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MALAISIE

 

 

20-21/09/12

Deux jours passés enfermés dans le bateau avec les climatisations à fond, c'est bien simple, Pascale et moi avons tous les deux attrapé un rhume !

La place de port coûte 20€ par nuit et la marina s'occupe des nos papiers de sortie sans prendre un centime de plus. Seul bémol, nous sommes à l'écart de tout et dans cet espace privilégié, on s'ennuit vite… Mis à part quand nous buvons un coup sur "Bohème III" avec Annie et Patrice en compagnie de Clément, le manager de la marina et de sa compagne Philippine.

Batam est une ville frontière avec ses nombreux magasins et ses services bien moins chers qu'à Singapour, situé de l'autre côté du bras de mer. Il pleut chaque jour et faire des lessives devient un sport que Pascale semble apprécier… Sortir en courant dés qu'il pleut pour tout rentrer, ressortir le linge après l'orage et ainsi de suite toute la journée. De mon côté, je coince la bulle, scotché à la sortie d'air frais !

 

22/09/12

Badinguet quitte le ponton aux premières lueurs et longe pendant quelques heures la côte Nord de Batam. Le trafic sur notre tribord est impressionnant et je retarde le plus longtemps possible le moment où il va falloir couper le rail des cargos.

Le ciel, tout comme le chenal, est très chargé et les premières gouttes ne tardent pas à atténuer encore un peu plus la visibilité.

Il est maintenant temps de traverser et le tonnerre gronde lorsque nous passons au cul de notre premier supertanker. L'AIS est d'une aide très précieuse pour couper le rail et juste une fois, nous nous déroutons pour passer derrière un porte-container de 366 mètres de long, oups !

Le plus simple reste de traverser tout droit, bille en tête et d'attendre le dernier moment pour négocier un croisement ou un dépassement délicat. Le temps reste gris, bouché et après avoir longé les interminables digues et quais Singapouriens, nous engageons le chenal entre la Malaisie et Singapour et la côte sur notre tribord n'est pas très engageante… Les rives sont barrées par des grillages électrifiés surmontés de grands panneaux dont les têtes de morts ne nous disent rien qui vaille ! Des vedettes rapides de police patrouillent en permanence, longeant à vitesse réduite les grandes barrières anti-intrusions. Encore un mur infranchissable qui isole la prospérité et le confort de la pauvreté… Il est strictement interdit de s'approcher à moins de 75 mètres de la côte et les détonations qui secouent l'air enterrent à jamais nos dernières idées malsaines de venir défier les autorités… Un camp militaire, masqué par la végétation longe la rive. Alors qu'un avion de chasse passe à basse altitude, les échanges de coups de feu et les explosions nous font sursauter à chaque fois, ambiance !

Nous passons devant plusieurs autres marinas, un peu isolées et remontons la rivière Danga en rasant une côte défoncées à coups de pelleteuses et d'engins de chantier.

Les pontons de la marina Danga bay sont désormais visibles et Jean de "Too much" amarre notre Badinguet avant que nous ayons eu le temps de dire "Ouf".

La marina est située à l'embouchure d'une rivière qui se jette dans le bras de mer, la jonction entre les deux cours d'eau est toute proche des pontons qui courent le long de la rive. Un grand complexe à moitié terminé sert de zone de restauration et abrite le bureau où siège l'Australien Ron, le manager. Cette grosse barrique débile nous a plutôt bien reçus par rapport à nos amis mais nous restons méfiants… Ce troud'cul n'aime pas les français et il le fait savoir en permanence. Le prix de la marina (25€ la semaine) et la proximité de Singapour valent bien quelques sacrifices…

Nous avons amarré Badinguet à côté de "Nathapé" et "Too much", les 3 super Maramu sont à nouveau réunis et "Catafjord" arrivera demain.

 

Les jours suivants

Grâce ou à cause des innombrables conseils de Jean, nous voilà en train de remettre en état Badinguet et de modifier certaines choses que nous n'aurions jamais faites sans notre infatigable voisin…

Pour être resté plusieurs semaines surplace, Il connait beaucoup d'adresses et nous gagnons beaucoup de temps dans nos recherches.

Modification de la porte du frigo qui avait tendance à s'effondrer, isolation du congèlo, changement des câbles des feux de navigation de balcon, réfection de l'étanchéité de la pompe de rinçage de chaine, cirage sur toutes les pièces en nylon noir, agencement des tiroirs, révision du mouillage, installation d'une loupiotte sous la capote, etc.

Les deux grands ennemis que nous devons affronter sont la chaleur et les moustiques Pour nous, le paradis se résume à s'enduire de répulsif et rester enfermé avec la clim à fond !

La marina est coincée entre une autoroute à 6 voies et la rivière et de nombreux bus souvent déglingués, s'arrêtent sur un simple geste du bras. Les prix varient en fonction de la distance mais les tarifs restent très raisonnables, environ 50 cts d'euro pour 10 kms.

Nous passons donc nos journées à bricoler ou à faire des achats et les soirées sont consacrées à nos amis. Les apéros dinatoires se succèdent et si nous changeons de bateau chaque soir, le contenu de nos verre reste identique, du rhum !!!!

 

27/09/12

Nous sommes tranquillement installés dans la cabine arrière à regarder un film policier, il est 19h… La première rafale couche le bateau qui prend une gite de 20° en s'écrasant contre le catway. Très vite, nous sommes dehors avec tous nos voisins. Il ne pleut pas encore mais le ciel est chaotique, épais, noir comme de l'encre. Les nombreux éclairs illuminent la scène… La mer se lève presque aussitôt et devient blanche d'écume. La rivière est en furie, les pontons ondulent violemment en raclant les pylônes. Le vent ne faiblit pas et continue de se renforcer, j'aperçois du coin de l'œil l'anémomètre, 49 nœuds ! Pascale court à l'avant pour prendre les bâches de protection de cockpit. Le vent nous arrive par le travers arrière et la capote lui propose une magnifique manche à air, il faut que nous ayons moins de prise au vent et en 2 minutes, les cloisons en PVC sont en place.

Pendant ce temps, le port bascule du purgatoire vers l'enfer et le taud de soleil de notre voisin explose en morceaux. Jean double ses amarres et chacun rajoute des pare-battages sous le vent. On pense d'abord à son bateau avant de porter secours à son voisin. Les bouées, écrasées entre les coques et les pontons, remontent souvent sur les catways mais le matériel tient bon.

Pour compliquer la situation, la lune est pleine et la grande marée est haute… Quelques beauforts de plus pourraient certainement entrainer la marina à la limite de la dislocation…

20 minutes plus tard, tout est fini, plus de vent, la mer est calme et s'il n'y avait pas ce ciel tourmenté et les éclairs qui zèbrent l'horizon, on pourrait penser avoir fait un mauvais rêve… Ces coups de vents terriblement violents ont un nom, ce sont les "Sumatra" et nous ne sommes pas prêts d'oublier ces phénomènes…

 

 

SINGAPOUR

 

 

04/10/12

La frontière entre Singapour et la Malaisie est franchissable par deux grands viaducs qui enjambent le chenal d'eau de mer. De part et d'autre de cette large autoroute aérienne se situent des centres ICQ (Immigration-douanes-quarantaine). Ces immenses blockhaus de verre et d'acier sont parcourus par des kilomètres d'allées, d'escalators, de couloirs, et de files d'attente impressionnantes. Chaque matin, 50 000 Malaisiens partent travailler à Singapour. Pour contrôler deux fois par jour une telle masse de monde, l'organisation est sans faille et le parcours assez simple… sauf quand on l'emprunte pour la première fois…

Première file d'attente : la barrière de guichets d'immigration côté Malaisie (il y en a plus de 100 !!!).

Sur une plateforme bondée où tout le monde coure dans tous les sens, recherche du bus qui file au terminal singapourien qui nous intéresse.

2ème file d'attente: 5 bus vont se remplir avant que nous puissions avoir une place (debout).

3ème file d'attente : Gros bouchon sur le "causeway", le bus ouvre ses portes au milieu de l'autoroute embouteillé et tous le monde descend et marche entre les voitures et les camions pour rejoindre le centre de douanes singapourien (woodlands).

4ème file d'attente : Immigration Singapour (nous avons fait 2 fois la queue car il fallait remplir un formulaire !)

5éme file d'attente : Douanes Singapour avec fouille et scanner.

Encore une plateforme immense et grouillante de monde où il faut retrouver le même N° de bus que nous avions tout à l'heure.

6ème file d'attente : c'est la plus longue du parcours (près de 200 mètres) mais les bus se succèdent sans arrêt et les voyageurs sont incroyablement disciplinés.

19 kilomètres de bus et nous voilà au terminal de "Queen street", complètement désorientés ! Cela fait 2h30 que nous avons quitté Badinguet et je suis d'une humeur difficile… Tout ce chemin pour se retrouver dans une ville embouteillée et en travaux !

Après avoir retiré de l'argent, trouvé le métro, compris comment les automates fonctionnent, nous rejoignons les immenses centres commerciaux de "Orchard road", les champs Elysées de Singapour. De gigantesques boutiques de luxe occupent le rez-de-chaussée des innombrables complexes commerciaux. Un réseau tentaculaire de galeries marchandes climatisées quadrille sur des dizaines de niveaux les bâtiments modernes. Impossible de traverser une avenue sans les emprunter car il y a peu de passage piéton ! Il faut suivre la foule, cette nuée de fourmis humaines qui se déplace à toute vitesse. Bien se ranger à gauche dans les escalators et se plaquer le long des murs en marbre pour consulter sa carte sans gêner ou se faire bousculer. 

Perdus dans cette fourmilière hyperactive, étouffante et chère, nous avons du mal à rester dans le rythme…  Le daypass nous permet d'emprunter les transports en commun toute la journée et après un petit passage décevant dans Chinatown, nous prenons la direction du fameux hôtel, le "Marina bay sands".

L'hôtel (2561 chambres) est réparti sur 3 tours de 55 étages chacune, coiffées d'une plate-forme aussi longue que la tour Eiffel ! Appelé "sand ski pass", cet espace est occupé par une mini forêt tropicale, des jardins suspendus, un bar avec terrasse et une piscine à débordement avec plage longue de 150 mètres !!!

Dans le complexe commercial, un casino de 15 000 m², 300 boutiques de luxe avec la plus grande boutique Vuitton du monde et une gigantesque boite de nuit se disputent les milliers de touristes qui séjournent ou visitent les lieux !

Tickets en poche, Pascale et moi empruntons l'ascenseur express et 30 secondes plus tard, nous nous retrouvons à 200 mètres d'altitude, au sommet de cette structure de 5,5 milliards de dollars… La vue est imprenable, d'un côté, les quais avec les gratte-ciels du quartier d'affaire et de l'autre, un parc d'attraction immense gagné sur la mer…

Comme chaque jour, il fait terriblement chaud et lourd et la luminosité est mauvaise. L'importante pollution réduit la visibilité en envahissant l'air d'un brouillard malsain, la mer et le ciel sont gris, même sans nuage. Les orages ne sont jamais loin et le tonnerre gronde toujours dans un coin de l'horizon…

Le maillot de bain de Pascale est resté dans le fond du sac car la fameuse piscine est réservée aux clients de l'hôtel et les places sont un peu cher chères pour nos bourses !

Nous terminons notre visite par "Little india", le quartier indien puis nous prenons la direction du seul shipchandler de la région où nous dépensons 226 dollars d'anodes, de leds, et autre fournitures hors taxe pour le bateau !

Seulement 1h15 de trajet au retour et nous rejoignons Malou et Domi pour diner sur Catafjord. Nous sommes épuisés et le rhum noyé dans les glaçons rafraichit un peu la carcasse et réchauffe l'esprit !

Singapour mérite plus d'une journée de visite et nous y retournerons dimanche ou lundi.

Les jours suivants

Badinguet est désormais équipé d'une rampe de leds noyée dans l'époxy pour éclairer le cockpit et l'annexe est en partie dégonflée… Nous passons donc une bonne partie de la journée à rechercher la crevaison en vain !

"Galahade" arrive à son tour et nous informe que le gros "Ron" et sa squaw sont virés de la marina ! Il va y avoir un changement de manager… Espérons que les prix ne vont pas changer eux aussi… En attendant, le bouffeur de kangourou et son horrible indienne sont enfermés à double tour dans le bureau et refusent tout dialogue !!! Pascale est allée à deux reprises pour payer la semaine et elle s'est faite rembarrée peu aimablement, comme d'habitude ! On ne va quand même pas faire le mur ou défoncer la porte pour donner des sous à des sagouins !!!

Notre deuxième ancre est galvanisée pour deux sous et tous les coffres sont tapissés de caillebottis en plastique, ça avance !!!

 

08/10/12

Comme prévu, nous voilà repartis pour Singapour, la plaque tournante de toute l'Asie et cette fois ci, nous sommes beaucoup plus efficaces...

La visite commence par "Little India" et ses nombreux temples très actifs. les murs et les toits des édifices religieux sont surchargés de décorations et de statues étonnantes. Des femmes à tête de vache, avec 18 bras, assises sur des serpents qui servent de bateau, des femmes à tête de cochon ou de lion, perchées sur des oies à côté d'un éléphant bleu qui marche dans la gueule d'un crocodile… Bref, nous n'avons pas tout compris mais c'est très spectaculaire et un peu chargé à notre goût !

Les temples sont très fréquentés et beaucoup d'hindouistes viennent prier, se faire arroser avec de l'eau sacrée ou couvrir de pétales de fleurs après avoir fait un don.

Nous continuons notre périple piétonnier par la mosquée du Sultan autour de laquelle se trouve plusieurs allées touristiques.

Encore une longue marche vers les centres commerciaux de "Orchad road" où je découvre les bagues "macro" et "grand-angle" qui peuvent équiper les objectifs des reflexes numériques, très intéressant !

Le jour commence à baisser et nous avons décidé de nous faire un "Singapour by night" mémorable !

Première étape, boire un verre (ou deux) sur la terrasse la plus haute du monde, "l'altitude bar". Située au sommet de l'UOB building, à 262 mètres  d'altitude, cette plate-forme impressionnante domine le quartier d'affaire et ouvre ses portes à 18h. L'ascenseur est extérieur et là c'est carrément angoissant, Pascale et moi avons regardé les boutons et la porte toute la montée ! La consommation n'est pas donnée mais déguster un rhum-ananas avec une pareille vue vaut le détour… Le "marina bay sands hotel" s'enfonce dans la nuit en allumant lentement ses innombrables spots et canons à lumières les uns après les autres. Chaque gratte-ciel fait de même, à son rythme, et s'illumine pour se parer de ses couleurs nocturnes.

A 19h30, la nuit est noire, le bar le plus haut du monde est baigné dans des teintes fuchsia, la musique entrainante encourage les consommateurs aisés à commander une nouvelle fois et la capitale scintille de milles feux à perte de vue.

Un serveur nous montre où se trouve le premier phare de Singapour qui date des années 40. Nous découvrons alors un petit immeuble de 10 étages, coincé, cerné et étouffé par des tours gigantesques et notre ami nous indique où se trouve le deuxième phare de l'histoire de Singapour. Celui-ci domine la petite baie mais depuis, les Singapouriens ont renfloué la mer sur des centaines d'hectares et la côte se situe maintenant à plusieurs kilomètres de là !!! Il existe encore d'autres phares, plus récents et bien plus au Sud pour sécuriser les navires qui empruntent le chenal entre l'Indonésie et Singapour…

Un bon diner dans un restaurant de "boat quay" puis nous filons au sommet du "Marina bay sands hôtel" pour quelques photos. Très vite, nous prenons  l'ascenseur ultra-rapide pour retrouver le plancher des vaches et aller nous placer autour du  bassin. En semaine, à 20h30 et à 21h30 un spectacle impressionnant a lieu depuis le sommet de l'hôtel emblématique de Singapour, un spectacle "son et lumières" illumine la nuit de la grande cité.

Pascale et moi sommes aux premières loges, l'appareil photo est sur pied, en pose longue, le spectacle peut commencer !

 

Les canons de lumière et les lasers embrasent le ciel pendant que les édifices voisins s'habillent de couleurs surprenantes sous l'effet des nombreux éclairages situés au sol ou sur le plan d'eau. Pour accompagner le balai lumineux céleste et aquatique, une musique envoutante envahit l'espace pour dix minutes de magie pure.

Nous serions bien restés dans cette ambiance féerique une partie de la nuit mais Il est déjà tard et Badinguet est resté dans un autre pays !

A cette heure-ci, pas de problème d'embouteillage et nous retrouvons notre Badinguet à Johor bahru vers 23h30, encore une sacrée journée !

 

Les derniers jours

Nathalie est Hans Peter sont de retour à bord de Nathapé et nous avons une grosse semaine devant nous pour célébrer les retrouvailles dignement…

Et ça commence le soir de leur arrivée, à bord de Badinguet… Les discussions vont bon train lorsque, pour une raison inconnue, mystique, inconsciente, malheureuse… Bref, Nathalie prononce le mot qu'il ne faut pas, qu'il ne faut jamais prononcer, le mot qui tue, l'animal à grandes oreilles… Tout le monde se rend compte de la bévue et un froid glacial, une chape de plomb, un silence mortuaire tombe et s'installe dans le cockpit… Immédiatement après, un énorme éclat de rire général retentit sur Badinguet quoi que… Un peu grinçant pour moi…

Une heure plus tard... J'ôte mes lunettes de vue pour les nettoyer et le cerclage cède, laissant tomber le verre droit… Il aurait pu tomber n'importe où, ce verre Afflelou mais non, il a réussi à passer par la fente qui entoure le capot de la soute et glisser par un petit trou d'évacuation vers les eaux ignobles de la rivière… Combien de chance y avait-il pour que ce fichu verre de presbyte passe par ce trou ???? Statistiquement, quasiment aucune, mais voilà, le mot a été prononcé et il faut payer sa dette…

Dés le lendemain, nous commandons une paire de lunettes neuve chez un opticien nous retarderons un peu plus notre départ, nous ne sommes plus à ça près !

Domi et Malou nous informent par mail qu'ils sont passés par une marina toute neuve, complètement vide et dont les tarifs sont incroyablement bon marchés… 48€ par mois !!! Il va falloir qu'on aille jeter un coup d'œil à cette perle car Dangabay est un endroit hyper pollué et Badinguet est de plus en plus sale malgré les nombreux orages qui s'abattent sur la région.

 

15/10/12

Nous sommes invités par Nathalie et Hans Peter à fêter en grandes pompes leur anniversaire de mariage et l'anniversaire de Nathalie !

Juste nous 4, dans le meilleur restaurant de Johor Bahru, tenu par un chef français… Foie gras poêlé, coquilles Saint-Jacques, filet mignon aux truffes, mousse au chocolat et un fabuleux vin argentin Malbec… Quel repas, j'ai encore du mal à m'en remettre… Ces goûts, ces saveurs, ces odeurs, ces consistances, quel incroyable festin à l'autre bout du monde… Merci encore les amis pour cette soirée mémorable.

Et merci aussi Bichu vermelho pour la tarte à l'oignon, les crevettes en sauce et tant de bonnes choses ! Dois-je aussi parler des pizzas du café Lazio ???

 

21/10/12

Le départ est prévu demain matin très tôt pour profiter de la marée haute et du flux descendant.

Il est 17h, je connecte le tuyau d'eau douce à notre réservoir via deux filtres et le remplissage commence… Nathalie et HP sont à l'apéro et je les rejoins quelques instants… Un premier ti 'punch atterri dans ma main droite et nous abordons des sujets de conversation passionnants sur les "effets de foule"… Un deuxième ti 'punch atterri à son tour sans que je me demande où était passé le premier !!! Bref, le temps passe, les débats sont passionnants et en retournant sur Badinguet, une heure et demi plus tard, je découvre que le réservoir d'eau douce déborde allégrement par la jauge située dans le carré… Ca fait plus d'une heure que je rempli les fonds du bateau !!!!!!!!

Deux ti' punch dans le gosier et 200 litres d'eau dans les coffres de Pascale, oups ! Désormais, c'est clair, on ne partira pas demain !!!!

D'autant plus que "Yovo", "Ultreïa", "Bepci" et "Sundance" sont venus passer la soirée avec nous… Comme il n'y a pas que les coffres qui sont pleins, c'est certain, on ne partira pas demain !

 

22/10/12

Dernière journée à Dangabay, dernières emplettes pour Pascale et je profite de la journée pour faire changer les semelles défoncées de mes vieilles chaussures bateau.

Le soir venu, une bonne partie des équipages de la marina se retrouvent sur notre ponton pour un "potluck" et c'est reparti pour un tour !!! Chacun amène de quoi manger et boire et tout le monde partage… Le nouveau manager est tout ému de participer à cette manifestation. Les rencontres se multiplient, les expériences s'échangent, les verres s'entrechoquent et la soirée, exceptionnellement épargnée par la pluie, s'éternise sous une lune timide… Il faut vraiment qu'on quitte ce piège au plus vite…

 

23/10/12

Pascale se retourne, ensommeillée et jette un coup d'œil au réveil mural… Il est 7h, l'alarme du téléphone n'a pas fonctionné, branle bas de combat !

En 10 minutes, les amarres et la rallonge électrique sont à bord… On décolle enfin !!! Badinguet quitte les eaux boueuses de la marina Dangabay pour retrouver les eaux boueuses du chenal puis après avoir contourner 250 cargos, les eaux boueuses du détroit de Malacca !

Longtemps infesté de pirate et réputé pour être le détroit le plus dangereux au monde, le passage entre Sumatra et la Malaisie est désormais sécurisé et les risque de se faire attaquer ont été réduits à néant par les armées des 3 pays concernés. Singapour, l'Indonésie et la Malaisie ont exécuté sans jugement tous les pirates indonésiens qui sévissaient dans le détroit de Malacca. Encore aujourd'hui, si quelqu'un est contrôlé en possession d'une arme à feu ou de drogue, la sentence est sans appel : La mort ! Les dernières attaques datent de 2008 et c'est sans aucune appréhension que nous empruntons cette voie de passage stratégique.

Deux avions de chasse Singapouriens passent hauts dans le ciel comme presque tous les jours depuis notre arrivée en Malaisie. Singapour possède 155 avions de chasse (américains) et la France ???? Et bien notre beau pays possède 320 avions de chasse mais seulement 150 sont opérationnels, voilà la différence entre un pays riche et un pays qui se croit riche !

Badinguet remonte la côte Malaisienne en rasant les hauts-fonds. Sur bâbord, des bouées de pêcheurs et sur tribord, le rail des cargos… Et comme dirait jean de "Too much", si Singapour correspond à la place de l'étoile, le détroit de Malacca, c'est un peu les champs Elysées ! Les tankers, les porte-conteneurs et les cargos se suivent, se croisent et se dépassent sur des centaines de milles et il vaut mieux rester le long du rail sans se frotter à ces mastodontes… 

En tous cas, Badinguet est ravi de retrouver la mer et nous aussi ! Le vent est faible, très faible et en plein dans le pif ! Nous progressons donc au moteur sans pouvoir accélérer car un bruit infernal de cavitation apparait au-delà de 1600 tr/min… Le moteur ne monte plus dans les tours, l'hélice doit être pourrie de coquillages et il va falloir plonger rapidement pour nettoyer tout ça, j'adore !

Les petites iles de Pisang sont en vue et de curieux dauphins au nez moucheté de rose s'amusent un moment avec l'étrave puis disparaissent dans les eaux sales et peu profondes du détroit. Peut être sont-ils malades, bourrés de psoriasis avec toute cette pollution ? Badinguet, toujours poussé par le courant, mouille par 3 mètres de fond sous le vent des iles.

La protection n'est pas formidable mais pour se protéger de quoi ? Des orages avec leurs vents tournants, des vagues qui seront générées par le vent des cumulonimbus ?

En fait, on se place au petit bonheur la chance en espérant que si Zeus se déchaîne, il le fasse de l'autre côté de l'ile !

Ca y est, j'ai tout l'équipement de plongée sur le dos, plus la ceinture de plomb et mes 5 kilos de trop que j'ai pris à Dangabay, un vrai petit baleineau !!!

L'hélice est couverte de coquillages mais le travail est très vite fait car l'eau douce de la rivière les a tués pendant notre séjour en marina. Un petit coup de spatule et tout se décroche facilement.

Si le reste de la coque de Badinguet est propre comme un sous neuf, ce n'est pas le cas de l'eau dans laquelle je plonge, elle est trouble, épaisse, et les cris des dauphins semblent tout proches… Je n'y vois rien et je n'ai aucune envie de me retrouver nez à nez avec un gros mammifère tout rose ! (Après consultation internet, il existe en effet, des dauphins roses, extrêmement rares et en voie de disparition entre la Thaïlande et la Malaisie !)

L'hélice est nickel, la combinaison sèche au soleil, on va pouvoir faire ce qu'on fait de mieux de mieux, rien ! Et du coup, c'est ce qu'on fait jusqu'au soir… D'autres voiliers rejoignent le mouillage, il y en a 5 à la tombée du jour et Badinguet s'enfonce dans la nuit de Malacca.

Pascale et moi sommes sur le pont, un verre à la main, quelques glaçons, le soleil descend sur l'horizon… Calme plat, les cargos passent aux large, le temps est doux, la température idéale, c'est si bon de profiter de la mer à nouveau…

 

24/10/12

Pas de vent, pas de vague, pas d'orage mais il fait tellement chaud que nous passons une courte nuit à tenter de profiter du peu d'air poussé par les 2 ventilateurs de la cabine arrière.

74 milles de navigation au moteur et nous voilà ancrés au Sud-est de l'ile Besar, en face de la ville de Malacca. Le mouillage est complètement ouvert sur la mer mais il est tranquille car il y a peu de vent et c'est calme-plat.

 

25/10/12

Le ciel est un peu chargé ce matin et laisser le bateau sans réelle protection ni surveillance ne nous enchante guère mais bon, on ne va pas rester enfermés toute la journée…

L'annexe est sur la plage et nous rejoignons le petit ferry en courant car le pilote a promis de nous attendre lorsque nous l'avons questionné… Ca y est, on quitte l'ile de Besar pour le continent. Anjung batu est le point d'arrivée des ferries et très gentiment, un couple de Malaisiens de Kuala Lumpur nous embarque pour Malacca, à 15 kms de là.

L'histoire de Malacca illustre à merveille l'histoire de toute la Malaisie. Les Aborigènes, les Malais, les Chinois, les Indiens, les Arabes, les Portugais, les Hollandais les Anglais s'y sont succédés. Des siècles durant, on s'est battu pour les épices, pour contrôler les routes commerciales de l'orient et pour imposer sa religion, sa culture… Avec le développement de Singapour, Malacca est tombé dans l'oubli mais grâce au classement de la ville au patrimoine mondiale de l'Unesco, Malacca est devenue la ville historique de Malaisie. Elle se visite à pied car tous les monuments sont concentrés dans un faible périmètre. On y trouve des églises catholiques, protestantes, anglicanes, des ruines de forteresse, des temples hindouistes et bouddhistes, des tombes en pagaille et une jolie rivière dont les rives aménagées abritent quantité de peintures murales étonnantes.

Chinatown est notre quartier préféré avec ses nombreux temples bouddhistes et ses cafés bondés de vieux chinois bruyants et souriants. Les rickshaws décorés de fleurs parcourent le centre historique en transportant les nombreux touristes dans les innombrables magasins de souvenirs qui se prolongent très loin dans les épaisseurs des anciennes constructions hollandaises.

La ville évoque le mélange des cultures et des nationalités au cours des siècles. Non seulement, les envahisseurs européens ont toujours cherché à s'unir à la population locale mais ils ont introduit de la main d'œuvre indienne ou chinoise en grande quantité et le résultat est étonnant… On pourrait presque penser que la Malaisie n'a pas d'identité propre… Elle est le fruit de différents peuples, de différentes croyances, religions et tout ce petit monde cohabite en harmonie…

Nous sommes de retour sur Badinguet vers 15h et Nathapé nous rejoint juste à temps pour l'apéro et le coucher de soleil. Le vent continue à souffler de la terre et le tonnerre gronde au loin sans présenter le moindre risque pour les voiliers du mouillage.

 

26, 27/10/12

Nous quittons l'ile Besar vers 7h30 et pour une fois, Eole est au rendez-vous. Badinguet se dérouille un moment et reprend très vite ses bonnes habitudes… Jusqu'à 8 nœuds, nous avançons vite et à 14h, nous engageons l'entrée du port de Admiralty marina de Port Dickson.

La marina est très moderne, cernée par des hôtels de luxe et pas moins de 3 employés en uniforme se chamaillent pour prendre nos amarres, le rêve !

Il fait extrêmement chaud et après avoir régler les formalités d'entrée, nous filons à la piscine ombragée qui jouxte les pontons… L'endroit n'a pas volé sa réputation et le grand bassin d'eau fraiche est à notre goût !!! Et oui, une fois n'est pas coutume, on apprécie l'eau fraiche !

A partir de 15h30, la fréquentation augmente nettement et nous assistons à un drôle de spectacle. Des femmes indiennes en tee-shirt et bermuda, des Malaisiennes musulmanes en robe, parfois couverte d'un pantalon côtoient les occidentales en bikini et les chinoises en maillot une pièce ! Toutes ces femmes nagent et profitent de la piscine avec plus ou moins de réserve…

Autour du bassin, c'est encore plus saisissant, certaines, entièrement voilée, s'assoient à l'ombre pendant que les américaines de la marina dégrafent la ficelle de leur haut de maillot pour ne pas avoir de marque !!!! Tu me diras, en burka, tu n'as pas de marque non plus !

Vu du bord de la piscine où mon corps déformé par les excès s'est échoué, je trouve les règles religieuses et culturelles de plus en plus stupides. Se priver d'un plaisir au nom d'un Dieu, Le monde est fou…

Nous rendons les serviettes prêtées par l'hôtel de la marina puis nous traversons le bar où est servie de la bière glacée avec Internet à volonté, puis nous retournons à bord. Nous ne regrettons vraiment pas d'avoir payé 15€ la nuit…

Badinguet est rincé, nettoyé de toute la crasse de Dangabay et ce soir, soirée films !

 

29/10/12

Encore une fois, nous avons du mal à quitter le confort de la marina et surtout sa belle piscine rafraichissante…

Peu de vent et c'est seulement après 3 heures de moteur qu'Eole se décide à nous épargner du ronronnement du diesel.

Le ciel est noir lorsque nous engageons Selat Lumut en direction de la marina Pulau indah. Il y a peu de fond, l'eau est jaunâtre et la pluie tambourine sur le pont juste pour nous compliquer l'accostage…

La marina est exactement comme nous l'a décrite Catafjord, complètement vide… Il y a juste le bateau d'un couple de jeunes navigateurs qui travaillent en freelance à Kuala Lumpur.

Le courant n'est pas trop violent et les espaces entre les pontons sont suffisamment larges pour que j'engage Badinguet tout au fond de la marina. Voilà, nous sommes amarrés exactement là où nous aurions aimé le laisser pour les 6 mois à venir.

Côté positif : C'est suffisamment profond et solide pour un bateau de notre taille. Il y a 3 gardiens et des caméras de surveillance un peu partout. L'eau courante au ponton. Les rampes d'accès sont fermées par des portes en inox (pas à clé). C'est tout près de Kuala Lumpur pour y prendre notre avion. Le prix est incroyablement bas, 4€ par jour !

Côté négatif : Les gardiens dormaient sur les sièges du bureau lorsque nous sommes arrivés. Pas d'électricité sur les pontons. Quasiment aucun bateau dans la marina. Un courant de 2 à 3 nœuds traverse en permanence le port et l'endroit est désert et isolé…

Plus nous y réfléchissons et plus nous pensons que le bateau sera très bien ici et comme la délinquance est rare en Malaisie, nous sommes assez confiants, même si les gardiens roupillent l'après-midi…

Nous avons rendez-vous demain matin avec le manager, nous prendrons une décision définitive après cette entrevue.

 

30/10/12

En fait, le manager est en vadrouille et son assistant rondouillard vient nous rejoindre… Lui aussi, semble très surpris par mes questions qui touchent à la sécurité du bateau… En fait, il n'y a pas eu de problème de sécurité car il n'y a pas eu beaucoup de bateaux, c'est aussi simple que ça !

Je suis vautré dans le fauteuil du bureau de la marina et je devine mon interlocuteur inquiet et soucieux que nous laissions notre voilier aussi longtemps…

            -           Lui : Mais, vous le laissez 7 mois ici ? C'est très long.

            -           Moi : Oui, pourquoi ?

            -           Lui : Mais votre bateau ne va pas se remplir d'eau avec les pluies ?

            -           Moi : Aucun risque ! En général, l'eau est à l'extérieur du bateau, pas à l'intérieur…

Et là, je vois mon assistant-manager retrouver un large sourire, et tous les gardiens qui suivent la conversation sans rien comprendre semblent rassurés par ma réponse… Voilà, ce qui les tracassait, que Badinguet se remplisse et coule… Souhaitons que ça n'arrive pas !

Côté sécurité et surveillance, il y a quand même 3 gardiens, un jardinier et une femme de ménage la journée et un gardien la nuit... enfin, un gars qui dort sur place… Je reste confiant, la seule inconnue, ce sont les orages…

"Nathapé" nous rejoint et c'est bon de retrouver nos amis dans ce coin perdu. Ils amarrent leur Super Maramu à côté de Badinguet lorsque les premières gouttes commencent à tomber. Le ciel est extrêmement tourmenté et les éclairs déchirent l'horizon sans répit. 

Vers 17h, la foudre tombe à côté de Badinguet dans un fracas étourdissant. En un instant, les écrans du ploter et du GPS s'allument, les deux appareils se sont mis en marche tout seul… Il nous faut un petit moment pour que nos battements cardiaques ralentissent et que nous apprécions la situation. Il pleut des cordes, le ciel est noir et on ne peut rien faire d'autre que disjoncter tout les instruments, attendre l'accalmie et s'enfermer dans le carré transformé en sauna, sans toucher de pièce métallique… Je DE-TES-TE ça !

Vers 18h30, le tonnerre baisse d'un ton et le ciel s'éclaircie un peu, on va pouvoir sauver l'apéro, ouf ! Quelle frayeur !

Le matériel semble fonctionner sans problème, c'est plutôt le groupe électrogène qui pose problème. Il chauffe énormément et la soute moteur est inaccessible à cause de la chaleur… On verra ça demain…

Nous recevons des informations de France concernant l'éventualité d'une reprise du travail 1 mois plus tôt que prévu pour dépanner un ami kiné fraichement opéré… Pascale et moi discutons un petit moment et très vite, la décision est prise, nous rentrons en France au plus vite, ça dépanne un ami, ça fera du bien à nos finances et nous en avons un peu marre de faire des ronds dans l'eau boueuse sous les orages !

Nous passons la soirée et la moitié de la nuit à prendre des billets d'avion, avertir nos proches et organiser ma reprise d'activité au pied levé, sans voiture et avec peu de vêtements chauds…

 

31/10/12

Dés l'aube, il faut commencer le travail d'hivernage et de nettoyage du bateau. Tout d'abord déplacer Badinguet pour qu'il soit face au courant descendant (plus violent en cas de crue) et l'amarrer très sérieusement. Attacher les pare-battages en passant sous la coque et dégréer le génois, faire les vidanges, etc.

Dans l'après-midi, je découvre que le tuyau qui va de la pompe-eau de mer à l'échangeur du groupe électrogène est bouché en partie par de nombreuses pales d'impeller, j'ai trouvé la panne !!!

En soirée, juste avant une bonne bouffe avec Nathapé, le générateur recommence à chauffer anormalement et là, ça commence à me chauffer aussi !!! Notre voisin, le seul voilier présent lorsque nous sommes arrivés est à son bord et Matthys est un vrai pro. Je lui fais part du problème et tout de suite, il me dit de vérifier le filtre d'entrée d'eau de mer… Hallucinant, il est complètement obstrué par une épaisse couche de vase collante et dans le filtre, les déchets en plastique se battent en duel… Je nettoie donc tout ça, complètement dégouté par la crasse de la rivière, et tout devrait rentrer dans l'ordre…

Désormais, une chose est sûre, nous ne voulons plus nous servir de l'entrée d'eau de mer et il faut nettoyer et purger au plus vite les climatisations, les WC et le rinçage de chaine de toute cette boue polluée… Seul hic, le débit d'eau douce aux pontons est très faible…

Le ciel commence à s'assombrir mais ce n'est pas la nuit qui nous plonge dans l'obscurité, un énorme orage approche et nous ne lui échapperons pas… Le stress s'installe à nouveau alors que les éclairs frappent tout autour de la marina.

Encore une fois, la foudre tombe à quelques centaine de mètres et tout le circuit 220V disjoncte. Le bruit a été monstrueux et le contrôleur de batteries indique 100% de charge ?!?! Nous étions à 96% il y a 10 minutes…

A mois que le foudre n'ait rechargé nos batteries, nous avons un nouveau problème et Matthys vient une fois de plus à notre secours. En ouvrant le compartiment batteries, nous découvrons un câble, gros comme le pouce sectionné, coupé net à la sortie d'une cosse !!!! Nous n'avons plus que la moitié de notre parc de 4 X 6V qui fonctionne…

C'est au tour de "Nathapé" de nous venir en aide et Hans Peter noue prête des connexions toutes neuves. Les câbles sont changés dans la nuit, quel merdier !

Puis c'est au tour du contrôleur de batteries de partir en vrille... Matthys tapote sur les touches à tâtons, dérègle tout et je lis la notice à la frontale. Il est 1 heure du matin lorsque nous réussissons à réinitialiser le bazar. Je suis mort de fatigue…

 

01/11/12

Il fait beau ce matin et il faut en profiter pour dégréer le génois et le plier pour le stocker. Je passe ensuite la matinée à réparer une succession de  tuyaux d'arrosage dont l'ensemble fait plus de 100 mètres. Comme tout fuyait allégrement, j'ai tout relié avec des embouts et des colliers, coupé les parties trop crevées et désormais, nous avons de l'eau douce qui vient d'un réservoir. Mais le plus important est qu'il y a suffisamment de pression pour rincer les moteurs et les pompes de Badinguet.

Pour l'électricité, en mettant bout à bout toutes les rallonges, nous arrivons à tirer un câble de 80 mètres jusqu'au bâtiment de la marina et nous avons enfin du courant sans nous servir du groupe électrogène…

Mister Radzuan, le secrétaire de la marina m'emmène en moto à "West port", de l'autre côté de l'ile Indah et je ne suis pas trop rassuré car deux gros sur une 125 cc… Nous devons avertir les douanes de la présence de notre voilier dans l'état de Selangor.

Sur le trajet du retour, mon pilote regarde en l'air, dans les arbres car il y a des singes qui jouent… Au beau milieu de la route, git un gros iguane mort ! La moto passe en plein dessus et je décolle à plus de 50 cm dans son dos avant de retomber sur la selle !!! J'ai failli mourir à cause d'un lézard !!!

Mister Radzuan, pour faire passer son sentiment de culpabilité, m'explique que les villages que nous traversons sont des réserves aborigènes et celles-ci n'ont rien à envier aux australiennes. Les villages sont délaissés, sales, remplis de déchets. Une fois de plus, les Aborigènes ne s'adaptent pas et dépérissent dans leurs réserves, non désireux ou incapables d'évoluer…

Nous passons l'après-midi à rincer, vidanger et nettoyer les moteurs et les pompes…

Le bateau est maintenant isolé de l'eau de la rivière et nous nous asseyons un moment pour souffler un peu. C'est le moment que choisit une loutre pour venir nous rendre visite… L'animal est assez farouche mais il se prête volontiers à la séance photo car le beau poisson qu'il vient d'attraper semble beaucoup plus intéressant que le bruit de mon appareil…

"Nathapé" nous quitte avec deux GPS court-circuités par la foudre et rejoint le yacht club de Selangor, encore plus sale qu'ici. Nous sommes seuls à nouveau mais il reste tellement à faire.

 

02/11/12

Notre mission, si nous l'acceptons : Trouver de l'argent pour payer la marina.

Asat, un des gardiens, nous emmène en mobylette, l'un après l'autre à l'arrêt de bus le plus proche, situé à 5 kms !

45 minutes d'attente et toujours pas de bus, je craque et fais du stop et une voiture s'arrête enfin. 30 minutes et un distributeur plus tard, nous sommes riches et c'est en taxi que nous revenons à bord pour 50 RM (13€).

"Galahad" arrive à son tour, Morgane et Flavius préparent la vente de leur voilier en Malaisie avant de revenir en France. Nous ne sommes pas restés seuls longtemps et nous nous en réjouissons.

Leur chargeur de quai a rendu l'âme, certainement l'œuvre des orages, espérons que Badinguet sera épargné pendant notre absence, on peut toujours rêver, non ?

Nous passons une excellente soirée en leur compagnie avec un délicieux repas agrémenté de fromage et de vin, faut quand même pas perdre le rythme.

 

03/11/12

Réveil tôt et c'est reparti pour un tour… Les orages semblent nous épargner mais pas les emmerdements… En démontant les tuyaux d'évacuation des toilettes, je découvre que les broyeurs sont complètement encrassés. En démontant les broyeurs, je casse un cône en plastique dans la cuvette. En démontant la cuvette, je tords puis casse net un boulon de fixation de 8 mm. En découpant et perçant la tige filetée, je casse mon foret !!! Voilà comment passer 4 heures aux chiottes dans la bonne humeur !!!

Nous apprenons que "Too Much" a perdu sa VHF et son radar sous les éclairs, ça n'arrête pas ! Je passe une bonne partie de l'après-midi à démonter un maximum d'instruments électroniques, calculateur de pilote automatique, antenne GPS, AIS, radar, Ploter, Navtex, etc. Et tout ça termine dans le four qui fera cage de Faradet… GULP ! Il reste quand même beaucoup de matos connecté et ça risque de faire très mal si Badinguet est foudroyé…

D'après ce que nous avons vécu ici, je suis très pessimiste et je me demande vraiment comment le bateau pourrait être épargné… Aller, on y croit !

Pascale est fatiguée, les valises sont à moitié faites et nous prenons notre dernier diner (et ti 'punch) à bord de Badinguet… L'orage approche, le ciel est noir comme de l'encre, ça recommence…

Kuala Lumpur

 

 

 

04/11/12

Ce coup ci, ça sent le départ… Toutes les batteries sont déconnectées, réservoir d'eau vidé et je percute deux aérosols anti-moustique avant de refermer la porte de Badinguet pour les 7 prochains mois…

Le taxi est à l'heure et nous prenons le train entre Klang et Kuala Lumpur sans attente. L'omnibus est lent et se charge rapidement aux abords de la capitale Malaisienne.

Un autre taxi nous emmène à l'hôtel du centre ville et nous déposons les lourds bagages dans une chambre sans fenêtre avant de partir en vadrouille.

La ville est très animée et les gigantesques centres commerciaux sont bondés. Il pleut depuis la fin de matinée et c'est trempés que nous arrivons au pied des tours "Petronas". Les flèches des plus hautes tours jumelles du monde sont dans les nuages et l'appareil photo reste au sec en attendant des heures meilleures.

Et pour attendre, nous avons la chance d'assister aux festivités du "jour de l'Unesco". Des groupes de danse folklorique et des chanteurs se succèdent sur le parvis des tours, c'est peut être pour ça qu'il pleut autant !

Il est 15 heures lorsque l'appareil photo et nous mettons le nez dehors pour faire le tour du parc. Des attractions pour les enfants, une grande mosquée, des points de vue photographiques et un réseau de petits lacs couverts de jets d'eau jalonnent le parcours pédestre du jardin public.

 

Les photos des tours Pétronas sont sur la carte mémoire et nous rejoignons le "Pasar Seni" pour acheter quelques souvenirs avant de retrouver l'hôtel pour la soirée.

Une petite pause dans notre chambre d'hôtel où l'immense miroir qui sert de cloison reflète mon énorme bedaine ... Complètement dégouté par ma silhouette  ventripotente, nous repartons en soirée pour sillonner Kuala Lumpur by night.

Un excellent repas chez un japonais où nous passons commande sur un i-pad et au retour, nous longeons un bar moderne, à ciel ouvert où officient près de 200 prostituées pour le plus grand bonheur des touristes amateurs…

 

05/11/12

Une mauvaise nuit, pas habitués aux bruits, au lit, à la clim, au papier toilette, à la douche chaude… Direction l'aéroport de Kuala Lumpur qui se trouve à 80 kms de la capitale...

Après avoir été sérieusement secoués par les turbulences, l'avion atterri à Singapour vers 12h30.

Toute l'après-midi, nous nous promenons dans les jardins du Marina bay sand's, sous les gigantesques arbres artificiels avant de retrouver l'aéroport Changi, ça sent la fin…

Un airbus A380 décolle sous la mousson du Nord-Ouest A son bord, Pascale et moi, fatigués entre plaisir de retrouver nos proches et tristesse de quitter le voyage. Le gros porteur n'est pas plein et nous avons des places libres pour nous allonger…

 

06/11/12

Catherine est à l'arrivée, à 6h10 du matin…

Le programme de la journée est chargé. Dans la rame, je souris bêtement et salue les usagers du métro, personne ne répond. Je passe 1 heure à tenter de faire jouer la garantie de mes lunettes cassées… Elles ont moins d'un an mais la monture n'est plus en stock donc, je dois repayer… Nous apprenons dans un magasin SFR que les forfaits intéressants ne se vendent que par Internet… C'est exactement à, ce moment qu'on a envie de crier, un bon vieux hurlement primaire…

 

Mi-novembre 2012

Après 3 semaines de remplacement à Abbeville, je retrouve enfin Pascale à Carqueiranne, chez ses parents et tout le monde dégustent un excellent diner sous le soleil méditerranéen. La différence de température et de clarté entre le Nord et le Sud de la France est hallucinante !

J'ai une semaine de repos avant de reprendre un remplacement à la Seyne sur mer et Pascale en a profité pour me prendre quelques rendez-vous médicaux afin de renouveler mon contrôle technique… Avec l'âge, j'ai de plus en plus de contre-visites !!!

C'est entre le dermato et l'ORL que Pascale reçoit les résultats de sa prise de sang habituelle. Elle est suivie tous les 6 mois dans les suites d'une tumeur du sein de 2007. Soignée remarquablement à la clinique Saint Jean de Dieu à Paris, la rémission est complète et depuis 5 ans, deux fois par année, elle se plie à de nombreux examens de contrôle, tous négatifs à ce jour.

Mais aujourd'hui est un autre jour car les marqueurs cancéreux sont au dessus de la norme, qu'est-ce que cela signifie ?

Après quelques recherches sur internet, je découvre que le dépassement est mineure mais une lumière rouge vient de s'allumer quelque part dans les bureaux de la clinique de cancérologie parisienne, un texto est déjà parti vers le téléphone de Pascale pour reprendre contact rapidement. Il va falloir refaire une série d'examens, mammographie et échographie du sein sont en première ligne…. Le soir, Pascale est inquiète et nous parlons des risques de reprise de la maladie et de ses conséquences… Si le sein est à nouveau touché, Pascale est d'accord pour l'ablation complète ainsi, le problème sera réglé définitivement…

L'angoisse est omniprésente lorsque Pascale se présente à la clinique le lendemain. Une heure d'attente puis les premiers résultats tombent. Il n'y a rien au niveau mammaire, Pascale est rassurée… 

Du coup, tout le monde semble soulagé sauf la cancérologue parisienne qui veut continuer ses investigations et un scanner abdomino-thoraco-pelvien est programmé rapidement…. Peut être qu'on verra un petit quelque chose au scanner qu'on n'a pas décelé avec l'échographie…

Mardi 11 décembre, les résultats du scanner sont disponibles et Pascale, accompagnée de Martine, sa mère, reviennent de l'hôpital.

Je suis en voiture, à la Seyne sur mer, où je travaille comme remplaçant lorsque le téléphone sonne.

            - Pascale : Le scanner, C'est très mauvais…

            - Nicolas : quoi ? (Silence) Raconte…

C'est dans ces moments là que le cerveau se met à fonctionner à toute vitesse. En quelques dixièmes de seconde, je fais le tour des possibilités qui expliqueraient un mauvais résultat et la conclusion arrive vite, le cancer du sein a récidivé, ça ne peut être que cela…

            - Pascale : J'ai des métastases un peu partout sur la colonne vertébrale…

            - Nicolas : (La terrible, l'inimaginable information me glace le sang). Lis-moi le compte-rendu s'il te plait.

            - Pascale : Je ne peux pas, je suis dehors, je promène le chien. Je ne veux pas mourir, tu sais ? Et je veux retourner sur le bateau en juin.

            - Nicolas : Bien sur, chérie, je vais regarder tout ça ce soir et je vais appeler la maison pour que ton père me lise le compte-rendu du scanner.

Je raccroche, assommé par la terrible nouvelle. Au volant de la petite Chevrolet que j'ai loué pour mon remplacement, je m'arrête régulièrement pour fermer les yeux et digérer l'abominable vérité…

Arnaud me lit les résultats du scanner et confirme les localisations secondaires à tous les étages vertébraux. La 7ème dorsale semble être la plus touchée mais les lésions cervicales aggravent le risque de fracture et de lésion médullaire.

C'est dans un état second que je poursuis mes domiciles, effondré, désarmé, incapable d'accepter la gravité de la situation.

Le soir, à Carqueiranne, nous dinons rapidement et nous nous retrouvons tous les 2 dans la chambre du bas.

Les larmes, à nouveau trahissent ma peine et Pascale s'en aperçoit, sa réaction ne tarde pas.

            - Pascale : Si toi, tu pleures, c'est que c'est très grave…

            - Nicolas : Mais non, chérie, j'ai juste de la peine pour toi, tu ne mérites vraiment pas ça.

C'est dans le noir et en silence que je vais continuer à gérer ma tristesse, Pascale est blottie contre moi, Elle pleure doucement et ses paroles, exprimées dans le calme de la petite chambre, sont bouleversantes.

            - Pascale : Chérie, il n'y a que deux choses que veuille au monde. Je veux retourner sur le bateau et je ne veux pas mourir…

            - Nicolas : Okay, Lulu, tu ne vas pas mourir ou plutôt si, tu vas mourir mais pas tout de suite !!! Et pour le bateau, on va voir ce qui se passe, peut être ne pourras-tu pas repartir en juin, peut être un peu plus tard, nous n'en savons pas assez à ce jour et tant qu'on ne sait pas, on va flipper. Il nous faut plus d'informations.

            - Pascale : La radiologue m'a expliqué qu'il faut passer une IRM cérébrale… J'y vais jeudi.

            - Nicolas : Je viendrai avec toi, et tout va bien se passer, tu verras.

Pascale a fermé les yeux, les larmes coulent en silence. Je suis terriblement oppressé car je sais que si on retrouve des métastases au niveau du cerveau, le pronostic passe du gris au noir. Putain de Merde, il me faut un Stilnox…

 

Mercredi 12/12

Ca fait un petit moment que je voulais offrir un téléphone à Pascale, je vais lier l'utile à l'agréable en envoyant me douce acheter un Galaxy note 2… Des heures à jouer avec, à chercher à exploiter les innombrables fonctionnalités et voilà de quoi l'occuper de longues heures en cas d'attente de rendez-vous ou d'hospitalisations prévisibles…

 

Jeudi 13/12

Nous sommes à l'hôpital, une bonne demi-heure en avance et la personne avant nous n'est pas venue… On est un "13" et Pascale est prise en avance, la chance nous sourirait-elle enfin ???

Je joue sur ma tablette tactile pour ne pas penser pendant que Pascale craque en s'allongeant sous l'arceau de l'IRM. Le personnel de la radiologie est, une fois de plus, attentif, rassurant et réconforte Pascale en injectant le produit de contraste.

Grâce aux connaissances des parents de pascale, la radiologue Anne nous a pris en charge et très vite, avant même la fin de l'examen, le médecin s'approche de moi et me confie qu'il n'y a rien au niveau du cerveau… On peut respirer un peu !

Pascale arrive à son tour et apprend la bonne nouvelle avec un immense soulagement et un petit sourire illumine son visage fatigué par les mauvaises nuits.

Anne est extrêmement investie dans son métier et comme elle a une belle conscience professionnelle, elle conserve un créneau dans son planning d'IRM pour les urgences ou les connaissances. Tout de suite, Pascale obtient un rendez-vous pour une IRM vertébrale et un pet-scan. Le risque de lésion mécanique et médullaire ne peu pas être apprécié par le scanner et il va falloir étudier précisément les localisations cancéreuses au niveau des vertèbres….

Le pet-scan clôturera ce terrible chemin de croix en allant dénicher toutes les localisations tumorale dans l'ensemble du corps…

Anne, toujours elle, nous prend rendez-vous avec un cancérologue réputé sur Hyères et grâce à cette femme remarquable, Pascale se retrouve dans de bonnes mains et les examens se succèdent sans attendre.

Comme nous n'avons plus aucun pied à terre en région parisienne, le traitement et la prise en charge se feront à Hyères.

Les parents de Pascale, très affectés dans un premier temps, ont formidablement bien réagi et leur présence bienveillance jouera un rôle fondamental dans la prise en charge psychologique de cette lourde affection et de son traitement. 

Un week-end difficile avec beaucoup d'angoisses et de questions pour l'instant sans réponse. Je mets au courant au compte-gouttes la famille et nos amis les plus chers et me rend vite compte qu'avec les infos que je divulgue, je transmets mon inquiétude et me voilà obligé de tenir au courant un certain nombre de personnes et même de les rassurer lorsque quelques-unes perdent pied !

Marie-Pierre, le médecin avec laquelle je travaillais à Crosnes est toujours aussi formidable et après plusieurs coups de téléphone à la clinique St jean de Dieu, j'en sais un peu plus et l'espoir pointe son nez à nouveau.

Les traitements ont énormément évolués depuis quelques années et il existe de très nombreux cas de remissions sur des localisations secondaires comme ce dont est victime Pascale.

 

Les jours qui suivent

Les rendez-vous se succèdent sans répit avec dans l'ordre, le cancérologue que nous trouvons fort sympathique mais assez brouillon, puis le Pet Scan qui confirme les lésions exclusivement osseuses, le traitement restera le même ! 

 

Vendredi 21/12

Dernier jour de boulot pour moi et Isabelle, ma sœur arrive de Marseille vers 18h30, toute auréolée d'un joli succès à une soutenance pour devenir chercheur au CNRS. Laurent, mon beau-frère débarque également de Paris et la soirée s'éternise, alimentée en discussions intéressantes et arrosée de vins et de rhum, tout aussi intéressants…

 

Samedi 22/12

Mes remplacements prévus initialement en Bretagne ont tous été annulés  et je confirme rapidement mon engagement auprès d'une kiné de Draguignan entre avril et juillet. De son côté, Pascale a décalé notre vol de retour.

Je travaillerai donc en janvier-février à Abbeville et entre avril et septembre, dans le Var. Le mois de mars est libre pour éventuellement déplacer Badinguet dans une marina surveillée, histoire de prévoir un allongement de son séjour en toute sécurité… Comme dirait Yves, un chef d'entreprise doit espérer le meilleur et se préparer au pire… Il faut impérativement que je me place dans une situation confortable pour accompagner Pascale dans son parcours médical, je ne me sens pas capable d'affronter des problèmes sur plusieurs fronts…

Concernant Abbeville, je me suis engagé depuis longtemps et j'aurai donné cher pour décaler un peu mon début d'activité d'une semaine ou deux. Juste le temps de m'assurer qu'il n'y a pas de mauvaise nouvelle… J'ai longtemps espéré que le kiné que je remplace en 1er, informé de la situation, me propose un arrangement mais non, c'est comme ça…

 

Dimanche 23/12

Une rapide visite du cabinet de Draguignan me rassure au sujet des conditions de travail qui m'attendent au printemps.

Sur le chemin du retour, je reste un long moment au téléphone avec Maël qui skie sur une belle poudreuse en Savoie. Son discours m'impressionne par sa sagesse et sa responsabilité dans la gestion de son parcours étudiant. Il a pesé le pour et le contre, et prit une décision responsable qui, je dois le dire, me réconforte grandement. Il envisage de rester en France pour sa dernière année en école d'ingénieur et peut être signera t'il un contrat d'entreprise pour gagner de l'argent tout en poursuivant ses études.

 

Mardi 25/12

Pascale et moi nous séparons sur le quai de la gare d'Hyères. J'a le cœur si serré que je peine à retenir mes larmes. Si le petit remplacement de décembre n'était pas suivi de 5 semaines courant janvier et février, j'aurai tout envoyé valdinguer sans aucun scrupule. J'ai l'impression de trahir Pascale en filant à plus de 1000 kms d'elle au moment le plus grave de toute sa vie. Je culpabilise énormément et je sais que nous avons besoin de cet argent pour assurer financièrement pendant le traitement et préparer la suite de notre périple…

Le TGV, avale les kilomètres à 300 km/h transportant ses centaines de passagers, beaucoup sont heureux de leurs fêtes, de leurs cadeaux, d'autres sont effondrés, accablés par une tristesse infinie…

Il va pourtant falloir se ressaisir, rassurer me femme, tenir la barre dans la tourmente, comme nous faisons depuis des années. La tempête que nous allons affronter est certainement la pire de notre belle aventure…

 

Samedi 29/12

La première prise orale de chimiothérapie met Pascale à rude épreuve et tout comme il y a 5 ans, ma dulcinée reste couchée et malade plusieurs jours avant de relever la tête et de recommencer à s'alimenter normalement. Martine et Arnaud se retrouvent bien impuissants devant son état qui renonce à saisir le téléphone tant elle n'en a pas la force…

 

Quelques semaines plus tard

Pascale va plutôt mieux et a une vie quasi normale hormis une fatigue latente. Les résultats de la première prise de sang ont été très bons avec déjà une baisse des marqueurs cancéreux sanguins de 86 à 73. La norme est en dessous de 33 mais c'est signe que le traitement agit et que Pascale réagit vite ! Je ne lui en demandais pas moins....

Pour moi, je suis effaré de ce que mon esprit est capable de martyriser mon corps en me donnant des symptômes complètement hallucinants...

En fait, comme je vis assez mal les choses en étant loin de ma dulcinée et comme je ne suis pas du tout du genre "angoissé", je somatise et déclenche des trucs pas marqués dans le manuel.... j'énumère....

            - Prostate qui déconne toujours autant mais d'après les examens (très agréables), il n'y a pas grand chose à espérer de ce côté et je m'en contenterai....

            - Une crise de tremblements intenses et impression de froid pendant 1h en pleine nuit.

            - Une poussée de fièvre pendant 3 jours

            - Un gros aphte sur une amygdale, ça fait super mal !!! (Brulé chimiquement par ORL)

            - Elévation notoire de mon hypertension avec essoufflement quasi permanent (traitée depuis hier avec nouveau traitement)

            - un chat dans la gorge depuis 1 mois et je passe mon temps à racler, rrrrrrrrrrrrrrrrrr !

Bref, fait chier de merde à cul de babouin. Je commence seulement à constater à quel point, je somatise !!!! Voilà, ça fait du bien de se plaindre à mon tour !!!!

Le boulot reste très prenant et je n'y ai plus du tout goût comme les années passées.... Je n'ai qu'une envie, retrouver ma blondasse au plus vite.

La deuxième prise de sang de Pascale ne donne, hélas pas les résultats espérés et les marqueurs cancéreux repartent à la hausse.

Le traitement est légèrement modifié, plus au niveau de la forme que du fond car l'un des produits qui était injecté par perfusion est administré en sous-cutané ce qui réduit nettement le temps de présence de Pascale à la clinique et ce n'est pas négligeable…

 

4 et 5/03/13

Vols "Emirate" via Dubaï, l'avion est bourré et moi aussi car je me suis enfilé 4 bouteilles de rouge avec les repas…. De toute façon, c'est la seule manière de comprendre les films en anglais sous-titrés malaisien ou arabe et d'arrêter de penser à allonger mes jambes, mes bras, bref, tout ce qui a envie de s'allonger. Je suis coincé entre un malabar arabe et un malaisien qui roupille, la tête contre mon épaule…

Comme j'ai oublié ma ceinture au contrôle des douanes de Roissy, c'est dans un style très à la mode, le jean au milieu des fesses que je débarque enfin du Boeing 777.

La chaleur est au rendez-vous à Kuala Lumpur avec ses 30 degrés quotidiens mais il fait beau et pas d'orage à l'horizon. Je n'ai pas arrêté d'imaginer Badinguet foudroyé alors j'appréhende un peu le retour à bord.

Kamal (un ami d'une amie de Nathapé) et sa voiture privée sont au rendez-vous à l'aéroport et en route dans un état proche de la léthargie, je n'ai pas fermé l'œil depuis 24h.

Un bref arrêt dans un supermarché pour récupérer une carte Sim et de quoi manger puis nous arrivons à la marina de Pulau indah. Les deux mâts de Badinguet pointent vers un ciel sans nuage. Les antennes VHF sont en place et les anémomètres tournicotent sous un vent d'une dizaine de nœuds venant du Nord-ouest…. Je sais que Badinguet n'a pas pris la foudre mais j'aurai le vent en plein dans le nez pour le court trajet qui m'attend, on ne peut pas tout avoir !

A bord, tout semble en parfait état, pas de moisissure au premier coup d'œil et le travail peut commencer…

Pascale m'appelle par Skype, c'est bon de l'entendre à défaut de l'avoir sous la main pour trouver le sucre, la bouilloire électrique et des dizaines de trucs qu'elle a planqué un peu partout…. Je sais à quel point il est difficîle de me savoir ici sans elle mais je ne suis pas à la fête avec la remise en route du bateau pour faire un court trajet de 110 milles vers le Nord, destination Pangkor.

Au soir, épuisé, je me douche sous un mince fîlet d'eau tiède dans la grande bâtisse vide de la marina puis je me couche et m'endors vers 20h.

Un petit réveil vers 23h, trempé de sueur, les ventilateurs entrent en fonction et je rejoins Morphée.

 

06/03/13

Réveil à 11h, j'ai dormi 15 heures, ouaaaaah !!!

Impossible de dénicher le grille-pain et la bouilloire, il va falloir attendre le réveil de Pascale vers 15h pour moi, le petit déjeuner sera loin…

La journée se passe à merveille, tout fonctionne comme au premier jour sauf que l'hélice est pleine de concrétions et de coquillages et le moteur est comme moi, il n'a aucune puissance.

Pour dégager d'ici avec le courant et le vent dans le pif à la sortie, il me faut une hélice efficace et plonger là dedans m'angoisse sur les bords…

Mister Radzuan m'emmène sur sa moto, en zigzaguant au milieu des énormes lézards jusqu'à "West ports" où je récupère une clearance de sortie de l'état de Selangor. Au retour, j'achète une paire de tongs et des citrons verts, ti punch du soir oblige ! Mon chauffeur interroge tous les personnes susceptibles de connaitre quelqu'un qui pourrait plonger sous le bateau mais en vain, je le sens mal !

Asat, un des gardiens que Pascale et moi aimons bien, tente de se jeter à l'eau mais renonce au bout de quelques essais assez comiques… en fait, je ne suis pas certain qu'il sache vraiment nager et je mets fin à son calvaire en souriant… Il faut imaginer une rivière de couleur marron foncé avec un fort courant qui charrie tout un tas de déchets et certainement quelques bestioles comme des serpents, loutres et autres rats…

Juste pour boucler la boucle…. La bouilloire était dans un sac en plastique avec les huîles, vinaigres, etc. Le socle de la bouilloire, sous une demi-noix de coco, un étage au dessus !!!!!!! Le grille-pain était dans le garde-manger !!!!!!!!!!!!! La logique féminine, ça n'existe pas, c'est simple…. La logique de Pascale, ça existe mais c'est exactement l'inverse de ce que tu aurais fait, c'est simple aussi !!!!!  Merdouille !!!!!!

 

07/03/13

Il reste un peu d'air comprimé dans la bouteille de plongée, c'est moins important que le liquide dans la bouteille de rhum mais ça va me faciliter la tâche…

Vers 11h, le courant dans la rivière se calme avant de s'inverser et Asat me rejoint pour me dire que son ami plongeur arrive dans 10 minutes pour nettoyer mon hélice, oufffffff !

Le garçon est très efficace et pour 40€, je largue les amarres avec une propulsion nickel… la coque est couverte de coquillages mais je m'en fiche, j'ai tout mon temps.

Il est 12h30, Badinguet descend le bras de mer et rejoint des eaux moins saumâtres… Disons qu'on change le marron pour du vert pas très net…

Je contourne les iles de Klang et assiste à un beau coucher de soleil, ça fait si longtemps… Et oui, le coucher de soleil en Picardie, c'est en option !

   

 Pangkor

 

 

08/03/13

Des dizaines de loupiottes se déplacent autour de Badinguet et il m'est impossible de fermer l'œil une seconde. La nuit est noire et la fatigue devient omniprésente, je file à la côte…

Il est 3h45 lorsque l'ancre rejoint la vase. Pas d'abri, une côte plate et longiligne permet de mouiller n'importe où mais c'est sans compter sur les innombrables chalutiers qui viennent me tourner autour par curiosité. L'alarme radar est à son minimum mais les bateaux de pêche rasent Badinguet… Le jour pointe son nez vers 7h00, j'ai dû m'endormir profondément car je n'ai pas les yeux en face des trous en zigzaguant entre les bouées de casier que j'ai évité miraculeusement cette nuit…

Il est midi lorsque je mouille au WP de l'ile de Pangkor, il parait qu'un haut-fond barre son entrée et que la marée haute est indispensable pour passer.

J'appelle avec la VHF sur le "69", pas de réponse, je vais essayer le téléphone et alors là, c'est noël !!! ca clignote de partout !!! Toutes les applications ont décidé de se mettre à jour. Le mobile a récupéré du "3G" et en quelques secondes, je viens de perdre tout mon crédit !!!! Cette saloperie de téléphone ultramoderne s'est connecté tout seul et je ne peux même plus passer un coup de fil…

Il est 13h et la VHF répond enfin, il m'envoie une barque pour 14h, à marée haute pour me guider, je peux tenter un petit somme…. Mais là encore, les ferries traversent le bras de mer pour rejoindre l'ile de Pangkor et passent exactement à l'endroit où je suis mouillé. Je suis trop fatigué pour bouger Badinguet…

 

14 heures tapantes, je cavale après le canot de la marina pour engager l'entrée du port, il n'y a jamais eu moins de 1.8 mètre sous la quille, il est où, le haut-fond ?

Je glisse sur une eau calme jusqu'à la place qu'on m'a attribuée et "Bohème III" est mon voisin !!!! Annie et Patrice m'aident à amarrer le voilier et je passe un bon moment à leur bord, à siroter un Schweppes et raconter mes péripéties solitaires et nocturnes…

Ils m'apprennent que je suis le 7ème bateau français et qu'une petite communauté de Gaulois retraités a pris l'habitude d'hiverner dans cette marina… Ils naviguent 6 mois par ans entre Langkawi et la Thaïlande et reviennent en France pour les beaux jours, Badinguet ne sera pas seul !

A priori, la calle de mise à l'eau aussi va hiverner car pendant une semaine, elle sera inutilisable pour réfection !!!!! Si Badinguet sort de l'eau dans 8 jours, je loupe mon vol de retour… Il n'y a personne au bureau de la marina et je passe une très mauvaise nuit à me demander pourquoi je suis venu jusqu'ici…

 

09/03/13

Patrice m'embarque dans sa voiture de location pour aller à la pompe remplir quelques bidons de gasoil, histoire de ne pas laisser d'air aux bactéries pendant l'hivernage et en passant devant le bureau du port, Bingo !!! C'est ouvert !!!

Après une courte négociation, en expliquant ma situation, la secrétaire accepte que le voilier sorte demain, juste avant le début des travaux, je suis sauvé !

La marina de Pangkor est située sur une ile artificielle gigantesque et les projets immobiliers démesurés et inachevés occupent presque toute sa surface. L'endroit est moderne, et fréquenté par de nombreux touristes Malaisiens car il donne accès à l'ile (naturelle celle là) de Pangkor située à quelques encablures à l'Ouest. La marine nationale occupe le côté continental avec des milliers de logements pour les familles de militaires, c'est un peu le "Toulon" ou le "Brest" de Malaisie, mais vue la chaleur, c'est plutôt Toulon !

 

10/03/13

A partir de 9h30, il fait trop chaud pour bosser et mes charmants voisins m'emmènent une fois de plus au supermarché. J'y achète des déshumidificateurs et des pièges à cafards en pagailles ainsi que  deux yaourts grands format aux fraises, miam !

Il est 16h, Badinguet s'avance lentement vers la calle de mise à l'eau où un employé me guide comme si j'étais un avion de ligne… Dernier virage, vérification de la porte opposée et on peut détacher nos ceintures. Le choc est très doux car la coque entre en contact avec de gros boudins gonflables. Le voilier est à peu près stable lorsque l'operateur actionne à distance la commande pour relever le cul de Badinguet et le bateau se retrouve parfaitement horizontal.

Une échelle nous tend les bras, Patrice et moi descendons et le nettoyage peut commencer.

La coque est bien attaquée par les coquillages mais au bout de deux ans, on pouvait s'y attendre.

Grattage, karcher et la remorque télécommandée se déplace jusqu'au milieu du terre-plein où Badinguet est assurée par quelques espars rouillée et posés de travers !!! Le bateau reste sur la remorque pour la nuit car il est déjà tard et les ouvriers quittent le travail en plaisantant…

 

11/03/13

Vivre et travailler à bord, par plus de 40° en plein soleil sur un chantier est très pénible mais lorsqu'on vient de passer 2 mois en Picardie…

Assez souvent à la limite du malaise, je tente de poncer un peu la coque en restant à l'ombre mais le travail est trop dur et ce n'est qu'en fin d'après-midi que je me remets au travail. Les coquillages ont attaqué la couche de primaire et leur pied atteignent en de nombreux endroits l'époxy, il va falloir tout poncer et je n'ai ni le temps ni le courage de me lancer.

Il y n'a pas assez de pression d'eau et j'effectue les rinçages des moteurs avec des bidons et du glycol, la pompe à eau de mer du groupe électrogène réparée par Thierry et Eric fonctionne à merveille, merci les amis.

Les ouvriers terminent le ber en soudant les espars autour de Badinguet. Le "sea lift" rejoint son parking, Badinguet est stable sous une chaleur épouvantable et je ne me vois pas rester là bien longtemps… Pendant ce temps, Pascale profite de la venue en France de Nathapé et passe d'agréables moments en leur compagnie, resto, thalasso, massage...

3 jours plus tard, Badinguet est hiverné à nouveau avec ses déshumidificateurs, ses bombes et ses pièges anti-insectes et je quitte le bord avec un petit pincement au cœur…

Je prends le bus à Lumut, direction Kuala Lumpur où je séjourne 48 heures puis j'arrive enfin à "Puteri Marina" ou je retrouve "Ultreïa", "Yovo" et "Bepci". Et c'est reparti pour quelques apéro et d'excellents repas et je profite de mon séjour malaisien pour refaire faire deux paires de lunettes à des pris défiants toute concurrence.

Après une journée à flâner dans Singapour, la ville la plus stricte et la plus surveillée du monde, L'airbus A380 s'envole pour Dubaï et je retrouve Pascale à Carqueiranne le 21/03 au soir après 48 heures de voyage.

La différence de température est impressionnante et le décalage horaire va me jouer encore quelques tours.

 

22/03/13

Nous avons rendez-vous chez le cancérologue de Pascale. Il n'est pas vraiment satisfait des résultats du dosage des marqueurs cancéreux, bien qu'ils aient baissé légèrement à la dernière prise de sang…

Pour faire bref, le traitement ne lui semble pas assez efficace et il veut mettre en place une hormonothérapie en plus de la chimio…. Ca commence à sentir un peu le bricolage mais on y croit et Pascale se retrouve avec quelques médicaments en plus.

Il est clair que je me pose énormément de questions, faut-il se réinstaller en France ? Où, quand, achat, Location ? Je me réinstalle ou je continue les remplacements ????? Et lorsque j'envisage la vente de Badinguet, Pascale a le moral dans les chaussettes...

A ce stade, Les effets secondaires sont de plus en plus présents avec des pieds très œdèmaciés et les plantes qui pèlent complètement. Elle a également les mains gonflées et de coloration violacées. Par moment, Pascale courent sur la pointe des pieds d'une pièce à l'autre tellement la brûlure sous les pieds est importante.

En fait, à chaque nouvelle consultation, je sens Pascale de plus en plus méfiante vis-à-vis du traitement et de son médecin… Systématiquement, lorsqu'elle a rendez-vous en chimio ou en consultation, il y a un couac, elle est oubliée ou le produit n'est pas prêt ou untel est en vacance et n'a pas transmis les informations…  

 

Vendredi 03/05/13

Pascale vient de me téléphoner, elle en chimio et je suis à Draguignan en train de masser… Ils ne trouvent pas la veine pour la piquer et personne ne veut la perfuser… Je n'en peux plus de cette clinique de M….

Je raccroche et sur les conseils de mes patients et de ma collègue Sandy, je téléphone à l'Institut Paoli Calmette à Marseille…

Une secrétaire aimable nous décroche un rendez-vous avec le professeur Viens (le big boss) à 14h lundi prochain, incroyable ! J'appelle Pascale dans la foulée, je ne sais pas quelle va être sa réaction… Elle est emballée, j'ai bien fait…

 

06/05/13

Le professeur est à peu près à l'heure et à la lecture du dossier de Pascale, il hésite, songeur, il semble gêné de donner son avis aussi je mets les choses au clair d'emblée en lui disant que nous désirons que Pascale soit suivie dans son institut.

Libéré de toute considération diplomatique vis-à-vis d'un confrère, il se lâche et nous explique clairement que Pascale aurait du avoir un traitement au Taxol depuis le début… Une chimio lourde et agressive pour mettre au tapis ce fichu crabe. Il ne comprend absolument pas le traitement mis en place à la clinique Sainte Marguerite d'Hyères… Nous sommes à la fois, épouvantés et rassurés par ce qu'il nous explique, heureusement que nous avons changé de médecin…

Le nouveau protocole est beaucoup plus lourd et implique la pose d'une nouvelle chambre d'admission au niveau claviculaire. Tous les rendez-vous sont pris et le fait d'être prise en charge par le professeur qui dirige l'institut Paoli Calmette est extrêmement réconfortant… On ne trouvera pas mieux, c'est certain.

 

3 semaines plus tard

Le nouveau boitier est placé et cela n'a pas été sans mal… Une fibrose importante s'était développée à l'endroit de l'ancien matériel et le chirurgien a dû déplacer la chambre d'admission assez haut vers le cou… et sans anesthésie…

Après ce très mauvais moment, le chimio débute 3 jours plus tard avec le port d'un casque réfrigéré pour limiter la perte des cheveux…

 

De début juin à fin aout 2013

Je bosse sur Draguignan ou je remplace Prisca, en congé maternité. Un cabinet bien placé en centre ville et des méthodes de travail remarquables auxquelles je m'adapte tant bien que mal. Ces deux kinés travaillent très différemment de ce que j'ai connu jusque là…

Elles utilisent au mieux la grande surface dont elles disposent en orientant très rapidement la rééducation vers des séances d'exercices d'étirements, de renforcements musculaires ou gymniques et les résultats sont étonnants. Il faut dire qu'elles excellent pour trouver des variantes et des nouvelles postures pour elles (ou tortures pour leurs patients)… Dans ce cabinet, il n'y a que très peu de personnes âgées et les "tire-au flanc" ne restent pas longtemps…

Nous passons 15 jours à Quiberon où nous retrouvons un Papy Jean en pleine forme. Pêche aux bars et quelques superbes balades à Houat et à Hoëdic et 2 chimios à Vannes. Ce petit séjour s'est déroulé à merveille et ça fait du bien de retrouver un peu ses racines…

 

Début septembre

Pascale a rendez-vous pour le bilan des trois mois de chimio et celui-ci est déterminant… Si le traitement n'est pas efficace, les choses vont se compliquer…

Une heure et demi de retard mais cela est tellement habituel que Pascale n'y fait plus attention. Elle a passé un TEP Scan la semaine dernière et les résultats de la dernière prise de sang montrent des marqueurs en légère baisse, rien de très encourageant à ses yeux !

            - Le professeur nous demande immédiatement : On vous a informé ?

            - Nous : Quoi ?, informé de quoi ?

            - Le professeur : Comment ça, on ne vous a rien dit ? L'air très sérieux.

Nous sommes de plus en plus inquiets et le médecin nous annonce avec un sourire que nous ne lui connaissions pas…

            - Le professeur : Les résultats sont excellents, Pascale réagit très bien au traitement et il ne reste que 3  métastases sur les lombaires et sur le bassin, tout le reste a été nettoyé !

Je crois qu'on aurait pu l'embrasser à ce moment là !

Il poursuit en nous confirmant qu'il faut continuer ce traitement encore 3 mois et ensuite, il y aura une longue pause sous hormonothérapie. Les contrôles suivants auront lieu tous les 3 mois et tout porte à croire que la rémission est très bien engagée. Nous sommes aux anges… cela signifie que je retourne au bateau fin octobre et que Pascale me rejoint début décembre en Thaïlande, l'aventure peut continuer. Pascale n'a pensé qu'à cela, retourner sur son bateau, continuer son tour du monde, ça a été sa motivation, sa "Dead line" comme elle le dit, elle a réussi, elle sera très bientôt de retour à bord…

 

Pangkor

 

22/10/13

L'avion vient de s'immobiliser devant le terminal, les passagers fatigués sortent à la queue leu-leu du Boeing 777. Une heure d'attente aux bagages et je prends un taxi pour le terminal de bus.

J'ai de l'argent frais, une carte de téléphone et le ventre rempli de Nasi gorenk lorsque le car de la compagnie Transnational part vers le Nord. 4 heures plus tard, je frappe avec insistance sur la porte vitrée du petit hôtel de la marina de Pangkor. L'employée se réveille enfin et je récupère une chambre climatisée dans laquelle je peux enfin allonger mes jambes, il est 23h45, cela fait exactement 26 heures que je voyage…

 

23/10/13

A 7h du matin, je me retrouve sur le bateau avec mes deux valises de 25 kilos chacune ! Il pleut et à l'intérieur, la température est intenable…

Autour de Badinguet, il y a pas mal de copains qui sont revenus récemment de France ou qui bricolent depuis plusieurs mois en Malaisie et en discutant avec eux, je prends conscience du décalage qui existe entre la vie en France et la vie sur le bateau… Je suis complètement déphasé !

Je passe la journée à réinstaller tout ce que j'avais démonté pour l'hivernage, à nettoyer les capotes et les taux ainsi qu'une bonne partie du pont couvert d'une crasse noire épaisse et collante. Je retrouve Akina, la secrétaire et James, le manager de la marina. La mise à l'eau est programmée pour le 31/10. J'ai donc une semaine pour caréner et ce n'est pas de trop… D'ailleurs, je me demande vraiment comment je vais pouvoir faire autant de boulot en si peu de temps…

La coque de Badinguet pèle comme un oignon, la peinture "matrice dure" posée par des pros en Nouvelle-Zélande ne semble pas avoir adhéré correctement à la couche d'après, elle est pourtant de la même marque "International" pour ne pas la citer ! Et ça doit faire un moment que cela se produit car beaucoup de pieds de coquillages sont collés aux endroits où l'antifouling est parti ! Il va donc falloir poncer tout ça et retirer un maximum de peinture pour reposer une sous-couche intermédiaire. Par endroits, le gelcoat est à nu et si je n'isole pas ces zones, ce sont des portes ouvertes à l'osmose.

Il me faut donc du primaire à base vinylique et de l'antifouling érodable bon marché car les peintures chères ne valent pas mieux que les autres…

Entre les infos de "Too Much","Nathapé" et des nombreux bateaux-amis du chantier, je devrai bien arriver à m'en sortir… La seule chose qui semble certaine, c'est que je n'aurai personne pour m'aider, même les Pakistanais ne sont pas disponibles pour travailler à la journée…

 

Du 24/10 au 30/10/13

Deux jours de ponçage avec des dizaines de disques abrasifs qui s'encrassent et le plateau de la ponceuse que je dois bricoler pour recoller du velcros… 4 jours de peinture avec en tout, 5 couches, 2 de primaire "Jotun Vyniguard" et 3 d'antifouling local noir érodable qui me sont livrés en provenance de Penang, le tout pour 400€ !

Il pleut chaque jour mais rien de régulier, il faut regarder les nuages et se faire une idée du temps qu'il reste avant de se faire saucer… A chaque couche, il faut estimer le temps de séchage en fonction de la météo et on y arrive. Et à propos de couches, j'en mettrai bien une car mes intestins n'apprécient pas du tout la nourriture épicée que je mange chaque jour, va falloir se remettre aux pates et aux patates au plus vite !

Le plus long et le plus compliqué est d'aller chercher du matériel ou des produits dans les magasins hardware Malaisiens… Si vous voulez perdre du temps, vous allez en perdre… Les Chinois qui tiennent ces échoppes de bricolage sont capables de vous vendre n'importe quoi en sachant pertinemment que ce n'est pas ce que vous avez demandé !!! Invariablement, il faut revenir en ville pour échanger ou se faire rembourser le produit et c'est toujours en souriant que vous êtes remboursé… Le problème, c'est que la ville se trouve à 15 bornes de la marina et que les taxis sont hors de prix…

Tout ça pour dire qu'en dehors du côté physique du carénage, il y a un côté psychologique éprouvant et j'aurai bien mis quelques coups de boule parce que me vendre de la résine époxy au lieu de peinture époxy ou me livrer 16 mètres linéaires de bois alors que j'en ai commandé 3, ça va un moment… Finalement, c'est James de la marina qui va finir par arranger les choses en me vendant à la dernière minute deux pots de peinture primaire compatibles, ouf !

 

31/10/13

Le bateau est à l'eau vers 14h et à part un petit souci de démarrage moteur, tout s'est très bien passé.

Tout compte fait, il y a eu peu de mauvaises surprises et le bateau est prêt à reprendre la mer...

 

02/11/13

Ma deuxième et dernière nuit à flot dans la marina de Pangkor… Les copains sont déjà tous levés lorsque j'ouvre la porte de la cabine… Il fait chaud et lourd comme d'habitude et aujourd'hui, je n'ai pas grand-chose à faire… C'est le jour du départ... Un petit tour sur le pont déjà bien chauffé par le soleil et je découvre l'annexe remplie d'essence…. La nourrice est complètement fendue, encore un plastique qui ne tient pas les U.V.

Je passe la matinée à adapter une vieille nourrice de "Alibi" et à partir de midi, je suis en quête d'informations pour mon voyage vers Phuket.

David est mon voisin le plus proche, il est skipper professionnel et prépare un voilier flambant neuf, un Bénéteau SENSE de 48 pieds fraichement débarqué du cargo. Le nouveau propriétaire est Français et vit en Malaisie. David connait quasiment tous les bons plans de Thaïlande et de Malaisie aussi, je note les innombrables informations qu'il me donne.

C'est ensuite la tournée des "au revoir", Il y a les équipages de "Bohème", "Alibi", "Sostène", "Kiriad", "Glas" et j'en oublie certainement. Badinguet repasse à marée haute le haut-fond avant d'engager le chenal entre la terre et l'île de Pangkor. Il y a du vent et c'est sous voiles que Badinguet parcoure les 10 milles qui le séparent d'une petite île située un peu plus au Nord. L'ancre est plantée en pleine pente, le fond remonte de 25 mètres à 3 mètres sur une quinzaine de mètres de distance.

Alors que tout est calme, je termine une petite vaisselle tout en préparant une salade de riz pour la navigation de demain, j'entends des aboiements…  Je sors rapidement pour voir qui vient me rendre visite mais il n'y a personne… Il fait sombre mais je distingue nettement un chien sur l'île, il hurle à la mort… Quelqu'un a du l'abandonner là… Que faire ??? Pauvre bête… Je me couche, perturbé par la connerie et la méchanceté humaine. Tu me diras, je ne vaux pas mieux car je mets le ventilateur à fond pour ne plus entendre les hurlements du chien crusoé…

 Penang

03/11/13

Un départ de nuit avec une jolie brise de Nord-est, Badinguet attaque sa route à plus 7 nœuds. Vers midi, le vent tombe complètement et c'est au moteur que se poursuit le voyage.

A 16h30, le nouveau pont de Penang est en vue et il me parait bien bas… Plus j'approche et plus je me pose des questions, je passe vraiment la dessous ??? Tous les copains qui sont passés par là l'on fait avant la fin de la construction, du coup, j'ai un gros doute…

Dans la passe, le courant est contraire et avec ses 2 nœuds dans le nez, le voilier s'arrête assez vite lorsque je ralentis aussi, je m'approche très très prudemment de la voute en béton en serrant les fesses et…… …. Çaaaaaa paaaaaaaaaaasse LARGEMENT !!! Il reste facilement 3 ou 4 mètres au dessus du grand mat, je n'ai quand même pas aimé du tout ce passage !!!

La pluie s'invite pour perturber un peu plus la progression contre le courant de marée. Il reste plus de 6 milles avant le mouillage que j'ai repéré au Nord de la passe.

Juste avant de passer le second pont sans stress, la pluie cesse enfin mais c'est le calme avant la tempête car l'horizon est noir comme de l'encre. Un énorme orage approche du mouillage et l'activité électrique est impressionnante. Les éclairs frappent verticalement toutes les 10 secondes et par moment, j'ai l'impression que la foudre insiste aux mêmes endroits… Je n'arriverai jamais à temps pour mouiller et je place Badinguet le long d'un cargo au mouillage lorsque les premières gouttes frappent la capote. Le déluge va durer 30 minutes… Les éclairs sont partout, la pluie tombe drue mais les rafales n'atteignent que 28 nœuds donc Badinguet reste facilement dans l'axe du vent, le long de son cargo lorsque le téléphone sonne… C'est Pascale.

Incroyable de communiquer comme ça à des milliers de kilomètres, moi sous un orage en Malaisie et Pascale à Carqueiranne… Ca me déstresse de l'entendre et de parler de tout autre chose que d'éclairs, de mouillage et de mauvais temps… Ca y est, le ciel s'éclaircit un peu et je distingue à nouveau les nombreux cargos qui m'entourent. Je remets en route et jette l'ancre entre la gare des ferries et le port de pêche. L'orage s'éloigne et avec lui mon angoisse d'être foudroyé…

Une bonne douche chaude, des vêtements propres et je m'effondre littéralement dans la cabine avant, transit de froid !!!!! Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive et je redoute une nouvelle crise de fièvre mais après une heure de repos, je me lève pour aller manger et préparer Badinguet pour la nuit. Deux flash-lights avant et arrière, le feu de mouillage et fermeture de tous les hublots et panneaux pour passer la nuit au sec.

Il est 20h30 lorsque je sombre dans un sommeil réparateur.

 

 Langkawi

04/11/13

La première prière musulmane de la journée est à 4h50 et c'est en somnolant que j'attends le lever du jour vers 6h30… Impossible de quitter le mouillage de nuit avec ces cargos et les allers-retours des navettes… Un curieux brouillard recouvre le port de commerce et c'est dans cette atmosphère brumeuse que Badinguet aligne ses premiers points de route...6 nœuds de vent au près serré pendant 4 heures puis le calme s'installe à nouveau et le moteur reprend du service…

L'arrivée à Langkawi se fait au milieu des navettes rapides et des nombreuses îles rocheuses. Il n'y a que très peu de fond mais la marée est haute et je n'hésite pas à couper quelques lignes de sonde qui ne passeraient pas à marée basse…

Entre deux photos, deux pages de mon roman et une bouchée de pastèque, je contrôle mon arrivée au mouillage de Kua. Il y a une trentaine de voiliers mais la majorité ne fait pas le tour du monde et je ne connais personne ici bas !

Badinguet est mouillé par 4 mètres de fond à marée haute, ça va flirter avec la vase cette nuit mais il n'y a pas de risque… L'endroit est paisible, le ciel est couvert comme souvent le soir et cette fois-ci, j'ai droit au ti'punch…

Pascale reçoit les photos en temps réel, elle se prépare à repartir en chimio, comme tous les lundi… Tiens bon ma Lulu, tu y es presque, plus que 2 !!!

 

05/11/13

Le responsable de la marina m'a demandé de venir vers 11h30 pour qu'il n'y ait pas trop de courant car le port est ouvert des deux côtés et l'eau circule rapidement à l'intérieur…

En approchant, je constate qu'il y a encore un puissant courant de plus de 2 nœuds qui risque de me gêner et comme une merdouille n'arrive jamais seule, le vent se lève… Je pénètre dans l'enceinte portuaire et je confirme, le placement va être coton… je dois me mettre bâbord contre un catway qui est du côté du courant. Une première tentative me confirme que ça va être très compliqué, à peine ai-je tourné que le courant me prend par le côté et m'éloigne du catway pour me projeter vers le voilier d'à côté… L'énorme pilier qui fixe le bout du catway m'empêche de tourner au dernier moment et il passe au ras de la proue à chaque manœuvre, cela fait trois fois que je recule en catastrophe pour éviter le choc avec le voisin… Putain de bordel à cul !

Il y a maintenant beaucoup de monde sur les pontons pour me voir tenter le Diable et tout le monde s'attend à ce que je tape quelque chose… et beh, ils ne sont pas déçus longtemps, je rentre en force en rasant le pilier et le côté tribord de la coque vient s'écraser sur l'angle de bateau voisin… le choc est violent mais j'ai réussi à bien m'engagé et je continue à frotter sur près de 2 mètres le voilier… Il bat pavillon anglais !!!!

Une fois Badinguet suffisamment stable contre son appui improvisé, je quitte le poste de barre et jette mes amarres à tous les bras qui se tendent, OUF ! Si nous avions été deux, Pascale aurait paré avec une défense le bateau que je me suis mangé et je me serai appuyé dessus pour pivoter mais les choses étant ce qu'elles sont…

Mes voisins de catway sont Australiens et Polonais, ils vivent là plusieurs mois par an et leur fille est scolarisée à Kua. Ils louent une climatisation posée sur le ponton et à voir l'état de la coque, le bateau sert surtout d'habitation…

Il y a beaucoup de grands et de beaux bateaux dans le Royal Yacht Club de Langkawi et Badinguet est dans la bonne moyenne. Les pontons font plusieurs centaines de mètres et le vélo ressort assez vite du coffre pour effectuer plusieurs allers-retours au bureau de la marina.

Chaque soir, nous avons droit à une petite averse orageuse de 30 à 45 minutes puis la nuit est calme. Je m'endors avec le ventilateur à fond et vers 5h du matin, je le coupe pour m'enrouler à moitié dans un drap. A partir de 8h, le thermomètre remonte au-delà de 30° !

 

Du 06/10 au 09/10/13

Bricolage chaque jour avec de longues escapades en vélo pour trouver et acheter ce dont j'ai besoin.

Changement de tous les extincteurs de bord, y compris celui au CO2 qui doit dater de l'origine du voilier. Peinture des rainures du fond de cockpit, inversion des écoutes avec à la clé, deux épissures effectuées avec des aiguilles creuses, nettoyage et rangement du bateau, etc.

En vidant tous les placards, je découvre quand même beaucoup de moisissures sur les parois. Le linge qui était au fond en contact avec les vaigrages des placards a vraiment besoin d'une grosse lessive !

Sinon, le doigt que j'avais coupé au cutter juste avant de quitter Carqueiranne ne va pas fort… Il a doublé de volume et je ne peux plus le plier !!! Je passe donc deux heures dans la salle d'attente d'une clinique pour rencontrer le Docteur BOO.

A peine ai-je fini de raconter mon histoire qu'il se lance dans un speech de 30 minutes pour me vanter les mérites et les incroyables résultats de la technique dont il est le plus grand spécialiste en Malaisie… le PRP (le Plasma Riche en Plaquettes) !!! La technique consiste à prélever du sang, le traiter pour l'enrichir en plaquettes et me le réinjecter dans le doigt en 4 ou 5 injections de 200€ chacune et on n'en parle plus !!!

Et beh, il a raison, le gentil Dr BOO, on n'en parle plus car là, ça va pas l'faire… Il me montre même sa page Facebook et des centaines de photos de patients traités par le PRP.

            - Nicolas: OK, Thank you, i'll see that on internet, good bye doctor BOO.

Bon, je n'ai rien payé, j'ai passé deux heures sous la climatisation mais j'ai toujours un doigt en vrac… Je vais essayer de moins le solliciter pour voir s'il dégonfle de lui même, que faire d'autre ??

 

10/11/13

Anne-Marie et Christophe sont enfin là avec leurs valises… Ils arrivent de Genève via Dubaï et n'ont pas beaucoup dormi dans l'avion… Trop content de les retrouver.

J'ai fait l'aller-retour en avion de Langkawi pour les accueillir et leur permettre de visiter un peu la capitale Malaisienne. Les tours Petronas ont la primeur puis c'est un diner bien épicé qui ponctue leur longue journée.

 

11/11/13

Après une visite du marché Seni, l'airbus A320 de Air Asia atterrit enfin sur l'aéroport de Langkawi, ils sont sur Badinguet 1/2h plus tard et prennent leurs quartiers à l'avant. 2 ti'punch et une plâtrée de pates et tout le monde au lit car demain, y a du boulot !

 

12/11/13

La sortie administrative du pays est bouclée à 10h30 puis 3 caddies de courses et nous pouvons enfin quitter la marina.

Badinguet avance au moteur par 3 ou 4 mètres de profondeur en direction du Sud-ouest. Il n'y a pas de vent mais le cadre est enchanteur avec des îles "champignons" plantées par une main céleste ici ou là… Quelques embarcations colorées ajoutent une note de couleur aux magnifiques paysages et Badinguet engage les premiers bras de mer entre les îles.

Il y a peu de place pour naviguer mais les chenaux sont profonds et l'excitation est omniprésente. Par moment, il n'a que 30 mètres de large pour serpenter entre les îles et je ne suis pas rassuré en rasant les interminables falaises qui plongent dans la mer. Le mouillage que j'ai repéré permet l'accès à un lac d'eau douce entouré de sommets acérés.

Malheureusement l'endroit est un peu exposé et ce n'est qu'un peu plus loin que l'ancre rejoint la vase. Incroyable mouillage, cerné de toutes parts par des pics et des pitons envahis de verdure.  Une colonie de singes vient faire le spectacle sur la plage toute proche et les aigles pêcheurs tournoient, haut dans le ciel. Quel spectacle ! Marie et Chris sont ravis et ils bénéficient, pour leur premier mouillage forain d'un cadre exceptionnel. Celui-ci figurera sans doute dans le top ten des mouillages de rêve !

Marie se baigne au milieu des méduses dans une eau sombre et chargée de sédiments pendant que Christophe et moi nous noyons dans quelques ti'punch chargé de rhum et de citrons verts… Au moins, on ne se fera pas piquer par les méduses…

 

13/11/13

Il est minuit lorsque les premières gouttes viennent frapper le pont de Badinguet et déranger instantanément les deux dormeurs qui avaient pris possession du cockpit pour une nuit à la belle étoile au cœur de la jungle malaisienne… Marie et Chris rentrent rapidement les coussins pour rejoindre leur cabine étouffante pendant que je surveille les instruments afin d'apprécier le vent qui balaie le mouillage… 6 nœuds de vent…  la pluie tombe drue mais le mouillage est bien trop protégé pour subir l'influence de l'orage et tout le monde se recouche en attendant des jours meilleurs et des heures plus sèches… Je me rendors difficilement en comptant les secondes entre les éclairs et le tonnerre et au petit matin, je profite seul du cadre fabuleux dans lequel nous avons dormi…

Les singes vadrouillent sur la côte, les nuages menacent mais nous avons de la marge et c'est vers 9h que nous rejoignons la baie juste au Nord pour y mouiller entre les bateaux de touristes. Ils déboulent à fond de train pour y décharger leur cargaison humaine avide de découvrir les secrets de Langkawi…

L'annexe est sécurisée sur un grand ponton en béton et nous découvrons le fameux lac d'eau douce après 15 minutes de marche au milieu des primates affamés.

L'accès au plan d'eau est aisé et le chemin d'accès bétonné se termine par plusieurs pontons flottants qui délimitent des bassins dans lesquels les Malaisiens plongent leurs pieds en souriant… Des centaines de poissons-chats se précipitent sur ces paires de pieds pour les mordiller avec délectation et je suis le premier à suivre l'exemple… En fait, comme, j'ai plusieurs plaies au niveau des pieds, les poissons-chats, après m'avoir chatouillé avec leurs moustaches mordent goulument mes blessures et ça devient franchement très désagréable !!! Tout le monde finit par piquer une tête dans le lac d'eau douce et vers 11h, Badinguet prend la direction de Telaga sous un gros orage…

Deux heures de navigation entre voiles et moteur sous une pluie fournie. La mer finit même par se lever un peu et Anne-Marie sort de la cabine pour retrouver quelques couleurs.

Je sais que Christophe a hâte de pêcher mais depuis que nous sommes en Asie, nous n'avons pris que 4 poissons et énormément de déchets flottants… La canne est en place et 15 minutes plus tard elle se plie violemment, incroyable ! Un beau barracuda se fait gaffer par le ventre et la bête est rapidement vidée par Chris.

Le mouillage de Telaga est très prisé car très abrité derrière deux îles artificielles. Il y a beaucoup de monde à l'ancre mais je glisse Badinguet entre 5 ou 6 voiliers américains, inquiétés par ma manœuvre… Il n'y a qu'un mètre sous la quille mais ça devrait être bon pour une nuit.

Pendant que Marie nous prépare un délicieux déjeuner, je file en annexe demander à nos voisins si les barracudas sont ciguatérique et leur réponse est claire, ils sont très bons à manger, cool !

Je lève les filets, place la moitié du poisson au congélo et nous déjeunons rapidement sous une chaleur accablante.

L'après-midi, nous partons pour les cascades à côté de la gare de téléphérique de Télaga. L'endroit est fabuleux et nous barbotons des heures dans l'eau fraiche et tumultueuse de la grande chute d'eau. C'est à celui qui escalade le plus haut les dangereux rochers glissants en résistant à la force des trombes d'eau…

Une femme en Nikab profite tant bien que mal de la chute d'eau pendant que Marie en deux pièces s'éclate sous des douches de fraicheur… L'homme est en maillot de bain et sa femme est couverte de la tête au pied, bâchée de noir, seuls ses yeux et ses pieds profitent du spectacle… Quel contraste, l'humain est stupide, l'humain religieux l'est encore plus…

Nous poursuivons notre marche plus en hauteur et au bout de 1h30 de grimpette dans la jungle, nous rebroussons chemin pour éviter une redescente de nuit... Plusieurs fois, nous traversons des cours d'eau et ce n'est qu'au sommet d'une petite montagne que nous découvrons l'état de nos pieds, ils sont couverts de sangsues bien gonflées…

Chacun y va de sa technique, j'opte pour les pichenettes mais lorsqu'elles sont bien accrochées, il faut gratter avec les doigts et immédiatement elles se collent à nos mains… Incroyables bestioles capables de repérer leur proie à plusieurs mètres et de se précipiter vers elle pour absorber leur sang. Tu la jettes par terre et elle revient à la charge pour recommencer l'ascension de tes pompes…

La descente se termine par un nouveau nettoyage de sangsue et une nouvelle plongée dans les bassins d'eau fraiche du sommet de la cascade.

Il est 18h lorsque nous rejoignons Badinguet sous une lumière rasante exceptionnelle. Chacun profite de sa soirée à sa façon, Marie bouquine, Chris admire le soleil couchant pendant que je me remets difficilement à l'écriture…

Chaque soir Pascale nous passe un petit coup de fil, il ne lui reste plus qu'une chimio et elle va enfin souffler, quel épouvantable traitement et quel courage…

 

 

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