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CUBA

 

01/05/09

Il est 2h, je tourne en rond dans notre couchette, rien à faire pour fermer l’œil… Je traine encore un peu, si seulement je pouvais me rendormir…

A 3 heures du matin, Badinguet quitte les Bahamas, il y a un peu de vent, je lis dans le noir à la frontale, Pascale dort à moitié...

Je passe pas mal de temps à la table à cartes à suivre le radar car un bateau remplis de refugiés Haïtiens est arrivé hier et je suppose qu’ils ne mettent pas leur feux de navigation la nuit…

Je calcule puis recommence trois fois ma route sur Maxsea, je me suis trompé !!! Il n’y a pas 200 milles mais 160 seulement. Il faut qu’on freine car d’après mes calculs, nous arriverons en pleine nuit et je doute que les autorités locales apprécient…

C’est la première fois que je me plante à ce point, pourtant je n’ai pas mangé de saucisson mexicain ces jours ci !!!

Et hop, on enroule le génois et on réduit les deux grand-voiles pour ralentir.

Nous abordons le fameux « Windward Passage » (passage du vent) et il porte bien son nom… 25 nœuds de vent arrière et une mer dure nous chahutent pendant 3 heures. Beaucoup de vigilance et de stress avec ces grandes déferlantes qui nous rattrapent à toute vitesse. Tant pis, je remets de la toile, il faut qu’on se dégage de cet endroit dangereux, on fonce vers la côte Sud de Cuba pour s’abriter…

Le calcul est bon et, tout près de la côte, la mer est calme, on va encore ralentir mais dans ces conditions, c’est du luxe… Badinguet, privé de sa propulsion avance à 3 nœuds, on admire le paysage, une succession de falaises et de hautes montagnes. Le contraste est surprenant avec les Bahamas, au ras de l’eau…

Juste avant la nuit, le vent tombe et une baleine vient faire son spectacle devant Pascale. Badinguet s’enfonce tout doucement dans la pénombre, à 2 milles du rivage et à train de Sénateur…

Vers minuit, Pascale me sort de mes rêves pour me crier…

- Pascale : On a du déclencher une alarme en passant !

- Nicolas : Hein, Quoi ???

- Pascale : On a déclenché une alarme, il y a une sirène et j’entends des voix !

- Nicolas : T’as fumé ???

- Pascale : Non, viens, il y quelqu’un qui nous éclaire !!!

Je sors rapidement et explique à ma chère et tendre qu’un bateau ne déclenche pas d’alarme !!! Mais qu’un patrouilleur de la marine américaine nous a pris en chasse avec gyrophare, sirène et gros loupiotte dans la figure en prime !!

Je branche le 16 (je venais de couper la VHF pour dormir un peu) et le dialogue commence…

Très poliment et hyper respectueusement, je dois donner tout un tas de renseignements puis on nous explique que nous devons passer à plus de 3 milles de distance de la baie de Guantanamo !!

Au sortir de la guerre contre l’Espagne en 1903, les Etats Unis s’arrogèrent un bail illimité sur un territoire de 116 km² commandant l’entrée de la baie de Guantanamo. Cette enclave contient aujourd’hui une base navale, deux aéroports et une ville de 7000 habitants (dont 3300 militaires), équipée de supermarchés, de salles de cinéma, de lieux de culte, d’un parcours de golf et de l’unique Mac Donald de Cuba. Castro refuse systématiquement de percevoir le loyer annuel de 4000 dollars et demande l’évacuation de la base. C’est là qu’ont été emprisonnés Talibans et suspects arrêtés après les attentats du 11 septembre 2001.

La vedette qui restera à une distance de sécurité importante (peur de se faire exploser à notre contact) nous escorte pendant presque 1 heure vers le large en nous éclairant avec leur puissante lumière…

Je retourne me coucher et Pascale me réveille vers 2h. Elle m’apprend que nous venons d’être survolés par un hélicoptère. Il est arrivé par l’arrière, sans un bruit et juste derrière le bateau, il a allumé tous ses feux et un puissant phare l’a éblouie quelques instants. Il s’en est ensuite retourné vers la prison la plus controversée de la planète…

Difficile d’échapper à ces Américains et toute cette technologie de guerre est vraiment impressionnante… Dire qu’il y a des pauvres types derrière des barreaux, détenus sans jugement ni procès… Ce sont les maitres du monde,  ils font ce qu’ils veulent… Ils font même la morale aux Chinois sur les droits de l’homme, eh, eh, eh…  

Il est 6h, la passe de Santiago de Cuba est devant nous et je discute avec les autorités sur le 16 puis le 72. Le premier message que je reçois est :

-          Bienvenido a Cuba, Bienvenido à Santiago de Cuba et especialamente a la marina Punta Gorda !!!

Vous connaissez beaucoup d’endroit ou les échanges radios commencent comme ça ??? Moi non !!

Mon interlocuteur est d’une patience, d’une élocution et d’une gentillesse étonnante. Il répète en changeant de mots lorsque je ne comprends pas et ses indications sont extrêmement précises et claires.

Arrivé à 1 milles de l’entrée et suivant ses recommandations, je le rappelle pour obtenir l’autorisation d’engager le chenal qui serpente entre deux collines.

Celle de droite est coiffée d’un château qui domine l’entrée, El Morro, construit en 1643 par les Espagnols. Il a été attaqué a de nombreuses reprises par les pirates et ses batteries de canons sont toujours en état de marche ! L’autre colline abrite des cabanes de pêcheurs multicolores, serrées les une contre les autres.

Le soleil se lève doucement, pas une ride sur l’eau, des oiseaux nous accompagnent, des pêcheurs nous font des grands signes, nous sommes émerveillés…

Je reçois comme instruction de mouiller entre une bouée et un ponton et je m’exécute. On m’explique que je dois attendre les autorités avant de m’amarrer. No Problemo !

Nous profitons de la quarantaine pour nettoyer le bateau, faire un brin de toilette et cacher quelques aliments frais que nous n’avons pas le droit d’importer (beurre, lait, œufs, fruits, etc.)

Badinguet est à quai à 10h mais nous n’avons pas le droit de poser un orteil sur le ponton en ciment jusqu'à la fin des démarches administratives.

Dans l’ordre, voici en détails la suite des événements…

-          8h45 Arrivée du médecin.

Une femme souriante et agréable s’installe à bord après avoir jeté un œil partout. Questionnaire médical, inventaire des médicaments et de la bouffe, insecticides, etc. Beaucoup de questions sur l’origine de la nourriture, tout ce qui pourrait venir du Mexique serait brulé vif ! 3 ou 4 formulaires que je dois signer puis elle s’en va, toujours aussi souriante. Coût de l’opération : 30 dollars (soit 30 CUC, Pesos convertibles Cubains).

-          9h15 Arrivée de la Douane et des autorités portuaires (police des frontières)

Deux officiers très sympas, avec tout un tas de dossiers sous les bras et du papier carbone !!! Ils s’installent pour 1 heure de paperasse pure et dure… La clearance d’entrée (el despacho de entrada), liste de l’équipage, inventaire du bateau, description du voilier… Tout est noté méticuleusement en plusieurs exemplaires et plus de 12 formulaires plus tard, ils quittent le bord en nous répétant "Bienvenidos y Gracias, etc". Coût de l’opération : 20 CUC + 15 CUC pour chacun pour les visas.

-          10h15 Arrivée des autorités sanitaires.

Une jeune femme et un homme plus âgé s’assoient à leur tour dans le carré et noircissent des pages et des pages à notre intention. Ils nous expliquent clairement que nous n’avons pas le droit de sortir des aliments du bateau, de les vendre, d’aller dans la maison d’un Cubain, etc. Puis ils vérifient très scrupuleusement  tous nos aliments, les pâtes, le riz, la farine, les boites de conserve, les 3 pommes et les 2 tomates que nous avons gardées des Bahamas subissent une inspection digne de Guantanamo… Nous finissons par chercher de la viande de porc sur les étiquettes des boites de conserve dans les coffres… Vive le Mexique !! On se serait presque fait la bise en partant tellement tout ceci se fait dans la bonne humeur… . Coût de l’opération : 5 CUC

-         11h  Retour de la douane qui vient emballer et scotcher notre GPS portable et toutes nos fusées de détresses. Elles sont considérées comme « explosifs » et on ne fera pas de marché noir avec notre matériel.

-          11h10 Arrivée d’une jeune femme en uniforme qui nous apporte nos visas : Cout de l’opération : 15 CUC chacun. (15 dollars)

-          11h15 Arrivée du « chien anti- explosif »

Un cocker noir et blanc arrive dans le cockpit, accompagné de son maitre. Le petit animal commence son boulot de recherche… Sans qu’on lui demande quoi que ce soit, Il descend les marches, glisse, atterri sur le flanc et se remet sur ses 4 pattes. Il va à une vitesse impressionnante, et tout y passe, les cabines, les salles de bain, les placards, les coffres, etc. Son maitre cavale après lui en l’encourageant et 1/4h plus tard, il faut bien l’avouer, nous n’avons pas d’explosif à bord !

-          11H30 Arrivée du chien « anti-drogue »

Un cocker roux débarque à son tour et, comme son collègue, il se ramasse une gamelle dans la descente. Aussitôt relevé, il fonce à la recherche de stupéfiant… Il reste un bon moment à l’avant, là où Papy Jean et Françoise ont séjourné mais aussi Doudou, le yorkshire de Marcisa… Et là aussi, le constat est négatif, nous n’avons pas de drogue à bord… . Coût de l’opération : gratuit

Il est 11h45 et nous avons le droit de retirer le pavillon « Q » (le drapeau jaune) mais surtout, nous pouvons poser un pied sur le sol Cubain !!!

Nous faisons la connaissance des équipages de 4 autres voiliers présents, 2 français, 1 Canadien et un Danois. Ils nous expliquent comment retirer de l’argent, ou trouver un bus, un taxi, internet, etc.

L’ambiance est calme, agréable, nous sommes très fatigués mais l’envie de découvrir le coin est la plus forte et nous prenons un taxi avec les Canadiens… Quel accent, mon Dieu !!! Ils sont de Montréal mais surtout, ils sont d’une gentillesse… Quand je pense à Adam, mon filleul…

Astrid, Seb, Marie et Adam, nos amis, partent s’installer au Canada ce printemps. Ils quittent la banlieue parisienne et la France, nous nous sentons très proches d’eux dans leur projet… (Et pas que dans leur projet d’ailleurs !) Il parait que les conditions climatiques sont difficiles à supporter la bas et ce ne serait pas le froid le pire mais la lumière… Le temps est souvent couvert et le manque de soleil finit par provoquer l’apparition d’un accent coloré, chantant, qui vous réchauffe le cœur… Si mon filleul se met à parler comme ça, ca risque d’être génial !!!

Le taxi nous dépose (8 CUC) au centre ville de Santiago de Cuba et nous retirons de l’argent local dans une « Cadeca » (Bureau de change). Le garde en uniforme à l’entrée nous parque avec les étrangers, les Cubains sont dans une autre file d’attente… Nous passons devant tout le monde mais les cubains nous sourient chaleureusement, j’ai un gout amère dans la bouche…

Pour résumer, on se sert de la carte visa pour retirer des dollars US puis on convertit les USD en CUC puis on conserve une trentaine de CUC pour les convertir en pesos, (1 CUC vaut 24 pesos non convertibles). Ces pesos servent à acheter les produits frais (fruits et légumes sur les marchés). Les CUC servent à payer les taxis et tout ce qui est importé… Cout de l’opération : Aucune idée mais avec tous ces taux de change, on va déguster !

Nous nous promenons entre deux orchestres aux musiques entrainantes, des ruelles étroites, chargées d’histoires et du glorieux passé de Cuba.

 

Les Cubains sont d’une gentillesse extrême, toujours prêt à rendre service, à venir discuter, parler de tout et de rien… Je me souviens de cet homme de 80 ans venus s’assoir à côté de nous devant la cathédrale de Santiago. Ses yeux avaient tellement de cataracte qu’il nous a plus deviné que vu mais nous n’oublierons pas sa voix ni son sourire lorsque que nous lui avons dit être venu de France en voilier.

 

Longtemps, nous nous sommes demandé ce qui clochait en parcourant le centre ville et puis nous avons compris… Personne ne téléphone !!! Les Cubains, pour des raisons que nous ignorons mais que nous devinons, n’ont pas de portable. Cet isolement médiatique planétaire a ses bons et ses mauvais côtés. Il est certes imposé mais quelle tranquillité, non ???  

Les habitants flânent, un vieux bout cigare au bec, regardant passer les touristes en car climatisés. Les cubains utilisent les bus locaux et des camions de marchandises reconvertis en transports de passagers. A l’intérieur s’entassent les voyageurs derrière les barreaux qui ne laissent dépasser que des bras et des mains fantomatiques…

Je passe chez le coiffeur et en 15 minutes chrono, rasoir en main, je ressors beau comme un Cubain, pour 3 CUC… Pascale adore quand j’ai les cheveux en arrière, moi, je déteste !!! A peine dehors, je remets ce qu’il me reste de tignasse en avant et direction le marché pour rentabiliser la sortie en ville !!!

 

Nous achetons, des salades, ananas, mangues, tomates et des pommes de terre au marché noir car la patate semble être interdite à la vente !

Mais nous apprenons vite et ce qu’on ne trouve pas devant, on le trouve toujours derrière…

Retour au bateau, rinçage et rangement des produits frais.

Nos amis Canadiens nous prêtent un guide récent sur le chili et la terre de feu que je m’empresse de le scanner avant leur venue pour l’apéro.

Il est 21h, extinction des feux, nous n’en pouvons plus… Nous n’avons dormi que 5 heures en 2 jours…

 

 

02/05/09

Il est 9 heures lorsque nous ouvrons l’œil, il fait déjà chaud et la climatisation de la cabine arrière est toujours en panne…

Après un petit déjeuner rapide, je démonte complètement la clim de la cabine arrière et celle de la cabine avant. 4 heures plus tard, après l’échange standard, le compresseur de la clim arrière ne démarre toujours pas… Après 4 heures de boulot, le résultat est NUL !! Je repense à mon père qui a essayé de la réparer en Avril… Force est de constater qu’il n’y a plus qu’une chose que je n’ai pas changée sur cette climatisation… Le thermostat !!! Papy Jean m’avait conseillé à l’époque de le vérifier rapidement…

J’échange donc les thermostats et…. Ca fonctionne !!! Mon père, ce héros !!! Il y a des choses qui ne changent jamais… Et c’est tant mieux… Et là, je pense à Maël qui lit ces lignes,

-          tu verras mon fils, ton père comme mon père, aura longtemps raison, très longtemps… Le privilège de l’âge n’est qu’expérience…

Et dire que nous avons acheté un boitier électrique neuf pour 400€ sur les conseils du frigoriste de Guadeloupe. Le thermostat doit couter 20 € … Faudrait pas que je le recroise, celui là !!!

Il est 16h lorsqu’un type en uniforme vient à son tour inspecter le bateau, à la recherche de… ??? D’insectes !! Et notamment le moustique AEGYPTIS et les cafards (cucaracha). Il vérifie chaque cabine à la recherche de vilains rampants et volants mais Badinguet est sain !!! Pas d’humidité, pas d’endroit clos, mal ventilé et notre fonctionnaire disparait comme il est venu non sans avoir fait signer deux nouveaux formulaires…

Je téléphone à Maël avec l’Iridium, il passe des entretiens, révise, prépare son avenir, je n’ose y penser de peur de contrarier les choses. C’est à lui d’agir, je dois rester un spectateur attentif, attentionné mais neutre, sans juger sauf demande de sa part… Je sais que Mamie est derrière moi, derrière lui, comme une présence bienveillante et affectueuse.

Pascale a passé sa journée à ranger, dégivrer, nettoyer (beaucoup derrière moi) et cuisiner sous une chaleur record de 44°C ! Et comme j’ai bricolé les clim toute la journée, aucun moyen de faire baisser la température…

Si Pascale continue à faire la cuisine comme ça, Il va falloir songer à récupérer les délicieuses recettes d’Arnaud (le genre de plat où tu regardes ton assiette et t’as déjà pris deux kilos !) Mais c’est tellement bon !!

J’imagine mon beau père avec un gros cigare Cubain entre les dents, en train de trinquer au Mojito avec Martine devant un plat de langoustes… Et bèh non ! C’est nous qu’on est là, pas vous !!! Mais on pense bien à vous dans ces moments là…

Il est 20 heures, il fait encore 34° dehors, la nuit est tombée… Pascale regarde un film avec la clim à fond, j’écris…

 

04/05/09

Mauvaise nuit, trop chaud, pas d’air, on colle…

Nous trainons, lézardons avec nos sympathiques voisins, les Canadiens et les Français de « Gitana III » (3ème  bateau et 1er à voile de la série des « gitana » de Rothschild !

Nous prenons un petit ferry pour l’ilot « Cayo granma » que nous parcourons à pied.

Nous attendons un bon moment à l’hombre que le deuxième ferry nous dépose à quelques kms du château « El moro ». Nous arrivons au pont-levis dans un état liquide, 40° degrés à l’hombre et pas un souffle d’air… La visite est rapide, et enrichissante…

Des histoires dramatiques de piraterie et de guerre… Le bâtiment a été en partie détruit a plusieurs reprises par des pirates Français, Hollandais, Anglais, et Cuba est quand même un des rares pays à avoir fait la guerre à l’Amérique du Nord, fallait oser !

Retour à la marina dans une Chevrolet de 1955, magique !

Nous passons le reste de l’après midi à discuter avec nos amis puis c’est le départ de Gitana 3.  Nous ne sommes plus que 3 voiliers amarrés au ponton… Yvon et Carmelle, les Canadiens sont également sur le départ mais la légère grippe de Carmelle les contraint à rester à quai… Les autorités sanitaires ne leur ont pas donné le feu vert et c’est tant mieux pour nous…

J’ai concocté une petite surprise pour ce soir… Danielo, que j’ai rencontré au château, vient nous chercher vers 19h30…

 

Nous voilà parti dans une antique « Kaiser » rouge vers Santiago de Cuba, sous la pluie . La vieille guimbarde fait tellement de bruit qu’on a l’impression qu’elle va se disloquer à chaque nid de poule… La pluie s’infiltre par toutes les ouvertures, il n’y pas de vitre et le toit fuit allégrement mais l’ambiance est au rendez-vous. Nous dinons dans un resto privé (interdit). Une petite salle est aménagée sous les toits et sur la terrasse quand il ne pleut pas ! Au menu, langouste et du poulet pour Pascale. Nous terminons la soirée à écouter de la musique Cubaine traditionnelle à la Casa de Trova… Un petit orchestre joue des airs de « Buena vista social club » et les clients se lèvent entre deux "Cuba libre" ou "Mojíto" pour danser entre les musiciens . Ca nous a tellement plu qu’on y retourne ce soir !!!  *

 

 

05/05/09

Nous partons vers 10h pour Santiago où nous déambulons dans les ruelles sous une chaleur écrasante… J’ai des ampoules plein les pieds et nous transpirons de façon régulière et continue, inexorablement.

C’est la première fois que nous souffrons autant de la chaleur et nous sommes pourtant bien habitués au climat. Cette ville est réputée pour être la plus chaude de Cuba et le thermomètre ne descend sous les 40° que le soir, la nuit venu…

Paco nous ramène dans sa Lada et nous faisons deux arrêts pour acheter de l’eau et des fruits. Nous repartons vers 21h avec la « Kaiser » rouge de Danielo. Les Cubains sortent des chaises et des tables sur les trottoirs, la vie nocturne commence dans la rue, sur les perrons et les marches.

Notre chauffeur nous dépose quelques ruelles plus loin, nous payons l’entrée 2 CUC/pers et regardons les musiciens s’installer en sirotant un Mojito.

Nous vibrons au rythme de la casa de las tradicionales… Des couples âgés de Cubains dansent merveilleusement bien... On est là, la bouche entrouverte, avec un filet de salive au coin des lèvres, les yeux comme des billes à les regarder tourner et s’enlacer en rythme… Parfois, ils s’écartent l’un de l’autre, dansent seuls un moment, les yeux fermés, laissant s’exprimer toutes leurs émotions avec harmonie puis ils se retrouvent serrés l’un contre l’autre dans un sourire communicatif qui emporte tout le malheur du monde bien loin de nous… Pas besoin d’appareils, d’outils, de matériel, Juste toi, ton cœur, ce que tu as au fond de toi… Un plaisir si simple de danser, de chanter, de discuter…

A la table à coté, il y a des Argentins avec lesquels nous échangeons nos adresses… Ils habitent Buenos Aires et nous les retrouverons certainement là bas cet hiver…. Cuba est le centre du monde « civilisé et humain » ce soir et nous sommes aux premières loges…

Nous changeons de « casa » pour terminer au « Subway », plus moderne, climatisé, mais les 3 musiciens qui chantent devant notre table nous entrainent dans les profondeurs de Santiago de Cuba…

Il est 23h30, Nous sommes sur Badinguet, encore une soirée magique…

Je pense très souvent à mon ami, mon frère, Yves. Comment nous aurions appréhendé l’environnement géographique et humain… on n’efface pas 20 ans de voyage d’un claquement de doigt, c’est une magnifique partie de ma vie, inoubliable. Je sais que l’histoire n’est pas finie, elle s’adapte, se réorganise différemment, nous verrons…

 

06/05/09

Réveil tardif… Paco nous emmène en « Moscovitch » au Sanctuaire Los Cobres. L’unique basilique de Cuba est aussi le plus grand lieu de pèlerinage de l’ile. Elle est située à une vingtaine de kms de Santiago.

La légende raconte qu’en 1606, deux indiens et un noir furent pris dans la tempête. Juste au moment de sombrer, un radeau apparut avec la statue d’une vierge. Les vagues se calmèrent et les hommes crurent au miracle. Ils prirent la statue et un petit ermitage fut construit. De nombreux miracles ont par la suite été attribués à la Vierge qui prit une place croissante dans l’imaginaire des Cubains…

Pascale et moi passons donc par l’arrière de la basilique pour accéder au salon des miracles.  Il y a là des jeunes filles, les yeux fermés, cramponnées à la rambarde qui prient pour qu’un miracle arrive…

Lorsqu’on voyage en bateau, les pays défilent, parfois très différents les uns des autres et chacun a ses lieux de cultes, de pèlerinages, et même de « miracles » ! Je ne suis jamais aller à Lourdes mais il semble que bon nombre de malheureux s’y retrouvent… Les bienheureux n’attendent pas de miracle !  Je plains ces gens qui souffrent et qui viennent en ces lieux pour en espérer un… Ils ne sortiront pas de leur souffrance… A moins d’un miracle, bien évidemment…

Nous repassons par la plazza de la revolución qui peut accueillir jusqu’à 200 000 personnes   et le cimetière des gens célèbres de Santiago  qui peut en accueillir beaucoup moins ! Je crois même qu’il est plein !

Le peuple est fier de son isolement planétaire et je dois avouer que Cuba est un pays en dehors des sentiers battus… De vieilles américaines côtoient de vieilles Russes (Nous parlons de voitures), un peu de rigueur soviétique dans la désinvolture Caribéenne  et surtout, cet esprit révolutionnaire, de lutte sociale et égalitaire sur un fond de musique entrainante… Un pays au charme étonnant et aux habitants merveilleux.

Les communications « Internet » sont d’une lenteur exaspérante et il nous faut attendre plus d’1/4h pour ouvrir notre messagerie… Inutile de songer à envoyer la suite de notre carnet de bord…

Nous retournons à bord avec une douzaine d’œufs achetés au marché noir . Une petite sieste avec la climatisation puis c’est le départ de nos amis Canadiens. Les Danois sont partis ce matin après une fouille complète de leur voilier par une escadrille de douaniers zélés…

Nous faisons la bise à Yvon et Carmelle, ils larguent les amarres. Nous sommes désormais le seul bateau de la petite Marina.

Le pont est couvert de traces brunâtres, comme de la rouille. Il semble que la raffinerie et la cimenterie qui se trouvent derrière la colline envoient dans les airs de fines particules qui retombent sur les bateaux. J’essaye différents produits de nettoyage mais seul l’acide semble efficace et il y a quelques dizaines de mètres carrés à se taper lorsque nous serons partis d’ici. La ligne de flottaison n’est pas en reste. Elle est couverte d’algues et de coquillages… Serait-ce l’appel du large ??? Non, pas encore, il nous reste une soirée à passer à la casa de la musiqua…  

Le soir, la marina est fermée à clés et il faut clairement s’identifier à l’un des nombreux policiers pour pouvoir entrer ou sortir de l’enceinte… On a quand même un peu l’impression d’être enfermés, sous étroite surveillance… Et comme nous sommes seuls à être de l’autre côté de la barrière, l’ambiance est un peu tristounette, on commence à penser au départ…

Pascale nous a fait une côte de porc avec des bananes plantains et du ris aux oignons, je salive en écrivant ces mots…

 

 

07/05/09

Nous avons mal dormi avec cette chaleur et la bruyante arrivée d’un catamaran Cubain à 3h. Un petit tour en ville pour récupérer une météo sur Internet et les derniers achats avant notre départ.

Je suis un peu barbouillé et une journée d’immodium-Ercefluryl s’annonce…

Nous avons fait le tour de Santiago et le fait d’être le seul bateau dans cette marina fermée à clés nous pousse vers la sortie… Nous partirons demain, c’est décidé.

Je prépare et fais passer en douce quelques lignes de pêche pour Paco puis nous retournons à bord pour une sieste de 3h !!!

Je préviens les autorités de notre départ prochain, nous devons être à bord demain midi, sans faute !

 

08/05/09

Lever 7h, nettoyage du bateau et début des préparatifs de départ. Je paye le port 237 CUC (environ 200€) pour 8 jours puis je pars avec Danielo acheter quelques souvenirs et changer ce qui nous reste en bons vieux dollars américains. Il m’explique que les Cubains n’ont pas le droit de quitter le territoire et qu’il a fabriqué un bateau en 1994 pour fuir le pays mais il a renoncé… Je ne sais que répondre…

Il pleut et Badinguet est d’une saleté repoussante, taché, couvert d’insectes morts et de particules de ciment… Vivement l’eau claire et le vent du large…

Les douaniers viennent me chercher pour les formalités de départ, et ils remplissent à nouveau une demi-douzaine de feuilles dans leur local climatisé.

En fin d’après midi, un catamaran Français s’installe en face de nous et nous sommes ravis de faire un peu la causette avec Arnaud et Marion. Ils naviguent à 4 bateaux et reviennent de la « Trans-caraïbe » (course/plaisir/humanitaire/Guadeloupe-Cuba). Les 3 autres Français arrivent à leur tour ainsi que nos amis de Gitana 3 qui reviennent…

Nous ne pouvons hélas plus retarder notre départ mais nous avons de précieuses infos sur l’ile à vache en Haïti et un autre mouillage juste après la frontière de république Dominicaine.

Adieu Cuba, Adios la revolucion…

Badinguet s’éloigne lentement au moteur, de la grande ile. Des éclairs zèbrent le ciel loin devant nous et la pleine lune se lève vers 21h, on y voit comme en plein jour. Pascale aime bien car il ne fait pas noir… Et moi non car on ne voit pas les lumières des cargos.

Le vent se lève jusqu'à 25 nœuds dans le nez mais la mer ne grossit pas alors on consomme un peu plus de gasoil. Je regarde les orages défiler avec inquiétude et déroute par deux fois le bateau pour éviter les zones trop « électriques ». Pascale prend le poste de veille à 23h.

 

 

HAÏTI 

 

09/05/09

Les quarts se succèdent avec plus ou moins de vent, plus ou moins de face mais rien de difficile (sauf les réveils de Pascale).

En milieu de matinée, nous traversons un banc de haut-fonds au Sud-ouest de Haïti… Il y a là des centaines de barques. Certaines sont propulsées par des voiles rapiécées, d’autres vont à la rame. Nous distribuons des boites de conserves, des chaussures, des gants et nous finissons par courser une barque avec des voiles en sacs poubelles pour lui offrir un masque et un tuba. A chaque fois, ce sont des sourires, des grands signes de la main et quelques paroles…

 

 

Vers midi, le vent se lève à nouveau et toujours de face, mais nous le savions…

15 puis 20 et enfin 25 nœuds contrarient à nouveau notre route côtière. Badinguet tire des bords dans la souffrance lorsque le moteur de bôme débraye et laisse la grand voile se creuser et battre dans le vent.

Je monte sur le pont en me faisant arroser par les vagues, Pascale actionne l’interrupteur. Le moteur tourne avec un bruit effroyable et il n’entraine pas la voile… Je le débraye et installe le palan de retenue de bôme pour étarquer la toile. Le système fonctionne bien mais nous ne pouvons pas tout dérouler, mais avec 25 nœuds au près, on a déjà largement réduit…

Il est 23h30 lorsque Badinguet remonte au Nord vers l’ile à Vache. Nous savons que le coin est rempli de casiers locaux mais on ne distingue pas assez la surface pour les éviter. Comme souvent, en cas de risque, je demande intérieurement à ma mère de nous guider entre les pièges et nous arrivons sans encombre derrière une caye pour mouiller par 4 mètres de fond.

 

 

10/05/09

5h45… Toc, toc, toc…

-          Eh, Captain, captain !

Je sors et découvre 4 paires de mains accrochées au balcon tribord et … Autant de l’autre côté…

-          Eux : Bienvenue à l’ile à vache, tu veux des mangues ?

-          Moi : Non, il est 6 heures du matin et je veux dormir !

-          Eux : Moi je m’appelle Ashley, Héron, Levinsky, Jasmin et de l’autre côté, Castro, beethoven’s, mackenzie et jean jean…  Bienvenue à l’ile à vache, tu veux des langoustes ?

-          Moi : NON ! Revenez plus tard, on veut dormir. MERCI !

6h15… Toc, toc, toc

-          Captain, Captain, tu es là ?

-          Moi : Intérieurement (Putain de bordel de M…), QUOI ???

-          Eux : Bienvenue à l’ile à vache, comment tu t’appelles ?

-          Moi : Je m’appelle « le monsieur qui veut dormirrrrrrrrrrr ! » (Rires)

-          Eux : Il y a un marché local chez madame Bernard, si tu as un petit boulot pour nous, on le fait bien, tu sais…

-          Moi : Peut être, peut être… Je veux d’abord ma reposer, nous sommes fatigués, VOUS COMPRENEZ ? Il est 6h du matin !!!

-          Eux : Non, il est 5 heures du matin, il y a une heure de moins qu’à Cuba !

-          - Moi : QUOI ???? Il est 5h ???? LAISSEZ NOUS DORMIR…

7h00… Toc, Toc, toc

Je me lève une troisième et dernière fois et il y a encore toutes ces petites mains accrochées au balcon.

Je m’assieds sur le pont et discute longuement avec Juney, Edison, Eden’s  et une tripotée d’autres prénoms exotiques…  On dirait que Badinguet est entourés de petits pare- battages humains…

 

A ma demande Ils nous guident en pirogue vers la petite baie abritée en empruntant le passage le plus profond . Contrairement aux indications des cartes, la petite anse est très profonde et au beau milieu, il y a plus de 7 mètres de fond ! Je lâche 20  mètres de chaine et nous découvrons la beauté du lieu. Des dizaines de pirogues taillées dans des manguiers entourent notre voilier. Il fait 45 degrés et pas un souffle d’air ne circule dans cet abri naturel.

Il y a un autre voilier près du petit ponton de l’hôtel tenu par des Français. Je démonte sous un soleil écrasant le moteur de bôme… Deux heures et 3 litres de sueurs plus tard, le diagnostic est mauvais… La roue dentée n’a plus une dent !!! Et tout ceci baigne dans une graisse épaisse pleine de limaille. Autour de nous, tous ces petits yeux, ces petites bouches qui sourient, qui demandent et qui discutent…

Il faudra commander la pièce chez Amel, ce n’est pas réparable pour le moment et certainement pas à Haïti…

Nous discutons avec Guillain et Patrick, nos voisins qui viennent de passer 1 mois à aider bénévolement Sœur Flora. Directrice d’un orphelinat et d’une école sur l’ile, elle a voué sa vie à des enfants traumatisés, abandonnés et souvent handicapés. Nous écoutons longuement Guillain et son compère nous expliquer leur parcours et leur démarche humanitaire… Chapeau bas !

4 enfants nettoient la ligne de flottaison pour 10 Dollars. C’est la première fois que nous exploitons des mineurs mais il faut bien les aider et je n’ai trouvé que ce boulot à leur donner … Ils grattent, frottent plongent avec les masques et tuba que nous leur avons prêtés… J’occupe mon temps à nettoyer le pont à l’acide et il retrouve vite son aspect « pré-Cubain »…

Nous partons faire un petit tour à terre pendant que nos petits plongeurs se font charrier par leurs copains (à qui je viens de donner deux casquettes de « superviseurs des travaux »). Nous découvrons l’hôtel des Français dont nous entendons parler depuis des semaines, nous y dinerons ce soir en compagnie de Guillain et Patrick qui partent demain matin tôt.

Nous grimpons ensuite en haut de la colline, accompagnés de hordes de moustiques qui ne semblent absolument pas gênés par l’épaisseur de nos tee-shirts…

 

Quelques photos prises du champ qui domine la baie puis nous retournons à bord pour démarrer le groupe et la climatisation. La chaleur est étouffante et nous passons plus d’une heure enfermée dans la cabine arrière à faire redescendre notre température corporelle.

J’achète 3 belles langoustes qui se débattent au fond de la pirogue d’un pêcheur . Un bon coup de couteau, histoire qu’elles se fendent un peu la gueule et hop, au congélateur !

Nos amis viennent nous chercher vers 19h et nous piquons une tête dans la magnifique piscine de l’hôtel. Une employée nous apporte 4 « Rhum gentils » que nous sirotons en nageant sous la voute céleste… Un orage au loin illumine le ciel et nous nous imprégnions de cet endroit extraordinaire… Nous sommes à Haïti, le pays le plus pauvre de l’occident, à siroter un cocktail dans une piscine, chercher l’erreur…

Au menu, steak, sauce champignons, frites. Guillain nous offre le vin pour leur dernière soirée sur place. Nous nous couchons vers 21h, des images pleins la tête, émerveillés…

 

11/05/09

Il est 4h30, je mets en route le groupe et envoie la clim à fond dans la couchette arrière… Nous voilà partis pour 4 heures de sommeil dans la fraicheur.  Génial de se blottir sous la couette quand il fait 40° degrés dehors !

Un petit tour à terre pour payer la facture du resto d’hier… Le patron Français est là et nous faisons sa connaissance. Didier, la soixantaine, est installé ici depuis un moment et les marins qui passent par ici savent qu’ils peuvent compter sur lui.. Une escale en Haïti, ça ne s’oublie pas. Je luis laisse l’argent que je dois aux enfants car ces chers petits sont à l’école et nous retournons à bord vers 14h pour préparer notre départ imminent.

Badinguet sort lentement de la profonde petite anse et contourne les haut-fonds du Nord de l’ile.

Le vent est encore et toujours contre nous mais les nombreuses iles Haïtiennes nous protègent des vagues, pour l’instant !

Nous longeons la côte jusqu'à ce que le vent dépasse les 20 nœuds puis nous commençons le cycle infernal des bords…  La nuit tombe avec 25 nœuds de vent bien établis et une mer qui lève des vagues courtes et cassantes… Badinguet tape, enfourne, se redresse puis plonge dans la vague suivante. Par moment, la coque vient s’écraser dans un creux et le vacarme est assourdissant. Le stress de l’équipage est entretenu par cet instant très précis où le voilier décolle et reste suspendu dans le vide, 17 tonnes avec rien dessous… Pascale et moi prenons très vite l’habitude de nous tenir fermement quand commence la descente infernale. Puis c’est le choc, énorme, inexorable, toute la structure entre en vibration en se redressant, comme si elle allait se disloquer… J’ai beau réduire, ralentir, rien n’y fait et il faut bien qu’on avance contre ces vagues et ce courant.

Au petit matin, nous sommes épuisés, les périodes de sommeil ont été rongées par les secousses répétées… Le vent ne mollit pas et je décide de serrer la côte pour chercher un contre courant ou des effets de vent, on peut toujours rêver, non (à défaut de dormir)???

Les bords que nous tirons sont à 120° !!! Alors que l’angle annoncé par le pilote est de 90° !!! Nous avons 30° de dérive, c’est énorme ! Le vent, les vagues et le courant se chargent de nous ralentir, de nous contrarier… De nombreux éclairs strient le ciel au loin mais rien de dangereux ne se trouve à notre vent, la chance tournerait-elle ?

Nous avançons quand même, beaucoup plus lentement et péniblement que prévu mais les paysages changent et de hautes falaises bordent maintenait la côte haïtienne.

Il y a un mouillage où nous pourrions nous abriter pour la nuit mais le courant est de 3 nœuds devant l’anse de Aguilas et il est 19h30, la nuit tombe… Que faire ?

On continue pour une nuit de plus et il faut qu’on passe le cap Beata, le vent est sensé baisser un peu… Deux heures plus tard, comme par miracle, le vent  tourne et nous permet d’enrouler le cap sans changer de bord. Je n’arrête pas de penser à la bouteille de plongée que j’ai rangée à l’avant, là où ça tape le plus… Si ce truc là explose…

 

REPUBLIQUE DOMINICAINE 

 

12/05/09

Arrivés de l’autre côté, c’est une autre histoire et nous tirons des bords « à tuer un régatier » pendant toute la deuxième partie de la nuit.

Pascale se lève vers minuit pour me souhaiter un bon anniversaire, je crois que c’est le « 12 mai » le plus pourri de toute ma vie… Nous ne dormons quasiment pas car il faut tirer des bords à la côte et négocier sans cesse les changements de direction du vent qui joue avec les falaises et nos nerfs…

Nous naviguons avec le pilote en « mode vent » ce qui permet de garder toujours le même cap par rapport au vent. Ce système est très pratique au près serré et évite les mauvaises surprises comme border à contre par exemple… Mais il a l’inconvénient de changer le cap du bateau si le vent tourne… Et, bien évidemment, le vent se comporte de façon totalement imprévue (pour moi) suivant que la côte est sous le vent, au vent, s’il y des falaises, du courants, etc.… Bref, je ne calcule plus car une fois sur deux, je me trompe… J’aimerai comprendre la mécanique des fluides, comment un courant d’air ou d’eau se comporte devant un obstacle, pourquoi ces brises de terre, de mer, ces vents catabatiques, comment se crée un contre courant et comment est-il influencé par des obstacles ??? Je voudrai comprendre, exploiter… Aller à la côte ou rester au large ? Tirer un grand bord ou plusieurs petits proches du rivage, mais y a t’il plus  de courant à la côte ??? Je n’y comprends rien de rien et chaque nuit est différente, compliquée, épuisante…

Nous évitons de justesse d’énormes bouées emmêlées dans des filets que Pascale aperçoit au dernier moment. Elle est juste à coté de la barre à roue mais préfère appeler en hurlant son mari pour qu’il évite l’obstacle, résultat, on est vraiment passé tout prêt des ennuis !

Je craque vers 15h et c’est au moteur que nous rejoignons un mouillage derrière la punta Salinas. Des dizaines de pécheurs halent un immense filet sur la plage… Je profite de la pose pour déménager la bouteille de plongée sous notre couchette arrière…

Nous sommes un peu inquiets car nous ne respectons aucune règle de sécurité, nous sommes seuls au  mouillage, il y a du monde sur la plage et ce ne sont pas des gens qui croulent sous des liasses de dollars… Et la nuit va tomber… Nous dormons d’abord de 15h30 à 19h30, nous dinons puis retour dans les bannettes de 20h à 1h50 du matin, heure à laquelle le réveil sonne… Je ne pensais pas être si fatigué, mes paupières refusent de s’ouvrir. J’entends la pluie marteler le pont, parfait, encore une demi heure à roupiller, on ne va quand même pas partir sous la pluie !

 

Il est 2h30, lorsque je place Badinguet face à ces fichues vagues et ce fichu vent… Pascale dort, j’avale une plâtrée de pâtes… Je pars au large mais un énorme orage barre tout l’horizon, inutile de se faire électrocuter, je retourne longer la côte au moteur à 5,5 nœuds.

Il y a 25 nœuds de vent d’Est, comme d’habitude et la fatigue me cloue sur mon siège, incapable de trouver une solution pour contourner les agressions de mère nature… Le bateau avance lentement mais surement et Pascale émerge à 7h, les grosses vagues la suivent de près et les montagnes russes reprennent de plus belle !

Nous varions le régime moteur en nous appuyant sur les grand-voiles car il est impossible de remonter ces vagues de face. Badinguet plonge et enfourne, arrêté net dans son élan par ces murs d’eau.

Il y a pas mal d’eau salée au niveau de la douche et sous les planchers de la cabine avant. L’eau doit s’infiltrer sous les joints du propulseur d'étrave quand l’avant du bateau disparait sous l’eau…

Nous avons 60 milles (en ligne droite) à parcourir et il nous faudra 11h30 !!! La mer est pleine de déchets qui s’amoncellent en grappes, soutenus par des tapis d’algues qui ondulent en surface. Un gros tronc d’arbre longe Badinguet, nous ne l’avions pas vu non plus… Des creux de 4 mètres au niveau des caps, jusqu'à 35 nœuds de vent dans le pif, que du bonheur !

Le seul point positif de la journée est qu’il fait un temps de chien, nous avons un peu de fraicheur…

Après le contournement difficile du cap Caucedo au moteur à 2500 tr/min, nous alignons la passe de Boca Chica entre les brisants.

Ca y est, nous sommes à l’abri, il y a 5 ou 6 autres voiliers et nous prenons une place au port, nous l’avons bien mérité.

Malgré la fatigue et l’étroitesse du petit chenal, la manœuvre ne pose aucun problème et me voilà embarqué pour les formalités administratives… Immigration, douane, port, police, mes yeux se ferment tous seuls. Je ramène à bord une jolie facture de 60 $/jour + 5% de taxes + 5$/jour d’électricité et 20$ de visas.

Tous ces pays abusent du passage des voiliers étrangers et si on compare le prix d’une place au port (qui ne coute rien à la marina) avec le salaire moyen de l’ouvrier de base, on a envie de leur exploser la tronche…

Nous avons internet au bateau, Pascale et moi commençons à rattraper notre retard. Chacun pianote de son côté avant de me jeter sur une langouste, il faut quand même que je fête mon anniversaire…

Nous passons le reste de la soirée sur internet. Le site est à jour avec de nouvelles rubriques, les recettes de cuisine de Pascale, notre position, etc.

 

15/05/09

Réveil matinal pour moi et méchante grasse matinée pour Pascale… Il pleut et nous passons toute la journée (moins 1h de sieste) devant nos écrans d’ordinateur. Nous avons enfin la possibilité de parler avec nos proches et même de les voir par webcam interposées… Des heures au téléphone à regarder Isabelle, Cath ma tante, mon père et surtout Maël qui veut acheter une moto cross et un vieux voilier à retaper  !!! Au secours !

Les parents de Pascale sont à Florence et nous les joindrons demain, dés leur retour. C’est la première fois depuis notre départ qu’il pleut aussi longtemps et aussi fort !

La petite marina est noyée sous des trombes d’eau. Les deux seaux de 10 litres accrochés au balcon sont pleins en 4 heures !!!

On fera les courses demain, aujourd’hui, c’est très clair, on n’a rien fichu ! Si, on a nettoyé les restes d’une bouteille de rhum cassée dans les vagues, sacrilège !!!

La météo semble nous laisser du répit en début de semaine, le vent devrait chuter et nous permettre de traverser le méchant passage Mona vers Porto Rico. Aller, on y croit !

C’est quand même bon de ne rien faire de la journée…

 

16/05/09

Encore un réveil tardif pour Pascale… Je pars chercher de l’argent au distributeur puis reviens la réveiller avec ma douceur légendaire…

Nous partons faire un tour à Boca Chica, objectif; acheter des centaines de trucs bons à manger !!!

Nous découvrons une petite ville balnéaire bordée d’une belle plage, elle même bordée d’une série de restos et de bars, les pieds dans le sable… Et tout ceci est rempli de touristes vieillissants de sexe masculin, et qui ne veulent pas vieillir… Le tourisme sexuel fonctionne à fond avec ces belles plantes dominicaines… Tous ces « vieux beaux » semblent se connaitre et glandouillent sur la plage ou dans les bars en attendant que l’école soit finie…. Tu me diras ici, on ne fait pas la sortie des écoles, ce sont les écoles qui font la sortie des plages !!!

Nous faisons un aller-retour au bateau pour déposer nos courses puis retour en ville pour acheter les fruits, 1 ananas=70 pesos (2$), 1 mangue =20 pesos (0,75$), etc.

Je réveille le douanier du coin dans son bureau, il m’explique que si nous voulons stopper à La Romana pour faire le plein de gasoil, il faudra faire la sortie administrative la bas !!! Ca ne nous arrange pas du tout car faire le plein de gasoil, c’est facile mais avec la douane, tout peut arriver… Il est hors de question de prendre le risque de louper la fenêtre météo…

Nous n’avons pas le choix, il n’y a que 1,50m de fond devant le ponton essence !!! Il faut bidonner avec l’annexe !!! 4 aller-retours avec, à chaque fois 80 litres de gasoil…  Et bien évidemment, en début d’après midi, le déluge habituel commence… Et avec cette pluie là, il n’y a plus qu’à aller se coucher…

 

17/05/09

Il fait beau comme tous les matins et nous allons en ville pour notre dernier jour sur place. La météo n’a absolument pas confirmé les bonnes nouvelles d’hier et à chaque heure, elle corrige en augmentant le vent… De toute façon, ça va être dur et si on veut placer le bateau pour le mois d’aout, il faut qu’on sorte d’ici…

Nous passons toute la matinée, les fesses enfoncées dans un transat sur la plage de Boca chica … Et voici ce qu’on nous propose toutes les 12 secondes et demie !!!

Du lambi (coquillage), des crevettes, des chemises, des chapeaux, des montres, des lunettes de soleil, des fruits, des colliers, des noix de coco, des bouées, des tableaux, des souvenirs, Des noix de cajou, Des sucettes, Des massages et dés que Pascale s’éloigne de moi, on me propose beaucoup plus… Il y a aussi cette jeune femme habillée de rayures noires et blanches, nous la surnommons « le zèbre », vive les safaris !!!

Pascale remarque à son tour le nombre incroyable de touristes mâles bien accompagnés … Les femmes ne sont pas en reste d’ailleurs, et pourquoi le seraient elles ??? Elles courent comme de jeunes gazelles impubères après de beaux étalons Dominicains en riant de tout leur dentier…

Nous rejoignons Badinguet pour payer la facture et communiquer encore une fois avec nos proches.

Je me fais emmener en moto deux fois chez les douaniers et arrive à négocier le « despacho de salidad » (Clearance de sortie) pour ce soir alors que nous ne partons que demain matin, à 5h45 avec le soleil.

Badinguet quitte sa petite place de port mais le vent nous prend en travers, Pascale est à l’avant avec un gars de la marina qui nous aide pour cette manœuvre délicate. L’annexe s’accroche dans un des piquets en bois. Le chandelier arrière est plié net ! Il faudra qu’on trouve une cintreuse un de ces jours… Bien joué POITOU !!!

Nous nous amarrons sur un corps-mort devant le port et nous voilà prêts pour le départ tôt demain matin. Nous devons juste appeler sur le 16 quand nous partirons.

Je plie et range l’annexe dans le coffre arrière, une intuition…. On risque d’avoir beaucoup de grains et c’est une vraie baignoire ambulante que nous transportons sous les bossoirs… De plus, je pense que le passage Mona ne se laissera pas traverser comme ça, la mer risque d’être grosse et l’annexe pourrait ramasser quelques vagues… Nous verrons ce que l’avenir nous réserve… 

 

 

18/05/09

Il est 5h30, il fait déjà bien jour et je lâche notre bouée pour partir au large, il n’y a pas de vent et la mer est belle.

Vers 10h, je commence à composer avec le vent qui monte crescendo et nous passons derrière l’ile Catalina, tout près de La Romana pour nous abriter un moment. De nombreux dauphins viennent sauter devant l’étrave. Ils restent avec nous une bonne demi-heure, c’est de bon augure…

Les Grains orageux barrent tout l’horizon, nous n’y couperons pas… Je passe mon temps à compter les secondes entre les éclairs et les coups de tonnerre mais il y en a partout autour de nous et il va falloir compter avec la chance…

Nous passons Punta Cana vers 19h et abordons le passage Mona à la tombée de la nuit. Encore quelques grains et les étoiles réapparaissent, sécurisantes.

 

19/05/09

La mer est formée mais négociable en tirant de bords au moteur à 20° des vagues et du vent. Durant la nuit, les éléments s’assagissent et au petit matin, nous apercevons Porto Rico, on y est presque…

Il est 10h et le vent a considérablement forci, la mer et le courant nous clouent sur place, on y était presque, c’est toujours comme ça… Le cap est là, 3 milles devant nous et on avance à 2,5 nœuds comme un bouchon dans une baignoire, un bouchon de 17 tonnes quand même !

C’est comme si le cul du bateau était encore dans le passage Mona et l’avant déjà sur la côte Nord de Porto Rico, et ce cul pèse des tonnes, impossible de le trainer…

Le vent est maintenant bien établi entre 30 et 35 nœuds apparents et la mer est forte à très forte…

Badinguet souffre, et nous sommes à nouveau dans un état de nerfs et de fatigue chronique. Attentifs aux chocs et aux vagues qui se dressent telles des murs devant nous et à la fois épuisés, amorphes, passifs… La côte Nord de l’ile devient vite épouvantable, nous avançons très lentement moteur à 2200tr/min, grand-voiles bordées à plat. On ne peut pas prendre plus d’angle et envoyer la toile car les creux sont très impressionnants un peu plus au large et je décide de serrer le rivage au plus près, c’est moins risqué !

Le calvaire va durer 9 heures… 9 longues heures, à tirer des petits bords d’une demi heure au moteur le long de la côte !!!

A 19h30, je n’en peux plus de ces conditions difficiles, l’anémomètre fait des pointes à 38 nœuds… Il va falloir s’abriter ou filer très au large pour la nuit… Il y a le petit port de Arecibo qui nous tend les bras, on pourrait y être en 25 minutes… je branche la VHF mais le canal 16 est occupé par les Coast Guards américains qui tentent de porter secours à un voilier en direction des Bermudes, impossible d’en placer une !

Il faut prendre une décision, si on s’arrête, nous risquons d’être ennuyés par les autorités car nous n’avons ni visa, ni passeport Biométrique… Les Etats-unis ne rigolent pas avec les immigrants clandestins…

C’est Pascale qui décide de continuer, nous verrons bien… De toute façon, je ne pense pas que ça puisse être pire ! Je reprends encore une météo qui m’annonce 10 nœuds de vent de Sud-est… Ils ont du faire la bringue hier soir, ce n’est pas possible…

Et………… Comme pour justifier notre visite de la basilique « El Cobre », ou pour donner raison à Pascale, miraculeusement, 10 minutes plus tard, le vent baisse de 10 nœuds et la mer se calme.

L’accalmie est brutale et rapide, une heure plus tard, nous alignons un cap direct vers l’Est le long de la côte au moteur avec 10 nœuds ridicules dans le nez, ouf !

-          Aller, qu’est ce qu’on dit à la Sainte Vierge ??? 

-          MERCI !

 

20/05/09

A 5h, au lever du soleil, l’ile de porto Rico disparait derrière nous.

Nous faisons beaucoup de détours entres les iles Vierges américaines pour nous protéger du vent et des vagues. Le jeu est gagnant pour plusieurs raisons… La mer est calme le long de la côte et regarder le paysage défiler nous redonne un moral en béton, nous avançons et nous nous en rendons compte !!!

Il est 13h30, anse de Soper’s Hole à l’Ouest de Tortola, Pascale place Badinguet sous le vent d’un corps-mort, je gaffe la bouée, amarre le bateau entre des dizaines de voiliers de location Mooring.

L’annexe est gonflée, elle sèche au soleil, avec une rustine neuve sur son plancher, Pascale a trouvé la fuite…

Les gens gueulent, font vrombir leur moteur, une grue attaque la colline sur bâbord, les navettes klaxonnent sur tribord et 2 blacks en Zodiac viennent nous demander 25 $ pour la nuit sans bonjour ni sourire, nous sommes de retour dans le monde moderne… Quelle différence !!!

 

 

 

ILES VIERGES BRITANNIQUES

21/05/09

Il est 9 heures lorsque nous posons les pieds en terre vierge !!! Les moustiques sont en pleine forme et le temps d’allumer le Lap top (petit ordinateur communiquant) de Pascale, nous avons une dizaine de piqures en train de gonfler sur nos chevilles…

La météo est prise, tout va bien.

Nous retournons au bateau et préparons la manœuvre d’appontement pour faire le plein de gasoil une nouvelle fois… 3,25 $ le gallon soit 0,8 cents le litre, on est preneur !

Nous quittons l’anse de Soper’s hole vers 11h30 et tirons quelques bords dans « Sir Francis Drake chanel ».

Quel plaisir de naviguer enfin à la voile et de se mesurer avec d’autres voiliers dans des conditions « normales » de vent et de mer. Sans prétention aucune, nous laissons sur place tous nos concurrents fictifs et quittons l’archipel par le « Flanagan passage ».

Au large, le vent tombe et le moteur ronronne, avec juste la grand voile pour assoir le bateau sur l’eau… Pourquoi dit-on la haute mer ??? La haute montagne, je comprends car les montagnes sont réellement plus élevées mais la mer plus haute ?!?! Qui a trouvé cette expression idiote ??

Bref, le cap est bon, la nuit approche avec son lot d’éclairs et de coups de tonnerre… les appareils de navigation sont disjonctés presque tout le temps pour éviter un coup de foudre et Badinguet avance sans se soucier des flashs et du grondement au loin…

Difficile de trouver le sommeil… Nous approchons de terres connues, d’iles que nous avons fréquentées… Nous sommes de retour et nous sentons cette excitation au fond de nous… J’entends même Pascale dire vers 3h30 du matin (le quart qu’elle déteste) :

-          Pffffffffffff, Fechchchchchchchchchchchchchchc…. !

(Il va falloir que je mette en route le décodeur !)  Ca doit vouloir dire : « fait chier !!! »

-           Mais, c’est pas vrai… L’écran est tout déglingué !!!

Ca doit vouloir dire : « l’écran n’indique plus l’angle du vent initial… »

Nous naviguons cap au vent et lorsque le vent tourne de plus de 10°, le pilote se met en alarme et attend une pression sur un de ses boutons pour accepter les nouvelles valeurs de vent ! Si on tarde un peu à appuyer sur les touches, le pilote se réinitialise et c’est ce qui vient de se passer… L’écran est soi disant : « Déglingué »… Je rumine dans ma couchette en l’entendant rouspéter tout haut et tente de trouver le sommeil mais en vain…

Arrive mon tour de quart… Un bruit inhabituel me fait sursauter… Un bruit de hauban, comme lorsqu’on tape avec un objet métallique sur un câble en inox bien tendu… Badinguet plonge dans une vague et le bruit recommence… Je pense au pire, le pataras du grand mât est en train de céder et ce sont les torons, un à un qui lâchent…  Que faire, la drisse de genaker est tendue à l’avant et ne peut pas la passer sur l’arrière du mât, impossible de doubler le pataras avec du textile ! Le bruit recommence, mon angoisse décuple, je descends dans la cabine et prépare un couteau et la pince coupe-hauban si le mât dégringole… Et là, j’aperçois dans la lumière de la frontale que je viens d’allumer un objet non identifier me passer au dessus… Un poisson volant vient de se manger la capote puis un autre s’éclate contre un hauban et le bruit est le même… Ca alors, une escadrille de poissons volants suicidaires se fracassent contre les haubans, ouf…… Le lendemain, nous avons confirmation avec plusieurs exemplaires qui gisent sur le pont ! Voila que j’ai peur des poissons volants maintenant !

 

MONTSERRAT

 

22/05/09

Le soleil se lève vers 5 heures, j’ai encore une heure pour me reposer car j’ai décalé les quarts de Pascale en raison de grains particulièrement violents.

Nous n’avons pas beaucoup dormi tous les deux mais nous sommes là, heureux d’avoir avancé un bon coup. L’ile de Saba est sur notre bâbord, Ensuite il y a Statia puis St Kitts et enfin Nevis où nous arrivons vers 12h15.

Je mouille beaucoup plus près de la côte que tous les voiliers présents mais le coin est rouleur, nous décidons de continuer la route.

En chemin, je joins enfin la société « AMEL » par Iridium. Elle me livre un réducteur de moteur de bôme au Marin, en Martinique pour lundi (toujours aussi efficace !) Mais toujours aussi cher, le réducteur coute 800€ !!!

J’appelle ensuite Maël, quel plaisir de lui parler ainsi régulièrement… Il est au lac de Passy avec des copains, Les révisions du Bac sont assez cool, j’ai l’impression…

En vue de Montserrat, les orages font leur apparition, comme pour nous empêcher de passer … Il y en a partout et les éclairs cinglent jusqu'à la surface de l’eau. La pluie tombe drue et je dois immobiliser Badinguet presque 1/2h pour attendre de voir la côte. Il semble qu’il y ait un rideau blanc tiré le long du rivage  … Des panaches de pluie nous empêchent de nous approcher puis c’est l’éclaircie, on fonce !

Nous mouillons dans « Rendez-vous bay » sous une falaise spectaculaire. L’eau est jaune et nous pensons un moment à du mazout tellement la surface est visqueuse… Il ne s’agit que de boue et de déchets végétaux déversés dans la mer par une multitude de cascades…

L’endroit est fabuleux, le voilier ne roule pas, nous sursautons à chaque coup de tonnerre car le grondement est renforcé par les vallées montagneuses qui dominent la baie. Nous savons que nous sommes en sécurité, nous allons pouvoir passer une bonne nuit réparatrice… Je bois un ti’ punch bien mérité, il pleuviote, une frégate tourne au dessus de Badinguet, les nuages épais et chargés dessinent dans le ciel des hombres menaçantes, le soleil se couche derrière un horizon sans vague… J’écoute le murmure de la forêt qui nous surplombe, je voudrai être un vieil indien, parler à la nature, la remercier… Faut pas dépasser 2 ti’ punch à ce stade !!! 

Nous avons parcouru 179 milles en 30 heures et 8 minutes. Le feu de mouillage est allumé et pascale nous prépare sa première pizza… GULP !!! Nous n’ouvrirons pas de pizzeria dans un proche avenir… Il faut juste que la pâte soit un petit peu moins épaisse me dit-elle… Je sais qu’elle aime essayer de nouvelles recettes et qu’ensuite elle corrige, adapte et améliore ses petits plats.

J’écris un peu, Pascale regarde un film et nous sombrons ensemble dans les bras de Morphée.

 

GUADELOUPE - MARTINIQUE  

23/05/09

Départ vers 6h30 par le Nord de l’ile, pour changer…

Que dire de cette triste journée ??? Un bord vers Antigua tiré pour rien car le vent, au lieu de tourner à l’Est est complètement tombé ! Merci la météo !

La ligne est partie deux fois et les poissons ne se sont pas accrochés !!!

Nous découvrons la Soufrière sans son chapeau de nuages, une fois n’est pas coutume…

Absolument rien à écrire de plus… Nous sommes mouillés au Sud de la Guadeloupe, l’endroit est rouleur et la nuit risque d’être « foraine » ! Une vedette américaine est venue nous rejoindre, pensant que notre position est meilleure que celle qu’elle occupait jusque là… Ce n’est pas la meilleure chose qu’ils ont fait de leur journée !

 

24/05/09

Je confirme, la nuit fut agitée… Départ vers 5h30, j’en ai marre de gigoter dans notre couchette… Badinguet trouve, ou plutôt retrouve, son rythme de croisière, entre 7 et 8 nœuds au près bon plein… Nous arrivons en terre Sainte et v’là ti pas que la ligne de traine s’emballe…

Un poisson au corps fuselé saute 1m au dessus de la surface.

-          Nicolas : Encore un barracuda !

-          Pascale : Y a  que ça par ici, de toute façon !

-          Nicolas : t’as raison, je vais le laisser trainer un moment voir s’il se décroche ou si l’hameçon lui arrache la gueule…

Nous sommes tous les deux, les yeux rivés vers l’arrière du bateau et voilà ce qui arrive lorsqu’on ne regarde pas où on va… nous passons sur un casier… Le moteur est au point mort donc pas de risque de le prendre dans l’hélice par contre notre poisson s’entortille dans les bouées qui arrivent à son niveau…

-          Nicolas : Tourne, tourne, reviens sur nos pas, viiiiiiiiiiiiiite !!!

Pascale tourne in-extremis, il n’y a plus de fil sur le moulinet puis ça se détend à nouveau, je rembobine et nous approchons du casier que je m’apprête à exploser pour récupérer mon bas de ligne…

Pascale, aux commandes, place le voilier remarquablement contre la bouée du casier, une très belle manœuvre mais aussi une très belle dorade coryphène qui lutte pour se décrocher…

-          Pascale : Tu parles d’un barracuda !!!

Après, 2 tentatives de gaffage, la dorade se libère seule du casier, sauvant notre bas de ligne du même coup. Je la gaffe à l’avant du bateau !!! On a une sacrée chance de l’avoir à bord et toute la traine revient de loin aussi… C’est pour les 3 dernières fois où nous n’avons rien pris !!

Nous avalons les milles à 8 nœuds de moyenne pour arriver grand anse d’Arlets vers 19h20, en pleine nuit… Heureusement que nous avons le radar (Tous les points verts représentent des voiliers au mouillage) car seulement 5 bateaux sur les 50 qui nous entourent ont leur feu de mouillage… Je rage contre ces imbéciles qui sous prétexte d’économiser quelques ampères prennent des risques importants pour les autres et pour eux même…

Je voudrai être gendarme dans une petite vedette avec un gros gyrophare et circuler la nuit dans ces baies paradisiaques.

-          Nicolas (le gendarme) : Bonsoir, gendarmerie maritime. Vous n’avez pas mis votre feu de mouillage donc vous êtes un GROS CON et je vais vous en mettre plein la gueule !!

Faut pas dépasser deux ti’ punchs à ce stade aussi…

Une bonne nuit de repos nous tend les bras et le plan d’eau est calme, plat, sans aucune vague, le rêve ! Nous sommes en Martinique, nous sommes revenus à notre case départ symbolique…

Nous espérons retrouver Marc, Isabelle et Doudou demain au Marin.

 

25/05/09

Réveil vers 7h, je sors sur le pont, il y a des voiliers partout autour de nous, aller on continue pour la dernière ligne droite…

Nous glissons vers le Marin, encore 3h et nous jetons l’ancre devant le port. L’annexe est rapidement mise à l’eau… Je fais la clearance d’entrée pour être en règle et nous retrouvons le Mango bay (bar de la marina) et les ships que nous connaissons bien…

Le réducteur de bôme arrive à la Capitainerie à mon nom vers 15h et nous avons l’autorisation de venir au ponton pour plusieurs jours…

Au moment où Badinguet sort un chausse-pied pour prendre sa place, Marc et Isa hurlent sur le ponton, les retrouvailles sont fabuleuses… Encore une grosse soirée en vue…

 

26/05/09

Bon anniversaire mon fils, Maël a 19 ans et nous discutons longuement au téléphone tous les 2, c’est si bon…  Bon anniversaire aussi à mon frérot Pierre que nous ne voyons pas souvent…

Je monte le nouveau réducteur, porte la grand-voile à la petite voilerie d’à côté, elle est déchirée sur la chute…

Isa a trouvé du boulot à l’hôpital du Marin (elle est infirmière) et Marc s’occupe du foyer ! La réparation validée par Bénéteau ne m’inspire pas...

 

27/05/09

Vidange des 2 moteurs, changement des filtres, rinçage et séchage des voiles légères, Genaker et Balooner. Le genaker est cuit, le soleil des tropiques l’a grillé, on peut le déchirer à la main !!! Je le dépose dans une grosse voilerie, « Incidence », ils me rappelleront demain pour voir si on peu la sauver ou pas ! J’espère qu’ils pourront lui coudre une petite bande anti-UV car nous nous sommes habitués à cette belle voile… On va dépenser des sous !

 

Ensuite, nous partons à la plage avec Marcisa, Pascale, Christelle et les filles… Et Doudou !

Puis pleins de questions existentielles…. Pourquoi, repartir vers le Brésil ? 1200 milles contre vent et courants… Le Surinam et la Guyane, pas sécurisés… Pourquoi ne pas se reposer, attendre 1 an, travailler un peu pour ne pas exploser la caisse de bord… Pourquoi ne pas laisser un peu le bateau à Carthagène pour descendre en avion visiter pendant 2 mois l’Amérique du Sud ??? Pourquoi ne pas passer Panama et rester au chaud jusqu’aux Marquises ou les Tuamotu ???

 

Nous sommes fatigués par notre retour et repartir dans la foulée me parait stupide, on ne doit rien à personne, personne ne nous attend… Nous sommes partis pour vivre, profiter, on est en train de se coller une pression qui devient difficile à supporter… Nous prendrons une décision quand nous serons reposés…

 

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