PARTIR AU LARGE

TDM Atlantique TDM Pacifque TDM Asie du S.E. TDM Indien Proverbes,... Recettes, Remèdes Mouillages de rêve Amis, Liens Autres sites Pêches et Poissons Côté Technique

Carnet de bord ASIE1 Carnet de bord ASIE2 Carnet de bord ASIE3 Carnet de bord ASIE4 Carnet de bord ASIE5 Carnet de bord ASIE6 Carnet de bord ASIE7

 

 

 

 

 

    ILES ANDAMAN
  

 

01/02/14

Nous partons à l'aube pour éviter un nouveau contrôle des rangers du parc national... Le vent est moyen mais suffisant pour être sous voile puis ça se calme et nous sommes au moteur tout doucement à partir de 13h.

Nous traversons régulièrement de curieuses et impressionnantes veines de courant qui nous ralentissent de façon spectaculaire et qui lèvent des vagues hachées pendant moins d'un mille. Jamais nous n'avions vu cela auparavant et le phénomène se répète toutes les 20 minutes...

Nous jouons toute la journée avec des dizaines de dauphins gris, pas une heure sans en voir un groupe. Même les globicéphales viennent sauter devant le bateau et nous entourent lorsqu'on ralentit. Nous faisons des essais avec la nouvelle Gopro et nous nous amusons à filmer sous l'eau l'évolution des dauphins. Ils ne semblent pas apprécier que nous les filmions mais en ce qui nous concerne, les images sont spectaculaires. Il reste à monter les films et je n'arrive pas à trouver le temps de m'y mettre… Nous pêchons un gros barracuda qui termine au congèlo, on se contente de ce qu'on a…

Un pétrolier chinois vidange ses cuves en mer, il nous croise sur bâbord, nous sommes écœurés et révoltés… Il devrait y avoir un numéro de téléphone ou un mail pour dénoncer des salauds qui polluent sans scrupule la planète…

 

02 /02/14

Pos à 3h39 UTC : 9°57.955N/95°19.424E / mer belle / vent Nord-Ouest 6 à 10k.

La nuit s'est bien passée avec le retour d'un vent faible vers 3h du matin. Une bonite se fait prendre à 11h et la journée se déroule au ralenti comme notre progression sans vent… Nous n'arriverons pas demain comme nous l'espérions car notre moyenne est pitoyable, il faudra une nuit de plus et Pascale ronchonne en préparant un délicieux curry jaune.

 

03/02/04

Pos. le 3/02/14 à 10h50 UTC : 11°24.644N / 93°29.210E /Mer belle / vent Nord -Est 10k.

Une nuit tranquille sans trop de vent mais sous voîles. Nous ne remettons en route le moteur qu'au petit matin. Nous n'avons croisé qu'un bateau de pêche en deuxième partie de nuit.

Nos montres ont changé d'heure pour nous caler sur le nouveau décalage horaire des îles Andaman qui correspond à celui du continent indien, situé beaucoup plus à l'Est. Du coup, il fait nuit à 17h et jour à 5h du matin ! Nous n'aurons plus que 4h30 de décalage avec la France ce qui facilitera les communications par Skype.

Grâce à l'iridium, je joins régulièrement Ashraf, notre agent sur place qui prépare notre arrivée auprès des autorités. Il nous a écrit que nous pouvions arriver vers 6h du matin sans avoir à payer l'amende correspondant à une arrivée nocturne. L'immigration ouvre à 8h30 et les douanes à 9h mais nous devrons nous annoncer sur le canal 16 avant toute chose puis rejoindre le mouillage qu'on nous indiquera.

Comme prévu, nous arrivons sur le grand haut-fond vers midi et la pêche miraculeuse peut commencer sur le "Invisible banc". Ce gigantesque plateau est à 9 mètres de profondeur au plus haut et tout autour, les fosses marines descendent à plus de 1500 mètres. Les deux cannes à pêche n'arrêtent de se plier et de ramasser du poisson. Ma plus vieille canne que nous avons appelé Manitou en souvenir de notre ancien bateau ne prend que des barracudas et des bonites. La nouvelle canne baptisée Freddy en souvenir de son ancien propriétaire et ami qui nous l'a vendu la semaine dernière a longtemps tardé à donner des résultats mais sur les bancs de coraux, elle prend 3 énormes vivaneaux Job. Ceux ci peuvent être ciguatériques lorsqu'ils sont gros aussi attendrons-nous les avis des pêcheurs indiens avant de les consommer. En attendant, plusieurs kilos de filets de poissons refroidissent au congélateur.

Nous tournicotons un bon moment sur le lieu de pêche afin de passer le temps car nous ne sommes qu'a 50 milles de Port Blair et nous ne pouvons arriver que demain matin pour éviter la taxe de nuit... A la fin de la pêche, rasé et lavé, nous mettons le cap sur la capitale des Andaman et ralentissons le bateau à 3.5 nœuds.

Sinon, pascale a les cheveux qui poussent à toute vitesse et elle ma déjà largement rattrapé et doublé... La blonde est de retour !!!

Badinguet fait un peu la tronche d'être ralenti de la sorte mais nous lui tenons bien la bride pour qu'il se calme,  demain, nous serons en Inde !!!

Bilan de la demi-journée de pêche : 5 barracudas, 2 bonites et 3 Vivaneaux Job, pas mal !

 

04/02/14

La côte des Andaman est en vue depuis des heures sous forme de points lumineux groupés sur les hauteurs qu'on devine difficilement dans la pénombre. Badinguet glisse sur une eau calme, sans une ride, le moteur ronronne et tout doucement, à 2.8 nœuds, nous approchons de la terre indienne.

Nous rangeons le voilier méticuleusement, dissimulons les cannes à pêche et préparons la venue des autorités pour ne pas être pris au dépourvu. L'île Ross est sur tribord, nous approchons de Port Blair.

A 6h00, le jour est déjà levé depuis 3/4h et j'appelle sur le 16 pour joindre "Port Blair-Port radio" et après une dizaine d'essais, un officier parlant parfaitement anglais me répond enfin, la conversation se poursuit sur le canal 12. Les questions se succèdent à un rythme effréné et avec son fichu accent indien, je dois lui faire répéter chaque question pour être sûr de rester dans les clous… Tout y passe, la description du bateau et de son équipage sont vérifiés sous toutes les coutures…

Nous devons rejoindre le mouillage derrière Chatam Island et les prévenir lorsque nous serons sur zone… Encore une 1/2 heure de navigation le long des routes côtières parcourues par les rickshaws et les bus multicolores.

Il y a 3 autres voiliers au mouillage et nous jetons l'ancre à côté d'eux, assez loin du pont qui relie l'ile de Chatam à l'ile d'Andaman. C'est un peu loin de la zone de quarantaine mais nous sommes à l'écart des nombreux cargos et des navires de guerre qui manœuvrent tout autour de nous. Plusieurs hélicoptères tournent sans arrêt au dessus du plan d'eau pendant que j'essaye de couvrir leur bruit en hurlant dans une VHF muette que nous sommes bien arrivés !

Frustrés de ne pas avoir droit au chapitre sur les ondes, nous nous allongeons un peu pour récupérer de notre nuit de veille. Le répit est de courte durée car le "Port control" s'adresse désormais à nous avec tous les égards. Nous confirmons notre position précisée par le GPS puis nous mettons l'annexe à l'eau pour aller chercher les douanes…

Je trouve facilement le lieu d'atterrissage pour les annexes et un jeune homme me prend les amarres. Il s'appelle Umapati et se présente comme étant le "boat man", celui qui garde les annexes pour quelques roupies… Il me confirme que c'est bien ici que je dois attendre l'arrivée des autorités et pour me rassurer, il téléphone avec son portable qu'il me tend ensuite… Je suis surpris que quelqu'un désire me parler ici bas mais c'est Ashraf, notre agent qui me confirme que les douanes seront là dans 5 minutes, cool ! Ashraf est rudement efficace et sérieux car il était dans le bureau des douanes pour organiser notre arrivée.

1/2h plus tard, je récupère Ashraf et deux officiers en civil pour traverser la grande baie et retrouver notre voilier.

Etonnamment, les deux officiels se déchaussent avent de pénétrer dans le cockpit, une fois n'est pas coutume, ils ont quand même marché avec leur godasses de ville de l'annexe au centre du bateau mais le geste est à retenir !

Tout le monde s'installe à l'intérieur et commence à sortir ses documents, ses tampons et ses stylos…

Pascale propose des boissons et ils réclament des chips et des jus de fruits ! Le plus vieux des douaniers, marqué d'un point rouge au milieu du front, boulotte les crackers à un rythme soutenu. C'est à peine s'il a fini de mâcher la bouchée d'avant que celle d'après est enfournée et  mastiquée mollement. Heureusement qu'il lui reste une main pour tamponner les piles de copies que Ashraf lui tend au fur et à mesure… En tous cas, il ne pose pas de question vu qu'il a la bouche toujours pleine et c'est tant mieux ! Je signe une bonne vingtaine de documents et tamponne le tout avec notre tampon d'Indonésie ! Je ne sais pas pourquoi ils aiment autant tamponner dans ces pays asiatiques !

A chaque fois qu'il réclame un document, Ashraf me traduit en anglais et je traduis en français à Pascale qui trouve le bon formulaire dans la bonne pile de documents que nous avons fait photocopier à  Phuket et tout se déroule rapidement.

Nos deux compères me demandent de les emmener sur un autre bateau afin qu'ils finalisent un contrôle débuté hier… Il n'y en a que pour 5 minutes me disent-ils… 3/4h plus tard, je les raccompagne enfin à terre après avoir discuté et plaisanté un long moment avec l'équipage malaisien du bateau de pêche contrôlé. Au passage, j'ai mangé une pomme verte, bu un coca  et appris que les poissons que nous avons pêché sur le banc en toute illégalité sont des "Job Fish", délicieux à manger ! Youpi !

De retour à bord, je retrouve Ashraf et Pascale qui discutent entre deux bâillements. Grâce aux connaissances de notre agent, Je mets rapidement au point le programme de Badinguet pour notre mois de séjour aux Andaman. Je corrige quelques escales et quelques dates car il connait très bien les sites que je propose.

Deux heures à attendre puis c'est au tour des coast-guards de la Navy indienne d'arriver en bateau. Les pares-battages sont à poste le long du liston et après avoir fait le tour du voilier en le photographiant, ils s'amarrent à couple. Une belle grappe d'uniformes blancs monte à bord et les 7 militaires ne sont pas du genre à se déchausser…

Ils investissent de suite l'espace de vie du bateau et pendant que 4 d'entre eux sont dans le carré à éplucher nos papiers, les 3 autres restent à l'extérieur en posant des questions à Pascale sur notre matériel de navigation…

Nous avons du répondre à 200 questions extrêmement précises et certaines étaient même assez sournoises, surtout concernant nos moyens de défense contre les pirates…  Le plus dangereux est certainement le plus gradé car sous ses airs de sympathique officier, il essaye plusieurs fois de me faire avouer que j'ai une arme à bord pour me défendre, que c'est normal d'en avoir une, que tous les navigateurs en ont une à leur bord, etc. Et bien, non, je n'ai pas craqué ! Et j'ai même évité la vérification du matériel de chasse sous-marine en les embrouillant avec mes questions, on ne sait jamais !

La liste complète du matériel de bord est ensuite vérifiée ligne par ligne, tous les numéros de série sont contrôlés et le matériel photographié sous plusieurs angles. Le plus important pour eux est de savoir si nous avons du matériel pour enregistrer ou détecter avec précision la configuration du fond… De même, le matériel de plongée est vérifié et photographié minutieusement. Il doit y avoir quelque chose qu'ils veulent dissimuler au fond des eaux des îles de l'archipel, c'est certain !

On ressent une certaine pression avec ces militaires qui fouinent, vérifient, nous dévisagent pour observer nos réactions aux questions et revérifient encore et encore que tout concorde. La fouille est néanmoins restée succincte, ils ont juste fouillé le frigo et soulevé quelques planchers, c'est surtout le type de matériel électronique que nous avons à bord qui les intéresse…

Après avoir photographié le voilier de la cave au grenier, c'est à notre tour d'être pris en photo en encadrant l'officier en chef, la photo de famille sans nous demander notre avis, il faut sourire ?

Juste avant de repartir sur leur rafiot, ils nous remettent une feuille de papier où sont notés les numéros d'urgence en cas de détresse, merci les gars et surtout ne retirez pas vos godasses ! Le dernier à quitter le navire est l'officier en charge du commandement et il demande à ce qu'on nous prenne en photo sur le pont, enlacé tendrement comme deux vieux copains de classe, la photo d'adieu, je n'en reviens pas !

Voilà, c'est fait et ça n'a pas été sans un certain stress…Ashraf nous confirme que c'est la partie la plus difficile de notre arrivée car ils débarquent très nombreux et sont extrêmement rigoureux et pointilleux…

Il reste encore l'immigration et le bureau du port mais c'est la pose de midi et je ramène Ashraf au quai pour que nous puissions nous reposer un peu avant la poursuite des hostilités… L'immigration devrait arriver dans une demi-heure, vu leur notion du temps, nous avons deux bonnes heures devant nous pour manger et siester…

Et nous ne nous sommes pas trompés… A 15h45,  Ashraf ne nous a toujours pas rappelé et je finis par craquer. Je saute dans l'annexe et file au quai pour trouver quelqu'un qui a un téléphone en état de marche… Aussitôt dit, aussitôt fait et j'ai Ashraf au bout du fil qui me demande de l'attendre car il arrive dans 10 minutes avec les membres de l'immigration !!! Et voilà à nouveau 5 personnes autour de la table à remplir des formulaires et à les faire tourner. Chacun semble avoir ses propres tampons et fait suivre les documents à son voisin… A la fin du tour complet, je signe les liasses et nous sommes en règle, enfin presque… Il reste le bureau du port…

Il est 16h45 lorsque nous foulons enfin le sol indien et pénétrons dans la voiture de notre agent. Le court voyage entre la nouvelle jetée pour les ferries et le bureau du port est complètement hallucinant avec des vaches sacrées qui broutent les ordures sur les trottoirs défoncés, des pêcheurs à pied qui jettent leur filets circulaires le long de plages couvertes d'épaves, des femmes indiennes aux saris multicolores marchent au milieu des rickshaws et des innombrables véhicules qui se livrent une lutte à mort pour occuper un bout de chaussée… Pas de doute, nous avons trouvé beaucoup plus dangereux que les routes indonésiennes ou thaïlandaises…

Il ne reste que quelques minutes pour attraper au vol le "harbour master", le maitre des clés, heu… du port !!! Nous pensions être en retard mai celui-ci est en réunion et nous attendons que la réunion se termine sur des sièges complètement cassés dans un couloir glauque couleur urine d'éléphant. Les locaux sont complètement délabrés et des piles de dossiers jonchent le sol, ça et là… Nous pénétrons dans une immense pièce qui confirme l'ancienneté du bâtiment en ruines et l'assistant du "harbour master" nous reçoit derrière un bureau gigantesque encombré de dossiers. Ashraf lui tend les documents et c'est reparti pour une énième vérification de notre planning… Ca coince à trois endroits… Pour Cinque Island, seule la partie Nord est autorisée, nous n'avons pas le droit de mettre le pied à terre sur l'ile du sud qui est protégée, sauf si nous payons l'office des forêts 25€ par jour pour l'autorisation… Comme personne n'est capable de nous dire si ça vaut vraiment le coup d'aller sur l'ile du Sud, on se contentera du Nord ! Pour Rutland Island, c'est la même chose, interdit d'aller poser un orteil sur la plage, etc.

Tout ça est vérifié et finalement approuvé après quelques modifications minimes sur notre programme ! On a réussi ! Le "harbour master" via notre agent va maintenant faire suivre la validité de notre clearance aux autres organismes, immigration, Douanes, et coast-guards et tout le monde sera au courant !

Nous avons ensuite confirmation que nous devons communiquer notre position chaque jour à 8h et à 20h au harbour master. Pour se faire, plusieurs possibilités s'offrent à nous et s'ils sont intransigeants sur les horaires, ils sont beaucoup moins rigoureux qu'on le pensait sur les moyens de communication. Il nous est possible de donner notre position par VHF (il y a un autre bureau du port dans les îles situées au Nord-est de Port Blair (à Havelock Island). Un autre moyen est la BLU mais nous n'en avons pas, et pour finir le téléphone mobile et le téléphone Iridium sont tout à fait acceptés pour communiquer avec les autorités, nous sommes ravis et notre programme nous semble parfait :


05/02/14

Une vraie nuit au calme et nous nous levons comme deux imbéciles à 5h30 du matin, vive le décalage horaire !

Nous quittons le bord assez tôt pour profiter de la journée et attaquer une petite balade sous une chaleur écrasante. Pascale fatigue vite et nous finissons par arrêter un rickshaw en direction du centre ville. Nous trainons 1h30 dans les rues surchargées de port Blair et vers 10 heures, nous sommes cuits ! Trop de coups de klaxon, de bruit, de chaussées impossibles à traverser, de poussière, de saleté, de déchets et d'animaux de toutes tailles, du cafard à la vache sacrée ! Je ne sais si le cafard est sacré mais il y en partout…

Ashraf active nos cartes Sim et nous devenons joignables sur nos téléphones, par contre Internet est terriblement lent et je ne suis pas prêt de mettre le site à jour ou d'envoyer des épisodes…

Nous partons ensuite visiter la "Cellular jail", une prison indienne absolument épouvantable… Il ne reste que 3 des 7 bâtiments initiaux construits par les indiens pour isoler leur révolutionnaires en herbe et ce que nous raconte le guide nous glace le sang… Les prisonniers étaient torturés de façon systématique et cyclique avec un raffinement effrayant… des habits en toiles de jute pour provoquer des cloques, des fers avec des barres pour empêcher les prisonniers de s'assoir pendant 6 mois ou les obliger à marcher les jambes raides pendant 1 mois. Des objectifs de travaux forcés irréalisables et ensuite des punitions inévitables et injustes. Les exécutions par pendaison avaient lieu sur une plate-forme à ciel ouvert extrêmement bien conservée et à l'étage du dessous, les dépouilles étaient récupérées et jetées à la mer… Pendant la seconde guerre mondiale, les Japonais qui ont occupé l'ile 3 ans ont été des bourreaux encore plus cruels et les américains ont bombardé les deux tiers de cette terrible prison à la fin de la guerre…

Après ce petit moment de tendresse et un bon poulet Massala, nous repartons dans l'enfer du centre ville, étourdis par le bruit et les coups de klaxon continuels. Quelques courses dans un marché aux légumes pendant que des dizaines de chèvres en liberté broutent les ordures et les immondices qui jonches les bas-côtés des chaussées.

Nous retrouvons Badinguet avec beaucoup de soulagement, il est clair que nous allons modifier notre programme pour quitter cette ville inintéressante.

Nous posons beaucoup de questions sur les tribus isolées des îles Andaman et à chaque fois, c'est la même réponse… Le gouvernement a décidé de les laisser tranquille et il est strictement interdit de s'approcher de leur zone de vie. Aucune route ne traverse leur territoire et les accès sont impossibles par voie terrestre. Ils ne veulent pas de la civilisation et les Indiens ont accepté leur requête… C'est à la fois fascinant et frustrant  de se retrouver si près de tribus primitives et de ne pas pouvoir en savoir plus… Personne ne les étudie ni ne connait leur mode de vie car on leur fiche la paix et cette tolérance et cette protection son absolument géniales de nos jours…

Nous croisons en annexe deux équipages francophones suisse et belge qui reviennent de leur périple de 1 mois, des infos toutes fraiches pour nous. Ils nous conseillent sur les différents mouillages et les endroits qui valent la peine d'y aller ou pas…

Un méga yacht a déjà fini les formalités et repart dans l'après-midi, en voilà qui ne se tapent pas la journée à attendre les autorités. C'est fou comme les gens qui ont de l'argent passent facilement les frontières !!

06/02/14

Une nuit assez moyenne à cause des moustiques et il fait toujours aussi frais la nuit et humide au petit matin. Le ciel est bleu comme chaque jour depuis plusieurs semaines.

Nous partons en annexe nous balader jusqu'à Ross Island mais on nous refuse l'accostage pour une raison mystérieuse… Je ne pense pas que nous puissions y aller par nos propres moyens et comme tout est sous contrôle, inutile de s'attirer des ennuis… Umapati récupère notre annexe comme chaque jour et nous partons pour un petit tour à l'extérieur de Port Blair afin de découvrir les dégâts causés par le Tsunami de 2004.

La vague a définitivement modifié le paysage de la côte et l'eau qui est arrivée très loin dans les terres est restée sous forme de marais. La mangrove commence à pousser et les maisons en ruines sont désormais au beau milieu de lacs salés influencés par les marées. Les buffles viennent s'y rafraichir au milieu d'une multitude d'oiseau, de canards et de dindes pourpres…

Au retour, le chauffeur stoppe son rickshaw au port de commerce devant un petit ferry échoué sur le platier … Un terrible accident a endeuillé la communauté indienne locale avec 21 morts juste à l'entrée du port… Le bateau de 20 places était en surcharge avec plus de 60 passagers et parmi les morts, on trouve un maximum de femmes et d'enfants, noyés en s'empêtrant dans leurs saris… Macabre….

Après un bon déjeuner, nous débutons l'après-midi par la visite du musée anthropologique de Port Blair et en ressortant, nous en savons beaucoup sur ce qui nous fascine le plus… Pour le groupe des Andaman, il y a 4 tribus.

            - Les "Onges" habitent au centre de "Little Andaman" et sont divisés en deux groupes, chacun constitué de différentes familles. Tous les membres vivent en commun sous une grande hutte.

            - Les "Great Andamanese" sont très noirs et vivent sur "Strait island". Ils sont aujourd'hui en voix d'extinction. La plus sérieuse confrontation, nommée la bataille d'Aberdeen a opposé les forces coloniales britanniques avec des armes à feu et les guerriers équipés d'arcs et de flèches… Presque toute la tribu "great Andamanese" fut décimée.

Onges Great andamaneses Jarawas Sentinelles

           - Les "Jarawas" sont restés mystérieusement introuvables pendant des siècles et lorsque les Anglais installèrent le comptoir de Port Blair au 19è siècle, ils réapparurent pour s'opposer violement à la colonisation. Ils  refusèrent également les rapports amicaux avec les "great andamanese" et vivent aujourd'hui sur la côte Ouest de south et middle Andaman islands. Chasseurs et pêcheurs, ils vivent de leurs ressources naturelles en totale isolement.

            - Les "Sentinelles" refusent depuis toujours tout contact avec qui que ce soit. Après avoir été forcés de  migrer de "Little Andaman Island", ils sont désormais les seuls habitants de l'ile "North Sentinel" située à l'Ouest de Port Blair. Les bateaux n'ont pas le droit de s'approcher à moins de 3 mille de cette ile sous peine de recevoir quelques flèches…

Pour le groupe de Nicobar, il y a deux tribus :

            - Les "Shompens", d'origine mongoloïde vivent dans les forêts de "Great Nicobar Island"

            - Les "Nicobarese" également d'origine mongoloïde, sont devenus les principaux habitants du groupe Nicobar, horticulteurs, navigateurs, pêcheurs, ils font du commerce entre les îles grâce à leurs canoës.

Le groupe Nicobar est totalement interdit aux navigateurs…

Shompens Nicobareses

Nous faisons quelques courses dans un super marché qui n'en a que le nom… Adieu yaourts, desserts lactés et sucrés, glaces et fruits au sirop… Puis c'est le retour à bord pour les préparatifs de départ demain matin. Nous n'avions déjà pas d'internet sur nos PC et nous allons perdre les réseaux téléphoniques pendant plusieurs semaines, seul l'Iridium va fonctionner dans les îles…

 

07/02/14

Il est 7h lorsque nous informons pour la première fois les autorités de notre déplacement.

Je dois communiquer, le lieu où nous nous trouvons, la vitesse du voilier, son année de construction, le nombre de membres d'équipage et le nombre de passagers, notre destination et l'heure estimée d'arrivée !!! Ensuite, ils nous donnent l'autorisation de lever l'ancre !

4 heures de navigation plus tard, nous mouillons devant "beach Number 7" sur l'ile de Havelock. Côté pêche, nous avons repris notre rythme de croisière avec un magnifique thon rouge très combatif !

La plage devant nous est immense, bordée de cocotiers et de grands arbres. Juste un accès permet aux baigneurs de rejoindre le sable immaculé. L'endroit est paradisiaque et nous avons même un réseau téléphonique meilleur qu'à Port Blair mais l'heure est à la restauration et Pascale nous a encore fait une recette délicieuse ; Légumes et crevettes sauce aigre douce, un régal ! J'ai un excellent retour sur investissement concernant l'école de cuisine thaïlandaise…

Un seul bémol, le risque de rencontrer un crocodile d'eau de mer est bien réel et l'année dernière, une touriste s'est fait boulotter sur le récif qui borde la plage…

Nous passons le reste de l'après-midi à barboter dans une eau cristalline. Les femmes se baignent en sari et lorsque Pascale retire sa chemise, une femme policier se rapproche… Elle réclame à Pascale nos documents pour savoir si nous avons le droit de venir sur cette plage, si l'ile fait partie des escales déclarées !!! On ne peut pas bouger une oreille sans être contrôlés, ahurissant !

Nous apercevons un éléphant qui avance le long de la plage mais il disparait dans la verdure… Trop loin pour prendre une photo, il ne nous reste que ses traces, uniques preuves de son passage.

Nous repartons au bateau en évitant quelques belles déferlantes et nous restons au frais jusqu'à l'heure de l'apéro…

 

08/02/14

Encore une nuit vraiment frisquette, les couettes ne vont pas tarder à ressortir des coffres.

La location du scooter coute 5€/jour et nous vo ilà partis sur des routes très étroites bordées d'une végétation luxuriante. Nous croisons un grand nombre de femmes drapées dans des saris de couleurs vives et le contraste avec les teintes de la nature est saisissant. L'appareil photo crépite et notre scooter zigzague entre les nids de poules et les véhicules qui nous arrivent de face… Nous poursuivons notre route jusqu'au village N°3, le  principal où l'on trouve de quoi acheter à manger pour nous et à boire pour la mobylette… Il n'ya pas de station service sur l'ile et nous passons 3 fois devant le vendeur d'essence sans nous en rendre compte !

Une fête religieuse est célébrée sous le marché couvert. Un groupe de chanteurs et danseurs hurlent des incantations dans un micro mal réglé en mimant des scènes de je ne sais trop quel dieu hindou… Nous n'y comprenons rien mais nos oreilles ont compris qu'il faut s'éloigner un peu et nous nous rapprochons de l'endroit où d'énormes gamelles cuisent sur une tranchée de feu. Je me déchausse pour rejoindre les hommes qui remuent la tambouille en ébullition et ils me passent le touilleur pour me prendre en photo, sympa !!

Pascale est avec les femmes qui préparent les légumes et les épices en grandes quantités… Quiconque veut manger n'a qu'à s'assoir par terre et se faire servir sur des feuilles de plastique. Il n'y a pas de couverts et il faut se mettre en tailleur… Ca va être compliqué pour nous de bouffer avec nos doigts en se contorsionnant par terre… De toute façon, il est 10h du matin, c'est certainement très épicé et la cacophonie a de quoi couper notre appétit…

Nous visitons le village N°1 dans lequel se trouve la jetée qui accueille les ferries en provenance de Port Blair puis nous longeons la côte Est de l'ile, le long d'une vingtaine d'hôtels bon marché en bordure de plage. Nous y mangeons des rolls et du poulet Massala en discutant avec Françoise et Denis, des sympathiques Français en vacances.

Nous poursuivons notre tour avec la visite du Sud de l'ile, restée traditionnelle et dépourvue de touristes. Les routes sont mauvaises mais la circulation y est rare ce qui nous permet de nous arrêter souvent pour apprécier les magnifiques paysages. Les maisons sont entièrement faites de végétaux. Les Andamanais cultivent les vallées comme ils le faisaient il y a des siècles, avec des moyens traditionnels au milieu des vaches, des buffles, des chèvres et des volatiles.

Nous retournons au bateau puis à 19h, j'appelle le "Port Control" et je me prends un savon parce que j'appelle une fois de plus trop tard…

J'avais compris 7h du soir mais ce corniaud m'a dit "un-sept" au lieu de me dire 5pm ou 17h… Je m'excuse donc assez mollement et demain, je dois le rappeler à 7h30 et 17h, j'ai compris et ça commence à m'échauffer un peu les oreilles de me faire gronder comme un gamin… En fait les horaires changent tous les jours en fonction de l'interlocuteur… Ce matin, nous avons du présenter nos permis de tourisme aux policiers basés sur la plage, ils ne rigolent vraiment pas !!!

 

09/02/14

Après avoir prévenu les autorités que nous sommes toujours au même endroit, nous partons pour "Eléphant beach", une belle balade dans la jungle. Nous beachons l'annexe comme des furieux pour éviter les grosses vagues qui déferlent sur la plage et tirons le dinghy assez haut sur le sable… Entre Pascale qui reste fatiguée par son ancien traitement et moi qui reste fatigué de naissance, remonter l'annexe sur ces grandes plages devient une épreuve de plus en plus difficile et nous achèterons des roues des que possible. Nous laissons notre lourd fardeau entre deux magnifiques traces de tortues qui sont venues pondre ou jouer à la belotte cette nuit sur le sable.

25 minutes de marche au milieu des perroquets et des arbres gigantesques. Le chemin est sec comme de la pierre mais il est plein de trous moulés dans une boue ancienne, des traces d'éléphants figées pour quelques mois en attendant la prochaine saison des pluies. Ces profondes empreintes contrarient notre progression dans la jungle puis le manteau vert laisse place à une mangrove morte. La plage est compartimentée par des dizaines de troncs couchés vers la mer. Les grands arbres centenaires n'ont pas résisté au Tsunami de 2004 et ils continuent à tomber, après des années d'agonie. Pour suivre le rivage, il faut sans cesse escalader ces géants couchés sur un sable corallien battu par les vagues.

La mangrove n'a pas non plus survécu à l'impact et les 3/4 du sable de la plage ont disparu. Les coraux de tout l'archipel ont été fracassés par le raz de marée et aujourd'hui, les récifs sont blancs et la vie sous-marine entre 0 et 10 mètres est assez réduite…

Nous déjeunons au même restaurant qu'hier puis nous retournons sur Badinguet pour une baignade sur notre belle plage de Radhanagar…

Nous évitons de peu une énorme déferlante en quittant la plage et retournons sur Badinguet pour communiquer une nouvelle fois notre position et notre programme car celui-ci évolue… Nous allons considérablement modifier nos plans afin de raccourcir notre séjour et rejoindre le Sri Lanka avec une semaine d'avance. Pascale n'a toujours pas son billet d'avion et comme Internet n'est pas accessible, il va falloir s'adapter…

Nous lézardons sous le soleil couchant, Pascale attaque" L'hiver du monde" de Ken Follett lorsque sur la plage….. L'ELEPHANT !!!! Ni une ni deux, nous sautons dans l'annexe armés du téléobjectif et nous fonçons vers la berge pour photographier le fameux pachyderme que nous loupons depuis 2 jours… Les vagues sont grosse et nous ne pouvons approcher du rivage sans nous mettre en danger aussi restons nous à une distance raisonnable du mastodonte et de son ranger… Nous sommes ravis de cette belle rencontre !

L'annexe est sous les bossoirs, le téléphone sonne… C'est Maël qui nous raconte et explique ses formidables projets de travail sous contrat en Inde à Chenaï… Il a quasiment terminé ses brillantes études d'ingénieur en électronique et s'apprête à rentrer dans la vie active même s'il n'a jamais été vraiment inactif !!!

En voilà des bonnes nouvelles et de bonne raisons pour se réjouir et boire un ti'punch à sa santé, ça faisait longtemps… qu'on n'avait pas une bonne excuse pour lever notre verre…

 

10/02/14

Il est 7h, l'éléphant repasse sur la plage en direction de son bain matinal. Je viens de téléphoner aux autorités et nous levons l'ancre.

Nous passons devant la petite baie où la touriste s'est faite dévorée par un croco puis devant "Elephant Beach et nous contournons le Nord de Havelock en saluant les pêcheurs de Laccam harbour. Nous engageons ensuite le goulet entre John Lawrence Island et Henry Lauwrence Island et mouillons devant l'estuaire d'une grande rivière. La mangrove est omniprésente et l'annexe est vite à l'eau.

Une bonne heure à circuler dans les innombrables bras d'eau de mer cernée de toutes parts par une mangrove impénétrable. Le risque de rencontrer un saurien affamé reste bien présent dans nos esprits et nous ne nous sentons pas très rassurés lorsque les cours d'eau se resserrent jusqu'à devenir non navigables. Les demi-tours sont assez vite effectués et nos petites fesses restent bien à l'intérieur des boudins en PVC…

La nature est intacte et les arbres de la jungle dépassent facilement les 60 mètres de haut. Au début, nous pensions que des collines dominaient la mangrove mais il n'en est rien et la canopée est très loin au dessus de nos têtes. Nous déposons dans un virage deux casiers chargés de chair de barracuda, histoire de voir si on ne peut pas ramasser quelques gros crabes de mangrove sans trop attirer les crocodiles si possible !

De retour à bord, nous disparaissons dans les bras de Morphée avec une vraie sieste de vieux !!!

Nous repartons dans la mangrove pour le coucher du soleil au milieu des perroquets et des martins-pêcheurs puis il est l'heure de donner notre position…

Cette fois-ci, nous n'avons que le téléphone Iridium pour communiquer et l'imbécile que j'ai au bout du fil me demande de répéter 3 fois tout ce que je déclare… Bon, il est vrai qu'avec le téléphone satellite, le fil est long mais de là à demander confirmation après chacune de mes réponses…  3 minutes 40 de communication pour être en règle, je suis vert…

Badinguet est maintenant dans la nuit noire et les chants d'oiseau se sont tus. La jungle enveloppe notre beau mouillage, pas un souffle d'air, pas une vague… Bonne nuit…

 

11/02/14

En ouvrant la porte de la descente, Pascale découvre sous une belle lumière rasante la forêt primaire. Avec les jumelles et un bon café fumant, elle reste un long moment à observer les oiseaux qui chantent le retour du soleil. Pas une ride, une mer d'huile qui transporte très lentement des troncs, des branches et tout un tas de végétaux sous l'effet de la marée.

Les casiers n'ont rien donné mais les appâts ont disparu, y en a qui ont bouffé gratis !

Il ne nous reste plus qu'à attendre que le soleil monte dans le ciel pour pourvoir bouger d'ici car avec tous ces récifs, et les cartes électroniques décalées le contrôle visuel est essentiel.

Nous levons une ancre pleine de vase vers 9h30 et engageons le goulet entre John Lawrence Island et Henry Lawrence Island, Pascale est à la manœuvre et je suis au poste de vigie sur les boomerangs en Inox du Super Maramu. L'échelle de corde que nous avons installée il y a plusieurs années est très utile pour grimper et observer les récifs.

De nombreux hauts-fonds ne sont pas indiqués sur les cartes et c'est seulement grâce à une vigilance permanente que nous pouvons circuler dans ces eaux mal cartographiées.

Nous contournons le Nord de l'ile en nous glissant sous Outram Island mais le site n'a rien d'exceptionnel… Une plage et un mouillage compliqué par 25 mètres de fond, on se casse !

Les autorités ne vont pas aimer mais nous changeons complètement notre programme et prenons la direction de Middle Button. La petite ile est située comme ses cousines (South Button et North Button) dans le chenal entre "Middle Andaman" et l'archipel d'où nous venons. La plage est magnifique et Badinguet mouille par 14 mètres de fond au Sud de l'îlot… Pascale trouve de nombreux coquillages sur l'ile déserte mais elle y fait également d'autres rencontres… Pendant que je découvre les fonds marins blanchis par le tsunami, elle se fait dévorer par les sun-flies… Ces terribles insectes mordent plutôt qu'ils ne piquent et 48h après la morsure, les boutons s'infectent systématiquement en provoquant des démangeaisons continuelles, ça promet ! On dégage de là !

Nous prenons la direction de Long Island sous une bonne brise et 1h30 plus tard nous mouillons sous le vent d'un village aux maisons basses, juste au Sud d'une petite jetée en béton.

Très vite à terre, nous visitons le grand village de Raman, les enfants sortent de l'école, vêtus de leur uniforme. Un énorme générateur diesel assurent l'apport en électricité et l'eau est distribuée au compte goutte via un réseau usé et très surveillé par les Andamanais. Les robinets sont ouverts en permanence et lorsque le précieux liquide coule, tout le monde se précipite dehors pour remplir ses récipients mais la source se tarit vite et après 2 minutes de rendement, c'est la panne sèche !

Le Muesim commence une prière sous le soleil couchant, nous n'avions pas remarqué que le village était musulman mais ce qui nous a surpris, c'est que les maisons sont tournées vers la terre et tournent le dos à la mer… Côté plage, il y a les toilettes et les écoulements des eaux usées, certains font leurs besoins aux yeux de tous dans le sable ou les rochers, au milieu d'une multitude d'animaux de toutes sortes… Il est strictement interdit de se baigner et plusieurs panneaux rappellent la présence de crocodiles de mer dans les parages…

En revenant à l'annexe après une longue balade très agréable, je me fais charger par une vache… Je ne sais si elle était sacrée ou pas, mais cette sacrée vache a bien failli m'encorner sous les rires de Pascale…

Pour la troisième fois de la journée, nous informons les autorités et ce contrôle m'insupporte de plus en plus… On ne va pas faire de vieux os dans le coin.

 

12/02/14

Réveillés très tôt par les démangeaisons, nous constatons avec surprise que nous avons chacun plus de 40 piqures dans le dos, les épaules et les bras et les boutons continuent de sortir…Les sun-flies nous ont dévoré en quelques minutes hier et nous allons passer les prochaines 48 heures difficilement… Nous n'irons donc pas sur North Button pour éviter une nouvelle cannibalisation de masse…

Le déssalinisateur est coupé, le genaker à poste et le "Port Control" est au courant que nous repartons vers Havelock Island, en route !

Une belle navigation avec peu de vent et les deux grandes voiles d'avant tangonnées. Rien n'a mordu aux deux traines, les poissons sont moins voraces que les insectes…

Un superbe méga yacht est mouillé devant la grande plage numéro 7 et l'ancre de Badinguet retrouve le sable après 3 jours de vase… Nous retrouvons un semblant d'Internet et apprenons une excellente nouvelle, Papy Jean, my daddy, vient d'être élu président de la société nautique de la trinité, le plus grand club de voile de France avec 1500 membres !!! Il sera certainement obligé de renoncer à ses fonctions de Président de l'APPH à Port Haliguen… En tous cas, on peut être fier de son père à tout âge, bravo P'pa !

Nous quittons Havelock sans y avoir mis les pieds et à peine sorti du mouillage, un beau thazar passe de l'eau de mer au congélateur.

Encore une navigation tranquille entre 3,5 et 5.5 nœuds poussé par un vent faiblard mais personne ne nous attend… Quelques navires de la marine nous doublent et nous engageons le chenal de Port Blair pour demander l'autorisation de rentrer, quelle tannée !

Pascale a très envie d'essayer les massages locaux et nous partons en rickshaw à la recherche d'un hôpital spécialisé…

Un portier en uniforme nous ouvre la porte en verre, le local est propre et assez moderne compte-tenu de ce que nous connaissons des Andaman… Nous sommes introduits dans le bureau d'une femme en sari qui nous explique les différentes formules de massage Ayurvédique… Elle nous fait un gros discount sur le traitement désintoxication !!! Ca me va très bien car me faire une cure de désintoxication pour 40€ les deux heures, je signe !

Elle passe ensuite un coup de fil et deux masseurs entrent à leur tour dans le petit local… Le mien est grand, très noir de peau, un teeshirt trop court et il arbore une petite moustache qui ne me plait pas du tout… Pascale a droit à une petite femme potelée et souriante… On échange ?

Mon beau ténébreux m'entraine dans une salle sans fenêtre au milieu de laquelle trône une grande table en bois avec des petits rebords. Au fond, dans un coin, une potence qui rappelle sans trop d'imagination celle des pendus. Le sol est carrelé, l'ambiance est glaciale et mon masseur me demande de me déshabiller… Gulp !

Je garde mon short et mon caleçon, je n'aime vraiment pas sa moustache… Il me fait signe de virer le short en saisissant une bande de tissus blanc qu'il découpe au ciseau puis déchire en 3 lanières longitudinales, deux petites sur les côtés et une large au centre, qu'est ce qu'il fiche ?

Il se place alors derrière moi, accroupis et lace autour de ma taille les deux petites lanières de tissus, la partie large est sensée recouvrir mon anatomie et le voilà qui passe sa main entre mes gambette pour se saisir de la bande de tissu et la coincer sous la ceinture qu'il a improvisé et…. Je dois retirer mon boxer avant la manœuvre, bien évidemment !!! Me voilà assis sur une chaise en bois, équipé du slip de tarzan dans une salle fermée à clé avec un moustachu basané…

Après m'avoir collé de l'huile sur la tête, Il commence alors un ponçage-friction de mon cuir chevelu et il n'y va pas de main morte le bellâtre, il m'arrache la peau du crâne pendant 10 bonnes minutes, j'espère que j'ai encore des cheveux !

Je m'allonge ensuite sur le dos au milieu de la table en bois et tache de retenir le matériel qui tente de s'échapper de la bande de tissu… Je ne sais pas s'il va libérer mes chakras mais il y a déjà une partie de moi qui veut prendre l'air…

Il me badigeonne d'une huile ignoblement visqueuse et amorce une série de mouvements qui n'ont pas grand-chose a voir avec un massage… C'est plutôt une sorte de torture répétitive… Je compte jusqu'à 54 fois la même technique brutale et désagréable… Il part du ventre, remonte à l'épaule et redescend le long du bras et ainsi de suite.

Les mouvements sont saccadés, beaucoup trop rapides et à la vingtième fois, je commence à avoir envie de lui expliquer comment on masse… mais je laisse une chance au moustachu… Il vient de finir le côté droit en arrosant copieusement mon string en coton déchiré, je redoute le côté gauche… Et rebelote, toujours ces techniques à la limite du supportable et dire qu'en en a pris pour 2 heures !!!

A peine installé sur le ventre, je sens des mains qui délacent mon slip de Rahan pour libérer mes petites fesses potelées, Qu'est ce qu'il fout celui là ????

Je resserre les jambes et attend la suite des événements avec un certain stress… Et le voilà qui masse longuement les parties charnues sur lesquelles je m'assois régulièrement, si sa main dérape, je le tue ! Inutile de vous dire que je ne suis absolument pas détendu et songe sérieusement à interrompre les soins au moindre accroc… Il y a de l'huile partout et comme le coussin de tête en est plein, je m'en colle dans l'œil et ça me pique tellement que je pleure en lui demandant de quoi m'essuyer…

La table en bois n'a rien de confortable et j'ai des fourmis dans les bras lorsqu'il revient avec des petits sacs remplis d'herbes mystérieuses et trempés dans de l'huile bouillante. Il tapote d'abord le corps puis frotte quelques instants avant de les retremper dans le bouillon graisseux… Ca brûle sur le coup mais ce n'est pas trop désagréable, si seulement, il le faisait avec un peu plus de douceur… mais pas trop quand même !

Je suis à nouveau sur le dos avec mon slip dégoulinant d'huile et la moitié de mes attributs dehors, j'essaye de m'ajuster mais ce fichu bout de torchon baille de tous les côtés…

Il me frotte le visage sans aucune délicatesse avec son huile qui pue puis me badigeonne le faciès avec une boue à base de safran parait-il !!! Il m'a fait un masque de beauté, le moustachu est esthéticienne !

Arrive ensuite le clou du spectacle… Après avoir placé des cotons sur mes yeux et un rouleau de cire autour de mon front, il place la potence au dessus de ma tête, une grande gamelle pendouille juste au dessus de mon front. A l'intérieur se trouve une grande quantité d'huiles essentielles et une mèche qui sort par le fond du récipient. L'huile s'écoule par la mèche et tombe directement sur mon front en décrivant une ellipse de droite à gauche car la gamelle se balance… Sous la table se trouve des seaux qui récupèrent les huiles qui dégoulinent de mon crâne. A chaque fois que le récipient est vide et que je commence à respirer, il vide le seau du dessous dans la gamelle du dessus et ça recommence… A la dixième fois, je suis prêt à tuer, allongé plein d'huile sur une table en bois, à poil sur le dos avec des cotons sur les yeux, de la boue sur la tronche et un moustachu qui me fait couler des seaux d'huile sur la tronche, je fulmine…

C'est un véritable supplice et la musique ambiante fait partie de la torture… Des chansons qui durent 1/2h et qui n'ont pas de refrain, une suite de phrases identiques sur le même air répétées 100 fois, rien ne permet de se relaxer ou de penser à autre chose, un calvaire… Je suis à un doigt de me lever en furie, de faire bouger mes articulations endolories, d'arracher mon slip et de lancer le cri de Tarzan afin d'appeler les animaux de la jungle pour qu'ils détruisent le moustachu qui me maltraite…

Le traitement se termine par l'application d'une huile à base de jus d'ananas, d'oranges, de citrons et de miel. L'huile est glaciale et mon tortionnaire recommence son massage débile et répétitif, comme un robot lobotomisé…

            - Le moustachu : Vous êtes marié ?

            - Moi : Oui, ma femme est dans la pièce d'à côté.

            - Le moustachu : Vous faites des exercices régulièrement ?

            - Moi : Quoi ? Non, pas du tout ?!?

            - Le moustachu : Joli corps !!!!

            - Moi : J'ai 50 ans et j'ai un corps de 50 ans (il a intérêt à arrêter très vite sinon, il n'a plus de dent… et je vais en prison…)

Je termine sous une douche froide avec un bol de shampoing pour retirer un maximum de gras et de boue. La serviette qu'il me donne pour m'essuyer est de la taille d'un mouchoir, comment vais-je sortir de cette salle de bain ???

Mon moustachu me voit donc passer avec une serviette de table sur le kikou et un sourire un peu gêné… Je chope mon boxer et l'enfile sous son regard en coin, je suis sauvé !!!

Je lui demande sans ménagement d'aller se placer à côté de sa saloperie de potence pour une photo souvenir et sors enfin respirer l'air frais de la salle d'attente. L'employé me demande si j'ai apprécié le massage et je ne peux m'empêcher de lui dire la vérité lorsque Pascale interrompt mes revendications…

Elle a vécu exactement le même supplice que moi, jusqu'à l'huile dans les yeux… et nous éclatons de rire dans la rue… Plus jamais de massage Ayurvédique !!! Décidemment, l'Inde est un pays auquel je ne comprends rien…

 

14/02/14

La journée commence avec une première rotation de bidonnage de gasoil. Pour ce faire, j'ai la chance d'emprunter un taxi indien assez ancien et complètement déglingué…

Vers 9h30, nous récupérons le scooter que nous avions réservé la veille et nous voilà partis sur les routes infernales du centre ville de Port Blair. La conduite nécessite extrêmement d'attention et surtout, il faut bien écouter les coups de klaxon, les clignotants ne servent à rien et tout est permis sur la route… Doubler sans visibilité dans les virages, emprunter largement la chaussée d'en face et doubler de tous les côtés… Dans ce tour du monde, jamais nous n'avons été autant en danger que sur ces routes…

En quittant la ville, les choses se calment un peu mais la route n'est plus du tout entretenue et les nids de poules sont partout. Ce sont surtout les femmes qui effectuent les travaux de réparation des routes, elles portent sur la tête des charges impressionnantes et les hommes font le travail de précision et de finition. L'Inde reste un pays extrêmement machiste, empêtré dans un passé ou se mélange colonialisme et religion polythéiste ancestrale.  

Le scooter rouge nous amène jusqu'au Sud de "South Andaman" à Chyriatapu où il n'y a absolument rien à voir… La plage est quelconque et une fois de plus, nous devons décliner nos identités au poste de police installé à l'entrée… Les militaires effectuent des manœuvres pendant qu'un hélico de la Navy survole bruyamment la zone.

Des panneaux qui servent de perchoirs à de petits perroquets verts rappellent les risques qu'encourent les baigneurs. 3 bicoques délabrées font office d'épicerie et les déchets sont partout, les bas côtés sont couverts de plastiques, de bouteilles et de sacs…

Nous déjeunons dans le restaurant d'un hôtel au milieu de nulle-part et rentrons à Port Blair et sa dangereuse cohue.

En chemin, nous assistons à une bagarre en pleine rue. Une dizaine de gars en tabasse un autre et très vite une foule de gens accoure et entoure la scène.. Le type n'a plus aucune chance d'éviter les coups qui pleuvent de partout… Nous ne savons ce qu'il s'est passé mais cette violence est assez fréquente en Inde et les gens règlent leurs différents sans scrupule…  Quand on voit avec quelle agressivité ils conduisent, on n'est plus surpris de rien…

Le soir venu, nous négocions 7 statuettes en bois fabriquées par les Nicobareses, difficile de trouver un souvenir original dans ces iles largement distancées dans la course à la modernité…

Le plein de gasoil est fait, nos souvenirs sont à bord, parés pour un départ en début de semaine prochaine. Nos amis Margot et Thierry de "Skimer" ont prévenu leur agent que nous arrivions bientôt et il ne nous reste plus qu' décrocher un visa sri lankais sur internet… Mais ici, internet est Nul !!! Demain, nous essaierons d'un cybercafé en ville…

 

Du 15/02 au18/02/14

Une heure et trente minute pour accéder au formulaire de l'immigration Sri-lankais et impossible de payer avec nos cartes de crédit car la banque refuse le payement sans code d'authentification envoyé par SMS sur nos portables… Et nos cartes SIM sont Indiennes !!! ALORS KOMEN KON FAI ??? A chaque fois que nous désirons effectuer un achat par carte bancaire, nous sommes bloqués, c'est lamentable et nous sommes bien énervés pour la journée…

Heureusement qu'en fin d'après-midi, Arnaud nous sauve la mise en prenant nos visas de France avec un internet qui fonctionne, une carte bancaire et un téléphone français.. Coût de l'opération, 22 € par visa… tout ça pour ça ! Merci Arnaud.

Nous passons nos derniers jour en territoire indien à préparer Badinguet pour sa prochaine virée, avitailler et réparer des bricoles qui tombent en panne avec la palme d'or pour l'aspirateur qui est passé en salle de réanimation avant de ressusciter !

Nous avons encore une fois devancé l’appel et les formalités de sortie sont réglées vers 10h du matin… En repartant au bateau avec notre précieux sésame en poche (la clearance de sortie), nous rencontrons l’équipage du voilier« Ouma », un ketch en acier peint avec une belle robe de vache normande… Robe blanche et taches noires, le « bateau-vache ». Anciens militaires, les jeunes retraités profitent de l’Asie du SE depuis des années…

Badinguet envoie la toile à 11h30 et très vite, un beau wahou se fait gaffer le long de la côte… La descente vers le Sud pour rejoindre la passe entre Andaman et Nicobar nous semble interminable puis enfin, Badinguet rejoint le large et le temps se gâte…

Nous avons encore une fois devancé l’appel et les formalités de sortie sont réglées vers 10h du matin… En repartant au bateau avec notre précieux sésame en poche (la clearance de sortie), nous rencontrons l’équipage du voilier « Ouma », un ketch en acier peint avec une belle robe de vache normande… blanche avec des taches noires, le « bateau-vache ». Anciens militaires, les jeunes retraités profitent de l’Asie du SE depuis des années…

Badinguet envoie la toile à 10h45 et très vite, un beau wahou se fait gaffer le long de la côte… La descente vers le Sud pour rejoindre la passe entre Andaman et Nicobar nous semble interminable puis enfin, Badinguet rejoint le large et le temps se gâte…

 

Point Jour 1 le 19/02/14 à 3h14 UTC

Pos : 10°31.250N/90°56.09E. Mer du Nord forte avec des creux de 3 à 5 mètres déferlants par moment.  Vent Nord 20 à 25K. Vitesse : 8K, Cap 250°.temps très couvert avec de grosses masses nuageuses et quelques grains bien costauds...

Dicton du jour : « haut-fond sur la route, poisson au casse-croute ».

Pêche : un wahou de 1.20m et un vivaneau job. Mais avec les conditions de maintenant, on ne peut plus pêcher !

Nous quittons les Andamans avec un vent faible d’Est puis il tourne au Nord et à partir de minuit, nous avons des conditions dures. Le bateau est très secoué et part au lof sur de grosses vagues très rapides.  Les conditions de confort se sont vraiment détériorées. Nous dormons très peu la nuit.

Au matin, Pascale repart dormir et vu les conditions, la bouffe est assez limitée… La météo n’est absolument pas fiable dans ce coin et on espère une accalmie pour pouvoir nous reposer un peu… dur dur !!! Ils annonçaient 10 à 15 nœuds de NE !!!!

En tous cas, ça faisait des années qu'on n’avait pas eu une mer comme ça... Nous ne sommes plus du tout habitués et la pilule est difficile à avaler.

 

Point jour 2, le 20/02/14 à 04h27 UT

Pos : 9°23.7N/88°23.25E  Vent 15-18k NE, mer agitée à peu agitée, vagues secteur Nord croisée avec mer du vent secteur NE. Temps beau avec quelques nuages. vitesse 6.3k. cap : 249°.

Dicton du jour : "Océan indien : Pas pour les gamins !" reste à parcourir 534 milles...

 

Le temps commence à changer à la tombée du jour et la mer se calme progressivement durant la nuit. La vitesse chute mais les conditions de vie s’améliorent et la nuit permet de récupérer un peu des montagnes russes d'hier... Désormais, nous subissons moins la grande houle du Nord et un peu plus la mer du vent même si elle est anormalement plus forte qu'attendue, courants, houle croisée ??

Je remets les lignes de traine ce matin et le voilier est sous geenaker sur une mer qui s'apaise assez lentement. Nous avons déjà bien avancé et pensons arriver le 24 au matin comme prévu à Galle au Sri Lanka. On souffle vraiment car les premières 36 heures ont vraiment été difficiles avec une mer dans tous les sens, des crêtes, des trous et des vagues pyramidales... Le bateau sautait dans tous les sens, impossible de se tenir debout... La météo annoncée est enfin conforme et ça devrait rester stable et même baisser encore un peu, tout va au mieux.

 

Point jour 3, le 21/02/14 à 03h40 UT

Pos : 8°83.08N/86°27.55E  Vent 10-12k ENE, mer agitée à peu agitée, vagues secteur Nord croisée avec mer du vent secteur NE Temps mitigé, beaucoup de nuages. vitesse 5.2k. cap :248°

Dicton du jour : "Hameçon dans le gosier, poisson au diner... Hameçon dans le rostre, poisson se décroche... hameçon dans le cul poisson perdu !!! "

Reste à parcourir : 415 milles...

Pêché un gros wahou de 12 kilos, le congélateur est presque plein, j'ai encore le droit d’attraper un poisson pas trop gros.... comme si je les choisissais...

Le vent continue à baisser régulièrement et la mer reste agitée donc le voilier roule un max avec le vent arrière... Nous sommes au moteur et les deux grands-voiles croisées car le geenaker et le génois ne sont pas assez gonflés pour se tenir, les voiles battent et s'abiment... Malgré les conditions difficiles, Pascale nous fait de délicieux petits plats et je ne pense pas que beaucoup d'équipages mangent comme nous... Hier vivaneau aux échalotes-pommes de terre.

Pascale a ramassé une bonne dizaine de gros poissons volants pendant son quart, un suicide collectif ?

Cet après-midi, un très gros départ de ligne mais le bestiau ne s'est pas accroché, certainement un marlin piqué au rostre.

Nous avons dépassé la moitié du chemin et on commence à en avoir un peu marre d'être en mer avec ce roulis incessant... De nombreux dauphins se succèdent devant l’étrave du voilier pour le plus grand plaisir de Pascale qui file à l’avant à la première occasion.

 

Point jour 4, le 22/02/14 à 04h03 UT

Pos : 7°35.16N/84°21.86E  Vent 10 ENE, mer peu agitée, vagues secteur Nord-est - Temps nuageux avec averses fréquentes, vitesse 5.4k. cap :245°

Dicton du jour : "Grains de nuit, quart pourri !!! "

Reste à parcourir : 278 milles...

Rien pêché hier, j’espère une prise aujourd'hui pour compléter le congélo. Toujours pas assez de vent et trop de mer pour garder les voiles de devant et c'est dommage car sans vague, nous avancerions à 5 nœuds mais on bousille tout tellement elles battent... On continue sous moteur petit régime et grands-voiles, on se rapproche.

Nous essayons d'éviter les averses mais nos tentatives ne sont pas toujours couronnées de succès et le bateau reçoit une douche de temps en temps. Vivement demain soir, on devrait commencer à apercevoir la côte, il restera alors 85 milles à faire pour contourner le Sri Lanka et rejoindre le port de Galle.

 

Point jour 5, le 23/02/14 à 04h23 UT

Pos : 6°23.27N/82°09.74E  Vent 10 ENE, mer peu agitée, vagues secteur Nord-est - Temps beau avec quelques nuages, vitesse 5.4k. cap :21°

Dicton du jour : "Une douche par semaine, ça fouette sous la misaine !!! "

Reste à parcourir 128 milles...

Mangé : Carpaccio de wahou, pomme de terres rissolées.

Toujours gênés par la mer et le peu de vent pour envoyer les voiles d'avant... les 2 grands-voiles sont croisées avec le moteur au minimum qui stabilise. Nous sommes abordés depuis l'aube par une succession de petits chalutiers qui se rapprochent dangereusement de Badinguet. Les hommes à bord font de grands signes... Pascale n'est pas rassurée et elle me réveille à chaque fois pour que je les éconduise plus ou moins gentiment... Nos lignes risquent d'être coupées et ils s'approchent vraiment très près en réclament toujours la même chose... des boissons et des cigarettes !!! Vive le monde moderne et ses addictions... En tous cas, c'est assez stressant même s'ils nous souhaitent la bienvenue en souriant... Au bout de 5 nuits, j'ai un petit moins le sourire mais ça reste très sympa... surtout quand ils font demi-tour en s'éloignant...

Nous passons juste à côté d’une grande raie Manta qui se laisse dériver en surface.

Ce soir, nous contournerons l'ile de Sri Lanka et longerons la côte Sud cette nuit pour arriver à Galle au matin et y faire notre entrée... Vu le nombre de bateaux et d'engins de pêche que nous rencontrons sur notre trajet à plus de 60 milles des côtes, la nuit risque d'être blanche avec une surveillance accrue et le risque de se prendre dans un filet ou un casier... Nous passerons donc très au Sud de l'ile, entre 10 et 17 milles de la côte pour rester sur grandes profondeurs. Je ne sais pas si ça changera grand chose car nous avons rencontré beaucoup d’engins de pêche qui dérivent sans tenir compte du fond.

Vivement demain matin qu'en en finisse avec cette allure pénible... Ce soir, je me lave et Pascale est ravie... Il faut dire que mon odeur me réveille... Je sentirai bon pour les douaniers...  

Le vent continue de se renforcer jusqu'à 20 nœuds au portant et un furieux courant se charge de compléter le tableau… Badinguet avance à prés de 10 nœuds le long de la côte sri-lankaise..

Il fait nuit noire et les lumières côtières masquent les feux de navigation des pêcheurs, le radar tente de faire le tri dans tous les échos et le veilleur a du mal à enchainer deux chapitres de son roman car la surveillance est continue.

Nous approchons trop vite de notre destination et vers 4h du matin, j’engage l’entrée de la baie de Galle pour mouiller derrière la pointe Est de l’anse. L’abri est excellent avec une belle protection naturelle contre la grande houle de Sud-est.

 

 

Lire la suite