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SAINT MARTIN - ILES VIERGES BRITANNIQUES (BVI)

 

 

24/03/09

Il est 3 heures du matin, des cris et des rires à consonance américaine nous tirent de nos rêves… On a l’impression qu’ils sont en train de se marrer dans le cockpit tellement ils beuglent !

La tête à l’extérieur, je découvre un gros catamaran mouillé juste devant nous. Une demi-douzaine de jeunes hurle de rire, une bière à la main devant la télé ! Aller on se recouche, ils font chier ces ricains !!!

Départ à 5 heures, pour une navigation de rêve, enfin !!! 10 à 15 nœuds de Nord, pas de mer et Badinguet qui avalent les milles à 9 nœuds, Hyper confortable ! Pour clôturer le tout, nous pêchons un gros vivaneau à l’entrée de Gorda sound, que demander de plus !!

Je mouille entre un bateau de location « Mooring » et un autre cowboy qui commence à m’engueuler parce que je suis trop près de lui !!! Je vérifie pendant de longues minutes le comportement du voilier, il est bien dans le lit du vent et il y a plus de 30 mètres entre moi et ceux qui m’entourent. Je traite donc mon voisin de « vieux singe » et je préfère ne pas comprendre ce qu’il dit, vu qu’il n’ pas l’air content du tout !!! Je commence a avoir une certaine habitude de ces mouillages et je ne pense pas me tromper en estimant qu’il n’y a vraiment aucun risque, même si le vent tourne !

Et à 4 heures du matin….. BOUM ! Quelque chose vient de percuter Badinguet !!!

Je sors sur le pont, nu comme un ver, suivi de Pascale habillée comme un cosmonaute (pour la nuit). Je suis tellement persuadé qu’il s’agit du vieux singe que je viens d’aborder que je reste bouche bée en découvrant un autre bateau (américain lui aussi) en travers, son étrave plantée dans notre annexe ! Mais qu’est ce qu’il fiche celui là !!!  Il ne s’excuse pas et manque de peu de taper un autre voilier derrière nous ! Quel sans gêne, saloperie de cowboy !!!

Tout ce qui est gros du bide et des jarrets, qui tient une bière à la main et qui gueule et rit comme s’il s’entrainait pour un opéra est AMERICAIN !!!

 

25/03/09

Il est 8 heures, on a finit par se rendormir après cette nuit en pointillés. Je sirote mon chocolat chaud avec Pascale sous le soleil lorsque j’aperçois le vieux singe et sa guenon prendre place dans l’annexe et mettre le cap vers….. Nous !

Il m’explique qu’il regrette, qu’il a eu tord, que j’avais raison, bref, je tombe des nues !!! Le vieux singe sait faire la grimace…. Tout guilleret, mon égo collé au plafond, je raconte l’anecdote à Pascale pour qu’elle me flatte encore un petit coup, GENIAL !!!

Départ vers 8H45, direction, Whyte Bay sur l’ile Jost van Dyke, l’endroit est superbe et …

Je pars à la nage vérifier l’ancre comme d’habitude et m’aperçois qu’elle est vraiment coincée entre deux rochers. Il va certainement falloir que je plonge pour la dégager ou lui accrocher un orin !!!

Pascale se baigne, sautant sur place tel un jeune cabri qui découvre un vert pâturage !!! Les tortues doivent se marrer !! Retour à bord et je tente le coup directement avec le  guindeau… Je remonte la moitié du rocher qui retombe à la mer dans une gerbe d’écume, …. Komen qui lé costo l’guindo !!!

Nous mouillons pour la nuit dans l’anse de Great Harbour et là, comme avec Françoise et Papy jean, nous regardons, sous des trombes d’eau, les manœuvres maladroites des autres bateaux… C’est à ce demander si tous les abrutis ne se sont pas donner rendez-vous ici !!!

J’ai une longue discussion avec Maël qui redoute une mauvaise orientation ou un mauvais choix de formation, comme je le comprends… Mais j’ai cette expérience que rien n’est jamais définitif ou figé, on peut toujours tout changer….  La vie est faite de choix... En Ethiopie, contrairement à ce que je pensais, On dit : "la liberté, c’est quand tu n’as plus le choix !" A méditer !

Il est 18h45, je décide de changer de place… Il y a trop de monde agglutiné autour de nous et il y a de la place partout. En 5 minutes, le tour est joué et Badinguet est accroché là où il n’y a personne… Le vent monte à 25 nœuds au mouillage et la pluie battante ne cesse pas, le départ de cette nuit risque d’être sportif !

 

  ILES VIERGES BRITANNIQUES (BVI) - PORTO RICO

 

26/03/09

Il est 2h du matin, le vent souffle toujours autant et l’ancre n’est pas si bien crochée que cela, nous nous sommes bien rapproché d’un beau Catamaran Américain (Encore !). Je sors sur le pont et j’attends un bon moment dans le noir et le vent, la main sur la chaine, cette fois ci, l’ancre semble bien plantée…

Je suis naze et il est hors de question de partir avec ce vent aussi, je retourne me coucher et départ vers 8H30 pour un petit "coup de Trafalgar" inspiré par Pascale… Nous allons faire juste 50 milles pour passer la nuit en douce du côté de Porto Rico, sans autorisation… Comme sous sommes absolument hors la loi aux Vierges car on n’a pas refait de clearance, continuons dans l’illégalité !!!

La mer est formée et 3 mètres de creux chahutent Badinguet qui file grand largue. 2 gros dauphins dont un avec la queue estropiée nous accompagnent un moment, bon signe ! Alors que nous avançons rapidement sous genaker tangonné, le vent monte d’un coup pour s’établir à 25 nœuds, il s’agit de rentrer le tangon et c’est précisément ce moment que choisit un thon pour se piquer à la traine !!! On l’a eu quand même ! Et 8 kilos de poisson au congélo !!!

Il est 13h30 lorsque nous approchons de la passe entre les cailles, la mer se creuse dangereusement, Pascale me parle des fous de bassan qui tournent autour du bateau et de la ligne mais je reste inquiet car je devine de grosses déferlantes dans l’étroit passage.

Ca y est, une nuée d’oiseaux se jette tour à tour sur le leurre, je remonte en pestant ma ligne à toutes vitesses, et en tirant un coup sec de temps en temps lorsqu’un oiseau plonge. Si on pêche à nouveau un oiseau, on va le payer au prix fort… 

Mais tout se passe bien, mis à part ces grandes vagues qui commencent à rattraper Badinguet et ce fond qui passe de 50 mètres à 6 mètres alors que ma carte nautique indique 19 mètres !!! Je n’y comprends rien mais il est trop tard pour faire demi-tour, d’énormes rouleaux bouillonnants nous rattrapent et nous emmènent à 14 nœuds dans des surfs impressionnants. Pourvu que le fond ne remonte pas plus sinon, on est cuit mais que faire ??? Le voilier finit par déboucher de l’autre côté, sous le vent des cailloux et le fond ne correspond pas du tout à ma carte électronique Maxsea, les mesures sont en pieds !!!!! Incroyable, en changeant d’échelle une même carte, je passe de mesure en mètres à des mesures en pieds, quelle chance nous avons eu que tout se soit bien passé… Je vérifierai toutes mes cartes à toutes les échelles, dorénavant ! 

Le mouillage est venteux et roulant mais nous sommes à l’abri sous Cayo Icacos.

Un autre bateau arrive en fin d’après midi, des Français. La femme du bord nage jusqu'à nous dans une eau trouble. Je découvre que nous étions ensemble à Mindelo, le monde est petit… Ils ont un 32 pieds, partis à 2, la soixantaine sportive et souriante. Geneviève repart contre le courant à bord de "Ultreïa". J’aurai voulu en savoir plus, les inviter à prendre l’apéro mais nous avons tellement la flemme de mettre l’annexe à l’eau que tout le monde reste de son côté, une autre fois peut être, j’espère...

 

Nous regardons un film puis le sommeil ne vient pas…. Il se fait attendre…. La nuit va être courte… J’ai l’impression de dormir sous la fenêtre des Portoricains… En plus, l’ile de Vieques, plus au Sud est une grande base navale Américaine…

REPUBLIQUE DOMINICAINE 

 

27/03/09

Si le sommeil n’était pas au rendez-vous, le soleil est à l’heure, derrière l’horizon, il va bientôt réchauffer l’air de la nuit… Il est 5h45, nous levons l’ancre, notre voisin, s’est levé pour nous faire de grands signes, « Bon voyage ! ». Les vagues sont grandes, puissantes et impressionnantes. Badinguet monte et descend mais elles ne déferlent pas. Je n’ose pas imaginer l’état de la mer en ces lieux en cas de tempêtes ou pire, de cyclone, Ca doit être énorme… En ce moment, Il y a 5 mètres de creux et la faible profondeur (entre 7 et 15 mètres de fond) cabre ces montagnes d’eau, nous filons vers le large, les grands fonds au plus vite… A propos, il y a une fosse sous-marine de 8000 mètres au Nord de l’ile, ça donne le vertige !

La grande ile de Porto Rico est sous notre vent, nous la longeons toute la journée sans croiser de voilier. Le vent est tantôt grand largue tantôt arrière. Un gros barracuda d’1m20 termine ses jours sous 3 coups de massue bien assenées.

 Visiblement, de nombreux parasites sont accrochés un peu partout sur son corps… L’hameçon était bien trop enfoncé pour que je le rejette à l’eau vivant. Lorsque je montre à Pascale les stigmates de la maladie parasitaire sur le poisson, elle augmente considérablement  la distance de sécurité… On ne sait jamais, ils pourraient lui sauter dessus !!!

Nous tangonnons le genaker puis le génois pour la nuit. La traversée du Nord du passage Mona se passe comme le reste, chahuté par la grande houle et poussé aux fesses par les alizés.

Comme d’habitude la première nuit de quart est difficile, fatigante mais nous avançons vers notre destination… Nous engageons la grande baie de la Samana, grand voile et génois en ciseaux.

Nous arrivons enfin, il y a un vilain haut-fond de 1m50 qui m’oblige à raser la côte Est puis je mouille notre fier Badinguet entre deux corps-morts.

Une demi heure plus tard, les autorités arrivent à bord, 5 dollars de back-chiche ! Ensuite, ils m’emmènent à l’immigration (5 dollars de back-chiche en plus des 63 pour les visas et le bateau)… je donne encore 30 dollars au « guide obligatoire » qui m’a orienté pour faire toutes les formalités ! Il restera le port à payer (20 USD). J’en ai ma claque de donner des sous alors je retourne à bord retrouver Pascale.

L’annexe est à l’eau et nous visitons une grande partie de la ville de Santa Barbara de la Samana, l’ambiance est très dépaysante mais que de bruit, que de bruit ! Nous trouvons un petit boui-boui Internet et pouvons communiquer notre position à nos proches puis retour dans l’agitation de la petite ville côtière avant de retourner sur notre maison.

Ivre de fatigue et du ti’ punch glacé que Pascale vient de me préparer… Il y a cette musique que ma femme vient de mettre dans le lecteur, le soleil qui décline, cette douce chaleur dehors et dedans et enfin, cette si rare sensation de « lâcher prise ». Je me laisse aller à cette émotion fabuleuse, je repense à Francis qui doit bosser avec ses patients à Carqueiranne, comme tu as raison, mon ami, c’est si dur de décrocher….

Je suis libre de penser car je suis soulagé, mon esprit est en paix. Nos famille sont rassurées car nous avons pu leur envoyer un mail, le mouillage est idéal. Il y a encore 10 à 15 nœuds et une mer du vent qui clapote mais les 17 tonnes de Badinguet ne bougent pas une oreille dans ces conditions. La tenue du mouillage est excellente, je n’ai aucune crainte pour la nuit (pour une fois !).

Mais surtout, il y a ce pays, si différent des Antilles, sa poussière, ses back-chiches, ses formalités remplies par un commandant en tee-shirt déchiré parce qu’on est allé le chercher chez lui pendant qu’il jardinait !!! Il y a enfin toute cette gentillesse, ces rires, ces cris, ces bières qui encombrent les tables de jeux de dominos… Tous ces bars et ces entraineuses qui attendent le client, le corsage rempli jusqu‘a déborder pour attirer un regard, déclencher une envie, inviter au voyage…. Le plus vieux métier du monde reste très proche du milieu marin… Les hommes restent longtemps au large sous d’autres latitudes et ces femmes admirables les noient dans d’autres attitudes… J’admire ces femmes depuis toujours, Le sexe contre de l’argent, tout est tellement simple finalement…

Ce pays me rassure sur le monde, et sur la valeur des gens, je voudrai m’attarder, rester un peu, trainer, apprendre, Yves, tu es là ?

Il va falloir manger et dormir, récupérer, préparer sa journée de demain… Je me sens si bien… 

Pascale prépare des boulettes de thon et des patates à l’eau, génial retour sur terre !

 

29/03/09

Nous nous levons vers 8h30 après une excellente nuit, il a beaucoup plu tôt ce matin et Badinguet est rincé de son sel, parfait !

Vers 9h, nous allons chercher une Yamaha 125 DT en piteux état mais pour 18 € par jour, on ne fait pas la fine bouche… Et nous voilà parti sur les routes défoncées de la République Dominicaine… Nous n’avons jamais vu autant de palmiers, ni d’églises d’ailleurs… Des Méthodistes, Apostoliques, Baptistes, Catholiques et j’en passe…

La multiplication de cultes et l’entêtement acharné, dépassé, obsolète, désuet du Pape ne sont pas prêts de me réconcilier avec l’église… Pendant des siècles, au cours des différents conciles, Les religieux se sont débrouillées pour s’adapter, répondre aux questions des fideles (quitte à inventer ou à mentir) pour rassembler, devenir plus nombreux, plus forts. Aujourd’hui, dans ce monde en crise perpétuelle, où la spiritualité pourrait aider et peut être même sauver, rien ne change et nos églises sont toujours aussi froides et tristes…  Qui a dit, «il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis» ?  En ce qui me concerne, la réponse à la question à l’origine de toute religion « qu’y a-t-il après la mort ? » ne m’angoisse pas, il y déjà tellement de belles choses avant ma mort … Quand je me retourne, j’ai tellement rempli ma vie d’émotions de toutes sortes… Et que dire de ma vie sur les flots avec Pascale depuis 7 mois ?  Et puis j’ai mon trésor, Maël, je lui souhaite de vivre de plus belles aventures que son père, et d’être bien meilleur que lui…   

Comme le sac à dos commence à peser sur le dos de Pascale nous nous arrêtons quelques minutes dans une ferreteria pour acheter de la ficelle au poids !!! Et le tour est joué, le sac est bien ficelé sur la petit moto qui zigzague entre les nids de poules.

 

En haut d’une côte, un attroupement attire notre attention sur le bas côté, un combat de coqs !!! Les hommes entourent les animaux qui se battent à mort. Il est clair que, contrairement à nous, l'un des deux ne retournera pas de sitôt dans un nid de poule… Nous quittons ce triste spectacle pour continuer vers la Plage de Rincon.

Ca y est, on est au paradis, des palmiers à perte de vue, une eau transparente, et surtout ces sourires, ces gamins qui rient, qui nagent, qui s’amusent sous l’œil amusé de leur mères qui discutent à l’hombre… Ah, Françoise et papy Jean, Quel dommage de vous avoir reçu aux Vierges alors que cette ile est si magique, si authentique. Il y a autant de contraste entre Les iles du Cap vert et les Canaries qu’entre ici et les petites Antilles…

Malgré ses fesses en compote (3 heures de moto), Pascale se régale de la gentillesse des Dominicains. Mais nous nous régalons aussi de tous ces fruits et légumes bon marché, on adore ce coin.

Je retrouve avec joie les reflexes de motard sur ces routes dangereuses avec pour seule protection, nos lunettes de soleil… Et vu la taille des insectes que je prends dans la figure, elles ne sont pas de trop ! Une petite pensée pour Laurent qui zigzague entre les voitures sur le périph en hayabusa…

Nous nous baignons puis longeons ces plages extraordinaires, encore intactes, préservées du tourisme. Nous mangeons dans un petit resto du poulet avec du riz et des frites pour 5€ . La langouste est à 15€ mais il n’y en a plus car toutes ces petites bêtes sont réservées pour un groupe de touristes sur Quad ! Nous repartons sur notre épave à 2 balles et à 2 roues, direction Las Galeras, une autre plage, magique…

 

Nous nous arrêtons un peu plus loin devant un cocotier en travers du chemin et un gardien en uniforme… Nous poursuivons donc à pied notre périple. Et nous voilà installés sur deux transats à l’hombre d’un palmier sur la plage d’un gigantesque complexe hôtelier tout confort. Tout le monde nous prend pour des touristes de l’hôtel et on profite à fond !!! Elle n’est pas belle la vie ??? Je n’arrive toujours pas à comprendre comment Pascale arrive à se baigner entièrement en 1 seconde-2 dixièmes dans 15 centimètres d’eau ?!?!

- Nicolas : Tu pourrais nager un petit peu quand même ?

- Pascale : Mais j’ai nagé chéri !

- Nicolas : Ah bon….

Avec un mal au derrière grandissant, nous retournons vers Santa Barbara non sans avoir acheté un ananas pour 30 pesos (80 Cents) et des oranges.

Retour sur notre voilier où nous mettons 2 bonnes heures le groupe électrogène en lézardant sous le soleil couchant.

 

30/03/09

Départ en moto assez tôt pour profiter de la journée, nous allons à la cascade de Limon. Arrivé sur place, tout le monde nous conseille de prendre un cheval pour rallier la chute d’eau, j’adore !!! Je négocie ferme le prix puis il faut grimper sur ce fichu canasson… Pascale est beaucoup plus à l’aise que moi…

Et nous voilà partis en compagnie de nos guides respectifs, un jeune dynamique pour Pascale, se prénommant Cocolo et une grosse Dominicaine au doux nom de Friole pour moi !!! Le chemin est infernal pour nous, alors pour les pauvres bêtes qui nous supportent, je n’ose imaginer... Des pierres tranchantes, de la boue et du crottin jusqu’aux genoux, il est hors de question que je remonte la dessus au retour !

Après avoir fait quelques photos sympas de la grande cascade, Pascale est de mon avis et nous revenons A PIED !

A la moitié du chemin, alors que nous plaisantons avec nos guides sur nos grandes connaissances équestres, Pascale s’arrête dans un hurlement, puis des sanglots, elle est recroquevillée, paralysée par la peur… Cocolo, son prince charmant s’empare d’une couleuvre et la jette dans l’eau sous le regard amusé de Friole, ma princesse grassouillette… Pascale remonte donc sur son cheval, elle préfère ça aux serpents ! On avait déjà mal aux fesses avec la moto, là c’est le pompon !!!

Nous continuons la journée en faisant un tour vers les grandes plages de « las Terrenas », encore un parfum de paradis…

Retour au bateau après une petite météo internet rassurante !

Le seul « Hic » de la journée, nous avons perdu une pagaie de l’annexe, ennuyeux ! Je passe la soirée à écrire...

 

31/03/09

Départ vers 10h après avoir rempli les formalités de sortie (15 USD de plus) et nous naviguons vers le fond de la grande baie de la Samana.  Nous mouillons dans le parc de « Los Haitises », quel spectacle !!! Ca fait longtemps que nous ne sommes pas allés dans un endroit de rêve, nous y sommes.

 

La jungle semble glisser des montagnes pour plonger directement dans la mer. Nous passons l’après midi en annexe à nous promener sur l’eau. Nous  visitons des grottes immenses anciennement habitées par les Ciguapas.  Ces indiens combattirent Christophe colon et leur chef, Caonabo fut exilé en Espagne…

Les profondes cavernes sont plongées dans le noir pour préserver les pictogrammes de la lumière artificielle et Pascale passe un excellent moment avec les chauves-souris…. QUE DU BONHEUR !!!

Nous remontons ensuite des rivières totalement préservées de l’homme, bordées de mangrove tentaculaire et de marécages. Des centaines d’oiseaux s’envolent au passage de la petite embarcation qui remue une eau épaisse et sombre. Nous sommes complètement émerveillés par cette nature intacte et mystérieuse, cet endroit vaut vraiment le détour.

Pascale s’inquiète du retour, mais comme nous n’avons pas croisé d’affluent, nous ne pouvons pas nous tromper… La conduite de l’annexe, « la poignée dans le coin » est fabuleuse su ces eaux stagnantes, quel plaisir…

Le soleil se couche sur Badinguet, seul au monde, en pleine jungle, nous sommes comblés…

 

01/04/09

Calme plat… C’est si rare… Nous quittons notre mouillage inoubliable puis Tarzan et Jane traversent la baie au moteur en cherchant les fameuses baleines à bosses qui se reproduisent dans le coin… Et bèh, pas de baleine en vue, dommage !

Nous contournons la pointe Nord-est de la République Dominicaine puis alignons enfin notre cap vers l’archipel des Turks and Caïcos. La ligne vient de partir et je remonte encore un ¼ de poisson… Cette fois ci, c’est un beau thon jaune qui s’est fait dévoré pendant la remontée… C’est notre poisson d’avril !!! J’arrive quand même à lui retirer un peu de chair que Pascale s’empresse de mettre au froid.

Le vent est presque arrière et Badinguet déploie son genaker et sa voile d’artimon sous un ciel menaçant.

 

ILES TURKS AND CAÏCOS

 

02/04/09

Je fais le 1er quart de 19h à minuit puis je réveille Pascale. Il est 1h45 lorsque j'entends appeler, une seconde plus tard, je suis dehors, à poil, à me faire mouiller par la pluie. Le vent à tourné sous le grain, il faut réduire et border un poil… Pascale gère maintenant très bien ce genre de situation et il ne me faut qu’un instant pour adapter le voilier aux changements de temps et retourner me coucher dans la foulée... Pascale se replonge dans la lecture de son roman et je rejoins Morphée dans la cabine arrière. 

Il est 6 heures, c’est mon tour, le vent n’a pas changé et je profite du lever du soleil pour poursuivre ma lecture… Je remets les lignes à l’eau et un puis deux puis trois barracudas terminent leur vilaine existence  entre deux eaux… Il y en a tellement que je n’hésite plus à les occire, histoire d’équilibrer un peu la chaine alimentaire. Comme ils sont quasiment tous malades et que personne ne les pêche, ils se reproduisent en masse, aucun prédateur ne venant les contrarier… Sauf nous !!!

Les Turks and Caïcos apparaissent au dernier moment, des iles plates, juste des bancs de sable au milieu de la mer des caraïbes… Et la ligne qui repart, là c’est du lourd ! Tout le fil est parti en une poignée de secondes et la canne est coudée à 90° mais ça ne casse pas ! Je hurle à Pascale de se mettre en travers du vent et d’enrouler le génois. Je commence le longue remontée de la ligne pendant que Pascale m’attache mon baudrier… Une grosse dorade coryphène saute à l’arrière du bateau, elle est magnifique et je la gaffe sèchement pendant que Pascale tient la canne !!! 1m35 et 13 kilos !!! Le record d’Isa vient d’être explosé. Le record était de 1m10, on a de la marge, les amis !!!

Nous lisons qu’il est strictement interdit de pécher dans l’archipel aussi je découpe les filets rapidement et range le matériel de pêche avant notre arrivée.

Nous mouillons à l’Ouest de l’ile « Grand Turk », devant la vile de Cockburn . Le vent de Sud-est souffle à 25 nœuds mais le mouillage par 2m50 de profondeur est solide. Après une petite sieste, nous partons pour la terre et nous découvrons un paysage  surprenant. Les maisons sont presque toutes en réparation et certaines n’ont plus besoin de soins, elles sont complètement détruites… Des habitants encore traumatisés pas l’évènement, nous racontent le cyclone « Ike » de septembre 2008, il était en catégorie 4 quand il a traversé leur archipel, les dégâts sont très impressionnants…

A peine 1 minutes après avoir tendu le pouce, un pickup s’arrête et nous emmène aux douanes et à l’immigration qui se trouve maintenant au Sud de l’ile. Leurs locaux ont été dévastés par l’ouragan et c’est dans une petite pièce que se succèdent les différents corps de métier dans la bonne humeur.

15 dollars plus tard, nous sommes de retour dans ce qui reste de la ville de Cockburn, tout semble tourner au ralenti… Nous sommes très agréablement surpris par le prix du permit de navigation et la gratuité des visas !!!

Dés qu’on arrive quelque part, il faut payer tout et n’importe quoi, permit de naviguer, droit de séjour, Visas, permis de pêche, taxe pour le bateau, taxe pour les passagers et j’en oublie certainement…

Nous réussissons à trouver un poste Internet où je découvre que Maël essaie de me joindre depuis 2 jours… Mais comme le France a changé d’heure, nous avons maintenant 6 heures d’écart avec nos proches, trop tard pour appeler mon grand, j’en suis malade… Quelques courses dans des entrepôts pour acheter quelques yaourts hors de prix et retour sur Badinguet pour attaquer la Dorade… Ah, Papy Jean, si tu avais vu ce poisson…

 

03/04/09

Réveil tôt, je remets en fonction le téléphone satellite et appelle Maël. J’apprends avec tristesse qu’il ne pourra pas nous rejoindre aux Bahamas comme convenu. Alors que je l’écoute en ruminant, un dos noir précédé d’un puissant jet d’eau attire mon attention sur l’horizon… Je raccroche, déçu de ne pas voir mon fils bientôt et préviens Pascale de la présence de baleines au large…

Comme elle ne les voit pas, je lève l’ancre rapidement et nous voilà parti à la recherche des cétacés… 1/4h plus tard, le cachalot est sur notre bâbord et sa queue se dresse dans le ciel avant de plonger, merde, les appareils photos !!! Dommage que nous ayons loupé la photo de rêve, nous ne verrons plus que son dos ! En tous cas, cet épisode a évacué ma morosité et ma tristesse. Les choses n’arrivent jamais par hasard et ces gros mammifères m’ont remonté le moral… Tu me manques mon fils, après ton bac peut être ???

3 heures plus tard, nous mouillons sur une petite poche de sable devant Cockburn Harbor sur l’ile de South Caïcos. Il y a 50 cm sous la quille et c’est l’endroit le plus profond sur des kilomètres carrés, impressionnant ! La quille de Badinguet risque de voir le fond de plus en plus près en ces lieux…

Nous passons l’après midi à nous balader en annexe pour photographier quelques bateaux projetés par le cyclone dans la mangrove et à nous baigner dans une eau d’une limpidité exceptionnelle. Le lagon, qui fait plus de 100 kms de long, émet une lumière verte qui se réfléchi sur les rares nuages. Tout semble éclairé par ce halo, même Badinguet est vert émeraude, il brille comme une pierre précieuse…. Des Américains, mouillés un peu plus loin derrière « long cay » viennent nous voir pour me montrer les « cartes papier » qu’ils ont du coin. Il faut dire que nous avons vraiment failli talonner en tentant vainement de rejoindre leur abri… C’est la première fois depuis que nous sommes partis que je regrette d’avoir une quille si longue…

Nous jetons finalement l’ancre devant un petit port qui semble endormi.

Nous quittons le bord pour amarrer l’annexe le long de la barque d’un pêcheur, sans contact avec la terre. Les centaines de cafards que nous avons dérangés en arrivant au quai ont provoqué un moment de terreur chez ma douce aventurière…

Nous achetons de l’eau en bombonnes et un petit tour sur internet pour donner des nouvelles.

 

04/04/09

Départ un peu tardif après un lever naturel vers 7h. Nous sortons de la passe puis rejoignons les grands fonds pour contourner par le Nord l’archipel des Caïcos. J’ai étudié les cartes dans tous les sens, Pascale a traduit en français les guides que nous avons mais finalement, le verdict est tombé vers 7h30… Confortablement assis sur le trône avec le volume 3 des « Cornell ». Il est écrit  page 114 que ce grand navigateur s’est échoué en 1977 dans le banc des Caïcos…

Donc, le Môsieur t’a dit : « on ne traverse pas le lagon, on fait le tour ! ».

9 heures de navigation paisible plus tard, nous engageons le « Leeward Cut » en suivant des Way-points piochés ça et là sur les guides. Moi qui étais inquiet de ne pas trouver la passe entre les récifs avec le soleil couchant, me voilà rassuré, l’entrée du chenal est balisée comme un aéroport, ouf !

Nous remontons le bras de mer avec un bon courant dans le nez puis nous mouillons entre une marina moderne récente et une mangrove antique qui doit être là depuis longtemps…

La tenue est bonne et un dinghy s’approche de nous, le coin serait-il payant ou interdit ?!?!

-          « Bonjour, d’où venez vous ? »

Alain du voilier "Frère Coyote", un Sun odyssée 45, nous raconte son périple autour d’un ti' punch… Il devient rare de rencontrer des Français si loin des Antilles et nous projetons de nous revoir aux Bahamas dans les jours qui viennent…  Il a quitté la Turquie en avril et remonte vers le Canada en passant par les canaux américains, un parcours original…

Notre mouillage est d’un calme relaxant, Badinguet ne bouge pas, le ciel passe du bleu au rose et les moustiques commencent leurs attaques en piqué par escadrilles de 12… Cela faisait longtemps que nous n’avions pas été dévorés par ces charmants insectes…

La boite de nuit du coin crache ses décibels jusqu’à minuit puis le calme revient…

 

 05/04/09

Les premiers bateaux qui traversent la passe à toute vitesse nous réveillent vers 7h30. Un petit coup de groupe électrogène et départ à pied pour une visite du coin… Nous comprenons vite que nous sommes encore dans un coin complètement perdu et c’est dimanche !!! Un gars du petit port nous emmène dans son vieux 4x4 au port d’à côté, Turtle cove marina. Il s’arrête en chemin acheter 3 sachets d’herbe et de drôles de cigares sous plastique… Y en a qui vont fumer des cigarettes qui font rire !!!!

Et Bingo, nous trouvons un douanier sur le port. Sans bouger son gros derche du pickup, il nous rempli la clearance de sortie pour 25 USD !

On est enfin en règle pour quitter le coin et voguer vers d’autres iles et d’autres douaniers…

Nous nous faisons prendre en stop pour le retour puis nous reprenons notre annexe. Nous l’échouons sur la plage du Club Med… Le sable est si fin et si blanc que nos serviettes sortent toutes seules de nos sacs pour s’allonger…

Pascale nage dans 45 cm d’eau avec les genoux qui rabotent le sable…  Elle garde toujours contact avec le fond de l’eau, mais bel effort !!! Nous grignotons une salade de conches en envoyant nos mails et en téléphonant à la famille par Skype.

Le WIFI est une petite merveille…  Nous sommes sur l’une des plus belles plages du monde, et nous parlons à nos proches comme s’ils étaient à côté de nous et Y A PAS DE FIL, PAS DE TRUCAGE !!!  

Difficile de trouver des adjectifs pour le décor qui s’offre à nos yeux, FA-BU-LEUX !

Nous retournons au bateau pour le retrouver à contre sens du vent, dans un violent courant, la chaine caressant par moment l’étrave du navire… Je n’aime pas ça du tout et vent contre courant ne font pas bon ménage en général… La chaine a déjà frotté une fois et une belle marque est visible sur la coque…

Alors que je modifie tranquillement le site internet bien calé dans le carré. Pascale m’appelle car un hors-bord est en panne à côté de nous.

Je bondis dans l’annexe et le remorque au ponton de la marina voisine.

C’est au tour d’une grosse vedette sportive de s’approcher et le pilote m’interpelle en français

- Eux : Vive la France !

 - Moi (tout bas) : Ouais, t’as raison, c’est ça, vive la France !! (Tout haut) : vous est Français ?

- Eux : Nous sommes une centaine de Français installés aux Caïcos, lui est boulanger, elle est dentiste, etc.

Et tout doucement nous dérivons en direction de Badinguet. Je lui fais remarquer le risque mais le mec  semble très sur de lui… Et ce qui devait arriver arriva… Sa vedette percute violement l’étrave de Badinguet par son travers. Les arceaux en inox de son bimini sont pliés puis arrachés net et son liston explose sous le choc…

Pascale et moi assistons à la scène, impuissants

- Moi (Tout bas) : quelle bande de gros nuls ! (Tout haut) : vous n’avez rien ?

- Eux : Non, on n’a rien, tout va bien (en prenant l’air détaché du gros imbécile de base !)

Pascale m’explique à quel point leur vedette est déchiquetée et ça me fait bien plaisir car nous aussi, nous avons une petite marque sur la peinture blanche de l’étrave… Une petite cicatrice de plus pour notre valeureux voilier… C’est quand même la 3ème fois qu’on nous rentre dedans en 6 mois, MERDE !!!

Je passe le reste de l’après midi à surveiller ce curieux phénomène de mouillage. Pour être précis, Badinguet est dans l’axe de la chaine mais celle-ci part directement sous le bateau et vient de temps en temps frotter l’étrave… Le bateau ne tourne pas car… J’en sais rien, je deviens dingue ou quoi ??? Le vent nous arrive de derrière et le courant de face… Ouais, c’est ça je deviens dingue !!! Je n’y comprends rien du tout ! Rangement de l’annexe puis préparation pour le départ matinal de demain vers les Bahamas.

 

ILES BAHAMAS

 

06/04/09

Il est 5h45 et j’attend que le soleil pointe son museau… Je n’ai pas réfléchi au fait que nous avons fait un grand pas vers l’Ouest, le soleil se lève donc… PLUS TARD !

Ca y est, j’y vois assez clair et je mets le moteur en route, signal pour Pascale de quitter sa douillette couchette…

Badinguet part vers le large, sans vent avec deux lignes de traine dans son sillage… Une grosse dorade Coryphène se prend et le congélateur ouvre grand sa bouche glaciale pour absorber ses filets.

 

Il fait une chaleur étouffante, pas un souffle d’air et le pont est totalement impraticable sans chaussures.

Une deuxième dorade puis une troisième et enfin une quatrième terminent leur vie avec du rhum du père Labat dans les ouïes… Y a pire comme mort, non ???

Pour la petite histoire, la troisième dorade était en train de se faire gaffer lorsque nous avons  aperçu la quatrième qui suivait le bateau… Aussitôt, Pascale a relâché le leurre et sans réfléchir, elle s’est jetée dessus !!!

Il est 15h30 lorsque nous abordons la passe Ouest du lagon. Nous remontons la baie très prudemment, Pascale à l’avant et moi, le nez dans mes cartes, un œil sur le sondeur et un autre sur Pascale, ma vigie. Il y a entre 15 et 90 cm d’eau sous la quille et je zigzague en suivant les conseils de Pascale qui repère bien à l’avance les taches sombres qui matérialisent les haut-fonds dangereux. 45 minutes à ce régime puis nous jetons l’ancre entre 6 bateaux Canadiens et Américains.

Résultat de la journée, nous avons péché 40 kilos de poisson ou 5 m 40 linéaire de dorades !!!   Là, le congélateur va déborder et à peine arrivé au mouillage de la baie d’Abraham sur l’ile de Mayaguana, nous découpons et distribuons à tous les équipages alentours les filets sanguinolents.

 

Nous récupérons au passage un peu d’eau douce issue d’un déssalinisateur que nous donne le skipper d’un gros catamaran français…

Frère Coyote" est là et nous sommes invités à diner chez eux ce soir…" Et nous mangeons quoi ???? De la dorade crue marinée, un délice !

 

07/04/09

Je me lève tôt, j’ai mal dormi et je redoute quelques soucis pour le paiement du permis de navigation des Bahamas. Sur nos guides nautiques, il est écrit qu’il n’y a pas de banque et qu’il faut payer cash le précieux sésame qui coûte 300 dollars !

A force de fouiller les affaires de Pascale, je finis par retrouver 100 USD que Madame cache un peu partout sans s’en souvenir… Je suis furieux ! Mais ça ne suffit pas aussi allons nous emprunter le reste à "Frère Coyote", nous les rembourserons plus tard…

Après avoir rempli les formalités dans une petite baraque plantée au beau milieu de RIEN, nous retournons sur Badinguet. J’ai trouvé une grosse carapace de tortue qui pourrissait et je commence le travail de nettoyage. C’est une infection, moi qui ne suis pas sensible aux odeurs, c’est intenable et je cesse le combat en prenant un bain puis une douche, puis un autre bain de mer… L’odeur s’est incrustée dans ma peau, « bien vue, la tortue » !

La météo annonce un coup de vent cette nuit de secteur Nord aussi, je déplace notre voilier avant la complète marée basse et ça passe vraiment juste, frère coyote" et un autre Catamaran nous emboitent le pas. "

Nous passons toute l’après midi dans l’eau avec Alain et Helene à pêcher des langoustes et des cigales de mer, fantastique ! Au premier plongeon, je me suis retrouvé nez à nez avec un paisible requin nourrice... La suite ne fut qu’explosions de formes et couleurs sous-marines, poissons multicolores, murènes, requins, gorgones, coraux, raies, etc.

Alain et Helene viennent diner ce soir et nous allons échapper à la Dorade, Langoustes et Cigales sont au menu !

 

08/04/09

Le vent a complètement tourné au Nord et s’est renforcé apportant sa cohorte de nuages noirs et gris. Je pars en annexe à la recherche d’autres crustacés mais le ciel est plombé et les vagues me chahutent trop pour nager sereinement… Retour à bord où nous ne faisons absolument rien de rien !!!

En milieu d’après midi, Badinguet et son « Frère Coyote » sortent du lagon et mouillent ensemble sur la côte Ouest de l’ile devant une belle plage. Nous sommes 4 voiliers à nous être dégagé des récifs pour garantir un départ en toute sécurité de nuit.

09/04/09

Il est 3h20, je me réveille comme une fleur, persuadé d’avoir loupé le créneau horaire de départ, il semble faire jour… La pendule me confirme l’heure matinale, la pleine lune m’a trompé quelques minutes…

Je suis seul au mouillage, le dernier à partir. Pascale se lève Quelques minutes puis se recouche, les conditions sont idéales. Vent largue 10 à 15 Nœuds et on y voit comme en plein jour. Je devine le feu de navigation de nos amis qui se trouvent quelques 4 milles en avance sur nous, la course poursuite peut commencer…

Grace au radar, je mesure rapidement l’écart entre les 2 bateaux et il diminue, lentement mais surement…

6 heures plus tard, nous sommes bord à bord et nous contournons le Nord de l’ile Acklins. Badinguet déroule son genaker et Frère coyote envoie son spi de 130 M² puis le vent baisse.

Il ne reste que 5 ou 6 nœuds de vent apparent et Badinguet ralentit alors que le Sun odyssée 45.5 accélère… Avec ce petit temps, ils nous laissent sur place !!! J’ai beau envisager toutes les options, il nous est impossible de lutter avec si peu d’air, il reste bien l’arme à feu que nous avons caché à bord mais c’est triché !!!

Nous contournons le phare de la pointe Nord-ouest de Crocked Island puis nous nous abritons devant une magnifique plage déserte.

Je plonge, toujours à la recherche de quelques langoustes mais les gros barracudas qui me tournent autour finissent par me stresser et je retourne au bateau.

Nous dinons chez nos voisins et au menu, il y a la langouste qu’Alain vient de ramasser sous son bateau !

 

10/04/09

Les vivres sont au plus bas… Plus de nourritures fraiche, presque plus d’eau douce minérale, je suis même allé chercher les bouteilles d’eau qui étaient dans le bidon de survie… La nourrice de l’annexe est presque vide, il doit rester 3 litres de mélange 2 temps. Le réservoir d’eau est à 450 litres et celui de gasoil à 340 litres + 80 litres en bidons. Les porte-monnaie sont complètement à sec depuis un bon moment. Nos cartes bleues rêvent de s’introduire dans un distributeur…  Depuis la république Dominicaine, à part quelques langoustes et quelques dorades, rien de frais n’est arrivé sur le bateau… 

Aujourd’hui nous sommes partis vers 8h en espérant trouver de quoi nous avitailler sur Long Island. 42 milles, grand largue nous attendent… Frère coyote remonte son mouillage et Badinguet fait de même. Quelques zigzagues sauvages pour contourner les récifs de coraux et cap au Nord-ouest.

Frère Coyote envoie son grand spi et nous déroulons notre genaker. Il y a 6 nœuds de vent apparent, et cela ne suffit pas à nos 16 tonnes pour suivre Alain et Helene qui avalent les milles en tète… 8 tonnes de moins avec cette surface de voile, inutile de lutter.

Je mets le moteur en route pour ne pas être décroché, dessaler de l’eau (nous produisons 60 litres d’eau douce à l’heure à partir de l’eau de mer) et recharger nos batteries.  Je goutte encore une fois avec Pascale l’eau qui sort de notre déssalinisateur, finalement elle a le même gout que l’eau que nous a gentiment donné le skipper du catamaran. Nous allons vraiment nous remettre à dessaler de l’eau régulièrement, c’est idiot de ne pas s’en servir et l’eau est tellement propre ici…

Nous nous prenons en photos sous voiles, j’ai hâte de voir le résultat…

Puis le vent monte et Badinguet commence à accélérer. Le moteur est coupé, nous dessalerons de l’eau plus tard, dans la baie de Clarence Town…

Helene nous appelle sur le canal 72, il rentre le spi car ils sont malmenés par les départs au lof, eh, eh, eh… Sans changer d’allure, nous les dépassons à quelques mètres en les prenant encore et encore en photos.

Frère coyote est 3 milles derrière nous au bout d’une heure… Il y a 12 à 13 nœuds apparents et la limite que je fixe pour le genaker est à 15 nœuds apparents réguliers. Nous  conservons donc notre toile et perdons rapidement de vue nos amis…

Il est 14 heures lorsque l’ancre vient s’enfoncer dans le sable blanc de "Sandy Point", en face de Clarence town. 1 heure plus tard "Frère Coyote" nous rejoint et nous partons en annexe avec pour objectif de trouver une banque ou un distributeur…

Le Zodiac semble planer au dessus de l’eau turquoise lorsque nous apercevons « Ultreïa », amarré au ponton en bois de la Flying fish Marina. Geneviève et François sont tous les 2 sur le départ pour rejoindre Nassau et s’arrêter un peu. Ils ont fait non-stop depuis la république Dominicaine…

Nous discutons agréablement avec eux une bonne heure puis déposons 2  gros sacs poubelle derrière le petit bureau du port.  Les photos de poissons péchés dans ces eaux qui trônent sur les murs du bureau de la marina me laissent rêveur… Des wahous de 2m50 et des dorades de plus de 2 mètres… Il faut dire que le port est occupé par des bateaux de pêche de plus de 20 mètres, suréquipés et entretenus par de jeunes équipages américains…

Nous prenons la route avec Pascale et je tends un pouce sans trop y croire… Une jeep s’arrête et 10 milles plus tard, nos cartes bleue frétillent de plaisir, nous tirons 300 dollars Bahamiens (parité égale avec le dollar US). Nous traversons la seule route de l’ile et la première voiture qui nous dépasse est la bonne… Autant Georges est grand et gros, autant  les deux femmes asiatiques qui l’accompagnent sont menues…

 Nous leur expliquons que nous sommes ravis de trouver enfin de quoi nous ravitailler même si tous les magasins sont fermés aujourd’hui… Ni une ni deux, Georges arrête sont char d’assaut devant une épicerie et nous explique qu’une des femmes va nous ouvrir le magasin…. Incroyable ! Nous achetons le nécessaire d’urgence puis ils nous déposent devant notre annexe…  

 

11/04/09

Alain et Helene ont trouvé une voiture de location et nous partons tôt pour une visite de l’ile… En roulant à gauche !!!

Sur Long Island, il y 4000 habitants et 50 églises avec d’autres noms tout aussi exotique que « Sainte église de Palestine » ou « Eglise anglicane » et « Communauté chrétienne méthodistes » et j’en passe… Cinquante églises !!!! Et une banque !!! Tu le crois ça ?

Nous visitons les grottes d’Hamilton, où les indiens vivaient avant que Christophe Colomb fiche le bazar… Ces formidables cavités pouvaient accueillir jusqu'à 2000 indiens et lors du dernier cyclone, les iliens sont tous venus se refugier sous terre !!!

Je passe le reste de la journée à photographier les cartes papier détaillées de Frère coyote et à les compiler en fichiers "PDF", ça nous sera très utile pour la suite de notre périple aux Bahamas.

Pascale à fait une lessive ce matin donc il pleut une bonne partie de l’après midi, bien évidemment !!

Nous repartons à terre vers 19h pour profiter du Wifi de la marina puis nous revenons à bord, avec pour seul repère, le feu de mouillage de Badinguet.

Et puis c’est le rituel de chaque soir… On installe le moteur hors-bord sur sa chaise de balcon, on remonte l’annexe sur les bossoirs (ça, on ne le fait pas toujours !) puis j’installe la moustiquaire et la bâche qui nous permet de garder notre hublot ouvert toute la nuit en cas de pluie. Et ensuite, j’écris un peu pendant que Pascale lit…

 

12/04/09

Départ tranquille, sans vent, il est 8h et la température extérieure est de 29°… Nous voyons déjà très nettement les haut-fonds coralliens qu’il faut éviter et nous gagnons le large, toujours accompagnés de notre compère Frère Coyote . Le moteur tourne, la mer est calme, extrêmement calme, un vrai temps de curé, avec toutes ces églises, rien d’étonnant !

Pascale lit son 492ème roman et je m’attaque au GPS portable dont l’emplacement ne me convient pas… Je l’installe avec les autres instruments de navigation et le connecte par l’intermédiaire d’un interrupteur 3 voies aux deux calculateurs des pilotes automatiques… Pour faire simple, si je change de pilote auto, je bascule un interrupteur et je récupère mon GPS et son interfaçage (NMEA), c’est simple ça ???.

Nous dessalons encore et encore de l’eau de mer en avançant sous un soleil de plomb. Le pont est brulant et je passe la 3ème couche de vernis sur la carapace de la « Bien vue, la tortue » !

Puis le déssalinisateur s’arrête et refuse de redémarrer… Pascale est persuadée que j’ai débranché quelque chose en bricolant, j’adore !

Nous atterrissons dans « Calabash Bay » au Nord de « long Island », encore un mouillage du bout du monde…

Je dépose Pascale sur une plage déserte étincelante et part chasser la langouste sur un récif de corail au loin. Il y a 10 mètres de fond et je ne peux explorer qu’un rocher à la fois à cette profondeur. Bredouille et fatigué par les nombreux plongeons, je retourne voir Pascale qui agite les bras en criant,

Pascale : il y a des requins au ras de la plage !! Nicolas : Quelle taille,  où sont-ils ? (Elle a fumé ou quoi ?)-          Pascale : ENOOOOORMES, ils sont partis vers les rochers là bas, je les ais pris en photo, je te jure. -         

- Nicolas : Ok, viens te baigner !!!!

- Pascale : Oui, mais tu regardes, hein ???

Et, là pascale se jette dans 25 cm d’eau et se relève immédiatement (durée du bain : 1 seconde !)

- Pascale : Ca y est !  Tu as bien regardé si ils revenaient, hein ???

- Nicolas : Faudrait qu’ils soient méchamment rapides pour te boulotter le Jarret…

Nous partons en annexe à leur recherche le long de la côte. Un requin d’1m50 longe la berge juste à côté de nous, incroyable !!! Il se chauffe dans l’eau du bord de plage sous les crépitements incessants de notre appareil photo…

Nous dinons sur Frère Coyote.

 

13/04/09

Je passe 1 heure dans l’eau à gratter la coque de Badinguet couverte de barbiches vertes.

Nous levons l’ancre à 9h30 puis nous mettons le cap sur l’ile « grand Exuma » et sa ville principale, « Georgetown ». Nous apercevons de nombreux voiliers sur l’eau, signe que nous nous rapprochons de la partie habitée et réputée des Bahamas… Une grosse dorade poursuit un malheureux poisson volant  qui irrémédiablement termine son vol par un plongeon dans la gueule du prédateur…

 

Je n’ai pas le droit de pêcher, Pascale a trop de poisson dans le congélateur, je suis puni !

Je trouve la panne du déssalinisateur, une cosse mal serrée, donc je n’y étais pour rien, et toc !

Nous engageons le grand chenal qui mène à Georgetown en nous servant tantôt de Maxsea qui n’est pas très précis, tantôt des cartes que j’ai récupéré qui elles, sont fiables. De toute façon, Pascale est à l’avant, pour surveiller les fonds sous le soleil brulant.

Je mouille Badinguet entre 2 voiliers américains et les places sont chères vue l’affluence. Frère coyote mouille un peu plus loin pendant que Pascale et moi traversons le chenal en annexe en nous faisant copieusement tremper par les vagues.

A terre, tout est fermé, lundi de Pâques oblige…  Nous retrouvons Marc du catamaran qui nous a donné de l’eau douce à Mayaguana. Retour à bord, nettoyage du cockpit et du coffre de survie que nous mesurons dans tous les sens pour prévoir un aménagement différent. Nous allons surélever le radeau de 35 cm et installer les bidons de survie à côté… 6 gilets de sauvetage terminent sous les couchettes, nous n’en laissons que 2 accessibles car je nous vois mal enfiler 8 gilets les uns sur les autres en cas de naufrage !!!

Le soleil décline lentement, il y a trop de monde dans ce coin, nous avons hâte de repartir vers des plages de rêve…

Helene et Alain viennent diner. Pascale nous fait de la dorade panée avec des patates sautées et un clafoutis au pèches pour le dessert.

Il y a 15 nœuds de Sud-est et nous sommes un peu exposés pour la nuit, tout comme la centaine de bateaux qui sont mouillés dans la grande passe…

 

14/04/09

Il est à peine 7h00 lorsque nous traversons la grande passe, il y autant d’eau dans l’annexe qu’autour…. Une bonne douche d’eau de mer garantie !

Nous apportons à Marc 5 kilos de dorade car le proverbe est bien connu : "moins il y a de dorade dans le congélo, plus je pêche tôt !!!".

Un petit tour sur internet pour 10 USD la 1/2h, quelques courses et un peu d’essence pour le hors-bord puis Badinguet sort du chenal un peu au pif au mètre…

Génois et genaker tangonnés, notre voilier avale les milles à 9 nœuds jusqu'à « Rat Cay » que nous contournons en nous servant des cartes papier… Je suis dans un état de tension maximale lorsque nous approchons le rivage à moins de 5m !!! Les passes sont étroites et le courant peut atteindre plus de 6 nœuds !!! Nous mouillons bien à l’abri devant une autre plage désertique, isolée. Nous restons émerveillés par chaque nouveau mouillage, chaque nouvelle plage, chaque nouveau lagon… Pourtant, ces endroits « cartes postales » se ressemblent tous mais nous sommes comme des enfants avec des yeux comme des billes…

Comme d’habitude, plongée avec palmes, masques et tuba puis on joue au robinson Crusoë avant de retourner à bord faire une grosse sieste à l’hombre de la capote.

Frère coyote a changé de programme et arrive à son tour en fin d’après midi…

Le temps est légèrement couvert et je passe une couche de colle époxy sur « Bien vue, la tortue ». Le résultat est génial et permet d'isoler complètement les chairs en putréfaction

Je ramasse sur la plage quelques coraux puis prends des photos du coucher de soleil sur Badinguet . Pascale nous a fait des samosas à la viande que nous emporterons sur Frère coyote pour finir la journée.

 

15/04/09

Nous avons le soleil dans les yeux en longeant l’ile de « Rat cay » et Vlan !!! Pascale s’accroche au génois et Badinguet s’arrête net dans un banc de sable. Machine arrière toute contre le courant et le bateau se dégage en laissant une grande tache noire dans l’eau… Une bonne partie de l’antifouling de la quille s’est fait sablée gratuitement !

Je comprends vite mon erreur et on ne me reprendra pas de sitôt à passer sur des haut-fonds avec un soleil rasant de face !

Je respire en retrouvant les grandes profondeurs qui bordent les Exhumas…

Nous arrivons dans une autre passe contre un courant qui lève des vagues de 1m puis contournons « great iguana cay ». L’endroit est très moyen et le vent d’Ouest nous chahute. Une demi heure plus tard nous sommes à nouveau au large pour engager une autre passe avec qui ??? Je vous le donne en mille ? Frère Coyote, qui a encore changé ses plans et ça nous arrange bien car il a des cartes très précises.

A 16h, nous sommes amarrés sur des bouées à 20 dollars dans un courant de 5 nœuds, ouf !

Pascale et moi sirotons un punch et un coca light dans le « club thunderbird ». Une ambiance très originale, avec un orchestre improvisé qui joue de la country . Les murs sont couverts de photos de Sean Connery en train d’embrasser Claudine Auger sur la plage d’en dessous… Le Film de la série des James Bond, « Opération tonnerre » a été tourné ici et le club s’en est inspiré… C’est bourré d’amerloques tatoués et balèzes…

Il y a plus de  pitbulls que de Bratt Pitt !!! Et nous, on se moque….

En tous cas, nous passons une soirée devant un « sun set » fabuleux… Badinguet est au premier plan d’un panorama exceptionnel. Je sirote un deuxième « Rhum punch », assis dans une chaise longue avec Alain…

Sourire sans savoir pourquoi, contempler sans penser, juste admirer, ressentir, apprécier l’instant, l’émotion…  PUTAIN ! KOMEN KSE BO !!!! 

Le soleil disparait derrière l’horizon, toujours pas de rayon vert, peut être un jour…

Autour des hamburgers maison, posés sur la petite table, il y a nous. Autour de nous, il y a 50 américains qui braillent et qui picolent. Autour d’eux, il y a l’ile de Staniel cay et ses eaux turquoises peu profondes.

Nous retournons au bateau en lutant contre le courant et AU LIT !

 

16/04/09

Comme chaque jour, nous nous levons naturellement avec le soleil et il est 7h lorsque je lâche la bouée. Badinguet dérive quelques mètres dans le puissant courant puis joue avec lui pour se remettre dans la bonne direction : celle de la sortie du lagon.

Le vent est à l’Ouest, une fois n’est pas coutume, et nous remontons une bonne partie des Exhumas. Nous croisons un yacht qui transporte sur son flanc un voilier (drôle d’annexe !) et un grand nombre de bateaux de location qui descendent à voile et à moteur le chapelet d’iles paradisiaques.

Nous engageons la passe sous highbourne Island et mouillons, bien à l’abri au Sud-est de la marina privée. Je plonge pour vérifier l’ancrage et je panique quelques secondes en découvrant qu’un drôle de poisson est sous le bateau… Un rémora de 1m20 semble avoir pris la coque de Badinguet pour le ventre d’un gros mammifère ! Il faut dire que l’antifouling noir s’y prête ! Le courant est violent et je mets plusieurs minutes pour atteindre le mouillage, profondément enfoui dans le sable.

Comme l’a annoncé la météo, le vent se renforce et tourne Nord puis Est de 180°. Nous avons maintenant 25 Nœuds et nous sommes à l’opposé de notre ligne de mouillage initiale…  Pour plus de sécurité, je rajoute 20 mètres de chaine, il y en a 50m dehors, ça devrait le faire !

Je passe la soirée à regarder un Canadien manœuvrer n’importe comment en engueulant sa femme et Pascale nourrit avec tous les restes du frigo, notre ami le rémora… Je ne savais pas que ces bestioles aimaient les farfales…

 

17/04/09

Le vent a soufflé fort toute la nuit et il y a encore 20 nœuds au matin et je prends une météo par satellite. Il y en a pour 3 jours et aujourd’hui semble être la journée la plus clémente, on traverse le banc !

J’ai choisi de partir du Waypoint de « Allen’s cay » et de faire une route directe vers le waypoint de « Porgy Rock » (à l’entrée du chenal de Nassau).

Le mot « Bahamas », en vieil Espagnol signifie « haut-fonds » ! De toute ma vie, je n’ai jamais autant calculé mes navigations… Il faut tenir compte des marées (80 cm de marnage), des courants (jusqu’à 8 nœuds), des fonds (nombreuses têtes de corail ou bancs de sable) et des waypoints (points de route). C’est un casse-tête permanent et le principal sujet de discussion de tous les marins qui croisent dans ces eaux dangereuses.

Aujourd’hui, nous parcourons 40 milles avec 1 mètre d’eau (en moyenne) sous la quille !!! Le vent souffle à 25 nœuds du Nord-est, nous sommes au largue, tribord amure,  la mer reste plate en raison des faibles profondeurs… Badinguet marche à 8 nœuds jusqu’au « Whyte Bank » où nous ralentissons pour zigzaguer entre les massifs de corail. 4 milles plus loin, la mer devient légèrement plus foncée, signe que la profondeur augmente légèrement et je relâche la toile pour repartir de plus belle. Pascale m’aide à repérer les têtes de corail dans les zones dangereuses et surveille en permanence l’écran de l’ordinateur pour s’assurer que nous ne quittons pas la ligne conseillée par le guide nautique.

J’expérimente avec une grande satisfaction le mode « Track » du pilote automatique qui permet au bateau de rejoindre le waypoint final sans dévier de sa route malgré le courant traversier.

Ces navigations sont extrêmement difficiles à préparer et stressantes à vivre, aussi l’arrivée à Nassau est considérée comme une récompense, ca y est, on y est, on a gagné !!!

Nous choisissons la marina Yacht Haven en espérant retrouver « Ultreïa », c’est la dernière avant les grands ponts qui rejoignent Paradise Island. La capitainerie m’informe par VHF qu’Il y a de la place et un jeune employé m’indique mon emplacement… 4 nœuds de courant, 25 nœuds de vent, impossible de rentrer la dedans sans me frotter sur le méga yacht voisin !

 

D’ailleurs, le port est rempli d’énormes bateaux à moteur de 2 ou 3 étages. Les inox brillent comme des miroirs, les gelcoats sont comme neufs, éblouissants et les équipages lavent, rincent, frottent, astiquent… Bref, aucune envie de jouer les bateaux-tamponneurs !

La place reste inaccessible et j’engueule copieusement le jeune qui refuse de me mettre ailleurs ! François et Geneviève arrivent sur les pontons pour nous donner un coup de main ou pour donner un coup de pied au gars du port !!! Finalement, il cède et je m‘installe de l’autre côté et à contre courant, c’est beaucoup plus facile!

Quel plaisir de retrouver nos amis d’Ultreïa, ils sont radieux, souriants, simples, que du bonheur !

Nous passons la soirée à bord de Badinguet, pascale a fait de la dorade !!! Nous nous régalons autant de mets que de mots puis nous passons notre première nuit au port depuis plus d’un mois !

 

18/04/09

Difficile de décrire Nassau… La grande richesse semble cohabiter avec la grande pauvreté…

Les limousines dévalent Main street à toute vitesse, longeant les 7 marinas bondées de yachts plus beaux les uns que les autres… Il y a deux mouillages de chaque côté des ponts pour les gens du voyage. Plusieurs shipchandlers bien équipés bordent la route et de l’autre côté du bras de mer, Paradise island est reliée par deux grands viaducs à l’ile de providence où se trouve Nassau

.

Après toutes ces iles désertes, ces lagons isolés, cette exubérance et cette agitation nous tournent la tête. Nous prenons un taxi avec François et Geneviève pour remplir leur bouteille « camping gaz » de propane (normalement, on y met du butane, comme quoi, tout est possible !). Nous mangeons un truc bien dégueu à KFC puis nous dépensons tout ce que nous avons économisé depuis des semaines…

Pascale dévalise le supermarket et je me tape 7 allers-retours pour bidonner du gasoil à 2,62 USD le gallon… C’est très simple, un gallon fait 3,79 litres et un dollar équivaut à 0,78 € … Donc, 1 litre de gasoil = 54 centimes d’euro !!!

En fait, nous calculons toute la journée, les pieds, les pouces et les fathoms en mètres, les gallons en litres, les dollars en euros, etc.

Nous achetons une bouteille de plongée d’occasion révisée en 2008 pour 78 €, une nouvelle canne à pêche pour remplacer celle que je viens de casser, de la tresse pour la traine, de la colle époxy pour la carapace de tortue, etc.…

Je passe le reste de la journée à scanner le guide nautique de Cuba en version française que Geneviève m’a prêté. D’après toutes les infos que je glane ça et là sur les pontons, il ne sera pas possible de rejoindre le Mexique par la côte Nord de Cuba. Il y a un obstacle devant nous, il s’appelle « Gulf Stream », ce courant fait 5 nœuds par endroit et il va nous pourrir la navigation… Le plus sage est donc de repartir plein Sud, faire la sortie des Bahamas sur « Great inagua Island » puis d’emprunter le « Windward Passage » entre Cuba et Haïti pour enfin rejoindre l’ile aux 6000 kms de côte par le Sud-est !

Pascale est déçue mais il n’est pas raisonnable de rester bloqué des semaines à cause de phénomènes connus et prévisibles en début de saison cyclonique…

Les américains du yacht voisin de 78 pieds nous invitent à les accompagner manger des conches. Pascale a répondu « oui » sans comprendre et elle n’a qu’une envie, c’est de rester au calme. Voilà ce qui arrive quand on est polie et qu’on ne  comprend pas leur baragouin !

Nous atterrissons dans une des nombreuses petites baraques qui offrent pour 10 dollars des salades de conches fraiches… Doner et Lia boivent bière sur bière et à la nuit tombée, nous rejoignons le pont inferieur de leur vedette pour terminer le repas. Nous passons une soirée enrichissante… Ils ne font aucun effort pour articuler ou ralentir leur diction, résultat : nous ne comprenons qu’un mot sur deux mais ce n’est pas grave, nous faisons une étude ethnologique comportementale !!! Lia ressemble à un moineau sous amphétamines et Doner a 2 de tension … Nicolas et Pimprenelle sont donc ravis de retourner sur le beau Super Maramu d’en face…

Dés que le soleil est couché, certains bahamiens sortent de l’hombre, ivres morts, débraillés. Ils titubent  vers les lieux d’animation et il est fortement conseillé de rentrer chez soi avant la nuit. Le matin, des milliers de touristes s’échappent des entrailles de gigantesques ferries en escale et à 18h30, il n’y a plus un blanc dans les rues. En y réfléchissant, les blancs vivent le jour et les noirs, la nuit, belle société !

François et Geneviève sont partis accueillir leur fils et leur belle fille à l’aéroport et je les envie avec tristesse, mon fils me manque…

 

19/04/09

Il a beaucoup plu ce matin et Badinguet semble tout petit au milieu de toutes ces bannières étoilées…

Aujourd’hui Dimanche, tout est fermé et nous quittons notre palace pour une journée de découverte pédestre…

Visite de « Downtown », achat de quelques tee-shirts, une petite glace et retour en bus pour 1,25 dollars, YES !!!

Nous retrouvons Badinguet, les pieds en compote…

Deux belles assiettes de conches frites et au lit avec un bon film policier !!! Vive le port !

 

20/04/09

Nous prenons le taxi d’Howard pour « MOSS GAS » où nous remplissons notre bouteille américaine et deux petites camping gaz de propane… Très gentiment, le patron de la société me vend pour 10 USD l’embout qui nous permettra de remplir les bouteilles bleues n’importe où ! Cet adaptateur va énormément nous simplifier les choses, nous sommes comblés !

Il est 11h lorsque nous montons sur le petit ferry de Paradise Island rempli d’Américains.

Aujourd’hui, nous visitons l’hôtel Atlantis et le nom de cette ile n’a pas été volé !!!! THIS IS PARADISE ISLAND !!!

Bien évidemment, ça s’adresse à ceusses qui ont du pognon…. Mais alors, dans le genre démesuré, gigantesque, époustouflifiant, nous n’avons jamais vu un hôtel comme celui là…

Pour faire bref… Il doit y avoir

-          5 immenses piscines à thèmes, Maya, Disney, Poséidon, Neptune, Adventure land, etc.

-          Pleins de bassins remplis de raies et de requins.

-          2 aquariums gigantesques avec un Tunnel des prédateurs, raies Manta, requins marteau, etc. .

-          Des temples reconstitués à la Disney world, avec de vieilles tours qui émergent de certaines piscines…

-          Des toboggans monstrueux. Un golf, un centre de conférences, 23 restaurants et 4 centres commerciaux…

-          Des cours de tennis, volley, fitness, aquagym, sauna, spa, hammam, etc.

-          Rencontre avec les dauphins, tu les caresses, et tu nages avec !

-          Casino de plusieurs milliers de mètres carrés (le seul endroit où tu peux vraiment perdre ta femme !)

-     Une rivière à vagues de plusieurs kms, des piscines olympiques. Une marina, un trou à cyclone… Et des plages, des plages

-          Des toboggans qui finissent en tunnels transparents dans des piscines à requins, oui, oui !!!! Tu prends une bouée, tu mets tes enfants dedans, et tu finis au milieu des plus gros prédateurs marins de la planète… En toute sécurité !

-          Des galeries marchandes, des murs d’escalades, des pistes pour hélico, des centaines de maitres nageurs sauveteurs…

Le seul truc important à mon sens... Surtout ne pas se tromper de piscine… D’où le proverbe d’Atlantis : « Quand t’es bourré, va pas t’baigner ! »

Des milliers de touristes profitent de ce lieu en dehors du monde réel, tout est beau, propre, facile, C’est extraordinaire !!!

Nous avons payé 35 USD chacun pour visiter les aquariums mais pour la « complète –saucisse », il faut débourser 120 dollars ! Et ça les vaut largement !!! Maël aurait adoré y passer la journée…

Pour clôturer le sujet, de nombreuses célébrités ont achetés des chambres dans l’hôtel pour 10 millions de dollars baby !!! (Chuck Norris, Shakira, Elton John, etc.). Le prix d’une nuit dans la plus belle suite de l’hôtel est de 25 000 USD !!!!! Nicolas Cage, qui a acheté la villa d’à côté et une des 700 iles de l’archipel, vient y faire un saut de temps en temps !!!!! Si un jour, dans le reste de ma vie, je dois me payer un hôtel de rêve… J’ai trouvé, c’est sûr !

Nous retournons au bateau, épuisés mais ravis de cette visite « au delà du réel »…

Je reviens du supermarket avec 14 gallons d’eau douce en bouteilles…

Nous passons la soirée avec Ultreïa et leurs enfants à manger des conches sur Badinguet… Encore une soirée délicieuse en compagnie de nos amis.

 

François me raconte une anecdote croustillante qui lui est arrivée…

-          Des américains : Vous êtes Canadiens ?

-          François : Non, on est Français !!

-          Les américains : Mais, vous parlez Français, vous êtes Canadiens !

-          François : Non, je suis Français !

-          Les américains : Mais vous parlez Français en France ?

François n’a pas répondu, il n’en revient toujours pas !!!

 

21/04/09

Je viens de payer la facture du port… GULP, 459 USD pour 4 nuits… Il est temps qu’on mette les voiles !

 

 

Nous aurons quand même bien exploité cette escale, nettoyage du filtre à eau de mer (plein d’herbes et d’algues), du puisard, changement des derniers maillons de la chaine de mouillage, nouvelle canne à pêche, rinçage du bateau et tous les pleins sont faits !

Et nous voilà repartis pour traverser le lagon dans l’autre sens au près serré avec 15 nœuds de vent.

Nous croisons en chemin un voilier qui nous appelle à la VHF, Thierry et Elizabeth de « ANAHOA » nous expliquent les bons plans de Cuba et de la Jamaïque, quelle aubaine !!! Ils reviennent de 2 ans au Brésil et se proposent de nous conseiller sur les marinas et les guides nautiques, ce n’est pas beau, la vie ??? Nous les contacterons par mail car ils remontent vers Nassau pour hiverner leur voilier en Floride.

Une fois le Yellow Bank dépassé, nous poursuivons notre route sans détour vers Allan’s cay où nous mouillons vers 14h dans un furieux courant.

La plage de l’ile est envahie par des dizaines d’iguanes de toutes tailles… Ils courent vers notre annexe et Pascale hurle à chaque fois que je me rapproche de la plage !!!

Autant, pendant la visite d’Atlantis, j’ai entendu :

-          « Ouah, incroyable, fabuleux, j’adore, génial, qu’est ce que c’est beau » et j’en passe…

Là, ce sont des :

-          « Heurkkk, c’est affreux, horrible, je déteste, Non, pas trop prêt, c’est hideux, quelle sale gueule », sans commentaire !

L’observation des rescapés de Jurrassic Park et la séance photo durent 1/2h puis retour au bateau pour filer au Sud de Highbourne Cay pour la nuit… Pascale appelle notre ami, le rémora en vain, il n’a pas dû apprécier la marina de Nassau…

 

22/04/09

Il est 6h00 lorsque Badinguet emprunte l’étroit passage vers les grands fonds qui bordent à L’Est les Exumas. J’avais pris soin de noter toute une série de Way-point (en me servant de la touche « homme à la mer ») et il n'y a plus qu’a suivre cette succession de points sur l'ordinateur et nous voilà au large.

Il y a peu de vent mais suffisamment pour gonfler le genaker et le génois tangonnés chacun de leur côté. Le voilier file bon train vers le Sud-est avec 150m² de toiles dehors.

Nous avons 106 milles à faire et nous arrivons vers 22h30 dans le noir complet au Nord de « Calabash bay » sur Long Island.

La aussi, nous connaissons le coin et j’ai conservé les Way-point de l’aller. Nous mouillons le plus près possible de la côte mais rien à faire, une bonne partie des vagues du vent fait le tour de la pointe et arrive par notre travers… Nous nous préparons à passer une nuit épouvantable…

Il est minuit, le roulis est infernal, impossible de fermer l’œil… Je sors et le vent est resté à 15 nœuds, je décide de tenter le coup… Je noue une drisse de 12 mm dans un maillon de la chaine puis laisse filer 25 mètres de mouillage. Je passe ensuite la drisse dans le taquet arrière et la tends au winch jusqu'à ce que le voilier soit en travers du vent et… surtout face aux vagues ! Si le vent ne monte pas, le montage est idéal et Badinguet ne roule plus du tout … Si le vent monte, le bateau se retrouve en travers du vent et la tension sur le mouillage devient très importante…

Avant, je roulais, maintenant je m’inquiète et je cogite… Pascale s’est endormie, ravi de retrouver un peu de calme dans sa couchette…

 

23/04/09

Il est 6h et nous avons encore 80 milles à courir avant le coup de vent qui se confirme de jour en jour.

Pascale et moi nous sommes fait dévorés par je ne sais trop quel insecte omnivore. 22 piqures pour Pascale et 14 pour moi, Elle a gagné !!! De toute façon, quand tu joues avec Pascale, tu perds toujours. Cherches pas pourquoi, y a des trucs qu’on ne peut pas expliquer, c’est tout !

Le vent est passé Nord-est et d’après la météo, il ne va faire que souffler de plus en plus fort… Je mesure à quel point, la vitesse d’un voilier devient un argument de sécurité important. Nous filons à vive allure avec un coup de vent annoncé derrière nous…

Nous sommes au près-bon plein, 20 nœuds de vent bâbord amure, nous avançons à 9 nœuds en franchissant le tropique du Cancer qui passe par le milieu de long Island.

Lentement mais surement, le vent se renforce et nous avons 25 nœuds bien établis en arrivant sous Crocked Island ou nous mouillons entre les massifs de coraux. A la quatrième tentative, l’ancre finit par crocher et je mets rapidement l’amortisseur de mouillage pour limiter les violents rappels sous les rafales. Il semble que nous soyons sur une dalle et je n’ai pas confiance dans notre ancre aussi je sors le deuxième mouillage du coffre et diminue par 2 les risques de dérapage. Encore que si une ancre ne croche pas (sur une dalle), la deuxième ne crochera pas non plus !!!

 

24/04/09

La nuit a été plutôt calme, le vent a baissé un peu et il souffle à 20 nœuds réguliers. Je plonge pour tenter d’attraper quelques trucs à antennes mais en vain. Je joue avec deux gros mérous jusqu'à ce qu’un grand barracuda commence à me tourner autour… Ce sagouin s’écarte si je m’approche mais dés que je plonge, il revient vers moi rapidement et son manège finit par m’inquiéter… Je retourne au bateau et vérifie au passage les 2 mouillages… Aucun n’est planté dans le sable… Nous sommes sur une dalle et l’ancre principale s’est prise dans une fissure, et c’est tout ce qui nous tient…

Aller, on bouge, on change de coin… Pascale m’aide au moteur lorsque je relève les deux mouillages l’un après l’autre… Un à la main et l’autre au guindeau électrique, ouf !

Nous partons vers un lieu dénommé « French well » plus au Sud… La petite balade devient rapidement cauchemardesque car le vent se renforce très rapidement et 35 nœuds en rafales  bousculent notre fier coursier… Il faut qu’on trouve un endroit un peu abrité pour mouiller au plus vite car le gros du mauvais temps est à venir… Je coupe au travers des cailles, Pascale est à l’avant mais nous nous ne entendons pas, le vent est trop puissant.

Il y a environ 50 cm d’eau sous la quille, et le moindre rocher ou massif de corail est un obstacle pour notre tirant d’eau de 2m05 ! Autant, nous remarquons facilement les récifs qui sont noirs sous l’eau, autant les bancs de sable sont impossibles à discerner et « Boum », Badinguet s’échoue, Pascale s’accroche au génois !

Marche arrière à fond et Badinguet se dégage, aidé par le vent de plus en plus violent. Un nuage de sable marque la surface, comme pour signaler la zone de l’incident…

Nous sommes au beau milieu d’un véritable labyrinthe et les vagues nous empêchent de bien distinguer les fonds… « BOUM », Badinguet s’échoue encore mais dans le sens du vent, cette fois. Marche avant toute ! Je tourne vers une zone plus sombre et après avoir un peu raclé le fond de la mer, nous retrouvons plus d’eau pour fuir au plus vite cette baie infernale…

Impossible de nous approcher de la plage pour être un peu à l’abri… Nous décidons de retourner là d’où nous venons, il faut qu’on trouve du sable pour planter nos ancres et surcout pas pour s’échouer ou faire des pâtés …

Encore et toujours ces labyrinthes inquiétants et ces 50 cm d’eau sous la quille… Je mouille dix mètres de chaine et Pascale pose sa main dessus pour vérifier la tenue. Elle me hurle que ça tient bien et je lâche encore 25 mètres puis le deuxième mouillage et enfin, je croche les amortisseurs. On a réussi !

Je plonge avec masque et tuba pour constater que les 2 ancres sont profondément enfoncées dans le sable. Le vent hurle lorsque je remonte à bord pour annoncer la bonne nouvelle à Pascale.

Ce coup ci, on ne bouge plus jusqu'à la fin du mauvais temps !!!

Les grains se succèdent toute l’après midi avec des rafales à 38 nœuds, l’annexe est à poste, la capote et les joues nous protègent des risées et de la pluie qui tambourine sur le voilier.

Depuis la tempête de Gibraltar, C’est la première fois que je mouille sur 2 ancres. Le bateau, fouetté par les grains, fait de violentes embardées sous les rafales, il craque, couine, grince, manifestant discrètement et dignement sa souffrance.

L’équipage se sent en parfaite sécurité. Bien amarré, protégé sous le vent d’une côte, il n’y a pas de risque. Il faut juste attendre, sereinement que la nature se calme… Nous pensons à tous nos amis, Ultreïa qui doit être coincé quelque part avec leurs enfants (pas de chance pour leurs vacances…). Frère coyote s’est certainement mis à l’abri aussi… Les marins sont en attente, pas question de naviguer sous ces fronts froids.

D’après la météo, c’est cette nuit que le vent va montrer ses dents… Nous sommes prêts ! 

 

25/04/09

La nuit fut beaucoup moins agitée que prévue, juste 20 nœuds… C’est au petit matin que les rafales atteignent 35 nœuds. Badinguet tire sur l’ancre principale puis sur le mouillage secondaire, alternativement. Les rappels sont plus ou moins violents mais le bateau ne recule pas… Le rugissement du vent déclenche régulièrement quelques regards inquiets qui se croisent en silence… L’anémomètre affiche 25, 30 Puis 39 nœuds, la mer est couverte de vagues rases et blanches qui fuient vers le large, loin derrière nous… Les nuages défilent rapidement dans le ciel, on dirait un ciel de traine mais nous n’en sommes qu’au début et à propos de traine, ça risque de trainer…

Une journée de léthargie, on ne sait plus du tout ce qu’on a fait de notre temps… On a du se lever ce matin, on a du manger, lire un roman chacun et dormir et j’oubliais quelques aller retours sur le pont pour vérifier les mouillages…

Pourvu que le vent baisse, qu’on s’en aille de cette baie…

J’appelle Maël puis Papy Jean pour lui souhaiter un super anniversaire, ils sont 45 à diner à Quiberon pour célébrer l’événement… Nous aurions aimé être avec eux pour partager cette fête… Bon anniversaire Papa.

Les météo se succèdent et ne sont pas encourageantes, le plus dur semble être pour cette nuit, nous verrons bien ! Les prévisions à 4 jours ne montrent aucun changement, ça promet d’être long ! J’ai bien envie de changer de place mais avec ce fichu vent, tu sais ce que tu quittes, tu ne sais pas ce que tu vas trouver, ne prenons pas de risque inutile… On se fait ch… grave !

 

26/04/09

On se lève vers 8h et le vent fait toujours siffler les haubans… Je reprends une météo et il semble que nous soyons juste en limite de la zone de vents violents… Si on arrivait à descendre un peu…

Nous remontons les deux mouillages et laissons les deux ancres à poste, j’ai le dos en vrac ! Il faut trouver le chemin de la sortie vers le Grand bleu. D’après mes relevés personnels, c’est marée haute et le marnage est très influencé par le vent et la dépression, au lieu de 70cm, nous avons plus d’1,20 mètre d’écart entre marée haute et basse. Cela explique en partie nos deux échouages avec si peu d’eau… Faut bien se trouver une petite excuse ! Nous sortons sans problème et envoyons un tout petit peu de toile (l’équivalent de 3 ris).

Badinguet dégringole la côte Sud de Crocked island à 9 nœuds de moyenne. Les vagues sont courtes et cassantes et bien qu’elles ne dépassent pas 1m50, nous sommes copieusement arrosés et secoués. On a vraiment l’impression d‘être assis sur le dos d’un âne…

Les nuages défilent à touts vitesses, poussés par un vent qui dépasse régulièrement les 35 nœuds. Nous sommes au prés-bon plein, très inconfortable mais il n’y a que 40 milles à parcourir !!!

 

Nous arrivons vers 13h45 sur la baie du Sud de l’ile Acklins et nous mouillons 45m de mouillage principal. Je plonge pour vérifier tout ça et nager dans 30 nœuds de vent, je n’aime pas du tout… Le barracuda qui m’accompagne ne semble pas gêné par les vaguelettes qui fouettent le tuba et je découvre que l’ancre est sur une dalle, encastrée sous une petite faille… Pas terrible comme tenue…

Il fait tellement mauvais que je décide de respecter ce qu’on fait très souvent en bateau… « Attendre et voir ! »

Il est 17h43, bientôt l’heure du ti’ punch et Badinguet n’a pas bougé une oreille donc on ne se déplace pas. De toute façon, en cas de dérapage, nous partons au large et on ne risque pas d’abimer le bateau !

Le vent semble baisser (15 à 20 nœuds) comme chaque soir et demain, nous tenterons peut être la descente vers la dernière ile des Bahamas.

Je reçois par Iridium, pleins d’infos et de réponses sur Cuba, La Jamaïque, Haïti, le Venezuela, les formalités, les tarifs, etc. Thierry du voilier « Anaho’a » est une mine de renseignements sur les grandes Antilles et c’est vraiment une aubaine pour nous. Il faudrait juste que le vent baisse un peu !!! Et ce n’est pas encore pour demain !

Le programme n’est pas encore bien établi mais Cuba-Jamaïque-Haïti-république dominicaine-Iles vierges sont sur la ligne de départ…

Bonne nuit à tous ceux qui dorment dans un lit et qui se fichent du temps qu’il fait…

 

27/04/09

Toujours ce vent qui nous réveille tôt le matin, ça devient pénible…

Le Capitaine décide que l’équipage doit aller à terre pour quitter son rythme d’escargot… La rive est difficile d’accès mais nous trouvons une plate-forme de roche pour y faire glisser l’annexe. Nous ramassons quelques magnifiques coraux morts avec des formes très rondes.

 

Sur certains d’entre eux, on pourrait croire à un dessin de cerveau et je ne ferai pas de mauvais jeu de mot… Nous ramenons à bord quelques kilos de cailloux que nous cachons avec la carapace de « Bien vue la tortue » dans la soute moteur. 

 

28/04/09

AU SECOURS !!! On veut s’en aller d’ici !!! Les nuages continuent leur course folle pour nous montrer qu’il faut être patient, on ne l’est plus du tout !!! On s’occupe comme on peut pour tuer le temps avant qu’il ne nous tue…

On se farcit l’astiquage de tous les Inox de Badinguet puis démontage, nettoyage et graissage d’un des gros winchs électrique de 58 !

Nous profitons de cette escale forcée pour trouver une cachette sûre pour l’arme que nous avons à bord. « Anaho’a » nous a expliqué par e-mail que les douanes Cubaines fouillent le bateau et font monter un chien anti-drogue à bord avant de laisser les 5 autres administrations faire leur boulot à leur tour… Si ça, ce n’est pas du comité d’accueil !!

En tous cas, il faudra que le chien soit un chiwawa pour jouer avec le pétard !!! Et puis, un chien anti-drogue qui joue avec un pétard, on demande à voir !!!

Thierry nous donne encore pleins de renseignements sur les attaques contre des voiliers au Venezuela… Ca calme !!! Entre les actes de piraterie, les cyclones et la ciguatéra, le coin devient compliqué !!!

J’ai le dos vraiment douloureux et en plus des anti-inflammatoires que je consomme depuis 3 jours, j’y ajoute des di-antalvic pour tenir debout. Il va falloir trouver des astuces pour remonter le deuxième mouillage sans me ruiner les lombaires.

Pascale avale les bouquins les uns après les autres, un petit tour au soleil sous les rafales puis une petite sieste, C’est dure la vie !

La météo du soir se fait attendre, c’est moi qui retarde la communication ! J’aimerai tellement que le vent baisse un peu pour qu’on dégage de cette baie perdue…

Il est 19h, je lis la météo…  20 nœuds puis 15 dans l’après midi, Demain, on fiche le camp !!!

 

29/04/09

Le réveil sonne à 5h30, il est temps de partir. Je redoute ce départ car nous sommes à l’abri depuis 6 nuits et on oublie vite la navigation quand on est au port…

Nous contournons le phare d’Acklins puis le vent d’Est se lève mais pas à 20 nœuds, non, à 35 nœuds bien établis ! Nous sommes au près avec des rafales à presque 40 nœuds… La mer n’est pas énorme aussi nous réduisons au maximum et alignons notre cap, de toutes façons, il faut qu’on avance !

En deuxième partie de trajet, le vent tourne un peu et la gite diminue mais la mer se lève de plus en plus.

A 14h30, je crie à Pascale de se tenir. Je vérifie qu’elle le fait et m’agrippe fermement au siège, la déferlante est énorme. Le rouleau vient percuter Badinguet par le travers. La vague de 3 mètres remplit le cockpit en couchant le voilier sur quelques mètres. Pascale pousse un hurlement de frayeur et le bateau se redresse, j’ai les jambes qui font du yoyo et Pascale pleurniche. Je la rassure rapidement et descends ramasser tout ce qui est tombé à l’intérieur !!! Je ferme la descente pour éviter un autre remplissage.

Tous les marins connaissent ces vagues qu’on aperçoit plus ou moins loin des bateaux, souvent on passe juste à côté… Il y a le moment précis où la vague, plus grande que les autres se cabre et commence à déferler. Et puis il y a le lieu, très précis lui aussi, juste sous le mur d’eau vertical, dans le creux lorsqu’elle se referme… Nous étions très précisément au mauvais endroit au mauvais moment et le choc a été très violent. Il n’y a aucun moyen d’éviter ce piège avec un voilier, c’est un peu comme la foudre ou une ligne de  grains… Quand ça te tombe dessus, tu baisses la tête et tu t’accroches !!! C’est la première fois que je me prends une déferlante comme ça, heureusement qu’elle ne faisait que 3 mètres ! … Comme quoi, ça ne doit pas arriver tous les jours !!

Nous avons été choqués par cette violence et je scrute la mer avec attention pour dépister un signe, une vague plus haute que les autres mais ce sont les grains qui nous menacent. Les nuages sont noirs comme de l’encre et il faut réduire, se protéger et relancer le bateau après leur passage.

Nous arrivons à Mattew’s Town sur Great Inagua Island. Je mouille devant deux autres voiliers mais l’endroit est rouleur et une petite houle nous fait danser, et MERDE !!!!

Ce n’est pas l’heure de l’apéro ???

 

30/04/09

Nuit roulante mais en pointillés…

L’annexe est gonflée, nous allons à terre. Il suffit de lever un bras ou d’un sourire pour que les gens nous renseignent ou nous emmènent en voiture.

Nous commençons par la douane, puis la banque, puis les courses… Si on peut appeler ça des courses…Le Mail boat (bateau qui ravitaille les iles) ne revient que demain et il n’y a plus rien de frais nulle part…

La « power house » qui jouxte la banque fait un bruit du diable… L’ile a deux gros générateurs, un au Nord, l’autre au Sud pour donner de l’électricité à tous ce petit monde… La nuisance sonore est très importante mais tout le monde semble accepter cette fatalité nécessaire… Nous changeons nos derniers dollars bahamiens en dollars US et retournons au bateau qui se dandine sur une eau cristalline…

Grace à notre antenne extérieure WIFI, nous arrivons à pirater une connexion quelque part à terre et nous pouvons communiquer avec le reste du monde et surtout découvrir la nouvelle prise de tête de la planète… La grippe porcine ! Nous avons bien fait d’éviter le Mexique, tous les sites touristiques sont fermés…

Voila de quoi vous faire oublier un peu la crise financière et la crise alimentaire, une bonne vieille grosse crise sanitaire !!!

A priori, le risque d’épidémie n’est pas encore d’actualité, voyons a qui va profiter le crime !!!

Je ne pense pas que les Cubains (proches voisins des Mexicains) aillent passer leurs vacances là-bas mais vivre au contact de certains animaux de la ferme, ça ils peuvent !!! On va donc suivre l’évolution avec attention. J’ai à bord un kit complet de masques de type 2 et même des lunettes de protection au cas où un cochon se soit envoyé un poulet grippé !!! J’ai l’impression que le monde entier va s’affoler pour une petite fièvre dans les semaines qui viennent. Une grosse pensées pour Marie-Pierre et Dominique (les médecins avec lesquels je travaillais) qui sont en première ligne, mais ils adorent ça !!!

Départ prévu à 4h demain !

 

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