconscients…

Le grand Bénéteau accidenté est à couple de "mantra" en attendant une accalmie, les "rescues" sont retournés au sec et Rob arrive enfin avec notre capote recousue. Sa nonchalante femme prénommée Thelma, a vérifié, renforcé toutes les coutures et a changé les fermetures à glissières de notre protection de cockpit. Nous la remettrons à poste demain, ça souffle trop.

Badinguet est malmené par le vent mais avec des amarres quadruplées, nous dormirons tranquilles !

Nous recevons Glenn, Jeanine et leurs deux enfants que nous avons rencontrés avant-hier à la "barbecue party" du yacht club. Ils ont amené des saucisses de koudou, de la viande séchée d'antilope et un délicieux vin blanc bien frais… Inutile de dire que ce qu'on préfère dans tout ça, c'est le pinard !

Le voilier est vraiment malmené par les rafales et le ressac qui balayent le fond de la marina. Très vite, Glenn manifeste les premiers signes du mal de mer de base… Il devient tout blanc, parle peu et sort régulièrement dans le vent pour prendre l'air et quelques gouttes de pluie en prime !

Le ti'punch l'achève complètement et toute la famille quitte le bord, l'estomac au bord de lèvres ! Il faut dire que se faire secouer comme ça dans un port, c'est du jamais vu !

Je vérifie pour la centième fois les amarres et les pares-battages, le vent souffle toujours à 40 nœuds dans les rafales mais tout ça devrait baisser cette nuit, je dis bien "devrait" car ici, ça ne s'arrête jamais longtemps. Port Elizabeth est surnommée "windy city", nous sommes d'accord !

Nous avons demandé à plusieurs amis de se renseigner pour nous car les places de port du côté de Cape Town sont rares et si nous pouvions être un peu pistonnés pour y séjourner, ce serait génial. Glenn, a fait jouer ses connaissances et j'ai reçu un mail du manager de Simons's town, si seulement ça pouvait marcher…

Nous retrouvons enfin nos couchettes après un long skype avec Arnaud et Martine. Nous sommes épuisés par ce vent qui hurle depuis des jours et par les mouvements incessants du bateau. La prochaine fenêtre météo pour décamper d'ici est samedi…. pour le moment… si ça ne change pas…

 

10/12/14

Une énorme nuit et à l'aube, j'attaque le nettoyage des surfaces de collage des plexis latéraux et côté Sikaflex, ils ont eu la main lourde !

A 11h, les deux plexis sont posés et ils sont tellement transparents qu'on a l'impression que tout est ouvert !!! Ca donne envie de remplacer les pare-brises mais ce sera pour plus tard.

Je change dans la foulée les membranes du déssalinisateur et je découvre au passage que le coude d'échappement recommence à fuir… Ca aussi, ça attendra…

L'après-midi, c'est "atelier couture"… Une autre de nos bâches de cockpit est complètement bouffée par les UV et Pascale se sent d'attaque… Elle passe 1/2h à s'entrainer sur des bouts de chiffons et c'est parti… 3 heures de travail, avec l'aide de Marie-Claude et Guy, deux Français qui vivent en Afrique depuis toujours…

Rafraichis par quelques bières fraiches, nous sommes trois à commenter et à critiquer le travail délicat de Pascale, et elle se débrouille comme une championne !!! Si ça continue, nous ne ferons plus appel aux professionnels pour réparer nos tauds, trop forte la Lulu !!!

En tous cas, quel bonheur d'être au calme !!!

 

11/12/14

Une journée ensoleillée et calme pour poursuivre nos petits travaux d'entretien, je  vidange le moteur pendant que Pascale s'attaque aux housses des pare-battages.

Guy vient nous chercher avec son Berlingo et nous découvrons son petit appartement et l'immense garage qui lui sert d'atelier. Marie-Claude a mis les petits plats dans les grands. Après une soupe de légumes, un ragout de Springbok et d'autruche… et oui, vous avez bien lu, on  a mangé de l'autruche !!! Et en dessert, une délicieuse salade de fruits avec de la glace à la vanille.

Je passe une partie de l'après-midi avec Guy à bricoler dans son garage, il nous soude quelques petites pièces en inox et nous retournons sur Badinguet où il démonte les injecteurs du moteur. Un peu inquiet, je le regarde faire en espérant que tout sera en état de marche demain…

Marie-Claude et Guy sont vraiment fabuleux, malgré la somme de travail que Guy doit abattre chaque jour avec les bateaux internationaux, ils aident les navigateurs de leur mieux, les emmènent faire des courses, leurs donnent des plans et des astuces pour trouver du matériel.

Nous dinons au Yacht club avec les équipages des autres tourdumondistes, nous sommes les seuls Français et après le deuxième verre de vin blanc, je perds complètement le fil de la conversation. Nous sommes trois voiliers candidats au départ ce weekend, un Allemand, un Ecossais et nous et une fois de plus, les prises de météo deviennent des prises tête !!!

 

12/12/14

45 nœuds de vent de Sud et la marina est une fois de plus soumise à de violentes rafales. La houle n'a pas eu le temps de se lever donc les embardées des bateaux sont gérables. Je passe toute la matinée dans la soute à tenter de retirer les joints en cuivre des injecteurs et c'est mission impossible ! Guy me fabrique un outil spécial que je meule pour essayer de le glisser sous les rondelles cuivrées afin de les décoller mais c'est peine perdue.

Le vent hurle dans les haubans lorsque Pascale quitte la marina à pied pour aller chercher du liquide et un bracelet en poils de fesse d'éléphant qu'elle a repérer, je reste dans la soute à m'acharner sur ces fichu joints collés.

Je reçois un coup de Skype de Marie-Claire et Marcel, propriétaires de "Ganesha", un magnifique "54" de chez Amel. Ils envisagent de nous rejoindre après Noël. Cela fait des jours qu'ils essayent de nous dégoter une place au Royal Yacht Club de Cape Town mais pour l'instant, ça reste complet. Ils nous ramèneront des pièces dans leurs bagages et notamment, deux crémaillères de barre à roue car les craquements sont de plus en plus fréquents.

A peine la communication terminée, je retourne dans le vent en passant devant le téléphone de Pascale qui vibre… Un message a été laissé mais personne n'a parlé, juste un énorme bruit de fond, comme dans un hall de gare !?

Le téléphone vibre à nouveau, je décroche…

-       Pascale (en pleurant) : Je me suis fait attaqué, on m'a volé la carte bleue.

-       Nicolas : Où es-tu ?

-       Pascale : Je suis au poste de police, l'agent de sécurité de la banque m'a accompagné. Viens me chercher, c'est au centre ville.

-       Nicolas : J'arrive.

-       Pascale : Non, attend, il faut d'abord faire opposition sur cette CB…

Une fois la carte déclarée volée, je croise Guy sur le ponton et nous partons tous les deux au commissariat.

Pascale est dans un coin, personne ne là prise en charge, tout le monde s'en fout car elle n'a pas pris de coup de couteau et elle ne se vide pas de son sang… On dégage de là et Guy nous redéposent chez lui… Va-t-on manger à nouveau de l'Autruche ?

Pascale se remet de ses émotions en compagnie de Marie-Claude pendant que Guy et moi repartons chercher mes injecteurs chez Bosch, ils sont comme neufs et le prix à payer est… une bouteille de whisky !

Nous déjeunons tous ensemble dans un restaurant de fruits de mer et chacun retourne à ses occupations. Guy remonte méthodiquement les pièces du moteur puis je l'aide à transporter des bidons de gasoil contaminé des voisins allemands jusqu'à sa voiture. Ce bateau s'est fait arnaqué en faisant le plein de carburant à Richard's bay.

Les météos sont prises plusieurs fois par jour par plusieurs équipages les bulletins sont assez folkloriques avec des différences inquiétantes.

Pour demain, tout le monde est d'accord, ça passe… Mais après, ça se complique avec du vent contraire pendant… un certain temps… et avec… une certaine force… entre 10 et 20 nœuds et ici, 20 nœuds, ça veut parfois dire 40 !

Il faut trancher et les 3 bateaux décident de partir demain matin car il y a plusieurs abris possible pour négocier la bascule de vent en toute sécurité.

Glenn, Jeanine et leurs deux enfants viennent nous chercher à 17h pour un apéritif surprise sur le front de mer. 2 bouteilles de Riesling et deux assiettes de fromage plus tard, nous sommes de retour au Yacht Club pour diner.