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ILES ILES DU CAP VERT- SAL 

 

  

24/11/08

Au petit matin, Boa Vista est en vue, nous poursuivons jusqu’à l'ile de Sal pour faire notre entrée administrative. On ne peut entrer et sortir du territoire capverdien que par trois ports: Palmeira à SAL, Mindelo à SAO VICENTE et Praia à SANTIAGO.

Je ramasse sur le pont 3 autres poissons volants et deux petits calamars… Jolie cueillette matinale. Les poissons volants qui percutent la coque pour rebondir à bord, ça, je peux comprendre… Mais des calamars ?!? Y a de l’E.P.O. dans le plancton ou quoi ??? Finalement ça doit bien être de la Kriptonite…

Nous croisons plusieurs Catamarans en faisant le tour de l’ile puis mouillons devant le petit port de Palmeira au milieu d’une trentaine d’autres voiliers. On aperçoit quelques maisons derrière la petite digue, sinon, c’est le désert, quelques volcans érodés pas le vent et rien d’autre !

L’annexe est gonflée, je vais discuter avec notre voisin comme très souvent pour avoir les tuyaux pratiques de l’atterrissage. 2 heures plus tard, nous avons nos passeports signés et tamponnés. Nous visitons rapidement la toute petite ville d‘Espargos.

    

Nous en profitons pour tirer des escudos à la seule banque du coin, passer un mail à nos parents puis, une glace dans le gosier, nous reprenons la route vers notre logis flottant.

Nous sympathisons avec d’autres équipages et des Anglais, a priori adepte du tourisme sexuel si je me réfère à la tête et au décolleté que j’ai vu émerger de leur cabine…

Je commande à Zidane, 400 litres d’eau douce pour demain matin. Il se balade dans une barque qui contient un fût rempli d’eau dessalinisée, il la vend 6 € les 100 litres, livrée à domicile…

Pascale et moi, profitons des derniers rayons de soleil puis un ti’ punch, et peut être des pâtes, (mais je n'y crois pas) et pour finir une groooooosssssse nuit réparatrice…

J'écris une bonne partie de la soirée...

 

BOA VISTA 

 

25/11/2008

Réveil matinal because on s’est couché très tôt ! Il pleut légèrement… D’après le guide que nous a ramené Maël, il ne pleut quasiment jamais sur Sal… C’est bien notre veine !!! Zidane arrive avec sa citerne flottante pendant que je discute avec l’équipage de « Riga », un Elan 38 mouillé devant nous.

Le Capverdien a besoin de 12 volts pour activer sa pompe… Badinguet est en 24 V alors un peu de bricolage et je lui tends deux fils… Puis, sa pompe rend l’âme…

  

Il jure un bon coup et repart avec sa barque chercher une autre pompe électrique… 1 heure plus tard, nous avons le plein d’eau douce et nos papiers de police en règle pour quitter l’ile.

Nous partons plein Sud accompagné de "Riga" et les appareils photos crépitent lorsque nous les dépassons

Nous avançons toutes voiles dehors à 9 nœuds par 20 nœuds de vent de travers. La navigation est idéale, pas trop de mer, du vent de près, des milliers de poissons volants qui nous font une haie d’honneur, 8,5 nœuds de moyenne sur 4h30 de trajet. 

Sal Rey est le plus beau mouillage de BOA VISTA et nous piochons difficilement par 5 mètres de fonds rocailleux et sableux. Comme à Sal, je traine l’ancre sur plus de 20 mètres avant de crocher sérieusement, brrrrrrrrrrrrrrr !!!  

Nous filons à terre pour prendre la température du coin malgré le soleil qui décline. Nous attachons l’annexe au pied d’un petit ponton en bois et partons faire le tour de la petite ville. Encore un parfum de bout du monde, un endroit oublié par la société moderne et le tourisme, tout semble lent, calme, hors du temps… Une femme porte sur sa tête un thon de 30 kg , les vieux sont assis devant leurs maisons basses et carrées et de belles plantes très peu couvertes déambulent dans une démarche chaloupée… Y a pas que Badinguet qui roule….. Il y a là un parfum de Brésil….

26/11/2008

Réveil avec le jour, vers 7h ! Nous faisons la connaissance de nos voisins dont j’ai déjà oublié les noms !! De 8 heures à 9H30, je tente de nettoyer un peu la coque grise de Badinguet mais sans succès. Le vent souffle entre 15 et 20 nœuds et je me fais saucer par les vagues qui courent le long de la coque (qui reste sale !). À propos, je signale quand même que contrairement à Dakar, l’ile de Sal est propre ! (Je ne pouvais pas laisser passer ça quand même !)

Le Sénégal nous a pourri la coque ! Nous partons à terre et nous entortillons l’amarre de l’annexe autour d’un arbuste, la plage de sable blanc est magnifique… Nous filons à Internet pour mettre à jour notre site et donner de nos nouvelles (pour 10€ quand même !), puis nous récupérons un 4×4 flambant neuf chez une abrutie… Elle nous a changé le prix (qui passe de 60 à 65 €) et nous n’avons pas de carte routière pour nous repérer… C’est décidé, on va lui ruiner sa bagnole !!!

Nous quittons Sal Rey pour la Pampa, il n’y a quasiment pas de routes goudronnées et les pistes que nous dévalons sont en très mauvais état ! Mais ce n’est pas grave, je garde le pied sur l’accélérateur, Pascale s’accroche aux rideaux et on va voir ce qu’il a dans le ventre ce 4×4, je n’ai jamais secoué une bagnole comme ça !!!

Le paysage est aride avec des déserts de cailloux et de dunes, des montagnes basses et deux touristes déchainés qui soulèvent un nuage de poussière…  Les plages sont immenses, vides, seules quelques tortues viennent y pondre (parait-il ?). En tous cas, nous sommes émerveillés par ce paysage et surtout, c’est la première fois que Pascale voit un désert de dunes ! Je lui fais ôter ses baskets pour qu’elle sente la finesse du sable… Le vent souffle toujours autant et les traces profondes que nous avons laissées à l’aller ont totalement disparues au retour.

Les rares ilots de verdure qu’on a envie d’appeler « oasis » sont habités par des nuées de sauterelles et, sur la route du retour, l’une d’elles entre dans la voiture par la fenêtre de Pascale… Ce sont d’abord des cris, puis des hurlements qui remplissent l’habitacle et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, pascale enjambe son dossier et se retrouve sur la banquette arrière. La sauterelle, encore plus effrayée que Pascale saute à son tour, à l’arrière du véhicule… Je m’arrête dans un nuage de poussière juste avant que Pascale ne se jette à l’extérieur du véhicule. Je prends délicatement notre passager clandestin au creux de ma main et lui rend sa liberté… Tout ça pour une sauterelle !!!

Le soleil vient de se coucher, il est 18h20, nous sommes à bord, Pascale nous fait sa dernière recette du jour avec du poulet, des ananas et des bananes, j’adore ! Je bois encore un coup à votre santé et puis à Ségolène qui peine et à Aubry qui rit !! Nous, ON S’EN FOUT GRAVE !!!!

En tous cas sur RFI, ça passionne les Africains… Les Palestiniens, les Congolais et les Ivoiriens continuent à se taper sur la gueule, la bourse est au plus bas, Hortefeu vient de signer un accord avec le Cap Vert concernant « l’immigration clandestine et l’immigration choisie » et l’eau reste à 27°, un peu fraiche… Heu, vous avez apprécié la vue de notre chambre ??? Aller, Tchao, Tchao ! 

Petit message pour Martine et Arnaud, à Boa Vista, il y a plein de ritals. Ils tiennent tous les commerces et les activités touristiques de l’ile… Les touristes Italiens sont donc nombreux mais comme on ne comprend toujours rien à cette langue haute en couleur et en décibels, on les évite ! J’ai même demandé à un Capverdien comment on disait "Au revoir" en Portugais, il m’a répondu "Tchao", sans commentaire !

Sinon, nous essayons d’économiser l’eau en faisant le nettoyage et la vaisselle à l’eau de mer. Le groupe électrogène tourne 1 heure le matin et 1 heure le soir.

Beaucoup de voiliers nous ont quittés en fin d’après midi. Je pense qu’ils filent vers Sao Nicolao, nous ferons de même après demain. Je n’ai pas envie de faire une nuit de quart et on devrait l’éviter en partant très tôt, à 4 heures du matin !

 

27/11/2008

Un coup de vent est annoncé pour ce soir et cette nuit, il va falloir encore jouer avec la météo… Nous quittons très tôt Badinguet pour retrouver notre pickup rouge que nous avons jusqu’à 13h. Direction le Sud-est de Boa Vista

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Les Capverdiens ont la peau comme les Antillais, des cheveux parfois blonds mais surtout, ils ont des yeux bleus clairs extraordinaires !

Nous continuons de solliciter notre véhicule en avalant des kilomètres de plages désertes et des plaines de cailloux volcaniques. Nous finissons notre tour de l’ile par le Nord. Sur une immense plage de sable blanc git l’épave du Santa-Maria,     paysages du bout du monde au milieu des dunes… Et c’est dans l’une d’elle que nous finissons par nous enliser… Avant-Arrière, Avant-Arrière, rien n’y fait… On est planté dans un endroit où personne ne passe… Sur les 4193 habitants de Boa Vista, y en aurait pas un qui voudrait nous sortir de là par hasard ?

Je peste, je suis couché dans le sable à dégager les énormes roues à la main, je place sous les pneus des pierres plates et Miracle !!!! On sort du bourbier en marche arrière, là, on a vraiment eu chaud !!!

On retourne sur Badinguet qui danse en tirant sur son mouillage sous 25 nœuds de vent. Il faut que je vérifie notre ancrage et je plonge avec palmes, masque et tuba et ça piaule en surface !!!

En retournant à l’échelle de bain, je repère un beau poisson perroquet qui me tourne autour, vite !

Pascale me passe le fusil et Pan ! Un poisson perroquet pour le diner ! Ca fait longtemps que je n’avas pas réussi un tir dans le mille !!! Faut dire qu’il est venu se mettre juste devant ma flèche…

Le vent forcit de plus en plus et une certaine tension s’installe à bord… Les mouillages venteux, on a déjà donné…

D’après les Gribs, le vent devrait commencer à baisser à 20 puis à 15 nœuds demain matin, nous partirons vers 3 heures, et nous verrons bien…

 

SAO NICOLAO

 

28/11/08

Je relève l’ancre et il ne doit pas y avoir beaucoup d’eau sous la quille, peut être 50 cm, peut être moins. Le moteur tourne au ralenti pour sortir de la zone de haut fond à marée basse… Le vent n’est pas au rendez-vous et c’est seulement vers 4 heures que j’envoie la parure du voilier.

Vers 7 heures, pascale me rejoint, nous avons 90 milles à faire, le vent est grand largue de Nord-est et je finis par envoyer le genaker et sa drisse sénégalaise élastique… Avec la voile d’artimon à l'arriere, Badinguet taille la route à 7 nœuds de moyenne. Voilà une navigation qui nous réconcilie avec les alizés… Nous franchissons une barre difficile au Sud de l’ile de Sao Nicolao et remontons la côte Est au près serré. Je n’ai aucune carte précise du coin, ni en Shom, ni en vectorielle et encore moins en papier… La seule info dont je dispose est un petit plan sur le guide IMRAY des iles de l’Atlantique, c’est maigre ! Je contourne donc très large le haut-fond signalé puis, dépasse largement le port pour enfin aligner un cap au 100° et rejoindre le mouillage de Tarrafal

3 autres voiliers sont déjà là, je mets 50 mètres de chaine, comme d’habitude… Nous restons à bord, le soleil nous gratifie d’un magnifique coucher et nous lui rendons la pareille en nous couchant magnifiquement…

Nous sommes vraiment exposés à la houle du large, tout dépendra du vent…

 

29/11/08

Finalement, la nuit ne fut pas trop tourmentée et vers 7 heures, je tente un coup d’œil à l’extérieur… Nous avons évité (éviter = tourner sur son ancre) sur 180° et je me trouve un peu trop près de l’entrée du petit port à mon goût ! En plus j’aperçois un ferry qui vient du Sud… Je mets le moteur en route et je nous déplace de 80 mètres. Un autre voilier français arrive à son tour et nous discutons un bon moment, nous, le cul dans l’annexe, eux à l’arrière de leur voilier, bien au sec !

Après avoir donner 100 escudos à « Roger », un petit Capverdien de 5 ou 6 ans pour qu’il nous garde l’annexe ou qu'il ne la dégonfle pas… Pascale et moi, prenons un "Aluguer" (taxi collectif), direction Vila da ribeira Brava, une petite ville au cœur de l’ile . La route est magnifique, le paysage passe de l’ocre au vert et le taxi se remplit petit à petit. De gigantesques toiles d’araignées, tendues comme des bâches sous les fils électriques murent la route comme pour l’isoler des petites maisons carrées capverdiennes . Leurs propriétaires, à 8 longues pattes, rayés de jaune, veillent comme suspendus dans l’air frais des montagnes, elles sont des milliers. La plupart des gens qui montent et qui descendent du taxi semblent être le fruit d’une longue consanguinité… Un âne chargé d’eau et de fruits, circule seul sur la chaussée et passe devant plusieurs vieilles femmes assises sur leur perron. Elles sourient en nous voyant, 2 ou 3 dents dans la bouche, un foulard sur les cheveux et des yeux toujours aussi bleus qui nous dévisagent sans juger … Après Dakar et sa cohue, le Cap vert nous offre son dépouillement, son calme et son authenticité…

Sur les quais de Tarrafal, alors que quelques pécheurs alcoolisés sommeillent à l’hombre, nous récupérons notre annexe pendant que les enfants nus plongent et pêchent de la digue. 

De retour au bateau, nous levons l’ancre et partons pour Santa Luzia… Pendant 45 minutes, le vent vient du Nord-Ouest  mais je devine que les alizés ne sont pas loin derrière la pointe de l’ile… Et ce sont des rafales de 40 nœuds de vent qui nous cueillent à froid au large !

Je réduis dare-dare les voiles, rentre la ligne à thon et Badinguet file à 8 nœuds dans la piaule. Pascale se cale sous le vent, la mer moutonne, ça va nettoyer la coque… En d’autres temps, sur un autre bateau, j’aurai fait demi-tour… Avec ce Super Maramu, 3 heures de vrai mauvais temps, avec du creux et de grosses rafales me procurent une certaine jouissance car nous savons que dans peu de temps, nous serons sous le vent de Santa Luzia, donc à l’abri… Je suis debout, accroché aux haubans à jouer avec les embruns qui balayent le pont et la capote.

 

SANTA LUCIA 

 

 

Et 3 heures plus tard, nous mouillons devant la grande plage du Sud de la petite ile déserte. L’endroit est extraordinaire. Moi qui commence à en avoir marre des paysages désertiques et des cailloux, je suis émerveillé par le décor qui nous entoure. Je dérape encore une fois sur 30 mètres avant de crocher l’ancre, puis je mets l’annexe à l’eau . Après avoir vérifié le mouillage avec un masque depuis le dinghy (l’ancre est coincée sous un petit rocher), Pascale et moi nous échouons sur la plage déserte et marchons un moment, seuls au monde. Le retour au bateau sera plus compliqué car la houle vient se briser sur le sable blanc. Après 3 ou 4 tentatives désastreuses, nous passons les grosses vagues qui déferlent et rejoignons Badinguet, nous sommes complètement trempée mais l’eau est à 26°… Ca va, non ?

Notre voilier fait par moment des 360° car le vent est tantôt à l’Est tantôt au Nord et entre 2 rafales de 35 Nœuds, c’est le calme plat !

Pascale a envie de pêcher, aussi, je prends une tranche de thon congelé et lance une ligne à dorade… 2 minutes plus tard, je remonte un petit pagre puis un autre un peu plus gros…  Je découpe les pagres après les avoir écaillé et nous voilà avec des appâts frais… Un beau mérou vient de se piquer et le repas du soir est désormais assuré…

Pascale rouspète car elle sent très bien les touches mais n’arrive pas à ferrer à temps… Et ma ligne repart, ce coup ci c’est du sérieux et le fil passe sous le bateau. J’ai un moment l’impression que le poisson a fait le tour du safran tellement la résistance est forte. Je continue de remonter et là, sous la surface, un petit requin s’agite comme un beau diable, je le sors de l’eau, il doit faire 80 cm. Pascale s’écarte en hurlant mais comme je ne veux pas le remonter à bord sans précaution, j’hésite à le passer au dessus du balcon et les dents acérées du squale ont vite fait de trancher net le fil de nylon… Ca alors, je viens de pêcher un requin !

- Nicolas : Chérie, mets ton maillot, on va se baigner…

- Pascale : Très drôle !

Un autre mérou puis un sar tambour viennent compléter cette pêche miraculeuse.

Une fois vidés, écaillés, couchés au chaud dans l’huile d’olive, le citron et le vin blanc, les poissons cheminent dans nos estomac, puis nos intestins et via la pompe des toilettes, retourneront des demain là d’où ils viennent… Rien ne disparait, rien ne se crée, tout se transforme !

N’empêche qu’on n’est pas prêt de se baigner dans le coin !

Les rafales secouent Badinguet, encore une nuit ventée. Un autre voilier est arrivé juste avant le coucher du soleil, nous sommes encore une fois Les seuls à allumer notre feux de mouillage…

 

SAO VICENTE 

 

30/11/08

Il est 3 heures et les rafales m’empêchent de fermer l’œil, j’écoute sans bouger les bruits du bateau… La chaine qui tape dans le davier, le hale-haut de tangon qui claque contre le grand mât, le drapeau Français qui secoue le bossoir tribord et le vent qui siffle… J’apprécie dans un demi sommeil les mouvements du bateau, je le visualise en train de tendre sa chaine puis de tourner face au vent avant de se positionner à nouveau en travers de cette fichue houle qui nous roule d’un bord sur l’autre…  Quelle nuit de M….

Il y a deux vallées par lesquelles le vent s’engouffre en force et nous sommes le jouet d’un vent en pointillés très violent…

Je me lève vers 6h30, j’en ai marre ! Nous levons l’ancre vers 7 heures et essayons la criminelle de mon père… Jackpot, encore un joli "mérou céleste". Sa chair est aussi délicieuse que sa couleur est éclatante, rouge avec des petits points violets…

J’hésite à prendre le passage du Nord mais les moutons que je devine derrière la pointe ne sont pas à notre goût et nous contournons l’ile de Sao Vicente par le Sud quitte à galérer pour remonter le chenal tout à l’heure contre le vent !

La canne à pêche plie à 90° et une gerbe d’écume apparait dans le sillage du bateau ! Ca à l’air énorme et je n’arrive pas à ralentir la fuite du fil, je finis par bloquer le moulinet et ça casse ! Je ne sais pas ce que c’était mais mon leurre est parti avec lui… Je n’ai pas dis mon dernier mot et je mets un nouveau rapala orange et vert, un truc qui n’a jamais rien pris jusque là… Si je le perds, je n’aurais pas de remord… Et à propos de remord, ça remord !!! C’est moins violent que tout à l’heure, Pascale enroule les voiles et j’enroule le moulinet malgré les secousses… Un wahou d’1,20 m glisse entre deux eaux derrière le bateau. Je n’ai qu’un gant mais j’arrive à le gaffer et à le maintenir fermement en réclamant un marteau à Pascale pour lui régler son compte…

Et Pascale me ramène une grosse clé à molette !!! Je rouspète mais lui mets quand même un bon coup derrière les oreilles ! Finalement ça marche pas mal la clé à molette !!! Quelle bestiau !

KOMEN J’SUIS TRO FIER !!!

 

D’énormes dauphins nous surprennent au Sud de l’ile puis c’est au tour du vent, 40 nœuds de face et une mer très formée nous attendent dans le chenal pour la remontée vers Mindelo…   1 heure de moteur à 2600 tr/min à taper, enfourner, plonger… On se la joue à la méditerranéenne !!

 

La marina semble accueillante et sous les rafales de Nord-est, je place Badinguet à cul entre deux voiliers. Il y a 4 autres Super Maramu 2000 dans le port dont « Caramel », le fameux instigateur du site "AMEL CARAMEL", la bible de nombreux marins.

Nous nous retrouvons au beau milieu des bateaux du rallye des iles du soleil, comme à Dakar. Tout ce petit monde semble s’intéresser de près à notre wahou étendu sur le pont… Je découpe le carnassier en grosses tranches, Pascale les enroule dans du cellophane et nous distribuons du poisson à tout le ponton… Voilà une belle entrée en matière.

 

Nous retrouvons l’équipage de "Riga" qui était avec nous à Sal et nous échangeons les photos que nous avons prises sous voiles de nos bateaux respectifs, génial !

Le port est complètement sécurisé, la marina pleine à craquer, Badinguet est rincé à l’eau douce, Pascale fait une lessive et prépare un autre mérou pour le diner, Maël est plâtré pour une entorse sévère de cheville mais les minutes passées avec lui au téléphone valent tous les wahous de la mer…

Je vais boire un coup sur « Riga », Pascale nous a fait un délicieux diner, une bonne nuit nous attend. Depuis le 10 novembre, nous n’avons pas fichu la quille dans un port !!! Ca fait vraiment du bien de descendre de son bateau et d’atterrir sur un ponton…

 

01/12/08

Je dors mal, le bateau tire sur ses amarres et je ne suis plus habitué à ces secousses artificielles. Nous sympathisons avec tout le ponton et tout le ponton fait exactement la même chose…

Dessaler le voilier, nettoyer coque et pont, laver, rincer et ranger l’annexe, vérifier drisses et écoutes (les inverser éventuellement), préparer ses lignes de pêche, faire les pleins d’eau, de gasoil, de bouffe et de sommeil, inventorier l'avitaillement et les bouteilles et acheter des tongues pour Pascale, bien sûr !!! 

Il y a là un jeune de 20 ans sur un voilier de 6 mètres en solitaire, un gars parti avec trois fois rien… Son amarre est en trois morceaux et je lui donne une belle amarre de 20 mètres qui ne me sert pas. Il est ravi et veut me donner une bouteille de Martini en échange. Je lui réponds que ce n’est pas un échange mais un cadeau.

- L’avantage du  cadeau c’est de faire plaisir à celui qui le reçoit mais aussi à celui qui le fait…

Je remplis les formalités policières et portuaires pendant que Pascale enchaine les lessives puis nous attaquons la longue liste de préparatifs que nous avons concocté hier soir…

Vers 13 heures, nous mangeons puis les gars du port me ramènent encore 250 litres de gasoil  (environ 1,1 € livré sur le bateau…).

Il y a 6 Super Maramu dans le port, nous sommes les plus représentés… Et moi qui médisais sur les propriétaires d’Amel, tous ces marins d’eau douce qui ne sortent pas du port !!!!…

Ce soir, nous sommes invités pour l’apéro sur Phébus, un autre équipage de Super Maramu qui nous a donné des recettes de tagine au thon quand je leur ai proposé le Wahou…

Nous espérons rencontrer la famille de Sonia, une aide soignante originaire de Sao Vicente qui travaille à la résidence Hotelia où est ma Mamie Nous avons une bonne bouteille de Champagne pour leur Navidad !

J’imagine très souvent ma grand-mère lisant ces lignes quand je les écris, j’aurai bien besoin d’elle pour éviter toutes ces fautes d’orthographe). Et pleins de baisers pour toi, dans ta petite chambre du 2eme étage. Je te téléphonerai au beau milieu de l’océan Atlantique… Et dire que tu as caressé de tes petites mains le vrai Badinguet…

Maël me téléphone régulièrement  sur mon compte skype et nous discutons longuement, lui, en Moon-boots dans la neige et moi, en string panthère sous le cagnard !!! Je pends mes trophées (les queues séchées des poissons pris) au pataras…

Nous restons là jusqu'à samedi 6 décembre (la saint Nicolas) puis nous traverserons l’Atlantique pour aller de l’autre côté voir si la terre est plate ou si la mer est ronde…  Entre 12 et 15 jours de transat puis ce sera ti’ punch et les retrouvailles avec des amis Crosnois en Martinique.

J’appréhende le voyage, Pascale trépigne d’impatience, c’est le monde à l’envers !

Nous nous retrouvons le soir, non pas sur Phébus mais au club nautique de Mindelo… Pour les initiés, sachez qu’il n’a pas changé… L’envoutant fado couvre les voix des marins qui boivent en ondulant, incapables de résister à ce merveilleux rythme. Les couples les plus improbables se font et se défont sur La piste de danse improvisée du bar du bout du monde. Franck, Sandrine et leur fils Hugo de 9 ans, accompagnés de Serge, Marc et Isabelle sont en pleine forme. Les bras en l’air à crier, chanter et danser entre deux éclats de rire…

Un repère de navigateurs comme il y en a quelques uns dans le monde…

Caï pirina, grog, punchs, bières, vins locaux et pour finir un calva qui ne devrait servir qu’a nettoyer les injecteurs….

Les jeunes chanteurs et musiciens nous emmènent au bout d’une nuit extraordinaire et toujours pour les initiés, sachez que la serveuse Anna est toujours là et qu’elle se déchaîne en fin de soirée… Jamais je n’ai vu un bassin bouger dans ces amplitudes et à cette vitesse… comme si on l’avait mis en mode « essorage : 800 tr/min » INOUBLIABLE !

Quelle merveilleuse soirée. Le plus difficile fut de ne pas se tromper de Super Maramu pour vomir !!!! Ca va être dur de quitter ce coin !

 

 

Nous passons nos dernières journées capverdiennes  avec nos amis des Bateaux MARCISA (Marc et Isabelle + Doudou le yorkshire sur un Océanis 43) et PHEBUS (Franck, Sandrine, Ugo et Serge sur un Super Maramu). Il faut tout vérifier et préparer, l’avitaillement, les pleins, etc.

Un pêcheur me vend une langouste pour 5 €, bah, pour l’entrée, pourquoi pas !!!

Nous comparons les contenus de nos bidons de survie et voici les conclusions : Le bidon de survie comprend : une carte SIM, des numéros de téléphone, les passeports dans une pochette étanche. Le téléphone satellite avec son antenne, 2 litres d’eau douce, 2 lignes de pèche, des fusées, un GPS de secours, une VHF portable, des piles, un couteau suisse, une torche étanche

Nous passons beaucoup de temps les uns chez les autres à échanger des musiques, des films DivX, des cartes nautiques et nous nous offrons encore quelques fiestas bien arrosées en hurlant les paroles des chansons de Joe DASSIN.

Dernière soirée au club nautique, toujours un concert, quelques caihpirina et un punch-mel (rhum avec de la mélasse)… La fatigue me prend…

Au revoir Anna qui nous fait la bise, elle nous aimait bien et nous aussi…

 

 

LA TRANSATLANTIQUE

 

 

06/12/08    « Qui trop écoute la météo, passe son temps au bistrot… d’Anna ! »

Pos : 17°01.837 N / 26°53.488 W / Cap 280° / Vitesse actuelle = 7.1 k / Moyenne depuis 24h = 6.2k / Distance parcourue = 149 mn / reste à parcourir = 1951 mn !!! Vent Est-Nord-est 10 à 15k / Mer agitée, houle d'Est de 2m / Visi moyenne.

Chaque jour à 15h UT, nous envoyons un message à nos proches et à nos amis qui traversent en même temps que nous. Nous donnons notre position, cap, vitesse, météo rencontrée, pêche, nombre de milles parcourus, moral des troupes et j’en passe.

Départ le 6 décembre 2008 vers 14 heures locales, 15h UTC. Nous larguons les amarres, nos amis soufflent dans les cornes de brume, j'ai un pincement au cœur...

Le vent est bien établi entre les iles et nous filons à 8 nœuds pendant 4 heures. Derrière et au large de San Antao, le vent tombe et les vagues commencent à nous chahuter… On roule, nous sommes sous genaker tangonné, comme c’est l'heure du diner, le repas de Pascale se transforme en sandwichs !!!

Puis on repart au près (vent de Nord-Ouest) et ca tourne pour se remettre au Nord-est (10 à 15K). Comme on se traine un peu, on continue à monter vers le Nord avec 10° d'écart sur la route directe pour chercher du vent. La mer reste agitée et c'est très pénible, on roule beaucoup, nous espérons que les alizés vont s’établir au Nord de la zone....

Nous pêchons grand wahou qui se décroche au cul du bateau et une belle dorade coryphène pour ce soir. Si on veut vraiment récupérer le fruit de notre pêche, nous devons systématiquement ralentir le bateau. Si le genaker est tangonné, tout devient compliqué et le poisson prend beaucoup de fil avant qu’on ne s’occupe de son cas ! On finit quand même par avoir la technique, faut ce qu’il faut, c’est tout !!! Ti pêches ou ti pêches pas et t’avances, ti choisis, ci tout !

Nuit roulante, donc fatigante!!!!

Riga vient de nous donner la recette des boulettes de poisson et Pascale va s’y mettre si la mer se calme un peu !

 

07/12/08            « Que d’eau, que d’eau ! »

Pos : 17°00.837 N / 30°05.488 W / Cap 270°/ Vitesse actuelle = 5.7 K / Moyenne depuis 24h = 6.5k / Distance parcourue en 24h = 155 mn / Reste à parcourir = 1792 mn !!! Vent ENE-ESE 10k / Mer agitée, houle d'Est de 2m / Visi moyenne.

De plus en plus pénible, mer hachée et pas de vent ou très peu alors on bouffe du gasoil en attendant le coup de vent de mercredi !!! 20 à 25 k d'Est, ça devrait nous faire avancer un bon coup. Le moteur tourne à 1400 tr/min, un coup sous genaker tangonné, un coup sous génois tangonné, un coup les 2, sinon moteur quand ça bât de trop... Mais il est où ce vent ???? 

On n’a pas pris de poisson parce qu'on en a encore au frigo !!!! Donc on en laisse aux copains !! On commence à en avoir marre de rouler d'un bord sur l'autre !! Envoyez-nous des Alizés.... Il fait très chaud et lourd …

 

9/12/08  « Qui flippe avant le coup de vent, gâche sa journée assurément »  

Pos : 16°56.837 N / 32°30.488 W / Cap 268°/ Vitesse actuelle = 5.5 k / Moyenne depuis 24h = 5.9k / Distance parcourue en 24h / Reste à parcourir = 1645 mn !!! Vent ENE-ESE 5 à 10 k / Mer peu agitée, houle d'Est de 1,5 à 2m / Visi bonne. Ca ne nous suffit pas pour avancer !!!

Pas assez de vent, cela fait 25 heures que le moteur tourne au ralenti. On ne dépense pas trop de gasoil et on doit pouvoir tenir jusqu'à demain dans la nuit quand le vent va se lever à nouveau... On a l’impression d’être toujours juste en avant de la zone ventée mais elle nous talonne… On profite du calme ça ne va pas durer. On bouquine, on glande en se protégeant du soleil brulant.

On double un trimaran, planté sans vent et loin sur l'horizon, il y a une autre voile... Ils discutent à la VHF, ce sont des Allemands et des Anglais... On n’a quand même pas de chance !

La canne à pêche se plie à 90° et il me faut bien 15 minutes pour remonter un wahou de 110 cm et de 7 kg . Après l’effort, je dois attendre un bon moment avant que mon taux d’adrénaline et ma fréquence cardiaque ne redescendent. Ce n’est pas de tout repos de travailler de tels poissons en équilibre sur les marches arrière avec cette houle …

Et toujours cette angoisse qui ne me lâche pas, elle est de moins en moins présente mais j’ai vraiment du mal à me détendre. Il y a tant de choses qui me préoccupent… Ce coup de vent de 25 nœuds m’inquiète, les conditions de vie vont nettement se détériorer, surtout pour Pascale… Et toute cette eau… Il faut que le moteur tienne, qu’on ait assez de gasoil, que sous les nuages, le vent ne devienne pas trop vicelard et impétueux.

 

10 /12/08  « désempétolage au gasoil » 

Pos : 16°51.837 N / 34°54.488 W / Cap 268° / Vitesse actuelle = 5.3 k / Moyenne depuis 24h = 5.7k / Distance parcourue en 24h = 137 mn / Reste à parcourir = 1513 mn !!! Vent ENE-ESE 5 à 10 k / Mer agitée / Houle d'ENE de  2 à 3 m / Visi bonne.  Et ça ne nous suffit toujours pas pour avancer !!!

Peu de vent, beaucoup de moteur, nous commençons à prendre le rythme et mes angoisses disparaissent complètement. Il m’a fallu 4 jours pour redevenir serein… Maël disait que cette traversée avait certainement une valeur significative dans notre grand projet et je pense qu’il avait raison. Je me sens prêt à affronter l’océan, ça y est, on y est !

Riga est au milieu et ils fêtent ça, on les envie…

On va essayer les boulettes de poisson dés aujourd'hui avec le Wahou. Cette nuit, on a coupé le moteur 1h sous de grosses averses mais hélas, ça n'a pas duré et le gasoil continue de baisser lentement.

On a tout essayé; genaker tangonné, pas tangonné, grand- voiles seules, génois seul tangonné ou pas mais rien à faire les voiles battent et risquent de s'abimer alors on roule, on s'accroche a tout ce qu'on peut pour ne pas tomber et ça devient une traversée pénible... pendant mon quart j'ai même été obligé d'enrouler la longe de harnais serrée sur le winch pour ne pas tomber de la banquette !

Le fait que la mer reste formée sans vent reste un mystère.... Bref, vive le vent d'hiver !!!!

On se demande si on ne va pas retourner passer la soirée au « clube nautico de Mindelo » parce qu'on en a marre de faire du désempétolage au gasoil !

 

11/12/08 « orage du large, on en mène pas large »

Pos : 16°51.537 N / 37°49.488 W / Cap 260° / Vitesse actuelle = 5.9 K / Moyenne depuis 24h = 6.4k / Dista nce parcourue en 24h = 155 mn / Reste à parcourir = On ne sait plus !!! Vent ENE-ESE 15 à 20 k, 35 sous les grains / mer agitée à forte / Houle d'ENE de 2 à 4m/ Visi nulle sous les grains.

Il est 6h, je somnole à l’extérieur quand j’entends le genaker taper. Je me dresse d’un bond, il fait nuit noire, la lune, presque pleine, vient de se coucher, elle en avait marre d’attendre le soleil ! La voile borde à contre et a entrainé le tangon vers l’avant du bateau avec force. Le vent souffle à 35 nœuds et je n’arrive pas à enrouler la voile, elle frappe les airs si violemment que j’ai l’impression qu’elle va se déchirer. Mes bras aussi vont se déchirer alors que je tire de toutes mes forces sur l’écoute d’emmagasineur pendant que Pascale lâche doucement au winch. Je viens de la tirer de sa couchette en criant et elle est en tee-shirt sous des trombes d’eau. Le grain est sur nous et les gouttes percutent la surface de la mer qui devient blanche. Il faut que je redresse le bateau pour enrouler le genaker ! Moteur en route, à peine ai-je embrayé que je sens l’hélice se bloquer, MERDE ! Quelque chose est pris dans l’hélice ! En même temps que le deuxième pépin arrive, l’angoisse me gagne, je sais qu’il va falloir plonger sous le bateau… Souvent, mon père me disait que les emmerdes arrivent en cascades la première entrainant la deuxième, etc.  Il a bien raison !

Je n’ai plus le choix, je rampe en glissant à l’avant et libère la drisse de genaker. La grande voile tombe encore une fois à l’eau et Pascale me rejoint pour la remonter et la fourrer tant bien que mal dans le coffre avant. Nous sommes complètement trempés, il y a autant d’eau à l’intérieur qu’à l’extérieur des cirés...  Le vent qui nous balaie comme un vulgaire bateau en papier, hurle sous le nuage noir, nous sommes à la dérive, en travers des vagues de 3 mètres.

On se repose, on se calme, Pascale se retient de craquer et je remets, à ma grande surprise le voilier sur sa route avec d’abord les grand-voiles au près pour décoller puis un bout de génois pour accélérer…  Au débriefing, lorsque le genaker a border à contre en entrainant le tangon, l’écoute à sauté du réa de bout de tangon et est tombée à l’eau, l’hélice en tournant a fait le reste… Je suis terrorisé à l’idée de plonger dans une mer pareille avec des profondeurs abyssales, le seul point positif, elle est chaude…

Toute la journée des grains d’une grande violence vont perturber notre trajet. A chaque fois, c’est le même cérémonial fastidieux, réduire la voilure rapidement ensuite il y a 2 choix et nous essayerons les deux : Comme le vent tourne au Sud de 60° sous le grain, soit nous lofons de 60°, soit on inverse les voiles pour garder notre cap. Sous chaque ondée tropicale, ce sont des milliers de litres d’eau qui lissent la mer et fouettent le bateau. Comme le vent est dans le secteur arrière, nous fermons la porte de la cabine pendant la douche. Ces pluies durent parfois 2 à 3 heures sans se calmer et rien n’est épargné, tout est trempé ! Par moment, le vent s’engouffre si fort sous la capote que le pare-brise se lève et se referme bruyamment. Nos pieds et nos mains sont complètement boursoufflés par l’humidité permanente.

Pascale retrouve un gros poisson volant dans la coursive, ce sera l’intrigue du jour… Est-ce le colonel moutarde ou madame violet qui a tué la bête et surtout comment la victime est elle entré si loin dans le bateau sans connaitre les lieux ni y avoir été invitée ???

Je n’arrête pas de penser à cette écoute prise dans l’hélice avec un bout de 15m qui court derrière le bateau. Il va pourtant bien falloir que je trouve une solution… Lorsque je vais dans les toilettes avant, j’entends nettement les claquements et vibrations occasionnés par ce cordage qui longe la coque…

- Nic : On va abimer la peinture

- Pascale : et si on tire dessus très fort, elle ne vient pas ?

- Nic : Non, elle est bien prise, j’ai déjà essayé.

- Pascale : Tu ne crois pas qu’avec les mouvements du bateau, elle va finir par se décrocher toute seule ?

- Nic : Non, tu rêves… (Et si des dauphins venaient tirer sur l’écoute ??? Ca y est moi aussi, j’espère un miracle pour éviter le bain dans le grand bleu…)

Hier, j’ai écrit à Maël un petit mot sur ces nouvelles peurs que je connais en vieillissant, m’y voilà confronté de plein fouet. Il est 17h et si je n’avais pas écrit ce message à Maël, je ne me serai pas décidé, c’est comme pour lui montrer ce que son père est encore capable de faire. Aller, mon grand, regarde ton papa…

A 17h, je me fais terriblement violence, il faut y aller… Je peste, je sens l’adrénaline qui monte, et je me déshabille à toutes vitesses sous les yeux de Pascale, très inquiète… Je quitte bottes, ciré, et harnais et me voilà en maillot de bain, le masque et les palmes attendent. J’enroule toutes les voiles et tente d’installer l’échelle de bain à poste mais rien à faire car le bateau avance toujours. Le vent se prend dans la capote, je dis à Pascale de remonter au vent et le bateau se place enfin en travers des vagues. Le roulis est très impressionnant, je saute par-dessus le balcon et tombe de plusieurs mètres dans un creux. La mer est forte et l’échelle de bain percute l’eau avec tant de violence que je ne peux m’en approcher. Pascale me lance un bout et j’arrive à reprendre un peu de souffle trainé par le bateau qui dérive. Je plonge une première fois et constate que l’écoute a fait 6 ou 7 tours autour de l’arbre d’hélice, impossible de la dérouler à la main ! Pascale me tend le couteau à pain, (le plus méchant, dixit Martine) et je replonge à la faveur d’une grosse vague qui m’entraine directement contre l’hélice sans effort. Je me bloque contre les pales et tranche dans le vif du sujet comme un fou furieux. Mais l’air me manque et je dois remonter pour rester en surface de longues minutes en prenant soin d’éviter « l’échelle- guillotine ». Je bois dix fois la tasse, crie, rage, peste. Par moment, les vagues qui percutent la coque rebondissent et me projettent en arrière en me submergeant, Pascale est terrorisée et moi aussi… Je sais qu’elle me voit avoir peur mais là, je ne ferai pas mon fiérot, J’AI terriblement peur…  Au bout de 15 minutes de lutte, le bout est enfin coupé et l’hélice est à nouveau libre. Je remonte en un clin d’œil par l’échelle. Mon avant bras gauche est couvert de sang et Pascale craque complètement. Elle a eu plus peur que moi et je la réconforte en épongeant l’eau et le sang avec la serviette qu’elle me tend. En fait je me suis coupé plusieurs fois sur l’hélice en m’y agrippant. Pascale me rappelle entre deux sanglots que la tombée du jour est une heure fort sympathique pour nos amis les squales. Elle me raconte qu’elle s’est repassé en boucle le film « Open Water » pendant que je buvais le bouillon sous Badinguet ! Merci Anne de nous avoir fait découvrir ce chef d’œuvre ! Et Merci mon fils de m’avoir donné ce courage…

Nous nous  remettons doucement de nos émotions lorsque je veux envoyer la voile d’artimon mais elle accroche dans l’enrouleur, la drisse est cassée !!! Manquait plus que ça !

Après la plongée sous le bateau, je commence à envisager la grimpette en haut du mât ! Il fait presque nuit et nous venons de plier la voile dans la cabine avant lorsque nous entendons l’enrouleur percuter l’intérieur du mât à chaque coup de roulis. Les « clangs » sont assourdissants. Tenir le quart dans le cockpit ou dormir dans la coursive devient un calvaire tellement le bruit est fort et répétitif. J’essaye de bloquer des fringues dans le creux du mât mais les chocs se passent beaucoup plus hauts dans la mâture. Pour l’instant, on ne peut rien faire de plus, on verra plus tard. Je mesure la drisse d’artimon, elle fait 15 mètres, je ne pourrai pas la remplacer sans monter la haut.

Je récupère la réponse de Maël du message de la veille. Un mélange d’étonnement et de grande fierté m’envahit en lisant ses lignes. Mon fils est vraiment capable du meilleur quand il le veut, quelle sagesse et quelle clairvoyance… A la réflexion, Maël est la seule personne que je connaisse qui me surprenne autant. En tentant de faire abstraction du lien parental, ce petit peut devenir un très grand ! Et si on ne fait pas abstraction du lien parental, je suis par moment, très très fier de lui !!!

 

12/12/08 « Par vent arrière, regarder derrière soi, c’est anticiper ! »

Pos : 16°37.537 N / 40°10.488 W / Cap 268° / Vitesse actuelle = 7.8 k / Moyenne depuis 24h = 6.1k / Distance parcourue en 24h = 147 mn / Reste à parcourir = 1200 !!! Vent d'Est 15 à 20 k / Mer agitée à forte / Houle D’ENE croisée de 3 à 4 m / Visi bonne, ciel nuageux avec de belles éclaircies.

Génois et genaker tangonnés en ciseaux, on surf a plus de 10K sur de grosses vagues, il faut qu'on fasse attention !!!

Le carré est sans dessus-dessous, des affaires trempées trainent ça et là, les harnais, les cirés et même les bottes sont sous la table.

Nous venons enfin de réussir à enrouler la plus grande partie de la voile d’artimon avec une autre drisse (qui ne monte pas jusqu’en haut du mât) ça ne tapera plus jusqu'à l’arrivée. Le mât d’artimon ne sert plus que de sèche- linge !

Les seaux de 20L accrochés au balcon sont pleins à ras bord d’eau de pluie, témoins silencieux des déluges nocturnes… Une impression de calme et de fatigue règne à bord. Je passe de la Bétadine sur mes coupures qui suintent, nous sommes épuisés mais sereins, que pourrait-il nous arriver de pire ??? Ca me rappelle Manitou2 ! Les alizés semblent enfin établis, les nuages sont épais mais nettement moins sombres qu’hier, Badinguet avance à 6,5K sous génois tangonné avec grand voile croisé, plein vent arrière.

A midi, Wahou panné un régal !!!

On passe l’après midi à jouer à cache-cache avec les grains, galère !

Le soir, poulet-miel curry et moutarde avec des carottes à la cannelle.

Nuit dure, on roule, et il faut sans arrêt surveiller derrière nous les grains qui nous rattrapent d’où le proverbe du jour.

 

13/12/08 « Qui profite du grain pour se laver sent moins fort dans la journée ».

Pos : 16°31.537 N / 42°58.488W / Cap 265°/ Vitesse actuelle = 7.1 k / Moyenne depuis 24h = 6.8k / Distance parcourue en 24h = 164 mn / Reste à parcourir = 1030 !!! Vent Est à Sud est 15 A 20 k (+ sous les grains) mer forte / Houle D’ESE croisée de 4 à 5m / Visi bonne, ciel nuageux avec de nombreux grains. 

Voilà 164 MN avalés aujourd’hui… Mais dans la peine. A chaque grain, il faut tout rentrer, les coussins, les bouquins, les lunettes, mettre la capote et s’habiller pour surveiller ce qui se passe en restant sec. Il faut également bien sûr, adapter la voilure aux vents violents générés par ces cumulo-machin-nimbus... Enrouler le genaker, envoyer la GV réduite et attendre la fin du round !

Dés qu’il est passé, le vent semble aspiré par le nuage et il faut un bon ¼ d’heure avant de retrouver nos alizés plus ou moins établis. Il faut alors tout ressortir et se déshabiller, on peut aussi en profiter pour se rincer à l’eau douce ce que j’ai fait ce matin d’où le proverbe du jour.

Il est 11h, je vérifie sur les cartes, Oui, ca y est, on a dépassé la moitié du trajet. Je reprends une météo par l’Iridium et nous n’avons pas de nouvelle de Marc-Isa, ce qui ne nous surprend pas vu les conditions qu’ils rencontrent en ce moment…

A midi, salade de pâtes.

Je sors du bidon de survie l’antenne et une autre carte SIM du téléphone satellite et nous appelons mon père au salon du bateau, Maël, Martine, Arnaud, Martine, Mamie et Catherine que nous n’arrivons pas à joindre, pourvu que Mamie aille bien, j’ai un mauvais pressentiment…

Extraordinaire moyen de communication, irréel, magique. Nous sommes si loin, c’est bon de vous entendre tous…

L’après midi se passe sur une mer dure avec une houle de 4 à 5 mètres de NE qui rencontre des vagues du vent de SE, il y a 20 nœuds réguliers et nous sommes chahuté en permanence. 13 nœuds sur un surf bien méchant m’obligent à réduire encore la grand voile. Vers 17h30, le bonheur, le vent tourne un peu Sud, j’envoie le genaker seul et Badinguet glisse sur des petits surfs à 7,3 Nœuds de moyenne.

 

14/12/08          «Tangon sous les alizés, t’es pas couché »

Pos : 16°07.357 N / 45°31.218 W / Cap 256°/ Vitesse actuelle = 5.1 k / Moyenne depuis 24h = 6.3k / Distance parcourue en 24h = 149 mn / Reste à parcourir = 1030 !!! Vent ESE 5 A 10 k / mer agitée à forte / Houle d’ESE croisée de 2 à 4m / Visi. bonne, ciel couvert. Il fait lourd.

Une nuit épouvantable, 3 heures de vent du Sud à 20 nœuds, puis après un changement brusque, 3 heures de vent du Nord, il y a même eu 25 minutes de près serré ! Je n’ai jamais changé autant de fois d’allure avec ces fichus tangons… D’où le proverbe du jour. Epuisée, je cède ma place à Pascale vers 2h45.

Réveillé par les cris de Pascale à 4h, je bondis dans la coursive et grimpe très rapidement les 4 marches qui mènent au cockpit. La grand voile borde à contre, Je l’enroule et rassure mon moussaillon effrayé par le bruit des voiles qui battent dans le vent. Une fois de plus, le vent sous un nuage noir, a tourné de 180°. La pluie commence à frapper le pont, d’abord doucement puis de plus en plus fort. Pascale est repartie se coucher et je reste 3 heures à regarder les trombes d’eau qui rincent Badinguet dans la nuit. Le bruit de la pluie est tellement fort vers 6h que Pascale me rejoint, il fait une chaleur étouffante dans la cabine car j’ai fermé tous les hublots. Nous regardons un bon moment l’averse orageuse pendant que le voilier monte et descend des montagnes d’eau, les creux atteignent 5 mètres. Lorsque la vague nous rattrape, Elle nous fait monter puis nous dévalons en surf avec parfois des pointes à plus de 13 nœuds. La mer reste très formée et le temps complètement bouché jusqu’à 11h puis, le ciel bleu nous rejoint et le vent tombe…  

Pascale nous refait du Wahou panné avec du riz, on ne s’en lasse pas. Je suis vraiment surpris pas l’intérêt et l’investissement de Pascale dans la confection de bons petits plats. Elle passe deux heures par jour à transpirer à grosses gouttes dans la cuisine et comme elle assure de plus en plus pour les manœuvres, vous comprendrez la chance de certains skippers d’avoir une telle compagne (même si les femmes à bord porte malheur, sauf si elles sont déguisées en homme !)...

Nous passons l’après midi à lézarder, juste apprécier la vue, le spectacle de cette houle énorme qui va en diminuant est fascinant. Badinguet roule énormément et Je surprends même Pascale à jurer et pester après ces mouvements incessants.

Dans la soirée, puis plus tard, dans la nuit, les vagues s’assagiront… C’est le gasoil qui baisse qui commence à m’inquiéter…

Vers 15 heures, je dis à Pascale que je mets la ligne pour pêcher une coryphène et exactement 5 minutes plus tard, une belle dorade de 80 cm se fait découper en filet sur le pont . Je fais mon point route quotidien et échange des nouvelles avec nos amis qui nous suivent à 2 jours. Marc-Isa est à la peine, Marc est blessé au coude, Isa a un lumbago, leur drisse de GV est cassée, l’alternateur d’arbre en panne, génois déchiré par un coup de tangon et pour couronner le tout, ils ont 30 nœuds de vent et une mer très forte… On est inquiets…

Cath. me rassure sur l’état de Mamie qui a toujours son gros rhume, Maël repousse son examen de permis de conduire à cause de sa patte folle et Papy Jean et Françoise termine une semaine de salon certainement bien fatigante.

En fin d’après-midi, je teste un nouveau leurre et à nouveau une belle dorade traine derrière Badinguet, je la remets à l’eau, le frigo est déjà plein !

Pascale nous fait poêler les filets du poisson fraichement péchés  accompagnés de pommes de terre sautées aux oignons, encore un régal. C’est décidé, on ouvre un resto à la Barbade !!!

Je commence un quart très paisible, le moteur ronronne, je termine à la frontale un nième roman policier et la lune se lève à l’Est. Il est 22h, 1h UTC et je descends écrire le journal de bord, j’allume le radar et deux échos nous dépassent par tribord à 20 milles. Ils doivent être au moteur aussi…

 

15/12/08    « Bénéteau, mauvais bateau ! »

Pos : 16°07.357 N / 45°31.218 W / Cap 256° / Vitesse actuelle = 4.5 k / Moyenne depuis 24h = 6.3k / Distance parcourue en 24h = 120 mn / Reste à parcourir = 780 !!! Vent S-E 0 a 5 k / mer belle à peu agitée / Grand houle N-E de 2 à 5m pas désagréable / Visi. bonne. Ciel beau avec quelques grains pour se laver. Il fait toujours aussi chaud.

Ras le bol toujours pas de vent !! La très grande houle d’EST nous bouscule un peu mais la mer est belle et on ne pèche pas pour autant. Pourtant, j’ai sorti mes meilleurs leurres,  la grosse artillerie.

Vers 15 heures,  un grain nous a envoyé du Sud-ouest pendant 15 minutes, bref, n’importe quoi !  On est toujours au moteur à 1400 tr/min.

Vers 19h, le soleil était déjà couché depuis Presque 1 heure lorsque le téléphone satellite s’est mis à sonner. Je décroche et j’entends la voix hachée de Marc, visiblement stressé, je crois comprendre qu’il a de sérieux Problèmes de safran mais la communication est mauvaise et la liaison s’arrête au beau milieu d’une phrase que je ne comprends pas. Le mot safran signifie avarie grave et je téléphone immédiatement à Franck, il est à 150 milles au Nord de MARC-ISA, il me confirme les déboires de nos amis et font une route de convergence.

Je rappelle Marc qui m’explique que son tube jaumière est descellé, que la mèche du safran est descendu de 4 cm (confirmé par un plongeon sous le bateau dans le mauvais temps). C’est du sérieux et j’ai du mal à le rassurer. Au beau milieu de l’Atlantique, avec un tube jaumière qui ne demande qu’à lâcher, la situation est quasi désespérée. Pascale a les larmes aux yeux et nous nous rappelons toutes les heures avec Franck et Marc pour suivre l’évolution.

Nous sommes 280 milles devant eux, deux jours de navigation, que faire ? Espérer que la réparation de fortune pour maintenir la mèche en position haute tienne le coup et que les vagues qui percutent le safran n’augmentent pas les dégâts mais là, je commence à douter. Plus tard, Marc prévient le CROSS pour la marche à suivre en cas d’abandon de navire, il a préparé sa survie et trié des affaires dans des bidons en cas d’évacuation forcée.

Leur Bénéteau de 43 pieds est tout neuf, Marc et Isa voulait un voilier fiable pour leur grand voyage…

On pense à eux sans arrêt, le téléphone Iridium est allumé en permanence, nous redoutons un Mayday en pleine nuit… Je pointe sur Maxsea leur position régulièrement ainsi que celle de Phébus qui tente de les rejoindre. Il leur faudra plus de 24 heures pour se rapprocher et il peut s’en passer des choses, en 24 heures…

 

16/12/08   « YANMAR, Y EN A MARRE ! »

Pos : 15°32.357 N / 49°461.218W / Cap 259°/ Vitesse actuelle = 5.0 k / Moyenne depuis 24h = 5.4k / Distance parcourue en 24h = 129 mn / Reste à parcourir = 756 mn !!! Vent ESE : 5 à 10 k / mer belle à peu agitée / Grande houle de N-E / Ciel couvert avec quelques grains / Il fait toujours aussi chaud.

La nuit est calme, sans vent, le moteur nous emmène doucement vers les Caraïbes… Nous en sommes maintenant à la moitié du réservoir. Il nous reste environ 45 litres de gasoil en bidons dans un coffre… Vers 8h30, le vent monte entre 10 et 15 nœuds et pour la XIème fois, nous tangonnons pour avancer à la voile, genaker et génois en ciseaux. La progression silencieuse ne durera que 3h30 car les voiles recommencent à battre sans vent et nous redémarrons une fois de plus. En tous cas, Pascale et moi sommes devenus de grands experts en maniement de tangons…

Les nouvelles de MARCISA sont plutôt bonnes, ils feront la jonction avec PHEBUS vers 17h et je pense que le moral remontera à ce moment car le risque vital aura disparu. En cas de pépin, ils seront recueillis par Franck et Sandrine.  

Le CROSS les appelle toutes les 6 heures et Bénéteau cherche une solution à leur problème, il serait tant !!! Un OCEANIS 43 flambant neuf sombre au milieu de l’Atlantique à cause d’une malfaçon !!!! Le CROSS leur a dit qu’en cas d’abandon de navire, ils devront saborder le voilier et ne pas le laisser dériver, L’horreur !!!

J’ai proposé à Marc de revenir vers eux pour les escorter à la fin du voyage, il va voir avec Franck comment on va se partager les tâches…

Nous ne pêchons absolument rien de la journée, peut être demain… La maille de la Dorade Coryphène reste à 111 cm (record d’Isa à battre : 110 cm !)

 

17/12/08 « Qui monte en haut du mât quand le bateau roule, a intérêt à accrocher ses boules »

Pos : 15°20.357 N / 52°04.218W / Cap 259°/ Vitesse actuelle = 5.3 k / Moyenne depuis 24h = 5.7k / Distance parcourue en 24h = 135 mn / Reste à parcourir = 516 mn !!! Vent SSE 10 k / mer belle à peu agitée / Ciel couvert, nombreux grains mais pas de vent, il fait toujours aussi chaud violent dessous.

Depuis 7h 30, nous alternons Genaker et moteur puis le vent semble se stabiliser et Badinguet avance doucement en roulant… Je regarde le mât d’artimon, il y aurait bien la drisse de passerelle, si je la mets bout à bout avec la drisse d’artimon, ça pourrait marcher. Je fais part de mes réflexions à Pascale qui me répond qu’il n’y a pas trop de vagues, on pourrait essayer.

Aller, Après le bain, voici la grimpette. Après avoir cousu les deux drisses bout à bout, Je m’harnache et explique à Pascale comment me faire monter et surtout, comment me faire descendre ce qui est beaucoup plus délicat !

Me voilà parti vers les airs, j’ai pris soin de prendre 2 sangles avec des mousquetons. La première pour  l’enrouler autour du mât en permanence pour rester plaqué contre lui vu le roulis et le pendule qui m’attendent. La deuxième pour m’assurer là haut si Pascale peinait à la descente… En quelques minutes très remuantes, le tour est joué et la drisse est en place. Après une lente descente parfaitement exécutée par Pascale, le reste n’est qu’un jeu d’enfant pour envoyer la toile et relancer Badinguet avec toutes ses voiles. La donne a changé, Notre voilier peut exploiter chaque risée beaucoup efficacement et le roulis est nettement moins violent grâce à l’effet kiss-cool, stabilisateur de la voile d’Artimon, OUF ! Pascale devient une vraie pro, impressionnante…

Fatigués par 1h30 d’effort avec l’artimon, nous sommes assis, tous les 2 dans le cockpit, les yeux dans le vague. Soudain, un dos noir de très grande taille surmonté d’une petite nageoire dorsale allant en s‘effilant vers la queue provoque un énorme remous à 5 mètres de Badinguet sous le nez de Pascale. je ne vous raconte pas le bond en arrière !

Alors que Pascale recule instinctivement, J’ai à peine le temps de me précipiter que le mammifère a disparu. Pascale est complètement bouleversée et nous scrutons la mer de longues minutes pour rien… Elle est dans la cabine lorsque le dos gigantesque apparait à nouveau à une quinzaine de mètres sur tribord, faisant une route parallèle. C’est un cachalot, Pascale remonte à toute vitesse, il accompagne le bateau quelques minutes, nous montre encore une fois sa nageoire avant de plonger vers Badinguet. Nous qui n’avons pas l’habitude de pratiquer une activité physique régulière, nous avons intensément travaillé nos fessiers.  Lorsque le cachalot plonge, tu serres les fesses !

C’est la première fois que je vois un mammifère de cette taille aussi près du voilier… Inutile de dire que nous restons comme deux abrutis à surveiller la mer pendant presqu’une heure en vain… Sacrée rencontre au large ! On regarde l’océan différemment depuis !

Il est 17h15, le soleil décline et le vent nous pousse toujours, je ne comprends plus rien à mes fichiers météo… On devait avoir du vent hier et c’était pétole et l’inverse aujourd’hui, on ne va pas se plaindre, pour une fois qu’on avance un peu…

 

18/12/08    « Pas d’eau, Tee-shirt trop chaud, pas de vent, tee-shirt collant »  

Pos : 15°02.357 N / 54°50.218W / Cap 259° / Vitesse actuelle = 5.3 K / Moyenne depuis 24h = 5.6k /Distance parcourue en 24h = 132 mn / Reste à parcourir = 390 mn !!! Vent SSO 10 k !!! mer belle.

Le vent du Sud se maintient toute la matinée et une belle dorade coryphène atterrit enfin dans le bateau. Pascale est ravie et me promet de la dorade panée pour midi, Impec !

Le vent tombe vers 11h et nous remettons le moteur en route. Un "paille en queue" et une mouette tournent un instant autour de BADINGUET. Ça sent la terre !

Je vide le contenu des deux derniers jerrycans dans le réservoir, de toutes façons, ce n’est pas en restant dans les bidons qu’il va nous servir. C’est la journée la plus chaude de la transat, nous transpirons à grosses gouttes et chaque coin d’hombre sous la capote est exploité. Je me lave à l’eau de mer à coup de seaux d’eau fraiche puis me rince à la douchette de pont mais 10 min plus tard, je suis en nage à nouveau.

Nous téléphonons à Papy Jean, Martine et Arnaud, Maël et enfin Mamie que j’entends rire dans sa chambre de Suresnes en entendant ma voix, quel bonheur !

Il n’y a pas un souffle d’air et le soleil disparait sous l’horizon pour nous laisser commencer notre 13ème nuit… Nous n’aurons pas de grain ce soir et c’est tant mieux. Pascale nous fait une crêpe Champignons, jambon, fromage avec les moyens du bord et je m’en lèche encore les babines…

Alors que je vérifie les calques météo sur Maxsea, Pascale passe derrière moi à l’instant en marmonnant « il est un peu chaud ce tee-shirt » !  Et oui, les tee-shirts peuvent être très chauds un 18 décembre !

La ligne que j’ai laissée un peu tard vient de partir. Je quitte mon clavier et appelle Pascale pour qu’elle la remonte. Il ne s’agit pas d’une dorade mais d’une espèce d’Orphie géante avec des dents acérées, qu’est ce qu’on va faire cette vilaine bête ? Une photo pour la postérité et je remets le poisson à l’eau. Il me laisse un dépôt gluant sur les paumes qui ne part pas au savon ni au liquide vaisselle. En frottant fort avec un chiffon, je finis par récupérer ma légendaire peau de bébé. C’est décidé, nous ne pêcherons plus de nuit à la traine (et on n’ira pas se baigner non plus) !! 

 

19/12/08     « Qui dort bien dans son plumard ne roupille pas pendant son quart » 

Pos : 14°54.77 N / 56°37.130W / Cap 267°/ Vitesse actuelle = 5.5 k / Moyenne depuis 24h = 5.5k / Distance parcourue en 24h = 132 mn / Reste à parcourir = 260 mn !!! Vent ENE 10 k !!! mer belle

Il est 1h40 du matin lorsque j’ouvre un œil, je suis allongé dans le cockpit et je viens de dormir presque 4 heures d’affilée pendant mon quart, GULP ! La nuit prochaine, ce genre d’excentricité pourrait couter chère, le risque de rencontrer des navires augmente en se rapprochant des côtes.

Alors que nous discutons sur la terrasse (à l’avant du voilier), un aileron très caractéristique suivie d’une queue s’écartent rapidement devant le bateau. Pascale et moi suivons des yeux, médusés, le requin qui longe Badinguet jusqu'à disparaitre dans son sillage. Je surveille inquiet les lignes Mais elles ne l’intéressent pas, heureusement pour les traines…

Le vent se lève du Nord et se renforce lentement tout au long de l’après midi. Une bonite vient se prendre et c’est Pascale qui la remonte en chouinant… Ca changera de la dorade, même si on n’a aucune envie de changer !

Nous avons décalé une dernière fois nos montres pour être à l’heure des Antilles et la mer devient agitée, suivant à courte distance l’évolution du vent…

Badinguet fonce dans le noir vers la Martinique…

 

20/12/08  « Une drisse de perdue, 10 ti’ punchs descendus ! »

Pos : 14°35.37 N / 59°26.630W / Cap 267°/ Vitesse actuelle = 7.2 k / Moyenne depuis 24h = 6.9k / Distance parcourue en 24h = 165 mn / Reste à parcourir = 87 mn !!! Vent d'ENE 15 A 20 k !!! mer très agitée.

Toujours entre 6,5 et 7 nœuds, la mer a grossi un peu et la nuit fut remuante… Une dorade coryphène de 1m puis une deuxième viennent compléter nos réserves de poisson pour la Martinique . Nous mettrons le congélateur en route sur place.

Il y a entre 15 et 20 nœuds de vent presque arrière et je me risque à dérouler le genaker… Badinguet accélère, comme pour lancer le sprint final et une heure plus tard, la drisse cède à nouveau dans un claquement sec. Je me précipite à l’avant, Pascale est sur le trône ! Une fois de plus, nous rangeons en vrac le genaker trempé dans un coffre avant. Ca fait deux fois que cette drisse casse, et 3 ruptures de drisse depuis le début. Dés notre arrivée, on change toutes les drisses du bateau.

Sous génois tangonné et la voile d’artimon, nous glissons sur de grosses vagues vers notre destination à 6,5 nœuds, nous arriverons de nuit, maintenant c’est sûr ! Pascale fait un somme, on devient très végétatifs après 15 jours de mer, manger, dormir, évacuer... 

Il est 21h20, il fait nuit noire, les lumières de la Martinique illuminent tout le côté tribord de Badinguet… Ca pourrait être Dunkerque ou Toulon, ces éclairages ne signifient rien de plus qu’une activité humaine nocturne…  On ne voit rien du paysage, de l’eau transparente, des plages immaculées… Dommage d’arriver de nuit aux Antilles, dommage et c’est frustrant.

Je reste préoccupé par la présence éventuelle de casiers à la côte, véritables pièges à hélices… Je  passe très au large de la pointe Sud, au dessus des grands fonds pour limiter les risques en espérant secrètement que ce détour laissera à la lune le temps d’apparaitre.  Le mouillage de Sainte Anne est en général très fréquenté et si la lune nous éclaire, ce sera un jeu d’enfant de me faufiler dans une zone dégagée pour mouiller et DOOOOORMIIIIIIIIRRRR !

Nous passons sur la côte sous le vent vers 23h30 et la mer se calme aussitôt. A tâtons, sans lune, tout doucement, par 3 mètres de fond, nous repérons quelques voiliers dans le noir et mouillons 40 mètres de chaine (qui dérapent un peu). Il y a une légère brise, le mouillage est très calme, pas une vague.

Il est 1h30 du matin, je bois un ti' punch, Pascale chantonne sur la musique qui émane du club méd. de Ste Anne. On vient de traverser l’Atlantique, un reste de nuit sans interruption nous tend les bras…

Nous avons mis exactement 14 jours et 13 heures pour un total de 2080 milles nautiques. une route quasi directe car très peu de vent. 400 litres de gasoil, deux drisses rompues, un bout dans l’hélice, 50 kilos de poissons, des centaines de manœuvres successives. Une chose est certaine , les alizés n’étaient pas au rendez-vous et la transatlantique fut laborieuse.

 

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