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PARENTHESE FRANCAISE

 

Du 24/07/09 au 17/09/09

Un accueil formidable à Carqueiranne chez Arnaud et Martine où nous rejoignent, Laurent et son fils Arnaud junior, surnommé à juste titre « Jojo le poireau ». Des choses auxquelles nous sommes habitués, beau temps, chaleur, repas, invitations, apéros, etc. Et puis des choses qu’on connait moins bien, embouteillages, limitations de vitesse, péages, garagistes, impôts, réveille-matin, horaires et surtout travail !!!  

Je suis employé au centre de rééducation de Pomponiana juste à côté de la demeure des de RUI et je suis très vite confronté à une dure réalité… Le savoir des stagiaires kiné et donc, implicitement, mon ignorance ou mes oublis… Dés le deuxième jour de boulot, Benoit (en deuxième année) m’explique calmement…

-          Benoit : tu verras, elle un syndrome cérébelleux, une dyschronométrie et surtout une hypermétrie. On lui fait un travail cognitif en priorité !

-          Nicolas : (Tout haut) Heu… Ah Ouais ?!?!

-           (Tout bas) : Oh merde ! Qu’est ce qu’il a dit ? Qu’est ce qu’elle a ? Qu’est ce que je fous là ?? A quelle heure je termine ? Il est où Badinguet ? c’est déjà l’heure de l’apéro ?

-          Ca va être très très dur !   

Toute la nuit, j’ai été poursuivi par des fauteuils roulants et le lendemain soir, j’ai attaqué le stilnox pour dormir en paix…

Au bout de 3 semaines de réveil aux aurores et de neurologie centrale, j’ai  anticipé mon départ en rendant service au chef Kiné. Des titulaires sont revenus plus tôt que prévu de vacances... Voilà qui arrangeait tout le monde…  Et surtout moi, il faut bien l’avouer. Le but étant de recouvrer nos droits à l’assurance maladie, objectif atteint avec mention !

Pendant que je déprimais au travail malgré un environnement très motivant… Pascale a passé son permis côtier haut la main.

Maël est venu nous voir à Carqueiranne avec 3 amis. Ils ont dormis presque toute la journée et se sont levés pour attaquer la nuit… Comme je leur ai demandé de nous acheter des croissants pour le petit déjeuner, il ne sont rentrés qu’à 8h du matin, après être passé à la boulangerie… Rebelote pour le lendemain, les 4 compères ont comatés toute la journée et se sont réveillés dans l’après-midi, ils nous ont raconté leur soirée…  Je mesure a quel point mon fils me ressemble à son âge. Je me revois 25 ans en arrière, mon père assis, souriant des bêtises que nous faisions lorsque nous sortions la nuit avec mes copains du rugby. Je me retrouve à la place de mon père et me surprend à sourire comme il le faisait il y a un quart de siècle…

Nous avons rencontré « Ganesha » et « Picabou », deux Super Maramu 2000 et deux super équipages 2009 ! De très bons moments passés ensemble à leur bord avec des échanges de bons procédés et de bons apéros…  Nous avons diné avec Franck, Sandrine et Ugo de « Phébus » à Cannes pour préparer ensemble la suite de notre tour du monde (Ils nous rejoindrons après Panama). Une soirée de délire à Vannes sur « Hocus Pocus », le petit voilier jaune de Martine, Eric et Manon. Que de souvenirs, Dakar, le CVD, les mamas, etc. Et puis ce repas avec Xavier et Sophie de « Dugong » dans la grisaille Parisienne, génial !

Un petit tour pour Pascale en Normandie, chez son amie Anne puis nous nous retrouvons à Quiberon avec au menu tourteaux, étrilles, bars, morgates, palourdes, lieux, soles, etc.

Que de différences avec la méditerranée ! Les odeurs de varech, les goélands, les marées, les accents et surtout les pêcheurs et ce qu’ils ramènent… alors que la faune terrestre de la côte d’azur semble s’enrichir allégrement, la faune sous-marine s’appauvrit, s’aseptise…

A vivre comme un terrien, je découvre que le lien entre l’océan et ma vie est de plus en plus évident, je ne me sens bien qu’à côté ou sur la mer, j’ai l’impression de mieux la connaitre, je la ressens presque naturellement. Je me sais prudent et ne la crains pas… A moi de ne pas nous placer dans des situations difficiles…

De beaux moments de complicité partagés avec mon père et Françoise (sauf lorsqu’il a fallu déraciner l’arbre de la terrasse !). La pêche à la palourde dans le golfe et le nettoyage du filet restent des moments magiques.

Je profite du séjour pour aller voir Maël à Angers, son appartement de 35 m² est à l’image de sa couchette avant sur Badinguet, dans un désordre insupportable (pour les autres). Il est chez lui, à lui d’organiser sa vie… C’est en tombant qu’on apprend à marcher !

Nous terminons notre escapade métropolitaine par Paris où Catherine, ma tante nous accueille comme des princes. Elle nous installe dans l’appartement de Jean-Claude, mon oncle, où nous prenons quartiers après un délicieux repas. Nous passons nos journées entre la société Crosnoise d’Eric et Thierry (qui nous usinent des pièces pour Badinguet) et auprès de Mamie à la maison de retraite. Grace à la voiture de Cath, nous enchainons les diners et les déjeuners avec tous nos amis, Laurent et toute l’équipe de la société « Emerige » (ancien travail de Pascale), Laurence et Hervé, Bambou et Elliot, Laurent, Xavier et Marie-Vincianne qui me font déguster un excellent champagne sur les bords de Seine , Eric et Anne-Marie, Hortense, Francis, Francine, Sylvaine et serge, Marie-Pierre, Evelyne, et j’en oublie… Merci à la ville de Crosne pour ce sympathique article dans "Crosne-Infos"

Le plus beau moment pour moi restera ce séjour à saint-Maixent où Mamie (98 ans) nous accompagne à 300 kms heures en TGV pour fêter les 100 ans de sa sœur, tante Marthe. Toute la famille réunie autour de nos fabuleuses aïeules. Hébergé chez François et Hélène, les cousins de mon père, je suis replongé dans le passé, dans ma petite enfance du temps de Maman. Maël découvre avec affection ce côté de la famille en écoutant toutes ces histoires anciennes…

 

Tout ça pour dire et justifier qu’on a méchamment grossi !!! Même avec « Photoshop » on ne pourra pas retravailler nos bourrelets…

Pascale et moi avons pris encore 3 à 4 kilos durant notre séjour en France, ça fait 10 kilos de plus qu’il y a un an, quand nous avons quittés Toulon. Nous nous sentons gras, flasques et affaiblis, le mal de dos ne me lâche plus depuis des mois… Il va falloir reprendre une activité physique régulière pour retrouver un semblant de fierté en maillot de bain ! Se discipliner et trouver des astuces pour faire de la gymnastique à bord de Badinguet va vite devenir une priorité pour éviter l’obésité et conserver la ligne de flottaison de notre voilier hors de l’eau…

Nous repartons vers la chaleur et quittons les problèmes français pour nous recentrer sur nous même et notre périple.

Pleins de pensées pour Maël qui supporte un rythme de travail élevé en « math-sup » et pour Mamie dont le rythme est, certes moins élevé mais que de bonheur à ses côtés, que de bonheur à leurs côtés…

 

SAINTE LUCIE - GRENADE

 

17/09/09

Marc est là, derrière la baie vitrée, nous récupérons nos bagages (32+25+12+11+10+5=95kgs !!! Nous avons dû acheter sur internet une franchise de poids). Chaleur, transpiration, fatigue, moiteur, Doudou nous fait la fête et Marco est au volant, on est heureux ! Nous retrouvons Isa pour passer une soirée fantastique « Rhum-Couscous » dans la maison qu’ils louent à Saint-Pierre au Nord de la Martinique.

 

18/09/09

Réveil à 2 heures du matin en pleine forme, il fait 30° et le décalage horaire nous joue des tours ! Je réveille Pascale, histoire de ne pas être seul à veiller puis nous nous levons tous les deux vers 6h. Ca sent l’herbe fraiche et les « paille-en-queue » (oiseau des caraïbes) tournent au dessus du bord de mer…

Après un méga copieux petit déjeuner, Marco nous emmène au Marin avec un ordinateur et un sac de 30 kg en plus (matériel du bateau que nous avions laissé en Martinique). Vers midi, nous déposons 140 kg de bagage dans le petit ferry, nous approchons de Badinguet…

Le douanier de Sainte Lucie a complètement halluciné lorsqu’il a vu le nombre de sacs qu’il devait fouiller… Après quelques palabres et justificatifs, complètement découragé, il nous laisse passer sans contrôle !

Le taxi nous dépose directement sur le parking de la marina et deux chariotes plus tard… Ca y est, il est là, il est trop beau, vite les clés ! Pascale me laisse passer en premier, on ne sait jamais, des fois qu’il y ait des bêtes !!!

Il fait plus de 45° degrés à l’intérieur et le ventiler est la première chose à faire. Un des quatre pièges a tué une trentaine de petits cafards… Quand même !

Nous sommes chez nous, à la maison… Nous passons l’après-midi à prendre des coups de soleil et à réarmer le voilier. Aquarius quitte la Martinique demain pour « Los Roques » au Venezuela, trop tôt pour nous !

Nous sommes tristes de laisser Marc, Isa et Doudou, nous les reverrons, c’est sûr. Nous avons déjà partagés tellement, les soirées au Cap Vert, la transat, toutes les Antilles du nord et que de bons moments. Vous nous manquez les amis…

 

19/09/09

Encore un réveil hyper tôt puis nous passons toute la journée à bosser, nettoyer, remplir, ranger puis ce sont des allers-retours pour avitailler, conditionner, congeler, etc. Pas très intéressant comme journée !!!

 

20/09/09

Je me lève à 5 heures du matin, trop chaud, mal au dos et toujours ce fichu décalage horaire ! Quelques mails puis je me lance dans mon petit récit en attendant ma blonde qui me rejoint vers 6h ! On a vraiment du mal à se recaler !

Petit déjeuner puis à 8h, nous sommes les premiers à attendre l’ouverture du bureau de la marina et la secrétaire arrive avec des valoches sous les yeux ! Nous perdons 1/2h à lui expliquer que nous avons déjà payé une partie du port mais elle ne percute pas… Je finis par la menacer de ne plus jamais revenir, elle là, elle ouvre enfin un œil et retrouve la facture qu’elle avait sous le nez et se confond en excuses… 1340 €, Gulp !!! Ca coûte cher de revenir en France !

Depuis le début, nous leur avons fait croire qu’on restait à l’année pour bénéficier d’un tarif intéressant mais en fait, c’est vrai, nous ne reviendrons jamais !

Badinguet, couvert de coquillages et d’algues avance lentement et quitte sa place. Un petit tour au gasoil où nous ne prenons que 100 gallons (379 litres) car il devrait être moins cher en Colombie.

Marco et Enrica sur Aquarius sont paris hier soir de la Martinique direction, Los Roques au Venezuela. Nous les rejoindrons plus tard, rien ne presse maintenant qu’ils sont loin devant !

A peine sortis de Rodney Bay, le gros Winch tribord de 58 se met à pédaler dans le vide ou dans la semoule, c’est comme on veut ! Pascale coupe le moteur, Badinguet dérive, inutile de filer plein sud s’il faut remonter en Martinique pour commander du matériel ! Je démonte le bestiau, Pascale m’aide en récupérant une à une les lourdes pièces du winch…. Elle vient de tester un nouveau produit de beauté pour les mains…. La graisse de winch de l’Oréal, elle le vaut bien !

En démontant la platine, je découvre les cliquets (juste à la sortie du moteur) complètement grippés… Un nouveau coup de graisse de beauté et le winch entraine le génois à nouveau, ouf !

Entre deux grains violents, la ligne part et le moulinet se coince ! Nous perdons le poisson, Nous sommes trempés, ça commence bien !

Nous arrivons à Bequia vers 21h45, il fait nuit noire depuis 18h15 ! Il est temps d’aller au lit !

 

21/09/09

A 3h du matin, Pascale et moi sommes réveillés par le roulis… Pendant 2h30, Badinguet nous secoue comme des pruniers !!! Pourquoi la houle rentre t’elle dans Admiralty bay, mystère !!! En tous cas, nous sommes tellement fatigués que la seule réaction est….

-          Pascale : PFFFFFFFFFFF, C’est pas possible !

-          Nicolas : PFFFFFFFFFFF, Ouais !

Lever à 6h30 pour Pascale et 7h pour moi… Opération, nettoyage de coque, notre voilier n’avance plus du tout !

Je commence par passer 1h30 en apnée à gratter à la spatule les milliers de coquillages qui recouvrent l’intégralité de la coque. Mais je fatigue vite et impossible de nettoyer l’hélice et tout ce qui se trouve à plus de 1m de profondeur… Les efforts pour les détacher sont trop importants pour être faits en apnée… Maintenant que nous avons un équipement de plongée, il va falloir l’étrenner ! Une heure et une paire de gants plus tard, Badinguet est à peu près propre et mes doigts entaillés profondément.

  

Je suis épuisé mais le bateau a gagné presque 2 nœuds par rapport à hier aux même allures.

Le vent est stable de 15 nœuds, d’ESE et Badinguet avale les milles à 7 nœuds pendant que j’avale le délicieux repas que Pascale vient de concocter dans la fournaise de la cabine, 40° à l’intérieur !

Nous péchons un barracuda que je rejette à l’eau puis arrivons à Cariacou vers 15h… Les douanes nous attendent, ça faisait longtemps… Nous avons un record pour le Guinness, celui de la douanière la plus lourde de l’océan atlantique… Incroyable, aussi large que haute, une montgolfière de 150 kilos au moins !!! Ce qui est cocasse, c’est qu’elle est coincée par le mur derrière elle et lui est totalement impossible d’ouvrir un tiroir de son bureau… Mais comme elle a trois copines de 100 kilos chacune pour faire la causette au lieu de bosser, tout va bien. En tous cas, on se sent hyper légers, voir maigres en sortant du bureau des douanes.

Retour à bord, l’annexe traine derrière lorsque nous mouillons dans tyrell bay, en territoire connu. Pascale veut une connexion internet pour répondre à ses copines sur Facebook et je trouve un club de plongée pour faire regonfler la bouteille pour 8 USD, nickel !

Ce soir Spaghettis sauce tomate au fromage.

 

22/09/09

Départ à l’aube, vers 6h, Pascale grogne puis finit par se lever, il fait 30° à 7 heures du matin !

Tantôt 5 nœuds, tantôt 8, nous arrivons tranquillement à St Georges, la capitale de Grenade. Nous mouillons dans le lagon comme la dernière fois. Les travaux de la nouvelle marina avancent à toutes vitesses et envahissent lentement mais surement le mouillage gratuit du centre ville ! Nous profitons de cet endroit privilégié une dernière fois et l’ancre de Badinguet s’enfonce profondément dans la vase du lagon.

« Island water world » et « Budget marine » sont au programme de la journée. Nous prenons un transport en commun local et le chauffeur du bus N°1, complètement allongé sur son siège met la musique à fond. Pour conserver un semblant d’audition Pascale tente  de comprimer le haut-parleur qu’elle a sous sa cuisse droite avec un sac à dos mais peine perdue, il faut se boucher les oreilles discrètement, vive Grenade… Et a propos de grenade, j’en balancerai bien une au chauffeur !

Il fait une chaleur étouffante et la courte marche entre le shipchandler et l’arrêt de bus est une épreuve. Nous trouvons tout ce que nous cherchions et retour au lagon pour un nouveau passage aux douanes, pour la sortie demain matin.

La météo annoncée est excellente, Est à SE de 10 à 15 nœuds puis 20 nœuds vers Bonaire, c’est parfait pour nous. Nous mettons le genaker à poste, préparons les 2 tangons, rangeons l’annexe et allumons le groupe électrogène pour avoir un peu de clim, il fait trop chaud.

 

Encore un délicieux repas avec des côtes de porc puis on se regarde un super film dans la cabine arrière où la climatisation est la plus efficace !

Aller ! Il faut se coucher tôt, 3 jours de navigation non-stop nous attendent…

 

GRENADE - ANTILLES NEERLANDAISES

 

23/09/09

Il est 6 heures, Badinguet découpe en silence la surface de l’eau . Tout est calme, pas une ride, Le voilier navigue sur un miroir. Nous quittons le lagon de St Georges sans un bruit… Un incendie de broussailles menace le yatch club, les flammes font plusieurs mètres de haut mais personne ne s’en soucie et le ciel se couvre vite de particules noires qui menacent les bateaux restés au mouillage.

Cap droit vers l’Ouest, au 270° ! Vers le soleil couchant, notre route est tracée… Pour le moment, c’est le soleil levant qui nous gène, il fait 33° à 8h et les rayons rasants passent sous la capote du cockpit.

Plusieurs heures plus tard, il n’y a toujours pas de vent et c’est la première fois que j’envoie une voile juste pour faire de l’ombre, en l’occurrence, l’artimon ! Toute la journée se passe à éviter de se bruler la peau au soleil et la plante de pieds en marchant sur le pont… Jusqu’à 39° dans le cockpit, du jamais vu pour nous et nos organismes ne sont plus habitués à ce régime!

3 petites dorades se prennent aux lignes de pêche, Pascale est ravie, ça faisait longtemps que nous n’avions pas mangé notre poisson et elle va pouvoir nous faire à nouveau les délicieux petits plats dont elle conserve le secret bien caché dans son agenda !

Le soir venant, il faut sortir les harnais, les sangles, les torches, les frontales et de bons bouquins pour passer le temps sous une voute céleste étourdissante. Les quarts se succèdent, Pascale n’aime définitivement pas celui de 5h à 8h !

 

24/09/09

Le vent s’est levé en fin de nuit et Badinguet navigue sous voiles, genaker et génois sont tangonnés pour nous faire avancer et la voile d’artimon, toujours pour faire de l’ombre ! Une petite houle d’Est de 1m50 nous fait rouler d’un bord sur l’autre et la chaleur est un peu moins étouffante qu’hier. Une belle dorade de 1m se fait prendre et le congélateur continue de se remplir, lentement mais surement.

-          Pascale : Je vais me baigner.

-          Nicolas : Quoi ?

-          Pascale, beh oui, je vais me baigner.

-          Nicolas : T’as pris tes cachets ce matin ?  Tu veux plonger ?

-          Pascale : Non, tu me remplies des sauts d’eau ?

-          Nicolas : Ah d’accord, maintenant tu te baignes dans un saut, tu progresses, c’est bien !

Finalement, je mets en route la petite pompe à eau de mer du rinçage de chaine et tire le tuyau jusqu’à l’arrière de Badinguet. Pascale puis moi nous rinçons abondement en tentant de nous rafraichir avec de l’eau à 30°.

Le vent monte progressivement à 20 nœuds réels et le voilier file à 7,5 nœuds vers un magnifique coucher de soleil. Ce soir, dorade, patates sautées, Miam !

Pascale part se reposer et j’attaque le premier quart avec un deuxième roman policier.

 

BONAIRE                  

25/09/09

La nuit est beaucoup plus facile que la précédente, nous prenons vite nos marques et les quarts se succèdent tranquillement, l’allure « au portant » s’y prête… Le vent baisse un peu au petit matin et j’allume le moteur pour recharger les batteries et conserver notre vitesse de croisière de 7 nœuds.

Soudain, les deux cannes à pêche se plient en même temps. Vite, il faut enrouler le genaker pour ralentir le bateau ! A chacun sa canne et son moulinet avec un gros risque de s’emmêler… Tout se passe bien et nous remontons deux belles bonites ! Le congélo est presque plein !

La Pointe Sud de Bonaire apparait au dernier moment tellement la côte est sans relief, le seul repère que nous avons est cette immense antenne Radar qui semble plantée au milieu de l’océan. Comment faisaient les marins dans le temps pour appréhender par nuit noire ces iles plates sans carte et sans GPS ? Respect !

La houle diminue rapidement puis disparait sous le vent de l’ile, Badinguet est au près, à 8 nœuds, nous approchons de la ligne d’arrivée… Notre paire de jumelles n’a pas supporté notre absence et un prisme semble déréglé, il faut donc nous rapprocher pour savoir où aller… En utilisant la paire de secours, nous découvrons une quinzaine de voiliers sur corps morts (le mouillage est interdit à Bonaire)…

Aquarius est là et Marco nous fait de grands signes, génial !

Il bondit dans son annexe pour nous aider à prendre un coffre juste derrière eux. Pascale veut effectuer la manœuvre mais je préfère placer Badinguet moi-même ! Il faut se glisser entre deux voiliers face à 20 nœuds de vent, permis ou pas ! Une autre fois surement et surtout ne pas tenter le diable (ou la diablesse) !

Ca y est, nous sommes bien amarrés, sous le vent de l’ile, le long des petites maisons multicolores d’inspiration hollandaise.

Marco, m’emmène immédiatement chez nos amis les douaniers et une fois n’est pas coutume, c’est gratuit ! Je remplis deux déclarations, une pour la douane et une pour l’immigration mais je ne sors pas un copeck ! Un petit tour au supermarket et retour à bord pour retrouver Pascale en plein rangement.

Je pique une tête pour rafraichir mes coups de soleil, Pascale mouille ses chevilles à l’échelle de bain puis il faut ranger le genaker, les tangons, etc.

Pascale ne retrouve pas ses bijoux, elle les avait cachés dans la cabine arrière et impossible de remettre la main dessus. Un quart d’heure de sanglots plus tard, je quitte ma place à la table du carré et retrouve ses bijoux à l’endroit où elle les avait laissés !

Il est 17h30 lorsque nous retrouvons d’autres marins au bar branché de Kralendijk. Le café est situé en bout de ponton, sur pilotis et les serveuses sont toutes grandes, blondes avec un accent hollandais, nous sommes pourtant à 50 milles au Nord du Venezuela !

Pas de doute, nous ne sommes plus dans l’arc Antillais, les marins qui sont là sont presque tous des tourdumondistes et les escales suivantes répondent aux doux noms de Carthagène, San Blas, Panama, etc.

Deux bières plus tard, nous sommes à bord pour un repos bien mérité…

 

26/09/09

Marco a réservé un pickup de location pour deux journées. Il vient nous c hercher vers 8h30 et nous ne sommes absolument pas prêts. Pascale ne retrouve pas son haut de maillot de bain, nouvelle panique à bord de Badinguet ! Là, je ne me déplace pas et un quart d’heure plus tard, elle retrouve son maillot (je ne lui ai pas demandé s’il était à sa place !)

Le taxi qui doit nous emmener à l’aéroport pour récupérer notre 4*4 s’impatiente et nous grimpons en catastrophe dans l’annexe. Arrivés sur la plage, Pascale a oublié ses tongues, GRRRRRRRRRRR ! Je retourne à bord du voilier et ramène ses fichues tongues en pestant… Je beache une deuxième fois et Pascale éclate de rire, mes pompes ne sont pas non plus dans le fond de l’annexe ! Je retourne une deuxième fois sur Badinguet pour prendre ms sandales, nous avons 20 minutes de retard, bien joué, l’araignée !

Nous passons la matinée à visiter le Sud de l’ile avec ses salines, ses flamands roses et ses huttes d’esclaves . La végétation est rare et le sol aride. Des centaines d’oiseaux de toutes sortes s’envolent au passage de notre grosse voiture, des hérons, des piques-sables, des rapaces, etc. Il parait qu’il y a près de 360 espèces d’oiseaux différentes sur Bonaire.

Le système d’irrigation des bassins d’assèchement est piloté par des vannes, elles mêmes alimentées par de nombreuses éoliennes, bel exemple d’écologie ! Par contre des milliers de déchets terminent leur course sur la côte au vent, certains en ont fait de drôles de sculptures qui balisent la route côtière, voilà qui va intéresser l’association « Mer-Terre » de ma sœur Isabelle.

Nous déjeunons dans un petit resto au bord d’un lagon fréquenté par de nombreux windsurfers et même un hôtel naturiste ! L’eau est turquoise et si le paysage nous rappelle sans cesse le Cap Vert, la couleur de l’eau nous fait penser aux Bahamas.

Une petite baignade après des ribs et des frites puis nous continuons notre balade vers le Nord-est de l’ile où nous découvrons un autre phare « du bout du monde ». Nous traversons des forêts de cactus dans lesquelles évoluent des chèvres et des ânes perdus dans la pampa !

 

On se croirait au Mexique ou en Arizona ! Les pistes sont souvent difficiles à suivre car le sable est souvent remplacé par des pierres de lave coupantes comme des rasoirs. Nous retrouvons la grande route en passant près d’un circuit de chars à voile où s’éclatent quelques passionnés.

Il est 18h lorsque je commande des bières à notre bar habituel. Nous sommes fatigués de la journée mais que de surprises en visitant cette ile.

Les batteries de Badinguet sont au plus bas, il faut au moins 3h de groupe électrogène pour compenser la perte, j’en profite pour écrire un peu et trier les nombreuses photos que nous avons prises aujourd’hui. Pascale lit dans la couchette arrière.

 

27/09/09

A peine levé, je plonge sur notre corps morts, en l’occurrence, un bloc de béton de plusieurs tonnes pour passer une amarre supplémentaire. Un coup de vent est annoncé pour les jours qui viennent et leurs deux petites amarres de 14mm ne m’inspirent aucune confiance.. Je propose à Aquarius de leur faire la même manipulation et c’est chose faite 10 minutes plus tard.

Tout le monde dans l’annexe puis nous passons à la marina pour payer nos bouées (10,5 $/jour).

Deuxième journée de visite de l’ile avec la voiture de location, cette fois ci, direction le Nord et son parc naturel le « Washington Slagbaai Parc ». Nous payons 10 USD par personne puis nous pénétrons en 4*4 sur les pistes rouges de la réserve. Le décor est incroyable, des forêts de cactus géants, des plateaux de plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur de sédiments marins, des restes de coulée magmatiques… Le tout habité par des iguanes plus voraces les uns que les autres accompagnés de lézards multicolores et survolé par des centaines d’oiseaux, de perroquets, de rapaces, etc. On a même rencontré un sanglier tout surpris de nous voir débouler sur son territoire.

 

Les rares petites maisons qui bordent les routes de l’intérieur de l’ile sont entourées de haies de cactus croisés ! Voilà un métier a développer, croiseur de cactus !

Nous faisons une petite pose Palmes-masque-tuba avec Marco pour jouer avec d’énormes poissons de récif. Mérous, poisson-pierre, chirurgien, etc. Je prends en photo des perroquets arc en ciel et un perroquet de minuit peu farouches dont les tailles oscillent entre 75 cm et 1,20m. Pascale, restée sur la plage observe leur nageoire dorsale dépasser de la surface… Il fait plus de 40° au soleil et la petite baignade rafraichissante est appréciée de tous.

Nous terminons notre safari photo avec un autre endroit magique, une saline où des centaines de flamands roses piochent la vase de leur bec coudé pour en tirer quelque pitance ! Le spectacle sous le soleil déclinant n’est troublé que par les cliquetis de nos appareils photos, il va y avoir du tri à faire en rentrant !

Il est 18h lorsque nous commandons notre bière habituelle au happy hours du « cappucino café » de Kralendijk.

 

28/09/09

4h30 du matin, la pluie pénètre par le panneau de pont et je me lève pour fermer tous les hublots. Le bateau a complètement tourné et l’arrière de Badinguet est à 20 mètres des déferlantes de la plage, l’angoisse me gagne…

Je sors rapidement, la pluie frappe la surface de l’eau avec violence et le tonnerre est assourdissant. J’aperçois entre deux rideaux de pluie, Marco sous sa capote. Nous ne sommes pas les seuls à être debout, tous les équipages sont sur le qui-vive ! Personne ne comprend ce coup de vent d’Ouest, nous sommes tous poussés à la côte ! Si les vagues continuent de grossir, il va falloir décamper au plus vite car nous serions à terre en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Ce qui m’inquiète le plus ce sont tous les pécheurs qui viennent chercher leurs barques pour partir je ne sais où dans la tempête… On se pose toujours un tas de question dans ces cas là… Où vont-ils, ont-ils des infos météo qu’on a pas ? Faut-il les suivre ? Est-ce le signe que les conditions vont continuer à se dégrader, etc. ?

Pascale est repartie se coucher et je reste, la clé sur le contact, prêt à tout larguer pour ficher le camp. Au bout de 2 heures de veille, fatigué, je la rejoins dans la couchette et m’endors rapidement malgré les coups de tonnerre.

Baoum !, on a touché ? On a talonné ? On a percuté quelque chose ? Une demi seconde plus tard, je suis le pont, un petit voilier s’est beaucoup rapproché de nous, il nous a peut être touché, je mets le moteur en route et avance un peu sur notre corps mort. Aucun des bateaux n’a quitté sa place et si un voilier décide de s’en aller, j’ai l’impression que tout le monde suivra en cœur, les équipage attendent et s’observent ! Je raccourcis les amarres et laisse le moteur en marche par sécurité. Je communique avec Marco par VHF et lui annonce que si je talonne encore une fois, je dégage immédiatement, il est prêt à nous suivre !

Mais ça n’arrivera pas, même sous les grains les plus violents, Badinguet ne chatouillera plus le fond ni son petit voisin tout disloqué ! L’onde tropicale se calme quelques heures plus tard, la mer redevient calme et les voiliers s’écartent à nouveau du rivage, sacré réveil, tu parles de notre première grasse mat ! !

Je reprends une météo, le coup de vent commence vraiment cette nuit, avec 30 nœuds d’Est prévus. Pascale est partie rendre la voiture de location pendant que je répare la climatisation de la cabine avant et à son retour, nous avons 3 clim opérationnelles sur Badinguet. Enrica et Marco nous invite à diner …. Sur Badinguet ! Et les voilà qui embarquent avec tout un tas de petits récipients que Marco manipule avec beaucoup d’attention, des câpres dans du gros sel du Sud de l’Italie, son huile d’olive italienne extra vierge (encore mieux que vierge !) pressée à froid, son poivrier en  bois du Sud de la botte de Berlusconi et j’en passe. Et le voilà qui nous concocte, torse-poil, un tartare de wahou délicieux, différents carpaccios de wahou puis en plat, deux cuissons différentes du même poisson avec entre les deux un granité de « on a oublié » mais c’était encore un truc rital et délicieux !

Il nous explique qu’il a récupéré les poches à œufs du wahou. Il les a laissés dans du gros sel 3 jours puis séchés au soleil une bonne semaine et enfin il les râpe, pour agrémenter les pasta ! (Si le wahou savait ça !)

Le soir, nous regardons « Jurrasic parc I » sur la TV du carré, les iguanes nous inspirent !

Une nuit à se faire exploser (terme de Pascale) par les mosquitos !

 

Du 29/09/09

Nous passons la matinée sur « klein Bonaire », une petite langue de sable fin protégée par une belle barrière de corail entoure la petite ile. Pascale, Enrica et Pablo barbotent pendant que Marco et moi longeons le récif avec nos palmes et nos masques. Barracudas, perroquets arc en ciel, calamars, tortues, poissons anges français (je ne sais pas s’il en existe des Italiens !), etc.

Nous passons l’après-midi à faire quelques courses au grand supermarché du coin. En rentrant, j’installe l’antenne satellite extérieure que Bruno et Nath de « Oxia » nous ont revendu avant de rentrer en France. Le téléphone Iridium en profite pour changer de place avec un nouveau système de fixation qui a fait ses preuves, l’élastique de slip !

Encore une nuit en compagnie des moustiques qui ne semblent pas dérangés par nos « mosquito coil » et nos moustiquaires…

 

30/09/09

Retour à terre pour acheter de la viande de bœuf, ce soir, c’est à notre tour d’inviter !

Je passe l’après-midi à bricoler, l’établi est à l’arrière de Badinguet et ça coupe, ça scie, ça perce… Tout est en place après plusieurs heures de boulot pendant que Pascale pianote sur internet et fait une lessive. Heureusement qu’Eric, Thierry et Momo de la Scamex m’ont aidé pendant notre séjour en France, ils sont capables de tout fabriquer, tout souder, il faut juste que je ne me plante pas trop dans les plans sinon, ils me tombent dessus ! Grace à eux, nous avons deux grilles en inox anti-intrusion, une protection de porte, des joints pour l’évier de la cuisine, des circlips, un obus pour démonter le propulseur d’étrave à flot et j’en passe. Merci encore à eux pour leur gentillesse et leurs extraordinaires capacités.

Je termine le bricolage en plongeant du bateau pour faire baisser un peu ma température et nettoyer encore la coque de Badinguet. Je passe deux heures dans l’eau à gratter jusque sous la quille, les centaines de coquillages qui m’avaient échappé aux Grenadines.

Les MAYER (Enrica, Marco et Pablo) arrivent à la tombée du jour… Fois gras en entrée puis un méga bœuf Bourguignon et enfin un clafoutis à l’ananas… Ils ne nous en on pas laissé une miette ! Et tout ça sans câpres et sans huile extra-extra-vierge du Sud de l’Italie ! 

On regarde « Jurassic parc II » !

Ras le bol de me faire piquer par ces fichus insectes !!! On met du produit dans toutes les cabines, j’allume 2 spirales insecticides, il y a des moustiquaires partout et ça ne suffit pas !!!! Ils viennent d’où ces saloperies de mosquitos ??? Par où passent t-ils et pourquoi ne sont-ils pas foudroyés par les produits ??? Ils ont mutés ou quoi ??? Peut être regardent-ils « Jurassic park » avec nous le soir ? Il va falloir vérifier si nous n'avons pas d'eau stagnante dans les fonds...

 

01/10/09

Réveil avec encore quelques piqures de plus… Je change les boutons-poussoirs du guindeau puis nous partons tous à terre pour faire la clearance de sortie et régler la bouée à la marina. Nous passons au siège de la police de Bonaire juste avant l’arrivée de la fanfare du coin, peut être la fête de l’indépendance de l’ile ?  Encore un tour au supermarket pour racheter de la viande bœuf délicieuse et peu chère (7 € le kilo).

Le soir, nous préparons les voiliers pour la navigation de demain (remonter les annexes et les moteurs, préparer les tangons et les voiles, etc.

Nous regardons « Jurassic park III » avec nos copains les moustiquosaures !

A 23h, un superbe feu d’artifice tiré du port nous réveille, ça change des moustiques ! Tout ça pour fêter notre départ, fallait pas !

 

CURACAO

 

02/10/09

Départ vers 8h45, direction « Klein Caraçao » ! Vent grand largue, 20 nœuds, idéal !

Je teste un énorme leurre, un truc pour attraper des éléphants de mer mais rien ne mord !

Nous contournons la petite ile plate vers 11h45 à la moyenne de 7 nœuds et mouillons devant un village qui semble abandonné,  Aquarius arrive à son tour.

La messe est vite dite ! L’endroit est rouleur et venté donc après une courte visite de l’ile déserte, nous partirons vers Curaçao ! L’annexe de Badinguet emmène tout ce petit monde à terre. Au milieu de la lande aride se dresse un magnifique phare abandonné, en ruines. Les deux épaves qui rouillent sur la côte au vent n’ont pas du apprécier que le phare soit à l’abandon ! Triste spectacle que ce beau voilier éventré, pillé, blessé à mort. Que lui est-il arrivé ?

Je prélève quelques centimètres carré de pont en teck pour masquer les rayures que j’ai faites sur Badinguet en installant les axes de la protection de porte. Comme ça, une petite partie de ce voilier voyagera avec nous et l’aventure continue…

Nous quittons Klein Curaçao après nous être fait prendre en photo de très près par l’hélicoptère des Coast guards… En fait, nous n’avons absolument pas le droit d’être là sans avoir fait la clearance d’entrée à Curaçao…

Deux heures plus tard, nous engageons « Spanish water ». Il est 17h30. Pascale est à la barre et pilote à la perfection dans l’étroit chenal qui nous mène en zone abritée.  Nous zigzaguons sous un vent violent entre des dizaines de voiliers de voyage serrés les uns contre les autres. En désespoir de cause, nous changeons de bras de mer et trouvons deux places assez éloignées l’une de l’autre mais nous passerons la nuit à l’abri. « Piata », le voilier de nos amis Brésiliens est là aussi, incroyable ! 

Badinguet est mouillé au beau milieu de bateaux de toutes les nationalités, tout le monde  nous fait des signes amicaux, nous sommes fatigués et demain est un autre jour. Pascale s’est endormi pendant que je tape mon texte, le vent rafraichi l’atmosphère et les moustiques se préparent…

 

03/10/09

TUUUUUT, TUUUUUT !!! Une sirène à 5h30 du matin, je rêve ! Je risque un œil dehors, des dizaines de petits voiliers naviguent au beau milieu des bateaux du mouillage, pas de signe amical, pas de sourire, une bande d’imbéciles !

Avec le lever du soleil, je réalise que je nous sommes quand même mouillés un peu en limite de chenal, il va falloir se déplacer. Le coin est vraiment surchargé et trouver une place va être « coton » !

Nous changeons de zone pour envoyer à nouveau 35m de chaine dans la vase, nous avons rendez-vous avec Aquarius à 9h (il y a un bus toutes les heures), nous avons le temps ! Pascale s’épile les pattes arrières lorsqu’un voisin vient m’annoncer que nous n’allons pas tarder à être virer car nous sommes sur le territoire du club de planches à voile !!! Je hais ce coin ! Je trouve un troisième mouillage coincé entre 10 voiliers, il est 8h45, là, on est vraiment en retard !

Pascale m’attend dans l’annexe lorsque je ferme Badinguet et me précipite à l’arrière pour la rejoindre. Mon pied glisse sur le dinghy et vlan, je tombe à plat ventre, la moitié du corps sur le boudin et l’autre dans l’eau ! No comment !

Après m’être changé à toutes vitesses, nous rejoignons Marco et Enrica et je crois déceler un sourire fugace sur le visage de ma chère et tendre qui doit se remémorer ma gamelle…

Une demi-heure de bus plus tard, nous sommes à Willemstad, la grande ville de Curaçao pour faire la clearance. Les façades typiques du nord de l’Europe contrastent avec les échoppes multicolores des vendeurs Vénézuéliens, un curieux mélange, agréable et déboussolant à la fois !

Le douanier nous gratifie de la plus belle signature des Caraïbes, on dirait un papillon !

Nous rencontrons plusieurs équipages français dont les femmes nous font la leçon sur la navigation dans le coin, la Colombie, ce qu’il faut faire ou ne pas faire, etc. Marco et moi les entendons sans les écouter. Ces femmes semblent n’exister que par leurs sites internet et leurs relations avec les autres marins… Elles connaissent tout sur tout, inutile des les contredire, elles deviennent très vite insupportables et nous écourtons courtoisement la discussion… Et dire qu’on risque de les retrouver à Carthagène ! Nous avons quand même appris pourquoi, Curaçao est complètement surchargé. Le gouvernement Vénézuélien a bloqué tous les voiliers étrangers à Puerto la Cruz en confisquant les papiers des marins. Le fisc fait la chasse aux propriétaires locaux qui battent pavillon étranger pour des raisons financières… Tout le monde est concernés et à chacun de prouver qu’il est skipper et propriétaire de son bateau… Tous ceux qui ont pu fuir le pays avant la chasse sont ici, les uns sur les autres !

Autre nouvelle sympathique qui date d’il y a trois jours… Ils ont retrouvé sur la plage, les vêtements du vice consul des Etats-Unis, maculés de sang ! Le reste du diplomate n’a pas été retrouvé ! Ca explique l’agitation des coast guards ! Ca commence à faire beaucoup !

La ville n’a rien d’original si ce n’est le contenu des étalages des Vénézuéliens, accrochez votre ceinture ! De la bave d’escargot pour les cheveux ou la beauté de la peau, de la bile de requin pour l’asthme et surtout ces bouteilles remplies d’organismes monstrueux sortis des profondeurs…

 

04/10/09

Il est 8h30 lorsque nous ouvrons les yeux, pas un moustique n’est venu perturber notre sommeil, c’est cool !

Aujourd’hui, après avoir acheté une connexion Internet d’une lenteur exaspérante sur un vieux catamaran hollandais, nous faisons la brocante du coin en tant que vendeur ! Et oui, Martine, Nous mettons en vente un moteur hors-bord Suzuki, un sondeur de pêche et un harnais d’escalade. Tous les marins du coin se retrouvent entre les petits stands et nous faisons la connaissance de nombreux équipages Français dont « Biquet » et son épouse « Biquette » sur le catamaran « Voyage », (Biquet a une cruralgie, vive les kinés !).

Ils sont très sympathiques et la suite du voyage vers Carthagène (qu’ils connaissent bien) et ensuite le Pacifique, (qu’ils ne connaissent pas plus que nous) va prendre des allures de « la croisière s’amuse » tellement nous sommes nombreux.

Si nous avons bien compris, un gros risque se dresse devant nous… Ce ne sont pas les terribles orages électriques qui foudroient les navires en Colombie mais les apéros qui recommencent à pointer leur nez… En tous cas Badinguet n’est pas passé inaperçu dans « Spanish water » et tout cette petite communauté flottante nous a repéré de loin…

Nous discutons longuement en espanglais avec nos vieux amis Brésiliens et tout le monde retourne à son bord vers midi avec pour nous 20 $ de gagné !

Nous passons l’après midi à ne rien faire du tout ! Juste un petit tour en annexe dans les différentes zones de mouillage de « Spanish water ».

Notre connexion Internet nous permet de temps en temps de communiquer via Skype et je retrouve Maël qui m’explique ses difficultés à accepter une dose de travail aussi importante. S’il travaille régulièrement, ses notes sont excellentes (et le Papa est très fier) ! Dés qu’il lève un peu le pied, la sanction est immédiate car le contrôle est permanent et les doutes s’installent, choix d’orientation, réflexions sur la société, etc. Je reste néanmoins épaté par les résultats qu’il obtient lorsqu’il se met au travail et la qualité des discussions que nous avons tous les deux.

Je découvre avec émerveillement le site Internet de « Etoile de lune » l’équipage qui nous en a mis plein la vue dans les bureaux de l’immigration. Et bien ils ont eu raison, leur site est extraordinaire, le contenu comme le contenant est exceptionnel, jamais je n’ai vu un site aussi bien fait… Trop jaloux !

Nous dinons à bord d’Aquarius avec pâtes à la Bortarga (sauce à base d’œufs de poisson séchés), le goût est assez spécial (on dirait des pâtes à la rogue, les bretons comprendrons…) puis wahou aux légumes et gâteau aux poires de Pascale, encore une excellente soirée dans ce mouillage bondé.

 

05/10/09

Le ponton des annexes est surchargé, impossible de mettre un cadenas, tant pis ! Nous prenons le bus de 10h pour le super marché et un petit coup de « Budget marine ».  Retour vers 12h avec 36 litres d’eau minérale dans les sacs !

Pascale repart en ville l’après-midi pendant que je continue mes petits travaux sur Badinguet. Le bus pour le supermarché est gratuit et celui pour la ville coute 80 cents de dollar. Il y en a un toutes les heures ou toutes les heures et demie et comme ils ne respectent pas trop les horaires, les attentes sont souvent longues et caniculaires !

Le vent est de 15 nœuds en moyenne et tombe en deuxième partie de nuit. Il se lève tôt le matin et jusqu'à midi, 20 nœuds d’Est secouent le mouillage. Côté ambiance, nous commençons à en avoir un peu marre des donneurs de conseil et de leurs discours… Les orages extrêmement violents, les mouillages aléatoires sur la côte Colombienne, l’embouchure du fleuve Magdalena, qui charrie des troncs d’arbre et dont le courant s’oppose au courant subtropical dominant, levant une mer impressionnante, le cabo de Vela « le cap Horn des caraïbes », l’un des 10 passages les plus dangereux de la planète bleue pour les plaisanciers, le banditisme à Barranquilla, la mer haute et cassante sur la bande côtière et surtout ces vents catabatiques qui descendent en trombe des montagnes de la sierra Nevada qui culminent à plus de 5000m. Et je ne vous parle pas des effets de « fond de golfe », des courants, une météo peu fiable, etc. Bref, une navigation complexe en vue, à préparer avec beaucoup de soin. 

Ce soir, comme chaque tuesday and Thursday, c’est happy hours au yacht club ! Tous les marineros se retrouvent autour d’une bière et les discussions vont bon train…

Il est 20h, j’ai la tête farcie de chez farcie !!! Tous nos amis et les amis de nos amis ont passés 3 heures à parler des différences de tarifs, des prestations et des services entre la Colombie et Les ABC ! Carénage, sortie de l’eau, fournitures, calage semblent beaucoup plus sérieux ici qu’en Colombie pour une différence de prix modique.

La baie de Carthagène, véritable bouillon de culture est un des endroits les plus sales au monde pour les coques de bateau. Y rester plus de quinze jours est souvent fatal pour les meilleurs anti-fouling, et certains chantiers locaux seraient fermés !

Tellement d’informations en même temps plus trois « Amstel » (bière locale) et mon cerveau n’arrive pas à prendre une décision… De toutes façons, avec ou sans bière, impossible d’avoir une vision claire de la situation. Pour finir la discussion, Armand, notre voisin de mouillage à acheté de la peinture bon marchée puis a ajouté des antibiotiques pour vaches, du sulfate de cuivre (1 kg pour 1 gallon) et du désherbant agricole… Sa coque est nickel !!! Nous sommes épuisés par toute cette agitation.

 

Du 06/10/09 au …

Les nombreux équipages qui attendent la fin de la saison des orages et une météo potable pour descendre vers la Colombie se retrouvent sur le canal 72, peu d’intimité dans ces conversations accessibles à tous… Les « Biquets » sur leur catamaran « Voyage » continuent à nous renseigner sur les ABC et les Samblas et au moins, la question du jour est résolue… la baie de Carthagène est tellement sale et polluée que si nous voulons rester quelques temps en Colombie, autant sortir le bateau de l’eau pour le préserver et le caréner là bas en fin de séjour. Ce serait un peu ballot de se pointer dans  cette baie cradingue avec un Badinguet tout propre sous la flottaison ! 

Nous passons nos soirées tantôt à bord de Badinguet, tantôt chez nos nombreux voisins. Beaucoup de temps à discuter, échanger des films ou des logiciels, trouver des infos sur le matériel, bricoler, faire les pleins d’eau douce en bidonnant, etc.

 

L’un de nos deux pilotes automatique est à nouveau en panne, la dernière réparation au Marin n’a servie à rien et le technicien est beaucoup trop loin de nous pour que je lui tombe dessus… Il va falloir acheter un nouveau calculateur Raymarine je ne sais pas encore où… Panama, Colombie ou peut être ici avec tous ces Américains qui font l’aller-retour régulièrement aux USA…

Il faut également qu’on trouve une astuce pour récupérer l’eau de pluie. L’eau de Spanish water est trop souillée pour qu’on dessale et à Carthagène, ce sera pire ! Sous ces latitudes, il pleut régulièrement et ça devient rageant de voir toute cette eau douce gratuite nous passer sous le nez…

Régulièrement, nous allons en ville ou dans les zones commerciales en empruntant les bus ou en faisant du stop si le temps nous parait trop long, on s’encroûte grave…

Et alors là arrive la période de la question qui tue (juste avant la fin de la période des orages !!!).

Un exemple…

Un voisin arrive en annexe, s’accroche à Badinguet et te sort…

-          Le voisin : Je viens d’installer un convertisseur sinusoïdal 24-12V !

-          Nicolas : Ah, ouais, pourquoi, sinusoïdal ??? (la question qui tue)

-          Le voisin : tous les convertisseurs que tu as sur ton bateau sont des appareils qui te fournissent du courant de forme rectangulaire, donc assez agressif pour tes instruments branchés en direct sans transfo comme la TV, les ordinateurs, etc.

-          Nicolas : Ah, bon. Mais pourquoi, j’ai ça, moi ? et Sinusoïdal c’est mieux ? (deuxième question qui tue)

-          Le voisin : Ah oui, bien sûr, c’est beaucoup mieux car le courant est de forme sinusoïdale (on s’en serait douté) et les appareils électriques ne souffrent pas du tout. Sinon, leur durée de vie est nettement limitée !

Et là, c’est ta durée de sommeil qui est nettement limitée car tu commences à psychoter sur la souffrance de ta TV dés que tu l’allumes… Ce gentil voisin ne serait pas venu te raconter sa matinée, tu aurais pu continuer à regarder ta télé peinard, les doigts de pied en éventail, mais, non, il est venu parasiter ton univers… En fait, avec tout ce que j’entends, je finis par être sûr que notre beau voilier est plein de problèmes potentiels…

Il y a celui qui met une gourmette en argent dans son réservoir d’eau douce (pour tuer les bactéries), ceux qui mettent des filtres UV après la sortie du déssalinisateur, toujours pour les bactéries. Ceux qui mettent deux couches de primaire entre chaque marque d’antifouling. Ceux qui dessalent quoi qu’il arrive pour entretenir les membranes même si l’eau est sale, celui qui te dit qu’un régulateur de tension 220V est indispensable car en Amérique du Sud, tout le monde crame ses chargeurs de batteries, d’autres disent qu’il faut tout acheter ici car on ne trouve plus rien après, etc. Bref, je n’ai jamais entendu autant de palabres contradictoires et chacun est sûr de son système…

Du calme, on veut du calme !

Nous faisons la connaissance du ketch « La fée verte » de Jean-Claude et Monique. Un magnifique voilier de 55 pieds ayant appartenu, il y a 40 ans à Ted Kennedy.

Je continue tranquillement à bricoler à mon idée en suivant d’un œil la météo et quand même ce que font nos voisins… Je passe quelques heures à dépanner ou à configurer du matériel sur les bateaux d’à côté pendant que Pascale profite un peu du calme… Lorsque l’annexe n’est pas attachée au cul du voilier, les gens s’imaginent qu’il n’y a personne à bord et donc peu de risque d’être dérangée. Sinon, tout le monde continue à s’exprimer sur le canal 72, sauf le matin de 8h à 10h quand les Américains monopolisent les ondes.

Nous avons réussis à entrer en contact par mail avec la fabrique de dinghy « AB » de Barranquilla (en Colombie) et les revendeurs potentiels de matériel Raymarine en Colombie et au Panama. Nous devrions pouvoir acheter tout ça sans problème sur place, bien qu’ici, on nous ait affirmé le contraire…

Nous avons apporté quelques nouvelles modifications à Badinguet : Fixation sérieuse de la télé du carré avec installation d’un deuxième lecteur multimédia de 1 téraoctet. Installation d’un deuxième port-filtre en entrée de déssalinisateur, dans le premier, un filtre 20 microns et dans le deuxième, un filtre à charbon lorsqu’on rince et un filtre 5 microns en utilisation. Fabrication d’un système pour récupérer l’eau de pluie avec un seau percé d’un passe-coque… Et beaucoup de nettoyage pour Pascale, et de maintenance pour moi.

 

J’ai constaté avec le testeur que l’eau de notre réservoir (même filtrée) est largement au dessus des normes américaines de toxicité. D’où l’idée de fabriquer un autre système de filtration « portable » pour purifier l’eau qui arrive sur Badinguet.

Nous dinons quelques fois avec "Aquarius" et louvoyons entre les apéros du mouillage en tentant de limiter l’absorption d’alcool fort, même Pascale s’est mise à la bière !

Les pleins de bouffe, d’eau, de boissons, de filtres, d’huiles moteur, joints, gaz, sont faits… Une fenêtre météo semble se dessiner à partir de mardi, le départ approche ! Nous avons hâte de partir, de quitter ce petit monde clos et stérile…

 

ILES ABC - COLOMBIE 

 

20/10/09

Il est 7 heures, nous sommes tous les deux debout pour peaufiner le départ… Le genaker et les tangons sont à poste, Badinguet est dans les starting-blocks ! Nous zigzaguons très prudemment en suivant la ligne de chaine et par deux fois, Alain, sur « Calenda » nous écarte de son voilier en nous poussant à la main, nous sommes vraiment très proches les uns des autres… Ca y est, l’ancre est dans le davier, nous quittons la zone de mouillage. 

Hier soir, nous sommes allés dire au revoir à tout le monde et à chaque bateau et les équipages nous ont invités à boire un coup… Je ne sais plus trop combien de voiliers nous avons visités, mais vu le taux d'alcoolémie au retour, c'est sûr, nous avons beaucoup d'amis ! Ce matin beaucoup de bras se lèvent pour nous saluer, c’est cool !

Pascale pilote Badinguet dans le chenal puis le pilote automatique la relaye vers le Nord-ouest. Les deux tangons écartent les points d’amures du genaker et du génois nous remontons la côte de Curaçao à 6,5 nœuds. Un thon jaune atterrit sur le pont et Pascale récupère immédiatement les meilleurs morceaux pour les préparer puis les déguster en Sashimi et en carpaccio à midi.

« Voyage » est derrière nous avec « Moana » et « Aquarius » ferme la marche. Les écarts se creusent rapidement et nous arrivons à Santa Cruz avec 40 minutes d’avance sur un « HANSE » de 55 pieds. Le catamaran « Voyage » des biquets arrive juste derrière Aquarius et « Moana » arrive 4 heures après nous. Deux voiliers Français, un Italien et un Canadien se retrouvent devant la petite plage de Santa Cruz au Nord de Curaçao.

Enfin de l’eau claire, du sable et des coraux, Biquet vient me chercher pour nager pendant que Pascale se prépare pour une leçon de P.M.T. (Palmes, masques, tuba) avec Biquette. Et oui, vous avez les R.T.T. et nous avons les P.M.T. !! Nous nageons quasiment 1 heure à un rythme soutenu, Biquet tient la grande forme ! Je suis mort mais content d’avoir nagé aussi longtemps et que de beaux poissons encore…

Pendant ce temps, Pascale part avec Biquette en nageant, direction la plage ! Il y a 4 mètres de fond, elle a son masque sur le visage et biquette lui a passé un petit pare-battage avec une poignée autour de l’avant-bras et les voilà parties… Incroyable, je n'en crois pas mes yeux ! La plage est à 200 mètres et non seulement elles se tapent l’aller-retour mais elles font un détour par les rochers et les coraux qui bordent la petite baie, je rêve !

Pascale enlève son masque en bas de l’échelle de bain, elle jubile, je n’en reviens pas !

Tout le monde se prépare pour la navigation de demain, 55 milles jusqu'à Aruba. Le jour tombe et nos coups de soleil soupirent de soulagement à partir de 17h30…. Une musique jazz s’échappe de « Voyage », derrière nous, la mer est calme… Tout le monde traine sur le pont et profite du cadre et de l’atmosphère paisible qui se dégage de ce bel endroit.

Huit bières encombrent la petite table du seul bar du coin à 18h30, nous sommes tous réunis encore une fois et l’équipage du « Lotus bleu », un autre catamaran vient se joindre à nous. Nous ferons route tous ensemble demain. Fatigués par le vent, le soleil et la mer, nous passons un bon moment avec toujours les histoires rocambolesques des Biquets, on adore !

20h, tout le monde est à son bord, il fait nuit noire, un petit croissant de lune illumine le mouillage. Marco nous prépare le thon jaune en tartare sur Aquarius pendant que Pascale cuit le riz aux oignons. Nos yeux piquent de fatigue, cette première navigation depuis 18 jours nous a explosé ! Vivement nos couchettes.

J’ai quand même réessayé le dessalinisateur et le diagnostic est cette fois définitif, les membranes sont mortes, il va falloir les remplacer… D’après le service après-vente de « Dessalator », il n’y a pas de revendeur en Colombie et les taxes douanières sont hors de prix ! Nous verrons à Carthagène.

 

21/10/09

Le réveil sonne à 7h30, je risque un œil à l’extérieur, pascale est déjà debout, nous sommes seuls au mouillage… Ils sont tous partis avant nous !!!

Le petit déjeuner et la chaine de mouillage sont avalés en quatrième vitesse, je distingue "Aquarius" quelques milles devant nous. Il fait une chaleur étouffante le vent n’est pas au rendez-vous, le moteur ronronne avec la voile d’artimon pour stabiliser.

Une heure plus tard, nous envoyons génois et genaker tangonnés, ça devient une habitude… Pascale et moi sommes très complémentaires dans ces manœuvres et les deux voiles d’avant forment une grande poche d’air qui nous propulse à 5,5 nœuds. Nous rattrapons le catamaran « Voyage » qui envoie son spi et "Aquarius" qui, comme nous, souffre du manque de vent. Il fait une chaleur épouvantable.

-          Quelqu’un aurait-il de l’ombre à nous passer !

Nous passons de longues minutes sous le jet d’eau de mer, juste pour se rafraichir un peu.

2 dorades se prennent sur la petite traine, la grosse ligne n’a encore rien attrapé mais je ne désespère pas, le leurre est tellement gros qu’il va falloir une sacrée bouche pour gober tout ça !

Un hélicoptère des coast-guards contourne le grand mât de Badinguet et le bras du pilote apparait par la fenêtre, s'agit-il d'un signe de bienvenue ? A la côte, des zodiacs noirs remplis de militaires en treillis naviguent à toute vitesse en sautant dans les vagues, on se croira à Guantanamo !

Nous arrivons à Aruba juste derrière « Moana » (parti à 4h du matin) et « Lotus bleu », le catamaran de Denise et Jean-Louis. A la VHF, France et Guy, les Canadiens de « Moana », nous expliquent que les garde-côtes leur interdisent de mouiller devant l’aéroport si les formalités ne sont pas faites immédiatement… Puis c’est au tour de « Lotus bleu d’être visiter par le grand Zodiac gris militaire… Bien sûr, notre tour arrive et nous voilà contraint de quitter les lieux où de repartir en arrière pour aller s’amarrer je ne sais où, vers le quai des douanes… Ils sont armés jusqu’aux dents et la courte conversation que nous avons avec les "Robocops" ne nous engage pas à poursuivre plus avant. En voilà qu’on ne convaincra qu’avec une mitrailleuse lourde...

Alors que je manœuvre pour me dégager de leur immense pneumatique, ils repartent en mettant les gaz vers « Moana » et sautent à bord pour commencer une fouille rapide. Guy peste en silence en voyant leurs gros godillots marquer le pont de leur voilier. Je raconte l’histoire à « Aquarius » et « Voyage » et tout le monde est d’accord, on se tire de là au plus vite et on passe la nuit en mer… Quelques minutes plus tard, c’est au tour des «Biquets d’être aborder par les garde-côtes, et ils sont loin de la terre ! Quel accueil ! Le jour commence à baisser lorsque toute la petite flottille quitte Aruba « l’hostile » pour le large…

Je remets la ligne à l’eau et un deuxième thon jaune se prend juste au moment ou un bimoteur des garde-côtes nous survole à basse altitude. Nous ne comprenons pas cette surveillance, Ils ont du déménagé fort Knox à Aruba…

Les Cinq équipages se mettent d‘accord à la VHF sur les caps, les routes et autres way point. La nuit enveloppe rapidement les deux catamarans et les trois monocoques. L’activité orageuse à la côte est impressionnante, Pascale est partie se coucher et je regarde les nombreux éclairs comme on regarde la télé, ils sont sur le continent et nous passerons très au nord.

 

22/10/09

Nous dépassons les Iles Monjes vers deux heures du matin, les cinq voiliers se sont éparpillés, nous sommes toujours devant d’après le radar que j’allume régulièrement en raison du très grand nombre de cargos qui croisent sur la route de Panama.

Au petit jour, une bonite vient finir de remplir le congèlo et nous faisons le point sur nos différentes positions. « Aquarius » est juste derrière nous à 4 milles puis « Lotus bleu », « voyage » et enfin « Moana », (la voiture balaie). Le courant portant est de trois nœuds à la côte, Badinguet accélère à plus de 8 nœuds, plus que quelques milles et nous serons dans Bahia Honda en Colombie . Le vent se renforce lentement mais surement et nous engageons la grande baie avec 20 nœuds établis. Il nous faut plus d’une demi-heure pour atteindre la zone de mouillage que j’ai repéré. « Aquarius » jette son ancre à côté de nous puis c’est au tour de « Lotus bleu ».

Tout le monde est fatigué et lorsque « Voyage » arrive, les rafales atteignent 30 nœuds. Les Biquets continuent vers le fond de la baie pour se mettre à l’abri, ils ont complètement déchiré leur spinnaker.

Notre mouillage devient vite cauchemardesque, le Fesch est trop important et les vagues grossissent vite…

Le déménagement devient urgent ! Tout le monde remonte son mouillage malgré la puissance du vent et, moteur à haut régime, nous remontons contre les vagues jusqu’au mouillage de « Voyage ». Il y a 1 mètre sous la quille et moins de clapot, le vent, lui ne faiblit pas et toute l’après midi, il hurle dans les haubans en bousculant Badinguet et ses 4 compères. J’ai installé les deux amortisseurs de mouillage et largué 45 mètres de chaine. Pascale se repose une bonne partie de l’après midi. « Moana » arrive quatre heures après nous, jette son ancre et les Canadiens disparaissent dans les bras de Morphée. Notre chaine de mouillage est de plus en plus rouillée et il va falloir en racheter 80 mètres avant d’engager le Pacifique… Il parait qu’il est quasiment impossible de trouver de la chaîne  « métrique » en Amérique centrale (toutes les mesures se font avec des unités américaines, pieds, pouces, etc. )… Là aussi, nous verrons bien…

Le paysage qui nous entoure est lunaire, désertique, on distingue bien quelques habitations en bois au loin, sur une colline mais comme le vent est trop violent, nous sommes tous consignés à bord et je profite de l’instant pour écrire une peu. L’eau est laiteuse, on ne voit pas le fond malgré les faibles profondeurs, pas très engageant pour se baigner. Une nuit au large parce qu’on s’est fait viré et une nuit par trente nœuds de vent à se faire secouer dans une baie perdue au milieu de nulle part en Colombie, ça commence bien !

En toute fin d’après midi, une petite barque vient nous rendre visite, il sont déjà passés voir les cata et « Moana », je leur donne à mon tour deux bières et une drisse élastique que je garde depuis Dakar dans la soute. Ils sont ravis, « Moana » leur a donné des chandails, « Voyage » et « Lotus bleu » des bières et « Aquarius » des habits d’enfant, C’est noël !!! Ils ont quand même bien lorgné nos bateaux et nous décidons de veiller sur le canal « 69 » toute la nuit au cas où l’un d’entre nous ait une visite nocturne.

 

Pascale et moi dormirons à l’arrière avec la grille sur le panneau et j’ai pris soin de retirer du pont tout ce qui serait susceptible de les intéresser…

Nous plaisantons une bonne heure sur notre canal VHF commun, Guy, le Québécois est tout simplement déchainé !

Le vent se calme légèrement en fin de journée pour se stabiliser à 20 nœuds dans les rafales, les feux de mouillage sont allumés, nous passons notre première nuit en Colombie, Ca s’arrose !

 

23/10/09

Le vent s’est un peu calmé dans la nuit et le sommeil fut paisible… Il est 8h, Biquette et Enrica discutent à la VHF, ils sont sur le départ et nous émergeons à peine !

Nous partons encore une fois bon dernier de la baie de Bahia Honda, les 20 nœuds du mouillage redescendent à 15 dés la sortie de l’abri, tu parles d’un abri !

Au large, la flottille s’éparpille et c’est à celui qui prendra le plus de poissons. Je ressors le genaker et le croise avec le génois, Badinguet accélère et laisse loin derrière ses sympathiques poursuivants… Nous prenons 3 thons à la chair très blanche et à chaque fois, nous enroulons les 2 voiles pour freiner le bateau et nous permettre de mouliner.

Par deux fois, la grosse ligne est partie mais le gros poisson attendu ne s’est pas piqué, je vais changer l’hameçon simple par un double… 25 milles plus tard, nous passons la ligne d’arrivée ! Nous prenons toujours soin de ranger à l’abri des regards les deux cannes à pêche avant d’arriver dans un mouillage forain. En général, les locaux viennent rapidement nous voir et il n’est pas utile de les tenter…

Nous contournons le très fameux Cabo de la vela (le Cap Horn des Caraïbes) et pénétrons dans la grande baie. Heureusement que « Voyage » nous explique ou mouiller car la zone est immense, bordée de petites maisons en bois et de huttes. La partie Nord de la baie est encombrée de filets flottants très peu visibles et nous avons bien failli en découper quelques uns ou pire, nous les prendre dans l’hélice.

Le vent souffle à 25 nœuds comme à Bahia Honda. C’est à l’abri qu’on s’en prend plein la figure ! Nous mouillons avec 80 cm d’eau sous la quille et nos amis arrivent les uns derrière les autres pour se mettre côté de nous. Nous sommes à plusieurs centaines de mètre de la côte car il y a peu de fond dans ces profondes enclaves.

Chacun, range, plie, lave, découpe des filets sous un vent furieux… Au Sud, de gigantesques formations orageuses barrent le ciel voilé et les coups de tonnerre sourds résonnent entre deux rafales. La couleur de la mer reste inchangée, laiteuse, pas envie de se baigner !

Je dépiaute les trois poissons avec beaucoup de difficultés car la chair ne se tient pas du tout. En comparant les photos de nos amis, je découvre que nous avons pris trois Albacores (une race de thon à chair blanche). Le tuyau à eau de mer est une vraie bénédiction pour nettoyer l’arrière du voilier, Il y a des bouts de chair sanguinolents partout, on dirait que les F.A.R.C. viennent d’attaquer !

Pascale a pris un méga coup de soleil sur le visage et termine son roman sans lever les yeux.

Le groupe électrogène ronronne, nous sommes une fois de plus coincés à bord à cause du vent et des vagues mais si tout se passe comme hier (et il n’y a pas de raison), la matinée devrait être calme et nous pourrons  aller à terre pour poser le pied en terre Colombienne, enfin !

Le vent baisse dans la soirée, nous regardons « Basic Instinct 2 » dans la cabine arrière et Pascale ne s’est pas endormie pendant le film, comme quoi, la coke ! Le grondement lointain du tonnerre reste permanent, comme un bruit de fond, il va bien falloir s’habituer aux orages...

 

24/10/09

Il est 7h, pas un souffle d’air, le ciel gris semble disparaitre dans une mer d’huile en s’y noyant dans un horizon trouble. De nombreuses barques nous entourent et en rentrant au village, les pécheurs passent tour à tour pour proposer des langoustes ou du poisson. Pascale dort encore lorsque je mets l’annexe à l’eau pour aller discuter avec Marco et Enrica et faire quelques photos.

Badinguet est couvert de nombreux insectes volants et rampants, le vent avait du bon finalement !

Les têtes sortent une à une des cabines et chacun se salut de loin. Toilette, petit déjeuners, gymnastique matinale, chacun débute sa journée à sa façon. Pascale attaque son petit déjeuner, moi, je nettoie les traces de rouille à l’acide, chacun son truc !

Il est 9h45, tout le monde est à terre, nous avons enfin posé le pied en terre Colombienne ! Les annexes sont toutes attachées ensemble et nous devenons vite le centre d’attraction des jeunes du village.

Les habitants sont très typés « indiens » et ils parlent si vite que nous devons les faire répéter plusieurs fois pour les comprendre. Des sourires envieux illuminent le visage des nombreux enfants qui jouent ou circulent sur de vieilles bicyclettes rouillées. Les abords de la plage sont ratissés et nettoyés, nous sommes en zone « touristique » et de nombreux Colombiens viennent passer le week-end à Cabo de la vela. Mais oublions tout ce que nous entendons par « tourisme », il y a une dizaine de restaurants composés de huttes ou de simples toits qui abritent quelques tables et chaises en plastique. La cuisine est réduite à un feu de bois et le frigo, à quelques langoustes qui attendent leur heure dans des nasses sous les pirogues. Quelques femmes en tenue traditionnelle fabriquent et vendent des souvenirs qu’elles tissent sous nos yeux ébahis, sacs, bonnets, bracelets. On sent toujours cet écart immense, ce gouffre entre nos niveaux de vie que rien ne semble pouvoir combler. Les langoustes nous sont proposées à 20$ les quatre (on va bien finir par se laisser tenter…) Nous prenons beaucoup de clichés et les habitants posent volontiers pour se faire prendre en photo. Nous n’avons pas d’argent Colombien et la première banque doit se trouver à des lieux de nous aussi, le commerce est réduit à son stricte minimum voir à néant… Un vrai côté positif, ce n’est pas ici que Pascale va faire fumer la carte bleue !

 

Des hommes, souvent débraillés nous proposent du gasoil de contrebande acheté au Venezuela mais le bidonnage n’est pas au programme pour le moment. Nous visitons le bord de mer en suivant la seule piste de sable du village qui s’étire sur plusieurs kilomètres. Il y a même un guérisseur qui expose ses fioles et les bestioles dont il tire ses extraits médicinaux, queue de lézard, requin nourrice séché, étoiles de mer, etc.

Nous croisons quelques gros pick-up et même un car climatisé qui emmène les touristes Colombiens de la ville vers « El Piton de azucar », une montagne située un peu au nord de notre baie. Il est midi lorsque tout le monde retourne à son bord pour déjeuner. Le vent a tourné à l’Est et Badinguet est face au village par un petit 15 nœuds de vent. Pascale a fait du pain pendant que je faisais une sieste de 2 heures, c’est bon, je tiens le rythme !

Les Biquets invitent à l’apéro ce soir à bord de « voyage », Pascale a préparé une quiche lorraine et moi, il va falloir que je prépare mes mains car Biquet souffre à nouveau de sa cruralgie, dur métier que le mien…

Sa petite séance de soin passée, l’heure de l’apéro approche. Chacun amène quelque chose. Marco apporte des accras et sa guitare et la soirée se termine à 21h en chantant du Cabrel autour d’une bonne table.

Nous prenons soin de remonter et verrouiller le moteur hors-bord et l’annexe, on a signalé quelques menus larcins sur des bateaux passés précédemment. Plus rien ne traine sur le pont de Badinguet, ni saut, ni bout, ni manivelle…

 

 

25/10/09

Il est 6h, nous avons dormi une fois de plus dans la cabine avant car l’air y entre plus facilement qu’à l’arrière. Dans un demi-sommeil, j’entends le vent monter puis c’est au tour de la chaine de racler dans le davier, nous sommes en train de déraper !

-          Branle-bas de combat, tout le monde sur le pont !

Les fesses de Badinguet se rapprochent du nez de « Moana » à chaque vague… Le vent est exactement à 180° de notre position de mouillage d’hier !! Un énorme orage noir barre l’horizon et la moitié Sud du ciel, il se rapproche en se décalant vers l’Ouest, il devient urgent de sécuriser notre ancrage. Pascale est aux commandes et remonte au vent pendant que je pilote le guindeau de l’avant. Nous avançons d’une bonne cinquantaine de mètres et piochons à nouveau face au vent.  J’installe au passage le deuxième mouillage en affourchant car ce nuage ne me plait pas du tout et le vent continue de monter du Sud à 30 nœuds. La baie est orientée au nord et rien n’empêche la mer de grossir du côté Sud…

Nous avons deux mouillages à l’eau et s’il faut partir vite, ça risque de se compliquer. Je mets un orin (petite bouée) au bout du câblot du deuxième mouillage. Si je ne peux le remonter facilement, je balance tout à l’eau et nous récupérerons notre mouillage après l’orage en le retrouvant grâce à cette bouée !

Il est 10 heures du matin, l’orage est passé, le vent et la mer son retombés, ouf !

Pascale part avec biquet et Jean-Louis faire une randonnée pédestre vers « el Pilon de azucar ».

Le déssalinisateur est en route et la machine à laver tourne. Je tente de ressouder une dernière fois les lunettes de vue de Doudou, c’est leur dernière chance. Je rumine en appliquant la soudure à froid avec un bout d’allumette, si je pouvais attraper un responsable de « Grand Optical », je lui ferai bouffer ses lorgnons ! Je crois avoir encore dans un vieux fond de tiroir les lunettes que je portais à 20 ans, elles ne se sont jamais cassées ! Aujourd’hui, si ta monture tient le coup plus d’un an, tu peux mettre un cierge ! Belle époque, merci les Chinois ! Je remonte le deuxième mouillage, devenu inutile et le laisse sur le davier en cas de nouveau coup de vent.

Le ciel est couvert, il fait gris et chaud, j’écris dans le carré, lorsque que « Moana » vient me chercher pour lui expliquer quelques ficelles de Maxsea. Je passe deux bonnes heures avec France et Guy, les Québécois « libres ». Il est 13h lorsque Pascale revient de sa longue balade jusqu’au piton. Les photos qu’elle ramène sont spectaculaires, elle est partie sur la lune !

Le vent se lève à nouveau et retourne au Nord-est, nous sommes encore mouillés à l’envers et Badinguet dérape pour la nième fois mais cette fois ci, vers le large donc je laisse faire l’ancre et au bout d’une trentaine de mètre, elle croche à nouveau. Le fond est vraiment de mauvaise tenue et le vent descend rarement en dessous de 20 nœuds, les rafales dépassent les 30 nœuds !!! Nous sommes encore tous bloqués à bord à se faire secouer, nous commençons à en avoir assez de ces conditions climatiques dures…

A force de discuter avec « Voyage » et « Aquarius », nous apprenons beaucoup sur les charters de bateau particuliers et nous pourrions nous laisser tenter… Pourquoi ne pas emmener avec nous des clients ou des clients-amis pour découvrir le petit paradis des iles San Blas, dépaysement garanti, aventure exceptionnelle ! Avec Pascale, notre charmante hôtesse qui vous cuisinera de bons petits plats à base de poissons ou de langoustes que vous aurez péché. Et Nicolas vous emmènera plonger et rencontrer les indiens Kunas !!! 200€ / jour par personne, tout est compris, même les boissons, et vous avez Badinguet pour vous pendant quelques jours… On pourrait se laisser tenter…

Il y a juste la démarche commerciale qu’on a du mal à envisager mais il est sûr que ça redonnerai des couleurs à la caisse de bord ! Bon, alors c’est d’accord, nous sommes libres décembre et Janvier (sauf quand Maël vient, ce que nous espérons…). Nous organisons les transferts aux San Blas et pouvons même vous prendre les billets d’avion à des tarifs intéressants… Oh, là, là, on peut rêver, non ???

Sinon, Martine aussi, ta place est toujours réservée (il suffit de prendre la décision) ! Et si Papy Jean et Françoise veulent passer panama avec nous, nous attendons de leurs nouvelles... Isa, décides toi !

Aller, revenons sur terre ou plutôt sur mer et si le vent ne se calme pas un peu, je pète un plomb !

Nous passons une bonne demi-heure à la VHF avec les amis pour comparer les météos et préparer le routage de demain. En ces mers difficiles, toute précaution est bonne à prendre ! La côte Colombienne reste extrêmement dangereuse et 20 nœuds annoncés sur le "Grib" se transforment en 35 nœuds réels ! Demain matin, "Moana" part à l'aube suivit des biquet puis de "lotus bleu", nous fermerons la marche avec "Aquarius", étant les plus rapides... Si nous partons trop tôt, nous serons aux cinq baies avant l'aube, ce serait ballot ! Il est annoncé un phénomène climatique avec 25 nœuds de vent au large et 8 pieds de creux, à la côte, cela devrait passer sans problème...

 

26/10/09

Tous les équipages se sont levés tôt et préparent la navigation de 130 milles qui nous attend.

« Moana » part en premier pour souvent arriver en dernier… « Voyage » et « Lotus bleu » lèvent l’ancre à 9h. Nous sommes seuls avec « Aquarius » et Enrica m’explique à la VHF que son Maxsea n’ouvre plus les cartes, Galère… Pascale m’aide à remettre l’annexe à l’eau et je passe une bonne heure à réinstaller le logiciel, ça fonctionne !

Nous partons à 10h20, la mer est croisée, désagréable, très désagréable ! Le vent souffle en rafales et j’hésite à envoyer le genaker car nos amis touche plus de 20 nœuds bâbord amure… Nous restons prudents et deux heures plus tard, le vent se stabilise enfin avec des rafales à 30 nœuds quand même ! Badinguet est sous artimon et génois réduit et tangonné. Nous prenons un thon puis un maquereau sur la grosse ligne, c’est sa première prise, tu parles d’une ligne pour éléphant de mer !

La mer est formée et pentue, Nous avançons vite, trop vite et il faut réduire encore… Badinguet exécute quelques surfs vertigineux dont un à 14 nœuds, il est là le Cap Horn des Caraïbes… Je rembobine les lignes pour les laisser juste derrière le bateau, remonter beaucoup de fil dans ces conditions de mer devient vraiment dangereux. C’est alors que la canne à pêche avec la petite ligne se courbe violemment, le frein poussé à 20 kilos semble inexistant.

-          Nicolas : C’est du gros, c’est du gros, enroule le génois.

Je me précipite sur le moulinet lorsque le bateau commence un peu à ralentir, je tourne lentement le frein mais rien n’y fait, la canne est complètement pliée à 90° et le fil continue de se vider à toute vitesse. Je continue en dosant soigneusement le freinage, il doit y avoir une résistance de 50 kilos maintenant et le poisson semble ralentir, c’est sûr, c’est énorme…

Je demande à Pascale de m’installer la ceinture pour pouvoir commencer le travail. Je ne lâche rien au poisson, le frein est bloqué à fond et par deux fois, il nous rattrape et double Badinguet sur tribord, puis sur bâbord. Je me déplace autour du voilier en faisant la canne derrière les haubans, le fil reste tendu à se rompre. Il revient enfin dans l’axe de Badinguet et je peux me servir de mon poids (qui est conséquent) pour le rapprocher. Je gagne mètre après mètre le fil que le poisson m’a pris, je le sens maintenant, il est lourd, très lourd et semble ne plus se battre. Il approche mais nous ne le voyons toujours pas, il est 50 cm sous la surface de l’eau, sombre, grand, très grand, qu’est ce que c’est que ça ? Comme pour me répondre, d’un violent coup de queue, il repart et s’enfonce profondément sous l’eau derrière Badinguet, je maintient la canne fermement, je ne peux rien faire de plus. Encore 30 mètres de fil de perdu, mais je sens qu’il est moins vigoureux, il n’a pas tiré bien longtemps, on va l’avoir… Il arrive, il est en surface, non, je rêve, mon Dieu, c’est pas vrai, ouahhhhh, regarde…

-          Nicolas : Non d’une pipe !! Un espadon, chérie, on a pris un espadon, oh la vache, un espadon….

-          Pascale : J’ai peur, il est énorme, on ne va jamais pouvoir le remonter…

-          Nicolas : On a pris un espadon, heu, on a pris un espadon, heu, on a pris un espadon, heu, (en chantant) !

-          Pascale : Comment va t’on faire, il est trop gros, on n’ y arrivera pas, ce n’est pas possible…

-          Nicolas : Tu as vu comme il est beau ? un espadon, on a pris un espadon, je suis trop content, génial, c’était mon rêve…

-          Pascale : Où va-t-on mettre tout ça ? On n’a pas la place dans le congélateur…

-          Nicolas : Incroyable, on tient un ES-PA-DON ! Mais ouiiiii, un ES-PAAAA-DON !

-          Pascale : En plus, ça ne mange pas, ce n’est pas bon, c’est caoutchouteux !

-          Nicolas : Quel morceau, c’est fabuleux, tu sentirais comme il est lourd, prépare la gaffe.

-          Pascale : Oh le pauvre, il est trop beau, laisse le vivre, relâche-le, le pauvre…

-          Nicolas : Il arrive, passe-moi la gaffe…

Le grand poisson est maintenant juste sous la surface, le long de Badinguet, l’annexe est sur les bossoirs donc, impossible de le récupérer par la jupe, il va falloir le gaffer par le côté du voilier. Le poisson est si lourd que Pascale n’arrive pas à tourner les quelques tours de moulinets nécessaire pour l’amener à portée de gaffe. Je tire très prudemment sur le fil à la main, il semble inerte et d’un rapide coup de gaffe je transperce la queue du poisson. Je tire sec et la moitié de l’espadon sort de l’eau mais il n’a pas apprécié et il commence à se défendre en fouettant l’air de sa grande queue. Je suis arque-bouté, coincé contre le balcon et je n’arrive pas à le faire passer pardessus, il doit peser plus de 40 kilos. Pascale est paniquée et j’ai beau maintenir fermement la gaffe, je ne vais pas tenir le coup longtemps. D’une dernière traction, je soulève le bestiau et le bascule à bord on tombant à ses côté, il est déchainé et commence à frapper violement les chandeliers et l’annexe de sa queue. Je me dégage et m’écarte en vitesse du poisson. Un rémora de 50 cm se détache de son ventre, tombe à l’eau et retrouve le chemin de la liberté. L’espadon frappe tellement fort le pont et les chandeliers qu’il se brise la queue, j’en profite pour y passer un nœud coulant, il ne nous échappera plus, c’est sûr, on le tient ! Dés qu’il cesse de se débattre, je lui assène de violents coups de batte de base-ball sur le crâne et 10 minutes de massacre plus tard, le bestiau est là, étendu à l’arrière de Badinguet, il y a du sang jusque sur la bôme, quel combat !

 

 

Je mime la danse des chasseurs de bisons et contemplant notre prise, et quelle prise, 2m40 et certainement plus de 40 kilos !

Je suis couvert de sang et de graisse noire, je danse à nouveau en chantant de vieux chants indiens sous les yeux ahuris de Pascale ! Je suis trop content, je rêvais de prendre un espadon, ça, c’est fait, youpi !

Séance photo pour immortaliser notre plus belle prise puis je passe une heure et demie pour retirer 4 filets de 1m50. Je garde le rostre et la queue en souvenir. Pascale a même fait une photo du poisson dans l’eau, génial, je suis hyper heureux. Nous fichons par dessus bord le thon albacore à chair bizarrement blanche et plaçons plus de 25 kilos de poissons au congélateur qui affiche complet ! En y réfléchissant, j’ai pris un espadon sur la petite ligne et un maquereau sur la grosse, il y a de quoi être contrarié !

J’annonce fièrement à la VHF que nous venons de remporter la partie de pêche haut la main, « Voyage » m’apprend qu’il a perdu 200 mètres de ligne sur un autre espadon… En ce qui nous concerne, nous cessons de trainer, il faut s’occuper un peu de nos conditions de navigation qui se dégradent vite. Les creux atteignent maintenant 3 mètres et les rafales jouent avec les 30 nœuds et nos nerfs… Encore une navigation que Martine aurait apprécié… Par trois fois, Badinguet part au lof sur de grosses vagues. Il faut surveiller sans arrêt sa vitesse, son cap et sa girouette car tout change très vite sauf la force du vent et l’état de la mer qui restent très musclés…

La nuit tombe vers 17h30 et je pense qu’on ne va pas beaucoup dormir…

 

27/10/09

Tout le monde communique sur la VHF, nous sommes tous dans la même galère… De grandes vagues très abruptes nous dépassent en déferlant, elles soulèvent le cul du bateau et le projette en avant dans des accélérations spectaculaires. Il ne reste qu’un petit bout de génois et l’équivalent de 2 ris sur l’artimon, nous marchons encore à 8 nœuds… Nous rattrapons nos amis qui ont tous réduit et freiné pour la nuit et nous navigation tous ensembles, groupés dans l’obscurité. Tout le monde communique souvent, ça fait du bien de se savoir entourés dans des conditions comme celles là. Les équipages se parlent une bonne partie de la nuit, preuve que personne ne fait de vrais quarts, il faut rester vigilant.

Pascale veille 3 heures pendant que j’essaye de fermer un œil mais les bruits et la violence de ces montagnes d’eau empêche tout sommeil paisible.

Au petit jour, la côte se dessine et nous passons tous les 5 sous un énorme nuage noir, et toujours ces rafales jusqu'à 35 nœuds. Badinguet engage la 3eme baie des « cinco bahias » et mouille le premier, je suis cuit, Pascale s’est levé pour la manœuvre et ranger les tangons, genaker, harnais, loupiottes, etc. Les quatre autres voiliers arrivent juste derrière nous et tout le monde disparait dans sa couchette jusqu'à midi.

Dans l’après-midi, Tout la monde vit un peu au ralentit, on se remet de notre navigation fatigante…  Nous faisons un petit tour en annexe le long des cotes luxuriantes de la baie Colombienne, de grands iguanes se font dorer au soleil pendant que des vautours tournoient haut dans le ciel. Nous finissons par boire quelques verres de vins sur « Moana » et diner sur « Aquarius » et on mange, devinez quoi ? De l’espadon !

 

28/10/09

La première partie de nuit fut perturbée par de très fortes rafales de vent venues des montagnes de la Sierra Nevada sui culminent à plus de 5770 mètres. Le vent monte à plus de 50 nœuds mais en instantané et la rafale dure 2 à 4 secondes pour retomber complètement après. Badinguet n’a pas le temps de tirer sur son ancre, lorsque la chaine se tend, il n’y a déjà plus de vent. Le bruit est très impressionnant et le sommeil est en pointillé.

Nous partons avec Marco chasser quelques langoustes mais nous ne verrons pas d’antenne ni de poisson suffisamment gros pour être tiré.

L’après-midi, nous partons avec « Moana » et « Voyage » vers une plage située dans la première des cinq baies. Un petit camion nous prend en stop et tout le groupe se retrouve balloté sur une route défoncée dans le parc national.

Arrivés sur place, il n’y a pas grand-chose à voir et nous repartons pour une bonne heure de marche vers notre mouillage. La route est bordée d’une végétation impressionnante, les arbres se rejoignent au dessus de nos têtes pour former un tunnel végétal. La terre est rouge et nous tombons nez à nez avec un jeune Colombien à cheval, il cherche ses vaches, il en a perdu 11 ! Belle rencontre, un beau sourire, quelques paroles, des paysages grandioses, et 11 vaches de perdues, onze !

 

Nous retournons au mouillage et finissons la soirée sur « Cata fjord » l’immense catamaran à deux mâts de Dominique et Malou. Nous les retrouverons à Carthagène, ils partent demain.

 

29/10/09

Encore une nuit complètement secoué par les puissantes rafales… Le groupe est en marche, Pascale fait une lessive et on dessale en même temps. Le catamaran des Biquets est juste derrière nous, on pourrait presque leur demander de nous passer le beurre tellement nous petit-déjeunons proche l’un de l’autre ! Si c’est nous qui avons encore dérapé, je ne dors plus jamais ! Je pense que notre chaine s’est juste tendue et comme la prise au vent est différente entre les catas et les sloops, nous nous retrouvons un peu dans tous les sens… sinon, je ne m’explique pas le phénomène, notre mouillage est quand même très sérieux… . Je plonge malgré tout pour vérifier et en effet, l’ancre n’a pas bougé, elle est profondément enfoncée dans le sable, tout va bien !

Nous avons rendez-vous avec Rénaldo, un Colombien de 69 ans, incontournable personnage du mouillage de Guaraica. Il nous emmène pendant 3 bonnes heures marcher dans la forêt vers un site précolombien. Nous sommes tous en pantalon et grosses godillots pour éviter les rencontres avec les nombreux épineux et surtout les insectes… Le chemin, souvent taillé à la machette passe au milieu de centaines d’excavations creusés par les chercheurs de trésors… Les indiens enterraient leurs morts quelques semaines puis récupéraient les ossements pour les placer dans de grandes urnes en terre cuite, ils y ajoutaient des colliers, des bijoux, des breloques ou de l’or, tout dépendait de la richesse et de l’importance du défunt. Les trous font parfois plusieurs mètres de profondeur et la jungle est un véritable gruyère.

 

Alors que nous contemplons un ébène noir, Rénaldo nous demande de l’attendre et disparait dans la végétation. Il revient quelques minutes plus tard et nous invite à le suivre. Il nous montre un trou fraichement creusé perdu sous les lianes, les chercheurs de trésors ne sont pas loin, ils se sont cachés et attendent le signal de notre guide pour revenir travailler. Tous les habitants du village creusent à leurs heures et Rénaldo nous avoue avoir déterré plus de mille sépultures, pour preuve le petit pendentif en or qu’il porte autour du cou.. Nous comprenons cet attrait car le terrain de jeu est fabuleux, il suffit de creuser n’importe où ! On sonde le sol avec des barres de ferraille et si on casse une urne enterrée, c’est peut être le jackpot ! Seul bémol, ceux qui ont fait fortune sont presque tous mort d’overdose de cocaïne…

A notre tour de jouer aux chercheurs d’or en ramassant quelques morceaux de céramiques précolombiennes. On avait déjà eu du mal à ramener la carapace de tortue en France, nous voilà à nouveau hors la loi avec des vestiges historiques, on doit aimer ça !

Nous sommes de retour aux annexes vers 14h, fourbus, piqués par les moustiques et couverts de brindilles mais ravis de notre petit tour chez Indiana Jones !

Les Biquets nous font de grands signes sur le chemin du retour, une embarcation à moteur dérive à côté d’eux, cinq hommes à bord nous interpellent…

Nous n’avons pas le droit de rester là, c’est un parc national et il est interdit d’y mouiller… Y en a marre de se faire virer ! Les autres nous rejoignent et nous sommes maintenant 3 annexes et un catamaran à discuter avec les gardiens du parc pour tenter de négocier un délai… Nous ne partirons que demain matin  mais pour aller où ? Le pauvre Rénaldo va perdre son petit job et une jolie source de revenus si les voiliers ne peuvent plus s’arrêter ici…

Nous retournons à bord, dégoutés, il commence à pleuvoir et vu l’état du ciel, j’installe mon système de récupération des eaux de pluie. Là aussi c’est le jackpot, presque 100 litres en 1 heure ! C’est génial car l’eau qui sort de notre déssalinisateur est de plus en plus salée, il ne faut plus qu’on s’en serve… J’ai comparé avec différents testeurs la salinité de notre eau dessalée avec celle des copains et c’est de pire en pire. Il faut vraiment qu’on achète des nouvelles membranes.

Les biquets nous rejoignent entre 2 averses et nous prenons un apéro « humide » à bord de Badinguet. Le tonnerre gronde mais les éclairs semblent circuler entre les nuages, horizontalement et rien ne vient frapper la mer ou la terre, tant mieux !

Nous n’avons aucune envie d’arriver trop tôt à Carthagène alors que les orages sévissent encore jusqu’à début novembre.

 

30/10/09

Une nuit très ventée encore une fois avec des rafales effrayantes mais ce matin, c’est le calme plat. Vers 8h30, Biquette et Marco font le tour des bateaux en annexe pendant que je nage un peu. Nous partirons tous ensemble vers 10h, notre guide « petit futé » a convaincu les plus septiques, il y a 11 milles de navigation à faire et nous serons à l’extérieur du parc national à Taganga.

Le vent est faible et les gros dauphins qui nous accompagnent ne sont pas du tout gênés par le bruit du moteur.

Badinguet engage la baie de Taganga, lorsque Marco nous appelle à la VHF pour nous dire que les garde-côtes ne nous autorisent pas à mouiller pour la nuit dans cette baie… Nous sommes interloqués, une fois de plus, nous sommes indésirables, c’est donc ça que vivent les gens du voyage ? Mais comment les autorités savent-elles que nous sommes là ?

« Lotus bleu » pose la question à « Aquarius » qui lui répond que c’est lui qui a appelé les autorités ! Tout le monde se tait… Et je rumine tout haut ce que tout le monde pense tout bas… Mais pourquoi avoir prévenu les garde-côtes, bon sang ?

Nous sommes déjà loin devant les autres et décidons de stopper dans la baie de Rodadero, « Voyage », « Moana » et « Lotus bleu » vont quand même dans la baie de Taganga, « Aquarius » s’est grillé tout seul et préfère continuer directement pour Carthagène comme il l’a annoncé aux garde-côtes.

Ce soir, nous sommes donc séparés les uns des autres et la VHF ne passe pas les montagnes… Badinguet est ancré au beau milieu de dizaines de pédalos, jet-ski, kayaks et bouées de toutes sortes. Les Colombiens nagent ou pédalent jusqu’au bateau pour se faire photographier avec notre voilier en toile de fond. Le soleil descend sur l’horizon et l’activité balnéaire diminue pour notre plus grand bonheur… Nous avons quand même beaucoup apprécié ces petites discussions avec les habitants, ils sont effarés de constater que nous vivons à bord et que nous venons de France !

Jusqu'à deux heures du matin, les cris, les chants et les percussions qui viennent de la plage nous empêchent de dormir puis je remets la main sur une paire de bouchons d’oreille en mousse, sauvé !

 

31/10/09

Il est 5h30, j’ai du mal à dormir et je commence à préparer le voilier pour la navigation d’aujourd’hui. A 6h, Pascale et Badinguet sont prêts au départ. Il y a peu de vent et nous filons à 4.5 nœuds sous genaker tangonné et artimon. Pendant 1 heure, nous naviguons avec le ballooner d’artimon , on a un peu galérés pour l’envoyer ne sachant pas trop si on peut garder la grand-voile mais mini-spinaker est superbe et le gain de 1 nœud est réel. 

Aux abords de Barranquilla, la mer, boueuse et chargée de débris végétaux, se lève avec la rencontre des deux courants, le courant atlantique nord et celui du grand fleuve Magdalena. Badinguet roule, tangue et gite et la grande ville déverse bien d’autres cochonneries que des débris végétaux, c’est carrément dégueu…

15 milles plus tard, la limite « eau boueuse - eau claire » est remarquable et nous retrouvons le plaisir de naviguer sans scruter la surface à la recherche d’un danger potentiel, tronc d’arbre ou autre…

Le vent reste faible et le moteur accompagne au ralenti la poussée vélique.

Nous contournons une langue de terre absolument inexistante sur les cartes nautiques puis découvrons avec stupéfaction « Aquarius » mouillé dans la baie de Punta Hermoso.

Ils n’ont pas pu aller à Carthagène directement car ils se sont fait surprendre en pleine nuit par des orages très puissants au large de Barranquilla. Ils ont fait du surplace presque toute la nuit et sont venus se reposer dans cet abri au petit matin. Qui sème le vent…

Nous ancrons à quelques encablures de leur goélette, ras le bol de naviguer au moteur !

La tenue est très bonne contrairement à ce que nous avions lu à ce sujet, l’ancre de Badinguet est profondément enfouie !

Pascale lit un peu, j’écris.

 

01/11/09

Le réveil nous tire d’un profond sommeil à 5h30, une demi-heure plus tard, Badinguet fend l’eau calme au moteur, il n’y a pas de vent. « Aquarius » nous emboite le pas, les voiles sont établies au près mais avec 5 nœuds de vent apparent, elles font juste de la figuration. Comme tout est calme, notre vigilance diminue et nous manquons de peu d’éperonner une barque de pêcheurs de langoustes. Les Colombiens nous sourient et nous proposent leur pêche pendant que nous virons de 90° en catastrophe, ils ne peuvent pas imaginer qu’ils ont failli prendre un voilier de 17 tonnes sur la tronche…

Nous arrivons en vue de notre destination et comme pour nous narguer, le vent se lève suffisamment pour tirer un dernier bord sous voiles.

Maël est New-York pour les vacances de la toussaint et lorsque nous découvrons au loin les grandes tours de Carthagène, on se croirait à Manhattan… Quel contraste ! La rive est bordée de grands immeubles modernes, de tours de verre et de béton aux formes contemporaines. L’entrée est originale, le bateau doit passer au dessus d’un mur marin. Il fut construit par les Espagnols qui désiraient empêcher l’accès de la baie aux navires ennemis. Pendant sa période coloniale, Carthagène possédait alors deux voies d’accès, une petite au Sud « Boca chica » et un plus grande au nord, « boca grande ».

Pour contrôler plus facilement les navires entrant en baie de la grande ville, les Espagnols battirent un mur sous marin affleurant qui barre l’accès par « boca grande ». Depuis plusieurs années, les Carthaginois se sont aménagé une brèche d’une trentaine de mètres de large et de cinq mètre de profondeur. Cela permet aux petits bateaux comme le notre d’éviter de faire le tour de l’ile et raccourcit ainsi la route de 13 milles. Il n’y a qu’une bouée rouge qui marque la passe, nous la laissons sur tribord et ouf, ça y est, Badinguet vient de faire le mur… L’eau devient marron, épaisse, nauséabonde, nous zigzaguons dans le chenal entre les bouées et les porte-conteneurs pour arriver au mouillage du yacht club. Il y a là des dizaines de voiliers mouillés les uns à côté des autres. Nous trouvons une petite place pour jeter l’ancre dans la vase, on est arrivé ! Badinguet se retrouve dans un décor insolite, surprenant. Nous sommes cernés par un mur d’immeubles plus haut les uns que les autres.

-          Chérie, on est à New-York !

Des centaines d’embarcations de toutes sortes circulent à toute vitesse à côté du grand mouillage générant des vagues qui rendent le plan d’eau très inconfortable.

Nous sympathisons rapidement avec nos voisins puis partons faire quelques pas à terre. Le yacht club est complètement délabré, en travaux et John, le boss, nous explique comment procéder pour les formalités et le règlement. Rendez-vous est pris pour demain avec « Manfred », un Allemand bedonnant qui s’occupera de la paperasse pour nous.

Nous dinons sur « Aquarius » et retour à bord pour une vraie nuit normale, chaude, étouffante, pleine de moustiques…

 

02/11/09

 

Au réveil, beaucoup de voiliers modifient leur mouillage et je constate que nous avons tous tournicotés, même « Aquarius » se déplace…

A 9h, Manfred prend nos documents officiels et contre la somme de 100 USD, il s’occupe de tout… De toute façon, nous n’avons pas le choix car la capitainerie du port de Carthagène exige un intermédiaire. Il est temps de donner à boire à Badinguet, Marco nous rejoint et nous déplaçons notre voilier au port de pêche pour le plein de gasoil et d’eau douce. Pendant la manœuvre, je prépare une deuxième ancre pour empenneler.

Nous sommes de retour à notre place vers 10h30, deux ancres, 46 mètres de chaine, on ne bougera pas… Nous pouvons partir sereins à la découverte de cette merveilleuse cité.

Du yacht club, il faut 20 minutes pour rejoindre le centre de la vieille ville. Il n’y a pas grand-chose qui paraisse vieux car tout est propre, rénové, repeint avec des couleurs vives. Le site est magnifique, chargé d’histoire mais nous avons du mal à apprécier les belles architectures lorsque la devanture qui donne sur la ruelle s’appelle « Benetton » ou « Hard rock café »… Les boutiques d’émeraudes et de souvenirs se succèdent dans les étroites ruelles où nous cherchons de l’ombre. Il fait une chaleur écrasante, nous mangeons uns coupe de glace délicieuse pour 2 dollars (4000 pesos) puis nous prenons un taxi pour revenir au club nautique. Ce mélange bien dosé de moderne et d’ancien devenu si commun dans les lieux touristiques enlève toute l’authenticité aux lieux. Il va falloir qu’on visite sérieusement pour se faire une idée plus juste.

« Voyage », « Lotus bleu » et « Cata fjord » viennent d’arriver, nous sommes à nouveau réunis. Nous sommes moins nombreux que les Ricains mais la petite troupe française s’agrandit nettement… Le canal de discussion du mouillage est le « 68 » et tout comme à Curaçao, on s’appelle et on dégage sur un canal annexe pour causer. John gère Internet (dont le débit est pitoyable - 8USD/ semaine) ainsi que le gaz, la laverie, les poubelles, l’eau douce, pour 20 USD/semaine.

Nous nous endormons tard devant la télé, ce n’est quand même pas sérieux !

 

 

Du 03/11/09 au …

Les choses s’accélèrent nettement, nous trouvons un chantier pour sortir Badinguet de cette bouillasse noire et le pilote automatique est en réparation chez « l’allemand », un ingénieur en électronique (Allemand) qui s’est trouvé un boulot de réparateur de tout et de rien en Colombie. Tu vois Maël, le métier d’ingénieur peut avoir des débouchés inattendus ! En tous cas, ce Mac Gyver est apprécié de tous et semble très compétent.

Les voiles sont parties à la couture pour changer les bandes anti UV, et la nouvelle annexe « AB » est commandée (il ne manque plus qu’un papier de la douane pour la récupérer le 24 novembre)

En retournant à bord, en dinghy, Je sens une présence du côté de mes orteils, je baisse les yeux et stupeur ! Un scorpion me passe entre les pieds, je sursaute puis lève rapidement les gambettes pour laisser circuler mon passager clandestin… Et me voila au milieu du mouillage avec un scorpion (au moins un) dans l’annexe à jouer les équilibristes sur les boudins... J’approche de Badinguet et le calvaire se termine pour moi avec quelques photos et pour le scorpion avec un méga coup de tongue sur la tronche ! Je ne savais pas que ces bestioles avançaient si rapidement et côté adrénaline, frissons garantis !

Je pense qu’il est monté à bord à Cinco bahias dans le morceau d’ébène que j’ai ramassé… Rétrospectivement, j’ai quand même tenu cette branche à la main pendant une bonne demi-heure… GULP ! J’ai appris par la suite que cette race de scorpion marron est extrêmement dangereuse voire mortelle, ça calme !

Régulièrement, nous remplissons d’eau douce nos deux bidons de 20 litres sur les pontons délabrés du yacht club, ça nous évite une grosse corvée d’un coup. Sinon, lorsqu’il pleut, nous remplissons très rapidement notre réservoir, et sans effort !

Nous passons nos soirées dans la vieille ville dans des restaurants chicos où nous dévorons des viandes à la mode argentine pour 1/10eme de ce que ça vaudrait en France. Nous en sortons vers 21h et nous trainons dans les étroites ruelles. L’ambiance est chaude, voir torride aux abords des nombreuses boites de nuits. Les filles, tout droit descendues de silicone valley vous exposent leur implants sous un magnifique sourire, mais il faut faire un effort gigantesque pour lever les yeux et voir leur sourire… Le retour au club nautique se fait en taxi et nous regagnons Badinguet entouré de dizaines de voiliers.

Alors que je déplace l’antenne WIFI pour la fixer sur le Pataras, un voilier Anglais vient mouiller juste à côté de nous. Absorbé par la manœuvre un peu merdique du rosbeef, je ne surveille pas ma scie qui termine son ouvrage et ziiiiii, je me coupe l’index de la main gauche très profondément… J’appelle Pascale, c’est sérieux et l’entaille nécessite quelques points de sutures. Les Biquets arrivent à bord rapidement et nous voila partis à la recherche d’une clinique un dimanche matin ! Le médecin commence par laver et désinfecter la plaie mais l’endroit ne m’inspire guère, un rideau isole la salle de soin du couloir et l’hygiène laisse vraiment à désirer. Pascale et Biquette tentent désespérément de négocier un tarif un peu moins cher car il nous réclame 80 € pour 4 points de suture, du délire ! J’explique au toubib, qu’on ne peut payer un tel prix pour si peu et il me pose trois petits sparadraps avant de me raccompagner vers la sortie ! Nous sommes de nouveaux dans la nature avec un index profondément entaillé et le mieux est de retourner sur Badinguet pour me poser des strips. Si la plaie n’est pas bien fermée d’ici une petite semaine, il sera toujours temps de se faire recoudre…

Et une demi-heure plus tard, j’ai une magnifique poupée posée par Biquette et Pascale, vive le bricolage !

Le lendemain, je pose avec beaucoup de délicatesse, mon avant bras sur le fer à souder et rebelote !!! J’arrête de bricoler !

Il y a maintenant 4 ventilateurs dispersés dans Badinguet, il fait plus de 40° chaque jour et la température ne redescend que de 10° la nuit… Alors vive les ventilos !

Nous mesurons à quel point Internet contribue à développer les mentalités dans tous ces pays que nous visitons. Les peuples savent ce qui se passe chez leurs voisins ou de l’autre côté de la planète… Les modes, les informations, l’art, les événements et même l’argent circulent à toute vitesse… Quelle émancipation… Aujourd’hui, tu fais le tour de la Terre et les jeunes ont exactement les mêmes pantalons trop grands qui tombent à la moitié des fesses, on est moins dépaysés…

En ce qui nous concerne, si nous n’avions pas Internet, finies les commandes rapides de matériel à bas prix, les infos sur les navigations lointaines, les météos précises, les contacts entre nous et avec nos proches, etc. Internet est devenu incontournable même sur l’eau ! Et nous ne fréquentons pas ceux qui disent le contraire, qu’ils restent au moyen-âge !

Chaque jour de la semaine de fête de Carthagène, un nouveau défilé ; les enfants, les reines populaires (les miss des quartiers de la ville) puis les reines nationales (les miss nationales), une "gaypride" et enfin le clou de cette semaine de folie, l’élection de Miss Colombie. QUE DES BOMBES ATOMIQUES !!! Et les photos sont bien de moi !!! hé, hé, hé !

 

Des dizaines de milliers de personnes dans les rues et dans les gradins, des costumes incroyables et des danseurs extraordinaires de 7 à 97 ans (la durée de vie augmente partout !)  Ils ont du naitre avec des ressorts à la place des os… Deux coups de baguettes sur un tambour et c’est parti pour des sambas de folie. Des milliers de personnes se lèvent d’un coup, se déhanchent en rythme avec des mouvements d’épaules et de hanches à mettre un kiné au chômage ! Tout le monde est couvert de mousse à raser, de farine, et parfois, pour les plus virulents de peinture et d’huile de vidange, c’est beaucoup moins festif !

Les défilés durent des heures et la nuit venue, les places de la vieilles villes se remplissent de groupe de musiques, de danseurs, d’artistes de rue et surtout de jeunes armés des fameuses bombes de mousse à raser…

Nous avons enfin réussi à vendre notre ancien moteur hors-bord de 6ch ainsi que notre vieille annexe zodiac. Pour une fois qu’on a un peu d’argent qui rentre… Un apport de 700 USD alors que la nouvelle annexe avec son « Pyjama cover » nous coute 2800 USD ! Nous avons même lancé une commande aux USA pour acheter des nouvelles membranes de déssalinisateur, 470 USD au lieu de 1700 € chez Dessalator (devis comprenant les têtes de membranes). Normalement, elles seront livrées à une boite postale de Miami et un gars devrait nous les amener ici pour 60 USD de plus…. Normalement !!!

Nous sommes très conscients que Carthagène est l’avant-dernière grande étape avant le Pacifique et tous les équipages se préparent lentement à la longue traversée. On s’échange des cartes, des logiciels, des guides et surtout des astuces. Tout le monde commence à préparer son voilier pour des mois de semi-isolement aux Galápagos, Marquises, Tuamotu et Gambier… Mais avant cela, il y a un autre isolement, certes paradisiaque, mais on n’y trouve quasiment rien si ce n’est du poisson et des crabes, les iles San Blas !

On commence à mettre de côté des conserves de fruits, de légumes, des pots de moutarde (très difficiles à trouver), des litres d’huile, de vinaigre, etc.

Nous mettrons en route le deuxième congélateur dés notre départ de Carthagène pour profiter à fond des fonctionnalités de notre beau voilier et rester autonome dans cet archipel oublié par la civilisation moderne (pour le moment).

En attendant, Badinguet est couvert de coquillages et d’algues vaseuses. Le pont n’est pas mieux avec une poussière noire et épaisse qui laisse des traces partout sur le bateau. La température reste toujours à la limite du supportable avec des pointes à 42°.

Nous avons trouvé une banque HSBC de l’autre côté de la grande baie et d’un coup d’annexe, nous récupérons des pesos pour des frais d’agence quasi nuls, sinon, c’est 7€ à chaque retrait ! Nous avons acheté une carte SIM Colombienne et les coups de fil de la famille et des amis nous réchauffent le cœur.

Maël a attrapé la grippe A, il est cloué au lit mais pas dans le sien donc la fièvre risque de grimper encore un peu plus… Il va falloir cavaler pour rattraper le retard scolaire et je sais qu’il le fera. Espérons qu’il nous rejoindra aux San Blas pour les vacances de Noël mais tel que c’est parti, il va encore s’y prendre au dernier moment, aie, aie, aie !

Les défilés se succèdent avec le sport national qui semble se développer de plus en plus au fil des jours… Tu prends une grosse giclée de mousse à raser pleine poire et pendant que tu te protèges,  on te vide les poches très habilement. A priori, tout le monde s’est fait fouiller et même piquer des clés ou autres trucs inutiles pour les voleurs. Pascale et moi sommes pour le moment épargnés par les pique-Pockets…

L’élection de miss Colombie approche, un bâtiment de guerre US vient mouiller au beau milieu de la baie, personne ne peut ignorer l’omniprésence militaire Américaine en Colombie.

L’avant dernier jour, les miss Nationales défilent en maillot de bain sur des baleinières à rames au milieu de centaines d’embarcations de toutes sortes, surchargées de passagers déchainés… Le plan d’eau devient alors une véritable bouilloire et les navires circulent à toute vitesse entre les voiliers du mouillage. Le danger est partout et un accident semble inévitable… Je saute dans l’annexe et m’avance un peu pour prendre des photos des playmates et me voilà coincé, écrasé entre de grosses vedette sans pouvoir me dégager. La beauté des candidates me fait rapidement oublier les dizaines de coques menaçantes qui m’entourent et à peine la dernière miss passée, je retourne sur Badinguet retrouver Pascale et me mettre à l’abri.

Nous passons nos après-midis à faire des provisions, des rangements pour la période de disette aux San blas et le soir, nous allons voir les défilés dans la ville. Nous revenons systématiquement la peau couverte de peinture et de mousse à raser et l’estomac rempli de bière colombienne ! Mais pour dire la vérité, j’ai hâte que cette période de fête s’achève car les mouvements de foule et l’arrosage en règle, ça commence à bien faire.

Nous avons quand même réussi un exploit avec Biquet ; Voir le match de foot Irlande – France dans un restaurant Chinois en Colombie…

Nous avons même fait faire deux paires de lunettes à ma vue avec toutes les options antireflet, anti-rayures, antimites, etc. Le tout pour 65 € la paire !!!

Nous sortons le bateau de l’eau demain matin, rendez vous est pris avec le chantier Ferroalquimar un peu au sud de Carthagène. En vérifiant le bon fonctionnement du moteur et le mouillage, je constate que notre hélice est bloquée et que le moteur ne monte pas dans les tours… 1/2h plus tard, Alberto émerge de l’eau immonde dans laquelle baigne Badinguet depuis plus de deux semaine, l’hélice tourne !

Au petit matin, après avoir remonté une chaine et deux ancres souillées et couvertes de coquillages, nous gagnons la zone des chantiers. Alberto nous accompagne car le chenal qui contourne les petites iles couvertes de mangrove est indécelable pour un non-initié. Et Baoum, nous nous échouons encore une fois mais sur les conseils du Colombien, nous nous dégageons assez vite et plaçons enfin notre voilier dans la petite darse.

 

4 jours de travail dans des conditions assez dures pour ne pas dire épouvantables… La coque de Badinguet et le fond de l’annexe sont couverts de coquillages coupants et d’algues grasses… 45° toute la journée, un bruit assourdissant avec les soudeurs qui cognent sur les grandes plaques de ferraille qu’ils soudent sur le cargo, 20 mètres derrière nous. Poussières de sablage, de soudure, de ponçage, le pont est couvert de taches de rouille et d’une épaisse couche grasse et noire. Le soir, c’est le tour des moustiques, extraordinaires insectes capable de te piquer au seul endroit que tu n’as pas enduit de répulsif ou pire, au travers de tes vêtements avec une prédilection pour les fessiers !

Le premier jour, un melon trop mur a carrément éclaté dans le carré eclaboussant de la purée de fruit absolument partout. Pascale a dû laver toutes les housses jusqu’aux rideaux ! La chaleur est telle que même les marqueurs indélébiles se vident tout seul Je dois remonter régulièrement à bord pour m’assoir devant un ventilo pour ne pas faire de malaise et calmer mon rythme cardiaque… L’activité quotidienne est de passer d’un ventilo à l’autre avec une grande serviette de bain pour s’essuyer en permanence. Impossible de garder des lunettes de vue sur le nez, elles sont couvertes de sueurs…  Pascale est épuisée par la chaleur et la saleté et le dernier jour, lorsqu’elle a découvert qu’une partie des réserves de pates et de riz étaient pleines de charançons, elle a craquée.

Mais pour le reste, le service est formidable, Luis et Elkin ont pris en charge Badinguet et le travail effectué est formidable.

Carénage, nettoyage, ponçage, antifouling, ponçage de la coque, cirage, lustrage. 3 jours pleins à quatre personnes pour donner à Badinguet un teint de jeune premier. Il brille tellement qu’on se voit dedans, magnifique ! Et tout ça pour 800 000 pesos, soit moins de 300€ !!! Nous ne sommes pas restés inactifs, en dehors de mes nouvelles fonctions de chef de chantier, réparation de la cuisinière, vidange, changement de tous les joints et même peinture du propulseur d’étrave. Décapage de l’hélice, Pascale a continué les courses en profitant de la climatisation de tous les magasins, seul bémol, deux belles tendinites d’Achille ! Il va falloir qu’elle se repose lorsque nous serons à nouveau au mouillage de Carthagène.

Nous dinons chaque soir avec Henri et Danielle du catamaran « Rackam ». Ils ont plié un safran et perforé une coque sur une caille des iles Rosario (3 heures au Sud de Carthagène). A midi, nous déjeunons tous au chantier avec les ouvriers (1,8€) et le soir, nous dinons dans un petit lolo sur le bord de la nationale (3,5€/pers). Nous y avons découvert les «jus de  loulos » fruits oranges (on dirait une chair de kiwi) au gout extraordinaire de fraises des bois. J’en bois des litres !

En tous cas, nous avons vraiment adoré cette ambiance vraie, les chiens qui se baladent entre les bateaux pour les garder et qui viennent nous piquer nos restes dans nos assiettes, les gardiens armés jusqu‘aux dents qui vous courent après pour vous dire bonjour, les deux perroquets sauvages qui ont pris pension à l’entrée du chantier et ces petits restos où on ne mange que du poulet ou des petchugas… Une ambiance authentique, des gens simples et profondément humains et gentils, des bosseurs… Une atmosphère tellement différente du Carthagène épuré et du club nautico bourré de navigateurs de tous bords.

Nous retournons à l’eau demain matin, nous allons perdre notre connexion Internet ultra rapide et retrouver le bouillon de culture de la baie.  Il ne nous manque plus que notre nouvelle annexe et les membranes du déssalinisateur qui sont un peu perdues dans la nature. Même notre pilote automatique est réparé, l’ingénieur allemand, lui a soudé un nouveau processeur qu’il a piqué sur un modèle foudroyé et miracle !

Dés que nous aurons notre matériel, nous filons plein pot vers les San Blas. (200 milles). Là bas, cocotier, Indiens, sables, poissons, crabes, un véritable paradis parait-il mais plus de possibilité de communiquer mis à part l’iridium… Donc l’épisode 33 se fera attendre…

Et pour finir Maël et Gaëlle nous rejoignent pour les vacances de Noël, Françoise et papy jean viennent un mois fin janvier pour profiter des San blas. Et nous accompagner pour le passage du canal de Panama mi-février. Nous sommes Comblés !

Pascale rentrera mi-janvier en France pour trois semaines…

Et le 25 novembre 2009, on touche le jackpot ! Les membranes arrivent de Miami à 13h et l’annexe est livrée par camion directement de l’usine de Barranquilla à 16h30. On a juste poireauté 1h30 que le douanier daigne se déplacer pour enlever les scellées sur la porte arrière du petit transporteur… tout s’est déroulé comme prévu, les délais ont tous été respectés, au diable les mauvaises langues ! John, le chef de port était tellement content que nous soyons livré qu’il n’a pas arrêté de venir nous voir en plaisantant toute la soirée, il doit certainement toucher une commission mais on le sentait sincèrement heureux pour nous…

Notre nouvelle annexe est géniale, les boudins sont beaucoup plus gros et le fond rigide assure une stabilité remarquable. Par contre, elle est nettement plus lourde que l’ancienne… Heureusement que Marco est venu nous aider à gonfler le dinghy et à installer le « Pyjama cover », on est ravis et on a quand même fait des ronds dans l’eau une bonne partie de la soirée. Le soir, nous l’avons installée sur les bossoirs sans problème malgré la différence de poids !

Nous gardons pour l’instant les membranes dans leur conditionnement jusqu'à un lieu où l’eau est claire car après leur installation, il faut les rincer pendant une heure à l’eau de mer et ici, c’est vraiment trop crading !

Pascale est allé attendre notre agent, Manfred, qui s’occupe de nos documents de sortie et le départ n’est prévu que samedi matin car nous avons commandé un peu tardivement une nouvelle paire de lunettes adaptée à la vue de Pascale.

Dans la soirée, j’arrive une dernière fois à arroser copieusement une « Lancha » (bateau rapide de transports local), je suis devenu un bon spécialiste de la chose… Voici la recette…. Préparer un grand seau d’eau prêt à l’usage, de préférence à l’avant du voilier. Repérer la vedette rapide qui fonce en zigzaguant dans le mouillage, si sa trajectoire se confirme et qu’elle va encore vous raser les moustaches, déplacez-vous l’air de rien à côté de votre seau…. Quand ils sont à portée, FEU, balancer leur 15 litres de flotte au passage. En général, le pilote de rallye de la Lancha est très surpris et ses passagers trempés… Il y a de fortes chances que cet imbécile ne repasse pas en vous frôlant… On peut changer le contenu du seau avec de la peinture ou de l’urine suivant l’humeur et parfois, elle est terrible car certains passent à 25 nœuds au ras des voiliers…

« Rackham » est parti, « Cata fjord », les biquets, « Lotus bleu » et « Moana » aussi, il ne reste que quelques irréductibles français au milieu d’une tripotée de ricains dans la baie… Nous avons hâte de partir et de retrouver le semblant de bronzage disparu dans les magasins de Carthagène

 

26/11/2009

Maël et Gaëlle arrivent le 21décembre directement aux San Blas pour une semaine, Papy Jean et Françoise arrivent le 26 janvier à Panama, nous leur avons préparé une sacrée liste de choses dont nous manquons, moutarde, chargeurs, etc. Nous avons leurs réservations, on va revoir nos famille, Pascale en France et moi au Panama, c’est fabuleux…

Aujourd’hui, nous poursuivons l’avitaillement, avec des poches en plastique de 5 litres d’eau potable (vendues pas Coca-Cola), et il faut finir le plein avec le « frais », légumes, fruits, laitages.


Pendant que Pascale part à Carrefour récupérer ses nouvelles lunettes (pour 65 €), je ne ménage pas notre nouvelle annexe et elle emmène plusieurs centaines de litres de gasoil, d’essence et d’eau douce, que d’allers-retours ! Dans la soirée, c’est le coup de grâce, le boudin arrière bâbord est crevé et il se dégonfle si vite que nous avons à peine le temps de retourner sur Badinguet pour la sortir de l’eau et la retourner sur le pont. Une belle estafilade transversale de plus de 1 centimètre, comme un coup de canif… La baie est tellement chargée de déchets flottants comme des planches à clous, des boites de conserve ou autre objet menaçant pour du PVC fraichement sorti de l’usine, on a bien les boules quand même ! 24h de vie et déjà une rustine !

27/11/2009

Il est 8h lorsque Badinguet franchit Boca Chica au Sud de la baie de Carthagène… le chenal est balisé comme une piste d’atterrissage et nous croisons un bâtiment des coast guards Américain en franchissant la sortie encadrée par deux vieux forts Espagnols…

 

L’eau redevient claire, le pilote automatique réparé par l’ingénieur Allemand fonctionne à merveille et le moteur ronronne pour cause de manque de vent !

7 heures de Yanmar plus tard, le vent s’établit au Nord-est et Badinguet déroule toutes ses voiles pour accélérer à 8 nœuds de moyenne vers le large… Une houle formée de 2 à 3 mètres nous bouscule par le travers mais la vitesse reste élevée, le confort, lui, à tendance sérieusement à diminuer… Pascale s’assoupit comme souvent lorsqu’il y a de la mer et j’attaque un roman policier en surveillant du coin de l’œil les nombreux cargos qui naviguent sur la route du canal… En fin de journée, nous traversons une zone chargée de déchets végétaux de toutes sortes. Des feuillages, des branches et même des troncs d’arbre flottent tout autour de Badinguet, je remonte les deux lignes pour éviter de pécher un arbre et je scrute un long moment l’eau devant nous afin d’esquiver un éventuel tronc plus gros que les autres mais tout se passe bien.

 

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