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INDONESIE

1ère partie

 

21 et 22/06/12

Le soleil se lève une dernière fois sur l'Australie, Badinguet remonte son mouillage. Il n'y a pas de vent, il fait beau, pas un nuage dans le ciel et cela fait presque un mois que ça dure. Badinguet avance lentement au moteur et les voiles font de la figuration pendant 48 heures.

 

23/06/12

Eole se réveille très lentement et au matin, Badinguet est sous genaker et génois tangonnés. Juste après la passage quotidien en rase-motte d'un avion des douanes australiennes, la ligne de pêche s'emballe… depuis deux jours, nous ne pêchons que des algues et je suis très vite en position de combat !

Le poisson ne tire pas vraiment mais les à-coups sont violents, peut être un thazar ?  Et non…. Un requin de 1m30 s'est fait avoir et nous aussi par la même occasion car il va falloir que je récupère mon leurre… La nouvelle gaffe a la pointe émoussée et je n'arrive pas à lui percer le cuir. Ce n'est qu'au bout de 15 bonnes minutes que le crochet se prend dans ses ouïes et que je peux enfin le sortir de l'eau pour décrocher mon hameçon. Le requin est blessé mais il s'en sortira et j'ai récupéré ma ligne de pêche.

Toute la nuit, le vent se renforce et les vagues se creusent en agitant de grandes plaques de plancton luminescent. Génois et GV en ciseaux, nous avalons les milles à 8 nœuds de moyenne lorsque vers 22h, je distingue des feux de navigation au loin… Peu de bateaux naviguent dans ces eaux, il doit s'agir de nos amis…

  

 LE TIMOR

24/06/12

Le soleil se lève, masqué par de gros nuages menaçants, Les feux de navigation des voiliers sont maintenant très proches et nous les contactons par VHF.  Toute la petite troupe est au complet pour l'arrivée à Kupang… Le vent est violent, des rafales à 30 nœuds et des vagues qui dépassent allégrement les 3 mètres.

En deux heures, nous doublons tout le monde et abordons le passage entre le Timor et l'ile Semau. L'accélération du vent est sensible et plus de 35 nœuds nous obligent à réduire rapidement la voilure. Nous sommes désormais au près et remontons la côte sous le vent de l'ile. De nombreuses fermes de poissons et de perles bordent le goulet et la limite des bouées est difficile à distinguer avec le soleil levant… Nous nous écartons nettement de la côte pour éviter une mauvaise rencontre et pouvons enfin aligner un cap sur le mouillage conseillé de Kupang, devant le Teddy's bar !

 

Le vent de Nord-est nous chahute et le mouillage n'est pas du tout protégé des vagues, ça commence bien !

Nous sommes les seuls voiliers, de grandes pirogues en bois et quelques bateaux de pêche traditionnels dansent la gigue avec nous. La côte est bordée de constructions délabrées de 2 étages dont les pans de mur tombent directement dans l'eau.

A 11h50, les muezzins appellent à la prière. De mon côté, je tente d'appeler par VHF "Napa", notre intermédiaire sur place. Nous ne répondons pas à la prière et Napa n'est pas branché… Finalement, nous finissons tous par faire la même chose, DORMIR !!!

Il est 14h30, l'annexe est à l'eau, Pascale et moi partons pour l'inconnue… La pette plage est remplie de déchets et de morceaux de verre, il faut se chausser très vite pour éviter une blessure qui s'infecterait à coup sûr.

Les indonésiens sont nombreux à nous regarder débarquer entre deux vagues… Des sourires, des moqueries, et des regards curieux accompagnent nos efforts pour trainer le dinghy un peu plus haut vers une digue délabrée.

Les 3 jours de navigation n'ont pas du suffire pour laver nos cerveaux car nous prenons une véritable gifle en quittant la plage… Les odeurs, les déchets, les magasins qui vendent de tout, les gens assis dans la rue, les coups de klaxon, les minibus bondés qui se dépassent à toutes vitesse. Les milliers de sourires et de railleries, tant de choses à décrire, quel changement !

Nous marchons sans but un bon moment puis nous faisons demi-tour pour revenir vers la petite plage souillée où nous avons débarqué.

En 1789, le capitaine Bligh a atterri au même endroit à la fin d'un voyage de 3600 milles dans une chaloupe. Il venait des iles Tonga après la mutinerie du H.M.S.  BOUNTY…

Le Teddy's bar ne nous inspire pas mais le troquet d'en face, qui domine le mouillage a l'air très sympa et nous y pénétrons. Les prix pratiqués défient toutes concurrence et le repas coute moins de 3€, j'ai l'impression que Pascale va beaucoup moins faire la cuisine dans le coin…

Depuis que nous avons mis pied à terre, les Indonésiens nous sollicitent énormément, taxi, vendeurs, guides locaux et je récupère assez vite le reflexe de les évincer avec un sourire…

Un homme en mobylette fait irruption dans le bar et nous interpelle en nous montrant son insigne… Encore un qui me casse les pieds et je lui explique gentiment que je n'ai pas besoin de ses services… S'en suit une énorme engueulade entre le patron du bar et cet homme. Pascale et moi ne comprenons pas grand-chose aux raisons de la dispute mais ça chauffe grave… Comme habitude, dans ces pays, unes foule de gens se rapproche et l'un d'entre eux m'explique que le motocycliste est l'officier de la quarantaine… Je m'approche, n'y croyant pas, et le type me tend des papiers sur lesquels, je lis en biais le nom d'ULTREÏA !!! OUPS !

Nous sommes donc obligés de sortir du bar et un homme, resté en retrait jusque là, se rapproche de moi, le visage fermé. C'est Napa ! Il m'isole de la foule et me parle tout bas. Il faut que j'aille chercher les autres équipages et qu'on commence les formalités… Pascale reste à terre et je retourne sur le plan d'eau agité chercher les amis plus en moins endormis…

1/4h plus tard, nous sommes tous à terre, attroupés autour d'un muret en bêton défoncé. L'officier de la quarantaine nous fait signer des liasses de paperasses écrites en indonésien en laissant les cases vierges… A priori, nous signons les documents qui attestent que ce fonctionnaire à vérifier nos voiliers et qu'ils sont en excellent état !

Un petit passage au distributeur de billets de banque, histoire de tirer 3 millions de roupies (300€) et l'officier nous soulage immédiatement de 600 000 roupies, soit 60€…

Napa reste un bon moment avec nous pour nous expliquer la suite des démarches et tout ce petit monde se retrouve autour d'une bière "Bintang". Nous choquons les godets et retour à bord pour une vingtaine de minutes car Napa veut nous voir à 17h sans témoin…

François de Yovo et moi retrouvons Napa sur le quai. L'annexe empiète légèrement sur le terrain de foot que représente la plage à marée basse et quelques jeunes sportifs viennent nous aider à la plaquer contre la digue en ruine. Je mets le cadenas pour plus de sécurité et nous retrouvons notre agent.

La nuit tombe et la ville s'anime de plus en plus, les minibus déchargent leurs passagers et le chassé-croisé des voyageurs s'effectue courtoisement malgré  l'empressement des chauffeurs et les appels de leurs rabatteurs…

Napa marche devant nous, dans la pénombre. Plus loin, la rue principale est bloquée par des pneus et notre guide nous explique le fonctionnement du marché de nuit. Il débute à 17h et se termine à 23h, des tables et des chaises sont installées partout sur la chaussée pendant que les cuisiniers font chauffer l'huile noire pour frire le riz. François et moi regrettons de n'être que tous les deux à profiter du spectacle, nous reviendrons demain.

Installés à la table d'un autre bar, le "Lavalon", Napa nous explique comment se déroulera la suite des événements...

Une autre bière "Bintang" atterrit sur la table, les bateaux de pêche s'éloignent de la côte sous le soleil couchant. Ils sont des dizaines à se placer au large de Kupang. Formant un chapelet de lumières très denses, ils passent la nuit à pêcher aux lamparos.

Le verre à la main, je me demande s'il serait possible de traverser cette flottille de nuit sans accident...  C'est dans un état de légère euphorie que nous rejoignons l'annexe dans le noir. 

La marée est basse et les morceaux de verre menacent nos plantes de pieds pendant que je cherche les clés du cadenas… Elles ne sont pas dans mon sac, Saperlipopette !!!

Pensant les avoir perdues, François et moi les cherchons dans le noir, aucun moyen de prévenir nos amis que nous sommes coincés à terre… Pas de VHF, ni lumière, ni téléphone, rien ! 

Il reste deux solutions, trouver un moyen d'aller à bord ou aller se taper des bières toutes la nuit… Une longue pirogue approche, j'appelle le pêcheur… Je le distingue à peine dans la pénombre mais je discerne les dents blanches qu'ils découvrent dans un large sourire, c'est gagné !

La pirogue fait 15 mètres de long et la stabilité est terriblement précaire… Tu fais 20 cm d'un côté ou de l'autre et la gite prend 45°, je n'ose même pas bouger un orteil. Il pilote adroitement son engin et me place à couple de Badinguet, les clés étaient à bord, je les avais oublié en partant, Trop Nul !

Une heure, plus tard, nous sommes tous sur nos bateaux, le ventre plein et les couchettes nous tendent les bras pour une vraie nuit de repos. Le vent est tombé, la mer est devenue calme et nous tombons de fatigue…

 

25/06/12

La mosquée la plus proche est située à 200 mètres du mouillage, sur la petite falaise et c'est à 4h30 du matin que les puissants haut-parleurs nous réveillent… Pendant plus d'une demi-heure, avec sa voix de baryton, le muezzin achève notre nuit à coup de décibels.

La VHF grésille à 7h30, Napa m'appelle définitivement "Captain Nico" et il nous fixe le rendez-vous avec les douanes.

7 navigateurs dans un taxi et je termine comme passager sur le scooter de Napa, peut être parce que je suis le plus gros ?

La route jusqu'à Tenau suit le bord de mer et nous avons une première vision de ce qu'est l'Indonésie rurale. Personnellement, j'ai une première vision d'une mort brutale par accident de la route !!! Des hordes de scooters et de mobylettes, parfois à 5 de front se disputent la chaussée pendant que les camions saturent l'air chaud de gaz d'échappement. Les plus dangereux sont les taxis collectifs (ou Bémos), musique à fond, portes ouvertes, ils sont capables de traverser la route au moindre signe des clients.

La ruche de Kupang est derrière nous et la route devient moins chargée. Je ne stresse plus et je découvre le paysage en évitant d'ouvrir la bouche de peur d'avaler un insecte indonésien !!! Il ya beaucoup trop d'insecte pour prendre ce risque… Des huttes en branchages, des enclos de fortune où s'entassent chèvres et poules. Des enfants, nus qui jouent avec des bâtons pendant que les singes trient les innombrables déchets qui s'accumulent le long des chaussées.

Le bâtiment des douanes est un immeuble vieillissant. Nous sommes conviés dans une salle du premier étage. L'intérieur est très dépouillé, espérons que nous ne le serons pas tout à l'heure… 

Tout le monde est courtois, nous sommes présentés à toute la hiérarchie des "Customs" et nous serrons des dizaines de mains…

Une heure plus tard, nous sommes sur le parking des douanes, sans aucun document officiel. Napa a tout conservé car il ne s'agissait que de présentations mondaines, les formalités auront lieu plus tard !!!

De retour en ville, nous achetons une carte Sim pour notre téléphone (6 €) et commençons à nous familiariser avec les prix… Un repas copieux à base de nouilles ou de riz frit coûte 1€, une bière Bintang de 1 litre coute 2.8€, un taxi collectif, appelé "Bémo" coûte 2000 roupies soit 18 cents !!! Inutile d'user les semelles de nos godasses ! Nous sommes grandement aidés par Nath et Hans Peter de "Nathapé" qui sont passés là l'an dernier. Ils répondent à nos mails ou SMS dans l'heure et s'ils n'existaient pas, et beh, il faudrait les inventer !! Bisous les amis !

Une rapide visite du grand marché, situé à l'Est de Kupang et nous revenons au bar "Lavalon" pour retrouver Napa qui nous rend les passeports tamponnés. Nous sommes toujours en attente de la clearance d'entrée des douanes et les choses n'avancent pas vite…

Pascale m'accompagne en annexe pour aller voir les bateaux de pêche dans la baie de Tenau. Les pêcheurs se préparent pour leur nuit de travail sous le soleil couchant et nous faisons de belles photos en évitant de prendre l'hélice dans un des innombrables sacs en plastique qui dérivent entre deux eaux.

Nous finissons la journée en dinant avec Ultreïa au marché de nuit. La chaussée est fermée à la circulation et des dizaines de tables sont dressées pour recevoir les clients. Quelques roulottes fumantes font office de cuisines ambulantes et dans de grands woks, grillent les poissons, le riz et les nouilles.

Attablés devant une belle assiette de nouilles grillées, une bière "Bintang" à la main, nous évoquons nos première sensations asiatiques, quel dépaysement !

Il fait nuit noire lorsque nous quittons nos sièges, la route est bordée par des milliers de motocyclettes rangées en bataille. Il y en a à perte de vue et les gardiens de ces parkings temporaires soufflent dans des sifflets pour avertir qu'une place se libère !

Tous les magasins sont ouverts jusqu'à 20h et nous suivons leurs lumières criardes pour retrouver l'annexe sur la petite plage du centre de Kupang.

 

26/06/12

Nous quittons le bord vers 9h en direction d'un autre marché, plus au Nord. En chemin, nous prenons quelques photos d'une fontaine avec un réservoir. Quelques femmes lavent leur linge pendant que leurs enfants se baignent et sautent dans l'eau sale de lavage. Plus loin, le marché débute, plus étriqué, que celui d'hier… Nous sommes surpris par le nombre de femmes voilées mais c'est surtout la saleté qui nous interpelle.

Des allées souillées par les épluchures, les sacs plastiques et les excréments des animaux errants. Des tas d'immondices sur lesquels défèquent quelques cochons en liberté surveillée.

A deux pas du marché se trouve le port de pêche avec ces pirogues colorées, taillées dans le bois. Ce serait magnifique s'il n'y avait pas cette incroyable couche de plastiques qui surnage dans une eau noire et nauséabonde.

En comparaison, le Sénégal fait office de bon élève… Nous avons même surpris un gars a qui nous avions donné un sac poubelle, le balancer sur la plage 5 minutes plus tard… Toutes les rivières qui traversent Kupang sont remplies de déchets, certains amas font plusieurs mètres d'épaisseur.

Il semble clair que la prise de conscience n'est pas à l'ordre du jour, que de chemin à parcourir pour changer ces comportements…

Isabelle aurait fort à faire avec ces pays confrontés à la surpopulation et incapables de mener une politique de gestion de déchets. Les priorités sont ailleurs, ça nous pouvons le comprendre mais vivre au quotidien dans une telle saleté reste incompréhensible pour nous…

Une fois de plus, nous nous retrouvons tous au bar Lavalon pour déjeuner et un technicien vient nous débloquer nos modems australiens USB Wifi pour 18€.

De retour au bateau, impossible de se connecter tellement le débit est faible, il faudra trouver une autre astuce pour accéder à Internet…

27/06/12

Nous commençons à nous habituer aux prières matinales, les nuits sont calmes et le vent ne se lève que quelques heures dans la journée.

Les prix sont tellement bas que Pascale et moi faisons quelques courses… Un tampon encreur "Badinguet", des chaussures neuves, des spatules en alu et des petits oignons rouges… Systématiquement, il faut recompter et réclamer le billet manquant aux bémos mais ce n'est rien comparé à Ultreïa... Ils se sont fait voler leur carte de crédit qui était dans une poche de short fermée avec un zip !!! Et ils ont même refermé la poche ! Un complice qui détourne l'attention et l'autre qui bouscule et s'agite à leurs côtés...

Napa reste englué dans nos paperasses et il faut patienter…

A 17h, coup de téléphone, les douanes arrivent et il faut aller les chercher en annexe !

J'embarque Napa et un officier qui sautent acrobatiquement du petit quai et nous voilà partis en direction de Bepci… Une petite photo du nom du voilier, deux formulaires à signer, 3 questions "avez-vous des armes à feu", "de la drogue" et "combien de bouteilles d'alcool ?"

A priori, Gérard a répondu juste au trois questions posées et nous passons à "Yovo".

En chemin, le douanier me demande :

            -           Le douanier : Et toi, tu as de l'alcool à bord ?

            -           Moi : Heu, oui, j'ai 4 bouteilles de vin et 5 bouteilles de liqueur entamées (En fait, nous avons 60 bouteilles de vin, entre autres !)

            -           Le douanier (déçu) : Oh, ça ne fait pas beaucoup !!!

            -           Moi (ravi) : Mais il y en a une de côté pour vous, si vous voulez…

Un sourire jusqu'aux oreilles, le douanier me prend la main et la serre fortement… C'est gagné, les formalités vont devenir beaucoup plus simples !

Tout le monde a signé et l'officier termine sa visite par Badinguet où il boit une petite bière fraiche et récupère son "cadeau". Très heureux et fier de se retrouver sur nos navires, il n'en laisse rien paraitre lorsqu'il demande à se faire photographier en ma compagnie… La nuit gagne du terrain et il est temps de raccompagner nos invités à terre… 

 

28 et 29/06/12

Réveil à 4h du matin car la journée va être longue. Nous partons pour "Böti Village", un village animiste perdu au cœur du Timor. Pour ce faire, nous avons loué les services d'un guide et deux voitures spacieuses car les routes sont extrêmement dangereuses… Cette communauté d'un autre temps s'est isolée à 170 kms de Kupang  et le trajet dure 5 heures !!!

Nous sommes tous cramponnés à nos sièges en priant que les ceintures de sécurité nous épargnent une mort atroce au fond d'un ravin ou sous un camion… Je ne sais pas par où commencer tellement la liste est longue…

            - La route est complètement défoncée et trop étroite pour faire passer deux camionnettes de front.

            - Des enfants, certains très jeunes, marchent sans regarder sur les bas côtés ou sur le bitume.

            - Des chiens, des chèvres, des vaches traversent sans arrêt.

            - Les côtés de la route sont parsemés de tas de cailloux, de sable, de graviers. Ils empiètent sur la chaussée et certains dépassent la moitié de la largeur de la voie.

            - On double après avoir klaxonné 10 fois et serré de très près le véhicule qui gène. Certains doublent en 3ème, ou en 4ème position et très souvent, sans aucune visibilité !!!

            - Le trafic est dense et les gens roulent très souvent sur la voie d'en face pour se rabattre au dernier moment.

            - Les gens mangent, fument et téléphonent au volant.

            - Les rétroviseurs (lorsqu'il y en a) sont tellement couverts d'autocollants qu'ils sont inutilisables.

            - dans les taxis collectifs, la musique est si forte que les verres de mes lunettes sont entrés en vibrations !

            - Le port du casque n'est pas du tout respecté et les mobylettes atteignent facilement les 100 km/h…

Bon, tout ça pour dire que le chauffeur s'en est très bien sorti et que le taux de mortalité sur la route doit être redoutable...

Le village est isolé par une succession de portails en bois que des enfants nous ouvrent en souriant. La communauté s'auto-suffit complètement sauf pour le sel et je ne sais plus trop quoi.

Nous sommes présentés au roi et à sa cour dés notre arrivée et notre guide lui offre les noix de Bethel qu'il a acheté pour nous. Nous serrons les mains des membres de la famille royale et de la petite cour qui entoure le souverain…

 

Le roi siège sur un trône et préside les différents entre les membres de la communauté. Leur semaine compte 9 jours et tout est extrêmement bien structuré. 350 personnes pour 77 familles vivent dans ce petit royaume qui a très bien compris l'intérêt qu'il pouvait tirer du tourisme…

Nous assistons à 2 danses qui illustrent les guerres du passé. Les hommes ramenaient les tètes et les scalps de leurs ennemies en lançant des cris très aigus. D'ailleurs, le physique des membres de la communauté est très particulier et pour plusieurs sujets dont le roi, nous nous sommes demandé de quel sexe ils étaient vraiment… Comme ils mâchent du Bethel toute la journée, leurs lèvres et leurs dents sont complètement rouges, bref, j'ai l'impression d'être dans un village de vampires qui attendent patiemment que les visiteurs s'endorment pour les vider de leur sang…

Tout ça nous parait très "organisé", "aseptisé" et jamais nous n'aurons un accès à leurs activités "en live". Tout est présenté sous forme d'ateliers réservés aux visiteurs… Le repas traditionnel auquel nous sommes conviés est lui aussi, assez décevant, franchement insipide et même dégueu ! J'ai du tomber sur un morceau de rein de poulet et ça m'a calmé pour un bon moment ! Nous avons vraiment l'impression d'avoir été "parqués", de n'avoir rien partagé avec eux et c'est très frustrés que nous quittons Boti Village…

Une petite accolade au roi et sa smala et c'est reparti pour 5h30 de torture routière…

 

 30/06/12

Elle a connu le vrai "Badinguet", l'âne de son grand père, "le timonier".

Elle était la marraine, le cœur, l'âme de notre Badinguet…  Et son petit cœur, rempli de tendresse s'est arrêté de battre. Mamie s'est éteinte comme une petite chandelle qu'on souffle… une belle âme s'est envolée…

Bon vent Mamie, que ta navigation soit paisible et douce. Badinguet va continuer à voguer sur les mers et portera ta douce mémoire au-delà des mers…

 

L'ancre est levée en compagnie d'Ultreïa et Yovo vers 7h. Le soleil réchauffe doucement le voile de pollution qui chapeaute Kupang. Nous faisons un petit détour pour prendre en photos les grands radeaux en bois disséminés dans la baie. Les gens y vivent à l'année et pêchent chaque nuit à l'aide de filets circulaires qu'ils immergent autour de leur curieuse embarcation immobile.

Les 3 voiliers se suivent aux grés d'un vent capricieux, alternant le moteur et les voiles. Le mouillage du soir est un peu agité mais la soirée à bord de Badinguet l'est encore plus !!!

Encore un bon moment partagé avec nos amis et de belles discussions dont Mamie est le centre d'intérêt.

 

01/07/12

Yovo et Badinguet mettent près de 10 minutes à se débarrasser des gros blocs de corail que le mouillage à arraché du fond et c'est le départ vers le Nord.

Pas ou peu de vent, en tous cas, pas assez pour se passer du gasoil…

Nous continuons à longer la côte Nord du Timor et le spectacle est au rendez-vous. De belles montagnes au relief torturé forment l'arrière plan de longues plages bordées de cocotiers et de quelques villages de huttes.

Le Timor oriental possède une grande enclave sur la côte Nord et les villages nous semblent beaucoup plus authentiques. Sur les collines qui dominent, nous apercevons de grandes statues à échelle humaine posées dans la verdure, semblant prier devant des mausolées surmontés de croix chrétiennes.

 

Le courant contraire vient freiner un peu plus notre laborieuse progression mais nous ne sommes pas pressés et nous faisons de belles photos de cette côte spectaculaire.

Juste avant le coucher du soleil, nous admirons l'archipel de Nusa Tengara, dont les hautes iles sont visibles à plus de 140 kilomètres.

A force de prendre notre temps, nous finissons par mouiller en catastrophe dans le noir… j'ai lâché l'ancre dans 17 mètres et en reculant, je suis à 2m50… Pour Yovo, c'est l'inverse, ils ont mouillé dans 6 mètres et se retrouvent avec 34 mètres sous la quille… pour vous donner une idée, on pourrait imaginer planter son ancre sur le toit d'un immeuble de 8 étages et faire glisser la chaine le long des façades en les entourant…

Le vent se lève en début de nuit et il y a maintenant 25 nœuds qui mettent sous contrainte notre mouillage incertain… Je mets en route l'alarme de mouillage et au lit !

 

 

 

 

 

 ALOR

 

 

 

02/07/12

Réveil à 4h30 car l'alarme s'est déclenchée… je vérifie la vitesse de déplacement du bateau et… tout va bien… j'avais sélectionné un évitement un peu juste car nous sommes très près de la plage et le bateau s'est complètement retourné avec ce vent violent…

Il fait déjà clair à 5h30 et les trois voiliers lèvent l'ancre en direction du Nord, vers l'ile d'Alor.

A 7 nœuds de moyenne, nous parcourons les 3/4 du trajet lorsque le vent tombe complètement et le moteur reprend du service…

Nous avons repéré un mouillage entre l'ile de la petite Kepa et Alor mais rien n'est garanti… Le courant est contre nous et plus de 4 nœuds réduisent notre vitesse à une peau de chagrin… Toutes voiles dehors, moteur à 2400 tr/min, nous dépassons rarement les 2.5 nœuds, quelle galère…

Les volcans nous entourent de toutes parts et certains crachent des volutes de fumée blanche, histoire de concurrencer les très rares nuages dans le ciel d'azur…

Trois heures à lutter contre le courant qui atteint maintenant les 5 nœuds. Nous longeons le grand volcan au plus près de la côte et le choix semble bon car nous récupérons un peu de vitesse… Mais c'est reculer pour mieux sauter car il va falloir traverser le goulet et au milieu du flux, de grands tourbillons marquent les passages les plus dangereux.

Le moteur est maintenant à 2600 tr/min et il va falloir pénétrer dans une zone de turbulences. Devant nous, un véritable torrent d'eau glisse sur la surface, peut être à 10 nœuds… Badinguet rentre dedans, bille en tête, et immédiatement, le bateau est emporté en tournant brutalement à plus de 90°… Il en faut bien plus pour mettre en péril un voilier de la taille du notre mais le phénomène est vraiment énorme !

A force d'avancer en crabe, nous finissons par engager le goulet entre les iles de "la petite Kepa" et "d'Alor". A nouveau 4 nœuds de courant contraire et les 2 tentatives de mouillage par 22 mètres de fond se soldent par des dérapages interminables… Le jour commence à baisser, il faut prendre une décision rapidement… j'annonce à Yovo et Ultreïa à la VHF que nous filons vers Kalabahi pour trouver un mouillage serein.

La course contre la montre est lancée, il faut à tout prix arriver avant la nuit. Le profond fjord est rempli d'obstacles en tous genres, de grandes structures en bois, des bidons, des barques de pêche, des déchets, des troncs d'arbres, des dauphins et même des baleines…

Nous dépassons le port de commerce, incroyable cité aux maisons basses, grouillante d'activité. Le soleil se couche sur Kalabahi et nous mouillons un peu plus loin dans 13 mètres de fond, entre des pirogues et quelques bouées.

Et nous qui trouvions Kupang sale…. La plage vaseuse sur laquelle gisent des dizaines de bateaux échoués, disparait lentement dans la pénombre. C'est le calme plat, pas une ride autour de l'ile d'Alor.

 

03/07/12

4 heures du matin, deux muezzins se disputent la vedette et surtout le privilège de nous réveiller… Ils ont gagné à égalité, Ras le bol !

Je suis encore à moitié dans le coltard lorsqu'on frappe à la coque !!! Pascale gère le visiteur facilement… Il est dans une petite pirogue taillée dans un tronc d'arbre, entouré d'enfants et Pascale est à 2m50 au dessus de la petite armada.

Il s'appelle Armat et se dit guide pour touristes flottants en mal de visite terrestre… Ca nous intéresse et nous avons rendez-vous à terre à 10h pour en discuter.

L'annexe est amarrée sur les restes d'un petit muret en pierre qui sert de digue contre la montée des eaux. Les déchets sont omniprésents, la saleté invraisemblable. Les habitants se préservent un petit coin propre pour faire un feu et cuisiner. Ils balancent tous leur déchets plus loin et souvent dans la mer… De toute façon, c'est là qu'ils termineront avec les eaux de ruissèlement, tôt ou tard…

La négociation avec Armat est serrée car nous ne voulons pas nous faire avoir comme pour la visite de Böti… Une heure de palabres, de rires et le programme est fixé avec quelques extras… nous pourrons profiter de sa voiture pour aller chercher du gasoil à la pompe cet après-midi. Pour le moment, nous marchons jusqu'au centre ville…

Les trottoirs sont complètements défoncés, laissant béants de grands trous remplis de déchets plastiques. Les vendeuses aux vêtements multicolores étalent leurs légumes sur les bas côtés, tout est couvert de poussière et de crasse. Les poissons qui ne sont pas vendus rapidement, durcissent sous le soleil brûlant et les odeurs de pourritures accompagnent les dizaines de jeunes curieux qui s'agglutinent autour de nous en permanence. Une fois de plus, nous sommes consternés par l'étendue des dégâts en matière d'écologie…

Lorsque nous rejoignons Armat sur la plage immonde qui borde la côte, celui-ci nous explique qu'il va s'occuper du gasoil de son côté et qu'il coûte 9000 roupies le litre. Nous savons pertinemment qu'à la station service, un litre de diesel vaut moitié moins soit 40 centimes d'Euro… Il cherche à nous arnaquer en justifiant des taxes pour les touristes… 

Je commence à en avoir un peu assez d'être obligé de tout surveiller tout le temps et d'être vigilant en permanence pour éviter d'être volé !!! Une minute d'inattention et hop, on se fait rouler dans la farine… Je prends entre 4 yeux Armat et je commence à bien lui expliquer comment je m'appelle… 

Sur la défensive, il me répond que le gars sur la plage qui était avec lui tout à l'heure est un policier qui vérifie que tout est en ordre… Certainement un énième mensonge mais je sens qu'il est de plus en plus conscient que nous ne nous laisserons pas faire. Le voilà obligé de réserver un bémo juste pour nous et 11 bidons de gasoil et tout rentre dans l'ordre…

Nous passons les 2 heures suivantes à compléter le réservoir, nettoyer l'annexe, le pont du bateau, nos godasses et nos chevilles… Tout est noir de crasse !

Ce peuple est infiniment trop nombreux pour que nous puissions être discrets. Nous aimerions être invisibles, isolés de cette fourmilière mais il faut répondre à chaque fois aux "Hello Mister", et il faut serrer ces centaines de mains tendues et répondre par des sourires…

C'est la première fois que le voilier représente un tel refuge, notre maison, le calme, l'isolement, la propreté, la paix… Chaque soir, nous nous effondrons de fatigue pour des nuits étouffantes, sans le moindre souffle d'air…

 

06/07/12

Nous avons un minibus rien que pour nous et nous débutons la visite par le village de Takapala. Des huttes de bambou construites sur trois niveaux, une petite place où ont lieux les sacrifices. La terre et certaines pierres plates sont saturées de sang, témoignage de l'agonie des malheureuses victimes. Certaines huttes renferment les fameux et très secrets "Mokos", tambours en bronze ancestraux qui servent de dote et à déterminer le statut des heureux propriétaires.

Nous déjeunons dans un petit boui-boui de nouilles et de légumes et le bus nous dépose dans un autre village, sur la côte Ouest. 

Nous sommes à nouveau présentés au chef de la communauté et une nouvelle fois, il fait la gueule… Il est coiffé d'une casquette de la cavalerie nordiste et n'esquisse pas l'ombre d'un sourire ni un "bienvenue" lorsque notre guide lui donne 50 000 roupies de notre part…

C'est le seul endroit où nous pourrons voir un tambour sacré en bronze. Celui qu'on nous présente est noir de crasse et plein de toiles d'araignées. Les mokos sont transmis de génération en génération et servent rarement d'instruments de musique, ce qui nous semble évident vu le son de "casseroles" qu'ils émettent lorsqu'on tape dessus !

 

Nous quittons avec plaisir ce crétin de lieutenant Blueberry pour rejoindre le beau village de Lakatuil. Ce village très décoré est perché sur un éperon rocheux à 500 mètres au dessus du bras de mer que nous avons emprunté la veille. La marche d'accès est vraiment accidentée et Pascale apprécie grandement l'aide du jeune indonésien qui nous accompagne. Nous sommes conviés au thé, au café et à un bon nombre de serrages de mains et c'est le retour dans le petit bus pour aborder la terrible descente sur une route qui n'en a que le nom…

Nous sommes ravis de notre journée et encore plus de retrouver les bateaux…

 

05/07/12

Réveillés par les mosquées, puis par les chants des coqs et enfin par les enfants en pirogues accrochés aux filières, nous émergeons à 7h d'un coma poisseux de transpiration. Un bon petit déjeuner avec des brioches fraiches et nous sommes sur le pont pour changer l'hélice du moteur hors-bord… Elle n'a pas du tout apprécié la rencontre avec des sacs plastiques hier… Les déchets finissent par couter très cher !

Une journée tranquille à préparer la navigation de demain et faire quelques courses en ville. Nous y retrouvons Siti, une jeune fille que Nath et Hans Peter de "Nathapé" aident financièrement pour ses études d'anglais. Nous partageons un petit moment avec elle et rejoignons le bord avec soulagement.

Nous passons le reste de l'après-midi à utiliser les unités qu'il nous reste sur l'iridium en téléphonant à la famille Ce moyen de communication par satellite n'est plus nécessaire pour le moment car les navigations sont courtes et nous avons Internet quasiment partout…

 

 PANDAR

06/07/12

Depuis notre arrivée à Alor, les nuits sont très calmes et un vent de 20 nœuds se lève quelques heures dans la journée en provenance de l'Ouest, juste pour nous chahuter lorsqu'on veut aller à terre… Nous quittons le mouillage tôt ce matin avant que cette forte brise thermique ne se réveille…

Badinguet négocie la traversée d'un groupe de 70 pirogues en fonçant tout droit et les pécheurs nous regardent passer au beau milieu de la flottille en faisant  de grands signes amicaux.

Le courant dans le détroit est violent et nous n'avons pas lu correctement le guide nautique !!! On le saura pour la prochaine fois !

6 heures de navigation casse-pied plus tard, nous mouillons à Baranosa sur l'ile de Pandar. Le grand volcan gunung sirung est en éruption depuis le 12 mai dernier et une grande colonne de fumée s'étend bien au dessus de la petite ville.

A terre, il n'y a pas de voiture, juste quelques petits camions et des dizaines de mobylettes… Pour qu'il y ait des voitures, il faudrait des routes et il n'y en a pas !!! Nous finissons par trouver quelqu'un qui parle un peu anglais et nous devinons plus que nous ne comprenons, que le volcan est trop dangereux en ce moment pour s'y aventurer… Déçus, nous retournons à bord pour décider de la suite du programme…

Pascale cuisine un gratin d'aubergines et il termine dans les eaux boueuses de Pandar… J'AIME PO LES AUBERGINES ! Une journée très moyenne…

 

 LEMBATA

07/07/12

Je viens de croiser Maël sur facebook, il part à une soirée à Santiago du Chili et nous commençons notre petit déjeuner…  Sacré coup de chance d'être connectés en même temps, la journée va être bonne à défaut de la nuit ! Nous avons été réveillé plusieurs fois par des odeurs épouvantables de souffre et depuis 5h, je suis sérieusement dérangé par une courante qui provoque les mêmes désagréments que le volcan !!! Bref, les odeurs dans le bateau, BONJOUR !!!

Le mouillage est très calme et un pêcheur vient nous proposer un beau crabe de mangrove pour 20 000 roupies soit 1.8€, un peu cher et il manque une pince.

A 8h, nous sommes tous partis pour l'ile suivante, Lembata.

Encore une fois une navigation en dents de scie, beaucoup de moteur et le reste du temps, sous l'influence d'un vent très instable et capricieux !

Nous engageons le goulet de Lemborin à 14h, les récifs sont très visibles et la profonde passe est facile à négocier. Badinguet mouille dans 22 mètres d'eau, sur un fond de bonne tenue. L'endroit ressemble à un trou à cyclone car nous sommes protégés de tous vents… Sauf des cris des d'enfants qui hurlent sur la rive des "Hello mister" entre deux éclats de rire, génial !

Quelques pirogues approchent et les enfants qui pagaient nous accueillent avec de grands sourires lorsque l'un d'eux nous montre les petites tortues qui s'agitent désespérément dans leur embarcation…

Pendant près de 10 minutes, nous tentons d'acheter les pauvres animaux pour les relâcher mais en vain… la soupe sera bonne !!!

Ultreïa et Yovo arrivent une heure plus tard et nous emmenons Geneviève et François à terre. Au départ, l'objectif était de prendre une photo de ce mouillage exceptionnel mais la balade s'est très vite transformée en une parade très agitée et très remarquée… Des dizaines d'enfants déchainés, quasi hystériques représentent le gros du cortège, ils crient si fort qu'ils alertent tous les habitants et chacun veut voir et dire bonjour aux étrangers. On se comprend à peine mais tous le monde est profondément heureux de nous rencontrer et de nous serrer la main. Les enfants, hilares, courent dans tous les sens et répètent maladroitement tout ce que nous racontons en français. L'ambiance est extraordinaire et nous finissons par accepter une tasse de thé dans une case couverte d'une tôle ondulée. Il y a là 30 enfants et plusieurs familles très honorées de notre présence. Le thé, toujours très sucré, est délicieux et on peut lire dans leur regard, le profond bonheur qu'ils ressentent en nous accueillant chez eux…

Très reconnaissants et émus par tant de bonté, de simplicité et de sourires, nous les quittons à regret lorsqu'un rat de bonne taille traverse la petite pièce. Toutes les maisons en bambou sont construites sur pilotis et des passerelles, faites du même bois, permettent aux habitants de rejoindre la terre ferme. En les empruntant, je prends conscience de l'écart de poids qui existe entre un frêle indonésien et ma robuste personne !!! Nous cherchons des appuis les plus larges possibles. Les grandes tiges de bambou ont l'air solides mais les plaintes et autres grincements que nous entendons nous font froid dans le dos… C'est très prudemment que nous progressons sur ces passerelles qui courent au dessus d'une eau noire et poisseuse. 

La horde d'enfants est omniprésente et lorsque Geneviève et François décident d'acheter des bonbons, c'est carrément la révolution ! Un petit singe, accroché dans un arbre roule des yeux apeurés et nous repartons sur les petites allées de ce village sorti tout droit d'un autre temps, d'un autre peuple, d'une autre vie…

En repartant de Lemborin, les enfants se regroupent et hurlent nos noms de la rive, ils courent de maisons en maisons, sautent de passerelles en barques pour continuer à agiter ces flopées de petits bras et de beaux sourires… nous sommes vraiment touchés par cet accueil invraisemblable et nous n'oublierons jamais ce petit village de Lembata en Indonésie.

 

 ADUNARA

08/07/12

Inutile de se lever aux aurores, les navigations sont courtes, on peut faire la grasse mat !!! Mais voilà, il y a les enfants en pirogues et il n'y a rien de tel pour vous réveiller !!! Des dizaines de gamins, à 4 par pirogues, s'accrochent aux filières avec des "Hello Mister" et des sourires jusqu'aux oreilles !

Nous quittons à regrets ce merveilleux village qui n'a pas du voir beaucoup de touristes…

Le grand volcan "lewotolo" domine la côte sans partage et les rares nuages qui s'accrochent à ses flancs se mêlent au panache de fumée qui s'échappe du cratère.  

Le panorama est absolument incroyable, Badinguet glisse doucement sous le vent de ce monstre gigantesque. Le vent est faible mais qu'importe, nous nous en mettons plein la vue juste pour le plaisir…

Après avoir engagé un chenal délimité par plusieurs récifs bien visibles, nous jetons l'ancre dans 20 mètres d'eau, à l'Est de l'ile Adunara. Le site est exceptionnel, un mouillage coincé entre un récif turquoise, un confetti de sable blanc qui ne découvre qu'a mi-marée et des volcans grandioses tout autour de nous… L'Indonésie nous offre ce qu'elle a de plus beau pour ce mouillage…

Après un bon bain dans une eau à 30°C, je passe 2 heures à nettoyer la flottaison du Super Maramu, une vraie galère et un bon mal de dos en cadeau !

Il est 17h20, le soleil amorce sa plongée vers un horizon volcanique, quelques oiseaux ont pris possession de l'ilot de sable, le Lewotolo crache ses volutes sous un ciel rougissant, fa-bu-leux !

09/07/12

Une journée juste pour profiter du magnifique mouillage… les yeux ne savent plus où donner de la tête et la tête ne sait plus où poser ses yeux car sur 360°, la vue est exceptionnelle. C'est certainement un des plus beaux mouillages que nous avons visité…

Mon mal de dos s'est nettement aggravé cette nuit et François d'Ultreïa me manipule sur mes conseils. J'ai l'impression qu'on a du entendre les craquements vertébraux jusqu'au village de Mako, à 3 milles de là !

Le soulagement est immédiat et nous partons nous baigner une bonne heure dans l'eau chaude et cristalline.

Nous essayons en vain d'approcher la rive du village de pêcheurs mais une vase collante nous en empêche et nous retournons sur nos petits bancs de sable immaculés pour jouir encore et encore du spectacle.

Geneviève passe plus d'une heure à corriger mon ouvrage et François la relaye pour démonter le gros winch de 58 qui grésille depuis un bon moment. Une bonne épaisseur de calcaire, de sulfate et de sel bloquait l'axe d'entrainement du moteur… Merci les amis pour votre aide précieuse.

Le soir, comme la veille, nous nous retrouvons tous sur le confetti de sable blanc. Nous faisons face au grand volcan en activité de Lembata en sirotant une bière fraiche, les pieds dans l'eau et la tête dans les étoiles…

 

 FLORES

 

10/07/12

Il fait toujours aussi beau, pas la moindre goutte de pluie depuis 1 mois et demi et on finit par s'y faire … Les cordages, les drisses et les écoutes le vivent moins bien. Ils sont imprégnés de sel et impossibles de les lover tellement ils sont durs.

Badinguet est une fois de plus au moteur… La brise légère nous a épargné une heure de gasoil en passant le détroit entre Adunara et Florès… Nous mouillons sur la côte Nord de Flores, à Tanjung Gedong. Le village est invisible de la mer et le mouillage hyper profond si on ne veut pas trop s'approcher des récifs qui bordent une plage où les galets luttent désespérément contre les déchets…

Le fond remonte de 60 à 3 mètres en 20 mètres linéaires… De quoi énerver et inquiéter n'importe quel navigateur ! Le cul de Badinguet est à la côte, si le vent se lève cette nuit, on dégage de là !

Le village est perché sur une montagne couverte de végétation et pas d'électricité ni véhicule à l'horizon… Juste quelques cases, une école et des allées en pierres et en sable où jouent des groupes d'enfants pendant que leur mère pilent le riz avec de grands bâtons… La commune est ravitaillée par bateau, ici non plus, il n'y a pas de route et les habitants, chargés comme des mules, remontent avec peine, la terrible pente qui rejoint le village isolé.

En cherchant un point de vue pour prendre Badinguet en photo, je croise un homme sur un petit chemin bordé d'épineux. Je me range sur le côté et remarque le grand arc et les nombreuses flèches en bambou qu'il porte sur l'épaule… Il m'explique avec des gestes qu'il chasse les oiseaux avec son arme ! Respect ! Le temps que je range mon appareil photo et il a disparu dans la verdure, quelle rencontre !

Badinguet, Ultreïa et Yovo sont côte à côte dans cette petite anse où l'eau est transparente… Ni une ni deux, un grand plouf dans la grande bleue ! La fraicheur est délicieuse et Pascale, un peu patraque, se repose dans le cockpit.

 

11/07/12

Et c'est reparti pour 17 milles au moteur et 10 à la voile à 3,5 nœuds…

Nous sommes mouillés devant un petit village musulman sur l'ile de Besar, située sur la côte Nord de Flores. Encore un endroit peu ravitaillé, très isolé et où les habitants sont ravis de faire notre connaissance. La protection est bonne, la baie est profonde et parsemée de hauts-fonds qu'il faut négocier avec le soleil au zénith… Toujours pas de véhicule, d'électricité, de téléphone, de ravitaillement et encore moins d'Internet…

 

13/07/12

Nous engageons la passe de Monkey beach avec un soleil bien haut dans le ciel, on voit très bien les nombreux hauts-fonds et après avoir scrupuleusement respecté les way-points des guides, nous mouillons par 6 mètres d'eau dans un endroit enchanteur.

Le plan d'eau, n'est accessible que par une passe compliquée et tortueuse, un vrai lac intérieur entouré de collines couvertes de grandes herbes jaunes. La mangrove empêche le débarquement sauf derrière le bateau où un accès a été ménagé à la machette… C'est à cet endroit que je débarque en évitant les nombreuses coquilles d'huitres acérées. La pente est extrêmement raide et j'ai beau me rattraper à tous les arbustes possibles, je glisse régulièrement. C'est en rampant au milieu des épineux que je parviens enfin à m'extraire de la zone boisée. La vue de là haut est magnifique mais il y a un prix à payer… J'ai les bras en sang et la descente sera toute aussi difficile que la montée

Nous quittons la zone protégée en annexe mais la marée basse nous pose de sérieux problèmes pour rejoindre la petite ville de Riung à  3 milles de là. Les hauts-fonds sont innombrables et avec le soleil déclinant, on ne voit rien !

Riung possède plusieurs pontons décrépis en ciment sur lesquels s'amarrent les pirogues traditionnelles, nous nous glissons entre elles et une fois l'annexe attachée, nous découvrons le bord de mer.

 

L'alignement des maisons sur pilotis confère un certain ordre au village même si certaines ne demandent qu'à s'écrouler. Quelques enfants jouent au foot dans la poussière pendant que les femmes se lavent derrière leur bicoque en bois. C'est la première fois que nous rencontrons des touristes… Une Suisse et 2 Australiens vivent un dépaysement total dans une petite pension et autour d'eux, quelques indonésiens qui parlent correctement l'anglais. Ils nous donnent quelques infos pour trouver du pain et du gasoil et peut être  comment aller jusqu'au Kelimutu !

Le kelimutu est un volcan très visité car il est constitué de trois cratères qui contiennent chacun un lac de couleur différente et changeante ! Il est situé au Sud de la grande ile de Flores à plus de 100 kms du mouillage et les routes sont défoncées…

 

14 et 15/07/12

Nous nous sommes déplacés de 9 milles et sommes venus mouiller devant le ponton de la petite commune car nous étions vraiment loin de tout dans notre trou…

Nous avons internet le soir, lorsque le générateur diesel de Riung se met en marche et le téléphone est fonctionnel toute la journée.

Le matin, un long trajet en annexe nous permet de rejoindre le Nord de l'ile de Ontenui C'est à cet endroit que niche une immense colonie de chauve-souris de grande taille. Equipés de deux couvercles de casseroles en inox, nous les délogeons à coup de timbales et le ciel s'obscurcit instantanément. Plusieurs milliers de spécimens sont pendus aux grands arbres déplumés. Vêtus d'un manteau grouillant et incroyablement bruyant, ces résineux s'habillent d'une parure animale dont la principale caractéristique est d'être suspendue à l'envers ! Avec nous, ils ne restent pas longtemps les pattes en l'air car Pascale est très douée avec ses deux couvercles !

Nous passons le reste de ces journées caniculaires à tenter d'organiser notre prochaine visite volcanique et les choses prennent forme. La voiture est réservée pour demain, ça va nous couter 50 € par bateau et nous allons laisser les voiliers deux jours au mouillage. Pour ce faire, nous ne laisserons que le congélateur en fonction ! Ca va être une première et j'espère que Badinguet ne va pas trop consommer pendant notre absence…

 

 

16/07/12

Une voiture Toyota, 6 clients, un chauffeur qui ne parle pas un mot d'anglais et qui se marre tout le temps… La route entre Riung (sur la côte Nord) et Ende (sur la côte Sud) est plutôt en meilleure état que ce que nous avons rencontré jusque là mais le trajet reste dangereux. Les petites pistes sont pleines de trous, de cailloux, d'animaux en tous genres et de piétons qui trimbalent de lourdes charges. Le bois et l'eau sont souvent transportés par les femmes et les enfants et nous sommes surpris par l'âge des petits travailleurs…

Le premier stop, au bout de quatre heures, intéresse la plage des pierres bleues. Il s'agit d'une immense plage, très moche, balayée par la houle du Sud et qui est pleine de galets verts et bleus. De nombreux habitants passent leur journée à les ramasser, les trier et les vendre sur les côtés de la route.

Bien évidemment, Pascale fait le plein de caillasses et nous repartons pour Ende, la grande ville de Flores.

Au menu de la mi-journée, une petite crevaison (sans roue de secours) et un déjeuner carrément dégueu !

Nous attaquons ensuite la longue montée sur les flancs abruptes d'une vallée profondément encaissée et verdoyante. Les rizières en terrasses font enfin leur apparition et nous passons notre temps à demander au chauffeur de s'arrêter pour faire des photos. Nous passons un col à plus de 1500m d'altitude et la température devient vraiment frisquette.

Perdu dans le brouillard et les nuages, un petit marché propose de beaux légumes et des centaines de mandarines. C'est en fourrure polaire que nous négocions quelques fruits bourrés de pépins et retour au chaud, dans la voiture pour les 20 kms qui nous séparent de notre destination.

Moni est le petit village qui se trouve au pied des cratères du volcan Kelimutu et une bonne demi-douzaine de pensions se disputent les groupes de touristes qui débarquent, transis de froid.

Le ciel est saturé de nuages, chaque équipage loge dans une pension différente et au tirage au sort, Badinguet a gagné la meilleure chambre !

Nous dinons tous ensemble vers 18h après avoir gouté l'Arak, alcool local tiré de la palme et franchement imbuvable…

Tout le monde est sous la moustiquaire à 20h30 avec l'angoisse de se retrouver dans un lit qui ne bouge pas et une salle de bain suffisamment crade pour nous dissuader de toute toilette mais suffisamment plaisante pour attirer des cohortes d'insectes en tous genre…

 

17/07/12

Le bruit de la route, des gens qui discutent, de la musique et des innombrables volatiles a mis à mal les quelques heures de repos que nous voulions nous octroyer mais nous sommes impatients de monter sur le volcan.

Tout le monde est debout à 4h car le rendez-vous à la voiture est fixé à 4h30. Après avoir tué à coup de pompes une araignée mutante de 10 cm, nous retrouvons nos amis dans la fraicheur de la nuit.

Bon, je passe vite sur le fait que l'équipage de Yovo a eu une panne de réveil et nous embarquons tous dans la voiture.

Un péage marque l'entrée du Volcan, c'est 20 000 roupies par personne (1,8€) et 50 000 (4,6€) par appareil photo, chercher l'erreur !

Du parking, il faut encore 20 bonnes minutes pour escalader dans le noir les flancs du cratère….

Il est 5h45, le soleil ne traverse pas l'épaisse couche de nuages, nous sommes tout en haut du point de vue. De petits vendeurs, enroulés dans des sarongs, se disputent le privilège de nous verser du thé et du café chaud dans des verres douteux. Il fait vraiment froid et les boissons chaudes nous aident à patienter dans la bonne humeur. La quarantaine de touristes qui nous accompagne exploite chaque étape de luminosité pour photographier les deux grands lacs qui comblent les cratères.

 

Le Kelimutu offre la particularité d'être criblé de trois cratères, qui contiennent autant de lacs de couleurs changeantes. On raconte que les morts y trouvent refuge : le lac marron (autrefois rouge) accueille les mauvaises âmes, le lac noir (autrefois blanc), serre de refuge pour les âmes vieilles et le vert (autrefois bleu), pour les âmes jeunes.

On s'est tapé 6 heures de route pour venir et l'aube révèle un temps vraiment bouché… Du coup, nous décidons de rester plus longtemps sur place en espérant une éclaircie…

Les autres touristes finissent par repartir et c'est à ce moment que le premier spécimen se jette dans la poubelle pour récupérer une épluchure de maïs ! Les autres ne tardent pas et c'est bientôt une centaine de macaques qui envahissent les flancs du cratère.

Les singes sortent de partout et lorsque je prends le porte-monnaie, ils comprennent immédiatement que c'est pour acheter des bananes séchées… C'est tout juste s'ils ne me prennent pas le sachet des mains. Leur colonie est impressionnante et en leur compagnie, le temps passe beaucoup plus vite…

Le soleil perce enfin vers 9h et nous sommes récompensés de notre attente par de belles photos et un panorama exceptionnel. Les deux cratères contiennent chacun un lac d'une couleur différente, l'un est d'un bleu laiteux et l'autre beaucoup presque vert, ça valait le détour !

Retour au village de Moni pour un petit déjeuner bien mérité et inclus dans le pris exorbitant de la chambre (21€).

Et c'est reparti pour 7h de trajet retour… Un petit arrêt pour faire quelques emplettes alimentaires et nous arrivons à Riung de nuit.

Badinguet  a ses batteries chargées à 91%, c'est parfait !

 

18/07/12

Une nouvelle opération matinale "Flying fox" avec de très belles photos de chauves-souris et toute une journée à glandouiller !

 

19/07/12

Encore une journée de navigation au moteur avec les voiles qui battent... Nous mouillons 35 milles plus loin mais le coin est encombré par des bateaux et des filets de pêche et nous déménageons pour 12 milles de plus. L'endroit est très ouvert au Nord et le résidu de houle nous chahute un peu mais v'la t'y pas qu'une pirogue approche... A son bord, un rameur et un homme en survêtement avec un casque de moto sur la tête !!!

Il se dit être de la police et après avoir cogné son embarcation contre Badinguet, il tente de monter à bord !

Il ne me faut pas longtemps pour l'empêcher de progresser et il retombe dans sa pirogue en manquant d'un cheveu le plongeon !

Pas du tout décontenancé, il se remet debout et nous réclame les passeports Je le regarde en souriant, Badinguet est très haut sur l'eau et le rempart insurmontable que représente la coque me procure une situation de supériorité indéniable.

            -           Nicolas : "c'est non, pas de passeport, aucune raison de te donner nos passeports !!!!"

            -           Le policier : Excuse me, i'll come back !

            -           Nicolas : Eh beh c'est ça, à plus tard !

Nous terminons la soirée sur Yovo car demain, nous n'irons pas au même mouillage… Je voudrais avancer un peu plus vite et gagner l'Ouest de Flores dés demain. Tout ça pour profiter de l'ile de "Rinca" et des ses dragons de Komodo.

Le policier n'est jamais revenu, c'est le début du ramadan, nous sommes à bord de Badinguet. Il est 19h23, la nuit est tombée, le diner est en cours de digestion et la couchette nous attend…

 

 RINCA

20/07/12

Une longue journée de bateau qui se termine contre le courant à l'Ouest de Flores. Il fait un temps magnifique, pas un nuage et pas un souffle d'air pour se rafraichir.

Entre Flores et Komodo, il faut négocier avec des centaines d'iles, des hauts-fonds, des bancs de sables et des récifs, tout ça sous un courant de 6 nœuds qui s'inverse en fonction des marées et avec des cartographies électroniques complètement décalées au niveau GPS ! Lorsque je fais les routes, je sais qu'il faudra s'approcher des récifs pour les contourner car il y a plus de 50 mètres d'écart entre la carte et la réalité. J'installe donc des marches en cordages dans les haubans pour qu'une vigie puisse grimper facilement et guider Badinguet dans ces terrains minés… Pascale passe de longues minutes à 5 mètres d'altitude pour orienter ou corriger la trajectoire du voilier entre les hauts-fonds. Le résultat est au rendez-vous car nous arrivons à bon port malgré l'heure tardive, 15h45.

Nous mouillons sur l'ile de Rinca à Loh Buaya. Le cadre est superbe et comme nous sommes seuls, nous jetons l'ancre tout au fond du goulet, juste à côté du ponton qui accueillent les bateaux de touristes. L'annexe est mise à l'eau et nous effectuons les 200 mètres qui vont au bureau des rangers, armé d'un grand bâton fourchu. Les jeunes guides qui plaisantent sur les bateaux m'ont fortement conseillé d'en prendre un !

Le petit chemin serpente dans la verdure pour déboucher dans une vaste plaine où de nombreux singes se déplacent en familles. Le bureau des rangers est facile à trouver et un officier en uniforme nous rempli et tamponne 5 tickets…

            -           Un pour le guide : 50 000 roupies (4,3€)

            -           Un pour le bateau : 75 000 rps (7€)

            -           Deux pour les entrées du parc national : 20 000 rps x 2 (3.8€)

            -           Un pour l'appareil photo : 50 000 rps

Un total de 18 € tout compris, pour 3 jours d'accès, on va se régaler…

Rendez-vous est fixé à 6h45 demain matin, on jubile… Je récupère le long bâton fourchu et retour vers le petit embarcadère sauf, que nous ne sommes pas seuls… Un grand varan sort des buissons et se dirige vers nous sans aucune hésitation…

Je cale le bout de bois sous mon coude tel un chevalier qui se prépare pour la joute et surveille de près le lézard géant. Pascale est juste derrière moi, prête à effectuer le sprint le plus rapide de sa vie mais le bestiau se désintéresse de nous et continue son chemin en se dandinant, ouf !

Les dragons mesurent entre 1,8 et 3 mètres de long et sont armés de terribles griffes. Impitoyables, les varans de Komodo sont des carnassiers, souvent anthropophages, qui déchiquètent tout ce qui leur tombe sous la dent. Ils n'appartiennent pas à la famille des lézards mais sont des ancêtres des dinosaures qui vivaient il y a 100 millions d'années. Excellent nageur, le varan, malgré ses 150 kilos peut également rattraper un homme à la course. Une seule morsure de cette bête suffit à tuer sa proie, sa mâchoire grouille de microbes et de virus qui ont vite faits d'infecter la plaie et il ne reste plus à la victime d'attendre patiemment que le poison fasse effet. Bref, tout ça pour dire que ces bestioles sont dangereuses et qu'il ne faut pas lâcher d'une semelle notre guide !

A 17h, tous les bateaux sont partis et Badinguet est seul dans ce mouillage fabuleux. Quelques grands aigles pêcheurs tournent haut dans le ciel sous une belle lumière, des dizaines de singes occupent la plage à marée basse, Pascale épluche des patates, on est au paradis !

 

21/07/12

Réveil à 5h45, ça on connait… Un petit coup d'annexe, on connait aussi mais se balader sur une ile remplie de Dragons de Komodo, ça c'est nouveau !

Le guide que nous avons a moins de 20 ans, tout sourire et son anglais est largement suffisant pour nous expliquer les dangers de son ile mais c'est surtout son grand bâton que nous apprécions car les varans sont partout.

A quatre reprises, nous contournons les monstres à sang froid qui profitent des premiers rayons du soleil. Certains sont vraiment énormes et nous n'avons aucune envie de nous y frotter. Le dernier touriste à s'être fait bouffé était Suisse et en 1974, on n'a retrouvé que son appareil photo.

La morsure provoque une septicémie en 12 heures et l'évacuation urgente doit se faire sur Bali où se trouve le seul hôpital équipé pour traiter de telles blessures. Le dernier ranger mordu a été amputé d'une jambe, il avait mangé un poulet et laissé la carcasse près de son lit !

Notre guide a très vite compris ce que je lui demande et il nous mène rapidement à une très belle vue sur le mouillage. C'est au cours de cette petite ascension que nous voyons le plus de Dragons de Komodo. Le panorama est exceptionnel et, cerise sur le gâteau, une jeune femelle prend la pose avec Badinguet en arrière-plan, ouaaaaaaaaah !

Nous approchons ensuite de la niche d'un varan, l'inspection est prudente car c'est au fond de ces profonds tunnels qu'ils dorment la nuit. Et oui, ces animaux d'un autre temps chassent la journée et s'attaquent indifféremment aux singes, chevaux, ou buffles qui trainent dans le coin.  

Il ya 1300 varans sur Rinca, autant que sur l'ile de Komodo, beaucoup plus grande, où ils sont beaucoup plus difficiles à rencontrer en pleine nature. Les femelles pondent une vingtaine d'œufs qu'elles couvent 9 mois. Les nouveaux nés survivants acquièrent très rapidement l'instinct de se planquer dans les arbres pendant presque 2 ans afin de ne pas se faire bouffer par les adultes ou par leur propre mère !!! Sympa d'être varan !

Nous croisons des centaines de singes effrayés et un jeune cervidé avant de revenir au bureau des rangers.

Entre les petites cases qui servent de dortoirs aux rangers, de gros dragons, attirés par les odeurs de nourriture, ont élu domicile. Personne ne s'en approche car ils sont réellement dangereux, imprévisibles et surtout terriblement rapides lorsqu'ils attaquent… Une morsure et, sans traitement, c'est la mort assurée. D'ailleurs, les rangers ne s'approchent jamais à moins de 4 mètres de ces chasseurs, derniers maillons de la chaine alimentaire.

Nous sommes de retour sur Badinguet à 9h30, des images plein les yeux et nous nous jetons avidement sur l'ordinateur pour regarder les photos…

Après le déjeuner, rebelote et ce coup-ci, carton plein ! 5 buffles sauvages, un cerf du Timor, des singes en pagaille, quelques varans endormis, un cochon sauvage et des "jungle Turkey" (Traduisez, des dindes de la jungle). On connaissait les dindes des campagnes, des villes mais de la jungle ? A noter que pour les buffles, le bâton ne sert pas à grand-chose ! Il faut juste se trouver un arbre très solide et grimper dedans, en espérant que les jeunes dragons n'y sont pas….

Le soir venu, nous prenons une bonne douche et par le hublot, on aperçoit une bande de singes s'agiter bruyamment sur la plage, sacré spectacle vue de la salle de bain !

Le vent a soufflé fort toute la journée et comme nous n'avons pas internet, impossible d'attraper une météo, nous verrons ça demain à Labuhanbajo, la grande ville de Flores.

 

22/07/12

Dés l'aube, nous nous préparons pour notre dernier séjour sur la terre préhistorique de Rinca. L'administration du parc naturel de Komodo propose toute une série de treks et aujourd'hui, nous parcourons les plus courts avec un nouveau ranger. On se croirait vraiment  dans Jurassic parc.

Quelques gros spécimens se déplacent nonchalamment vers les grandes étendues que le soleil réchauffe. Ils se dressent alors sur leurs pattes avant tendues et profitent au maximum de la chaleur solaire. Couchés dans les hautes herbes ils sont quasiment invisibles pour un œil non averti et sans la présence de notre jeune ami nous serions passés à coté sans les voir avec toujours le risque de se retrouver au menu de ces gigantesques lézards!

La carte mémoire de l'appareil photo est bien chargée, Badinguet lève l'ancre et nous profitons d'un léger courant portant pour rejoindre, en 2h, la ville de Labuhanbajo.

Yovo et Ultreïa sont au mouillage et nous déjeunons ensemble dans la rue principale de cette grande ville touristique.

Les dragons de Komodo attirent les touristes du monde entier et on ne compte plus les agences qui proposent des excursions dans le parc national de Komodo. Les prix s'en ressentent et les restaurants proposent même des desserts!

Nous avons accès au réseau internet, nous pouvons nous ravitailler et nous reposer un peu en attendant notre départ prochain pour Sulawesi.

 

FLORES

23-24/07/12

La mer est couverte de déchets, c'est chaque fois la même chose lorsqu'il y a une concentration humaine. Les plastiques sont à tous les niveaux, en surface, au fond mais c'est entre deux eaux qu'ils représentent le plus de risques pour nous. Les hélices n'apprécient pas du tout d'être freinées brutalement !

On trouve tout ce qu'on veut ici sauf… du gasoil ! Deux jours durant, je loue un bémo pour faire le tour des stations services en trimbalant 6 bidons vides ! Les stocks sont au plus bas et la seule fois où il y en avait, le responsable de la station m'a dit que je n'étais pas prioritaire !!!! Inutile de dire que j'ai failli lui en mettre une, prioritaire, l'enfoiré !

J'ai la rage car ces allers-retours me prennent du temps et de l'argent et systématiquement, les locaux me disent qu'il y en a !!!

Je balance mes containers vides dans l'annexe en pestant et je prends la direction du terminal des bateaux de pêche… Les citernes étaient à sec il y a deux jours mais on ne sait jamais…

Bingo, elles sont pleines mais l'affluence est impressionnante… des dizaines d'hommes et de femmes se bousculent devant un petit guichet pour glisser quelques billets contre un ticket de rationnement officiel !

Je ne vais pas quand même pas taper sur tous les gens qui se faufilent devant moi pour me prendre ma place mais il y a des gifles qui se perdent !

Arrive enfin mon tour et je crie plus que je ne demande Seratus Lima puluh liters (150 litres) et l'officier me regarde agressivement puis il baragouine quelques phrases qui n'ont pas l'air très cool… Ce n'est pas gagné !

Tout le monde me poussent, me bousculent, me répète ce qu'a dit le guichetier, je n'y arriverai pas comme ça ! Je quitte la cohue et contourne la baraque à la recherche de la porte, je pénètre à l'intérieur… L'homme est en uniforme et tamponne consciencieusement les tickets des acheteurs. Entre deux coups de tampon, il me parle en indonésien et je n'y comprends absolument rien. La situation dure depuis un bon 1/4h et je décide de passer à l'attaque. Je dépose 750 000 roupies sur son bureau en répétant "150 litres". Il saisit sa calculette et avant qu'il me montre le tarif, je lui fais comprendre qu'il peut garder 50 000 (4€) pour lui, c'est gagné !

Je sors de la guérite avec mon bout de papier tamponné en main mais que vais-je en faire ? Un pécheur a suivi la scène et s'approche en souriant. Je suis sauvé.

Il prend mon précieux ticket, et commence à jouer des coudes pour s'approcher des citernes où des dizaines de clients armés de bidons s'entassent dans des odeurs de gasoil épouvantables. Le "remplisseur"' ouvre la vanne et des dizaines de litres de diesel remplissent un grand fut dans lequel il est à moitié plongé. A l'aide de différentes louches étalonnées, il verse dans les bidons le précieux liquide. Mon homme de main est très efficace et il prend la place de force en tenant l'entonnoir dans mon premier bidon. Il y a du gasoil partout, ça pue, c'est la bousculade mais je récupère mes 150 litres et donne discrètement 50 000 au pêcheur qui m'a épargné le remplissage ! Il est ravi, je suis couvert de gasoil mais content !

Sur le chemin du retour, je découvre avec plaisir que Malou et Domi sont arrivés au mouillage, super !

Nous passons la journée ensemble et récupérons au passage les interrupteurs de guindeau qu'ils nous ont ramené de France.

L'excellent repas bien arrosé qui conclut notre séjour à Flores nous fait coucher un peu tard... Il est hors de question qu'on se lève à 5h demain matin… Sulawesi attendra un peu !

 

 KOMODO

25/07/12

Nous quittons le mouillage de Labuhanbajo pour l'ile de Komodo. Il faut 36 heures pour rejoindre Sulawesi et je redoute vraiment une navigation de nuit avec tous ces obstacles, radeaux, pirogues, filets et j'en oublie…

Dans la passe, le vent est bien établi au Sud et Badinguet avale les milles à 9 nœuds avant de prendre un corps-mort dans la baie du Nord de l'ile de Komodo. C'est la première fois que nous sommes sur bouée et je contrôle sérieusement le gros cordage immergé avant d'y passer mes amarres.

L'endroit est enchanteur. Une immense baie profonde, protégée de tous les vents et un cadre à faire pâlir une carte postale ! Les collines dorées se détachent du ciel d'azur en dominant une ceinture de mangrove verte foncée qui plonge ses racines dans  quelques reflets turquoises.

Quelques bateaux traditionnels emmènent les touristes plonger sur de très beau récifs pendant que Pascale et moi gravissons une montagne qui domine le mouillage.

Nous n'osons pas aller à terre sur l'ile de Komodo car les dragons y vivent en grands nombre. Par contre, nous longeons les rives lentement et le spectacle est au rendez-vous, cochons sauvages, aigles pêcheurs et un drôle de héron à queue de cheval s'enfuient à notre arrivée.

Tout au fond de la baie, nous retrouvons des pêcheurs et en échange d'une bouteille d'eau, ils nous remplissent un saut de petits poissons qu'ils viennent de pêcher au filet. En friture, ce sera parfait pour l'apéro !

Le soir, plusieurs grands galions indonésiens viennent mouiller dans la baie et réduisent à néant notre intention de partir de nuit. Le soleil s'est couché, Pascale se bat avec un régiment de charançons qui apprécient nos pâtes… Ce soir, c'est protéines !!!

 

 SULAWESI

26/07/12

5h30, Badinguet glisse en silence entre les bateaux et rejoint la haute mer une heure plus tard. Le vent est au rendez-vous et nous nous éloignons à 8 nœuds vers le Nord.

Jusqu'à midi, nous sommes sous genaker et génois tangonnés puis le vent chute et Badinguet commence à rouler sous l'effet des vagues qui tardent à dégonfler…

 

27/07/12

Le soleil se lève enfin, les gros nuages menaçants se font tout petits et disparaissent pour laisser un beau ciel immaculé. Le vent ne tarde pas à suivre l'astre solaire et c'est parti pour des pointes à 9,5 nœuds.

Un thon termine ses jours après avoir mordu au leurre rouge, pourquoi le rouge ????

Sulawesi apparait sous la forme d'une côte assez plate et très vite, le fond remonte à 15 mètres. Toute la bande côtière est truffée de récifs et si nous n'avions pas installé les échelles de corde pour jouer à la vigie, nous aurions eu du mal à trouver notre chemin dans ce dangereux labyrinthe…

De grandes branches plantées dans des dizaines de bouées semblent délimiter une zone de pêche puis ce sont des épaves et des drapeaux de casiers, de nasses ou de filets qu'il faut éviter.

Les pêcheurs se rapprochent dés qu'ils peuvent de notre voilier pour dire bonjour, demander des cigarettes, une bière, plus rarement de l'eau… En les voyant manœuvrer pour s'approcher, je place Badinguet sur des trajectoires que je modifie au dernier moment pour les laisser sur place en leur faisant un signe de bonjour !!!

Le super Maramu négocie la dernière passe de visu et le plan d'eau de Makassar se révèle être un très mauvais mouillage. La houle y rentre sans vergogne et à part se mettre à l'abri de la petite ile de "Laelae", on ne voit pas où jeter l'ancre…

Les pirogues nous abordent avant même que j'ai installé l'amortisseur de mouillage. On nous propose du gasoil et tout un tas de services dont nous n'avons pas besoin. Avec beaucoup de gentillesse et de sourires, nous les éconduisons pour pouvoir enfin nous reposer un peu.

Nous passons la soirée à pianoter sur Internet et préparer la navigation de demain qui risque d'être très coton !!! 58 milles avec 10 mètres de profondeur, à zigzaguer entre les hauts-fonds avec le soleil dans le nez !!!

 

28/07/12

Comment pourrait-on qualifier la nuit que nous venons de passer ? A 21h, le muezzin a fait son sermon pendant 40 minutes… Un énorme haut-parleur avec un méchant beau parleur qui cause sans qu'on n'y comprenne rien !!! Après ça, les moustiques se sont invités et on commencé leur repas nocturne… Vers 4h30, le muezzin est revenu pour achever notre nuit en chantant cette fois mais nous lui en voulons moins car nous passions notre temps à nous gratter !

L'Indonésie est connue pour être en secteur de résistance aux anti-paludéens. Je ne pense pas que nous risquions grand-chose car nous sommes en zone urbaine et les moustiques ne devraient pas être des vecteurs de Paludisme mais à partir de demain, il va falloir se méfier. Nous avons pris la décision de ne prendre aucun traitement préventif pour plusieurs raisons : Ca nous barbe de prendre un cachet par jour de plus, notre séjour dépasse largement le maximum de temps de traitement conseillé et la meilleure façon de traiter la malaria, c'est de l'éviter à coup de répulsifs et nous en avons des stocks…

Nous relevons l'ancre à 6h30 et en passant dans l'étroit passage entre les digues, je découvre avec soulagement que les cartes C-map sont bien calées contrairement aux Navionics qui nous placent dans les terres !

Une navigation sans vent, sur une eau sans ride, calme plat !!! On bouquine, on surveille sans arrêt les bouées et les marques des filets qu'il faut identifier entre les innombrables déchets de toutes sortes… On a même croisé le cul d'une chèvre, le reste du cadavre étant immergé depuis un moment…

Il est 17h lorsque nous apercevons les grandes balises qui marquent l'entrée de notre mouillage, la baie de Sido. Un curieux coup de vent de 20 nœuds nous prend à froid, histoire de dire que nous n'avons pas tout fait au moteur et il faut engager la passe. L'endroit est très calme, les petits villages sont composés de maisons serrées qui s'illuminent de teintes dorées sous le soleil couchant.

Les rives sont encombrées de filets et de nasses, Badinguet jette l'ancre par 6 mètres de fond, en face du village de Sido.

Bien trop fatigués pour aller à terre mais toujours prêts pour un aller au verre, je déguste un généreux ti 'punch au rhum australien en terminant le récit de la journée en votre compagnie.

 

29/07/12

Nous nous levons de bonne heure car la journée va être chargée. Une rapide visite du village "Oranié" nous apprend qu'il n'y a absolument rien à Oranié, ça c'est fait !

En repassant devant le bateau, nous découvrons trois pirogues attachées à la poupe pleines d'adolescents… Des traces de pas révèlent qu'ils sont montés à bord pendant notre absence… Je les engueule avec le sourire car nous allons à nouveau quitter Badinguet et je ne voudrai pas qu'ils recommencent par vengeance… Ils ne s'excusent qu'a moitié mais une choses est sûre, ils ont compris pourquoi nous sommes en colère… cela suffira t'il ?

C'est la première fois que nous voyons des indonésiens non respectueux du bien d'autrui et cela ne nous enchante guère… Il va falloir laisser le bateau un jour ou deux, si c'est pour se le faire dépouiller…

De retour à Sido, nous attachons l'annexe au petit ponton en pierre sous les rires des enfants qui pêchent en se hissant acrobatiquement sur de gros bateaux échoués dans la vase. Les villages sont très différents, nous sommes en territoire Bugis. Même le langage change et les gens ne comprennent pas tous l'indonésien, ça va nous compliquer la tache…

Un Pétépété (bémo en bugis) est attrapé au vol et en route pour Paré paré, la grande ville située à 25 kms au Nord de notre baie…

Le minibus nous arrête à l'entrée de la ville et il faut en prendre un deuxième, de couleur jaune pour pénétrer dans l'immense zone urbaine. Nous sommes très vite perdus et demandons à descendre pour marcher. Notre objectif est très simple, trouver des touristes ou n'importe qui parlant anglais pour lui expliquer ce que nous voulons… Il nous faut une voiture avec chauffeur pour aller en pays Toraja…

Il y a des centaines de petites boutiques et en apercevant des sacs à dos en rayon, nous pénétrons à l'intérieur. Nous en ressortons 10 minutes plus tard avec une adresse gribouillée sur un bout de papier et… un sac à dos pour Pascale. Un petit tour de pousse-pousse et nous voilà devant le magasin de télécommunication à discuter avec le gardien qui parle 3 mots d'anglais. Quelques coups de téléphone, 40 minutes d'attente et arrive enfin une voiture et un chauffeur.

La négociation est lente car ils parlent tous le Bugis et nous devons chercher chaque mot dans notre lexique. A 11h, l'affaire est entendue pour demain, ouf !

Le chauffeur nous raccompagne à Sido et en chemin, nous achetons des melons et des pastèques ainsi que deux incroyables coquillages à une petite vendeuse sur la grand-route… Nous dégustons un délicieux Nasi Gorenk à midi et à la table d'à côté se trouve un guide qui attend un groupe d'Australiens en partance pour le pays Torajah. Nous profitons de sa présence pour nous faire préciser tous les endroits intéressants autour de Rantepao, sacré coup de chance !

Juste avant Sido, notre chauffeur fait un détour et récupère Abdi, un ami qui parle couramment anglais, génial ! Nous les invitons à bord de Badinguet, ils sont curieux de tout et refusent toute collation, ils respectent le ramadan scrupuleusement.

J'explique notre mésaventure de ce matin avec nos visiteurs indésirables et Abdi comprend très vite le problème. Il nous apprend que notre chauffeur, prénommé Oleng, habite le village d'à côté. Son beau-père en est le maire et si nous déplaçons Badinguet, il sera sous bonne garde…

Ni une ni deux, nous embarquons notre petit monde et mouillons au Sud de la baie de Sido. Le mouillage est tout aussi calme, la tenue est bonne et nous avons une bonne connexion internet. Pour finir, le ponton est accessible à marée basse et tout le monde sait que nous sommes des amis du gendre du maire, aucun risque pour l'annexe non plus. Nous pouvons partir en toute confiance.

Nous faisons un petit tour à terre pour visiter ce village Bugis et discuter à l'ombre du domicile d'Oleng. Dans cette partie de la baie, les maisons sur pilotis sont entourées de réservoirs destinés à l'élevage de crevettes et il y a même une nurserie qui s'occupe des larves.

Le plan d'eau est occupé par de nombreuses fermes flottantes amarrées ici et là et avant de rejoindre Badinguet, Pascale et moi allons voir de plus près les employés qui nourrissent les poissons emprisonnés… Je ne sais pas ce qu'ils leur donne à manger mais ce sont des boulettes qui rendent complètement dingue les poissons, nous sommes trempés !

Nous restons tranquille le reste de l'après-midi, je répare un panneau de pont, Pascale bouquine, il fait presque 40° dehors.

Demain, le départ est prévu à 4h !

 

30/07/12

Le petit voyage entre Badinguet et le ponton aurait été parfait si Oleng ne nous avait pas éblouis avec ses pleins phares et après avoir récupéré Abdi, notre guide multilingue, nous fonçons dans la nuit fraiche de Sulawesi. Les routes sont en bon état et la nuit, il y a nettement moins de circulation sur la chaussée. Sur les côté, c'est différent car à 4h30 du matin, c'est l'heure de la première prière de la journée.

Des centaines, peut être des milliers de femmes drapées de voiles blancs et de couleurs pales se déplacent en groupe vers les lieux de culte. Il fait nuit noire, la température avoisine les 15 degrés et ces innombrables silhouettes, toutes identiques se retrouvent dans les mosquées qui jalonnent la grand-route pour 15 minutes de prière matinale.

C'est à ce moment que les milliers de tuniques immaculées sont éclairées par les lumières des salles de prière. Serrées les unes contre les autres, bien alignées, une foule de croyantes s'incline devant Dieu en cette période de Ramadan. Les vêtements islamiques couvrent l'ensemble du corps à l'exception de l'ovale du visage et vu de dos, cela nous fait vraiment penser à une armée de fantômes qui déambulent dans la nuit pour se rendre à je ne sais quelle réunion secrète…

Juste avant de passer les portes de la frontière du pays Toraja, nous sommes arrêtés par des jeunes visiblement très agités et inquiets. Nous ne comprenons pas la raison de cet arrêt et Abdi descend sa vitre pour se renseigner lorsque, soudain, deux buffles traversent la route à toute vitesse. Les animaux se sont échappés et ceux qui se retrouvent sur leur trajectoire grimpent sur tout ce qu'ils peuvent pour éviter les cornes gigantesques. Certains tentent de les dérouter et de les entrainer vers un cul de sac, d'autres préparent à la hâte des lassos et des cordes. En tout, une vingtaine de personnes coure derrière les fugitifs. Les grands animaux sont blessés car ils ont arraché le piercing géant qu'ils ont dans les naseaux et du sang coule en abondance sur leur museau.

Les véhicules, initialement bloqués par la scène, se déplacent lentement au rythme de la progression de la traque et nous restons aux premières loges avec un peu d'appréhension. Piégés un peu plus loin dans un garage, un groupe de gens accourent pour empêcher les buffles de repartir. Ils chargent une dernière fois, les cornes en avant, les yeux exorbités de peur, puis ils sont capturés par les habitants.  

Les buffles ont une valeur particulière en pays Toraja. On dit qu'ici, c’est le buffle qui regarde l’homme travailler dans les rizières ! Ils sont le symbole de la richesse des habitants. Ils sont nettoyés quasiment tous les jours, nourrit allègrement, surveillés et admirés quotidiennement…

Lorsqu’un décès survient, la famille doit préparer une cérémonie de décès en sacrifiant des cochons et des buffles (parfois une centaine) qui s’achètent au marché à des prix exorbitants : entre 3000 euros pour un buffle noir et 8000 euros pour un buffle tacheté aux yeux bleus. Plus il y a de buffles sacrifiés, plus l’âme du défunt atteint le paradis rapidement, les buffles servent au transport jusqu’aux cieux !!!  

Nous sommes maintenant en pays Torajah et nous pouvons apprécier l'incroyable architecture traditionnelle. Les maisons "Tongkonan" ont des toits en formes de pirogues inversées ou de cornes de buffle. Ils sont composés de millier de bambous et ont tendance à être remplacés par de la tôle ondulée de nos jours, sans doute, plus étanches. Face aux maisons, se dressent un ou plusieurs greniers. Ces constructions, plus petites sont décorés de la même façon et servent à stocker le riz et parfois le corps des défunts pendant des mois, le temps que la famille économise assez d'argent (et d'animaux) pour célébrer la cérémonie mortuaire.

Les morts ne sont pas enterrés mais placés dans des cercueils qui sont entreposés dans des niches creusées dans la roche ou dans des grottes. Les enfants morts avant d'avoir eu leur première dent, sont installés dans des cavités ménagées dans le tronc des arbres. Si l'arbre continue à pousser, l'enfant grandit avec lui…

Pour veiller sur ces caveaux familiaux taillés à flanc de falaise, des "Tau-taus", statues sculptées à l'effigie des morts, saluent les vivants en veillant sur les défunts depuis des balcons impressionnants.

L'endroit est tout de même excessivement touristique et nous ne nous attardons pas dans les villages traditionnels et payants qui font partis des circuits de visite classiques.

Pascale et moi faisons un petit détour par le marché aux buffles de Rantepao. Une vaste étendue où sont attachés des centaines de buffles est bordée de profondes rigoles qui évacuent les déjections des animaux.

Avec mon grand angle, je dois m'approcher suffisamment près et comme je surveille les buffles, je ne regarde pas où je mets les pieds… Splash ! Je tombe dans la gouttière de bouse et d'urine et j'en ai jusqu'au mollet ! Pascale et Abdi sont pliés de rire ainsi que des dizaines de vendeurs de cochons qui attendent le client…

Pendant 10 bonnes minutes, je tire l'eau immonde d'un puits pour me nettoyer sous le regard amusé des vendeurs, profil bas !

Les cochons hurlent leur terreur en se faisant ligoter et c'est avec les tympans explosés que nous rejoignons le véhicule d'Oleng.

 

En ville, nous dégustons un ragoût de buffle, sauce noire toraja pendant que nos amis jeûnent avec difficulté.

Nous essuyons ensuite notre première averse tropicale à Marante et profitons de la situation pour nous abriter et visiter une maison torajah. Le pilier qui soutient l'avancée du toit est orné de dizaines de cornes de buffles, symbole de la richesse des propriétaires. Chaque façade est composée de panneaux de bois sculptés et décorés de motifs dans des tons blancs, jaunes, rouges et noirs.

 

Les cérémonies sont très fréquentes et nous avons vu, dans la grotte de Lomda, au milieu des crânes et des offrandes, des cercueils très récents. Les habitants de toraja continuent à vivre leur culture et leurs traditions malgré l'invasion touristique grandissante.

 

Nous reprenons la route qui serpente entre les rizières pour rejoindre les grandes montagnes escarpées du centre de Sulawesi. Nous sommes fatigués, nos guides sont affamés. A 18h30, nous retrouvons Paré paré et nos amis dévorent enfin un grand plat de riz frit dans un petit restaurant local (2.5€ par personne).

 

Nous sommes à bord à 21h, crevés mais comblés.

 

31/07/12

C'est une pluie battante qui nous réveille à 10h ! La première averse sur Badinguet depuis 2 mois, sacrée douche ! Sinon, côté météo, nous évoluons dans le coltard toute la journée, je crois qu'il a fait gris aujourd'hui…

02/08/12

Après un retour sans difficulté, nous voici à nouveau à Makassar, la très grande ville de Sulawesi. Je passe la matinée à négocier, remplir puis transporter mes 170 litres de gasoil… Une fois de plus, le laborieux remplissage se fait à la main avec une boite de conserve de 1 litre mais ce qui change, c'est le mode de transport. Je loue les services de 2 rickshaws pour trimballer mes 90 kilos et les 170 kilos du précieux carburant, le chauffeur à intérêt à avoir de bonnes gambettes...

Pascale me rejoint ensuite et nous partons faire des courses. On trouve enfin de tout, des miroirs sur mesure, du gaz, des outils et même du fromage !!!

Usman nous promène dans sa grande pirogue et l'annexe reste à poste, suspendue aux bossoirs. Jean-Claude, mon oncle m'avait donné des paquets de cordages en nylon dont il n'avait plus besoin et nous négocions nos transports à coup d'amarres…

Il fait à nouveau très chaud et beau et ce soir, nous dinons dans un petit marché en bord de mer avant de retrouver notre Badinguet au mouillage. Nous y retrouvons Christophe, Thari et leurs deux filles Mina et Ella. Suisses de Genève, ils reviennent du pays Torajah où nous les avions croisés. Nous passons une excellente soirée en leur compagnie.

 

03-04/08/12

Nous continuons à dénicher tout ce qui nous fait défaut depuis un mois. La bouteille de plongée est regonflée et nous faisons même venir un plongeur pour nettoyer complètement la coque de Badinguet.

Makassar est une grande ville extrêmement polluée et chaque déplacement en rickshaw nécessite le port d'un masque mais en les voyant foncer à contre-sens de la circulation, c'est plutôt le port du casque que nous voudrions…

Le port de bateaux traditionnels bugis est à 25 minutes de pousse-pousse et le village attenant remporte haut la main, la palme de l'endroit le plus sale que nous ayons jamais vu ! Les gens vivent sur une décharge, tout est jeté à l'extérieur et la couche de déchets entre et sous les maisons doit atteindre une épaisseur importante… Les odeurs immondes ajoutent une note de plus pour nous inciter à fuir cet endroit ignoble. Nous sommes effarés ! Il y a la place pour mettre des poubelles, des futs ou creuser des trous pour brûler tout ça…

Au retour, la circulation est épouvantable et le rickshaw est immobilisé dans les embouteillages. Assis au ras du bitume, nous sommes au même niveau que les échappements des gros 4X4 et avant de mourir asphyxiés, nous quittons le pousse-pousse pour marcher le long de la route saturée… Un caniveau sépare deux dalles de trottoir et j'enjambe l'obstacle facilement, Pascale est quelques mètres derrière moi…

Je ne sais pas si cela va devenir une habitude mais le bord du caniveau s'effondre et je tombe très brutalement dans la rigole pleine de liquide noire… Si le contenu du caniveau avait été propre, je me serai rendu compte de la profondeur et du danger mais il est trop tard et je ne touche le fond du réservoir qu'un mètre plus bas…. J'ai du goudron jusqu'en haut des cuisses et j'ai heurté très violement les bords de la rigole en tombant… Je sors difficilement de ce grand trou car je me suis vraiment fait mal à la cuisse gauche. En plus des nombreuses écorchures souillées, j'ai une "béquille" monstrueuse et je ne peux plus me servir de mon quadriceps ! Merde, fait chier de bordel à cul !!!!

Je reste un long moment, allongé par terre, incapable de me relever et c'est très prudemment que je me redresse lorsque des gens approchent avec de l'eau et des produits désinfectants… Il y a du goudron partout et il me faut bien 20 minutes pour me nettoyer un peu en sautillant sur une jambe.

Retour au bateau rapidement pour un nettoyage en règle et un sérieux badigeonnage à la Bétadine… Ma cuisse est nettement gonflée et je redoute les heures qui vont suivre…

L'après-midi est très calme, je reste allongé, la jambe en l'air pour limiter l'hématome et nous nous couchons tôt.

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