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GIBRALTAR - MAROC  

 

 

14/10/08

Il est 7h et le jour semble bien loin de montrer son nez, nous trainons afin d’y voir clair pour sortir de ce piège ! Ce serait idiot de se planter dans la digue ou contre un cargo après avoir échapper à la tempête !

Je ne tiens plus, je commence à relever le mouillage et je décroche la main de fer…  elle est pleine de mazout épais et collant, ça commence bien… Arrive le plat du jour, je remonte un mouillage de 20 kilos et un autre filet de pêche entortillé autour de ma chaine !!! Heureusement qu’il n’y a pas de vent car il me faut plus d’une heure au couteau pour libérer l'ancre, je suis mort de fatigue avant même d’être parti.

A la sortie de la baie, le jour se lève sur une véritable marée noire, ma mer est tantôt irisée, tantôt épaisse, poisseuse, parsemée de boulettes plus ou moins agglomérées… Pendant des heures, le spectacle est le même et des milliers de déchets en tous genres percutent la coque du voilier.  Et ce qui devait arriver, arrive, le moteur s’arrête presque puis reprend son régime avec un bruit abominable, je mets au point mort, on a quelque chose de pris dans l’hélice !!!!

Il va falloir plonger la dedans… J’envoie un grand coup de marche arrière, puis marche avant et quelque chose semble se libérer un peu.

Au bout de 2 heures à 4 nœuds, au milieu du mazout, nous arrivons derrière la digue de TARIFA. Je plonge et je suis saisi par la température de l’eau, elle est glaciale ! J’ai le souffle coupé et il me faut un bon moment avant de pouvoir nager sous le bateau pour retirer ce qu’il reste d’une bâche noire en partie déchiquetée par l’hélice… Maintenant, la voie est libre, on peut naviguer ! "Téléfonica Blue", un 70 pieds en carbone nous rase les moustaches en virant sous spi... Grandiose !!!  

Le vent se lève et c’est à la voile que nous traversons le détroit. En passant devant Tanger, nous apercevons un animal blanc et noir qui plonge par deux fois sur tribord ?? Un orque ???? On ne saura jamais !! La grande houle d’Ouest nous attend, sécurisante.

Puis, cap au Sud-Ouest à 7,5 nœuds au largue par 15 nœuds de vent N-O. Badinguet est recouvert par une pellicule brunâtre, du sable?

Tantôt au près, tantôt au largue, le voilier file à 7,5 nœuds sous la pleine lune. Pascale est restée avec moi 1 heure après le coucher du soleil  pour me tenir compagnie, maintenant elle dort dans la couchette de la coursive. En surveillant les nombreux chalutiers au travail, Je pense à Isabelle qui a 40 ans aujourd’hui, à Mamie et à Maël qui me manquent…  Le vent tombe vers 4h du matin et le ronronnement du moteur ne réveille pas Pascale…  Elle me relaye tôt et le soleil nous réchauffe peu à peu…

Dans la journée, nous longeons la côte Marocaine entouré par des fous de bassan, des dizaines de libellules et même une chouette qui tourne un long moment au dessus de nos tètes, apparemment très intéressée par les super Maramu…. Je pêche une « bonite portion » et nous la dégustons le soir au four. Comme dit mon père,  « elle est parfaite, elle est rosée à l’arête ! »

Dire que sur internet, j’ai récupéré des infos sur tous les ports du Maroc et j’ai tellement lu d’articles sur la marina d’Agadir que j’ai oublié d'enregistrer les documents sur mon PC? Je peste tout haut quand j’ai une idée…

J’envoie un message à Papy Jean et un autre à Maël via le satellite et le soir je reçois deux réponses extraordinaires de précision…

Mon père m’a donné le waypoint de l’entrée du nouveau port de plaisance d’Agadir et une description précise de son emplacement au sein du complexe portuaire. Maël, m’a envoyer une photo satellite et un plan de la marina. Il a même réservé ma place pour demain et me donne au passage le prix pour une nuit, une semaine, etc. Je n’en reviens pas, ils sont fabuleux ces POITOU !!! Maintenant, nous pouvons même atterrir de nuit, nous savons où nous allons.

La nuit d’après ressemble à la précédente, pas de vent et une pleine lune qui nous éclaire la mer comme en plein jour. Pascale fait le quart de minuit à 2H et de 4H à 6H (celui là, il est dur !). Le lendemain, je me sens nettement moins fatigué que d’habitude, 4 heures de sommeil assurées grâce à Pascale c’est génial, on le refera  !

 

MAROC  

 

15/10/08

Nous longeons la côte jusqu’à la grande digue du port pétrolier d’Agadir, on y est enfin !

 

Priorité au gasoil et nous complétons le réservoir avec du carburant à 1€. Il y a plusieurs qualités de gasoil au Maroc, la moins cher est à 50 centimes d’euros le litre mais je n’ai pas osé !! Ensuite, toute une équipe de jeunes employés du port, très sympas, nous orientent vers une place au ponton entre deux bateaux estampillés « voiles sans frontière ». C’est une association de voiliers qui emmènent des médicaments au Sénégal. Joindre le voyage à l’utile, c’est chouette ! Nous sommes placés entre "Dugong" et "Sonate", nous sympathisons de suite.

La douane, la gendarmerie et la police arrivent de suite et s’installent à bord pour une heure de paperasse et de questions débiles. Ils recopient les mêmes infos les uns sur les autres puis disparaissent avec nos papiers, nous les récupérerons demain.

Nous sympathisons de suite avec les 3 ou 4 équipages français présents et les discussions animées se succèdent dans la bonne humeur. A partir de maintenant, il est évident que tous les voiliers que nous rencontrons font les mêmes escales et ont la même destination… La traversée de l’Atlantique…. Tous ces charmants navigateurs, nous donnent leur combine pour louer une voiture pas chère, aller à tel endroit, faire les courses  ici plutôt qu’en face, etc. Génial !!!

Un énorme couscous royale nous rempli la panse et nous disparaissons sous la couette pour 12 heures d’un sommeil réparateur.

 

16/10/08

Après avoir bricolé 3 heures (installation d’un GPS portable alimenté en 12V dans le cockpit, réparation des bacs d’évier et des freins des vélos), nous partons vers le souk d’Agadir, à 8 km du port. Nous sommes tout de suite pris en main par un Marocain, Hassan, qui ne nous lâchera pas la grappe de l’après midi… Nous laissons les vélos à un jeune garçon, gardien d'un parc de 2 roues conséquent et nous voilà à déambuler dans le plus grand souk du Maroc.   

 

D’abord les fruits, puis les volatiles et les « animaux à grandes oreilles ». Pascale n’a pas voulu acheter de poulet vivant, ils voulaient le lui !!!!  Pourtant, ils l’auraient préparé sous nos yeux… Ensuite, viennent les boutiques d’artisanat berbère, puis les fringues, la viande et j’en passe, IMMENSE !

Nous retournons sur Badinguet en ayant trouvé au passage des bouteilles de gaz, il y a vraiment tout ce qu’on veut ici et pour pas cher !

Demain, Hammam, puis location de voiture, j’adore ce pays. Je viens d’appeler Maël, il adorerait ce coin, je sais à quel point il est en phase avec les pays arabes. Il me manque…

 

17/10/08

Réveil à 7 heures, une mandarine a peine gobée et je pars à la recherche d’un taxi pour le hammam.

C’est Jouad, un sympathique chauffeur de taxi qui m’emmène dans celui de son cousin. Il me briffe sur les tarifs (10 dirhams = 1 € l’entrée + 15 dirhams pour le masseur) et viendra me rechercher dans 1 heure.

Un jeune moustachu me rejoint dans une des salles carrelées  et attaque par une séance de récurage en règle… Ensuite vient le massage… En fait de massage, c’est comme toujours des manipulations et des étirements assez violents qui m’arrachent quelques couinements (mais pas de bonheur !)…

Il termine par le lavage en vidant ma bouteille de shampoing, puis le rinçage (l’essorage ayant été pratiqué au début !). En sortant du Hammam, je titube, rouge comme un homard, la bouteille de shampoing vide à la main, le taxi m’attend !

 A peine arrivé au bateau, je file à la location de voiture, puis nous partons avec Pascale direction Tafraoute dans l’Atlas.

 

Le voyage dure 4 heures sur une route qui serpente dans des paysages dignes du grand canyon. Nous nous arrêtons toutes les 5 minutes pour prendre des photos des montagnes ocres, rouges ou jaunes et des villages berbères suspendus au dessus du vide. Si au détour d’un virage, une tribu de Sioux poursuivie par des tuniques bleues avait déboulé, nous n’aurions pas été surpris tant ce qui s’offre à nos yeux semble tout droit sorti d’un décor de cinéma… En route, nous découvrons une nouvelle race de végétaux, des arbres à chèvres ! Les biquettes arrivent à grimper tout en haut des Arganniers pour manger les feuilles… "Vas-y, essaye de secouer le prunier et tu verras ce qui tombe…."

Plus tard, vers midi, Pascale prend en photo une chèvre attachée au bord de la route, je lui explique le triste sort qui l’attend, d’où le proverbe Chinois Berbère « Le Vendredi, c’est le jour de la Brebis !)

A Tafraoute, nous mangeons un couscous au milieu d’autres touristes puis visitons les vallées alentours, le coin est magnifique. Nous reprenons la route étroite et sinueuse en direction du Nord. La bande de bitume est si étroite qu’on ne peut se doubler sans mordre les bas-côtés et soulever des nuages de poussière. Le paysage est désertique, aride et rocailleux et c’est toujours au moment où on s’y attend le moins qu’on tombe nez à nez avec un groupe de femmes berbères aux habits multicolores en train de discuter et rire au milieu de la chaussée…

Nous croisons quelques chameaux, quelques ânes, des chiens qui courent après notre petite Suzuki « alto » et une dizaine de bus et camions surchargés de villageois en vêtements traditionnels.

Vers 18H30, il fait nuit et un rapide tour dans la ville fortifiée de Tarroudan nous donne quelques frayeurs, il ya du monde partout et pas d’éclairage public…

Les 80 kms qu’ils nous restent à parcourir dans le noir pour retourner à Agadir sont cauchemardesques mais nous arrivons à bon port pour découvrir nos photos sur Le PC.

 

18/10/08

Profitant de la voiture que nous louons 25 €/jour, nous allons au grand centre commercial « Marjane » pour faire le plein. Il n’y a quasiment que des Français retraités entre les rayons et leur façon de passer devant tout le monde à la pesée des fruits me rappelle la triste mentalité des expatriés que nous avons souvent rencontré avec Yves lors de nos voyages. J’achète du vin Marocain et du rosé pour Martine…

L’après midi, désirant retourner au souk, je me perd dans les rues encombrées d’Agadir et en désespoir de cause, Je finis par demander mon chemin à 2 piétons Français…

- Nicolas : Bonjour, Pour aller au Souk, s’il vous plait ?

- Eux : Le souk d’Agadir ?

- Nic (intérieurement) : Non le souk du Caire, ducon !!!

- Nic : Oui, le souk d’Agadir !!!

- Eux (et surtout elle !) : Alors, il faut tourner à gauche devant les immeubles en constructions, car ils fabriquent un nouveau centre commercial bla, bla, bla, il sera fini en Décembre. Ensuite, il y le magasin « Meublena » qui vend des canapés en cuir très bien et pas cher et qui a été racheté par un Français, bla, bla, bla. Ensuite il y a… bla, bla , bla…

De plus en pus Irrité, je l’interromps en lui demandant :

- Moi : On tourne à gauche là ?

- Elle : Oui, vous êtes d’où ?

- Nous : On vit sur un bateau et on voyage.

- Elle : Oui, mais vous êtes d’où ?, parce que nous, nous habitons juste là (en me montrant du doigt une zone pavillonnaire)?

- Nous (intérieurement) : T’es bouchée ou quoi, et puis en quoi ça t’intéresse d’où on est ?

- Nous : ON VIT SUR UN BATEAU, on n'a plus d’appartement ! Avant, nous vivions en région parisienne !

Satisfaits, ils reprennent leurs explications mais je craque et nous abandonnons les expatriés à l’esprit colonialiste sur le bord de la route

Je finis par retrouver mon chemin et nous achetons un tapis pour la coursive et une babouche en terre cuite pout notre pêle-mêle. Pour ressortir, nous zigzaguons entre les touristes et les Marocains devant des échoppes multicolores aux vitrines pleines de produits à base d’Argan…

La fièvre de l’Argan bas son plein et le produit est décliné en crème, onguent, huile pour la peau, pour la bouffe, pour les cheveux, solaire, en poudre, en graines, en fruits cuits ou cru, etc. C’est bien simple, tu veux réparer ton lave-vaisselle, changer une roue ou te faire masser les pattes arrieres, prend de l’Argan !!! C’est hyper cher ! Et oui, l’argan appelle l’argent !!! (Là, je suis en forme !).

Je récupère 2 ou 3 bricoles dans le rayon « plomberie » pour améliorer mon système de « pompe à eau de mer » et retour à bord. Christophe, un autre voisin vient me voir pour nous prêter un guide touristique. Ils sont cinq sur un 39 pieds. Bernie, sa femme fait chaque jour la classe à Sarah 10 ans, Yan 8 ans et Lucie 6 ans. Restaurateurs à Paimpol, ils sont partis pour 2 ans autour du monde.

Ils viennent boire l’apéro à bord et très vite, nous sympathisons. Encore un super moment à plaisanter et à rire. Après 2 ti’ punch, des récits de pêches et de tempêtes, nous continuons la soirée au resto où pour quelques euros, nous mangeons je ne sais plus trop quoi vu tout ce qu’on a bu, Hic !

 

19/10/08

A 8h, Christophe me rejoint et nous partons pour un autre Hammam (c’est sa première fois). Un autre moustachu, plutôt trapu nous indique où nous installer pour l’attendre et c’est dans la salle la plus chaude que nous attendons son intervention.

- Christophe : Il est parti où le type ?

- Nic : Mettre un préservatif, je crois !

Nous transpirons déjà à grosses gouttes quand le masseur demande à Christophe de s’allonger sur le ventre…. Et le voilà qui lui tire les jambes, les bras, qui le tord violement dans tous les sens assez brutalement…

- Nicolas : Il te plait ton nouvel ami ?

- Christophe (entre 2 craquements et deux éclats de rire) : Il m’a éclaté le dos !

- Nicolas : Tu vas voir, tu vas aimer ton baptême…

Nous éclatons de rire et c’est le moment que choisi notre bourreau pour retourner complètement Christophe en l’écrasant de tout son poids. Dans un cri, mon compère se couche sur le côté, là, il a vraiment mal. J’indique au masseur qu’il faut qu’il se calme et il me répond par un sourire, semblant ne rien comprendre à ce que je lui dis…

- Christophe : Y a pas une vertèbre à moi, par terre ?

- Nic : Ne t’inquiètes pas, je te remettrai tout ça en place tout à l’heure, il a vraiment une technique de taré, ce mec !

Le moustachu termine son travail par le décapage et le lavage… Lorsqu’il se tourne vers moi, je lui indique que je vais me laver tout seul et surtout, et surtout , qu’il ne me touche pas  !!!!

Quelle expérience !!! A la sortie du Hammam, nous plaisantons sur le moustachu en attendant que notre rythme cardiaque et notre température corporelle redescendent.

- Nic : Je te laisse le gant que je t’ai prêté, je ne veux pas de ta vieille peau morte sur un « Amel »

- Christophe : C’est cool, je le garde pour la maison, je m’en servirai…

- Nic : En général, on s’en sert pas chez soi, c’est comme les exercices qu’on donne à faire aux gens, ils ne les font pas chez eux…

- Christophe : Tu me diras, de toutes façons, à la maison, je n’ai pas de moustachu sous la douche pour me laver le dos…

- Nic : Tu m’étonnes !

Nous retournons au port après un court arrêt au souk pour acheter 4 kilos de mandarines et d’oranges (faut qu’on récupère !)   

Nous passons ensuite au resto d’hier pour emprunter une chaise et je manipule le dos de Christophe (cette fois, dans le bon sens) sous les regards amusés des passants. Après un craquement sinistre, mon ami se sent beaucoup mieux et chacun retourne chez soi.

Je retrouve Pascale qui vient de laver toutes les housses du carré, c’est vrai qu’elles ont changé de couleur…

Nous passons la journée, moi à écrire, Pascale à lire... C'est bon de ne rien faire...

 

Le 20/10/08

Le bar-restaurant situé de l’autre côté de la marina a une connexion WI-FI non sécurisée et tout le monde vient boire un pot avec son PC sous le bras… Du coup, les consommations ne sont pas données mais restent très nettement en dessous des prix européens… Nous passons plusieurs coups de fil très économiques par Skype en buvant des thés à a menthe. De retour à bord, j’ai la confirmation que le sèche-linge ne fonctionne vraiment pas, ça fait 4 heures qu’on essaye de sécher les housses des banquettes du carré, elles devraient être cramoisies !!! Mais non, froides et humides… En fait, en y regardant de plus près, cette machine ne chauffe absolument pas, on lave à froid depuis le début, la résistance ne doit pas fonctionner, les ennuis commencent ! Il faudra que je trouve sur internet un plan de ce modèle de lave-linge pour le démonter sans faire de bêtise…

Nous passons des moments très chouettes avec nos voisins, Christophe, Bernie et les enfants. Yann est passionné par la pêche et a toutes les peines du monde à rester attentif pendant les cours que lui donne sa maman. J'ai eu la bonne idée de lui promettre de lui fabriquer des bas de lignes pour la traine. Je passe ma journée à tenter de réparer le karcher qui n’a plus de pression puis termine sur le bateau de Christophe, « FITOU » pour installer Maxsea et la connexion NMEA du GPS.

Nous retournons acheter quelques kilos de fruits et légumes au souk, 35 cents le kilo de tomates, 30 cents le kilo d’oranges et 40 cents le kilo de mandarines. Des pris normaux quoi ! A ce prix là, je veux bien manger 5 fruits et légumes par jour monsieur Sarkozy… J’achète aussi le nécessaire pour changer les câbles et gaines des 2 vélos pour 1,7 € soit dix fois moins cher qu’en Espagne…

Le soir, nous mangeons chez les pêcheurs une énorme friture des solettes, calamars, crevettes et merlans, un régal ! Le digestif est pris à bord de Badinguet et la bouteille de prune en prend pour son grade.

En rentrant, je vérifie la charge des batteries car depuis que nous sommes arrivés, les coupures de courant se succèdent…  Les batteries sont loin d’être chargées à fond et pourtant nous avons du 220V à bord… Le chargeur de quai ne semble plus fonctionner. Je descends dans la soute et ouvre le capot du chargeur. Il y a 3 fusibles à vérifier et le premier que je contrôle est HS, je le change et je rebranche… Une petite flamme et nuage de fumée et le chargeur grille sous mes yeux… Et bèh voilà, un chargeur, un !!!  Bon, comme dirait Lolo, bon, ça c’est fait !!!

Heureusement qu’il y a deux chargeurs sur le super Maramu, je peux toujours utiliser celui de 50 ampères en attendant.

 

21/10/2008

En revenant du bureau de la police où j’ai laissé les passeports, j’atterris sur « INUK », le bateau de Jérôme, un plan amateur en acier qu’il a lui même construit. Ami de Christophe, il devait partir avec sa compagne qui l’a lâché avant le départ… Il se retrouve tout seul et la navigation en solitaire lui pèse… Christophe, Jérôme et moi discutons bon train lorsqu’un jeune barbu se pointe pour demander si quelqu’un accepterait de l’emmener aux Canaries… Ca alors, juste au moment où nous en parlions… Un équipier Belge qui tombe du ciel !!! L’affaire est vite conclue, Thomas embarque avec Jérome.

Je retourne 4 fois chez les policiers qui n’ont toujours pas tamponné nos papiers. A 18h, j’en ai marre et commence à dire ses 4 vérités au policier. Je lui déballe qu’il ne fait pas son boulot, que c’est normal qu’il y ait si peu de voilier de passage à Agadir, qu’ils me prennent pour un idiot, que la police n’est pas organisée et j’en passe… Christophe me conseille de lever le pied… Pourtant ça me faisais du bien de lui balancer tout ça !!! ll parait que j’aurai les papier tamponnés demain matin à 8H, juste avant qu’on ne parte….

Le soir, nous dinons tous ensemble dans le quartier populaire autour d’un délicieux couscous. Le retour se fait à pied et nous rencontrons un marin Français au visage rougi par le soleil et surtout par l’alcool. Il arrive à placer dans la conversation qu’il a fait 2 transats, qu’on va en baver pour aller aux Canaries mais qu’après c’est une autoroute et j’en passe… Je me méfie toujours de ce genre de gugusse… L’avenir me dira si j’aurai dû l’écouter…

 

 

 MAROC - ILES CANARIES

 

 

 

Le 22/10/08 – 23/10/08

Le réveil sonne à 7h30, j’enfile un short et fonce de l’autre coté du port à la rencontre de mes amis les policiers… Le planton de service m’informe avec un grand sourire que ma femme les a déjà car son collègue vient de les lui amener… Ils font exprès ou quoi ???  Je récupère au passage la dernière météo, rien de changé, toujours 15 à 20 Nœuds de Nord… Je retourne au bateau en nage !

Un petit au revoir à Christophe, Bernie et les enfants puis nous quittons le port au moteur en évitant les chalutiers et leur nuage de mouettes, qui rentrent de leur pêche nocturne. "Fitou" et "Inuk" partirons à leur tour en milieu de matinée.

Vers 11 heures la ligne à thon part et ça se décroche… Une demi-heure plus tard, un groupe d’oiseau de mer tourne et plonge sur le leurre, ils sont myopes ou quoi ceux là ? Et ce qui devait arriver, arriva, un fou de Bassan se prend à l’hameçon, je me jette sur le moulinet, catastrophé !

Je crie à Pascale de faire un 180° pour revenir sur le pauvre animal et lui laisser une chance de se détacher mais non, il a bu trop d’eau et c’est un triste cadavre que je décroche du bas de ligne…

- Ca va nous porter la poisse ce truc, ça ne se fait pas de tuer un fou de Bassan ! On va le payer…

Pascale fait 3 photos de la pauvre bête mais vous n’en verrez pas, d’abord parce que ce n’est pas beau et puis parce que ça pourrait encore porter malheur, on sait jamais !!!

Vers 14h, le vent commence à se lever, du Nord, comme annoncé et Badinguet retrouve son habit de voile avec plaisir… Une heure plus tard, 25 nœuds et une mer qui se forme m’obligent à réduire un peu la voilure. Notre vitesse est de 9 nœuds mais le vent continue de forcir et la mer de se lever… En fin d’après midi, nous sommes dedans, 40 nœuds réguliers de travers et la mer grosse, impressionnante… J'ai énormément de mal à remonter les lignes, je surveille sans arrêt les lames...

La hauteur des vagues atteint maintenant 5 mètres (mesuré à l’altimètre du GPS) et Pascale hurle lorsque Badinguet se couche brutalement sous une déferlante… Puis, très barbouillée, elle se recouche en gémissant, les mains crispées sur son harnais.

- Il va falloir gérer la peur de ma femme en plus de ce temps de chiotte !!! Jamais, on aurait dû prendre ce foutu piaf à la ligne.     -

Je rouspète après Pascale pour lui dire que tout va bien, que ce n’est pas un peu de vent et de mer qui vont nous ralentir, qu’elle doit se ressaisir… Mais, je ne suis pas confiant et ça piaule de plus en plus…. La nuit va être longue et dure…

Je ferme complètement la porte de la cabine pour éviter un remplissage en règle. La mer devient grise sous les grains et chaque nuage aperçu à l’horizon devient un danger potentiel pour nous. Il y a de telles accélérations de vent dessous que les vagues gonflent et déferlent beaucoup plus violemment que sous le ciel bleu…

- Putain ! J’ai pas fait exprès de le prendre cet oiseau, c’est lui qui a plongé dessus, il n’avait qu’à mettre des lunettes cet abruti de bigleux!!!!

Et là, une vague encore plus grosse déferle au ras de la coque et nous percute de plein fouet. Nous plongeons sous la suivante, des centaines de litres d’eau courent sur le pont jusqu'à la capote qu’ils submergent dans un fracas étourdissant. Pascale hurle en pleurant, il y a de l’eau partout, Badinguet se redresse en vibrant de toute part, le cauchemar continue…. 

- OK, OK, Pardon, c’est ma faute si l’oiseau s’est pris dans la ligne, j’aurai dû la remonter quand j’ai vu les mouettes tourner autour, Pardon, Pardon…

Je sais, ça prête à sourire, mais dans un temps ou tout n’est que chaos, on ne peut se tenir debout, ni manger, ni pisser sans calculer sérieusement ses mouvements, on fait très, très, très attention à ces légendes idiotes… Comme quoi, en chaque oiseau du large se balade l’âme d’un marin mort en mer…

- Et c’est lui qui vient te foutre le bordel quand tu zigouilles la mouette…

Si c’est ça faire du bateau, je préfère regarder les experts à la maison avec un ti ‘punch dans la main gauche et la zapeuse dans la droite ! Pourvu que nos amis ne se retrouvent pas dans ces conditions, nous pensons à eux avec beaucoup d’inquiétude… En tous cas, Jérôme a bien fait d’embarquer Thomas car avec ce temps, ils ne seront pas trop de deux… Encore que Thomas, comme baptême du feu, il a été servi !

Impossible de dormir, Pascale occupe le seul couchage possible… Monsieur AMEL n’a dû faire que du Bâbord amure, ce n’est pas possible ! Les deux couchettes de navigation sont sur tribord et les barres anti-roulis sont trop étroites pour 20 à 30° de gite. Je passe donc de longues heures assis, calés comme je peux, accroché à mon harnais. Oui, la nuit est longue ! Je sais que les vagues sont beaucoup plus grosses qu’hier soir, je redoute le moment où Pascale va les voir au petit jour mais nous n’y sommes pas encore…

Pascale se retient d’aller aux toilettes, je lui dis de pisser dans le cockpit mais elle préfère attendre…

Quand à moi, je n’ai jamais autant pissé que cette nuit là, et à chaque fois, il faut récupérer son kikou sous 5 couches de vêtement et viser super adroitement en se tenant tant bien que mal…

Le ciel est strié d’étoiles filantes et le plancton chahuté par l’étrave de Badinguet, illumine le sillage du voilier. La crête des déferlantes, éclairées par le plancton attire sans cesse mon regard, donnant l’illusion éphémère des lumières d’un phare ou d’un autre navire.

Lorsqu’on ne voit plus les étoiles dans un secteur du ciel, c’est que le nuage est là… Le grain est tout proche, pour nous bousculer encore…

Au lever du soleil, je découvre un gros poisson volant dans le cockpit, il est bien amoché, la tempête ne lui a pas réussi non plus…

Le calvaire va durer jusqu’à la fin… Le bateau souffre, l’équipage n’en peut plus mais nous avançons et nous avançons vite. Le vent tourne au Nord-Ouest et faire du près dans des conditions comme ça, l’horreur !!!

Il y a 10 ans, j’ai pris exactement le même temps entre Madère et Canaries. A l’époque, j’avais un voiler de 9 m et je m’étais mis à la cape pendant 48 heures. C’est en dérivant que j’étais arrivé à Tenerife… Vive les alizés…

Tout le monde le sait, tout le monde le dit : « Le plus dur c’est de rejoindre les Canaries, après, c’est du billard ». Je me répète cette phrase sans arrêt en me disant, ça va mollir, ça va mollir…

Des dauphins viennent jouer dans la tourmente autour du bateau au moment ou nous croisons un grand trois mâts qui remonte le vent et les vagues au moteur… 

Des odeurs de Gasoil persistantes nous accompagnent tout au long de ce chahut. Partir avec le plein dans des conditions pareilles… Je ne sais pas par où s’écoule le précieux liquide mais nous le sentons en permanence. C’est quand même idiot de dépenser du gasoil en naviguant à la voile, non ?

Je réduis au minimum la voilure car un grain noir comme de l’encre nous arrive dessus. Le bateau se couche et ne se redresse pas, les chandeliers sont dans l’eau, toute la structure vibre. Badinguet dérape de plusieurs mètres sous les coups de boutoir des déferlantes qui nous arrivent par le travers. La pluie nous martèle si fort que j’entends à peine Pascale me hurler de réduire encore. Je lui réponds qu’il n’y a qu’un mouchoir dans la grand voile et un kleenex au génois, je ne peux pas réduire plus… !!! Il faut attendre que ça passe…

Et bien sûr, ça passe, mais je connais maintenant les limites de Badinguet, 50 nœuds de vent au près, dans une mer démontée, il n’est plus manœuvrable !!! C’est quand même une belle bête !

Pourvue que la trappe du propulseur d’étrave n’éclate pas sous les chocs du bateau… La pression qu’elle doit encaisser doit être terrible…

Ca y est, je vois l’ile, les Canaries sont en vue, Pascale n’en peut plus, elle est couché depuis 25 heures, à moitié endormie, transie de peur. Le vent s’obstine à me dévier au Sud et la passe est étroite entre La Graciosa et Lanzarote. Je fonce à la côte, il devrait y avoir moins de vent et de mer, je prends la barre pour négocier au mieux les derniers milles qui nous séparent de l’abri. A 14h, il me manque 5° pour enquiller le passage et j’allume le moteur pendant un quart d’heure pour remonter un peu au vent, il est hors de  question que je tire un bord la dedans ! Badinguet plonge dans chaque vague, on ne voit plus rien tellement il y a d’eau sur le pare-brise. Je navigue aux instruments, à l’aveuglette pour, enfin, m’engager dans la passe et retrouver une mer calme, on est rincé !!!

La pluie tombe à nouveau alors que nous longeons un paysage à couper le souffle. Des volcans jaunes et rouges dominent un désert strié de langues de lave noire séchées qui descend jusque dans les eaux turquoises… De l’autre côté, les hautes falaises rouges de Lanzarote bordent le détroit au Sud, MAGIQUE ! Je m’expose volontairement à la pluie pour rincer ma veste de quart et mon pantalon à l’eau douce.  

 

Il parait que le passage dans lequel nous sommes est souvent emprunté par les baleines pour leur migration… Il manquerait plus que ça !!!

8 nœuds de moyenne, une pointe à 12,7 nœuds (un surf, surement), la bande anti-UV du génois décousue, le Cunningham du point d’amure de l’artimon défait et pas une minute de sommeil depuis 30 heures, rien dans le ventre, trempé, Y EN VRAIMENT MARRE !!!

La consommation électrique est descendue de 17% en 30 heures, le pilote a dû pomper un max avec des vagues pareilles… Je démarre le groupe électrogène pour recharger les batteries.

En voulant retirer la capote, j’arrache la fermeture à glissière de la joue tribord, j’avais déjà bousillé l’autre à Porquerolles… Là, Monsieur AMEL, tu aurais pu monter ces fermetures éclair dans l’autre sens, on les ouvrirait au lieu de les arracher en forçant dessus…

On mouille sur « la plage des Français » sous un volcan. Il y a 10 voiliers déjà sur place et la tenue est bonne. Il n’y a aucun bateau Français mais 2 Australiens, 2 Autrichiens, 3 Allemands (dont 2 AMEL Santorin), 2 Belges, 3 Anglais et 1 Suédois… La marque est encore bien représentée ! 

 

Aller, au lit ! Je suis surpris de voir Pascale me rejoindre dans la couchette.

- Nicolas : Tu te couches aussi ?

- Pascale : Bèh oui, Pourquoi ?

- Nicolas : Mais tu viens de dormir 30 Heures ??

- Pascale : Oui, mais je suis fatiguée !

- Nicolas : Ah, non, tu surveilles le mouillage !

- Pascale : Quoi ?

- Nicolas : Non, je plaisante, aller viens…

LA GRACIOSA - ILES CANARIES

 

24/10/08

18 Heures de sommeil plus tard… Nous émergeons de la cabine et… Ouahhhhhhhh, le cadre est extraordinaire, quel mouillage !!

Putain ! Ce que la terre est belle !!! Vite mon appareil photo…  

J’ai rarement fait autant de photos du même sujet… C’est fou comme la photo a perdue sa valeur avec l’arrivée du numérique… On ne prend plus le temps de cadrer, de régler l’exposition, la vitesse, d’attendre le bon moment, etc. On bombarde, on en fait 10, 20 en s’en fout, y en aura bien une de bonne dans le lot !!! Quel dommage, quel gâchis, quelle société !!! Le numérique est la parfaite illustration du gaspillage, on jette ce qu’on a en double ou qui n’est pas parfait et on n’en garde qu’une sur 10 !! Heureusement que ça ne pollue pas !

Je gonfle l’annexe, Pascale m’aide à installer le petit moteur hors-bord et direction le port de La Graciosa sous des rafales de vent soutenues. La visite est rapide, on est au bout du monde et il y un super marcado, un cybercafé et un automate pour recharger ma mobicarte vodaphone !!!

En fait, on n’a besoin que de cela… Les gens ne sont pas très avenants et les marins de passages peu causants…

En consultants nos mails, j’aperçois les photos de l’anniversaire de Nounours, on y voit la famille de Pascale… EN PULL … Euh, c’est quoi, un pull ????

En tous cas, c’est vraiment une bonne idée de nous envoyer des photos, on est quand même un peu loin de nos familles depuis plus d’un mois avec cette curieuse impression d’être parti depuis des années !!

La richesse du voyage, des rencontres et la densité des émotions nous font gagner des années de vie, le temps ne passe plus à la même vitesse que dans un quotidien « boulot-dodo » où notre cerveau efface à toute vitesse les évènements qui n’en sont pas… Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez exactement il y 10 jours à 15h46 ? Nous avons l’immense chance de nous en souvenir car chaque journée fut remplie à bloc de joie, de souffrance, d’ébahissements, d’amitié, etc. Conscientiser les événements est certainement un moyen de remplir et donc de réussir sa vie...

Je ne sais plus qui a dit : « remplis ta vie de souvenirs car quand tu seras vieux et que tu raconteras ton existence à tes petits enfants, tu la revivras et tu auras vécu deux fois… » Ca doit encore être un chinetoque !!

Nous retournons au bateau et passons devant « INUK » mouillé près du port, le bateau de Jérôme et son équipier Thomas.  Quelle joie de les savoir entiers…, l’annexe est secouée par les rafales et nous discutons de cette terrible traversée. Ils ont morflé aussi, Thomas a été malade quasiment tout le temps, ils nous racontent ce que nous avons vécu et ça nous permet d’évacuer le stress en le partageant. En fait, c’est une excellente psychothérapie que de parler de ces coups de vent rapidement après les avoir subis…

Nous convenons d’essayer de communiquer sur le canal 72 d’une crique à l’autre et qu’ils viennent manger ce soir à bord. Il nous donne des nouvelles peu rassurantes de « FITOU », il semble qu’ils soient retournés vers Agadir, car ils se suivaient au départ puis, à un moment ils ne les ont plus vus…

Une petite bouffe à bord et nous partons déposer l’annexe sur notre plage de rêve… Deux heures de marche dans un paysage lunaire ou Martien, comme on veut ! A ce propos, savez-vous que l’anagramme de Martien est………….. Je vous le donne en mille !! Et oui "Martine" !!! Elle aurait adoré se balader dans ce décor volcanique grandiose mais, je ne suis pas sûr qu’elle aurait apprécié le trajet !!

En repensant à cette traversée musclée, je confirme : Les Canaries, ça se gagne !!!

Pascale grimpe comme un cabri sur un tapis (roulant) de pierres ponce rouges et ocres. La vue du sommet du volcan est fantastique, nous sommes les maitres du monde…. Nous croisons en redescendant nos voisins de mouillages Belges qui nous invitent à l’apéro mais nous sommes déjà pris pour ce soir… Tant mieux, ils ont l’air bizarre et ils ont un accent à couper au couteau !!!

En retournant sur la plage, 5 annexes encadrent la notre, les équipages Allemands et Autrichiens se préparent un barbecue en chantant, criant, riant très discrètement (comme des Allemands au camping quoi !)

De retour sur le bateau, Pascale s’installe pour bronzer un peu et hop, il se met à pleuvoir… eh, eh, eh !

Vers 18h30, Jérôme m’appelle à la VHF et je pars les chercher en annexe pour le diner. Pascale a préparé des steaks, des patates sautées et de la ratatouille. C’est méga bon et on arrose tout ça de vin marocain et de vieille prune. Ils nous apprennent que « Fitou » est arrivé vers 17h et qu’il s’est planté dans un autre bateau en essayant de rentrer dans une place du port. Nous sommes enfin rassurés, il est têtu ce Breton, il n'a pas fait demi tour !

A la fin du repas, en récupérant le dinghy, je fais tomber ma lampe torche à l’eau et me voilà, à quatre pattes dans l’annexe à pagayer avec les mains dans la nuit pour récupérer ma lampe qui flotte au gré des vagues, vive la vieille prune !! Au moins, je sais qu’elle est étanche ! Moi, non !

Je raccompagne nos invités dans le noir complet et je retrouve facilement Badinguet au milieu des autres navires grâce aux nombreuses lumières que j’avais pris la précaution d’allumer avant de partir, sinon, je tournerai encore…

LANZAROTE - ILES CANARIES

 

25/10/08

Réveil vers 9h, je déplace le bateau pour mouiller à côté de Jérôme et je dois m’y reprendre à 2 fois car le fond de l’eau est rocheux et l’ancre ne croche pas. Nous partons en annexe voir Christophe et sa famille au port. Nous les trouvons bougonnant, rallant après leurs mésaventures. Le moral n’est pas au rendez-vous, ils commencent à envisager un retour anticipé vers la Bretagne… Oh non, pas eux ! La traversée vers les Canaries a vraiment été difficile.

Ils ont eu nettement moins de vent que nous mais c’est cette mer dure, qui frappe les bateaux sans arrêt, ne laisse jamais de répit. Il me raconte sa mauvaise manœuvre d’hier et me décrit les dégâts sur le bateau qu’il a abordé.

Je pars avec Christophe constater les avaries, nous montons à bord d’un voilier de 9 ou 10 mètres, il n’a pas grand-chose ! Le bateau n’est plus tout jeune et le plat-bord en bois, déjà maintes fois rafistolé, a cédé. Une heure de réparation et ça repart mon ami !! Mais Christophe n’a pas trop le cœur à rire, ils ont déjà le plan de retour en tête…

Comme il a toujours mal au dos, je l’allonge sur le ponton et le manipule sous les yeux étonnés d’un Australien parti depuis 10 ans sur un coffre-fort flottant.

Nous leur conseillons de partir se promener sur l’ile, de gravir quelques volcans pour se vider la tête, j’espère qu’ils le feront et que ces Bretons là continueront leur aventure. Nos échangeons nos mails puis regagnons Badinguet non sans avoir salué Jérôme et Thomas au passage.

 Il est midi lorsque nous retrouvons les grandes vagues qui nous chahutent encore et encore. Mais le vent est moins violent (25 nœuds) et nous filons presque vent arrière vers le Sud de Lanzarote. La cote qui défile sur bâbord est incroyable… Des volcans éventrés et des vallées immenses de lave séchée se jettent dans les rouleaux. Pascale reste couchée, ca secoue trop ! Je sais qu’elle en a marre de ces conditions mais c’est quand même nettement mieux que la dernière fois, les vagues ne font que 3 mètres…

Nous contournons le petit phare du Sud-Ouest de l’ile pour mouiller face à Playa Blanca, une petite ville touristique du Sud de Lanzarote. A peine arrivé, nous partons nous balader sur la promenade de bord de mer construite comme une longue terrasse de pierre volcanique noire, très pittoresque. Il faut juste ne pas laisser Pascale s’éloigner de trop avec la carte bleue… Il y a des magasins de pompes partout !  

Un coup au cybercafé pour informer Christophe de l‘état de la mer et retour à bord car le vent du Nord malmène Badinguet. Nous nous couchons tôt car demain, une grosse navigation nous attend.

Nous avons décidé de partir pour Tenerife rapidement pour plusieurs raisons. Maël arrive dans 4 jours, les mouillages de Fuerte Ventura sont mauvais par grand vent, Gran Canaria est quasiment inaccessible tant il y a de bateaux de l’ARC qui attendent le départ de la transat vers Sainte Lucie. Apparemment, plus de 200 bateaux surtout  Anglais occupent tous les ports et tous les mouillages de l’ile. Et puis, j’en ai marre aussi de ces dures conditions de navigation autant s’en débarrasser une fois pour toute. Pour finir, plus nous nous rapprocherons du centre de l’anticyclone des Açores, et moins nous aurons de vent et donc moins nous aurons de vague et lycée de Versailles !!!

Au moment de me coucher, je choppe une diarrhée du diable avec des douleurs « abdominables » !!! Il parait que ce sont les oranges d’Agadir, j’aurai abusé ??? Vers 21h, le roulis commence, il n’y a presque plus de vent et les bateaux se sont mis en travers de la petite houle du Sud, merde !!! Au bout de 4 heures de roulis incessant, je craque, je me lève et remonte l’ancre puis direction Tenerife, il est 1 heure du matin.

 

TENERIFE - ILES CANARIES

 

26/10/08

A peine la pointe débordée, les vagues sont là, 4 mètres, comme d’habitude…  Pascale a récupéré la bonne place pour dormir, elle est à côté de moi et Badinguet fonce à 9 nœuds dans une nuit sans étoile. Le temps est couvert et le vent souffle régulièrement à 25 nœuds, j’ai réduis juste ce qu’il faut et les heures passent. Le voilier avance toujours aussi vite au petit jour qui met une éternité à pointer son nez ! Pascale me remplace un peu et je retrouve enfin Morphée pour 2 heures, secouées, mais deux heures de sommeil de gagné c’est cool !

Nous taillons la route à 8,5 nœuds de moyenne et il est impossible de mettre une ligne à l’eau dans ces conditions de mer, donc pas de poisson au diner ! Pascale reste couchée une bonne partie de la journée et me relaye une heure en début d’après midi. Nous croisons deux cargos puis nous découvrons les falaises de tenerife qui émergent d’une brume jaunâtre. Le port nous tend les bras ! On en a plein le c…

Vers 16h30 nous engageons la darse Sud pour débouler dans le puerto de Atlatantico, au même endroit qu’il y a 10 ans. Je ne reconnais rien, il y a des pontons partout et tout à l’air bondé. J’ai volontairement coupé la VHF afin de forcer le passage car quoi qu’il arrive, j’aurai une place dans ce port… Un gars de la marina arrive en hors bord, m’engeule au passage pour ne pas avoir demandé de place par VHF et me propose 3 emplacements à différents endroits. Je choisi la plus facile car les bourrasques m’inquiètent un peu pour la manœuvre…

Le type du port récupère les amarres que Pascale lui lance de loin et contre un vent violent, nous amarrons Badinguet le long du ponton, ouf, c’est fini ! Il y a énormément de voiliers de passage dans le port, de toutes les nationalités, une vraie ambiance de tourdumondistes… En tous cas, ils étaient tous à bord et personne n’est venu nous aider à nous amarrer malgré le vent… On doit être au ponton des gros cons… Tu me diras, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas rencontré de gros cons… 

Le bateau est bien à l’abri et nous pouvons souffler enfin, quelques jours de repos vont nous faire du bien.

 

Nous partons à la découverte de la vile et retrouvons « DUGONG » mais Xavier et Sophie ne sont pas à bord, nous laissons un message à leur voisin… Il doit y avoir plusieurs centaines de bateaux en partance, c’est dingue…

Tenerife est une grande ville moderne coincée entre deux montagnes et un océan. Son Mac do sert exactement les mêmes plats que celui d’Ivry sur seine alors on se remplit la panse au fastfood. Nous retournons sur les catway, Xavier et Sophie nous attendent près de Badinguet.

On vient de manger mais on se retape un apéro à bord et on se raconte encore nos aventures dans la bonne humeur.

Dodo à 21h

 

27/10/08

Vers 9h30, nous nous levons sous une pluie fine, je fais un tour au port pour déclarer mon arrivée, il y a la queue à la machine à laver et aux douches. Le soleil pointe son nez lorsque je retrouve Pascale entre deux lessives et un pain qui cuit dans la machine de Wilfried.

Il ya beaucoup de choses à faire et à réparer et je commence par le dessalage du bateau puis l’artimon, le feu de navigation tribord, etc.

Je pars ensuite en vélo chez un des 3 shipchandlers du coin. Le premier magasin est le bon… J’achète des drapeaux du Cap vert et du Sénégal ainsi qu’une paumelle pour recoudre le génois. Nous discutons longuement du chargeur de quai. Il y en aurait un en commande entre la France et Les Canaries. S’il arrive dans les temps, je l’achète !

En début d’après midi, nous allons nous faire enregistrer à la police nationale pour avoir le tampon de sortie des iles Canaries. Sans ce précieux sésame, l’entrée au Cap vert ou au Sénégal serait très compliquée… Il y a 4 frontières aux Canaries, Palma, Las Palmas, Lanzarote et Tenerife et il est impératif d’avoir ces documents pour quitter l’archipel.

De retour au voilier, et après un petit tour au supermarché pour acheter un peu de bouffe et repérer le coin, je m’attaque à la réparation du Karcher. C’est sa dernière chance avant la benne à ordures… J’aide le gars du port à amarrer des Français et des amerloques… Je suis le seul qui aide, les autres équipages regardent comme des abrutis. Avec le vent qu’il y a dans le port, les manœuvres sont difficiles et je confirme, nous sommes au ponton des gros cons !

Avec ces conditions météo, il est impossible d’affaler le génois, la couture devra attendre des temps plus calmes…  

Pascale est partie faire les magasins pendant que je lime les pistons du karcher au papier de verre et ça marche, il est sauvé !! Il est 19h46, heure locale, Pascale prépare tranquillement le programme des prochains jours (location de voiture, visites, etc.) et je lève mon verre de ti’ punch à la réparation !!! Je pourrai toujours me recycler là dedans si je ne trouve plus de boulot !

Une autre nuit au calme nous attend. Maël part demain pour l’Espagne. Je l’ai encore appelé pour lui demander des guides des Canaries, du Cap vert et de la levure boulangère… En plus du rhum, du canadou, des ampoules à led, etc. Il va être chargé le petit !!!

Nous mangeons à bord un truc pas terrible que Pascale a cuisiné, j’écris une bonne partie de la soirée et GO TO BED !!!

 

28/10/08

La nuit fut très venteuse et je mes suis levé plusieurs fois pour rechercher puis bloquer ce qui claque et ce qui grince !!! Vers 3 heures, un voilier Français est en train d’arriver sous les rafales. Badinguet représente une magnifique place à couple de 16 mètres de long et je préfère être là si un bateau prenait mon flan pour un ponton…

Je me lève tôt pour continuer mes écrits. Il y a un endroit, coincé entre la route et l’enceinte du port où une connexion WI-FI non sécurisée est accessible, nous y avons vu plein de gens assis parterre avec leur PC… Tout à l‘heure, je m’y installerai. Programme du jour, changer l’écoute du génois, la drisse de passerelle, voir pour le chargeur de quai, récupérer les plans du lave-linge, recoudre la voile si le vent ne se lève pas de trop…

Je récupère des infos sur internet concernant la tempête de Gibraltar et voici l'article... No comment !

"Deux cargos battant pavillon libérien se sont échoués dans la nuit de vendredi à samedi sur la côte du Sud de l'Espagne près du détroit de Gibraltar et l'un s'est rompu après l'évacuation de son équipage, a indiqué à l'AFP la société de sauvetage en mer espagnole.

Le cargo de transport général "Fedra", qui s'était échoué dans la nuit sur le territoire de la colonie britannique de Gibraltar, près d'Algésiras, "s'est rompu en deux ce (samedi, ndlr) matin", a indiqué une porte-parole de Salvamento Maritimo.

Les 31 membres d'équipage avaient été évacués peu avant, a précisé la représentante de la compagnie nationale de sauvetage en mer, indiquant que pour l'instant aucune trace de pollution n'avait été repérée.

Cependant, des témoignages cités par les médias espagnols, ont fait état de la présence d'une "grande tâche blanche" à l'endroit où le navire s'est rompu.

Un autre cargo de transport général, le "Tawe", s'est échoué dans la même zone de la Baie d'Algésiras mais sur le territoire espagnol cette fois, et présentait samedi une "petite fuite" de ses réservoirs de fioul, a précisé Salvamento Maritimo.

Antonio Muñoz, porte-parole de l'association écologique locale Verdemar-Ecologistas en accion, a fait état d'une "forte odeur" de fioul sur la côte après l'échouage et a déclaré craindre "un grave préjudice" écologique pour cette zone située dans un parc naturel.

Selon le sous-préfet de Cadix (Sud), Sebastian Saucedo, la fuite du "Tawe" aurait sali "quelque 300 ou 400 mètres de la plage El Chinarral".

Les 21 membres d'équipage, qui sont "tous en bonne santé", sont restés à bord alors que le capitaine n'a pas "sollicité d'évacuation", a précisé à l'AFP la porte-parole de Salvamento Maritimo.

Parallèlement, la tempête qui souffle dans la région a perturbé l'activité du port d'Algésiras avec une fermeture temporaire vendredi soir qui a obligé deux navires ferry en provenance du port marocain de Tanger et de l'enclave espagnole de Ceuta au Nord du Maroc, à patienter en mer.

Les deux navires ont fini par débarquer leurs passagers (au total environ 1.200 personnes) après deux heures de retard dans la nuit de vendredi à samedi, a précisé à l'AFP un représentant de l'Autorité portuaire de la baie d'Algésiras (APBA)."

Comme prévu, nous passons la journée à bricoler…. J’essaye en râlant de recoudre le génois. Je dévie sans arrêt, je me pique 2 fois et tords 3 aiguilles.

Et puis, je ne suis pas couturière… Et puis le vent se lève, et puis merde !!!

Autant laisser les professionnels faire leur boulot… Je déroule la voile d’avant et Xavier tombe à pic… Il m’aide à la tirer sur le quai puis à la plier, elle mesure quand même 75 m² !    En allant se renseigner à la capitainerie sur une éventuelle voilerie, on nous donne les coordonnées d’un José, prononcer RRRRRosssssséééééé ! Il vient chercher la voile, la recoud, puis te la ramène à bord… MUY BIEN RRRRRosssssséééééé. J’aide ensuite Xavier à faire de même à son bord car sa bande anti UV est décousue aussi…  Les 2 voiles atterrissent dans la camionnette jaune de José vers midi. Xavier et Sophie nous invitent à diner ce soir, faut qu’on trouve un dessert…

L’après midi, je scotche en noir la protection de pataras qui reflète le feu de poupe la nuit et qui parasite notre vision nocturne… Je répare le feu de navigation tribord et astique tout ce qui brille sur Badinguet et il y en a… Pascale est partie faire les boutiques.

Finalement, nos amis arrivent à 20h30 avec leurs gamelles et nous dégustons un délicieux poulet aux bananes et à l'ananas cuit dans le lait de coco, le tout arrosé d’un Chassagne-Montracher rouge 2005, YEAH !

 

29/10/08

Nous louons une Opel corsa dans la gare maritime puis partons faire un méga plein de courses à Carrefour (les adolescents ne mangent pas, ils absorbent, ingurgitent, gobent, engloutissent tout ce qui se trouve à portée de bouche à certaines heures…).

300€ plus tard nous partons pour l’aéroport chercher Maël et Antoine. Ca y est, on les voit, ils sont là, c’est génial…

Pour profiter au maximum de la voiture, nous passons par les petites routes montagneuses du Nord de l’ile. A proximité d’un mirador, une jeune fille, très essoufflée  se précipite vers nous en pleurant, elle doit avoir 16 ou 17 ans. Elle baragouine en Anglais, en Allemand ou même en Chinois qu’ils viennent de se faire braquer la voiture et tout à disparu, Papiers, passeports, Cartes de crédit et argent… La vitre a été cassée discrètement et le temps qu’ils aillent faire 3 photos, le forfait était commis… 

Nous lui expliquons que nous n’avons vu personne et repartons, mal à l’aise.

Le ciel reste très couvert et nous retournons sur Badinguet à la tombée du jour. Maël et Antoine nous ont ramené des guides sur le cap Vert et les Canaries, TOP !

Ils sont très fatigués par leur voyage de 2 jours Et se couchent tous les 2 dans la cabine avant, demain sera un autre jour…  

 

30/10/08

Vers 8h, j’emmène Xavier chez le voilier pour récupérer son génois puis je retourne au bateau sous une pluie soutenue.

Pendant que "Dugong" quitte le port pour La Gomera, nous roulons vers le parc national du Teïde. Plus nous montons en altitude et plus il pleut… Vers 2000m, ça devient carrément groenlandais… Il neige, il fait 2 degrés et on n’y voit pas à 10 mètres…

Bonjour les paysages magnifiques, les volcans et tout le toutim… Nous sortons prendre quelques photos et nous sommes saisi par le vent glacial qui traverse sans problème nos fourrures polaires, on aurait dû mettre des chaussettes…. D’ailleurs le seul truc intéressant à photographier dans les nuages, c’est nos bobines frigorifiées qui s’agitent au milieu de nulle part !

2 heures de brouillard plus tard, le ciel se dégage d’un coup et nous apercevons enfin le point culminant de l’Espagne, le Teïde et ses 3718 m d’altitude. Nous sommes à 2300m, le téléphérique est fermé pour cause de vent et d’énormes nuages nous encerclent sans toutefois masquer le magnifique paysage qui nous entoure…

- Maël : Eh P’pa ?

- Nicolas : Oui ?

- Maël : Tu sais comment s’appelle une femme Arabe avec une cacahuète coincée dans les fesses ?

- Nicolas (Je crains le pire… Et en plus, je ne supporte pas les blagues racistes…) : Non ?

- Maël : La femme à rachid !!!!         Et nous éclatons de rire…

Maël et Antoine font les pitres sur les pentes d’un petit volcan recouvert de neige fraiche.

Pascale et moi avons du mal à les suivre avec nos chaussures bateau et notre grand âge… Ils ont la santé ces 2 là… Nous finissons notre tour par le Sud puis l’Ouest de l’ile avec un stop à Puerto la Cruz.

 

Nous dinons dans un très bon bar à Tapas de la ville basse. Maël et Antoine restent sur place pour continuer jusqu’au bout de la nuit…

 

31/10/08

Pascale et moi nous levons vers 9h et le nettoyage du puisard s’impose, les odeurs abominables qui émanent du bateau ne proviennent pas toute des godasses explosées des deux ados qui roupillent à l’avant !

Je pars en ville chercher le drapeau Français recousu, puis achète 3 polos sur lesquels je demande le logo de Badinguet, ce sera prêt lundi matin.

A mon retour, les 2 compères sont debout et m’aident à réparer l’anémomètre. Maël monte en tête de grand mât et lubrifie le système sous un soleil de plomb.

  

La roue à aubes tourne mieux mais  il nous faudra ajouter de la vitesse au vent car elle n’évolue pas vraiment librement, enfin, c’est mieux que rien ! Maël retire aussi l’ampoule du feu de pont qui a claqué sans raison (on s’en est servi une fois depuis Hyères). Il y a maintenant trop de vent pour remettre le génois, nous verrons demain.

Pascale nous fait des pizzas puis Maël et Antoine font leurs devoirs en écoutant une musique abominable à fond… Je ne comprends pas comment ils font pour se concentrer avec ce boucan ? D’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’ils y arrivent, en fait… J’installe la BLU qui traine sous la table à cartes depuis le début du voyage et récupère assez vite RFI. Maintenant, nous aurons régulièrement des nouvelles de votre monde moderne et de tous ces trucs qui font mal dormir…

Vers 17 heures, tout le monde part à pied se promener en ville sous un ciel menaçant. Une demi-heure de Skype sur Internet nous permet de communiquer pour pas cher bien que les machines de jeux qui nous entourent fassent un bruit d’enfer. Maël et Antoine ressortent après le diner, ils rentreront tard…

 

01/11/08

Un autre super Maramu 2000 vient d’éclater son liston sur la grande digue en pierre… Il engueule sa compagne et peste contre le port qui n’a pas de place au ponton pour lui… Je vais à sa rencontre et lui propose le flanc de Badinguet qu’il accepte volontiers… Il s’amarre à couple en début d’après midi. Comme il n’arrête pas de gueuler et qu’il manœuvre son bateau comme il devait conduire sa Mercedes, Pascale le surnomme « Burnos », délicate attention !!!

Inutile de s’étendre sur le reste de cette journée à moins que vous ne vouliez des détails sur la réparation d’un lave linge/sèche-linge…  6 heures de démontage-remontage…  Maël et Antoine font leurs devoirs et nous terminons la soirée en jouant au Tarot 

Tard dans la nuit nous buvons un rhum vieux sur le voilier de « Burnos ». Même quand il parle, il braille !!!

 

02/11/08

Nous louons une autre Opel pour emmener nos chers bambinos. Chasse sous-marine à midi et on remet ça le soir sur une autre plage de sable noir… Résultat, Une Morgate (Une Seiche), Il nous ne manque que Papy Jean pour la préparer et pour la manger avec nous à l’apéro de ce soir.

 

J’ai attrapé une bonne crève et je me colle sous antibio de suite car j’ai l’impression que c’est la même chose que Pascale a eu il y a 2 semaines. En fait, à force de végéter dans ce port, les mauvaises habitudes refont surface… Apéro tous les soirs (certains diront que ce n’est pas une mauvaise habitude…), regarder des films tard la nuit, manger trop, trainer le soir, etc. Et voilà, je suis malade !!! Vivement la mer, le large et le bateau qui taille la route au vent…

Il fait nuit noire à 18h45 et comme nos journées commencent à l’heure où les garçons émergent… Si on les laisse dormir, les jours deviennent très très courts…

 

 03/11/08

Rien d’extraordinaire, de spectaculaire, une petite semaine avec Maël, c’est tout. Des moments difficiles à écrire car faits de sous-entendus, de complicité, de regards, de gestes…  Mieux que des volcans, des déserts ou des falaises, avoir son fils avec soi… Une semaine qui va laisser un grand vide…

Le soir, Maël et moi, assistons à un spectacle assez extraordinaire. Nous sommes montés tout en haut de la digue où de jeunes pêcheurs s’agitent en riant. Nous les regardons accrocher au bout de leurs hameçons des éperlans et des petits mulets vivants. Ils jettent ensuite leurs lignes 10 mètres plus bas dans les vagues sombres qui se brisent sur le môle. D’énormes orphies chassent et se jettent sur les pauvres sacrifiés. Maël et moi pouvons apercevoir, les prédateurs tourner prudemment autour des petites victimes condamnées. Puis c’est l’attaque, foudroyante, en un éclair, l’éperlan est boulotté et l’aiguillette hameçonnée. Les poissons atterrissent ensuite sous les pieds des jeunes qui prennent moultes précautions pour retirer les hameçons des dents des grosses orphies. J’ai adoré partager ça avec mon fils.

 

04/11/08

C’est le Jour de l’élection présidentielle des Ricains et du reste du monde d’ailleurs… Mais surtout, bien plus important, le jour du départ de nos deux jeunes… Triste journée… Je sais pourtant que dans la vie, chaque chose à un coût… Il est évident que le prix à payer pour ce tour du monde est l’éloignement de ma chair, de mon sang, de mon enfant… C’est très cher payé… Même s’il a déchiré le drap housse, qu’il a bavé sur la couchette et flingué la moquette bleue de la cabine, BORDEL ! Il me manque, il va falloir s’en remettre…

 

A peine revenu de l’aéroport, nous filons à la location pour rendre les clés et faire tamponner les documents de sortie par la police… Badinguet longe la côte Est de Tenerife, vent arrière. Le génois et le genaker cohabitent sous les nuages et la grisaille. Nous contournons le Sud de l’ile et mouillons à la tombée du jour devant la plage de Las Americas (ça ne s’invente pas !).

Pendant que Barack se saoule la gueule, nous roulons d’un bord sur l’autre une bonne partie de la nuit en compagnie d’Australiens et d’Américains…

 

LA GOMERA - ILES CANARIES

05/11/08

Vers 8 heures, direction : ailleurs, où on ne roule pas !!!! Le bateau avance au moteur à 3 nœuds, les 2 lignes trainent derrière et nous effectuons un très large détour vers le Sud sans vent… Quelques heures plus tard, nous sommes remerciés de notre choix… A 12h30, un aileron noir fend lentement les flots sur notre tribord avant. Un groupe de Globicéphales nous croise doucement, imperturbables…. Le voilier tourne au milieu des mammifères de 3 à 4 mètres de long puis rejoint un autre groupe à la plus grande joie de Pascale. Pleins de pensées vers Maël et Antoine qui auraient aimé voir ces bestiaux paisibles encercler le voilier.

  

Vers 14h, nous entrons dans le port de San Sébastien de La Gomera. La marina est surchargée et nous sommes en attente au ponton à essence pendant 1 heure avant de prendre la place d’un bateau « AMEL » que nous n’arrivons pas à identifier… On dirait un aïeul lointain du Super Maramu ???

Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit d'un "Meltem".

Pascale fait une lessive et le lave-linge, fonctionne parfaitement, je n’en reviens pas ! Je répare au passage la machine à café… Badinguet ressemble à un étendage de 16 mètres de long… J’aide à s’amarrer les Australiens et les Américains (qui ont votés Mac Cain) qui ont passé la même nuit que nous... Le yankee m’explique qu’ils sont partis en 1997 pour 5 ans…. Ils ont du se perdre en route, je les envie en secret. J’ai plus de mal à communiquer avec les kangourous qui ont un accent à tuer une vache à 100 mètres ! Je réponds juste « Yes » de temps en temps, si Maël était là…

A force de faire des allers-retours à la capitainerie, je me rends compte que sous la surface de l’eau du port, il y a tous les échelons de la chaine alimentaire, il y a de tout petits poissons qui se font bouffer par de plus gros et ainsi de suite jusqu’aux gros prédateurs, barack ouda et autres, faut toujours se méfier, vous verrez…

J’essaye de savoir combien de bateau passent par ce port durant les trois mois, octobre, novembre et décembre… A priori, entre 2 et 3000 !!!! En comptant les autres ports importants des Canaries, ça ferait entre 7000 et 10000 bateaux qui traversent l’atlantique cette année… Qu’est ce qu’il y a comme glandeurs !

Formalités effectuées, nous retrouvons Xavier et Sophie, Génial ! Ce soir, nous mangeons des tapas avec eux…

Je renverse le verre de vin de Xavier et asperge copieusement sa belle chemise blanche, Oups ! Sophie s’est maquillée et cause de trucs de filles avec Pascale qui n’en demande pas plus… Il est vrai qu’en bateau, les occasions de se faire belle ne courent pas les rues alors de temps en temps, ça fait du bien. L’agréable soirée se termine par une promenade digestive au cours de laquelle nous admirons un couple danser divinement la Salsa dans un troquet du port. Nous nous retrouvons autour d’une vieille prune qui sommeillait dans les fonds de Badinguet.

 

06/11/08

Location de voiture et visite de La Gomera. Une fois de plus, nous sommes dans les nuages et nous ne voyons pas grand-chose… La forêt d’altitude reste secrète, dissimilée sous une chape d’humidité  glaciale… Nous n’avons pas vu de fée, de troll ni de vélociraptor… on s’est juste tapé 3 heures de routes sinueuses dans la brume…

 

Pascale et moi sommes un peu patraques, on a du mal à se sortir de nos rhumes… Il va peut être encore falloir appeler Marie Pierre au secours, attendons encore un peu avec des grogs….

Dugong et Badinguet sont candidats au départ pour l’ile de Hierro demain matin. Une dernière navigation entre les iles Canaries puis ce sera le grand saut vers Dakar en fin de semaine (5 jours de voyage non-stop)…

En fait, nous sommes un peu au point de non-retour. Les Canaries restent malgré tout Européennes et un retour vers le Nord est encore possible. En poursuivant plus au Sud vers le Sénégal, le retour deviendrait très compliqué. Je me sens à la veille du vrai départ, nous ne ferons plus demi-tour, je le sais maintenant. Une petite pincée d’angoisse et d’excitation, l’Afrique noire nous tend les bras, embrassons là…

 

08/11/08

Nous quittons La Gomera vers 10 heures du matin, sous voiles à 3 nœuds. On s’en fout, on a le temps, nous descendons nous placer au Sud pour gagner Hierro dès demain. Je zigzague dans les criques et tente de pêcher en attendant nos amis qui ont du mal à nous suivre dans le petit temps… Le soir nous arrivons à Vallée Grand rey.

L’endroit est décrit comme étant le mouillage le plus spectaculaire des Canaries, je veux bien le croire. Nous sommes au pied d’une falaise verticale de roche rouge de 800 mètres de haut. Il y 3 super Maramu 2000 sur 8 bateaux… On se croirait à La Rochelle ou à Hyères… Burnos est là mais nous ne le verrons pas car Dugong arrive, mouille, recule et se met à couple  pour le diner à bord de Badinguet. Nous nous séparons pour la nuit, Dugong reprend de la chaine et j’en lâche…

 

HIERRO - ILES CANARIES

 

09/11/08

A 5h30, nous relevons nos mouillages dans le noir et sans vent, nous partons vers la dernière ile de l’archipel au moteur. Nous croisons un banc de globicéphales puis des dauphins mais rien ne mord à la ligne.

Juste avant d’arriver à destination, un violent vent d’Est se lève. Vers 14 heures, nous contournons la haute digue du port de « La Restinga », l’endroit nous parait sinistre et dangereux, il y a beaucoup de rochers dessous et beaucoup de vent au dessus. Le policier qui me guide à la VHF puis du quai m’indique une place qui ne m’enchante pas… Je m’amarre entre le bateau de secours et un voilier rouge en piteux état le long du quai en pierre. Ils ont installé de grandes protections en caoutchouc extrêmement rigides tous les 4 mètres. Badinguet s’écrase dessus à chaque rafale avec un bruit de grincement qui me laisse présager une nuit très silencieuse et agréable…

Je n’ai pas le choix, le bateau est trop grand pour une place au ponton mais il faut que je trouve une astuce pour éviter le ragage des amarres et le frottement du caoutchouc sur notre liston. J’ai changé tous les cordages de place, installé 2 gardes montantes puis relié les pare-battages entre eux pour limiter les frottements. Je ne peux pas faire plus, inch Allah !

Pascale nous cuisine un poulet au curry avec des pommes et des bananes, Fantastique !!!

 

 

10/11/08

Il est 6h40 quand le bus pour Valverde arrive en bas du port. Le vent souffle en rafales et Badinguet souffre en rafales… 1 heure plus tard nous avons notre véhicule de location pour faire le tour de Hierro . Une forêt de pins, un cratère gigantesque de 1000 m de haut en partie effondré (il y a 50 000 ans !)

Des volcans en veux-tu, en voilà et des criques de sable blanc cernées d’anciennes coulées magmatiques. Dans l’Après midi, nous nous arrêtons à Charco Azul. L’endroit est magique. Nous pénétrons dans une grotte qui  s’ouvre sur un bassin naturel formé par la lave noire. L’eau est transparente et tiède, je plonge le premier. Xavier et Sophie s’équipent comme des pros avec des shorties , palmes, masques et tubas. De nombreux poissons se sont faits piégés par la marée descendante et c’est dans un véritable aquarium que nous nageons une bonne heure. Pascale, toujours réticente pour se baigner en mer hésite à sauter et finalement, à ma grande surprise, elle nage quelques secondes dans l’eau limpide de la grotte. De grosse vagues commencent à passer par-dessus la barrière naturelle et nous quittons notre piscine privée pour poursuivre la découverte de l’ile jusqu’au soir.

En revenant à bord, je découvre à quel point le frottement répété a fini par arracher le plastique au dessus du liston… Je suis dégouté !!   Le bateau est abimé, merde ! Saloperie de port ! Heureusement que les employés sont en week-end et qu’on ne paye pas !

Un passage au resto du coin qui fait WI-FI, je récupère la météo, téléphone à Maël puis à mon père et nous retournons à bord pour nous doucher et nous changer. Nous dinons an compagnie de Xavier et Sophie au resto. On discute du trajet à venir, il ne faudra pas trop s’attarder en route, on a un coup de vent aux fesses prévu sur le Sud Canaries à partir de Mercredi. Il faut donc qu’on soit déjà très au Sud quand il va arriver, à part ça, on devrait toucher du vent une bonne moitié du trajet…

 

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