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LES ILES SAN BLAS

 

 

 

28/11/2009

Une nuit voilée, avec de nombreux éclairs, comme des flashs au dessus des nuages qui masquent la lune…

Pascale fait un quart de 4 heures, royal ! J’assure le reste et la réveille vers 7 heures pour pouvoir un peu fermer les yeux à mon tour. Le ciel reste plombé et la mer formée. Badinguet avance comme une torpille vers l’archipel paradisiaque.

Les San Blas Sont en vue lorsque la ligne de traine part comme une furie…

Pascale enroule génois et grand voile pendant que je tente de ralentir la fuite du fil en serrant le frein. C’est assurément encore du gros !

Depuis que nous sommes partis, jamais un poisson ne m’a donné autant de fil à retordre… celui-ci m’a tout fait, des bonds à plus de 1 mètre de la surface, il a doublé deux fois le bateau, puis est retourné vers le fond en reprenant une bonne cinquantaine de mètre de fil ! Mais le pire ce sont ces à-coups incroyables qu’il a donné, peut être une trentaine, j’ai du me cramponner à la canne pour ne pas la perdre, comme des coups de tête ou de queue, je ne sais pas mais chaque fois c’était hyper violent… Lorsque j’ai enfin pu le gaffer et le hisser à bord, le wahou était mort, il a tout donné dans sa lutte et je n’ai pas eu à sortir le gourdin ou la bouteille de rhum. 18 kilos et 1m45, quel beau combat et quel beau poisson !

 

Nous contournons cayo hollandes et nous engageons la passe entre les cailles, de nombreux bateaux sont au mouillage, nous allons jeter un œil…

Les Biquets sont là et Rackham est mouillé à quelque mètres d’eux, les autres voiliers sont pour la plupart américains…  Nos amis viennent nous accueillir et Pascale leur donne deux belles parts de wahou. « Voyage » et « Rackham », les deux catamarans ont des avaries sérieuses, ils ont tous les deux pris des troncs d’arbres en navigation… Les biquets ont leurs deux bagues de safran en téflon cassées, Danielle et Henri ont à nouveau plié leur mèche de safran… Finalement, on est très content de ne pas être en cata !

Je change les membranes du déssalinisateur et voilà que je casse net le connecteur du tuyau haute pression du déssalinisateur, mais pourquoi ai-je forcé sur cet écrou ? La pression est telle que toutes les tentatives de réparation se soldent par de puissants jets d’eau dans la soute…

Biquette nous invitent à l’apéro ce soir, nous préparons un peu d’espadon et du wahou en carpaccio. La lune brille et illumine le mouillage, onze bateau se partagent ce bel espace, Badinguet veille à quelques encablures, il parait immense… Philippe et Pascale (les Biquets) ont préparé du planteur et mis la musique à fond, Johnny Halliday, Eddy Mitchell, Michel Berger, La tortue, et tout un tas d’autres tubes envoutants. Nous sommes dans un mouillage du bout du monde, au beau milieu de 5 iles encombrées de cocotiers et quelques voiliers, le tout, derrière une immense barrière de corail… La sono est excellente et les rythmes finissent par occuper une place de choix dans nos cerveaux embrumés par l’alcool, nous crions, hurlons, chantons, dansons, et nous finissons tous à poil dans l’eau tiède des San blas. Biquet est encore plus déchainé que d’habitude et ce n’est pas peu dire… Il est bon de nager dans ces eaux claires en pleine nuit…  Badinguet est bien visible sous la lune, il est si grand, si beau, mon esprit s’échappe, s’envole au dessus du mouillage, l’endroit est extraordinaire, la barrière de corail nous protège et le vent a baissé, nous y somme enfin dans ce petit coin de paradis…

 

29/11/2009

Réveil avec un sacré mal aux antennes… Un doliprane plus tard, j’attaque le tuyau haute pression du déssalinisateur par la face Sud ! J’engage en force la tétine et bloque tout ça avec un collier et du scotch ! Et ça tient, pour le moment… Le déssalinisateur fonctionne parfaitement, nous le rinçons pendant une bonne heure pour éliminer les produits de stockage des membranes. Je pratique les premiers tests pour vérifier la qualité de l’eau, 350 PPM, impeccable, on va avoir de l’eau douce à foison, tant que tient ma réparation !

Henri vient me chercher vers 10h pour notre première chasse sous-marine, je tombe nez à nez avec un beau requin nourrice et une raie de plus de 2m mais rien à tirer… Henri, grand chasseur, a fléché un gros pagre rose de 4 kilos. Il faut dire qu’il descend facilement à plus de 15 mètres pour faire ses agachons… Il tient une sacrée forme et je suis incapable de rester longtemps sous l’eau à plus de 10m… Du coup, je me rabats sur les langoustes et 2 petits crustacés terminent leur vie sous mes flèches…

Dans l’après midi, nous partons avec Pascale faire un tour en annexe. Il y a très peu de fond par endroit et nous longeons à faible allure (pour ne pas abimer l’hélice en cas de choc) les coraux qui bordent les nombreuses petites iles encombrées de cocotiers. Pascale a mis son maillot de bain, il y a de magnifique plages de sable et là, pas de chance, le truc qui ne fallait pas ! Nous passons au dessus d’un très gros requin nourrice et comme l’hélice lui a frôlé le dos, il part à toute vitesse le long de notre annexe… Inutile de vous dire que  Pascale a très bien vu qu’il faisait la même longueur que notre dinghy, soit 3 mètres.

-          Pascale : Je ne me baigne pas là dedans !

-          Nicolas : Mais c’est un requin nourrice, il est inoffensif.

-          Pascale : peut être mais je ne me baigne pas là dedans !

Le soir, nous dinons sur « Rackham », au menu pagre et wahou. Nous rentrons sur Badinguet fatigués, demain, nous mettrons un peu d’eau entre Badinguet et les autres voiliers, nous avons besoin et envie de jouer les robinsons et l’archipel s’y prête à merveille…

01/12/209

Nous partons avec Rackham en direction de Porvenir, la seule ile des San Blas où se trouve une autorité pour effectuer les formalités. 3 heures d’une navigation de rêve plus tard, nous plantons notre pioche devant une minuscule piste d’atterrissage, nous y sommes… Un beau thazar de 1 mètre s’est encore un peu trop approché de Badinguet et 11 kilos de poisson en plus dans le congélateur… Nous descendons à terre avec Henri et Danielle, le coin est incroyable, un petit aérodrome du bout du monde tenu par des indiens, des femmes en tenue traditionnelle nous présentent quelques molas (pièces de tissus cousues artisanalement) et un petit resto en bord de piste…

Pascale m’achète deux chemises décorées avec des pièces de tissus «façon molas » et nous effectuons les formalités au seul bureau de l’archipel. Les Kunas sont de petite taille, environ 1m60, ils sourient peu, ne disent jamais « merci » et on sent toujours une certaine distance, un léger retrait de leur part, nous sommes quand même à des années lumières de leur mode de vie, hélas !

Nous retrouvons « Téou » qui fait également son entrée, nous les avions rencontré au CVD à Dakar, ils ont sont à leur troisième tour du monde… Nous profitons de cette courte escale pour poser nos poubelles, c’est un des rares dépôts officiel, pour le reste de l’archipel, le plus écologique est de se trouver une plage déserte (et il y en a des centaines) et de faire bruler tous ses déchets…

Rackham et Badinguet quittent le mouillage ensemble et après 30 minutes de près serré, nous mouillons à nouveau à Cayos Lemones, juste à côté d’une ile magnifique avec une plage magnifique, un hôtel magnifique et nous aussi, on est magnifiques dans ce décor de ouf !

Nous dinons tous à bord de Badinguet, au menu ; carpaccio de wahou, de thazar et d’espadon, le tout avec des petites pommes de terre sautées et Pascale nous fait des crêpes en dessert, un régal… Henri et Danielle sont vraiment extras et nous passons une excellente soirée en leur compagnie. La lune est pleine, le cadre magique, j’écris un peu, Pascale attaque une vidéo sur le dernier lecteur multimédia en fonction, l’autre a rendu l’âme hier…

 

02/12/2009

Réveillés par des Kunas qui veulent vendre d’énormes langoustes et Lisa, la très fameuse travestie « master mola maker » (maître fabricant de Mola), excusez du peu, nous émergeons vers 8h.

Nous partons en annexe à la découverte des petites iles qui nous entourent, certaines sont habitées par des indiens, d’autres uniquement par les moustiques… Nous nous régalons à filer sur les entendues d’eau calme entre ces petites iles plates couvertes de cocotiers et de huttes Kunas. Les indiens nous saluent, leurs enfants s’enfuient en nous voyant débarquer puis reviennent timidement à l’invite de leurs ainés. Ils rentrent de la pêche ou réparent leur pirogue à l’ombre des palmiers pendant que leur femmes cousent les traditionnels pièces de tissus colorés.

    

 

Sur une des iles plus au Sud de Cayo Lemon, nous franchissons prudemment la barrière de corail pour accéder à une petite plage car un vieil indien nous fait signe d’atterrir.

Plusieurs femmes sortent de leurs huttes avec des dizaines de molas qu’elles étendent sur le sable, la transaction débute entre les cages à cochons et les nombreux enfants du village… Une petite fille nous apporte même un bébé tortue de mer ! Les plus jeunes sont les plus effrayés, est-ce par les lunettes de Pascale ou sa couleur de cheveux, ou sa tenue, ou ses tongues, on ne saura jamais. Peu d’entre eux parlent espagnol et la communication est parfois difficile sachant qu’ils sont très peu expressifs…

   

Le prix est très en dessous de ce que nous avons entendu et nous achetons 4 très beaux Molas cousus sur 10 épaisseurs de tissus (10$/chaque). Je sympathise aves « Douo », le pêcheur et nous convenons que nous les remorquerons jusqu'à Badinguet pour effectuer du troc avec Pascale. Douo est accompagné d'une de ses filles « Yadixene », terrorisée par notre voilier. Ils restent donc dans leur barque pendant que je lui donne 40 brasses de fil de nylon aves des hameçons et Pascale des fringues qu’elle ne met plus (et qu’elle n’a jamais mises d’ailleurs, et Toc !). En échange, il nous donne encore 4 Molas un peu défraichis, cool !

L’après midi, Pascale se baigne sur un petit banc de sable et nous partons chasser avec Henri et Danielle. Je transperce de part en part un beau barracuda et le poisson arrache l’ardillon sensé le retenir, je suis vert ! C’est la première fois que j’applique à la lettre les bons conseils de notre ami, hyper-ventilation, décontraction, silence, choix du terrain pour l’agachon, etc. Bien évidemment, lorsqu’on a plus de fusil utilisable, un gros paquet de magnifiques carangues, pagres, thazar maquereau vous passent sous le nez, je rage ! Je récupère mon petit fusils, « le langoustier » et je plante cinq toutes petites langoustes (on dirait des langoustines…), je sais, il ne faut pas, mais c’est trop bon ! Pendant ce temps, Henri a encore une fois tiré une très belle pièce, une grosse carangue atterri dans l’annexe, chapeau bas !  

Il est 17h, le soleil commence à décliner, je repars mes deux fusils avec une nouvelle flèche avec un système d’élastique pour le grand et une nouvelle cordelette pour le langoustier. Je suis fin prêt pour demain, espérons juste que mes sinus vont tenir le coup car tout à l’heure, j’ai vraiment eu mal en dépassant 10 mètres.

 

03/12/09

Vers 9h, départ pour la chasse avec Henri, mon mentor en la matière… Nous envoyons le grappin de l’annexe dans les coraux et tout le monde à l’eau… Pascale est restée à bord. Mes sinus frontaux continuent à me jouer des tours aussi, les canards profonds sont à éviter, je reste sur le bord du tombant pour chercher des langoustes. J’en tire deux puis en cherchant de plus en plus profond sous les coraux, j’aperçois un énorme crabe des San Blas et pan ! Il est rouge et ressemble à une grosse araignée bretonne mais avec des pinces conséquentes (et donc pleine de chair…) comme un crabe-araignée ! Je tire deux gros crustacés et finis par coincer ma petite flèche au fond d’une cavité (avec une petite langouste empalée entre les 2) ! Trois quarts d’heure pour récupérer ma flèche et j’ai, hélas détruit un beau massif corallien au passage. Mais il s’est bien vengé car j’ai encore quelques belle plaques urticantes causées par le corail de feu, il porte bien son nom celui là !

En tous cas, je me réjouis à l’idée que Maël et son amie Gaëlle viennent  découvrir une flore et une faune sous-marines exceptionnelles. Quand à papy Jean et Françoise, ca va sacrement les changer des iles vierges mais peut être pas de Quiberon qui reste le plus bel endroit de la planète terre, certains disent de la galaxie……  

Henri, comme à son habitude, remonte des profondeurs un gros baliste qu’il nous donne amicalement. De retour à bord, je prépare le poisson pour le repas de ce soir et Pascale fait cuire les deux crabes et les langoustes. Danielle repart en France pour deux semaines, nous passons à leur bord pour lui dire au revoir, nous leur donnons un crabe et nous partons au près serré vers l’Est et une autre ile paradisiaque…

Il n’y a personne au mouillage Ouest de Coco Bandero. Nous avons placé Badinguet entre une grande caille qui émerge à peine et une ile couverte de cocotiers, juste devant nous légèrement sur bâbord, une autre ile de quelques mètres carrés, surmonté d’un seul arbre. Les pélicans arrivent par dizaines pour pécher autour du bateau, une petite brise de Nord-est nous rafraichit, le soleil décline en rougissant, les ombres s’allongent, je bois un ti'punch, Pascale lit à l’extérieur en profitant du paysage, nous sommes seuls au monde…

 

Ce soir crabe et baliste, ROYAL !

 

04/12/09

Je pars chasser dés le matin mais je ne trouve rien d’intéressant si ce n’est un gros baliste qui ne se laisse pas approcher, tant pis pour nous, tant mieux pour lui !

Les fonds sous-marins sont toujours aussi beaux avec des coraux très développés et en parfait état. L’eau est un peu trouble et au-delà de 7 mètres environ, on ne voit plus grand-chose.

Nous nous déplaçons vers le mouillage Est de Coco Bandero où nous retrouvons 3 catas et 1 sloop, c’est la première fois que nous avons la sensation qu’il y a plus de catamarans que de monocoques, les temps changent et il n’y a pas de fumée sans feu, est-ce le début de la fin des monocoques ?

Le mouillage est plus agréable et nous sommes coincés entre 5 petites iles désertes, voila un mouillage de rêve ! Nous finissons le crabe et le baliste en salade est excellent. Pascale se baigne longuement sur les plages de sables blanc, il ne semble pas y avoir trop de no-no ou yin-yin ou puri-puri (petit moucheron ridicule qui pique grave le soir venu et même dans la journée s’il est contrarié !). De gros orages barrent l’horizon le soir venu, peut être une nuit agitée en vue ?

Laurence, adepte du bateau-stop et son skipper du moment, l’allemand Petr viennent à bord boire l’apéritif et discuter un bon moment, ils voyagent sur un Catana 472 et je dois dire que si nous devons un jour nous tourner vers les catamarans, celui-ci occupe incontestablement une longueur d’avance dans mes préférences. Une bête de course avec un confort exceptionnel !  Ils franchiront le canal en même temps que nous vers la mi-février.

 

05/12/09

Réveil à 8h, une vraie grasse matinée, et la nuit fut calme, désespérément calme, pas d’air dans la cabine arrière…

Nous achetons un ananas, des bananes, des tomates, une énorme langouste et des citrons à un Kuna prénommé Apio en barque, le tout pour 10 dollars, pourquoi se priver ?

Petr me passe deux logiciels assez extraordinaires qui permettent de calibrer les cartes marines que nous pourrions scanner ou photographier. Cette conversion et cette calibration leur permettent ensuite d’être ouvertes sous un autre logiciel de navigation. L’ordinateur est relié au GPS et nous voilà avec des cartes des San Blas hyper précises, merci les Allemands !

L’après-midi je chasse un peu et ramène deux petites langoustes pendant que Pascale barbotte sous les cocotiers, tranquille la vie ! Henri nous retrouve enfin, il est mouillé un peu plus loin et il se déplacera demain, j’ai hâte de repartir à la chasse avec lui.

Puis c’est au tour de Birgit et Michael de venir à bord, ils ont un magnifique Lagoon 50. Allemands tous les deux, ils viennent récupérer quelques informations en informatique. Lui est dentiste et il a carrément installé un cabinet à bord avec radiologie et tout le matos ! Il nous avoue avoir quand même pas mal de soucis avec son bateau mais qui n’en a pas ? Nous ? Oui, c’est vrai !

Nous repartons une ou deux fois par jour à la chasse et pendant qu’Henri tire du gros à plus de quinze mètres de profondeur, je cartonne avec les crabes et les langoustes, dernière chasse : 5 gros crabes et 5 langoustes, quand même !

Nous partons pour Cayo Holandes, et nous mouillons le long d’une petite ile « Miriadiadup »

 

08/12/09

En début de matinée, Pascale et moi allons faire un tour sur l’ile où deux huttes nous tendent les bras…Henri nous rejoint et Prado, travesti, nous accueille à bras ouverts, surtout Henri et moi, d’ailleurs ! Il (ou elle) nous présente ses Molas et Pascale en achète encore 3 ainsi qu’un sac. Pendant que je prends des photos du parc à cochon situé derrière les huttes, une jeune indienne attache sur son poignet les traditionnel bracelets de perles qui, mis côte à côte, décrivent des dessins surprenants. Nous découvrons une lentille derrière les huttes, trou creusé profondément au travers du platier ou s’accumule l’eau de pluie et qui permet aux Kunas d’avoir de l’eau toute l’année.

Roberto, un cousin de Prado, nous demande de l’emmener sur l’ile de Soledad Miria pour ramener sa femme et sa fille de 1an… l’ile est à 12 nautiques de Cayo Holandes et il y a une fête kuna organisée aujourd’hui, cool ! Nous levons l’ancre vers 14h, Roberto est à bord de « Rackham » et nous voilà plein vent arrière en direction du fond du golfe des San Blas…

Nous sommes en vue de Soledad Miria et de très gros orages sont bloqués par les hautes montagnes de la côte panaméenne… Nous mouillons à côté de « Caramba », un bateau espagnol qui a déjà quelques heures de vol a priori…

L’ancre est à peine au fond de l’eau que nous levons les yeux, stupéfaits, ce qui nous entoure est incroyable, des dizaines de huttes collées les unes aux autres, encombrent la rive. Les pirogues taillées dans des troncs sont hissées pour la nuit sur des arceaux en bois. On a l’impression que village a les pieds dans l’eau. Des enfants jouent entre les barques suspendues sous le regard, certainement amusé, d’un dauphin qui contourne l’ile paisiblement. Cent cinquante familles vivent sur cette ile et la végétation a quasiment disparue… nous restons 3/4h à contempler le spectacle hallucinant qui s’offre à nos yeux. Je prends photo sur photo du bateau car je sais que les Kunas ne se laissent pas prendre facilement, ce que je comprends tout à fait…

Henri arrive à son tour et dépose Roberto au petit ponton en bois, il nous rejoint ensuite. Nous nous habillons en quatrième vitesse pour profiter de son annexe et nous voila tous les trois abordant le territoire Kunas…

Tellement difficile de décrire ce que nous voyons et surtout ce que nous ressentons. Nous sommes plongés dans un autre temps mais surtout dans un lieu absolument incroyable… les grandes huttes bordent la petite allée qui nous amène à la place du village. Les femmes sont toutes en habit traditionnel avec des perles sur toute la hauteur des jambes, un bustier-mola et un paréo autour de la taille. Elle porte un foulard de couleur rouge, des bijoux en or et de nombreux tatouage sur le visage. Tout comme les enfants, elles nous saluent avec des « ola » et des sourires… Nous arrivons à la salle des fêtes, une hutte plus grande que les autres avec une intense activité à l’intérieur. Des dizaines de femmes parées de somptueuses tenues nous bousculent en riant, elles sont toutes complètement saoules et plusieurs d’entre elle tiennent des bouteilles de rhum presque vides… elles nous apprennent en titubant qu’aujourd’hui, c’est la « fête de la mère ». Je trouve ça tellement plus beau que notre « fête des mères »…  Le Sahila (le chef du village) sort de la hutte avec un beau chapeau à plumes rouges pour nous emmener chez lui mais il part si vite que Henri n’a pas le temps de repérer dans quelle hutte il est entré, et nous voilà perdus, dans la pénombre à demander notre chemin a des ombres fantomatiques. Nous finissons par atterrir chez Natasiano, personnage incontournable de « Soledad Miria », c’est un peu le business man de l’ile et beaucoup de gens gravitent autour de lui… Comme quelques heureux élus Kunas, il a trouvé un jour un sac qui flottait rempli de cocaïne colombienne et depuis, il a fait fortune…  C’est son anniversaire, il a trente ans aujourd’hui et nous voilà invités dans une salle puis dans une autre. A chaque fois, les chaises en plastique et les bières panaméenne nous suivent de près !

Pascale avait repéré les boucles d’oreilles des femmes Kunas (étonnant, non ?) et comme j’en ai parlé à Nata, sa femme apporte un pot en plastique rempli de bijoux en or d’une grande finesse. Le choix est assez vite fait et Pascale tient son cadeau de noël,  Henri en profite pour acheter un beau collier pour Danielle. C’est la femme Kuna qui fixe les prix et qui négocie.

Les indiens sont de plus en plus alcoolisés et les bières arrivent sur la table au rythme de 12 toutes les 10 minutes, ils sont déchainés, la soirée bat son plein, les Kunas dansent en criant qu’ils nous aiment, que nous sommes de la même famille puis la femme de Nata arrive par surprise. Elle renverse un grand seau d’eau sur la tête de son mari qui commençait à s’assoupir, tout le monde éclate de rire… Pas de doute, ils aiment la fête et ils sont si petits qu’on leur donnerait à tous 14 ans, quel incroyable moment…

Henri en est à sa sixième bière (comme moi) lorsque le riz et le poisson arrivent, il était temps ! Nous sommes leurs invités et ils font tout pour nous faire plaisir, musique, boissons, danses, et même des cadeaux… Nata a un appareil photo numérique depuis peu et nous sommes pris en photos sous toutes les coutures, juste retour des choses…

Nous les quittons non sans les avoir tous remercier pour leur formidable accueil et ce moment inoubliable passé en leur compagnie. Un guide nous emmène dans le noir vers le centre du village et nous repassons devant la hutte des fêtes, j’y pénètre en premier... Les Kunas, éclairés par des bougies et deux lampes à pétrole, sont assis sur des bancs autour du Sahila qui chante et danse en titubant au milieu de l’assemblée. C’est bien simple, tout le monde est complètement bourré, de 12 à 80 ans, tout le monde picole  à mort pendant la fête… Sur cette ile comme sur les autres, en dehors des périodes de festivité, les Kunas n’ont pas le droit de boire. Des dizaines de petites femmes, habillées de perles et de Molas, tenant à peine sur leurs jambes, titubant, riant bruyamment nous interpellent pour partager un verre en coco rempli de chicha (alcool local à base de rhum).

Nous retournons aux bateaux à 21h45, quelle soirée incroyable, que de souvenirs…

 

09/12/09

6h du matin, la pluie tambourine sur le pont, le vent souffle en rafales, qu’est ce que c’est que ce b…. ?

Nous sommes au beau milieu des orages et l’éclaircie n’est pas pour tout de suite. L’ile de Soledad Miria est à 2 milles a peine de la côte et les orages s’y accumulent en cette saison, nous étions beaucoup pour épargnés à Cayo Holandes.

Vers 9h15, le temps semble s’améliorer un peu et Henri vient nous chercher avec son annexe pour nous emmener à terre, nous y retrouvons Roberto…  la visite du village n’a rien à voir avec notre expérience de la veille, les ruelles en sable sont ratissées et les grandes cases, le congresso et la hutte des fêtes sont vides.

Les quelques canettes de bières vides cachées derrière des cocotiers sont les uniques vestiges de la beuverie nocturne… Les femmes sont toutes en habits traditionnels et nous faisons la connaissance de la famille de Roberto… Quand Maël va se retrouver à côté des indiens Kunas, il va falloir qu’il se baisse drôlement pour les saluer… la mère de Roberto, Agripina, est tout sourire et se laisse facilement prendre en photo avec ses enfants, le reste des prises de vue doit être volé, avec l’appareil tenu nonchalamment le long du corps et le travail se fait au juger. Le résultat est médiocre et j’abandonne rapidement la photo pour discuter avec quelques femmes âgées déchainées, à la recherche de bière à 10h du matin, quand même !!!

   

Nous faisons faire du pain par une famille indienne et en attendant la cuisson, Henri est parti en annexe chercher des denrées que nous ramènerons à cayos holandes (riz, batterie, molas, eau, etc.),  Pascale achète une tenue Kuna, côté molas, on a fait le plein !

Alors que je me promène sur une petite place du village, mon  front vient embrasser un morceau de bois pointu qui dépasse du toit d’une hutte, toutes les femmes qui ont vu la scène éclatent de rire de ma bêtise, j’hallucine !

Puis, lorsque l’une d’elle se rend compte que je saigne un peu, c’est le branle bas de combat… Elles viennent m’essuyer le front avec des tissus et inspecte avec beaucoup de sérieux mon écorchure, je suis aux anges !

Ensuite, elles se mettent toutes a rouspéter comme quoi, les hommes n’ont pas bien coupé cette branche et que c’est dangereux. Les deux ou trois indiens qui passent par hasard sur la petite place en prennent pour leur grade, je suis un peu gêné !

Pour finir, la plus vieille des femmes m’aborde et me prenant par le bras pour m’expliquer que l’entrée de la hutte est de ce côté et non pas par là où j’ai voulu passer, je suis honteux ! Tu me diras, ils ne seraient pas si petits, je ne me serai pas mangé le toit !

Extraordinaire société de sagesse et d’humour, nous sommes émerveillés.

 

 

 

Nous quittons l’ile vers 11h, le temps est couvert et la mer d’huile. Badinguet attaque la route de retour au moteur et deux heures plus tard, nous jetons l’ancre à côté de la plage de nos amis.

Henri arrive à son tour et débarque la petite famille (qui doit préférer la stabilité des catamarans à notre super Maramu) ainsi que les vivres qu’ils ont achetés à soledad miria. 

Pas un souffle d’air, ce qui est rare en cette saison, nous discutons et aidons les Kunas à décharger pendant que Pascale somnole dans le cockpit et…. Les chitras (minuscules moucherons hyper agressifs) attaquent. Les Américains les appellent les « noseethem (no see them)» tellement ils sont minuscules…

Nous dinons avec Henri à bord et la soirée se termine très agréablement avec les dernières gouttes du marc de gewurztraminer de Wilfried, snif !

 

10/12/09

Il est 1h20 du matin, j’entends Pascale pleurnicher à côté de moi, elle est couverte de piqures volumineuses et boursouflées. Nous la badigeonnons de diprosone et elle se rendort enfin 1h plus tard. Au réveil, inutile de compter, sa peau ressemble à un immense grumeau rouge ! Le tube de diprosone ne va pas faire long feu !

Nous partons chasser avec Henri et dans cette eau calme, sans courant ni vent, il tire 5 pagres et un magnifique capitaine pendant que je ramasse 4 crabes, 3 langoustes et un petit pagre, une partie de pêche formidable… l’après midi, nous allons nous baigner avec Pascale pour rafraichir un peu le feu des piqures puis nous sommes invités sur l’ile par Prado pour fêter l’anniversaire de sa nièce et pour nous remercier de notre aller-retour. Le vent reprend lentement mais surement ses droits et les 15 nœuds de Nord-est (les alizés) empêchent toute attaque d’insecte, Pascale est sauvée ! 

 

Les Kunas ont pêché des dizaines de langoustes, des lambis et des cigales et nous dinons, éclairés pa

r une lampe sur batterie, avec toute la famille de Prado et l’équipage de « Pépita » de « San Blas sailing », une société de charter locale. Quelle belle soirée avec ces Kunas rieurs, moqueurs et un peu alcoolisés par les nombreuses bouteilles de vin que les voiliers ont apportées…

 

11/12/09

Une petite vacation sur iridium, la météo est stable pour les 4 jours à venir, inutile de demander plus de prévisions, ce ne serait pas fiable. Nous échangeons nos mails avec la famille et nos amis, Maël arrive très bientôt, il nous a acheté un nouveau fusil à langoustes et Papy jean et Françoise sont au salon nautique comme chaque année.

Je tire un gros maquereau thazar et Henri ramène une belle dorade grise des profondeurs. On va encore se régaler !

 

12/12/09

Nous partons vers 9h, les Kunas nous font de grands signes d’aurevoir, la navigation est idéale, 20 nœuds de vent au près bon plein, Badinguet fonce à 8,5 nœuds derrière « Rackham », le catamaran Catana de Henri qui s’envole à plus de 10 nœuds…

Nous mouillons à nouveau à Coco Bandero Ouest juste le temps de chasser et de rentrer bredouilles ! Je passe quand même à quelques brasses d’une très grande raie léopard de plus de deux mètres d’envergure, quelle spectacle !

Nous repartons assez vite vers Isla verde, juste au Sud pour découvrir une nouvelle ile, un nouvel abri, de nouveaux récifs et plages pour préparer la venue de Maël et Gaëlle. Le mouillage est très facile et bien protégé par une barrière de corail malgré les 20 nœuds de vent régulier. Nous mouillons les 70 mètres de chaine histoire de la purger un peu de sa rouille, on ne risque pas de déraper ! J’aide Henri à démonter deux réas bancales de sa tringlerie de barre à roue puis nous dinons tous sur Badinguet. Pascale a cousu un Mola sur un coussin Amel et le résultat est magnifique, je ne savais pas que j’avais embarqué une couturière, bon, il va falloir repriser mes slips maintenant !

Apio, sur son cayuco (barque creusée dans un tronc d’une seule pièce) nous vend quelques bananes vertes et du pain,  nous lui commandons des ananas et des tomates pour demain.

 

13/12/09   

Le vent semble maintenant bien installé et la période des alizés est lancée. Je descends l’annexe à l’eau puis Pascale allume le groupe et le déssalinisateur, comme chaque matin. Nous prenons notre petit déjeuner et vers 9h, nous partons à la chasse. L’eau est trouble et le tombant de 20m est impressionnant, je loupe en blessant 3 gros balistes et Henri, comme à son habitude  ne rate pas son coup… nous voilà avec deux  balistes à dépiauter.

Nous retrouvons des amis de Carthagène, le bateau « Lares » et nous découvrons « Pépita », le charter de Gilbert.

Cathy et François vivent depuis sept ans sur un petit bateau bleu, ils fabriquent des bijoux à base de graines qu’ils appellent de l’ivoire végétal. Elle vient a bord de Badinguet nous présenter sa collection et nous sommes surpris par le magnifique travail qu’ils arrivent à faire sur leur bateau. Pascale achète un collier et des boucles d’oreille, qui a dit qu’on ne dépensait rien aux San Blas ?

 

14/12/09

Henri est parti tôt ce matin en nous affublant de quelques coups de trompe très bruyants. A peine levé, je modifie considérablement mon arbalète sous-marine en renforçant le fil qui relie le fusil à la flèche par un gros élastique, je devrai perdre moins de poisson !

Jocelin de « Lares » nous appelle à la VHF, nous partons chasser ensemble, je préfère ne pas pêcher seul, il y a quand même du gros dans le coin et les « tiburones (requins)» ne sont jamais très loin…

Nous interceptons un message de « Cata-fjord », Malou et Dominique arrivent de Nargana dans une heure, génial, on retrouve d’autres amis ! « Zino » arrive a son tour et « l’Esquinade » ferme la marche… tous nos amis de Carthagène arrivent les uns après les autres. Je pêche une petite carangue, un beau baliste de plusieurs kilos, un crabe et une langouste.

Nous déjeunons avec Gilbert et ses clients sur isla verde, au menu, brochettes au feu de bois et riz, génial, on se prend pour des Robinsons Crusoé !

Dans l’après midi, nous rendons visite à « Lares »,  et le bébé du frère de Jocelin  tousse bien gras… Ils arrivent tout droit de paris et il semblerait que le petit Joseph, 7 mois ait tous les symptômes de la bronchiolite, et oui, je vais faire des séances de kiné respiratoire pour bronchiolite aux San Blas !

 

15/12/09

Nous sommes cinq à repartir à la chasse avec la grande annexe de cata fjord, et tout ça pour 3 malheureux crabes et quelques petits poissons. Un grand requin nourrice à raflé le reste des poissons attaché à la bouée de Jocelin… les requins qui croisent dans ces eaux chaudes sont les nourrices (inoffensifs mais il ne faut pas trop les chatouiller), les requins de récifs, (gris ou pointe noire), les citrons et les taureaux, les deux derniers n’hésites pas longtemps à boulotter un poisson blessé par une flèche par exemple ! 

Heureusement qu’on a bien pêché la veille car le grand feu de bois que Monique et Christian de « Zino » ont démarré n’attend plus que le retour des valeureux chasseurs (quasi bredouilles aujourd’hui). Nous déposons les balistes emballés dans du papier alu directement sur les braises et, 40 minutes et quelques bières plus tard, nous sommes 14 à déguster le poisson, les crabes et les délicieuses salades que les 6 équipages ont préparées. Nous finissons le repas avec des noix de coco que nous découpons sur le sable entre deux baignades dans l’eau turquoise qui avoisine les 30°… Quelle difficile après-midi… 

   

 

16/12/09

Le petit joseph est toujours bien encombré et les séances de kiné se poursuivent à ce jour.

Nous sommes retournés à Coco Bandero Est, notre coin préféré pour le moment. « Zino », « Esquinade » et « Lares » sont avec nous et le mouillage commence à être un peu étriqué mais les plages et les iles sont tellement belles, que peut-on demander de plus ? Nous mangeons encore du crabe et la carangue en attendant la pêche de l’après-midi.

Apio, un Kuna qui assure, contre monnaie sonante et trébuchante, le ravitaillement des voiliers nous amène enfin la commande passée 3 jours plus tôt, des tomates, des oignons, un choux et des bananes, il ne reste plus qu’à pêcher le poisson. Avec « Lares » et « Esquinade », je pêche un pagre, deux crabes et deux langoustes, on a de quoi manger !

Le soir, Pascale nous prépare du wahou en carpaccio et une salade de pomme de terre. Il est 20h, la nuit est noire et la petite poubelle de Pascale est pleine de déchets de poisson, c’est quand même dommage de gâcher ! J’amorce un bon 1/4h puis je mets une palangrotte avec un bas de ligne en acier… 5 minutes plus tard, j’ai l’impression de m’être accroché au fond tellement ça tire, puis ça lâche doucement mais le poids est énorme ! En fait, j’ai l’impression de remonter le fond ! J’appelle Pascale pour qu’elle m’apporte un gant rapidement... Ca à l’air très gros et le fil me coupe les doigts!

Non d’une pipe, un requin !

Un gros requin nourrice de 2 mètres  se laisse tranquillement tirer par le fil de 60/100ème  et mes menottes protégées par le gant ! Nous le gardons une bonne dizaine de minutes avec nous sous le crépitement des flashs de Pascale et la puissante lumière de Christian, sur  « Zino » à quelques mètres de Badinguet. Je le fais passer par l’arrière pour descendre à son niveau et couper le bas de ligne au ras de sa gueule ! Il reste encore un moment entre deux eaux puis s’enfonce doucement vers les profondeurs sombres du mouillage, séquence frissons.

Pascale ne veut définitivement plus se baigner sans une dizaine de marines américains avec une puissance de feu équivalente à celle du porte-avions Enterprise !

 

18/12/09

1 heure de navigation et nous voilà à Canbombia, le mouillage est très paisible et « Lares » nous rejoint 30 minutes plus tard car le petit joseph reste encombré. Ses parent préfèrent rester a portée de mes soins et comme j’aime chasser avec Jocelin et Adrien de « Esquinade », tout le monde est content et y trouve son compte ! Encore une belle partie de chasse avec des requins, des raies léopard, des pagres en veux-tu-en-voilà, et de superbes carangues que je loupe superbement ! L’endroit est calme, très protégé mais un peu près de la côte panaméenne et les orages pourraient bien nous surprendre si la météo se confirme… Nous sommes à 1 heure de Nargana et Corazon de Jésus, là où les jeunes atterrissent…

 

19/12/09

La nuit fut assez pénible avec un trouduc de bateau américain qui au moindre retournement de vent, panique et décide de changer de place en pleine nuit sous les orages !!! A quatre reprises, il rase Badinguet en trainant son ancre, GRRRRRRRRRRRRRRRRRR !

Je lui envoie régulièrement ma torche en pleine poire, histoire qu’il n’oublie pas que je suis tout proche et qu’il risque de prendre un Super Maramu sur la tronche !

Au matin, deux autres voiliers américains arrivent pour mouiller à côté de nous. Madame est à l’avant, monsieur aux commandes. Ils sont reliés tous les deux avec casques et micros et se parlent constamment… sur un bateau de 10m ! Sacrés Ricains !

La chasse de l’après-midi restera dans ma mémoire… alors que je viens de flécher un beau  barracuda, un requin, tout ce qu’il y a de plus inquiétant, se rapproche prudemment, je suis très loin de l’annexe… je recule le plus loin possible dans les coraux et achève rapidement le poisson au poignard. Le requin attend… Apparait alors juste à côté de moi un pagre de 1 mètre, le plus beau poisson que je n’ai jamais vu, là, tout près. Je suis empêtré dans les coraux, avec un barra mort et un grand requin qui tourne dans le bleu, situation insoluble !

Le pagre s’en va, le requin le suit et je reste sur place pour terminer ma chasse par deux petits pagres pour Pascale qui adore ça. Que d’émotions !

Ce soir, nous invitons sur Badinguet « Zino » et « Lara » pour déguster le barra au four. 1h de cuisson, décidemment, jusqu’au bout, ce poisson aura été récalcitrant. Pierre et Christine ont un Nauticat et vivent ici depuis 3 ans comme résidents permanents. Lui est médecin de formation urgentiste et nous discutons toutes la soirée de ses interventions sur les Kunas et les plaisanciers. Ca me remet dans le bain et nous passons une très agréable soirée jusqu'à 00h45, incroyable !

 

20/12/09

Réveil embrumé, la mer ressemble à un lac et les airs redeviennent le domaine des chitras… première victime sur la liste noire, Pascale bien sûr ! La pauvre est à nouveau couverte de piqures bourgeonnantes…

Nous nous mettons à couple quelques minutes de « Lara » et Pierre donne à Pascale quelques antihistaminiques après lui avoir pris la tension avec ses mains. Tout va bien, on leur fait de grands signes et direction « Nargana » au moteur tout doux…

Nous jetons l’ancre devant les deux gros générateurs de l’ile en espérant ne pas trop se faire dépouiller par les moustiques.

Pascale et moi quittons le bord pour visiter les deux iles reliées par le pont piéton de l’amitié... Nous achetons des patates, des tomates et du riz pour les deux gros mangeurs qui atterrissent demain à l’aube. Les iles « Corazon de Jésus » et « Nargana » n’ont absolument aucun intérêt à nos yeux, sales, habités par des Kunas aigris, sans identité, à cheval sur deux sociétés et celle de consommation, la notre, est en train de détruire la leur très rapidement. Nous remontons en annexe le fleuve rio Diablo pendant 10 minutes, la jungle est très impressionnante, Pascale adorerait s’y promener...  c’est bien simple, plus on approche des rives, plus son rythme cardiaque augmente…

 

21/12/09

5h du matin, je tourne et retourne dans la couchette, impossible de dormir, les réveils vont-ils sonner ?

Pascale se lève à son tour, il est 6h, l’heure théorique de décollage du petit avion de Panama city… N’y tenant plus, nous partons en annexe vers l’ile isolée de l’aérodrome mais il n’y a aucun signe d’activité, tout est désert… Nous questionnons des pêcheurs qui nous expliquent que lorsque la lancha blanche partira de Corazon de Jésus, ce sera le signal que l’avion est proche. Nous retournons au  bateau, frustrés.

Je suis une vraie pile électrique et le manque de sommeil n’arrange pas les choses… il est 9h lorsque nous apercevons aux jumelles la lancha accoster sur l’ile de l’aérodrome, nous bondissons dans l’annexe.

Arrivés sur l’ile, un nuage de chitras nous accueille et il est préférable d’attendre l’atterrissage à distance de la terre ferme.

Ca y est, le petit bimoteur plonge vers la petite piste défoncée et 1 minute plus tard, tout le monde a récupérer ses sacs. Quel bonheur de les retrouver. Nous plaçons dans le dinghy un énorme sac de voyage et deux jeunes tout blancs et habillés comme à la ville, trop contents !

Nous payons l’impuesto (impôt Kuna) puis Badinguet appareille pour Coco Bandero Est une troisième fois.

Il est 10h30 lorsque nos deux étudiants mettent la tête sous l’eau et le reste aussi…

 

22/12/09

Tout se déroule au mieux, nos deux invités de marque passent de la plage à la chasse sous-marine puis retour à bord pour manger crabes, langoustes et poissons puis plage, chasse et le cercle infernal reprend… résultat des courses, nous rêvons de plus en plus d’un bon steak-frites.

Nous avons plongé un peu tard hier soir et les poissons morts que nous avions accrochés sous la bouée ont tous été mangés par les requins. En fin de chasse, trois gros nourrices nous tournaient autour, ça donne un peu envie de retrouver le plancher des vaches et à propos de vache,, j’en mangerai bien une !

En tous cas, Maël en prend plein la vue et je jubile en l’imaginant raconter son court séjour aux San blas. Cela fait 24h qu’ils sont arrivés et ils ont déjà plongé au milieu des requins, on n’apprend pas ça à l’université…

Danielle et Henri nous rejoignent au mouillage mais chacun reste à son bord car le vent est monté à 20 nœuds et s’est orienté à l’Ouest, une fois n’est pas coutume !

 

23/12/09

Nous partons très tôt à la chasse ce matin, il nous faut notre revanche sur les squales. Dés que nous fléchons un pagre, il faut retourner à l’annexe pour le mettre hors de portée des voleurs… cette fois- ci, le  repas est assuré, un baliste, 4 pagres, 2 petites carangues et un beau crabe, Maël est vengé !

Nous nous déplaçons à Cayo holandes mais nous évitons le mouillage « swimming pool » où 28 voiliers américains se sont réunis pour passer noël. Déjà qu’en temps normal, ils restent toujours grouper, là c’est l’attroupement !

Nous passons l’après-midi à lézarder au soleil et à barboter sur les bancs de sable. Un beau barracuda vient montrer son nez à Pascale dans 40 cm d’eau, ils s’observent tous les deux puis le plus gros des animaux regagne son milieu…  Pascale rejoint la plage !

Après avoir discuté avec les Kunas de l’ile voisine, Maël nous photographie sous toutes les coutures, et les photos sont géniales !

 

De gros cumulonimbus barrent l’horizon, la journée se termine. Maël et Gaëlle épluchent les patates, les pélicans plongent en escadrilles devant un magnifique coucher de soleil, Pascale est aux fourneaux (crabes, langoustes et poissons pour changer) et je bois un ti’ punch devant l’ordinateur, un juste équilibre en toutes choses…

 

24/12/09

A peine levés, nous repartons chasser… encore un beau pagre et un baliste. En fait il suffit de chasser une heure pour assurer le repas de la journée, la vie est simple.

Nous quittons notre mouillage pour rejoindre celui de Miriadiadup, un peu plus loin. « Zino », le Sunkiss 47 de Monique et Christian nous y attend pour fêter noël. Nous chassons encore quelques pagres puis nous finissons tous sur la petite ile avec la famille Kuna que nous connaissons. Un gros pagre et du riz au coco, le tout arrosé de vin chilien et argentin. Pour le dessert, Monique a fait des crêpes et Pascale, un clafoutis et un fabuleux crumble aux pommes.

Les Kunas partagent notre repas ou nous partageons le leur, on ne sait plus trop mais la soirée et simple et peine de rires et de bonne humeur. En fin de soirée, tout le monde a bien mangé, même les chitras… Ces minuscules insectes badingovores nous ont bouffés les chevilles sous la table, joyeux noël ! Les Kunas refusent que nous payions mais nous insistons car ils ont si peu de chose et pourtant, ils nous donnent tant…

 

25/12/09

Chacun compte ses piqures dans sa couchette lorsque j’arrive dans le carré, des paquets cadeaux encombrent la cuisine, ouahhhh ! Maël et Gaëlle nous ont comblés, un grill électrique, des mugs et un porte-clés souvenirs de New-York, un bracelet (ça tombe bien, Pascale n’en avait pas !) et un clavier souple pour ordinateur, c’est vraiment noël !

Et hop, on retourne chasser et nous emmenons Gaëlle qui a son premier tête à tête avec un gros requin nourrice dans 1m50 d’eau !

Nous quittons nos amis Kunas et partons directions Cayos lemones ou nous apprécions une bière fraiche dans l’eau turquoise.

Ce soir, foie gras, steak-patates sautées et dessert surprise, j’en salive déjà !

Bon, le dessert surprise, c’était des fraises et une salade de fruits, j’en salive encore…

 

26/12/09

Nous quittons Miriadiadup, pour Cayos Lemones, soit 1h de navigation sous voiles, le vent est de la partie, c’est pas trop tôt !

Une petite baignade-bière dans 50cm d’eau puis un bon diner de poissons et dodo… Pascale et moi attaquons un des nouveaux films divx que Maël nous a téléchargé et 10 minutes plus tard, le sommeil l’emporte.

 

27/12/09

Une pêche le matin avec encore et toujours des pagres, on va finir par se plaindre. Comme Maël progresse rapidement en technique (il devient beaucoup plus silencieux dans l’eau que dans le bateau), les poissons sont péchés plus rapidement qu’ils ne sont consommés… Les prises s’accumulent dans le congélateur. Aujourd’hui, Maël n’a rien pris et mon fiston est d’une humeur que je qualifierai de « difficile » il aime pô être bredouille !

Discussion de la soirée…

-          Nicolas : Tu n’as pas travaillé depuis ton arrivée, tu n’avais pas des révisions à faire ?

-          Maël : Si, si, je n’y ai pas touché et j’ai les écrits des partiels à la rentrée

-          Nicolas (paniquant) : Mais il faut que tu travailles, c’est pas possible… si tu savais l’importance que je porte à ta réussite…

-          Maël : Mais papa, je ne suis qu’une goutte dans l’océan, un grain de sable dans le désert et… il n’y a que les cailloux qui réussissent !

-          Nicolas : Non mais ça ne va pas bien, tu m’inquiètes…

-          Maël : T’inquiètes, ça va, je sais ce que je fais, tu verras…

-          Nicolas : Gulp !

Nous partons en début d’après-midi pour Rio Cidra, une grande ile Kuna. Changement de décor avec des huttes les unes contre les autres et des indiens toujours aussi gentils et spectaculaires dans leur physique et leurs tenues. Nous payons l’impôt de l’ile de 4 USD et visitons la maison de Lisa, le très fameuse « master Mola maker ». Il n’y a pas photo, ses Molas sont vraiment plus beaux que les autres et pas beaucoup plus chers. Nous en achetons 3 puis nous continuons notre balade sous l’escorte d’un jeune Kuna pour acheter des œufs et un « Nuchu ».

Le Nuchu  est une petite statuette en bois représentant l’individu qu’il faut soigner. Le « Nele », (médecin traditionnel Kuna) les fabrique pour chaque patient leur attribuant beaucoup de pouvoir, il porte une âme et une volonté spirituelle telle qu’il pourrait se retourner contre son possesseur s’il en faisait mauvais usage !

nous quittons l’ile et son mouillage précaire, direction plain nord, contre le vent pour mouiller devant une grande ile surchargés de cocotiers. Nous recommençons notre séance baignade-bières dans 50cm d’eau puis le ciel nous offre un magnifique coucher de soleil.

 

27/12/09

7h30, nous remontons l’ancre et 1h plus tard, nous la replongeons dans les eaux de Canbombia, il n’y a que nous au mouillage, génial.

La partie de pêche est extraordinaire, 2 beaux pagres et un baliste pour moi mais surtout bravo à Maël qui nous ramène son plus beau trophée, le plus gros pagre pêché jusque là, 60 cm ! Le congélateur déborde de poissons et mon fiston est d’excellente humeur…

 

Maël  et Gaëlle nous préparent des petits gâteaux au coco et des pâtes délicieuses et la cuisine est bonne à passer au karcher !

 

28/12/09

Les jeunes sont encore dans les bras de Morphéus lorsque nous (Néo et Trinity) appareillons avec le Badinguednézar, il fait gris et de gros nuages menaçants se déplacent rapidement vers le Sud.

Nus arrivons à Isla verde à 9h et c’est parti pour la dernière chasse sous-marine de l’année pour Maël. Comme le temps est couvert, on ne voit pas grand-chose et l’environnement n’est pas du tout aussi sympathique que sous le soleil… un grand requin nourrice s’approche de moi puis disparait dans les profondeurs du tombant.

Deux minutes plus tard, je me retrouve nez à nez avec un grand requin (sans doute un taureau) et celui-ci continue à nager dans ma direction, comme s’il venait me voir… l’inquiétude grandit à toute vitesse et je lève mon fusil dans sa direction pour tenter de l’effrayer, il ralentit, il est à 3 mètres de moi, coté adrénaline, j’ai ma dose ! Il tourne lentement, il ne doit pas faire loin de 3 mètres… il repart enfin, aussi tranquillement que lorsqu’il est venu, CE N’EST PAS DU TOUT MON CAS ! J’ai le cœur qui bat la chamade et je nage à reculons jusqu’au dinghy duquel j’appelle Maël pour lui dire…

-          Nicolas : eh Maël, il ya un gros requin qui tourne et ce n’est pas un nourrice. fais très attention si tu flèches un poisson…

-          Maël : il était gros comment ?

-          Nicolas : peut être 3 mètres et il n’avait rien du requin cool, fait gaffe ! Mais tu peux continuer à chasser si tu veux, moi j’ai ma dose…

-          Maël : Ouais, c’est un peu flippant mais je voudrai continuer un peu…

-          Nicolas : ok, mais on y va ensemble, j’ai les jambes en coton !

Finalement, en se surveillant l’un, l’autre, tout s’est bien passé. Sauf lorsque j’y repense, j’en ai encore des frissons, je n’ai vraiment, vraiment pas aimé cette rencontre…

Nous préparons un grand feu de bois sur la petite plage de l’ile et nous y déposons sur les braises un baliste dans du papier alu. Entre plage et cocotiers, nous dégustons le poisson accompagné d’une salade de pâtes. En dessert, une noix de coco que Maël nous prépare à la machette…

Nous repartons dans la soirée pour Nargana ou nous mouillons sous un ciel noir… Tout est triste et surtout nous de les voir se préparer à s’en aller…. Dur, très dur !

Je me dépêche de terminer les photos et le texte que je transfère sur le disque dur de Maël, c’est lui qui enverra les fichiers de France sur notre mailing-list. Le seul accès internet possible est de Panamarina (sur la côte panaméenne à 50 milles d’ici), lorsque Pascale repartira 3 semaines en France à partir du 14/01.

 

28/12/09

Nos petits sont partis a midi et demi au lieu de 6h30 du matin, juste un peu de retard !!! Ils ont repris le petit avion qui les éloigne de nous, nous avons le cœur serré, très serré…

Marco et Enrica nous emmènent pour suivre un de leur amis présent depuis des années aux San Blas. Nous allons remonter une rivière dans la jungle. 3 annexes et nous voila à la queue-leu-leu à zigzaguer entre les lianes, les troncs a peine immergés,  les racines qui émergent de partout et des centaines d’insectes qui tombent des arbres, araignées et autres bestioles qui adorent les cheveux blonds…

La balade est extraordinaire au début et nous sommes émerveillés par un endroit aussi vierge, impénétrable et sauvage. Mais le nombre de passages difficiles se multiplie et il faut sans arrêt marcher dans cette eau marron et vaseuse avec des risques important de rencontrer non seulement des crocodiles mais aussi et surtout des parasites… Mon oncle Jean-Pierre qui chasse très régulièrement à la frontière Guyane-Brésil connait un peu trop bien ce genre de petites bêtes sournoises, et très dangereuses…

Nous rebroussons chemin, piqués mais ravis de notre petite balade chez « grand-mère nature ». Nettoyage en règle de nos pauvres gambettes et de l’annexe puis préparation du bœuf bourguignon promis depuis longtemps à Marco et Enrica, nous avons enfin retrouvés nos amis d’« Aquarius » !

J’essaye de ne pas trop penser à Maël et Gaëlle car le blues n’est vraiment pas loin, ils me manquent déjà tellement. Aller, pensons à la bouffe et au beau séjour qu’ils ont passé avec nous…

Vers 19h, Enrica, Marco et Pablo accompagnés d’Isabelle et Patrick de « Fidji » nous rejoignent à bord pour le diner. Nous terminons le rhum vieux JM, il ne nous reste plus beaucoup de digestif… Il est 00h10 lorsque nous rejoignons la cabine arrière…

 

31/12/09

Nous retrouvons « Aquarius » à Coco Bandero pour fêter le réveillon avec un groupe de 13 bateaux, 7 Italiens, 4 Français et 2 Allemands. Dans l’après-midi, tout le monde apporte quelque chose à la communauté, du bois pour le feu, installation des bancs (des troncs de cocotiers), des tables (faites avec des passerelles) et nous finissons par un coup de pêche assez génial avec à mon actif, un mérou, 3 pagres, deux carangues, deux maquereaux-thazar et une belle langouste.

Nous fêtons une première fois la nouvelle année à 18h en pensant fort à nos proches. Nous sommes une bonne trentaine sur l’ile à manger et boire en attendant  notre « heure H ». L’organisation est parfaite, on a de la lumière avec un petit groupe électrogène, de la musique sur un PC portable et les grilles du barbecue géant ne désemplissent pas, langoustes, poissons, viandes, etc.

A 22h45, certains s’impatientent ou sont fatigués et il est décidé que nous fêterons  la nouvelle année avec une heure d’avance, pourquoi pas ! Les ritals font péter les bulles pendant que je fais péter quelques fusées parachutes périmées. Et puis, le champagne aidant, tout le monde est resté bien au-delà de minuit. Marco et Olivier de « Bicoque » nous ont fait un duo banjo-guitare extraordinaire ! Tout le monde roupille à 2h du matin.

En fait, nous avons fêté trois fois la nouvelle année, elle ne peut vraiment qu’être bonne… On a envie de dire à tous ceci… 

« Réalisez vos rêves, construisez et organisez votre vie pour vous donner les moyens d’allez au bout de ce que vous désirez… »

 

01/01/10

Réveil avec beaucoup bobo à la casquette, content que cette période de fêtes débiles soit passée…

 

Les jours suivants…

Toujours beaucoup de pêche et de bons moments avec les amis, les anciens et les nouveaux.

 

05/01/10

Nous sommes de retour chez nos amis Kunas à Miriadiadup sur Cayo Holandes. Fidji, le ginfizz d’Isabelle et Patrick nous attend. Dés le matin tôt, Robertiano vient avec Rica dans notre annexe et nous partons tous les 3 à la pêche… j’ai prêté un fusil à notre jeune ami et nous voilà dans l’eau vers 9h sous le vent d’une ile assez éloignée du mouillage. Difficile de décrire cette extraordinaire ambiance de pêche avec ces deux Kunas qui éclatent de rire dés qu’ils loupent une langouste. Ils font tellement de bruit que je m’éloigne un peu et tire un beau pagre. Rica me fait de grands gestes pour que je les rejoigne mais j’ai un beau poisson qui m’attend au fond… Ils insistent tellement que je les rejoins et Robertiano, qui ramène une énorme langouste de 2 kilos, me dit qu’il y a des pagres de ce côté.

Je plonge après m’être hyper ventilé et découvre une grotte remplie de pagres de toutes tailles, incroyable !

Je remonte rapidement, j’ai repéré les lieux et il y a du gros plus bas ! 4 agachons profonds plus tard, il y a quatre pagres superbes dont un de 60 cm dans l’annexe, le record de Maël vient de tomber ! Quelle partie de chasse formidable, emmené par les indiens dans leur coin de pêche perso, quel privilège et quel témoignage d’amitié…

Le soir, nous dinons comme souvent, avec les Kunas, sur leur ile et nous mangeons mon gros pagre fumé avec du riz coco. L’ambiance est géniale car nous nous racontons nos histoires de pêche et de chasse pendant qu’Isa et Pascale échangent des recettes de cuisine exotiques avec les femmes indiennes. D’ailleurs demain, elles sont invitées à 17h pour apprendre avec les grand-mères les recettes Kunas, riz coco, yuka, poissons fumé, salade de langoustes, etc. Quelle bonne soirée encore en leur compagnie…

 

06/01/10

Il est 8h lorsque je pars chercher les  Kunas pour une nouvelle pêche de derrière les fagots ! Le trajet est vraiment long malgré la vitesse de l’annexe. Le poids des deux Kunas réunis représente celui d’un européen moyen (après 40 ans !), le dinghy surfe entre les cailles sous les conseils de Robertiano a qui je viens d’offrir un masque. De grande raies et quelques requins nourrices s’écartent ou sautent hors de l’eau turquoise à notre passage. Nous approchons de la grande barrière de corail et le bruit des brisants est assourdissant. Le vent de 20 nœuds est bien établi lorsque nous envoyons le grappin par le fond. Un gros mérou de 1m s’enfuit lorsque nous descendons dans l’eau limpide, ça commence bien ! Il n’y a pas grand chose d’autre à flécher aussi, nous changeons de coin et allons quelques centaines de mètres plus avant et à la rame contre le courant s’il vous plait car il y a très peu de fond !

Robertiano et Rica, son oncle sont les premier dans l’eau, ils sourient en me disant de les rejoindre… je mets le masque et là, tout autour de moi, des centaines de pagres par 1m50 de profondeur,  je viens d’arriver au paradis du chasseur sous-marin… On se croirait dans le grand cayon, je nage en jouant difficilement avec un violent courant, entre des constructions magistrales de corail de feu. Il faut faire attention lorsqu’on palme à ne pas se blesser car les plaies occasionnées par ces coraux sont toujours très longues a guérir et s’infectent systématiquement mais que vois-je ? Mince, un requin, et pas un nourrice, vite mon appareil photo… Le requin nage entre les pagres que je convoite mais il y en a tellement que le plus dur est de choisir sa cible… Un autre requin déboule sous mon nez alors que je viens de louper un poisson, et ce n’est pas le même… au bout du compte, il y a 5 requins gris de 1m50 à 3m et un gros nourrice de 3m… Dans ces conditions, les agachons sont un peu plus compliqués… Il faut s’accrocher au fond pour ne pas se faire embarquer par le courant et les vagues, surveiller devant pour attirer son poisson, surveiller ses arrière pour ne pas présenter deux beaux jarrets à un squale plus téméraire que les autres et surtout éviter de se frotter à ce terrible corail de feu qui couvre les hauts-fonds.

Ces requins ne m’inquiètent pas et je surveille leur comportement entre chaque prise, ils s’énervent un peu mais il suffit de faire semblant de les poursuivre pour qu’ils s’écartent quelques instants. Les Kunas m’expliquent qu’il faut rapporter le poisson à l’annexe en dehors de l’eau en le laissant embrocher sur la flèche et la flèche dans le fusil, pas bête ! Maël aurait adoré cette partie de pêche.  La chasse miraculeuse va durer 2h30 avec des requins tout autour de nous et ces centaines de pagres faciles a prendre, génial ! Juste une fois, j’ai lâché l’appareil photo pour reprendre le fusil car le requin gris est passé à 1m de moi sinon, pas une fois, je n’ai ressenti la moindre crainte. En tous cas, rien à voir avec la rencontre de Isla Verde où le requin était beaucoup plus impressionnant…

 

 

J’enchaine les chasses avec les Kunas chaque matin et à chaque fois, le poisson est au rendez-vous aussi fidele que le sourire de mes amis pêcheurs. Plusieurs fois, Robertiano me demande de regarder le prix des fusils quand j’irai à panama city et ses yeux en disent long, si long…  Après cette chasse inoubliable entre les requins, je lui offre le fusil que je lui prête depuis deux jours, son visage s’illumine de joie, que de bonheur partagé…

L’après-midi, comme prévu, Pascale et Isabelle se retrouvent sous la hutte-cuisine avec Agrippina pour la préparation du riz-coco, friture de racines de Yuca et fumage des poissons. Les pagres sont posés très au dessus des cocos qui brûlent sans flamme, disposés dans des cartons car les grandes feuilles utilisées traditionnellement pour le fumage sont dans la jungle panaméenne et introuvables sur les iles. Pascale, Isa et enfin Enrica reviennent enchantées de l’ile de nos amis. Inutile de dire qu’après tous ces événements, Pascale et moi sommes considérés comme faisant partis de la famille de Robertino (le mari d’Agrippina et le père de Robertiano, le pêcheur). D’ailleurs, celui-ci est tellement content pour son fils et curieux de voir nos techniques de chasse qu’il vient avec nous le lendemain pour une nouvelle séance de pêche…

Mais je me fais vieux et pêcher 5 heures part jour a des profondeurs qui peuvent avoisiner les 15m fatiguent énormément l’organisme.

Pascale part chaque jour nager et se promener avec Isabelle … Et oui, elle fait énormément de progrès et même les grandes raies ne l’effraient plus… Elle s’est aussi mise au dessin et passe beaucoup de temps à bord à lire les nombreux romans que nous échangeons avec nos amis navigateurs. Demain, repos, grasse mat, plage, cool…. 

Les jours passent au vent de Miriadiadup et nous sommes de plus en plus intimes avec nos amis Kunas. Nous dinons plusieurs soirs de suite avec eux et lorsqu’Henri ramène de la chasse un mérou de plus de 1 mètre, nous sommes 25 à table à déguster le monstre…

Cette foi-ci, Robertiano et Rica m’emmènent avec leur cayuco (leur pirogue)… Après avoir d’abord pêché quelques sardines dans la mangrove avec un filet artisanal, nous partons direction le vent des iles pour la pêche aux barracudas. Ils attachent leurs proies fraichement pêchées au bout de traines en acier et les barracudas ne tardent pas à se jeter sur les hameçons… Nous revenons 1h plus tard avec de beaux prédateurs dans le fond de la barque et un doigt bien coupé en ce qui me concerne…  Tous ces moments partagés avec les Kunas resteront à jamais gravés dans nos mémoires. La pêche avec Robertiano, la cuisine et la fabrication des Molas avec Agrippina mais surtout ce sont ces extraordinaires moments d’humour et ces éclats de rires quotidiens si difficiles à écrire… Ils attendent avec impatience l’arrivée de mon père pour l’emmener à son tour pêcher ces magnifiques poissons dans leur cayuco qui prennent l’eau…

Les femmes viennent à bord regarder les photos de requins et visiter encore et encore la cuisine de Badinguet, les hommes viennent refaire leurs bas de ligne de pêche… Ils nous ont même offert le magnifique coquillage dans lequel ils soufflent bruyamment pour éloigner « celui qui conduit les orages » ou demander que la pêche soit bonne… Pascale et moi sommes complètement acceptés et Françoise et papy Jean n’ont qu’à bien se tenir car ils vont être accueillis comme les Kunas savent le faire… Rackham est toujours avec nous, Fidji et Aquarius ont changés d’ile, nous sommes si bien ici…

Nous partirons dans quelques jours pour Soledad Miria afin de déposer une partie de la famille Kuna et le produit de leur pêche puis direction Carti ou nous prendrons un taxi 4*4 pour panama city. 4 heures de piste dans la jungle pour rejoindre la capitale, faire de nombreuses courses et surtout, permettre à Pascale de prendre l’avion le 14/01 au matin. J’imagine déjà Martine et Arnaud préparer une côte de bœuf ou des spaghettis aux fruits de mer, aie, aie, aie, j’ai faim ! Enfin, il parait qu’il fait 3° degrés à Carqueiranne, eh, eh, eh !

 

13/01/10

Le bateau est mouillé depuis hier après-midi à Carti, la lancha de Yéyo vient nous chercher à 7h30. Nous remontons quelques minutes le fleuve puis, nous accostons sur une aire aménagée dans la jungle par les Kunas moyennant 2 dollars par personne… Les impôts de Kuna Yala sont omniprésents et nous payons ……

Le taxi de Ricardo est à l’heure et tout le monde embarque dans le gros 4*4 défoncé. La piste est en bonne état et de nombreux ouvriers travaillent tout au long de la bande de terre de rouge qui serpente dans la jungle. Le Darien est réellement impénétrable et les gouffres qui bordent la piste sont impressionnants. A part le passage d’une rivière avec de l’eau sur le capot, le voyage est paisible, notre chauffeur, Ricardo le fait 4 fois par jour…

3h30 plus tard,  les grandes tours de Panama City nous enveloppent comme pour nous absorber… Le trafic est intense et des centaines de voitures klaxonnent dans des embouteillages sans fin, mais où sont les Kunas ???

Pascale est malade depuis 2 jours et les vomissements accompagnés de fièvre à 39° l’ont complètement épuisée. Elle se repose en fin d’après-midi pendant que je continue les achats...

Je la retrouve à la tombée du jour et nous descendons manger au resto de l’hôtel, beurk !

 

13/01/10

Réveil à 6h30, on a mal dormi, trop de bruit, un lit normal, qui ne bouge pas, pas d’air, vive notre Badinguet ! Pascale va un peu mieux et la fièvre est tombée. Côté digestif, ce n’est pas le Pérou mais au bout du voyage, il y a la France avec cette sécurité sanitaire que tant de pays nous envie (on ne va quand même pas cracher dans la soupe tout le temps !).

Nous sommes à l’aéroport international vers 8h du matin et nous attaquons les premières files d’attente… Une heure plus tard, je quitte ma douce qui s’éloigne vers le contrôle douanier. Je partage un taxi avec 4 autres personnes puis je retourne dans la cohue pour faire remplir les bouteilles de gaz et acheter une nouvelle carte SIM pour notre téléphone portable. Je peux enfin communiquer et surtout mettre le site à jour grâce au WI-FI de l’hôtel « Marparaiso ».

Le lendemain, je poursuis les achats et je commande un nouveau pilote automatique (SX-30) aux USA via un certain Arturo, très efficace.

Pascale me téléphone de l’aéroport de Marseille, elle est arrivée à bon port, je suis rassuré.

Je retourne aux San Blas le 15 janvier avec le coffre rempli de bouffe et de jus de fruits, du gaz dans mes bouteilles et pas mal de matériel pour des amis navigateurs et Kunas.

Je retrouve Badinguet à 17h, je rentre enfin à la maison. J’ai vraiment détesté Panama City, que de stress et surtout que de temps perdu dans les bouchons. La ville est moche mis à part le centre de la vieille ville (Casquo viejo) qui ressemble à Carthagène avant sa rénovation.

Deux heures de rangement et dodo, la grande ville m’a épuisé !

 

16/01/10

Tôt le matin, je file sur l’ile de Yangdup à la recherche de produits frais, j’y trouve des ananas, des citrons, des tomates et des œufs, je suis paré pour le départ vers Soledad Miria. J’y récupère mon équipier et ami Kuna Robertiano et un gros chargement pour Miriadiadup et nous voila remontant Nord-Ouest au près bon plein, le pied !

 

Les jours suivants

Je mouille à ma place habituelle et très vite, je réponds aux invitations Kuna, je mange midi, et soir avec la famille de Robertino, du poisson, du poisson et encore du poisson avec des Yucas… nous chassons et péchons tous les jours, je ne compte plus les barracudas, les pagres et autres balistes qui atterrissent, ventre ouvert sur les planches à découper des indiens. Nous retournons dans des endroits connus en compagnie des requins gris, des tortues et des grandes raies léopard. L’autre jour, les Kunas m’ont emmené aux langoustes, j’en ai gardé 4 belles pour Françoise et papy Jean ainsi qu’un gros pagre rose…

Chaque jour, j’organise une séance « Cinéma » à bord, je leur donne les classeurs a DVD et ils choisissent selon l’humeur, en ce moment, les « James BOND » sont très à la mode et il faut les voir commenter les scènes d’action, d’humour et d’amour… Ils sont très bon public et se délectent de chaque image. Tous installés dans le carré, sagement, ils ont beaucoup de respect pour ce qui n’est pas à eux, à dire vrai, ils sont bien mieux élevés que la plupart des occidentaux.

Pascale et moi conversons ou échangeons des mails chaque jour, j’ai réservé le taxi et l’hôtel pour un nouvel aller-retour à Panama dans quelques jours. En attendant, je passe du bon temps avec Christophe de « TEOU » qui lui aussi, est temporairement célibataire. Nous échangeons des films et dégustons quelques bonnes bouteilles à bord de Badinguet ou du magnifique catamaran « Looping » TEOU. Mes jambes sont très abimées par les coraux et je badigeonne de jus de citrons mes plaies infectées, je danse maintenant très bien les danse Kuna !!!  Komen ça fai tro mal !

Je n’ai pas encore trouvé de quoi soulager les démangeaisons et l’infection et les 5 jours (surtout les nuits) qui suivent la blessure sont particulièrement jouissifs !

 

23/01/10

20 milles de navigation, je ne suis plus habitué à voyager aussi longtemps !!! D’ailleurs aux San Blas, on ne s’habitue qu’à la paix, aux bonheurs simples et on a un peu tendance à oublier tout le reste !!!

Le moteur de l’enrouleur de grand-voile ne fait qu’enrouler, il ne déroule plus… Une galère en vue, ça faisait longtemps ! Je démonte le tout mais il ne semble pas que ça vienne du moteur, peut être de la commande… J’appelle Pascale pour qu’elle pose la question à Amel, j’aurai la réponse lundi.

Je mouille sous Orosidup dans les iles Robeson, au fond du golfe des San Blas. J’ai rendez-vous avec Brédio, le guide qui doit nous emmener remonter le fleuve Mandinga avec Danielle et Henri de « Rackham ».

A peine arrivé, des dizaines de pirogues d’enfants entourent Badinguet avec des sourires et des « ola, ola », comme en Haïti sauf qu’ils ne demandent rien… Je distribue des stylos et des « Nuedi » (bonjour en Kuna) puis Brédio arrive à bord pour négocier le trajet et le coût de notre escapade du lendemain… Les indiens nous voient toujours arriver de loin et ils connaissent par cœur, les noms des bateaux et des gens qu’ils rencontrent. Je ne suis pas surpris de voir débouler Brédio avec sa pirogue alors que je viens a peine d’arriver.

Dans l’après-midi, je pars en annexe remonter une rivière encombrée de Cayucos Kunas chargés de bidons d’eau douce qu’ils prélèvent en amont. Les couleurs sont magnifiques et les femmes comme les hommes transportent de grandes quantités de flotte dans leurs minuscules pirogues. Mon annexe joue les intrus mais les nombreux gestes d’amitié que je croise m’encouragent à aller plus loin à faible vitesse. L’hélice touche régulièrement le fond de la rivière et il est sage de faire demi-tour avant de faire des âneries.. Sur le chemin du retour, je prends en remorque la pirogue de deux femmes, leur cayuco est tellement chargé que je me demande comment il ne termine pas au fond !!!

Justino arrive à son tour et se présente, il veut bosser un peu et me propose de faire tous les inox de Badinguet demain, marché conclu !

 Rackham arrive en fin d’après midi sur une mer d’huile. Nous dinons à leur bord, Henri s’occupe des ti’ punch et il n’est pas manchot pendant que Danielle nous fait des patates de la mort !!!

 

24/01/10

Il est 5h15, les réveils sonnent, j’ai du mal !!! Mes plaies ne s’arrangent pas et je me lève rapidement pour retirer la pommade antibiotique et les désinfecter une énième fois… Le départ est prévu à 6h, j’ai préparé une grande salade de riz mais je perds un temps fou pour des bêtises…  je passe ¼ h à chercher le couvercle qui correspond a ce fichu Tupperware et un autre quart d’heure à fouiller tous les placards à la recherche d’une paire de chaussette… Les oreilles de Pascale ont du siffler un moment…

Un coup de feu retenti suivi de cris et de hurlements de femmes, l’ile est toute proche et quelque chose de grave vient de se passer… les pleurs vont durer plusieurs heures presque aussi longtemps que le retard de ce fameux Brédio !

Il arrive au bateau avec 1h30 de retard et nous explique qu’un coup de feu est tiré lorsqu’une personne meurt pour prévenir les habitants… Henri et moi pensions que c’était l’inverse, en général, c’est plutôt le coup de feu qui déclenche la mort et non la mort qui déclenche le coup de feu !

L’entrée du fleuve est à 20 bonnes minutes du mouillage et la végétation qui borde le rio est impressionnante. Le Ulu (Pirogue en Kuna, Cayuco en espagnol) nous emmène de méandre en méandre au plus profond de la jungle. La surface de l’eau est couverte d’insectes et d’araignées d’eau. Un très grands nombre de racines et de branches gênent la circulation de notre grande pirogue mais Brédio à l’avant envoie ses ordres par gestes au capitaine accroché à son moteur de 15 chevaux.

Plus nous pénétrons dans le Darien, plus la végétation se densifie et le courant se renforce. Par moment, la puissance du moteur hors-bord ne suffit plus et notre guide pousse sur ses « palos », de grands pieux en bois sur lesquels il s’arque-boute pour écarter la pirogue et l’aider à avancer… Les passages étroits sont de plus en plus compliqués à négocier et le manque d’eau rend les manœuvres dangereuses.

1h30 de navigation plus tard, un passage plus délicat se présente et tout le monde descend pour aider à la manœuvre. Il s’agit de tirer à la main cette grosse pirogue de plusieurs centaines de kilos sur un « toboggan » naturel de 10 mètres !!! Nous y passons 45 minutes, trois quart d’heure pour faire 10 mètres à tirer, pousser, faire levier dans une boue collante jaune et rouge. Nous sommes en nage et couverts de glaise lorsque nous reprenons nos places à bord.

Cette fois ci, Brédio court sur la rive, pieds nus et oriente à toute vitesse le Ulu dans le violent courant… Pas de doute, les indiens Kunas sont chez eux, ici, au fond de la jungle du Darien…

 

La pirogue lutte encore de longues minutes contre les rapides puis la rivière s’élargie et nous pouvons enfin profiter un peu de ce qui nous entoure dans le calme. Et là, suprême récompense, au détour d’un virage, un jaguar s’écarte rapidement du rivage pour rejoindre la jungle, fabuleuse rencontre. Des centaines d’oiseaux, des vautours, des aigles, des échassiers, des martin-pêcheurs, des iguanes, et quelques crocodiles jalonnent notre remontée vers le village de kangandi.

En fin de trajet, il faut régulièrement descendre pour aider le Cayuco à passer dans si peu d’eau mais lorsqu’on est assis depuis plusieurs heures sur une planche de bois, on ne refuse pas un peu d’exercice… Le village est dans une zone de forêt moins dense et les plans de bananiers plus ou moins alignés signent la présence humaine.

Aujourd’hui, c’est « Chicha fuerte » (alcool local fabriqué à base de sirop de canne et de café) et  tout le village est ivre mort !!! La fête dure 4 jours et nous en sommes au troisième ! Ces fêtes sont organisées par les familles des jeunes filles lorsqu’elles ont leurs premières règles. On leur coupe les cheveux courts et elles revêtent la tenue traditionnelle Kuna avec les bracelets de perles sur les jambes, les robes-Molas, etc. 

Le sahila nous accueille en titubant et très vite, la foule qui nous entoure devient envahissante… Ils se bousculent, se poussent et certains transportent ceux qui sont tombés dans un coma éthylique vers la rivière ou leur famille ou amis tente de les ranimer mais comme tout le monde est complètement bourré, ça se termine en parties de baignade euphoriques…

Nous dinons un peu à l’écart de l’agitation du village et nous découvrons avec stupéfaction de jeunes Kunas qui refusent la tradition… Les filles ont gardés leur cheveux longs et sont habillées à l’occidentale, les garçons ont le jean au milieu des fesses, les cheveux plein de gel et des boucles d’oreille branchées. Tout ce petit monde dort dans des huttes au beau milieu de la jungle, chercher l’erreur !

Nous sommes également surpris par la saleté des abords du village. Les déchets s’entassent sous les bananiers et personne ne semble en être gêné ! L’intérieur du village est très propre malgré la beuverie générale mais les cases, occupés par de très nombreux enfants livrés à eux même pendant quatre longues journées, sont dans un désordre ahurissant… Tout doit rentrer dans l’ordre à la fin de la période de fête !

Nous repartons vers 13h en appréhendant la zone de rapides à la descente. Brédio et son capitaine connaissent la musique et après avoir retiré le moteur hors-bord, ils placent la grande pirogue à reculons dans le courant. Ils ont chacun un grand pieux qu’ils  manœuvrent à la perfection. Plusieurs fois, le Ulu percute les murs de boue qui canalisent le torrent mais  tout le monde s’accroche et malgré 15 minutes de galère pour repasser le toboggan de l’aller, nous nous retrouvons sur le grand fleuve. Les crocodiles sont au rendez-vous mais difficile de leur dire de prendre la pose pour la photo et il y aura plus de souvenirs dans la tête que sur le papier !

Nous retrouvons nos voiliers respectifs vers 16h. Je suis couvert de boue et je me fais ma première lessive en célibataire, j’ai mis une poudre bleue dans le compartiment, j’espère que ce n’était pas du « Tang » !

 

 

25/01/10

Nous passons la matinée a tester puis trouver la cause de la panne de l’enrouleur de GV, le petit interrupteur de commande 3 voies à décidé qu’il ne ferait plus que dérouler la voile !!! Heureusement que j’en ai un de rechange et le tour est joué très rapidement.

Je mouille 65 mètres de chaine sous l’ile de Soledad Miria où je retrouve Prado. Je lui laisse un gros sac de linge sale et lui commande un Mola avec Badinguet ainsi que des pains Kunas et des œufs pour le 27/01 lorsque nous reviendrons avec Papy jean et Françoise.

Téou me rejoint au mouillage en fin de journée, je leur posterai un courrier important de Panama. Agrippina m’a préparé des Yucas frits pour ce soir et elle me l’apportera à bord dans la soirée

Je passe une excellente soirée sur « Téou »  avec Christophe et Miken et lorsque je retrouve Badinguet à quelques encablures, je remercie le ciel qu’il n’y ait pas de contrôle d’alcoolémie, oups !!!

Je fais tourner un peu le groupe car les batteries donnent des signes de faiblesse mais le moteur s’arrête au bout de 3 minutes… J’ai complètement oublié de ré-ouvrir la vanne d’entrée d’eau de refroidissement moteur… Je ne suis pas en état de réparer mais je pense avoir fait une sacrée connerie !!!  Après m’être rincé le gosier sur « Téou », j’ai asséché mon groupe électrogène !!!, bien joué comme quoi, l’ennemie du marin, c’est la bouteille !

 

26/01/10

Il est 7h30,  le grand Ulu de Robertino est là, je suis mort de fatigue, je n’ai pas eu le temps de manger… Depuis 5h du matin, je suis dans la calle moteur à réamorcer et changer l’impeller du groupe que j’ai maltraité hier… Mais tout est rentré dans l’ordre de justesse !

Les Kunas me tendent une vieille bâche, style nappe toile cirée et me voilà avec ma burka sous les embruns en direction de Carti pour rejoindre le taxi-brousse de Ricardo.

Les grandes tours de Panama city apparaissent après les 3 heures de 4×4, je pose rapidement mes affaires à l’hôtel Marparaiso et fonce en ville pour commander un jeu complet de 13 batteries AGM qui ont exactement le même encombrement que les Delphi de Badinguet… L’addition est rondelette avec un nouveau débit sur la caisse de bord de 3000 dollars quand même !

Il est 20h30 lorsque Papy jean précédé de Françoise arrivent dans le grand hall de l’aéroport international Tokumen. La navette de l’hôtel nous emmène à vive allure au centre ville où ils finissent une longue journée de 17h. Ils sont carrément épuisés et une nuit d’hôtel hyper bruyante au centre ville de Panama ne va pas les remettre sur pied de sitôt… Mais bon, ils sont là, et c’est l’essentiel, j’aurai eu l’air finaud s’ils n’avaient pas été dans l’avion…

 

27/01/10

Le bruit des klaxons et des échappements libres est infernal, inutile de chercher à se rendormir… je pianote sur internet, met à jour le site et passe quelques coups de fil avec skype à Pascale, Maël et même Mamie, génial !

Il est 8h30 lorsque je risque un coup de téléphone dans la chambre de papy Jean, c’est bon, ils sont levés, tout le monde au petit déjeuner !

Nous passons la matinée à arpenter les rayons du supermercado « El REY » pour acheter du frais (fruits, légumes, viandes et fromages) et du moins frais (du vin et des bières !). Ricardo, notre taxi est à l’heure et nous embarquons la bouffe, le matériel ainsi que nos deux invités de marque encore éprouvés par le voyage.

La jungle nous enveloppe dans la deuxième partie du trajet et vers 15h30, nous retrouvons Robertiano et Robertino dans leur grande pirogue sur le fleuve de Carti. D’après les regards et les non-dits, je ressens une certaine réticence à prendre place sous des bâches dans une pirogue indienne au beau milieu de la jungle… le choc des cultures est rude et les vaguelettes qui nous arrosent copieusement aussi !!!

Badinguet est bien là, au mouillage, derrière Soledad Miria, les Kunas s’en sont bien occupé et les batteries sont chargées à bloc.

Papy Jean et Françoise prennent leur quartier à l’avant et le vidage des sacs est impressionnant… en fait, les ¾ de leur chargement sont pour nous, du café, de la moutarde, des digestifs, du foie gras ainsi qu’un grand nombre de pièces mécaniques viennent s’entasser un peu partout dans le voilier, au secours !!! Mais j’interromps le déchargement pour emmener les bretons à terre… alors là, côté « choc des cultures », madame est servie et monsieur aussi d’ailleurs ! Nous empruntons de petits chemins labyrinthiques entre les huttes serrées les unes contre les autres. Des femmes en tenue traditionnelle saluent les trois visiteurs et la cohorte de jeunes enfants qui les accompagnent. Bienvenue en territoire Kuna, au Kuna Yala.

Nous arrivons à la hutte de Prado, il a fini le Mola que je lui ai commandé et il est magnifique ! Badinguet est représenté sur fond bleu avec des nuages, un poisson et un colibri. Le travail est superbe et le prix est ridicule en comparaison du travail effectué, quel souvenir des San Blas !

                    

Nous retournons à bord non sans avoir salué toute la famille de Prado et visité le village avec sa hutte des fêtes et son « congresso ». Nous retrouvons le confort de Badinguet à la tombée du jour pour la première vraie nuit réparatrice des voyageurs. Papy jean sort alors une pilule qu’il propose à Françoise, cette pilule te fait rattraper en une nuit le décalage horaire, t’y crois à ça ?

 

28/01/10

Bon, la pilule miracle a l’air de fonctionner, ils sont un peu moins fatigués mais l’épreuve a quand même été  rude… Il faut dire que si on cumule, 3 heures de TGV, une nuit de crotte à Roissy, 17h d’avion, une nuit de crotte à Panama, 4h de 4×4 dans la jungle et 45 minutes de pirogue, le voyage est infernal !

Nous retournons à terre pour acheter du pain et aider Robertiano à porter les nombreux colis qu’il rapporte à Miriadiadup, et oui, nous avons un passager Kuna !

Badinguet contourne l’ile et 25 nœuds de vent établi bien dans le pif nous font changer de direction. Après un petit conciliabule avec les 3 membres d’équipage, nous nous déroutons vers Conbonbia pour la nuit en attendant une accalmie prochaine. Nous y retrouvons tous les bateaux que nous fréquentons depuis des mois, Téou, Rackham, Aquarius, Zino, Lotus bleu, Pépita et j’en oublie volontairement !

Je suis fiévreux, nauséeux et très fatigué mais il faut quand même aller chasser car les poissons et les crabes promis ne vont pas sauter tout seul dans nos assiettes… Nous rapportons de quoi manger mais vraiment le minimum syndical, un crabe et un pagre ! Papy Jean et Françoise vont découvrir le crabe des San Blas…

Il est clair qu’à vivre dans un milieu naturel, en plein air et d’avoir une activité sportive régulière diminue nettement le risque de tomber malade, nous ne sommes d’ailleurs jamais tombé malades depuis que nous sommes parti. Lorsqu’on se retrouve confrontés avec les pathologies « citadines européennes », on n’est plus trop protégé et je pense que Papy Jean et Françoise ont ramené dans leurs bagages quelques virus de derrière les fagots…

Nous prenons l’apêro sur Rackham puis tout le monde dine chez soi et dodo. Le crabe n’a pas fait long feu !

 

29/01/10

Robertiano dort dans le carré lorsque je me lève pour ouvrir la porte et pointer mon nez dehors. Le vent a un peu baissé, nous partirons en début d’après-midi  Nous passons la matinée à discuter avec nos très nombreux voisins puis nous déjeunons de pagres et de crabes avant de lever l’ancre. Nous allons échapper à une soirée déguisée sur la plage de Conbonbia. Il y a là quelques équipages excessifs et bruyants emmenés de main de maitre par les Biquets… je ne tiens pas à plonger Papy Jean et Françoise dans ces beuveries sonores à deux jours de leur arrivée…

Nous quittons ce mouillage surpeuplé pour Miriadiadup où nous retrouvons nos amis Kunas. Robertiano retrouve enfin sa famille. Nous mouillons dans un courant important et le vent bien établi à 15 nœuds entraine Badinguet dans des louvoiements à plus de 60°, c’est ça aussi les super maramu !

 

30/01/10

Je passe la matinée dans l’eau à me moucher dans mon masque à rater tout ce qui passe, incapable de tenir une apnée digne de ce nom ! C’est bien simple, je descend à 10m, si le poisson ne s’est pas pointé et mis de profil à 20 cm de la pointe de mon fusil dans les 10 secondes et beh, et beh… Et beh, tant pis pour moi !!!

L’après-midi est beaucoup plus sympathique car j’ai organisé une petite partie de pêche pour Papy-jean. Les Kunas nous emmènent dans leur grande pirogue pécher le barracuda. Françoise est à l’avant, papy jean et moi, tenons fermement nos cannes à pêche dont j’ai refait les bas de ligne pour la circonstance et Robertiano nous conduit d’une main experte au ras des cayes. Nous accrochons nos leurres, des petits poissons fraichement pêchés directement sur les hameçons et le résultat ne tarde pas à venir... Un, deux puis trois barracudas atterrissent dans la pirogue mais je retiendrai surtout, la joie de papy Jean qui vient de pécher un magnifique spécimen de 1m10 !

 

Nous déposons notre butin sur la plage et les femmes Kunas attaquent le nettoyage des prises, ce soir ils nous invitent à diner…

Nous ne sommes pas trop de 6 pour remonter la grande pirogue sur la rive à l’aide rondins de bois.

Nous les retrouvons vers 19h, la table est éclairée par une ampoule sur une vieille batterie, riz coco, yuca frit, yuca cuit, bananes cuites, baliste, barracuda frit, fumé, un festin Kuna ! Et comme Françoise a préparé des crêpes en dessert, nous sortons de table gonflés comme des outres à 20h…

Je nettoie rapidement la vaisselle avec le sable de la plage puis, sous une pleine lune dont la luminosité rend inutile tous les feux de mouillage, nous regagnons Badinguet pour une nuit bien méritée.

 

31/01/10

Encore un coup de pêche matinale infructueux, je reste fatigué, incapable de rester un peu tranquille au fond de l’eau…, on mangera de la viande, c’est cool ça !

Nous mangeons donc 3 beaux steaks à midi avec des patates sautées, c’est pas tout les jours fête !

En début d’après midi, nous retournons à terre pour faire quelques photos de papy Jean et Françoise avec Agrpinna et Iulia, elles se sont faites belles et le soleil montre enfin son nez, royal !

   

Nous quittons les Kunas de Miriadiadup, les adieux sont durs, tristes, que de bons moments partagées, que de repas, de partie de pêche, de rires… Adieu Agrippina, Robertino, Robertiano, Iulia, Rica Grazilla, Kouailey, Thais nat, adieu mes grands amis…

J’ai le cœur serré en entendant leurs « coups de coquillage » en quittant le mouillage, comme d’habitude, je leur réponds avec la magnifique coquille qu’ils m’ont offert, j’espère vous revoir un jour, vos enfants seront grands, je serai vieux, je vous aime.

Le moteur d’enrouleur de grand-voile ne veut plus fonctionner, quelle galère ! Cette fois-ci, il faut tout démonter et nous profitons d’une navigation calme pour bricoler. Un charbon a complètement été pulvérisé et je n’en ai pas de rechange donc la messe est dite ! Papy Jean insiste pour m’expliquer par A+B ce qu’il s’est passé, pourquoi, le charbon a cédé, pourquoi le ressort qui le tenait a chauffé ou l’inverse mais je ne l’écoute qu’à moitié car la messe est dite, je n’ai pas de quoi réparer… Résultat des courses, papy Jean est en colère car je n’ai pas prêté attention à ses explications et on n’a plus de moteur d’enrouleur de GV. Et tout ça, avec pour point de départ un fichu petit capuchon d’interrupteur en caoutchouc qui a laissé passé un peu d’eau, une jolie série de pannes en cascade.

 

Nous mouillons a cayos lemon Est en début d’après-midi et nous y retrouvons Rackham et Aquarius entre autres.  L’endroit est très fréquenté et pas moins de 28 bateaux sont autour de nous, ça c’est de l’intimité.

Comme un vase communiquant, c’est au tour de papy Jean de tomber malade mais beaucoup plus sérieusement que moi et la toux incessante le fatigue énormément et je ne suis pas vraiment équipé pour soigner la grippe pas plus que pour changer les charbons de l’enrouleur d’ailleurs !

 

01/02/10

Il est 6h30, un bruit  de pompe m’a réveillé… Le groupe d’eau fonctionne en continu, il doit y avoir un robinet mal fermé. Je pars donc en quête du fourbe qui laisse échapper le précieux liquide… Non, tout est bien fermé et même la douchette de pont n’a pas fauté… Je mets mon nez dans la calle, pas de doute, cette fichue pompe fonctionne en continu, qu’est ce que c’est que c’est que ce foutoir ??

Pour ceusses qui ne croient pas en la loi des séries, on a des preuves !

Papy Jean, enrhumé, se lève à peine que je lui annonce la bonne nouvelle, voila de quoi bien commencer la journée… Je réussi à joindre Pascale qui file chez Amel pour poser les nombreuses questions que je lui dicte… Ce sont, soit la charge des batteries, soit le pressostat. Et en effet, lorsque les batteries donnent des signes de tension trop basse, cette pompe se met en route, incapable d’arriver à la pression d’arrêt…

Voila qui confirme la mauvaise santé du parc de batterie de Badinguet. Les 13 batteries de 105 AH datent d’aout 2005 et elles sont en fin de vie.

Je mesure a quel point, la présence de Pascale en France est précieuse. Avec cette série de petites pannes, elle obtient des réponses rapides d’Amel et peut commander les pièces de rechange immédiatement. En plus, elle s’occupe avec Arnaud et Wilfried de la vente de Manitou 2 (notre premier bateau) avec une détermination et une efficacité remarquable.

Vers 16h, nous partons chasser avec Henri mais les poissons sont décidément un étage plus bas que ma limite du jour… Mon mentor en la matière qui descend allégrement à 20 mètres, remonte avec son fusil et un petit bout de fil nylon. Un énorme pagre est parti mourir avec sa flèche dans les profondeurs des San Blas…

Nous dinons tous sur Badinguet avec Rackham et Aquarius… Au menu, Foie gras, Bœuf bourguignon, façon « jean POITOU », pommes de terre et clafoutis en dessert. En digestif, nous ouvrons la bouteille de poire williams, que du bonheur, sauf pour la bouteille qui prend dés son ouverture, une méchante claque !

 

02/02/10

Aujourd’hui, journée bricolage ! Nous changeons le solénoïde du four, le calculateur du pilote automatique et contrôle rigoureux de toutes les batteries de Badinguet, c’est bien simple, elles sont toutes mortes car leur tension ne dépasse pas 12.5V chargée à bloc ! Il y en a bien une encore plus fatiguée que ses sœurettes mais inutile de la déconnecter vu l’état du parc !

Je passe la matinée sur Rackham a donner un cours sur la création de site web a Danielle puis je fais plusieurs aller-retour sur « Maât », un Privilège 47 pour des échanges d’information sur les déssalinisateurs ou le passage du canal…

Papy jean passe sa journée à tousser et Françoise part nager sous un ciel chargé.

Nous passons la soirée sur le catamaran « Maât » de Bernard et Marie à boire quelques apéros dans une ambiance très chaleureuse.

 

03/02/10

Le vent est de 20 nœuds et « Holiday », le Bénéteau de Daniel et Bisserka est en panne de PC, j’y passe quelques minutes puis nous partons à trois voiliers en direction du Sud-ouest vers les iles Robeson. Badinguet ouvre la marche suivi de « Holiday » et « Aquarius ». Nous filons à 9 nœuds sous génois et artimon dans une mer formée et je regrette un bon moment de ne pas avoir remonté l’annexe car elle a une fâcheuse tendance à vouloir nous dépasser dans les surfs, oups !

Nous mouillons sous le vent de l’ile la plus à l’Ouest, « Tupsult Dummat », nos deux amis arrivent rapidement à nos côtés.  Une pirogue puis deux puis trois se rapprochent, ils m’appellent par mon prénom, je rêve !! Je suis venu la semaine dernière et ils se rappellent de mon nom, je suis bluffé, nous discutons un bon moment sous le soleil qui commence a pointer son nez lorsque une autre embarcation approche… L’adulte à l’arrière demande à papy Jean s’il veut de la viande… Pour mon père, l’Espagnol est une langue extraterrestre donc il m’appelle pour la traduction… Je pointe mon nez dans le cockpit et traduit la proposition du Kuna mais je suis septique, comment ces indiens ont-ils de la viande???  Le jeune enfant à l’avant de la pirogue se lève alors et brandit un iguane ligoté les pattes dans le dos.

-          Nic : Eh, P’pa, tu veux manger de l’iguane ?

-          Papy Jean : Hein ? Heu, non, ça va !

-          Nic : Tu es sur, c’est super bon !

-          Papy Jean, Ah bon ? c’est vrai, tu crois ??

-          Nic : Mais non, je plaisante ! Aucune envie de bouffer du lézard !

Tout le monde est prêt et trois dinghy se rapprochent de la côte pour engager la petite rivière où les Kunas s’approvisionnent en eau douce. A l’entrée du cours d’eau, un Indien nous invite à le suivre, il veut nous emmener au cimetière qui borde la rivière…

En effet quelques kilomètres plus loin, nous attachons nos annexes à un piquet que notre guide improvisé vient de planter dans la terre meuble de la rive. Nous grimpons un escalier de terre sur une vingtaine de mètres… Il y a là une bonne douzaine d’enfants et quelques adultes qui semblent garder l’endroit en s’amusant. Des toits de huttes protègent des tombes familiales groupées par trois. Sur les petits monticules sont disposés les tasses, les assiettes et les objets personnels du défunt. Tout autour de cette colline, la jungle a repris ses droits et la végétation est exubérante. Papy Jean et Françoise découvrent une nouvelle facette de la vie de ces indiens extraordinaires. Parmi les enfants se trouve une jeune Kuna albinos, il y en a beaucoup sur les iles et peu se laissent photographier, témoin innocent d’une consanguinité inexorable.

 

 

Sur le chemin du retour, les enfants réclament des photos et prennent la pose dans la bonne humeur tout en continuant à jouer. Nous redescendons le petit escalier pour rejoindre nos embarcations. La suite de la balade se termine à la pagaie car la profondeur de la rivière ne permet plus l’utilisation du moteur. Nous arrivons à l’endroit où les Kunas prélèvent leur eau douce, c’est notre terminus. Demi-tour en jouant un peu les dinghy-tamponneurs puis nous rejoignons Badinguet.

Il est 17h lorsque Marco vient me chercher, le fils de Justino (2 mois) est malade et son père nous explique qu’il a de l’asthme, je vais vérifier s’il n’est pas encombré… Nous abordons le village et la lumière du jour décline rapidement. Retour en arrière de plusieurs siècles, les femmes ont presque toutes les seins nus et ne montrent aucune pudeur, un petit attroupement nous attend devant la hutte de Justino dans laquelle je pénètre. La disposition est habituelle avec des hamacs au milieu et le coin cuisine au fond de la hutte sombre. Je devine plus que je ne vois la maman se balançant avec son bébé dans les bras.

Je me retrouve obligé de placer l’enfant sur une chaise pliante devant l’entrée de la hutte car la seule lumière vient de l’extérieur et je ne me vois pas manipuler un nourrisson dans le noir sur un hamac ! Je commence tout doucement par effectuer des compressions sur le thorax du bébé. J’y vais très prudemment car un bébé de 2 mois n’est déjà pas gros mais un bébé Kuna, c’est carrément une crevette ! Une femme âgée fait irruption en poussant les nombreux indiens attroupés devant l’entrée de la hutte. Marco fait barrage et essaye de calmer la femme. C’est la grand-mère du petit et elle est complètement déchainée, elle hurle en ameutant les occupants de huttes voisines. Nous ne comprenons rien à ce qu’elle raconte mais cette vielle indienne me menace clairement, et tout le monde l’écoute avec attention ne sachant plus en qui avoir confiance... Je place le bébé sur les genoux de son père pour effectuer la manœuvre d’expectoration, la plus efficace mais aussi spectaculaire et lorsque je commence à appuyer sur le cou du petit bonhomme, la scène vire au cauchemar ! Le bébé est tout rouge, la grand mère est verte de rage, la mère devient blanche et part en criant… Et là, je me mets à transpirer comme un buffle en cherchant à analyser la situation rapidement… C’est bon, j’arrête les frais… Le faible encombrement de ce bébé ne justifie pas un tel désordre dans le village… Je quitte la hutte lorsque la mère réapparait pour se saisir de son rejeton et le coller sur son sein… Tout rentre dans l’ordre très rapidement et même la grand-mère finit par sourire et plaisanter, plus de peur que de mal mais quand même beaucoup de peur… Et pas que pour la grand mère car je n’ose imaginer la suite des événements si le bébé avait fait un malaise…

 

04/02/10

Papy-jean et Françoise se lèvent un peu tard et attaque le rituel du petit déjeuner vers 9h30, nous avons rendez-vous à 10h30… Nous finirons, bien évidemment en retard, stressés et l’histoire retiendra que j’aurai du les réveiller plus tôt ! J’ai préparé une salade de riz et nous avons de l’ananas en dessert et même du café que papy jean met 1/2h a préparer en repeignant la cuisine du sol au plafond !

Nous voilà enfin les fesses posées dans la grande pirogue de Brédio… Enrica, Marco, Pablo, Bisserka, Daniel, Allan et enfin, l’équipage de Badinguet toujours privé de sa pièce maitresse qui se les gèle en métropole !

Lentement, le Ulu découpe les eaux calmes du Rio Mindinga, tout le monde tient son appareil photo à la recherche de « THE PHOTO OF THE CROCO ». Tout le monde est ravi de cette petite excursion en jungle, sauf, peut être, les crocodiles dérangés par le bruit du moteur hors-bord qui disparaissent rapidement dans les eaux sombres. Le téléobjectif est le seul moyen de les approcher vraiment, il y a bien la méthode de laisser trainer sa main ou un enfant en dehors de la pirogue mais personne n’est tenté…

Vers midi et demi, nous arrivons au bout de la partie praticable du fleuve et tout le monde prend pied sur une petite plage molle pour se restaurer. Nous y mangeons, discutons, plaisantons pendant une bonne heure sans apprécier l’endroit à sa juste valeur, dommage. On pourrait se croire au bois de Vincennes mais s’immerger dans une telle atmosphère nécessite du calme, du silence, moins de monde, pas d’enfant, etc. Nous passons quand même un très bon moment en compagnie de nos amis.

Nous redescendons le fleuve avec une nouvelle quête de « THE PHOTO OF THE JAGUAR » et là, nous ne serons pas récompensés…

La jungle continentale (le Darien) qui isole ces iles paradisiaques du reste du monde est réputée impénétrable et les nombreux crocodiles que nous avons croisé sur les fleuves sont comme les gardiens dérisoires d’une culture qui se meurt lentement. Les plaisanciers sont certainement responsables malgré eux de cette agonie mais comment éviter de les polluer, des les corrompre et de les influencer ?

A peine de retour sur le voilier, Françoise désire aller faire un tour à terre et nous prenons l’annexe. Nous abordons l’ile surpeuplée par un petit ponton branlant entre une cage à cochon et quelques pirogues. Nous serpentons quelques secondes entre les huttes pour rejoindre une allée un peu plus large. Le congresso et la hutte de la chicha sont toujours placés au centre du village et nous  rencontrons le 1er sahila, qui s’est habillé rapidement pour l’occasion. Nous sommes présentés par nos prénoms par un indien que je connaissais et nous discutons un moment en se serrant longuement la main, rencontre du troisième type au beau milieu de l’ile de « Tupsuit Dummat » dans le fond du golfe des San Blas…

Tout le monde finit a bord de Badinguet pour un dernier apéro en compagnie de nos chers amis d’Aquarius. L’émotion est grande lorsque nous nous étreignons Marco et moi en fin de soirée… Salut les amis, que de moments partagés encore depuis 8 mois et que de chemin parcouru avec vous et grâce à vous… Je sais que vous lirez ce texte un jour alors Pascale se joint à moi pour vous serrer très fort contre nous, on vous aime.

 

05/02/10

Le départ est prévu à 9h et j’ai pris soin de réveiller les marmottes qui hibernent à l’avant de Badinguet… « Holiday » de Daniel et Bisserka et leur petit Allan nous accompagnent à Porvenir, ils vont y faire leur entrée administrative et nous la sortie…

Après avoir rempli les formalités au bureau de l’immigration, nous mangeons au restaurant avec « Zino » et « Holiday » puis retour à bord pour préparer un nouveau départ.

1/2h de moteur plus tard, nous mouillons à « Chichime » où « Zino » nous rejoint quelques minutes après. L’endroit est magnifique, le genre de coin qui te fiche un paquet de regrets lorsque tu y passes ta dernière journée… Nous partons nous baigner avec papy-Jean pendant que Françoise, tel le christ se lance dans la multiplication, non pas des petits pains mais des yaourts.

J’installe le genaker et le tangon bâbord pendant le déssalinisateur dessale, la machine à laver lave et Papy Jean fait ses mots fléchés. Dans la soirée, tous les copains se succèdent à la VHF pour nous souhaiter « bon voyage ». Il s’en ai passé des choses de ce coté du canal, là j’ai vraiment les boules de partir…

Il fait beau et chaud, l’eau est turquoise, on se demande pourquoi on s’en va… Le voilier est chargé de souvenirs, de Molas, de pagaies et de coquillages, mais au-delà de l’art Kuna connu dans le monde entier, nous retiendrons surtout la simplicité, les sourires bienveillants et la gentillesse infinie de ces hôtes qui nous tolèrent sur leur territoire au risque de se perdre….

J’ai eu un certain Yariel au téléphone que m’a conseillé Fidji (qui a passé le canal la semaine dernière). Cet agent me garanti un passage du canal de Panama en trois jours, si ça pouvait être vrai, l’optimisme est de rigueur en tous cas…

Il est 19h15, Papy jean nous a préparé des patates sautées et du filet de bœuf, le téléphone sonne sur la table à cartes.

-          Nicolas : Allo ?

-          ......... : Nicolas ???

-          Nicolas : Si yo soy Nicolas

-          ......... : Es Robertiano de Miriadiadup, como estas ?

-          Nicolas (le cœur serré) : Si, muy bien, gracias, y tu ?.............. Comment leur dire tout ce que je ressens a travers ce fichu téléphone cellulaire et cette langue espagnole que je ne maitrise pas assez pour faire passer ces émotions ?

Ce coup de fil va durer deux minutes avec des hésitations, des bégaiements, des silences mais je mesure à présent l'amitié qui s’est nouée entre nous,  je sais que je ne les oublierai jamais et je découvre que c’est réciproque, les mots sont inutiles…

PANAMA

 

 

06/02/10

Je me réveille à 5h45 pour préparer tranquillement le bateau pour sa plus longue navigation depuis 2 mois et demi. A 6h30, je remonte le mouillage et réveille par la même occasion les occupants de la cabine avant.

Il y a peu de vent et vue son orientation, le genaker va rester enroulé… Zino est parti une 1/2h plus tard et il ne nous rattrapera pas, nous lui prendrons même quelques milles dans le petit temps. Je prépare le petit déjeuner de mon papy Jean, celui de Françoise est beaucoup trop compliqué pour que je m’y risque. Je m’occupe aussi des spaghettis bolognais du midi car la mer est formée et Françoise ne reste pas trop longtemps dans la cuisine. Je mesure la formidable résistance de Pascale qui reste un temps fou à me préparer des bons petits plats par tous les temps ou presque ! 7 heures plus tard, je reçois sur la VHF un curieux message en américain

-          Nicolas, Nicolas on the Amel from ???? (avec un furieux accent cowboy !)

-          Nicolas: Yes I’am Nicolas on the Amel !?!?

-          Follow me, I was with you on Miriadiadup, follow my way.

-          Nicolas: Okay Philip, I remember you now, I follow you, but wait for me.

Incroyable, c’est Philip, un Américain avec lequel j’ai sympathisé aux San Blas il y a quelques semaines et il m’invite à le suivre entre les cailloux pour accéder au mouillage de Linton par l’Est, cool !

Nous contournons plusieurs cayes dangereuses, je suis dans sa roue et nous nous faisons de grands signes d’au revoir ; il poursuit sur Panamarima et nous passerons la nuit dans la baie de Linton.

Badinguet est ancré au beau milieu de nombreux voiliers plus ou moins en bon état… En fait, on arrive assez vite à isoler les bateaux qui ne bougent plus de ceux qui sont de passage…

A peine arrivé, je presse tout le monde pour débarquer car le programme est chargé. Visite du village de Linton, Sans grand intérêt sauf pour Isabelle qui pourrait sans problème passer 6 mois à nettoyer le rivage tellement il y a de déchets. La chaleur est écrasante et les sodas que nous achetons au seul petit magasin du coin ne nous rafraichissent que quelques minutes.

 

En revenant sur nos pas, j’interpelle une certaine Theresa qui nous invite à la suivre… Nous grimpons un escalier en bois rouge puis arrivons sur la terrasse d’une magnifique villa américaine. La jeune panaméenne nous apporte alors ce que je lui ai demandé, … Surprise !!! Et voila papy jean avec deux paresseux sur les bras !!! Alors qu’est ce que ça fait d’être entouré de paresseux ??

Après avoir déposé Françoise à bord, nous repartons avec papy Jean en direction de Panamarina par la mangrove. La rivière est magnifique et le dinghy passe à toutes allure sous une voute végétale impressionnante pour déboucher de l’autre côté au beau milieu de dizaines de voiliers sur corps morts. Panamarina est tenue par deux français, Jean-Paul et Sylvie depuis des années, l’amarrage sur coffre y est réputé très sécurisé et le resto de la petite marina à une excellente réputation mais nous n’y mangerons pas ce soir… Nous discutons un moment avec Zino puis ce sont encore des « au revoir », « on se retrouve de l’autre côté », etc.

Nous faisons un petit crochet par Isla Grande pour vérifier ce que j’espère… Oui, ils sont là, les singes sont là ! Allons vite chercher Françoise.

Nous glissons l’annexe sur la petite plage et les singes-araignées, nullement effrayés s’approchent de nous. Leur comportement est tellement « humains » que nous oublions vite que ce sont des animaux sauvages, erreur fatale ! Une femelle s’approche de moi et me tend la main, je la saisis sans la serrer, prudemment et là, tout s’emballe, elle hurle et cherche à me mordre aidé par un mâle qui arrive à la rescousse. Je bouge le moins possible et ne recule pas devant les intimidations des attelles.. C’est papy Jean qui a l’appareil photo et j’ai a peine le temps de dire…

-          Nicolas : On retourne doucement à l’annexe, pas de mouvement brusque, calmement, tout va bien…

Les singes commencent à menacer Papy jean qui recule sous la pression, j’ai beau lui dire calmement, de na pas reculer, il continue et les animaux sentent qu’ils ont l’avantage..

Le mâle grimpe rapidement dans le cocotier qui nous surplombe, prend son élan et se jette dans les airs en direction de papy Jean… Au dernier moment, la queue du singe s’enroule autour d’une palme, et la gueule remplie de temps acérées du primate reste suspendue à quelques centimètres de la belle tignasse blanche de mon père. Et boum, papy jean se retrouve les quatre fers en l’air sur la plage pendant que la femelle m’envoie un cou p de crocs dans la cuisse sans prévenir. Bordel !!! Nous regagnons l‘annexe sans geste brusques, papy Jean s’est explosé le dos en chutant et je me suis fait croqué le cuissot, vive les singes !!!

Soirée tranquille à bord de Badinguet, on a bien  mérité les ti’ punch ce soir !

 

07/02/10

Nous prenons bien soin de contourner les grandes cages à poissons qui trainent dans la baie de Linton puis 10 milles de navigation plus tard, nous mouillons dans la grande baie de Portobello, le premier endroit à peu près moderne depuis des mois… La ville, ancienne forteresse espagnole, est sale et bondée de touristes qui débarquent de leurs cars climatisés pour acheter des Molas et autres souvenirs qui encombrent les tables des petits marchands du centre ville. Nous visitons l’église où des dizaines de Panaméens font la queue pour approcher la statue d’un christ noir puis nous trainons dans les ruines des différents forts qui défendaient la ville autrefois. Un déjeuner dans un Lolo, riz-poulet-bière pour changer puis retour sur Badinguet où papy Jean fait une petite sieste sonore !

 

Je repars aussitôt faire un grand tour en annexe, c’est bon de déjauger seul et de filer en direction de la sortie de la baie. Je contourne la pointe nord et découvre une magnifique petite plage qui émerge de la jungle. De nombreux touristes s’y baignent et c’est là que je prendrai mon dernier bain en Atlantique. Aussitôt dit aussitôt fait, je n’ai pas de maillot et c’est en short que je plonge dans l’eau claire en savourant chaque instant. Ayant terminer mes ablutions, je longe toute la côte et découvre de très belle propriétés privées très bien intégrées dans le paysages tropical.

Dans le village, derrière la station de bus multicolores se trouvent plusieurs centres Internet, c’est de l’un d’eux que j’envoie le dernier épisode…

Demain midi, nous serons à l’entrée du canal à Colon, les choses sérieuses vont commencer, juste pour le retour de Pascale…

 

08/02/10

 

A 7h30 du matin, Badinguet a déjà levé l’ancre et sans vent, il se rapproche de Colón, l’entrée du canal. Deux heures après le départ, un bon vent de Nord-est nous pousse entre les deux grandes digues qui protègent la baie de Colón. Nous ne quittons pas notre cap et engageons l’entrée de la marina de Shelter bay. Les bateaux y sont entassés les uns contre les autres et personne ne me répond à la VHF aussi poursuivons-nous en zigzaguant jusqu’au fond du cul de sac où nous mouillons à côté d’un ketch anglais, on aurait pu mieux choisir…

Les employés de la marina viennent nous amarrer, le cul à la mangrove, Badinguet est placé !

Un court passage a l’office pour payer 32 $ la nuit au mouillage, au ponton, c’est le double (sans compter l’eau ni l’électricité) ! Il fait une chaleur lourde et sans vent le thermomètre dépasse par moment les 40° !

En fin d’après-midi, je fais la connaissance de Yariel, notre agent ou intermédiaire qui va s’occuper de nous chouchouter pour le passage du fameux canal. Je lui remets les copies des passeports, de l’acte de francisation et des permis de navigation au Panama et en contrepartie, nous avons déjà nos 4 amarres réglementaires de plus de 50m.

Fred et Cindy, propriétaires Canadiens d’un autre super Maramu 2000 que nous connaissons depuis Carthagène sont avec nous, accompagnés de Stan l’Américain et Clairsy, sa compagne Colombienne… L’ambiance bat sont plein à 19h, les cervesas encombrent la petite table du bar de la marina et « l’ambiance pré-canal » s’allège un peu au fur et à mesure que les bières alourdissent nos panses bedonnantes et tendues…

Nous faisons très vite connaissance des autres voiliers en attente car tout le monde n’hésite pas à se parler pour obtenir des infos de dernière minute… Ainsi, nous connaissons rapidement une bonne partie des équipages de la marina, Français, Américains, Anglais, Allemands, Espagnols, Italiens et j’en passe…

 

 

09/02/10

Alors que je suis en train de cauchemarder qu’un cargo écrabouille Badinguet dans le canal, un hurlement puissant me tire de mes rêves…  Qu’est ce que c’est que ça ??? Il est 5h45 et plusieurs cris abomifreux retentissent à nouveau. Les singes hurleurs sont en pleine forme… Il suffirait d’en mettre un dans la cabine de devant comme réveil et les deux marmottes seraient sur le pont tous les matins pour profiter du lever du soleil ! Lorsque l’on quitte le bar climatisé pour rejoindre le jacuzzi de la piscine, on a un peu tendance à oublier que nous sommes dans la jungle panaméenne 

A 9h30, les deux super Maramu se succèdent à couple du remorqueur « gasoil » qui sert de station service, 148 gallons soit 561 litres de carburant quand même ! Le litre est à 50 centimes d’euro pour être précis, ça fait envie, non ???

Yariel me téléphone et confirme la venue du métreur pour demain (le fonctionnaire du canal qui mesure les bateaux avant le passage) , j’espérai un passage plus tôt mais nous n’avons pas le choix…

Afin de bien expliquer les formalités, voici, dans l’ordre ce qu’il faut faire ou subir pour passer ce fichu canal de Panama.

-          Faire son entrée administrative au Panama (clearance), même si tu viens des San Blas !

-          Avoir à bord 4 amarres de plus de 50m et de nombreux pares-battages (le mieux est de louer des pneus recouverts de sacs poubelles bien propres !). L’équipage doit être composé du capitaine (c’est MOAA) et 4 équipiers, Pascale, papy Jean, Françoise et, l’équipage de Moana (France et Guy) qui va nous aider à passer.

-          Le métreur officiel du canal passe ensuite et, comme son nom l’indique, mesure le voilier extrêmement précisément. Il poursuit son travail en nous attribuant un numéro officiel et en remplissant 6 formulaires dont un pour la City Bank (la banque du canal)

-          Avec la paperasse du métreur, il faut aller à la City Bank et payer la somme de 1750$ (en ce qui nous concerne) dont 845$ de caution qui nous serons rembourser sous 3 mois par cheque à l’adresse de notre choix dans le monde), si tout se passe bien, bien sûr !

-          Ensuite il faut obtenir le « zarpe » (clearance) de sortie de Panama (et oui, il faut faire une sortie du territoire de Panama pour pouvoir passer le canal (même si on reste au Panama de l’autre coté, chercher l’erreur !).

-          Téléphoner la veille du passage aux autorités du canal pour connaitre l’heure de passage et accueillir le pilote a bord. Et ensuite vogue la galère…

La marina de Shelter bay se trouve de l’autre coté du canal par rapport à Colon et tous les véhicules sont obligés de longer le cours d’eau puis de le traverser au niveau de l’écluse de Gatún, la première et la plus grande des trois car elle est sur trois niveaux successifs…

Le passage de cette écluse est presque aussi spectaculaire pour les bateaux qui transitent que pour les bus et taxis qui la traversent.  L’attente est souvent interminable pour les nombreux véhicules qui s’entassent de chaque côté de l’étroit passage gardé comme fort Knox par de nombreux militaires en armes. Lorsque les grandes portes en fer forgées qui datent de la construction du canal se referment sur les immenses porte-conteneurs, les voitures n’ont que quelques minutes pour passer. Côté préparation psychologique, ça calme !!!

 

10/02/10

7h45, le téléphone sonne… C’est Pascale qui m’apprend que son vol pour New-York est annulé pour cause de neige, c’est quoi la neige ??? Elle prend donc un vol pour Chicago, puis Houston et le lendemain pour Panama.

Il est 8h45 lorsque des amis viennent me chercher au bar de la marina ou je surfe sur la toile, Branle-bas de combat, le métreur est à mon bord ! L’agent est très sympathique et Badinguet est mesuré dans tous les plans puis ce sont les papiers, les reçus, les tampons et j’en passe… Nous sommes plusieurs français à nous faire mesurer ce matin et dés le départ du métreur, ce sont nos voisins et amis qui reçoivent ce sympathique fonctionnaire. C’est un peu à celui qui passera en premier et tout le monde s’en amuse avec, quand même, une certaine tension dans l’air…

Pascale enregistre ses bagages au guichet de Roissy et Arnaud immortalise la scène en prenant une photo avec son portable. C’est à ce moment précis que 3 personnes de la sécurité de United Air Lines se précipitent sur mon beau-père et l’empoignent prestement ! Il est interdit de photographier le personnel de la compagnie !!! Arnaud contre attaque très rapidement, il montre aux 3 gorilles la photo de sa fille et son légendaire charisme fait le reste. On les aime vraiment ces paranos d’amerloques, le voyage commence bien !

Il est 16h30 lorsque Pascale embarque enfin dans l’avion, le dégivrage des ailes a duré deux heures !!!

Au même moment, je sors du freezer quelques glaçons que je glisse dans mon verre de jus d’ananas… Yariel, notre agent vient nous chercher vers onze heures, nous partons avec nos voisins en taxi à la city Bank payer la somme qui nous ouvrira les portes du paradis, ou plutôt, des écluses. A midi, tout est réglé et je profite du taxi gratuit pour récupérer dés aujourd’hui 10 des 13 batteries « DEKA Marine Power » de 105A/H que j’ai réservé il y a deux semaines. Le gros avantage de ce modèle est la parfaite similitude de capacité et d’encombrement avec nos anciennes batteries.

A 17h Pascale atterrit a Chicago, il fait -3° et 15cm de neige couvrent le sol américain. Il faut changer rapidement de terminal avec 4 énormes valises pour un total de 56 kilos ! Je reviens à bord de Badinguet avec 200 kilos de batteries neuves, Papy jean et Françoise sont partis en ville avec le bus de la marina. Je suis seul pour attaquer le boulot et c’est tant mieux. Il fait 40° dans la coursive, pas d’air, je suis liquide, j’ai même sorti une grande serviette de bain pour m’éponger régulièrement afin d’éviter de trop mouiller les batteries !!

Juste avant le retour du bus de Colón, je rince le déssalinisateur à l’eau douce car il ne servira pas durant la semaine qui vient…

A 19h25, l’avion décolle de Chicago et 3 heures plus tard, il se pose a Houston, Texas, il pleut des cordes ! Il s’agit pour Pascale de trouver un hôtel et à la borne téléphonique spécialement installée a cet effet, il semble qu’il n’y ait plus de chambre de disponible… J’attaque ma quatrième bière avec les copains québécois au bar de la marina.

Houston, 23h30, Pascale trouve enfin une chambre et il est 00h30 lorsqu’elle peut enfin fermer les yeux. Je roupille à poing fermé depuis des heures dans ma couchette, eh, eh, eh !

Yariel me téléphone, nous avons notre date de passage officielle, ce sera dimanche 14 février, le jour de la saint Valentin mais on s’en fout complètement…

 

11/02/10

Pascale émerge à 7h30, petit déjeuner avec des donuts et des flocons d’avoine, je suis déjà debout depuis 2h en train de chercher la cause du dysfonctionnement du nouveau calculateur du pilote automatique. Il pleut toujours autant a Houston et je continue à dégouliner de sueur dans la chaleur de Colón.

Papy Jean part à la piscine de la marina pour se rafraichir un peu. Il fait toujours aussi chaud et je ne comprends rien à cette fichu panne de pilote à la noix ! Pascale enregistre ses nombreux bagages des 10h du matin et traine dans l’aéroport jusqu'à 14h15. Nous déplaçons le voilier sur un autre ponton où il y a du 220V. Nous avons notre place jusqu’au jour "J".

Je quitte Shelter Bay marina à 15 heures, le taxi est complètement surchargé par les 13 vieilles batteries « Delphi » que je ramène à « la casa de las batterias » de Colón. Je récupère les 3 nouvelles batteries manquantes puis nous partons pour panama City et son aéroport international « Tokumen ».

Le vol de Pascale est en retard de 1h et celui qui le précède vient de Miami, j’observe les passagers et les retrouvailles, je n’ai jamais vu un vol aussi chargé en silicone !

Ca y est, la voila, elle est fatiguée, chargée comme un sherpa mais c’est bien elle !

2 Heures plus tard, nous déchargeons le taxi de ses 3 batteries, de 6 bidons d’huile de vidange et des 4 valises de Pascale, Badinguet est là, enfin !

 

12/02/10

Réveil à 8h,  Pascale est fatiguée mais l’envie de retrouver son bateau est la plus forte et nous nous levons ensemble pour commencer à vider et ranger le contenu des nombreux sacs.

J’installe les 3 dernières batteries non sans mal car elles s’emboitent pile-poil puis nous commençons à ranger les médicaments, les bouquins et les nombreuses pièces que Pascale ramène dans ses bagages. Papy jean émerge à 9h précédé de Françoise, mais vu le bordel qu’on a foutu, je ne suis pas surpris !

Nettoyage, rinçage de tout le matériel de chasse sous-marine, nettoyage du puisard, des filtres de douches, changement des charbons du moteur d’enrouleur, vidange et nettoyage de l’échangeur du groupe électrogène, bref, une matinée infernale !

L’après-midi est un peu plus cool mais il reste encore tellement de choses à faire avant de passer le canal. En y réfléchissant, la dernière fois que nous sommes allés dans un port remonte à Sainte Lucie il y a 6 mois, il faut en profiter à fond !

Je teste l’écran du pilote dont je viens de changer le calculateur avec Marc de « B & B », un monocoque qui passera le canal un jour après nous. Le verdict tombe, l’écran du pilote automatique est en train de rendre l’âme. Et aller ! 600 dollars de plus, et tournée générale et que le personnel s’amuse !

En fin de journée, Pascale est vraiment fatiguée mais elle tient à faire la cuisine, malgré la chaleur. Au menu, filet de  bœuf et pommes de terre, YES !

Papy Jean et Françoise mangent leur soupe en entrée par 29°, nous préférons attendre le plat de résistance… vivement nos bannettes !

 

13/02/10

Nous passons la matinée à Colon à faire les courses de frais et de vin pour papy Jean.

L’après-midi monte doucement en tension avec la rencontre de nos partenaires de passage et là, il y a un « hic » ! Nous sommes groupés par trois et le voilier le plus grand ou le plus puissant est sensé être au milieu. Celui-ci est un magnifique voilier gris et noir anglais de 76 pieds (22m). Son propriétaire, Italien monégasque n’a pas très envie de se retrouver avec deux voiliers « bas de gamme » accrochés, tels des parasites, à ses flancs, et on peut le comprendre lorsqu’on voit son bateau… Donc, jusqu’au dernier moment, nous ne saurons pas comment nous passerons le canal. Nous discutons un bon moment avec notre voisin « Beaujolais », sloop Gallois, des manœuvres et des différentes configurations pour le passage. Nous convenons que je serai à bâbord et lui à tribord pour les écluses.

L’après-midi est tranquille avec beaucoup de tests qui confirment la mort imminente de mon écran de pilote automatique.

 

LE CANAL DE PANAMA

 

14/02/10

Le port est payé, environ 350 $ pour la semaine et un jeune anglais se présente au ponton en nous expliquant que « Silandra », le magnifique voilier anglais sera finalement  bel et bien entre nous. Je préfère  cette configuration car la puissance de ses moteurs et de son propulseur va nous conférer une grande sécurité de manœuvre.

Nous vérifions une dernière fois les amarres, les bouées, les pneus et tout l’équipage au complet avec France et Guy est réuni à 11h pour le briefing et les attributions des taches. « Beaujolais » est juste derrière nous lorsqu’à 13h, Badinguet appareille. Nous traversons la baie en direction du « Flat » où les pilotes embarquent sur les petits bateaux. Nous suivons des yeux les énormes cargos et porte-conteneurs chargés jusqu’à la gueule qui engagent le canal. Je m'amuse à  en raser un de très près, histoire de nous charger un peu pus en adrénaline.

Il y a du vent et les remous provoqués par le passage des mastodontes rendent le mouillage inconfortable. Nous avions rendez-vous à 14h45 et c’est une heure plus tard que le pilote qui nous est attribué monte à bord, ca y est, on peut lever l’ancre.

 

Nous approchons de la première écluse, celle de Gatùn. Nous sommes 6 voiliers à la queue-leu-leu à tourner en rond un demi-mille avant les grandes portes… Les pilotes nous demandent de nous assembler et, surprise, « Silandra » passera seul, le riche monégasque a réussi à se débarrasser des ses parasites… « Beaujolais » et « Badinguet » se rapprochent et s’amarrent à couple pendant que les trois autres bateaux devant nous font de même.

C’est la première fois que je me retrouve sur un catamaran improvisé, je n’ai la possibilité de ne piloter qu’une coque mais en jouant sur la puissance du moteur, sans toucher au gouvernail, les deux monocoques répondent bien à la manœuvre. Je commence à peine à mieux sentir la réponse de réaction de notre multicoque improvisé lorsque le pilote nous informe que « Silandra » va venir se placer entre nous !!!

Nous nous écartons l’un de l’autre et le grand sloop s’aligne à la perfection pour la manœuvre d’amarrage. Notre trinôme est enfin prêt et les deux moteurs de notre voisin (220 et 210 chevaux nous emmènent à 6 nœuds vers l’entrée de l’écluse. Beaujolais et Badinguet n’ont qu’une chose à faire, garder la barre neutre et admirer l’équipage de « Silandra » en pleine action.

-          L’équipage de « Beaujolais » en s’adressant au propriétaire de « Silandra » : Oh, vous avez un drapeau YMCA, c’est super sympa !!!!

-          Le propriétaire monégasque : Non, il est écrit YMC, ce qui signifie YACHT CLUB DE MONACO !!! (Visiblement un tantinet irrité)

Les toulines sont lancées dés le passage des portes de l’écluse et les amarres quittent le pont du sloop pour être finalement attachées en haut des grands murs de Gatùn locks. Les portes se referment derrière nous, on y est !

Chaque écluse mesure 305 m de long et 33.5 m de large, elles peuvent accueillir des bateaux d’une taille maximale de 295 m de long et de 32 m de large avec un tirant d’eau de 12 m. Le remplissage s’effectue par 100 trous de 1.2 m de diamètre repartis au fond des bassins et on monte ainsi de 9 m en 12 minutes. Cette première écluse est triple et nous allons monter de 26m pour arriver à la tombée du jour sur le lac Gatún. A chaque bassin, les immenses portes de 800 tonnes chacune, s’ouvrent et se referment pendant que les trinômes se déplacent lentement. Quatre employés du canal déplacent nos amarres en marchant le long des rails. Les écluses sont bordées de lignes de chemin de fer sur lesquelles se déplacent les puissantes motrices qui servent d’amarrages mobiles aux supertankers.

Nous sommes à nouveau bien attachés au quatre coins et les remous secouent doucement l’armada des lilliputiens que nous sommes.

Les dernières portes s’ouvrent et les 6 bateaux, enfin libérés filent à vive allure vers le mouillage obligatoire. Il a 2 grosses tonnes d’amarrage mais avec « Silandra » nous préférons mouiller un peu plus loin par 20 mètres d’eau.

Cette première partie n’a été finalement qu’une formalité, attaché au grand monocoque, nous n’avons absolument rien eu à faire ! Nous attaquons le foie gras en entrée puis Papy Jean nous sort le bœuf bourguignon qu’il a longuement préparé la veille. Et bien évidemment, c’est à ce moment que nous terminons la bouteille de gaz…

Comme nous sommes 6 à bord, j’ai du débarrasser les couchettes de nos invités de tout ce qui les encombrait et notamment des 4 grands coussins du bain de soleil et bien sûr, j’ai tout mis dans le coffre où se trouvent le compartiment du gaz. Je sors tout le bazar et change la bouteille de propane. Alors que je remets tout allégrement dans le coffre, je m’aperçois qu’il manque à l’appel deux grands coussins! Okay, j’ai bu deux ti' punch mais je suis persuadé qu’il y en avait quatre ! J’en parle rapidement à Papy Jean et à Guy qui en sont, eux aussi, à leurs deuxièmes ti’ punch.

Personne n’a entendu quelque chose tomber à l’eau mais on distingue au loin, dans le noir quelque chose flotter!?!?

Le dinghy est retourné et dégonflé sur le pont arrière et inutile de compter sur nos 5 voisins. Je suis un peu bourré au rhum et le lac est bourré de crocos, j’hésite à plonger quelques secondes mais finalement, je vais chercher le gonfleur, je ne dois pas être si bourré que ça ! L’annexe est gonflée au minimum lorsque Guy et moi sautons à son bord pour pagayer en chantant à tue tête jusqu’aux fameux coussins qui dérivent lentement sur le lac. Si, finalement, on est un peu bourrés ! 

Incroyable, les coussins du bain de soleil ont glissé les uns sur les autres pour se faufiler en douce sous la passerelle puis plonger en silence dans l’eau sombre, les fourbes ! Okay, Okay, on est vraiment bourrés !

On termine par un petit coup de marc de gewurztraminer et tout le monde au lit. Franc et Guy dorment dehors car il n’y a pas un souffle d’air sur le lac et l’atmosphère est étouffante.

15/02/10

4 heures, du matin, mais pourquoi ce fichu soleil ne se lève t’il pas tout de suite ? Impossible de dormir plus, je tournicote un bon moment dans la couchette puis, vers 5h15, les singes hurleurs commencent leur concert. Dans ces conditions, inutile de prendre des précautions, je sais que tout le monde est réveillé.  Vous devriez essayer comme réveil, le singe hurleur, y a pas mieux !

Il fait noir lorsque Pascale, France, Guy et moi déjeunons dans le cockpit. Les singes poursuivent leur extraordinaire vacarme pendant une bonne heure puis le pilote embarque à 6h précises à bord de Badinguet et tout le monde est fin prêt, sauf peut être les marmottes qui émergent à peine de la cabine avant.

La petite troupe a 26 milles à parcourir au moteur en suivant un interminable chenal qui serpente entre les iles du grand lac panaméen.

Là encore, « Silandra » fait des sienne et notre nouveau pilote nous informe qu’il ne viendra pas avec nous mais avec un bateau de passagers qui propose des visites touristiques du canal aux amateurs.

Nous croisons une bonne dizaine de cargos en sens inverse et un grand crocodile en travers de notre route !

En arrivant au niveau du pont du centenaire, la très attendue écluse simple de San Miguel est en vue mais les pilotes nous font tous ralentir car nous allons croiser un « panamax » (taille maximum pour le canal). Le « Coral Princess » qui, non content de détenir le record de redevance pour le passage du canal (environ 250 000$) va avoir l’immense privilège de croiser Badinguet ! Le grand navire de croisière est gigantesque et dés son passage, les voiliers commencent les manœuvres pour se rapprocher.

A nouveau, le pilote nous informe d’un changement de programme, « Silandra » va à nouveau se mettre entre beaujolais et nous, génial !!! L’Italien francophone qui vit à Monaco et qui navigue sur un bateau anglais souffle le chaud et le froid sur le canal mais au final, nous sommes très contents de les avoir avec nous.

Lorsque nous entrons dans l’écluse de San Miguel, nous savons que nous engageons la dernière ligne droite,  la fin est proche… Les manœuvres sont à nouveau parfaites et nous n’y sommes absolument pour rien…

Les deux trinômes sont restés en place durant le mille nautique qui sépare les deux dernières écluses et nous sommes maintenant dans le premier bassin de celle de Miraflorès, la dernière et l’excitation est à son comble… Derrière les grandes portes se trouvent les eaux de l’océan pacifique.

Un grand bâtiment beige surplombe les bassins, des centaines de touristes nous observent, nous prennent en photo et nous font des signes amicaux. Nous savons qu’une caméra est placée au sommet de l’antenne du bâtiment. Pascale fait de grands signes à Martine et Arnaud qui doivent regarder sur Internet notre passage.

   

Les portes de l’écluse intermédiaire s’ouvrent et nous engageons le dernier bassin, tout le monde est attentif et à son poste car un courant de 1.5 nœuds nous entraine vers la sortie. J’ai la main sur la manette de gaz mais tout se passe au mieux et « Silandra » contrôle la situation d’une main experte. Nous échangeons quelques photos avec le riche propriétaire monégasque puis à peine sortis, les trois voiliers soufflent bruyamment dans leur corne. Les touristes nous font de grands signes, nous avons passé le canal de Panama !!!

Nous terminons rapidement les 43 milles du canal et le pont des Amériques, symbole incontournable de la fin du périple est en vue. Le bouchon de champagne termine sa course dans le pacifique et les verres s’entrechoquent en passant sous la grande arche métallique. Encore quelques photos puis nous contournons les bouées de chenal et prenons un coffre au Balboa yacht club. Les amarres sont lovées, les pneus détachés et le tout rendu à Yariel qui nous attend au ponton à essence.

 

Badinguet est sale, son équipage fatigué mais tout le monde est de l’autre côté, heureux !

Nous appelons la lancha du club nautique et nous terminons l’après-midi à siroter une bière au restaurant qui domine le mouillage. La connexion internet est rapide et je découvre avec stupéfaction les photos que nos amis nous ont envoyées. Arnaud et surtout Marie-Vinciane et Xavier ont passés des heures sur internet à nous guetter pour capturer et nous envoyer une bonne quarantaine de photos de notre passage dans les différentes écluses du canal.

Il est tard, France et Guy repartiront demain vers Shelter bay marina. Nous dinons à bord de Badinguet et au DODO ! 

 

16/02/10

Il est 5h30, je dors mal et les nombreux paquebots qui rasent le yacht club provoquent des séries de vagues qui nous font danser la gigue toute la nuit. Cela fait deux heures que j’écris le compte-rendu de notre passage lorsque France, puis Guy, puis Pascale me rejoignent pour le petit déjeuner.

Françoise et Papy jean se lèvent une heure plus tard, Et oui, il y a plusieurs services sur Badinguet. France et Guy nous quittent vers 8h30, je les accompagne puis paye le club nautique. 65 $ pour deux nuits à se faire secouer sur une bouée, c’est hyper cher pour un service de merde, je ravale ma salive en sortant les billets, vive le pacifique !

 

 

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