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INDONESIE

3ème partie

 

 

 

 

5/09/12

La mer est croisée, pénible et pour couronner le tout, le vent tombe en deuxième partie de nuit. Le moteur nous fournit la propulsion mais surtout, il permet de refaire rapidement les pleins d'eau douce en alimentant le déssalinisateur pendant de longues heures.

Badinguet retrouve son genaker et son génois tangonnés vers 9 heures et toute la journée se passe sans un nuage avec un bon vent portant. La mer reste formée et sans appui, Badinguet roule en permanence.

Comme souvent, la deuxième nuit est la plus difficile avec la fatigue qui s'accumule. Nous sommes en mer de Java et désormais, les fonds ne dépasseront plus les 60 mètres. En clair, ça signifie que les pêcheurs peuvent être partout et très loin des côtes… Badinguet attend le lever de la lune en filant tout droit au milieu de centaines de petites loupiottes multicolores.

Pas de feu de navigation vert et rouge en ces mers lointaines mais des éclats bleus, verts, rouges ou blancs qui déchirent la nuit sans indiquer la route des petites embarcations. Il suffit de filer tout droit et d'attendre le dernier moment pour une éventuelle manœuvre. Assez stressant, comme navigation et impossible de fermer l'œil 10 minutes !

Les cargos ne sont pas loin, bien visibles à l'A.I.S. et beaucoup plus faciles à négocier que les pêcheurs nocturnes.

Une fois encore, le vent chute pendant quelques heures et avant de laisser la veille à Pascale, je mets le moteur en route.

 

06/09/12  

Vers 4 heures du matin, le moteur s'arrête et j'entends les winchs travailler, Pascale est à la manœuvre, je suis trop fatigué pour bouger et vers 5h45, je me lève. Le bateau est bien réglé et avance à 7 nœuds sous génois et artimon, je n'en reviens pas ! C'est la première fois que Pascale ne me réveille pas pour un changement de voiles, impec !

Au lever du soleil, l'ile de Bewaen est en vue et une fois de plus, il faut surveiller très attentivement les installations de pêche des Indonésiens. La mer reste agitée et les radeaux de bambous à moitié immergés sont très difficiles à voir. Certains sont marqués par des drapeaux ou des feuilles de palmier mais ils restent très bas sur l'eau et, tout comme les pirogues, indétectables au radar.

Plusieurs fois, nous sommes passés juste à côté et ce n'est vraiment que le facteur "chance" qui nous fait éviter ces radeaux à la noix !

La veille permanente de nuit comme de jour est épuisante et nous sommes très fatigués lorsque que vers 10 heures du matin, nous jetons l'ancre dans la baie très protégée du Nord de Bewean. Tout est très calme, la protection est parfaite et nous allons pouvoir faire une monstre sieste après une monstre douche.

Nous n'avons pas Internet mais ça ne nous manque pas, l'annexe reste sous les bossoirs et nous végétons comme deux légumes tout l'après-midi…

Le temps reste au beau fixe avec près de 40 degrés au thermomètre et le coucher de soleil fait rougir de plaisir la surface de la baie que seules quelques nageoires de timides dauphins viennent troubler. Le muezzin chante au loin dans la pénombre, nous revoilà en terre d'Islam. Badinguet repart demain à l'aube vers le Nord, vers la mystérieuse Bornéo…

 

 Kalimantan

7-8/09/12

Il est clair que nous n'avons pas récupéré de nos deux nuits de veille mais il faut avancer et Badinguet montre l'exemple en affichant 7,5 nœuds au compteur par 15 nœuds de vent de travers.

Encore une nuit entouré de bateaux de pêche et de remorqueurs qui tractent d'énormes barges surchargées.

Au matin, nous sommes au niveau du premier Waypoint et le fond remonte à 5 mètres pour aller en diminuant pendant 30 milles nautiques, de quoi nous occuper et nous préoccuper aussi ! Il fait une chaleur accablante, 44 degrés sous le cockpit et tout est trempé, l'humidité est omniprésente !

Toujours avec 2 mètres d'eau sous la quille, nous engageons le grand fleuve qui remonte vers Kumaï et nous ne sommes pas les seuls… Bloqués par un remorqueur et sa barge, nous mettons presque 4 heures à 6.5 nœuds pour mouiller enfin en face de Kumaï. La chaleur est terrible et à peine arrivés, un petit bateau à moteur nous rejoint pour vendre son produit…

Il s’agit, bien évidemment, de séjourner dans le parc national de « Tanjung puting » pour y voir des orangs-outans, des gibbons, des nasiques, des crocos et j’en oublie. La jungle occupe toute la rive gauche et la chaleur moite rend inutile les douches froides que nous prenons plusieurs fois par jour.

Le temps reste beau malgré une brume curieuse et quelques nuages menaçants. La visite est prévue pour demain matin. Après avoir comparer, négocier, discuter les tarifs et fait quelques photocopies de nos nouveaux visas, nous optons pour le Klotok de Mister Bail !

Les Klotoks sont des bateaux en bois qui ont très peu de tirant d’eau. Ces embarcations traditionnelles sont bien adaptées pour évoluer dans les petits bras du fleuve qui quadrillent le territoire des grands singes. Pour 215€, nous partirons deux jours, tout compris, nuit à bord, repas, balade dans la jungle et un gars va venir dormir sur Badinguet pour le surveiller…

Nous sommes de retour à bord après un séjour à terre assez court mais très efficace !

 

09/09/12

Réveillés très tôt par le jour, nous sommes encore une fois surpris par le décalage horaire local ! Ici, il fait presque jour avant 5 heures !!!

Nous avons largement le temps de préparer nos sacs et nous trainons jusqu'à 8h pour préparer l'abordage du klotok ! L'origine du nom de ces petits bateaux en bois imputrescible leur vient, bien sûr, du bruit du moteur et le notre en est l'exemple parfait !

Nous basculons sur le Klotok pendant que le gardien de Badinguet s'installe dans le cockpit et c'est parti pour la jungle de Bornéo ! Ca fait un peu plus sérieux que la jungle de Kalimantan, non ???

La rivière qui mène aux différentes étapes du programme de visite n'est pas loin du mouillage et il ne faut que 30 minutes pour engager le cours d'eau tranquille. Pendant près d'une heure, les rives sont assez plates et le klotok  serpente entre de drôles de palmiers qui apprécient d'avoir les racines dans l'eau salée… Notre guide s'appelle Yono et lui aussi aura droit à quelques surnoms en fonction de ce qu'il raconte… D'ailleurs, il nous explique que les orangs-outans raffolent du cœur de ces palmiers d'eau salée et depuis deux heures, ils nous montrent les restes des repas des grands primates !!! Il est bien gentil "Bozo" mais on est venu voir des singes, pas des bouts de racines !!!

Etant donné le coût financier et les récits de nos amis passés avant nous, nous sommes un petit peu exigeants et le début du voyage ne nous extasie pas du tout !

Lentement, la rivière devient moins large, les palmiers laissent place à de grands arbres et nous nous enfonçons au cœur de la jungle…

Nous venons juste d'installer les deux chaises sur le pont avant lorsque "Nono" ralentit le bateau en nous montrant un arbre à 40 mètres. Jamais nous n'aurions imaginé que ces singes étaient si grands… Le grand mâle qui se balance devant nous est bien plus grand que moi et son poids dépasse les 120 kilos assurément…  Totalement indifférent à notre présence, il continue à avaler des kilos de feuillages en faisant trembler les branches et plier les troncs qu'il utilise comme support. Le moteur du Klotok tourne au ralenti mais nos appareils photos fonctionnent à plein régime, incroyable !

Un peu plus loin, les feuillages bougent sans raisons apparente… Le bateau freine comme il peut et un nouveau spectacle s'offre à nous. Un groupe de nasiques est là, à quelques mètres de l'embarcation et le show est impressionnant ! Il y en a partout et le regard passe d'un groupe placide qui nous observe en mangeant, à un grand mâle qui bouscule ses voisins en hurlant. Pour se déplacer ou lorsqu'ils se battent, ils effectuent des sauts incroyables qui sont très difficiles à photographier...

Pour info, les nasiques n'existent qu'à Kalimantan et ils sont pourvus d'un appendice nasal très caractéristique. Les mâles ont un nez tellement long et mou qu'il peut dépasser le menton… Plus il est long et plus ils séduisent les femelles, à bon entendeur ! Rappelez-vous, "Rastapopoulos" dans "Vol 714 pour Sydney" (Tintin).

En tous cas, suite à ces deux arrêts, nous voilà armés pour tenter d'en découvrir par nous même car c'est un peu comme les champignons, quand tu en as vu un, tu en vois pleins ! Les orangs-outans sont les bolets et les nasiques, les chanterelles et je peux vous dire que la cueillette est excellente !

C'est bien simple, zozo ne s'occupe plus de nous, il suffit que je tape du pied sur le pont pour qu'il stoppe le Klotok et qu'on profite de nos cousins. Les orangs-outans sauvages sont très recherchés par les guides et nous avons la chance d'en voir des dizaines évoluer en pleine jungle.

En remontant la rivière, nous changeons d'affluent et après la couleur "café au lait", nous naviguons sur des eaux "cacao" bordées de pandanus et d'arbres tortueux qui s'élèvent haut dans le ciel bleu. La chaleur est omniprésente, sourde, pesante, écrasante et chaque petite risée est appréciée grandement.

Après 4 heures de bateau, le déjeuner est servi et là, sur le pont, à l'abri du toit en bâche du Klotok, Le serveur apporte les nombreux plats sur la table… On croit rêver ! Nous voilà assis, au milieu de la jungle et des animaux les plus mystérieux de la création en train de nous bâfrer de poisson, de beignets de légumes, le tout arrosé d'un blanc australien glacé que nous avions apporté.

En guise de dessert, juste avant d'arriver à destination, un petit crocodile prend la pose en restant en surface, que demander de plus ?

Nous sommes à Camp Leakey, amarré à couple d'un des nombreux klotoks déjà arrivés. Le ciel est menaçant mais le danger vient d'ailleurs… Gavés de fruits et de bambous servis sur des plates-formes isolées, les orangs-outans des camps sont habitués aux touristes mais cela peut jouer des tours…

L'accès au campement se fait par une longue passerelle qui surplombe les berges inondables de la rivière. Si les singes empruntent le même chemin, pas moyen de les éviter ! Je suis devant avec "Yoyo" et après avoir contourné une maman et son petit, la femelle du chef se dirige vers moi en me bloquant le passage… Très rapidement, le guide tente de faire rempart avec son corps mais l'animal sait ce qu'il veut et surtout, il est beaucoup plus puissant qu'un humain… Elle se prénomme Siswi et a la réputation d'être parfois agressive… Bref, le grand singe est accroché à mon short et fouille ma poche dans laquelle se trouvent mes lunettes de vue. Et merde !

Impossible de s'opposer à elle sans risque et j'ai pour consigne de la laisser faire… Alors que mes lunettes sont déjà en sa possession, "Nono" m'abandonne et descend de la passerelle à la recherche d'un bâton, je le sens très mal !

Là, tout seul face à cette femelle dominante, aucune envie de faire le malin et mon machisme en prend un sacré coup !

Notre guide "Zoro" est enfin de retour et brandit son arme improvisée en menaçant l'orang-outan. Siswi pose mes binocles une seconde pour se saisir du bâton au vol et je récupère mon bien en douceur, ouf !

Quelques secondes plus tard, c'est au tour de Pascale de raser la femelle mais le bâton fait son effet, on est passés !

Il y a beaucoup d'Orangs-outans dans les camps, ils sont devenus semi-sauvages à force d'être nourris et entourés de touristes. Chacun a un nom, une famille et même un arbre généalogique exposé dans le centre d'information du camp.

Nous nous retrouvons à une bonne trentaine, au creux de la jungle, devant une plate-forme encombrée de bananes et de lait de coco. Les grands singes se succèdent hiérarchiquement et boulottent les bananes douze par douze en ingurgitant des litres de lait de coco !

Dans chacun des camps que nous verrons, c'est le même scenario, les rangers apportent la nourriture et l'étalent sur les plates-formes pendant que les orangs-outangs les plus impatients descendent de la canopée acrobatiquement.  Les voir se goinfrer n'a rien d'intéressant mais leurs arrivées sont incroyables. Ces animaux, qui dépassent aisément les 100 kilos, passent d'arbres en arbre en utilisant tout un tas de stratagèmes. Le balancement des troncs, l'élasticité des arbustes, la densité et l'épaisseur des matelas de feuillages et enfin, les lianes qu'ils utilisent à merveille pour glisser jusqu'au sol.

Après les affamés, le mâle Alfa se présente à son tour et tout le monde décampe pour lui laisser la place. Il faut dire que son arrivée ne passe pas inaperçue…  Elle est digne de celle de King-Kong ou d'un tyrannosaure Rex ! Les arbustes sont secoués et brisés, les cimes des arbres empruntés vacillent dans de grandes amplitudes, laissant tomber au sol quantité de feuilles et de branchages. Les craquements végétaux sont de plus en plus proches, la forêt souffre et laisse son manteau vert s'écarter pour laisser le passage au roi. Le mâle dominant est désormais visible… Enorme, sûr de lui, près de 3 mètres d'envergure, 140 kilos de muscles et de poils glissent au dessus des touristes, et plus personne ne parle. Beaucoup reculent, inquiets, envoutés par cette imposante présence et ce n'est que lorsqu'il commence à se remplir l'estomac que les langues se délient et les sourires reviennent…

Parfaitement adaptés à leur environnement, les orangs-outans partagent avec les humains près de 97% de leur ADN et quand on voit leur tronche, on imagine sans difficulté où se trouvent les 3% qui différent !

Le ciel se charge de gros nuages noirs et à peine retournés à l'abri du klotok, une forte averse arrose copieusement les 8 bateaux amarrés au petit ponton. Chacun d'eux transporte au minimum un couple mais rarement plus de 4 personnes et tout ce petit monde repart à la queue leu leu sur la rivière brune.

Il est 17h, les ombres s'allongent, la jungle semble se refermer sur le Klotok et au coucher du soleil, Yono et son équipier ralentissent pour amarrer l'embarcation à des racines et des branches. Un grand crocodile glisse lentement sous la surface puis s'enfonce sans un bruit dans les faibles profondeurs de la rivière sombre. Incroyable sensation avec ce mélange de sécurité, de confort et la nature sauvage, inquiétante et envoutante.

Un délicieux repas aux chandelles est servi par "Mia", la cuisinière et ça tombe bien car nous sommes affamés ! Brochettes de crevettes, légumes, riz, poulet et au dessert, mangue au jus de citron vert. Pendant que nous trinquons avec la piquette australienne, tout le monde s'affaire à préparer le couchage.

Sur le pont, à l'abri de la bâche, sont installés : deux matelas bien épais, un drap propre et une moustiquaire carrée qui fait ressembler notre lit à la tente d'un sultan. La chaleur commence à diminuer un peu lorsque nous nous glissons sur notre couchage. Les bruits de la jungle sont omniprésents et après une cacophonie de nasiques, les colonies de cigales baissent d'un ton pour ne laisser d'audibles que les oiseaux et les chasses de poissons.

La table est vite débarrassée, les membres d'équipage ont fini de manger, il est 20h, la nuit est tombée sur la jungle et seul un léger mouvement de roulis nous rappelle que nous sommes sur un bateau.

Pascale et moi restons étendus, silencieux, un gibbon hurle dans la nuit et nous sombrons dans le sommeil très rapidement.

10/09/12

Encore à moitié endormis, des cris furieux nous tirent de nos rêves… Il est 4h30 du matin et la jungle se réveille… Inutile d'espérer dormir plus longtemps, la jungle de Kalimantan est le meilleur réveille-matin de la planète !

De grands oiseaux noir et blanc piaillent bruyamment, les gibbons hurlent et les martins-pêcheurs plongent tout autour du bateau pour le petit déjeuner. Le notre est servi à 6h, toasts grillés, beignets de légumes, omelettes et fruits frais pour accompagner un délicieux thé chaud.

Notre lit est vite défait et une heure plus tard, les draps et les taies sèchent sur le pont. Notre équipe se lave à coups de seau d'eau pendant que nous digérons.

Le moteur du Klotok démarre difficilement, envoyant une épaisse fumée noire dans la nature et le voyage fluvial reprend au ralenti. Pour éviter d'être dans le flux des klotoks, nous avons demandé à partir beaucoup plus tôt que prévu pour profiter de la matinée et du réveil de la nature. A cette heure-ci, les autres bateaux ne sont pas opérationnels et nous avons la jungle pour nous tout seuls.

Les nasiques sont en pleine discussion, quelques orangs-outans sauvages se balancent de lianes en branches à mi chemin entre la grâce, l'agilité et la puissance. Les martins-pêcheurs multicolores font le spectacle sur l'eau et les colonies d'insectes assurent un incroyable grondement en bruit de fond.

Après un excellent déjeuner, nous stoppons dans un nouveau camp où les orangs-outans sont nourris puis le klotok s'arrête le long de la rive pour nous permettre de descendre à terre.

Le village de Sekonyer  n'a rien d'exceptionnel si ce n'est qu'il fut entièrement déplacé lors de la création du parc national de Tunjung puting. Il ne présente absolument aucun intérêt. Les maisons sont alignées le long d'un bras de rivière et d'un chemin cimenté. Pascale et moi sommes très incommodés par la chaleur qui dépasse les 36°C. Un petit magasin de souvenirs termine notre incursion terrestre et il nous reste à poireauter 1 heure avant de pouvoir accéder au dernier camp. Il fait si chaud que nous devons nous concentrer pour ne pas trop bouger, respirer calmement et profiter au maximum des rares brises qui remontent la rivière.

Le dernier camp est, lui aussi accessible via une série de passerelles en bois rouge. Un grand mâle attend ses bananes sous l'écriteau de recommandations et se prête volontiers à sa séance photo quotidienne.

Il faut à nouveau un bon quart d'heure de marche pour arriver à la dernière plate-forme, accompagnés par les mêmes touristes et les mêmes guides qui appellent les grands singes en hurlant…

Les énormes orangs-outangs se succèdent sur la haute table pendant qu'un phacochère et quelques écureuils récupèrent les restes laissés par les primates. Le soleil perce à travers l'épaisse végétation et je me régale en canardant les singes qui font des allers-retours entre la cime des arbres et la réserve de nourriture.

Il faut dire qu'on ne s'ennui pas en observant ces animaux dans leur milieu naturel. Leurs mimiques et leurs comportements sont tellement humains… Ce sont nos cousins, pas de doute là-dessus et les bébés nous ont fait vraiment rire en bravant les interdits des guides comme les petits d'hommes savent le faire. Certaines femelles sont même venues se placer devant nous, barrant le passage, pour nous présenter leur progéniture sous toutes les coutures. Tous ces visages, ces regards, ces clins d'œil, ces grimaces, nous n'oublierons jamais ces moments exceptionnels…

 

Après avoir pris en photo quelques plantes carnivores et des curieuses araignées blanches, nous repartons sur la rivière en avance sur les autres car les nasiques nous attendent et nous adorons observer ces singes qui vivent en groupe le long des cours d'eau.

Le soleil décline, Les batteries sont vides, les cartes mémoires sont pleines et nos yeux sont fatigués d'avoir cherché et vu tant de belles choses…

Des milliers d'hirondelles frôlent la surface pour s'abreuver, le ciel s'embrase et un dugong longe le klotok dans la pénombre. Badinguet nous attend sur le fleuve "Kumaï", son gardien et nous, échangeons nos places, j'ai des milliers de photos à trier !

 

11/09/12

Réveil hyper tôt avec ce soleil qui se lève à des heures inhabituelles pour nous…

Nous louons une mobylette à vitesses pour la journée et en route pour pangkalanbun, la grande ville voisine de 15 kilomètres. Il fait toujours aussi chaud, le deux roues est en piteux état et le système de passage des vitesses sans embrayage me complique sérieusement la conduite.

Arrivés sur place, nous discutons un bon moment avec les vendeurs de pierres semi-précieuses, saphirs, Kecubuns et d'autres noms compliqués. Les pierres locales sont violettes ou brunes et sans intérêt pour nous. Un petit tour au marché du coin et nous finissons notre visite par le palais du sultan.

De retour à Kumaï, nous passons plusieurs heures à tenter de rencontrer un riche propriétaire de "building à hirondelles" mais en vain.

Au cœur de la ville de Kumaï comme aux alentours, des dizaines de hautes constructions cubiques en béton, sans fenêtre viennent gâcher le paysage. Ces immeubles gris atteignent parfois l'équivalent de 8 ou 10 étages. Complètement verrouillés et surveillés par des gardiens, ils sont percés de centaines de petits trous et de gros haut-parleurs équipent les toits. En boucle, toute la journée, ces enceintes crachent dans les airs le son des hirondelles et le bruit est épouvantable. Plus il y a de nids à l'intérieur de l'enceinte, plus le business sera bon ! Les chinois, encore eux, paient très cher les nids de ces petits oiseaux pour en faire de la soupe !!!! Une chose est sûre, ça doit être très rentable car les blocs de béton sont partout et le hurlement des haut-parleurs aussi !

 

Nous finissons l'après midi en cassant la chaine de transmission de la moto et Pascale se brûle sur le pot d'échappement, il est temps qu'on mette les voiles.

Badinguet relève son ancre couverte de vase à 15h et mouille, deux heures plus tard à la sortie du fleuve dans très peu d'eau.

 

NANGKA

12-13/09/12

Encore une navigation avec une nuit en mer très pénible. Peu de profondeur (moins de 10m), des centaines de bateaux de pêche, de remorqueurs et des cargos viennent pourrir nos veilles ensommeillées.

Nous cumulons de plus en plus de fatigue et après avoir jeté l'ancre au Nord-ouest de l'ile de Nangka, nous décidons d'y rester 2 jours pour nous reposer. L'ile est déserte, sauvage, les plages sont magnifiques et plusieurs récifs de coraux nous tendent les bras.

 

14/09/12

Une journée complète à se baigner dans une eau tiède, sous un soleil de plomb. Les plages sont couvertes de coquillages et de corail rouge et entre chaque ramassage, nous nous rafraichissons en piquant une tête.

Nous sommes vraiment très agréablement surpris par cette ile déserte située à quelques heures de Java et de Kalimantan… Jamais, depuis notre arrivée en Indonésie, nous n'avons été seuls. Badinguet est mouillé par 24 mètres de fond, entre deux récifs qui découvrent à marée basse. Devant nous, l'ile de Nangka domine le mouillage de ses deux collines couvertes d'une jungle impénétrable. Plus à l'Ouest, se trouve une petite ile ronde couverte de cocotiers et entourée d'une plage de sable fin. C'est sur cet ilot que nous jouons aux Robinsons…  Quelques tortues plongent à notre arrivée, un prédateur dérange un banc de petites bonites pendant qu'une frégate tourne très haut dans un ciel sans nuage. Une escale à recommander de toute urgence !

 

BELINTUNG

  

15/09/12

9 heures de navigation tranquille, avec juste ce qu'il faut de vent pour nous pousser sans nous secouer…

Nous voilà ancrés à Belintung dans une aire de mouillage très remuée et exposée au clapot d'Est. Deux autres voiliers dansent la Lambada avec nous, ça rassure !

L'annexe est vite à l'eau et Pascale descend à son bord pour placer le moteur hors-bord que je lui descends à la main. Une heure de promenade entre des iles constituées de rochers dont les formes n'ont rien à envier aux Seychelles.

De l'autre côté de la pointe, c'est le calme plat mais les profondeurs interdisent tout mouillage pour un quillard.

Le site est immense, constitué de dizaines d'ilots dont les rochers crèvent la surface limpide formant des empilements spectaculaires et inexplicables. Certains blocs sont grands comme des immeubles, d'autres font penser à des menhirs placés là par une main céleste et le tout forme un ensemble harmonieux et équilibré. De grands arbres apportent quelques touches de rouge au milieu du vert des cocotiers qui bordent l'interminable plage blanc de sable et le décor est posé. Comme si un artiste avait réalisé la disposition parfaite, rien de trop, rien ne manque, tout est beau… Mais…. Le paradis n'existe vraiment pas… L'endroit est fréquenté par les "sun flyes" et 5 minutes de plage ou de balade provoquent 4 jours de démangeaisons insupportables. Jusqu'au sang, nous nous sommes grattés les jours suivants !!!

 

16-17-18/09/12

Nous n'avons plus du tout le temps de lézarder et nous enchainons les navigations avec encore deux nuits de veille au programme… Les mouillages sont souvent rouleurs et nous repartons dans la foulée ou après avoir dormi quelques heures… Une fin d'Indonésie pénible, à courir après le temps que nous avons perdu à Bali en attendant nos passeports…

Il ne reste que 2 heures de moteur pour arriver derrière une petite ile que j'ai repéré sur la carte. Elle devrait nous éviter la petite houle qui nous bouscule depuis plusieurs jours et nous permettre de dormir à plat et à l'abri avant notre dernière étape de demain. Il fait toujours aussi chaud mais nous avons bien avancé et c'en est fini des nuits de veille !!!

Le mouillage est complètement calme, coincé entre plusieurs iles et quelques villages mais ce sont les antennes qui nous intéressent le plus… Nous n'avons pas d'accès Internet depuis plusieurs jours et il nous tarde de donner des nouvelles et mettre le site à jour. Nous sommes donc mouillés juste sous une énorme antenne et ça ne fonctionne toujours pas…

Quelques pêcheurs s'approchent de Badinguet au coucher du soleil et repartent avec quelques bières fraiches, ravis de l'opération.

 

BATAM

19/09/12

Une nuit sans bouger une oreille et sans un moustique, youpi !

La mer est d'huile, le petit déjeuner est déjà en train de côtoyer nos sucs gastriques et le voilier avance sur une surface sans vague, propulsé par le moteur diesel.

Après quelques heures à tenter de trouver un peu de fraicheur à l'ombre d'une voile inutile, nous sommes en vue des piquets d'entrée de la marina de Nongsa point à Batam. Mais la météo n'est absolument pas d'accord pour que nous engagions le chenal et un très gros orage éclate au dessus de Badinguet !

Nous n'y voyons plus à 10 mètres et la pluie martèle le voilier entre deux éclairs… Obligés de jeter l'ancre pour éviter de nous retrouver à la côte, nous patientons en priant pour que l'orage épargne notre électronique de bord… Singapour est la deuxième zone au monde la plus foudroyée après Panama !

La pluie cesse enfin et l'atmosphère redevient respirable. Nous passons les grandes balises et après avoir fait le plein de gasoil a un prix exorbitant (90 centimes d'euro le litre !!), nous récupérons notre place de port pour les deux dernières nuits en Indonésie. Le manager s'appelle Clément, un jeune Français très sympathique et efficace. Nous allons passer notre première nuit au ponton depuis Brisbane, ça s'arrose !!!!

  

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