²

PARTIR AU LARGE

TDM Atlantique TDM Pacifque TDM Asie du S.E. TDM Indien Proverbes,... Mouillages de rêve Amis, Liens Autres sites Pêches et Poissons Côté Technique Bateaux rencontrés Belles images

Carnet de bord I1 Carnet de bord I2 Carnet de bord I3 Carnet de bord I4

 

 

 

 

 

  MADAGASCAR

 

13/10/14

Il fait jour bien avant 6h et je ne résiste pas à l'envie de profiter du calme de l'aube…. Je range le gennaker lorsque deux nageoires fendent la surface en se rapprochant. Les dauphins tournent autour de Badinguet et repartent jouer un peu plus loin. J'appelle régulièrement les autorités sur le "16" mais personne ne répond et je m'égosille pour rien entre deux préparatifs.

L'annexe est regonflée et mise à l'eau juste avant 8h et nous finissons par prendre nos cliques et nos claques pour aller à terre à la recherche des douanes ou de l'immigration, histoire d'être en règle… Le petit port est quasiment vide et nous faisons demi-tour pour aborder une presqu'ile où les douanes devraient se trouver…

Le quai en béton n'a plus d'âge, il est effondré en de nombreux endroits et les bateaux qui y sont amarrés ne valent guère mieux. Certains sont coulés et éventrés et l'accès à la terre est compliqué, il s'agit de trouver une place pour notre annexe… Et qui prend notre amarre ? Maël et Mada sont sur le quai ! Youpi !!!

Ils ont vu que nous quittions le bord et sont arrivés au bon moment au bon endroit.

Après avoir demandé notre chemin à 25 personnes, nous trouvons enfin le bâtiment des douanes… Il est dans le même état que tout le reste et un petit bonhomme en short et en tee-shirt vient nous ouvrir avec un sourire qui ne révèle que deux canines !

Il nous souhaite la bienvenue, nous tend deux chaises puis il s'installe derrière son bureau vide… Un autre douanier arrive à son tour, aussi méconnaissable que son compère édenté. Un tee-shirt, un short et un sourire pour tout uniforme ! Ils cherchent partout les formulaires et finissent par se rabattre sur un morceau de papier avec une partie vierge de 4 cm sur 5. Il y inscrit que nous avons payé les 60 000 ariarys (20 €) et tamponne sont ticket de métro pour nous le tendre, les formalités douanières sont remplies !!!

Au tour des gardes-côtes, dans le bureau d'en face,  Il n'y a pas d'électricité avant 10h30 dans cette partie de la ville et rien ne fonctionne. De toutes façons, vu les antiquités en matière de PC ou de VHF, on se demande si ça fonctionnera lorsqu'il y a de l'électricité… ici non plus, pas d'uniforme, et encore 60 000 arias, 20€ que Maël nous avance. Le garde-côte me demande en souriant si nous n'avons pas de produits interdits, drogue, armes, etc. il finit sa phrase en m'expliquant que de toutes façons, ils n'ont pas les moyens d'aller vérifier à bord. Tout ceci se fait dans la bonne humeur et nous retournons sur Badinguet avec deux invités de marque.

Un bon petit-déjeuner sous le soleil malgache puis nous repartons pour terminer le parcours des formalités. Il reste l'immigration et c'est la police qui se charge de tamponner nos passeports. Le bureau est dégarni comme tout le reste et une vieille machine à écrire avec des carbones fait office de PC. Une énorme araignée traverse la petite salle et tout le monde soulève son sac pour éviter qu'elle n'y trouve refuge…

Apres avoir tamponné une page entière de nos passeport, le policier m'explique en souriant qu'il faut que nous le remercions… Je propose une bouteille de vin mais ils sont 3 et ne veulent pas partager… Ce sera 10 000 Arias par personne et on arrête les bakchichs ! Nous somme en règle pour 50€ en tout, on s'en tire plutôt bien… Nous quittons le poste de police et l'épouvantable vacarme du générateur situé juste à côté.

Maël et Mada sont déjà bien connus dans la petite agglomération de Ambodifototra et ils nous emmènent manger dans un restaurant très sympa où nous dégustons un ragout de zébu avec des frites et des bières malgaches THB. Une importante communauté de retraités français vit sur l'ile de Ste Marie. Les après midi, ils se retrouvent pour discuter et consommer une quantité non négligeable de boissons alcoolisées… Pour ce que nous en avons vu…

 

14/10/14

Une nuit courte et un départ aux aurores, un petit coup de vent du Nord de 25 nœuds est prévu dans les jours qui viennent et si on veut exploiter le séjour des enfants, il faut bouger pour ne pas être coincé ici 5 jours.

85 milles nautiques pour entrer tout au fond de la grande baie d'Antongila et se mettre à l'abri dans la petite crique de l'ile Mangabé, "port Mémoria".

La navigation se passerait tranquillement si Maël n'avait pas décidé de travailler et de nous rendre service… IN-TE-NA-BLE !!! Il a nettoyé tous les pares-battages souillés et rangé l'intégralité du coffre arrière. Du coup, j'ai voulu l'aider et je me suis à nouveau blessé à l'avant-bras, tout est à refaire !

Il fait nuit noire lorsque Badinguet engage le mouillage. Le radar, les cartes et une bonne lampe torche nous permettent de jeter l'ancre au beau milieu d'une surface très calme, cernées de montagnes. C'est lorsque le moteur est coupé que nous prenons conscience de l'endroit où nous nous trouvons… en pleine jungle !

Les cris des lémuriens et des oiseaux sont très impressionnants et tout autour du bateau, les prédateurs sont en chasse, ça saute, ça plonge, et ça attaque de tous les côtés.

La forêt se calme peu à peu et nous dinons tranquillement dans le cockpit éclairé par la rampe de leds qui disparait sous une nuées d'insectes.

Maël passe une bonne partie de la soirée à tenter de communiquer avec ses futurs employeurs et comme le débit internet est très lent, il peste, fulmine et jure comme un charretier !

 

15/10/14

Comme nous le supposions, l'endroit est magnifique et une belle plage borde la crique. Le point culminant de l'ile est à 334 mètres et les lémuriens sont en pleine forme à partir de 5h du matin !

Maël est à nouveau attablé derrière mon ordinateur portable et je n'aimerai pas être une touche du clavier en ce moment !!!

Pascale et moi partons à terre pour découvrir le site et nous faisons la connaissance de Bertrand qui vit avec sa femme dans une hutte en bord de plage. Pas d'électricité, de l'eau dans les rivières qui dégringolent des sommets, des haillons sur le dos et deux pirogues taillées dans des troncs… Ils n'ont rien mais ils mangent chaque jour et lorsque je vois les abdos qu'il a à 55 ans, je m'incline… Il parle 3 mots de français et il nous guide vers une autre crique où se trouve l'entrée du parc national… En chemin Pascale se fait dévorer les pattes arrières par les moustiques et nous n'avons pas de répulsif ! Nous n'avons pris aucun traitement préventif contre le paludisme et ici, il est costaud !!!

Nous négocions rapidement le prix du guide puis nous revenons à bord pour nous équiper comme il se doit. Un pantalon (sauf Maël), de bonnes chaussures de marche (sauf Maël), du répulsif partout ou la peau dépasse (sauf Maël), une grande bouteille d'eau, les appareils photos et la Go pro. L'annexe est remontée sur le sable puis nous attaquons la grimpette en compagnie de notre guide. Les premiers lémuriens sont vitre repérés par les yeux habitués de Marcel et sans son aide, nous serions passé à côté sans les voir. Lorsqu'ils sont dérangés, ils émettent des hurlements incroyablement sonores et Maël et moi tentons de les reproduire chemin faisant, histoire de causer avec ces petites bêtes. La balade dure plus de deux heures et le dénivelé est au rendez-vous avec des racines, des pierres glissantes, une grosse épaisseur de feuilles mortes et tout ça en gardant la tête en l'air pour dénicher des animaux !

En fin de parcours, à force de faire les imbéciles avec Maël, nous dérangeons un couple de grands lémuriens blanc et noir qui se mettent à hurler. C'est en coupant à travers la jungle que nous les découvrons en train de faire la sieste à 30 mètres du sol, s'agit pas de cauchemarder ! Ces petites bêtes, cousins des singes, sont actifs de 4h à 10h le matin et de 16h à 22h le soir et lorsqu'ils ont peur, ils font un boucan inoubliable, fabuleux !

Je reste très gêné par ma déchirure musculaire et Maël démonte complètement le déssalinisateur pour changer les têtes de membranes et les tuyaux haute-pression. Le produit chimique qui permet d'hiverner les déssalinisateurs ronge complètement les têtes de membranes et c'est bien la dernière fois que j'utilise ce genre de biocide.

Pascale et Mada reviennent de la baignade sous un soleil qui décline tranquillement. Il fait un temps magnifique et on peine à imaginer qu'il y a un coup de vent le long des côtes malgaches.

Maël se remet au boulot en soirée et parvient enfin à passer un mail avec des pièces jointes ! Hourra, ça s'arrose et ça s'est arrosé comme il faut…

 

16/10/14

Un réveil anormal à 3h du matin parce que ça claquait sous la jupe et un réveil normal à 6h parce qu'il fait jour et chaud et que les lémuriens hurlent comme des tarés !

Tout le monde est debout de bonne heure et après un bon rinçage sous pression du déssalinisateur, la machine à laver reprend du service. Maël et moi repartons à la recherche des descendants des primates et nous escaladons un des sommets de l'ile sans en voir un seul, par contre, on les entend très bien !

-       Maël : Eh, P'pa, tu savais que les premiers explorateurs ont marché pendant 60 jours dans la jungle à la recherche des Indri-dri sans en voir un seul ?

-       Moi : Des quoi ?

-       Maël : Des Indri-dri, des lémuriens !

-       Moi : C'est bien ce que tu racontes, ça motive pour la grimpette !!!

De retour sur la plage, Pascale et Mada nous rejoignent pour un bon bain sous les regards amusés de Bertrand et de ses amis pécheurs.

Il est temps de retourner à bord pour changer de mouillage. Une heure plus tard, nous ancrons Badinguet, le cul à la plage, devant Maroantsetra. La ville en elle même est assez loin et nous mettons une grosse demi-heure pour arriver dans la commune.

Sous une chaleur épouvantable, nous trouvons enfin un restaurant qui accepte de nous faire à manger. Un steak de zébu immonde mais le reste est délicieux, espérons que nous ne tomberons pas malades car lorsqu' nous avons récupéré Mada et Maël à Ste Marie, leurs boyaux n'étaient pas au mieux.

Maël repart seul chercher l'annexe car le fleuve traverse la ville et on devrait pouvoir économiser la marche du retour. Les filles font quelques courses de frais, 8 citrons verts et quelques tomates mais dans l'ensemble, il n'a pas grand-chose qui nous attire dans le grand marché. Les Malgaches sont assez petits et si hier, c'est Maël qui a décroché toutes les toiles d'araignées dans la jungle, aujourd'hui, je marche courbé pour ne pas me faire scalper par les bâches et les toits en tôles des échoppes.

Nous rejoignons la rivière en traversant des stocks de bois de rose dont la production est désormais réglementée. Le fleuve est très peu profond et un grand nombre de pirogues, chargées jusqu'à la gueule, assurent le ravitaillement des villages isolés.

Maël arrive et l'annexe fend l'eau boueuse pour nous rejoindre. Il m'explique que le vent s'est levé et qu'il y a pas mal de vagues au large, pas de temps à perdre !

Nous embarquons rapidement et nous voilà partis dans des méandres tortueux et sournois ou la profondeur dépasse rarement 40cm. La mer s'est levée, Badinguet a le cul vers la plage et nous ne trainons pas pour lever l'ancre et revenir à notre base arrière, port Mémoria.

Mada et Maël partent en annexe, Pascale prépare le repas et je tente difficilement de me remettre un peu à l'écriture et de rattraper mon retard. C'est à ce moment précis que, juste derrière Pascale, un couvercle de Tupperware s'ouvre en faisant "Blop". Je vois alors ma blonde frisée sursauter comme dans les dessins animés, Elle a carrément sauté en l'air de peur, ses deux pieds ne touchaient plus le sol…

Je pense que le filet de zébu de ce midi va nous jouer des tours…

 

17/10/14

Pascale et moi sommes debout à l'aube, les enfants trainent un peu dans leur couchette… Bertrand arrive silencieusement avec sa pirogue, il a pêché 4 beaux encornets qu'il nous tend. En plus d'un petit billet, nous lui donnons un leurre, quelques tee-shirts et une corde en nylon et un miroir pour son épouse, il est aux anges.

Les cordages de mon oncle tahitien Jean-Claude sont coupés tous les 12 mètres, notre vieux génois a permis de tailler 6 voiles, nous avons des tee-shirts publicitaires, des leurres et du matériel de pêche et Pascale conserve un grand sac rempli de ballons, de vêtements pour enfant et j'en passe. Nous conservons tout ça depuis des années afin de le donner aux Malgaches, démunis de tout… Nous n'échangeons pas, nous offrons à ceux qui nous semblent en avoir le plus besoin… Le voilier va s'alléger nettement !!!

Badinguet relève une ancre pleine de vase à 8h et part au moteur en direction de Ambanizana Situé à 18 milles de Manga bé. Le déssalinisateur fonctionne à la perfection et le rinçage sous pression a redonné une deuxième jeunesse aux membranes.

Le fond est régulier et nous mouillons par 5 mètres sur du sable, devant une immense plage bordée d'arbres gigantesques.

Comme hier, une brise thermique du Sud se lève en début d'après midi pour atteindre 16 nœuds puis la baie redevient calme deux ou trois heures plus tard. Mada, Maël et moi repartons à la recherche du village, Pascale profite du calme pour se reposer et bouquiner à bord.

3 bras  remontent l'annexe sur le sable, deux à Maël et un à moi puis nous longeons la rive jusqu'à arriver à l'embouchure d'une petite rivière où quelques enfants se baignent. A chaque fois que nous demandons notre chemin, la réponse est la même, il nous montre du doigt l'amont de la rivière et nous poursuivons notre route. Ils ne parlent pas un mot de français et leurs prénoms sont incompréhensibles !

Quelques zébus paissent dans les champs et lorsque nous arrivons sur un petit promontoire, la vue qui s'offre à nous est incroyable… Des dizaines d'enfants et d'adolescents jouent, lavent du linge et font la vaisselle dans une succession de cascades. Nous progressons un peu plus et c'est l'affolement général, certains s'enfuient, d'autres se cachent mais la plupart nous regardent, éberlués de voir des vasas (des blancs) en ces lieux…

Le lit de la rivière est chargé de rochers et de grosses pierres plus ou moins glissantes et 3 adolescents nous prennent en charge pour nous guider vers le fameux village. Il y a des enfants partout et sur chaque rocher, des vêtements et des ustensiles de cuisine sèchent au soleil. La rivière est fraiche et de cascades en cascades, nous progressons dans l'eau ou en sautant de rocher en rocher.

D'abord très surpris par notre présence, les enfants sont restés à l'écart mais maintenant, nous sommes accompagnés par une foule de petit acrobates trempés et rieurs.

La rivière s'enfonce dans une jungle dense et vu les difficultés pour progresser, nous commençons vraiment à nous poser des questions sur notre destination… Il ne peut pas y avoir de village en amont… Nous tentons d'en savoir plus mais la communication est complètement stérile, Les ados ne comprennent que deux mots en français : "bonjour" et "ça va ?" Ca ne va pas suffire pas pour trouver leur village….

Tout notre groupe fait donc demi-tour et les appareils photos qui effrayaient tout à l'heure les enfants deviennent une attraction… C'est à celui qui prendra la meilleure pose, ça crie, ça joue, ça chante, ça danse, ça saute dans l'eau tout autour de nous, un très beau moment perdu dans la grande baie d'Antongil.

Le soleil décline lentement et la lumière se réchauffe au dessus de l'eau fraiche, une petite casserole remplie de bananes est posée sur un feu de bois, 3 adolescents boivent fièrement de l'alcool sous les regards langoureux de jeunes admiratrices pendant que les plus jeunes plongent du haut des cascades en criant.

Il est l'heure de retourner à bord. Nous n'avons toujours pas trouvé le village mais que d'émotions en découvrant cette incroyable rivière cachée…

Sur la plage, des dizaines d'enfants repartent, chargés de bois, d'eau et de linge propre, ils disparaissent dans la jungle un peu plus loin, le village doit s'y trouver…

Pascale nous rejoint pour un dernier bain et une distribution de cadeaux dans un joyeux chahut ! Elle a dans son sac tout un tas de crayons, de ballons et de sucettes, elle est littéralement submergée par les enfants et on a du mal à imaginer que sous cette multitude de bras et de jambes se trouve Pascale…

Un repas de fête nous attend au bateau, foie gras avec chutney d'oignons confits, bavette aux pommes de terre sautées et salade de fruits en dessert… le tout arrosé d'un bon bourgogne… Tout ce qui restait de mon anniversaire pour célébrer le diplôme de Maël et la guérison de Pascale, quant à mon anniversaire, je préfère ne pas y penser !

 

18/10/14

Une bonne nuit dans ce mouillage pourtant très ouvert. Il est certain qu'avec tout autre vent que du Nord, cet endroit ne serait pas tenable…

L'annexe s'échoue sur le sable et nous nous enfonçons dans les terres par un petit chemin. Très vite, une cabane, puis deux, trois et enfin le village qui se trouve juste derrière la barrière d'arbres qui longe la plage. Jamais nous n'aurions imaginé découvrir un tel endroit si proche du mouillage.

Stéphan parle parfaitement le français et tient un petit magasin de fripes. Il vient au devant de nous avec des bananes et un corossol en guise de bienvenue, quel accueil !!

Le village est très différent de tout ce que nous avons pu voir depuis notre arrivée et notre hôte est très surpris de nous voir en ces terres à l'écart des routes touristiques. Il nous explique qu'il est très rare de voir un voilier dans cette baie mais il arrive qu'une fois par an, un petit bateau avec des touristes passe dans le coin…

Les cris et les pleurs des petits enfants que nous croisons confirment à l'évidence que ces jeunes malgaches n'ont jamais vu de blancs, nous sommes ici en terre authentique dans un village complètement épargné par la modernité et le tourisme.

Les clous de girofles sèchent au soleil, les femmes acceptent en souriant que nous les photographions, tout le monde nous salue, vient nous voir pour échanger un sourire ou un "bonjour", ici, tout est simple et beau.

Stephan nous explique que 1000 habitants vivent ici dans des petites huttes de branchages et de planches, pas d'électricité, pas de véhicule, pas de générateur…. Qui peut deviner que 1000 personnes vivent à 50m de la plage ? Cachée dans la verdure, l'agglomération est longue de 300 mètres et les habitations très sommaires sont collées les unes aux autres. Une grande allée de sable la traverse par le milieu et une multitude de sentiers la parcoure en tous sens pour accéder aux innombrables cabanes sur pilotis que l'on devine derrière les premières maisonnettes. Quelques magasins colorés et plusieurs puits avec des pompes à main attirent le regard et les innombrables volatiles qui vivent en liberté dans le village.

Stephan nous parle de sa vie avec passion et nous présente ses amis, formateurs en agriculture qui passent le fleuve en pirogue afin d'enseigner la meilleure façon de cultiver le tarot, l'igname ou la patate douce. Nous revenons au village par un autre chemin et nous passons devant la maison d'un fabriquant de tombes… Les corps sont mis en terre pendant deux ans puis les ossements sont placés dans des petits tombeaux qui sont stockés dans des lieux sacrés par les familles des défunts.

Un peu plus loin sur le sentier, des chants mélodieux attirent notre attention… Ils viennent de l'école mais on dirait des chants religieux… Le bâtiment est en bois comme toutes les autres constructions, et plus nous approchons, plus les chants nous semblent envoutants… La luminosité est  éblouissante et ce n'est que lorsque nous pénétrons à l'intérieur du grand bâtiment que nous découvrons ce qui se passe à l'intérieur.

Sur les bancs de l'école, des familles entières chantent des cantiques pour la cérémonie religieuse. Les gens nous sourient, nous invitent à nous assoir et à chanter avec eux. Pascale s'installe et je la rejoins pour tenter de suivre le texte que l'on vient de nous donner… Sans aucun instrument pour les accompagner, les femmes et les hommes chantent en malgache avec des tons différents et le rendu est magnifique. Pascale est toute émue en quittant l'église improvisée. Encore une sacrée émotion à partager la ferveur de ces croyants. .

Stephan nous rejoint à la plage avec 10 cocos, des bâtons de vanille et des papayes, nous lui offrons des cordages et une voile puis c'est l'heure de la baignade avant de rejoindre Badinguet.

Nous levons l'ancre à 10h, enchantés et émerveillés d'avoir partagé le quotidien de ces formidables habitants isolés du reste de Madagascar. Pas de route d'accès, perdu au milieu du parc national de Masoala, la petite bourgade cachée d'Ambadizana disparait derrière sa barrière de verdure dans le sillage du voilier…

Nous mouillons deux heures plus tard dans la baie de Tampolo, juste derrière un ensemble de récifs rocheux. 6 mètres de fond sableux et un vent en rafales qui vient du Nord, pour changer. La plage est immense, déserte et tout l'équipage se retrouve dans l'eau claire après le repas de midi.

Mada et Maël partent chasser avec le fusil pendant que Pascale et moi découvrons l'embouchure d'une rivière qui s'enfonce dans une jungle impénétrable.

Maël a fléché un petit pagre et un perroquet et lorsqu'il me tend une énorme porcelaine tigrée, je décide de repartir avec lui malgré mon bras toujours douloureux. Les fonds sont magnifiques avec des coraux multicolores encombrés de bénitiers. La faune n'est pas habituée à être chassée et les coquillages ne sont pas ramassés. Une tortue s'éloigne de Maël pendant que deux raies pastenagues violettes glissent entre les récifs…

De retour à bord, il s'agit de rincer tout le matériel, remonter l'annexe sous les bossoirs, écailler les 3 poissons de Maël et se faire servir des délicieux ti'punch concoctés par Mada… Elle a passé avec succès le premier test !

Il est 18h45, Maël est en cuisine, il prépare les encornets pendant que nous levons nos verres à mon cousin Guillaume qui se marie aujourd'hui après 2 beaux enfants et plus de 20 années de vie commune. Plein de bonheur à vous quatre !

19-20/10/14

Un départ à 1h00 du matin car je viens seulement de récupérer une météo après 4 tentatives infructueuses… En général, Maxsea renvoie les fichiers Grib environ 10 minutes après réception de la demande mais là, mystère ! Badinguet avance dans le noir et quitte la grande baie d'Antongil à regret. Il est incroyable que les navigateurs ne fassent pas escale dans des baies authentiques comme celle d'Ambadizana… Avis à nos amis réunionnais qui viendraient croiser en ces eaux, passez-voir ces villages de la péninsule de Masoala, coupés du reste du monde. Le vent est faible comme prévu et nous commençons notre longue remontée le long de la côte Est de Madagascar. La grande houle est au rendez-vous mais pas le vent espéré et nous peinons contre les grandes vagues de l'océan indien. Nous croisons des dizaines de baleines accompagnées de leurs baleineaux et nous parvenons à nous approcher suffisamment près pour que Mada les entendent souffler bruyamment avant de plonger. C'est la première fois qu'elle voit ces grands mammifères marins et il y en a partout… Quelques dauphins timides viennent accompagner Badinguet puis le jour laisse la place à notre première nuit en mer. Maël et Mada font le premier quart, j'assure le deuxième et Pascale termine la nuit comme à son habitude. Pas de baleine durant la deuxième journée qui est chahutée mais le vent est de retour et nous progressons vite sous voiles. En début d'après-midi, la ligne de traîne part comme une furie, le fil part à toute vitesse, j'augmente doucement le frein et tout le monde s'agite dans tous les sens sans penser une seule seconde qu'il faut arrêter le bateau !!!! j'ai beau crier d'enrouler les voiles, ça coure un peu partout mais le bateau continue à avancer à 6 nœuds et le fil casse sur un nouveau départ… Ca devait être un très gros, quel dommage !

 

 

J'ai perdu 100 mètres de tresse et un beau leurre, M…. ! Je refais complètement la ligne avec un leurre de derrière les fagots et la traine repart derrière le bateau…

Je n'aime pas prendre un poisson lorsque le jour baisse car il faut nettoyer jusque tard dans la nuit et la mer n'est pas de tout repos dans le coin. Il est 16h50 lorsque je demande à Pascale de remonter les lignes et Maël l'accompagne… chacun est sur sa canne à mouliner pour savoir qui va remonter la ligne en premier… C'est à ce moment que la canne à pêche de Maël se tord violemment et le fil se dévide rapidement…

Les voiles sont enroulées en moins de temps qu'il ne faut pour le dire mais le fil continu à filer… Je fais tourner le bateau en me servant du moteur et Maël peut commencer à taquiner le goujon. 1/4h plus tard, un énorme wahou atterrit sur le pont, certainement plus de 25 kilos et un fabuleux record pour mon fils qui hurle sa joie en découvrant sa proie, épuisée à ses pieds.

Deux bonnes heures à lever les filets du grand poisson et 17 sacs de congélation en plus dans le congélateur, bravo !!!

Une nuit épouvantable, on a l'impression d'être dans une machine à laver, la mer est dans tous les sens et le vent est trop faible pour nous appuyer dessus. Maël et Mada partent se coucher vers minuit, je n'ai pas encore fermé l'œil lorsque j'attaque mon quart et Pascale sera dans le même état 3h plus tard pour son tour de veille…

Au matin, nous engageons le fameux cap Nord de Madagascar, le cap d'ambre… La théorie dit qu'il faut le passer au ras des cailloux en essayant de conserver une profondeur de 15 mètres sous la quille pour bénéficier d'un puissant courant Est-Ouest… En fait, le courant ne commence vraiment que lorsqu'on approche du cap d'Ambre et sur la partie Est, je n'ai pas eu du tout envie de raser les cailloux avec une mer comme celle là !

Et pour clouer le bec à toutes les imbécilités qu'on entend, le courant pousse à 3 nœud et non pas à 7 nœuds comme j'ai pu l'entendre de la bouche de navigateurs qui ne sont jamais passé par là !

Nous amorçons ensuite la descente vers le canal du Mozambique accompagnés de nombreuses baleines qui se laissent approcher sans broncher pour le plus grand bonheur de nos deux loupiots an vacances.

Pascale ne veut plus qu'on pêche mais les chasse d'oiseaux sont trop nombreuses pour qu'on ne s'amuse pas un peu. Un gros barracuda en fait les frais puis un thazar que Maël découpe sur le pont.

La ligne de tresse est complètement emmêlée et mon fiston se coupe un doigt avec les couteaux que je viens d'aiguiser, ça coûte cher la pêche !

Il est 16h lorsque l'ancre rejoint le fond de la baie de Ampanakana. L'endroit est très protégé mais les cartographies GPS sont décalées et arriver de nuit entre les iles pourrait s'avérer dangereux. Nous sommes fatigués et contents d'être de l'autre côté et d'avoir passé ce cap. Nous allons pouvoir nous remettre à l'apéro car les nuits de veille sont derrière nous… On va ronfler grave !!!

 

22/10/14

Une nuit très calme, sans rouler, sans claquement sous la jupe, sans vent, sans vague et sans bruit.

Les petits roupillent profondément lorsque je commence à remonter le mouillage et comme ils se sont couchés tard, le bruit du guindeau les réveille brutalement… Maël est d'une humeur… Il a mal aux oreilles, il est fatigué, il a mal a son doigt coupé, bref, rien ne va plus et si on l'écoute, il a un tendon coupé, une otite infectieuse et si on ne s'occupe pas de lui, on va le perdre  !!!

Badinguet attaque au moteur la route vers le Sud au milieu d'innombrables chasses d'oiseaux. Il ne fait pas bon être un petit poisson dans ces eaux ! Nous ne pêchons pas car le congèlo est plein mais ce n'est pas l'envie qui nous manque…

Il est 11h30 lorsque nous mouillons devant Nosy ankarea par 8 mètres de fond. Quelques comoriens y vivent isolés et lorsque nous beachons l'annexe, Pascale crie en regardant le sable… Des centaines, des milliers de porcelaine, il y en a partout et à peine le dinghy posé, ma moitié part pour une cueillette interminable. Pascale s'amuse à fabriquer des petits bracelets tressés et elle les pare de petites porcelaines roses, jaunes ou bleues, elle va pouvoir en faire des bracelets et je suis tranquille pour un moment !!! Je l'aide même à en ramasser car si elle en a plein, ça va peut être la calmer côté ramassage de cochonneries et alourdissement du bateau…

L'endroit est magnifique avec une énorme falaise basaltique entourée de verdure et de quelques baobabs déplumés. Un catamaran de charter arrive à son tour puis deux et un troisième est en approche. Mada et Maël font du P.M.T. et après une bonne coco sur la plage, tout le monde rejoint le bord pour changer de mouillage. Nous filons au fond de la baie de Nosy Mitsio à 45 minutes de là.

L'annexe qui trainait derrière le voilier reprend du service pour aller à terre et profiter d'une superbe lumière. Nous passons à côté d'un autre catamaran venant de Nosy Bé et des dizaines de poissons sèchent sur les filières, wahous, carangues, bonites, ça fleure bon sur le Lagoon !

Il y a deux villages et Jean-Rodlis, un jeune de 21 ans qui voudrait devenir guide touristique, nous accueille à bras ouverts.

Les villages sont extraordinaires, les cabanes sont regroupées par familles, faites de branchages et de feuilles de palmes, elles se font face ou entourent des petites cours où les femmes concassent le riz et préparent le repas du soir. Le poisson est omniprésent et de grandes carcasses sèchent au soleil dans une odeur pestilentielle.

Les poules et autres volatiles à plumes sont logés dans des petites huttes pour fournir les œufs et la viande, quelques chèvres broutent un peu plus loin dans des enclos…

 

Notre jeune guide nous emmène dans un autre village où un curieux bar nous attend… Des bières et des sodas frais pour un prix dérisoires, "Tournée générale !"

Nous offrons encore une voile, des tee-shirts et des flèches de fusils, on trimballe un paquet de trucs inutiles depuis si longtemps….

Un pseudo bœuf bourguignon, un pseudo ti'punch au rhum australien et avec très peu de citron parce que nos réserves diminuent et qu'il est temps de se ravitailler.

 

23/10/14

Il est 6h30 lorsque je me rends compte que quelqu'un fait couler de l'eau dans la salle de bain à l'avant ?!?!? Maël fait sa lessive… Alors là, j'aurai tout vu… Du coup, tout le monde est opérationnel de bonne heure et nous pouvons quitter le mouillage pour gagner du temps.

Une navigation idéale avec un vent de 15 nœuds au largue qui nous propulse vers l'ile de Nosy Bé que nous contournons par le Sud.

Nous mouillons devant Hellville dans un clapot désagréable et nous retrouvons Jean-Pierre et Christian de "Tamakana" que nous avons rencontré au Sri Lanka.

Comme ils nous avaient prévenu, nous ne sommes pas surpris de nous faire assaillir en voulant laisser l'annexe le long de la digue du port. Tout le monde veut prendre notre amarre et gagner quelques sous mais c'est un dénommé "Cool" qui se chargera de sa surveillance contre 3000 arias (1€)/jour. Un policier, surgit de nulle part pour nous demander un cadeau et je l'éconduis rapidement et fermement, ça commence à bien faire !

Nous voilà parti pour une balade sous un soleil de plomb à la recherche de recharge Internet et de ravitaillement en frais.

La ville est étendue et ne ressemble en rien à l'image que je me faisais de Nosy Bé. C'est délabré comme partout, sale et pollué comme d'habitude…

Il y a un super marché "Shampion" et un marché plutôt bien garni en fruits, légumes et en mouches… Mada et Maël partent de leur côté pour se connecter et se balader, Pascale et moi faisons les courses et vu la quantité nécessaire et suffisante, nous sautons dans tuk-tuk pour le retour au port… Il faut payer le planton qui garde la barrière, le conducteur du triporteur et le jeune qui nous aide à décharger les sacs… Il reste "Cool" mais d'ailleurs où est-il et OU EST l'ANNEXE ?

 

L'annexe est amarrée au cul d'un catamaran ?!?! Je suis vert de rage… le gardien de notre annexe est parti faire un tour avec !

Il nous a vu et revient fissa pour nous aider à charger nos sacs… Pour moi, c'en est trop et je l'engueule copieusement devant ses amis, il part furieux !!! Voilà une arrivée détestable… De retour à bord, nous constatons que le vent s'est levé et les vagues entrent profondément dans la baie ouverte de Hellville, décidemment, j'adore Nosy Bé !

Mada et Maël sont de retour vers 17h et je fais la connaissance de Bernard, propriétaire d'un beau catamaran. Il semblerait que son voilier ait dérapé tout à l'heure et Cool est venu donner un coup de main au "marin" malgache qui garde son bateau et pour ce faire, il a utilisé notre annexe !!! Cool réclame donc des sous à Bernard, quel bordel !!!

En tous cas, le vent est un peu moins violent et le plan d'eau s'est calmé, nous verrons bien demain… En soirée, Maël installe un potentiomètre sur la rampe de leds, histoire de nous faire une ambiance feutrée... C'est le premier retour sur investissement concernant mon ingénieur en chef... En tous cas, sa loupiotte fonctionne car deux énormes papillons débarquent sans crier garde et tout le monde se sauve en criant et en riant... Ces coléoptères de 6 cm de long font un bruit du diable et ils se cognent partout.

-       Moi : Bon, d'accord mais comment tu trouves le bon modèle de potentiomètre adapté à mes leds ?

-       Maël : Beh !!! U=RI !!! C'est simple !

-       Moi : Ah Ouais ?

-       Maël : Il ne faut pas trop diminuer "U", donc tu augmentes un peu "R" et tu changes de modèle de potentiomètre avec une résistance plus grande si lorsque tu le tournes, l'intensité baisse trop vite, c'est simple ! U=RI, c'est tout !!!

-       Moi : Ah ouais…

 

24/10/14

Un petit tour en ville pour chercher quelques souvenirs, une petite coupe de cheveux à 3€ et un restaurant bien dégueu…

A peine de retour à bord, nous levons l'ancre pour rejoindre la baie du Cratère où nos amis devraient se trouver.

Too Much est bien là avec ses quatre hublots latéraux et sa voix à réveiller les morts… Grace à lui, tout le monde sait que nous arrivons au mouillage ! Côté discrétion, on oublie ! L'ancre rejoint le fond, les deux Super Maramu sont à côte à côte et Marcia et Jean ne tardent pas à débarquer à bord, absolument déchainés !!! De belles retrouvailles après 1 an et demi de séparation… Ca part au quart de tour comme à chaque fois…

Si tu mets Jean sur ton bateau, prépares-toi à bricoler car il passe son temps à imaginer les modifications et les améliorations qu'il pourrait faire à bord, ce gaillard là n'arrête jamais !

La soirée est déjà organisée et nous sommes prêts à 18h30… De l'anti-moustique, une frontales, un short, un polo, des tongs et quelques billets de banque.

Les annexes sont laissées au ponton, devant le petit yacht Club où quelques marins attablés dégustent une THB, la bière locale.

La piste qui permet de quitter la baie du Cratère est complètement défoncée et sans frontale, c'est suicidaire, il y a bien une ribambelle de chiens errants qui nous accompagnent mais ils n'éclairent rien du tout… La petite troupe continue dans le noir pendant 20 bonnes minutes avant de déboucher à Ambatoloaka et le contraste est saisissant… Des dizaines de bars se succèdent le long d'une immense plage, il n'y a pas beaucoup de monde mais la soirée ne fait que commencer et pour l'instant, l'objectif à atteindre est une gargote qui s'appelle "Chez Tantine"…

Nous voilà tous assis, les pieds dans le sable et les rhums atterrissent sur la table, on peut ouvrir les hostilités ! Marcia et Jean connaissent déjà énormément de monde et nous faisons la connaissance de tout un petit monde nocturne composé de quinquagénaires, sexagénaires, septuagénaires, octogénaires, etc. Ils ont tous un point commun, ils sont tous accompagnés de jeunes Malgaches et ces jeunes Malgaches ont toutes un point commun, elles sont toutes superbes, souriantes et pleines d'humour… On ne va pas s'ennuyer…

Après une petite salade de tomates et un autre rhum-ananas, les langoustes et les gambas débarquent en force et les tailles sont remarquables. Les assiettes débordent et c'est un régal !! Une fourchette de langouste, une cuillèrée de riz coco et un verre de rhum et à ce rythme là, la nuit va être longue…

Nous quittons la cantine de Marcia et Jean complètement rassasiés et nous prenons notre première caï-pirinia au "Bar de la mer"…

Autour de vieux lions blanchissants, des troupeaux de belles gazelles noires se trémoussent en riant…

C'est environ une heure plus tard que j'ai annoncé à mon fils que j'avais atteint le point de non-retour… Evidemment, à ce stade, on peut se mettre à l'eau et marcher pour prendre un peu l'air mais ce n'est pas ce que j'ai fait… On m'a raconté le lendemain ce qui s'est passé et en voyant les photos, j'ai complètement halluciné… La rumeur locale raconte que j'aurai dansé avec de belles Malgaches dont les déhanchements font penser à l'essorage des machines à laver, j'aurai également retiré mes vêtements sur la scène, j'aurai consommé quelques shoots de vodka à la seringue mais comme je ne me souviens de rien du tout, les photos parleront d'elles-mêmes !

La soirée fut exceptionnelle, tout le monde était sur orbite, et les Malgaches sont extraordinaires pour faire la fête, Phuket est très loin derrière !

Je ne me souviens pas non plus du retour en voiture puis en annexe, Maël m'a appris que je partais droit dans le récif lorsqu'il à pris la barre…

 

25/10/14

Pascale dort dans la coursive car je ronfle en travers du lit et vers 5h30, la lumière la réveille… Le bateau est resté ouvert toute la nuit mais c'est autre chose qui attire son attention, Maël s'est endormi dans une position hallucinante… Il est étendu sur le dos dans les toilettes, les pieds sur la cuvette et la tête sur une varangue… Nous apprendrons le lendemain, que Mada l'a vu vers 3h du matin en train de dormir, assis sur les WC !!!! Whaou !!!!

Tout le monde est au doliprane au petit déjeuner et nous découvrons de jour le trajet que nous avons effectué de nuit. La piste est peu praticable et les maisons sur pilotis du village n'ont pas grand-chose à envier à ceux de la baie d'Antongyl.

Nous rejoignons la route goudronnée 1/2h plus tard et nous louons 2 scooters 125cc après avoir ingurgité 1 litre de coca… Nous partons pour un tour de l'ile de Nosy Bé avec la visite de magnifiques plages et en redescendant du point de vue de Passot, Pascale me demande de m'arrêter !? Il y a 3 lémuriens qui jouent derrière une cabane…

Incroyable moment en présence de ces petites bêtes qui nous grimpent dessus, nous prennent la main et restent en notre compagnie pour se faire prendre en photo, fa-bu-leux ! Au cours de ce sympathique périple, nous avons croisé un caméléon qui traversait en dehors des clous et des arbres qui ont l'air de pousser à l'envers… Ce sont des Ylang-Ylang dont on extrait l'huile pour les parfums ou les massages…

Nous retournons au bateau juste avant la nuit et ce soir, DIETE ! Et délicieux curry vert de Pascale.

 

26/10/14

Mada et Maël nous quittent aujourd'hui et nous les accompagnons au Port de Hellville, le cœur serré… la séparation est difficile, triste, je déteste ces moments là… Maël part en Inde pour deux longues années, il va travailler à Chenai pour le groupe Renault.

Une après-midi tranquille car les "Too Much" veulent nous faire découvrir quelque chose…

Tous les dimanches soir, des centaines de jeunes se retrouvent dans un bar immense tout au bout de la plage de Ambatoloaka… Chez Tatie Chris, l'ambiance monte en puissance tout au long de la soirée et il ne fait pas bon venir avec une épouse jalouse tellement, les mâles blancs sont convoités… Par escadrilles de douze, les avions de chasse, vous encerclent et vous canardent à coups de déhanchements, à coup d'œillades, de sourires et de fesses mais tout ceci se fait dans une ambiance excellente… Idem pour la fatigue, il faut être en pleine forme pour naviguer dans ces eaux tumultueuses car le spectacle est absolument éreintant… Le volume de la musique malgache est poussé à fond, tout le monde fume ou boit et Pascale et moï avons du mal à remettre le couvert à 48h de la dernière fiesta…

Marcia et Jean sont au sommet de leur forme, déchainée comme d'habitude mais nous avons du mal à suivre leur rythme. Un énorme mérou avec une sauce Rougaï arrive sur la table en provenance de la plage où plusieurs femmes font cuire les poissons. La plage sert aussi de toilettes pour tout le monde et les femmes comme les hommes urinent les uns à côté des autres sans aucune pudeur, naturel…

Des centaines de danseurs chantent sur la piste, tout le monde connait les paroles des chansons malgaches et on se laisse vite envouter par le spectacle et côté spectacle, il est partout…  Ca danse et ça chante à 360°, Nous sommes entre l'enfer et le paradis… Des centaines de jeunes diablesses survoltées, à la limite de la transe vous proposent un instant de paradis, jamais nous n'avons connu une telle ambiance !

Nous sommes fatigués, enfumés, et la température ambiante avoisine les 35° à l'extérieur, sur la piste, ça doit frôler les 50° !

Nous rejoignons Badinguet épuisés, nos oreilles sifflent et nos yeux ne demandent qu'à se fermer en paix, sans bruit, sans alcool et sans ces innombrables paires de fesses malgaches qui remuent à toute vitesse…

 

27/10/14

Journée bricolage avec le check-up de l'artimon, le changement de tous les filtres à gasoil ainsi que le nettoyage des deux moteurs de la soute…

"Too Much" nous retrouve en fin d'après-midi pour une petite bière après une journée bien remplie.

28/10/14

Nous voilà parti pour l'ile de Nosy Komba, juste au Sud de Nosy Bé. "Too Much" a sorti toutes ses voiles, un "Code D" et un "Fisherman" et avec cette magnifique parure, Jean pensait faire la course et nous battre à plat de couture… Pour cela, le vent aurait dû se lever mais Eole est resté sage et Badinguet n'a pas sorti un bout de toile et ce fut le bon choix !

Nous mouillons devant une belle plage puis nous partons en annexe de l'autre côté de la pointe Nord de l'ile pour rejoindre des amis et Georges qui loue à l'année une magnifique villa à la vue imprenable. La mer est basse et nous finissons par attacher les pneumatiques sur un corps mort vaseux, loin de la rive.

Dans la superbe maison, les bouteilles vides de bières puis de vin rouge ornent la table de la terrasse, il est temps d'aller manger un morceau au bar de la plage… La vue est magnifique et nous assistons à la pêche d'un jeune Malgache, il vient de flécher une énorme carangue et la bête n'a aucune envie de se retrouver sur le sable… Le grand poisson embarque à plusieurs reprises le jeune homme mais le combat est inégal et l'issue inexorable… La carangue est vite découpée et vendue aux villageois qui  ont assisté à la mise à mort…

La petite troupe commande des Caï Pirinia… Il est 14h !!! Je prends un coca et Pascale de l'eau, ça part un peu trop fort pour nous… Au deuxième verre, les fauves sont lâchés et les autres clients qui voulaient profiter du panorama s'enfuient vers des lieux plus calmes… Au troisième verre, plus personne n'est gérable et on commence à perdre du monde…. Chantal danse sur une chaise, Jean tente d'arracher le paréo de Claudia et Marcia embrasse toute la tablée… C'est à ce moment que j'attaque ma première boisson alcoolisée pour ne pas paraitre impoli mais autour de nous, le mal est fait… Nous prenons un bain de mer très débridé puis je pars rechercher les annexes qui sont restées sur l'autre plage… Jean me suit mais pas en ligne droite et j'ai le temps de récupérer un sac chez Georges avant de me déshabiller pour nager jusqu'aux dinghies qui flottent à 100m de la plage… Ca me rappelle Koh Phi Phi où j'avais du nager en pleine nuit, gulp !

Je récupère Jean qui s'est avancé dans l'eau jusqu'à tremper mon sac d'appareil photo et nous repartons vers le bar de la plage où nous attendent les copains, complètement déchaînés !

Le soleil disparait derrière l'horizon et nous filons au bateau car après avoir mis le feu dans le restaurant, il faut mettre le feu de mouillage, nous changer et nous préparer pour le resto du soir… Une demi-heure plus tard, les "Too Much", ne sont toujours pas de retour à bord et nous commençons à nous inquiéter…

C'est en arrivant sur la plage que nous apprenons ce qui s'est passé… L'annexe de Jean chargée de quatre personnes s'est retournée et tout le monde a terminé au bouillon, les 4 occupants, les lunettes de vue, les téléphones portables, les papiers, les appareils photos et le moteur hors-bord qui a séjourné la tête en bas !

Marcia et jean sont partis à la rame pour retrouver le voilier sans lumière et les villageois sont furieux car dans l'énervement Jean a promis 200€ a qui retrouverait ses lunettes… La somme est énorme pour ces Malgaches et ils plongeaient encore lorsqu'ils sont partis en ramant… Les villageois ont retrouvé 2 paires de lunettes mais ce n'était pas les bonnes et les jeunes pensent que Jean ne veut pas avouer qu'il s'agit de la bonne paire pour ne pas avoir à payer !!! Ca sent très mauvais tout ça !!!

Je repars à la recherche de Jean et Marcia et je les retrouve assez loin du rivage en train de pagailler dans le noir. Après une courte remorque, ils retrouvent leur "Too Much" avec soulagement mais l'angoisse d'avoir à réparer leur moteur HB et la perte de leurs lunettes les contrarient énormément, on le serait à moins…

Je retrouve Pascale au bar en compagnie des naufragés du Dinghy… l'ambiance est plombée. Chacun tente de faire sécher ses papiers, son passeport, son argent et constate avec dépit la mort brutale des appareils photos et des Smartphones…

Nous les quittons rapidement pour retrouver notre Badinguet où nous dinons tous les deux après avoir relevé l'annexe sur bâbord, au niveau du cockpit central. Jean a encore une fois trouvé une astuce pour ne pas se fatiguer à remonter l'annexe le soir et ça fonctionne du tonnerre !

 

29-30/10/14

Nous retournons à la baie du Cratère contre le vent et découvrons avec joie l'arrivée de "Yovo", "Alibi" et même "Esquinade" de Jean-François que nous n'avons pas vu depuis 3 ans, la fête va continuer…

A partir de maintenant, le challenge est de consommer le moins d'alcool possible tout en paraissant festif… "Too Much" conserve un rythme effréné et il faut sans arrêt surveiller son verre pour éviter qu'il ne se remplisse tout seul !

Nous avons tout de même du pain sur la planche côté bricolage et je passe deux heures par jour dans la soute à purger et nettoyer l'échangeur du groupe, installer une nouvelle pompe de gavage à entrainement magnétique et poser un gros coupe-circuit accessible sur le convertisseur 24V-220V afin de ne pas le laisser en veille, il consomme plus de deux ampères au repos ! Sinon, on bidonne le gasoil et c'est toujours aussi agréable ! Vivement les marinas de l'Afrique du Sud…

 

31/10/14

Aujourd'hui, nous partons avec "Yovo" et "Alibi" pour "Lemuria Land". A deux pas de Hellville, la petite réserve naturelle nous réserve quelques surprises… L'entrée n'est pas donnée mais pour ceux qui ne veulent pas sa casser la tête et les jambes à chercher des lémuriens dans la jungle, c'est l'endroit idéal ! Après la visite de la distillerie de Ylang-Ylang et un cocktail de bienvenue, nous nous retrouvons en présence d'un grand groupe de lémuriens habitués aux humains, de vrais danseurs qui sautent de branches en branches pour saisir les bananes que nous leur tendons… Les appareils photos et la GoPro ont apprécié !

Le soir nous retournons au Taxi bay pour fêter Halloween comme il se doit… Et bien nous l'avons fêté !!

Pour toutes nos sorties et surtout pour nous aider à retourner au bateau, nous faisons appel à notre chauffeur et amie Augustine qui nous véhicule dans sa R21 complètement déglinguée… Les gazs d'échappement passent par l'habitacle et il faut rester en apnée le plus longtemps possible lorsqu'on est à l'arrière sinon, notre conductrice est géniale et il faut la voir faire la fête avec nous !!! Elle a même fait du Rodéo sur une tortue…

 

01/11/14

Un silent block du moteur Yanmar donne des signes de fatigue et lorsqu'on le met en compression en appuyant sur le moteur ou à la gite sur tribord, le moteur vibre…. Je démonte tout l'échappement pour resserrer tout ce qui peut l'être mais ça ne change rien au problème… Je réglerai ça en Afrique du sud…

En attendant, "Too Much", "Yovo", "Alibi" et Badinguet sont tous invités par Rudy, le Manager du petit Yacht Club et nous dégustons un "Ravitoto"… Des feuilles de Manioc écrasées puis bouillies avec de la viande de Zébu, le tout accompagné de riz blanc et arrosé par nos soins de vin rouge… Cette pseudo marina est la plus petite de l'océan indien et elle est jumelée avec Port Camargue, la plus grande d'Europe, jolie clin d'œil !!!!

Nous venons d'apprendre qu'un catamaran a démâté en filant vers Tulear, au Sud-ouest de Madagascar, ça n'a pas l'air de rigoler dans le Sud… "Yovo" et "Alibi" partent mardi prochain, "Too Much" vers le 16/11… Badinguet coupera la poire en deux…

 

02/11/14

C'est en marchant sur le moteur Yanmar que je finis par diagnostiquer le problème de vibrations… Il s'agit en effet du Silent Block arrière tribord dont la capsule d'huile a dû lâcher.. Voilà du sérieux ! Il s'agit du moins accessible, bien évidemment, ce serait trop simple… Et où dénicher un silent block Vetus à Madagascar ??? Je sais que la traversée du canal du Mozambique ne va pas être une partie de plaisir et que les vents conjugués aux courants sont difficiles à négocier, le moteur est souvent un atout précieux pour se dégager d'une zone difficile…

Je passe voir "Yovo" puis "Alibi" et Jean-Pierre fouille dans ses coffres pour réapparaitre avec, dans la main, la perle rare, le joyaux, le silent block Vetus idéal ! Sacré coup de chance.

Je passe la matinée à échanger le support et je commence à avoir une solide expérience dans ce domaine… Le moteur ne vibre plus et je ne suis pas prêt de rendre la pièce à Jean-Pierre en Afrique du Sud, nous lui en rachèterons une !

Nous passons l'après midi à lézarder car ce soir, c'est Tati Chris comme tous les dimanche soir… Une énorme soirée de pluche !!! On commence à songer au départ car nos foies agonisent et on se fait vieux, surtout les lendemains de fête… Aie Aie, aie.

 

03/11/14

Je confirme pour les lendemains de fête !!! Et pourtant, à 8h, il faut aller chercher Antonio, notre jeune employé qui s'affaire depuis 2 jours à astiquer nos inox et sur un Super Maramu, il y a de quoi faire… 4 heures pour 6€ sous une chaleur épouvantable, et c'est le prix d'une journée de travail, nous lui donnons le double.

Augustine nous embarque pour Hellville où nous terminons les grosses courses et achetons 16 bidons de 5 litres d'eau minérale car les membranes du déssalinisateur vieillissent et l'eau n'est pas potable, encore du boulot pour l'Afrique du Sud…

Nous achetons des yaourts au lait de zébu juste derrière le bar du yacht club, ils sont bien meilleurs que les laitages chimiques longue durée de l'épicerie du coin.

 

04/11/14

Une nouvelle fois, nous retournons à Hellville mais ce coup-ci, c'est la dernière ! Ca sent le départ…

Les formalités sont remplies sur le port avec un passage chez la police qui tamponne les 3 exemplaires de la liste d'équipage puis à la capitainerie qui tamponne la clearance de sortie et pour finir, retour chez les policiers pour tamponner les passeports… A partir de maintenant, nous sommes des clandestins car nous ne quitterons le pays que dans une dizaine de jours, le temps de se placer pour la traversée du canal du Mozambique.

Nous faisons un petit tour au marché pour acheter des crabes et nous tombons sur un étal où quelques cigales attendent d'être embrocher et grillées !!! Des brochettes de cigales, Beurk !

Les "Too Much" nous retrouvent au délicieux restaurant "Nandipo" puis nous retournons à bord de Badinguet après un rhum allongé dans le gorgeon… On va finir par prendre feu dans ce pays !!!

Nos sacs sont chargés de fruits, de légumes et de délicieux crabes de mangrove enduits de vase odorante.

Le soir, le programme pour les crustacées n'est pas très réjouissant… Une bonne douche avec un bon nettoyage puis un bon bain chaud bouillant et enfin un bon décorticage de derrière les fagots… un régal !

 

05/11/14

Nous passons la matinée sur "Too Much" à nous faire expliquer comment transformer notre Super Maramu en "Amel 54"… Le protocole de Jean est étonnant et ingénieux, il récupère tout ce qu'il découpe pour le placer à des endroits stratégiques, il rajoute des pièces de bois qui ne servent pas à grand-chose (comme les barres antiroulis de la cabine arrière) et aménage tout ça avec génie.

Je rêverai de transformer notre Badinguet mais la tâche est rude et je prends des dizaines de photos pendant que Jean me bombarde d'informations et de quottes…

Je sors de là épuisé et il n'est que 11h du matin… je ne sais pas si j'arriverai à transformer notre table à cartes comme l'ont fait nos amis mais le challenge me plait bien… Et je ne parle pas des quatre ouvertures dans le carré…

La tournée des Au revoir commence par Rudy, le manager puis c'est au tour de Franck, Georges, Chantal et tous les autres. Une mention spéciale à Marcia et Jean qui nous ont entrainé dans les plus intéressants et aussi les plus chauds lieux de Nosy Bé et que de rires et de bonne humeur en leur compagnie. Nous quittons la baie du cratère avec regrets et plaisir, heureux de retrouver la mer et les mouillages isolés et triste de quitter cet incroyable lieu de fête. Nous n'oublierons pas cette escale, assurément !

Badinguet est face au vent pour engager la passe de la baie des Russes, à 15 milles de Nosy Bé. "Esquinade" est au mouillage et nous passons la soirée à tenter de pêcher des encornets à la turlutte… en vain ! Quelques dérives en annexe et quelques bières plus tard, chacun retourne à son bord pour une soirée très sage et reposante, ça change !

 

06/11/14

Une nuit étouffante de plus avec des petites averses nocturnes, juste pour nous obliger à fermer les panneaux de pont.

Il est 8h30 lorsque nous quittons le mouillage de la baie de Russes, peu de vent mais nous savons qu'il se lève vers 11h. Nous sommes au moteur et nous doublons de nombreux boutres englués dans la pétole. Un gros thazar mord à la traine, histoire de ne pas perdre la main. Ces eaux sont si poissonneuses que la pêche est garantie à chaque sortie…

Badinguet envoie la toile vers 10h pour 3 heures de navigation puis nous engageons le rivière Baramahamay. Une fois encore, les cartes sont décalées et il faut jouer avec la géodésie pour savoir où l'on se trouve entre les bancs de sables et les récifs..

Nous progressons lentement en surveillant le sondeur puis nous mouillons en plein milieu du courant à l'embouchure d'une grande étendue d'eau peu profonde cernée de mangrove.

Je change la drisse de gennaker qui n'en peut plus en conservant le renfort de kevlar que je couds sur le nouveau cordage, Pascale bouquine au soleil.

L'annexe est à l'eau, regonflée et nous partons pour faire une première halte au pied de la maison de Welk. Ce Malgache couvert de dreadlocks cultive des ananas et du manioc sur les hauteurs et sa cabane domine la rivière. Nous discutons un moment en compagnie d'une tripotée de moustiques puis je pars faire quelques photos du panorama en emportant avec moi la moitié de la meute des insectes…

Nous découvrons ensuite le petit village de 70 âmes, il longe une profonde lagune qui déborde sur le terrain de sport à grande marée haute. On y trouve des crabes de mangrove et du miel pour pas cher et personne ne parle le français.

Nous visitons en annexe quelques maisons sur pilotis de l'autre côté de la rivière mais la communication est difficile. Je donne encore quelques cordages et la vieille drisse de Gennaker qui fera certainement des heureux.

Nous saluons les pécheurs qui longent Badinguet puis nous nous couchons tôt en prévision de la courte nuit qui nous attend.

 

07/11/14

Il pleut presque toute la nuit et chaque éclair illumine la cabine avant comme si on allumait la lumière… Stress nocturne !

Le réveil sonne à 4h30 du matin et il pleut toujours et encore, je tarde à sortir de ma couchette détrempée de sueur.

Le ciel est plombé lorsque Badinguet remonte le mouillage vaseux et c'est parti pour une grande descente vers le Sud.

Comme attendu, le vent se lève vers 9h et nous parcourons presque 90 milles en une journée. Badinguet file sur une eau calme à 8 nœuds au près bon plein, le rêve !!!

Le soleil disparait derrière l'horizon, nous rentrons dans l'immense baie de Moramba. Ici aussi, il faut arriver de jour car toutes les cartes électroniques sont faussées. Nous contournons les iles champignons à gauche de la passe puis nous nous enfonçons dans le noir vers le Nord et nous jetons l'ancre par 5 mètres de fond en espérant qu'on ne talonne pas cette nuit… C'est grande marée !

Le calme est apaisant, seuls les cris des lémuriens et de quelques oiseaux nous rappellent que nous sommes cernés par une nature authentique, nous avons cru discerner des baobabs, nous y verrons plus clair demain.

Nous pensions retrouver "Yovo" et "Alibi" mais nous sommes seuls… Vivement demain qu'on découvre le coin.

 

08/11/14

Réveillés de bonne heure par la pluie, nous pointons notre nez à l'extérieur juste après l'aube, le cadre est exceptionnel. Des grands baobabs tortueux dominent des concrétions calcaires en forme de champignons. D'énormes corolles torturées parsemées de végétaux courageux et inattendus reposent sur des pieds fragiles, à la limite de la rupture.

 

Des dizaines d'iles à marée haute se transforment à marée basse en énormes champignons posés en équilibre sur une eau chargée de sédiments. De grands aigles chassent au milieu des perroquets noirs, nous sommes entourés d'oiseaux bruyants et colorés.

L'annexe est pleine de cadeaux en tous genres, cordages, voiles, vêtements, articles de pêche, ballons, jouets, etc. Pendant 3 heures nous distribuons sans compter aux différents habitants de petits villages alentours. Il y en a trois à proximité du mouillage et le plus grand abrite 25 personnes. A chaque fois, c'est la fête lorsque nous débarquons avec notre traineau et notre hotte, c'est Noël !

Ils ont le strict minimum pour survivre et leurs sourires en disent long lorsque les femmes enfilent les vêtements ou quand les enfants shootent dans un ballon…

Les habitations sont comme toutes les autres, faites de bois et de végétaux, pas d'électricité, juste un feu pour cuisiner et de gros baobabs pour se protéger du soleil.

Nous embarquons Claudette (36 ans), Guérie (15 ans) et une petite de 10 ans au nom imprononçable pour aller tout au fond de la grande baie chercher des crevettes.

Le village est inaccessible avec la grande marée basse mais Guerie et la petite débarquent dans une vase épaisse pour aller se renseigner auprès des pécheurs de crabes.

Nous ne pouvons approcher du bord et lorsque je tente de débarquer moi aussi, je m'enfonce de 40cm dans une vase noire et collante, inutile d'insister, va falloir que je maigrisse un peu ! Les pécheurs n'ont pris que des crabes aussi, les deux fillettes continuent leur périple gluant jusqu'au village en quête de gambas.

1/2h plus tard, la mer est encore descendue et nous apercevons les deux jeunes courageuses qui s'enfoncent dans la vase pour nous rejoindre et il y a une sacrée distance à parcourir.. La fillette de 10 ans est maigrelette et elle ne s'enfonce pas du tout dans la vase, on dirait qu'elle marche sur l'eau pendant que sa copine de 15 ans en a jusqu'aux cuisses. Je ne m'imagine même pas à leurs côtés !  Elles sont enfin à bord, couvertes de vase et nous rentrons au village, bredouilles. 

Nous déjeunons sur Badinguet et l'information a dû circuler dans les villages car une flopée de pirogues se succède le long du voilier pour vendre des mangues, des crabes, des coques énormes et enfin des crevettes !!!! A chaque fois, nous troquons et nous donnons un petit billet, ils sont respectueux, patients et gentils, on se sent bien auprès d'eux.

Il est 14h30 lorsque nous allons promener nos Tongues sur le sable de la plage la plus proche et Pascale repère tout de suite 3 lémuriens dans un baobab… Une superbe séance photo avec les petits acrobates et nous retournons voir Claudette qui veut nous emmener au grand village à l'Est de la baie… Nous avons le même équipage que ce matin et impossible de déjauger avec ce poids… 1/2h d'annexe au ralenti pour débarquer enfin de l'autre côté. 200 personnes vivent ici dans le plus grand dénuement, il n'y aucun de fruit mûr à vendre et la seule épicerie est presque vide, tout ça pour ça…

Un retour contre le vent et les vagues à 2 à l'heure et nous débarquons nos passagères complètement trempées.

Les lémuriens sont repartis dans la jungle, des enfants tournent autour de Badinguet en pirogue, quelques vêtements donnés contre des sourires échangés.

Le ciel vire au rouge, le vent tombe comme chaque soir et le rhum rejoint le citron et le sucre de canne pour attendre la petite cuillère qui plongera bientôt pour mélanger harmonieusement la douce boisson qui accompagne mes écritures quotidiennes.

 

09/11/14

Après une nouvelle nuit transpirante, sans un souffle d'air nous attachons l'annexe   sur la première plage et nous partons vers la maison de Brigitte. Un Français a acheté la presqu'ile, il y vit avec du personnel dans plusieurs maisons en bois européanisées et son personnel est en congé, c'est dimanche.

Nous poursuivons notre chemin accompagné par quelques lémuriens curieux et de nombreux perroquets très bruyants. L'endroit est magnifique, la rive est bordée de mangrove et de tsinghys, des plateaux coralliens plissés et érodés par les pluies acides.

Un grand serpent traverse juste devant moi, j'ai failli marcher dessus !!! Ils ne sont pas venimeux à Madagascar mais ça calme !!!

Nous poursuivons notre balade matinale en annexe pour éviter les reptiles… Les iles champignons émergent, la marée descend et nous découvrons tout à fait par hasard, une plage magnifique, bien cachée entre les rochers.

L'endroit nous fait penser à "James Bond island" de Thaïlande sauf qu'il n'y a que nous pour en profiter. Une enclave secrète, inexistante à marée haute, un sable corallien et des surplombs de plusieurs mètres pour se tremper à l'ombre, extraordinaire baignade du bout du monde…

Les baobabs occupent chaque rocher et à marée basse, ces arbres gigantesques et ventrus reposent sur des terrasses coralliennes plusieurs mètres au dessus de l'eau. Nous nous amusons à passer dessous en annexe en imaginant que la roche cède… On prendrait un baobab sur la gueule, ça aussi ça doit calmer !  

Je prends deux fois par jour les fichiers Grib grâce à l'excellente connexion internet de ce petit coin de paradis et une fenêtre se dessine…

Si nous partons demain, nous doublerons le cap Saint André avec 20 nœuds de Sud qui vont ensuite tourner au Sud-est puis à l'Est pour nous permettre de descendre dans le canal de Mozambique. On va avoir beaucoup de vent mais Badinguet adore ça et nous irons vite pour parcourir les 800 milles qui nous séparent du Mozambique… Je vérifierai ce soir pour confirmation.

En attendant, nous repartons au petit village de Ambalabongo pour donner tout ce qui nous reste et qui nous encombre, les habitants sont tout sourire et nous aussi lorsque deux autres lémuriens viennent grignoter les feuilles d'un arbuste rabougris à deux pas de nous… Ils se déplacent en sautant à pieds joints comme s'ils étaient montés sur ressorts, de vrais petits danseurs aux yeux orange.

Nous quittons nos amis pour rejoindre Badinguet où nous glandouillons en attendant le soir et une nouvelle météo. Une pirogue à voile se rapproche, au passage, ils nous offrent un gros sac de crevettes, "cadeau" disent-ils… Incroyable…

La fenêtre météo est très compliquée à négocier avec 30 nœuds au largue pendant 48h puis ça tourne doucement… Ce n'est pas simple de partir en direction du Sud de l'Afrique, il faut prévoir un stop ou deux au Mozambique si le temps se gâte… D'après les Gribs, ça doit passer juste avant un grand coup de vent du Sud prévu le 17/11 mais de toutes façons, le baromètre est l'allié le plus fiable, s'il dégringole, tous aux abris ! Et s'il n'y a pas d'abris, on fait comment ???

 

10/11/14

Une très belle journée de navigation au largue, très loin de la côte malgache. Nous savons que "Yovo" et "Alibi" sont partis à peu prés en même temps que nous de la baie Boina. Ils ont 100 milles d'avance sur nous…

Vers 15h, Pascale m'appelle car nous venons de raser une masse sombre juste sous la surface…

-       Pascale : Un requin baleine, Un requin baleine !!!  

Un aileron fend la surface par le travers, deux énormes globicéphales nous ont pris en chasse…. Il est rare de les voir sauter et jouer ainsi et ils accompagnent Badinguet un bon moment avant de reconnaitre que nous allons beaucoup trop vite pour eux, eh, eh, eh !

En fin d'après midi, le vent tourne lentement pour se retrouver face à nous… Badinguet progresse lentement au moteur lorsque je lève les yeux de mon bouquin, il y a des lumière juste devant nous… Je fonce sur le pilote pour m'écarter et je vois passer le long de la coque, une petite barque avec à bord, deux pécheurs et une lampe torche !!!! Ils ont eu très chaud… et nous aussi…

 

11/11/14

Toute la nuit, nous avançons à 3.5 nœuds, comme des escargots au moteur...

 

12/12/14.

Nous sommes au large du cap St André en milieu d'après-midi et tout se complique… Le vent se lève, face à nous et la mer est en pleine forme avec des vagues hachées qui étouffent dans l'œuf toute tentative de prendre un peu d'élan… Je finis par tenter quelques bords au "près moteur" mais tout ça me semble lamentable et nous progressons très peu… Nous sommes à 510 milles de notre destination et il faudrait qu'on accélère un peu, histoire d'être rassurés car notre marge de manœuvre vis à vis du coup de vent du 16 s'amenuise un peu chaque jour avec cette allure de curé..

 

13/11/14

En plus du vent faible dans le nez, le courant s'y met lui aussi. Tout pour nous contrarier… Il y a une voile juste devant nous… Un autre voilier ??? Nous sommes à 4 milles derrière "Yovo", incroyable coup de chance!!!

Nous ne sommes plus seuls, ça rassure !!! "Alibi" n'est pas loin non plus mais nous ne les captons pas par VHF.

Je prends sur "Chopper" la météo habituelle et je demande une carte des courants par curiosité… Un quart d'heure plus tard, je mesure à quel point j'ai été stupide… Le fichier "courant" est éloquent et je comprends vite pourquoi nous nous trainons depuis 2 jours… Changement de cap et on fonce en direction de la côte africaine, moteur à 2200trs/min ! Il n'y a plus que 8 heures à en baver et on monte sur le tapis roulant !!!

Les grands tourbillons du canal du Mozambique sont parfaitement connus et les fichiers sont indispensables pour négocier au mieux la traversée… Je préviens "Yovo" et "Alibi" de mes découvertes et tout le monde nous emboitent la poupe en direction de l'Ouest.

 

 

Les fichiers Grib confirment que le vent portant va se lever lorsque nous toucherons le courant, ça va être Noël ! De toutes façons, nous n'avons plus le choix, il faut que ce soit Noël car la tempête du 16 n'attendra pas…

 

14/11/14

Nous sommes enfin récompensés et nous profitons d'un fort courant et d'un vent portant qui propulse Badinguet à 9 nœuds de moyenne vers sa destination. Par moment, la mer est dans tous les sens avec de grandes vagues qui soulèvent notre  voilier comme un vulgaire bouchon. J'imagine sans peine les conséquences d'une tempête de Sud qui viendrait contrarier ce puissant courant du Nord… Les vagues doivent être énormes et ce n'est pas pour rien qu'on répertorie le plus grand nombre de vagues scélérates dans le coin !

Nous sommes sous génois et gennaker tangonnés. Nous doublons "Alibi" à l'aube et "Yovo" se retrouve 25 milles derrière le peloton de tête...

Je me félicite tout seul d'avoir fait ce choix calqué sur les courants, nous arriverons à Bazaruto demain dans la journée, largement à temps !!!

Nous faisons des pointes à 12 nœuds avec un vent arrière de 15 nœuds lorsqu'un fou brun vient se poser sur le tangon bâbord. Les grandes vagues de l'océan indien chahutent le navire et l'oiseau s'agrippe tant bien que mal… Et plutôt mal d'ailleurs car il tombe deux fois de suite dans l'eau en tentant de se raccrocher avec son cou à l'un des 4 cordages qui maintiennent le tangon en place.

L'oiseau fait une nouvelle tentative pour profiter du voilier et s'y reposer, il est en équilibre sur le bout arrière et se déplace tel un équilibriste alcoolisé dans notre direction !!! Un vrai funambule car le bateau est secoué comme un prunier ! Le voilà à 10 cm du pont, il coince sa queue contre un chandelier et commence sa toilette sans se soucier de nous qui sommes à 50cm de lui !

Je sors la Go Pro et filme le volatile passager de longues minutes. Il manifeste son mécontentement en envoyant un bon coup de bec dans la camera, ça suffit comme ça !

Avec la douchette, je nettoie les chiures de l'oiseau et arrose un peu les plumes de notre invité au passage, il se tourne, furieux, nous envoie un cri épouvantable et tombe à l'eau comme une m…. !!! Nous rions de bon cœur et il finit par s'installer sur le tangon pour passer la nuit en équilibre.