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TOULON - ILES BALEARES 

 

24/09/08

06H28…. 06H29…. Le réveil va sonner dans une minute, je le regarde depuis une demi-heure, nous avons prévu de quitter le port de Toulon à l’aube pour notre grand voyage.

06H30 et… le réveil ne sonne toujours pas, C’est quoi ce B….. ? Aller, on s’en fiche, je suis plus que prêt !!! Pascale ne dort aussi que d’un œil.  

- Pascale : Ca y est, on part ?

- Nicolas : Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.

Martine se lève tout aussi vite et tout le monde est vite opérationnel. Nous emmenons Martine, la maman de Pascale (donc ma belle mère !!!!!) jusqu’à Gibraltar via les Baléares. Nous continuerons ensuite tous les deux vers le Maroc et les Canaries.

En 2 coups de cuillère à pot, Badinguet est dans la rade de Toulon, via la petite passe. Le temps est un peu couvert et 15 nœuds de vent nous pousse vers le Sud et le large. J’établis le genaker sur le tangon et le voilier avale les milles à 8 nœuds.

Après avoir dévoré le casse-croute de Pascale, la ligne à thon s’emballe... Enrouler les  voiles au plus vite et commencer le combat, ça tire fort, un thon surement… 10 minutes plus tard, les avants bras endoloris, le bestiau se prend dans la deuxième ligne de traine et se décroche  violemment.  MERDE !

Pascale et Martine sont déçues, moi, je peste contre ces vagues qui nous chahutent par l’arrière et ces lignes qui se croisent…..

- Martine : j’entends des chiens qui aboient, c’est normal ?

- Nicolas et Pascale : Oui, Martine, c’est normal !

Ca fait longtemps que je n’ai pas fait de voile aussi longtemps sans changer d’allure, le temps change souvent en méditerranée !, le ciel est voilé et l’autre ligne de traine part de plus belle, nous sommes très au large, il est 16H et à nouveau, il faut stopper les 17 tonnes de Badinguet pour tenter de pêcher le repas du soir !...

Le temps que Pascale enroule le génois, je suis sur la canne et impossible de freiner la fuite du fil … Le poisson résiste et le bateau continue à avancer doucement.

- Nicolas : Ca va casser, ca va casser !

Je suis impuissant en voyant le moulinet se dévider à toute vitesse…. Il  ne reste maintenant plus de fil et j’attends avec appréhension le claquement du fil qui se rompt…. La canne se courbe à angle droit mais le fil tient bon. Et oui, le poisson est au bout !

 - Nicolas : Ca tient, viens m’aider, vite. Attache mon harnais.

Martine apporte mes gants car il va falloir tirer le début du fil à la main pour que le moulinet enroule la tresse. Pascale est derrière moi et  tourne la manivelle, nous tenons bon, ça va aller. Le travail de remontée du poisson peut commencer. Celui-ci est beaucoup plus combatif que le précédent et je prends garde de ne pas serrer le frein du moulinet à fond, les démarrages sont spectaculaires et la canne est pliée à 90°. Je pèse de tout mon poids et le poisson se rapproche lentement mais surement. Pascale est à la manœuvre et replace d’un petit coup de moteur le bateau dans l’axe lorsque le poisson tente de nous doubler. Sans ces manœuvres (parfaitement exécutées par Pascale), il serait impossible de ramener à bord ce genre de poisson car ils feraient le tour de la quille ou du safran pour casser la ligne et s’enfuir. Ca y est, c’est un thon, l’épuisette est trop petite et la gaffe à poissons est restée dans un coffre, aie !

Il est là, sous la jupe arrière, je prends le fil à la main et je tire de toutes mes forces. Le thon atterri sur mes cuisses, il est épuisé car il ne bouge pas, je n’en reviens pas, quelle morceau !

Le premier poisson pêché sur Badinguet, un thon de 20 kg !!! Ouah !

 

Je remonte la deuxième ligne et fixe les leurres, on a assez à manger pour une semaine !!! J’ai quand même une petite pensée pour Tounga ou Rahan qui allaient tuer le mammouth pour assurer la survie de la tribu, eh, eh, eh ! J’suis trop content !

Je passe sur les 2 heures à dépiauter le mammouth au coutelas pendant que les squaws font des photos !!!

Une vague, plus forte que les autres nous prend par l’arrière, le bateau part au lof et se couche un peu. Un vacarme épouvantable nous alarme. Pascale et moi, cherchons de longues minutes sous les planchers, dans les soutes et les placards la cause de ce bruit mais tout semble en ordre. En fait, tout ce qui devait bouger et se caller s’est stabilisé et a trouver sa place.

- Martine : J’entends comme une sirène d’alarme, c’est normal ?      

Personne ne répond plus…..

Le temps est de plus en plus gris et le vent tombe… Je télécharge un fichier Grib (météo) via le téléphone satellite et je remets à contre cœur le moteur en marche pour nous stabiliser et dépasser les 4 nœuds. La journée se termine et je recommande à Martine de se couvrir moins mais mieux. Inutile d’accumuler les couches de vêtements en mer. Un sous-vêtement technique à manches longues à même la peau puis une polaire ou un pull et enfin la veste de quart. Je fais des pâtes puis Pascale se couche et commence à roupiller à 20h !

Martine n’a pas sommeil, il fait nuit noire et je la laisse faire la veille et m’allonge pour dormir un peu, enfin, je l’espère….

Régulièrement (à peu près toutes les 25 minutes), je me lève pour faire le point et surveiller d’éventuels feux d’autres navires… Comme à mon habitude, je fais doucement et laisse mon cerveau en standby pour ne pas trop me réveiller (ce qui garantit en général un bon endormissement) et là.... Martine me pose des questions….

- Martine à 23 H : Il nous dépasse ce bateau ?

- Martine à 23H30 : On ne risque pas de le rencontrer celui là ?

- Martine à minuit : Il va où celui-ci ?

- Martine à Minuit et demi : C’est le même que tout à l’heure, celui là ???

- Martine à 1h : Ce sont ses feux rouges qu’on voit là bas ? Vous pensez qu’il va passer loin ?

- Nicolas : Pourquoi tu me vouvoies ?

- Martine : Heu, bèh, parce que c’est la nuit !!!!

- Martine à 2H : Cette pluie, c’est quoi, c’est de l’orage ?

- Nicolas : NON ! C’EST DE LA PLUIE, ON S’EN FOUT SI C’EST DE L’ORAGE !!!! DORS !

Quelques heures plus tard, je remarque un bonnet à rayures qui semble coiffer un amas de vêtements... Vite, une photo pour immortaliser Martine qui dort paisiblement, d’ailleurs tout est paisible quand Martine dort !!!

Et après, il faut se rendormir, mettre le timer et recommencer son tour d'horizon toutes les demi-heures. A 4 h, je réveille Pascale pour lui dire que sa maman ne dort pas et que c’est son tour de veiller. Je me déshabille et me glisse dans la couchette de la coursive, le bonheur !

Je pointe mon nez vers 8h et Martine m’accueille avec un :

- Martine : Je prendrai bien mon petit café avec une tartine !

Pascale s’occupe donc des petits déjeuners et tout le monde attend avec impatience la terre des Baléares qui apparait entre deux nuages bas vers 10h.

Nous arrivons à Port MAHON au Sud-est de Minorque et nous prenons une bouée dans l'anse profonde et très abritée. La pluie tombe drue et nous nous endormons.  3 heures de sieste plus tard, il continue de pleuvoir et c’est entre deux averses que je gonfle l’annexe.

Dans la soirée, Martine met une frontale et attaque la couture de notre rideau.  

Au diner, Thon à la basquaise et gros dodo pour Pascale et Martine. Et pour moi, un coup de fil précieux avec Maël et un peu d’écriture pour vous tous.

 

 

MINORQUE - ILES BALEARES 

 

25/09/08

Je me réveille à 10h après avoir passé la nuit à chercher le moyen d’arrêter le truc qui couine et le machin qui grince !!!!

Les douanes viennent nous voir en zodiac,, formalités et paiement (18 € la noche !).

Il fait beau et nous partons à terre, le quai des annexes est à 5 km de notre corps mort!!!  Après une courte négociation avec le port nous changeons de place Badinguet est désormais sous le cloitre et la cathédrale de Port MAHON, en plein centre ville !! PARFAIT ! 

Cet après midi, visite de la ciudad et tapas por la tarde !

Pour finir, je me suis fais mal à une côte flottante en attachant les amarres magnifiquement épissurées par mon père (parfaites pour les corps morts) …

 

 

Nous sommes à la position : 39°53.520N/4°16.331E (pour les amateurs) 

Vers 16h, la fine équipe est prête pour la visite. Martine descend les deux marches de la jupe arrière de Badinguet et Badaboum… Les 4 fers en l’air dans l’annexe !!! Bon, ce sont des choses qui arrivent !!!

Moi qui adore les vieilles pierres, je presse mon petit monde qui ne semble pas apprécier mon allure !

 

En ce qui me concerne, une fois acheté des tomates, du fromage et 2 ou 3 bricoles, la visite guidée se termine là ! Je laisse donc ces dames en ville et retourne à bord pour concocter quelques petits plats à base de….. THON !

Je commence par des rillettes de thon puis je prépare le diner du soir : Thon au four à la mozzarella !

Après un ti' punch bien serré accompagné de rillettes de thon sur toast, j’explique à Martine comment j’ai préparé ce repas. Je  lui explique que j’ai suivi la recette du bouquin à la lettre sauf qu’il fallait « MONDER » les tomates ?!?!

- Martine : Mais oui, « monder » c’est écraser un peu les tomates à la main pour extraire un peu de jus et de pépins !!! Nous avons un ami chef cuisinier, il monde souvent les tomates !

- Nicolas : Quoi ? « monder », c’est écraser les tomates à la main ? Mais comment je fais des tranches fines si je les écrase ? Vous êtes sûre ?

- Martine : Oui, il faut juste les écraser un peu, pas trop, bien sûr !

- Nicolas : Ouais, bien sûr, si j’avais un ami chef cuistot sous la main, ça réglerait le problème !!!

 

26/09/08

Réveil naturel avec un paquebot de 7 étages et 240m de long qui nous frôle vers 8h ! Spectaculaire !!!

Martine se cogne la tête pour la Xème fois en sortant du rouf…

On range tout et départ vers 10h, tranquille, direction Ciutadella de l’autre côté de l’ile.

7 Nœuds, 8 nœuds, 9 nœuds puis 9,5 nœuds, grand largue avec 15 nœuds de vent, un régal, quel bateau, PON DIEU, QUEL BATEAU !!!! La mer est plate et Badinguet cavale le long des falaises de la côte sous le vent de Minorque.

Vers 11h30, nous jetons l’ancre dans une petite calanque de la côte Sud pour y déjeuner, l’eau est turquoise et la baignade délicieuse en température et douloureuse pour ma côtelette.

A l’heure du repas, j’ouvre le livre de recette et tombe sur un lexique !, Alors « Monder », « Monder », « monder »… Ah ! Voilà ! « Ébouillanter les tomates pour enlever la peau » !!!

Martine se tord de rire, je suis vert ! Quel toupet quand même ! C’est pas grave, elle vient de se re-cogner la tête dans la bôme, y a un bon Dieu quand même !

Comme il y a de nombreuses grottes autour de nous, je décide d’aller y faire un tour en annexe. Après avoir pris nos équipement photos et une torche, Martine descend dans l’annexe et Vlan, elle me tombe dessus ! MERDE ! Et en plus elle m’engueule !!!  

A l’entrée de la grotte, les deux filles se mettent à hurler, Pascale se couvre la tête avec son sweat en criant que ça doit être plein de chauve-souris… Trois pigeons quittent le trou noir, affolés, mais les plus affolées sont dans l’annexe ! Elles ont tellement peur que je dois ressortir illico de la grotte en rouspétant de ne pouvoir rien faire et en les traitant de froussardes.

Finalement, on oubli les grottes et je cherche un endroit pour aller à terre afin de faire des photos de Badinguet dans la crique… Et au moment de débarquer, Martine pousse avec son pied sur l’annexe et se retrouve à faire le grand écart au dessus de l’eau !!! Et là, tel le héros de base, je l’empoigne pour la tirer en arrière et PAN ! Sur le dos dans l’annexe.

- Nicolas : Mais ce n’est pas comme ça qu’on sort d’une annexe !

- Martine : Merde, vous n’avez qu’à me montrer comment faire ! Et toc !!!

Alors là, ça m’a coupé le sifflet, avec une simple phrase c’est devenu de ma faute !!!

Nous faisons quelques très belles photos du coin et du bateau puis un petit tour à la plage où Martine se baigne et retour à bord pour continuer notre route. Le voilier continue à filer bon plein vers la pointe Sud-Ouest de l’ile ensuite direction Nord face au vent. C’est donc au moteur (30 min) que nous finissons notre escapade du jour. Je mouille dans la petite calla avant l’entrée de la profonde et étroite calanque de Ciutadella à côté d’un très beau voilier anglais de 56 pieds.

L’annexe est mise à l’eau et hop ! Martine ne tombe pas et nous contournons la pointe rocheuse pour glisser rapidement dans le petit port. Nous amarrons le Zodiac tout au fond du port  et nous parcourons pendant 1h30 les magnifiques bâtiments historiques de Ciutadella.

   

Ca y est, nos forfaits de téléphone français sont terminés !! Il va falloir acheter des cartes sim et des abonnements locaux maintenant.

Retour à bord vers 19h30 pour « apéro-diner-dodo »

MAJORQUE - ILES BALEARES 

 

27/09/08.

Le réveil sonne à 6h30, j’ai la côte en vadrouille et j’ai vraiment mal dormi. Le mouillage était un peu rouleur sur les bords !!!

Direction le Sud-Sud-Ouest, Majorque. Le vent annoncé n’est pas du tout au rendez-vous et c’est au moteur que Badinguet fait sa traversée. Vers 14h, nous récupérons une bouée couronne qui dérive. Dessus on peut lire « Marseille-Méditerranée ». Okay, Marseille est en mediterrannée, tu parles d’un scoop !!!

Huit heures plus tard, nous sommes mouillés devant  une très belle plage au Sud de « la Rapita sur la côte Sud-Ouest de Majorque.

Je plonge pour vérifier l’ancre et je reviens rassuré, du sable, la tenue sera impeccable. Comme souvent, de nombreux voiliers étrangers venus de nulle part arrivent au fil de la soirée pour mouiller autour de nous… Il y même des Allemands sur un Super Maramu qui jette l’ancre à 30 mètres de nous ! On se croirait au camping !

Rien de spécial si ce n’est que Martine se cogne la tête deux fois, on commençait à s’ennuyer !

Le vent tombe et la nuit s’annonce calme malgré les panaches de pluie qui barrent l’horizon.

Je discute avec pascale de la façon de noter nos dépenses journalières afin de tenir au long cours notre budget. L’idéal serait de descendre en dessous de 50€ par jour et il faut tenir compte de tout, le gasoil, la bouffe, le téléphone, les souvenirs, le port, l’achat de chaussures et de petits vêtements pour les filles, etc.

Non, j’exagère, pour l’instant, elles sont bloquées à bord donc elles ne peuvent rien dépenser !!!

 

28/09/08

La nuit fut très calme… A peine levé, je remonte l’ancre et déroule le génois quasiment en même temps pour épater les casques à pointe. Badinguet accélère et accélère encore.

C’est à 10 nœuds par moment que le voilier taille la route au bon plein sous le ciel bleu. Pascale lit et Martine regarde son ami le téléphone…

- Aller, HUE Badinguet, Hue ! Tu peux aller encore plus vite !

J’imagine les yeux de Mamie qui regardait son grand-père parler à son âne (Mamie m’a récemment appris que l’âne de mon arrière arrière grand père s’appelait Badinguet) il y a maintenant quelques 80 ans… Lui aussi devait dire « Hue Badinguet, Hue ! Et bien un siècle plus tard, son arrière arrière petit fils prononce les mêmes mots avec le même bonheur au fond des tripes.

Tous les voiliers qui nous accompagnaient sont loin derrière maintenant, notre moyenne est de 9 nœuds, quel pied !

Martine commence à apprécier ces allures rapides, je la sens beaucoup plus à l’aise, même à la gite ! Partis vent arrière, nous terminons au près serré avec 20° de gite et 20 nœuds de vent quasi dans le nez, encore une belle balade !

Après avoir longuement hésité, je mouille Badinguet juste en face de la Cathédrale de Palma de Majorque. J’ai beau lire et relire les instructions nautiques dans tous les sens, rien ne nous interdit de jeter l’ancre si près de la ville !! Je reste prudent car il n’y a que nous au mouillage. Nous verrons bien, si on est viré, et béh, on ira ailleurs !   

Je dépose ces dames sur la rive la plus proche et repart faire le tour de la digue pour entrer dans l’immense port de Palma de Majorque, ma côte me fait énormément souffrir… Je retrouve Martine et Pascale pour une courte visite de la ville en ce qui me concerne, j’ai vraiment mal et je retourne à bord pendant qu’elles prennent un bus rouge à 2 étages pour une visite complète du coin.

Je les récupère vers 18h en pestant car nous roulons beaucoup trop pour envisager de passer la nuit sur place… Décision est prise de retourner sur nos pas pour mouiller une heure plus tard au Sud de la grande baie de Palma… L'endroit est beaucoup plus calme.

 

30/09/08

Après avoir fait quelques courses et acheté une carte sim Espagnole pour le téléphone, nous partons vers des criques situées au Nord-Ouest de Palma. Nous zigzaguons entre les cailloux en laissant peu d’eau sous la quille et la criminelle traine derrière Badinguet à la recherche d’un poisson suicidaire… Le coin est envahi d’immeubles, de villas et de constructions en tout genre, les unes par-dessus les autres. Nous rasons un surprenant rocher en forme de crocodile pour nous retrouver dans des eaux plus profondes. Nous jetons l'ancre à différents endroits pour finalement retourner où nous étions au début… Un coin protégé vaut mieux qu’un joli coin… Proverbe chinois de Majorque !

Je mouille comme un parisien se gare ! Badinguet se retrouve à 15m d’un allemand, et merde ! Je relâche encore 15m de chaine et ça le fera… Je dépose à nouveau les filles à terre sur une plage sympa et retourne à bord en me faufilant entre les voiliers Anglais et Allemands. Je me baigne longuement du bateau en attendant l’heure d’aller chercher las mujeres.

 

IBIZA - ILES BALEARES 

01/10/08

Départ vers  5h du matin en direction d’Ibiza. Il fait beau et il n’y a pas de vent ou très peu (5 nœuds de vent dans le derrière), autrement dit « MOTEUR » et nous voilà partis pour 14 heures d’une navigation sans intérêt. Ah si, je loupe une magnifique dorade Coryphène que je vois sauter à plus de 1 mètre dans le sillage de Badinguet et elle se décroche !

Une pensée pour Wilfrid qui en pique régulièrement. Celle-ci était vraiment belle (peut être 80 cm), Dommage ! Quelques heures plus tard, rebelote, la ligne part avec force et je me jette sur la canne… VENGEANCE…  Et bien non, idem, ça lâche mais bien avant que je n’aperçoive le poisson responsable…

Ras le bol, je remonte les lignes et modifie le montage du leurre pour la prochaine fois, je n’ai pas dis mon dernier mot !

Maintenant, nous avons du vent Nord-Ouest  qui devrait passer Nord en fraichissant un peu dans la nuit et une houle de Sud-est qui nous fait rouler… Je décide de passer au Sud de l’ile à la demande de Pascale qui veut visiter La ville d’Ibiza… Nous y arrivons vers 18H et je tente le mouillage dans la crique qui se trouve juste à l’Est du port… La houle rentre dans la calanque et je une nuit de Mierda est en vue... donc, une fois n’est pas coutume, direction : le port !!!

Je contourne une immense jetée qui n’apparaît sur aucune de mes cartes ni guide nautique (ils ont du la construire cette nuit !). Sur le mur de la digue est indiqué clairement qu’il est interdit de mouiller dans l’enceinte, ça aurait été trop beau !

Je coupe le moteur et, tranquillement à la dérive nous replions et rangeons l’annexe, sortons les pares-battages et les amarres… Tout est enfin prêt avec une dose d’angoisse car c’est ma deuxième entrée dans un port avec Badinguet (après Toulon). Le propulseur d’étrave est vraiment fabuleux, avec deux doigts sur la manette et un dans le nez, je pilote la barcasse comme le capitaine Némo ! Un employé du port m’indique la place qu’il nous réserve… A l’entrée de la marina, dans un angle et derrière un yacht dont la pendille est tendu comme une arbalète sous la surface…

Ca ne loupe pas, à la première tentative, je constate que 2,05 mètres de tirant d’eau accroche très bien les pendilles qui trainent et me voilà empêtré dans l’amarre du yacht… Marche avant, marche arrière, le propulseur d’étrave d’un côté et… Je retire l’autre doigt de mon nez car tout ceci est un peu délicat avec tout ce monde qui nous regarde… LA HONTE !!!!

Ca y est, je suis dégagé et le deuxième essai est le bon. 20 minutes pour stabiliser, régler la hauteur des pares-battages, la tension des 2 pendilles et des amarres arrières, etc. Je file au bureau du port, ravi d’être en sécurité et remplis les formulaires d’accueil des autochtones, « Qui t’es, d’où tu viens, où tu pars, combien tu pèses, combien tu mesures, qui sont tes passagers et j’en passe… Puis la charmante demoiselle me tend la facture de…………115 € pour une nuit !!! Je lui dis qu’elle doit se tromper, c’est le prix pour une semaine, pour un mois, pour un an ??? Et bien la charmante demoiselle devient une saloperie de vieille peau bourrue qui, bien évidemment ne veut pas baisser ses prix pour mes beaux yeux et je lui dis avec beaucoup, de tendresse « Et bèh on se tire, on ne paiera pas, merde alors ! »  

Je retourne sur Badinguet, furax !

Pascale est visiblement déçue, elle qui vient de passer 15 minutes à expliquer le nœud de Cabestan à Martine… Elles étaient quasiment prête à bondir pour aller faire des courses en ville et je leur annonce qu’on repart !!!!

Mais la raison l’emporte et Pascale approuve ma décision. Nous repartons vers 19h pour contourner l’angle Sud-Ouest de l’ile et nous mettre à l’abri de la houle.

A 19h30, nous sommes tout surpris de découvrir qu’il fait encore bien jour, ça a du bon de filer 14h plein Ouest (le soleil se couche plus tard !). Je mouille dans une eau transparente le long de 2 restos qui distillent de la musique techno à fond, Ibiza oblige !

Devant nous, des Allemands sur un Santorin (voilier de la marque « Amel »légèrement plus petit que le super Maramu) nous font des grands signes amicaux, entre améliens, il y a des liens !!! Proverbe chinois d’Ibiza ! Alors que le soleil se couche sur une eau calme et cristalline, j’appelle Pascale pour lui montrer un magnifique barracuda qui rode autour des sars qui boulottent les pelures de pommes de terre que j’épluche, seul, dehors, dans la nuit…

Au moment où elle redescend dans la cabine, le carnassier attaque et Pascale assiste, a la curée, un beau sar cherchant le salut hors de l’eau (ce qui n’est pas forcement judicieux pour un poisson) se fait avaler bruyamment par le prédateur…

 

02/10/08

A 8h30, je suis dans l’eau avec palmes, masque et tuba et un fusil de pleine eau à la recherche du barracuda… l’eau est délicieuse et je serpente entre de toutes petites méduses à sa recherche… 40 minutes plus tard, je remonte bredouille, piqué par une méduse à l’épaule et en ayant loupé 3 poissons à bout portant !  J’ai l’impression qu'avec un fusil sous-marin, je pourrai louper un éléphant dans un couloir  ! (bien qu'il soit fichtrement rare de croiser un éléphant de mer par ici !)

Petit déjeuner  et on part doucement au moteur sur une mer d’huile dans la crique en bout de piste de l’aéroport d’Ibiza. Nous mouillons près de petites cabanes de pécheurs. Ils ont un système ingénieux de mise à l’eau constitué d’un treuil et de rails de bois pour faire glisser leurs barques et les remonter sur la grève, à l’abri des flots.

Nous laissons l’annexe sur une plage pas entretenue et rejoignons la route qui devrait nous mener vers Ibiza via un bus. En arrivant à l’arrêt de bus 10 minutes plus tard, une dame nous apprend qu’il vient juste de passer et que le prochain est dans 1 heure ! Et bien on va faire du stop, on va mettre Martine en appât et des qu’il y en a un qui s’arrête on saute tous dans sa bagnole !

Un taxi arrive après 10 minutes de stop infructueux et c’est sans aucun scrupule que nous faisons les 15 km avec la clim à fond.

13 euros plus tard, nous sommes au pied de la citadelle et la visite peut commencer. Escaliers,  grimpette, cote, descente, escaliers, bon voilà, c’est fait !  

Reste la ville, moderne, pleine de magasins funs et de troquets bondés avec une faune locale qui semble émerger vers 13 heures… Tatoués, percés, teint, l’œil à peine ouvert pour ne pas se casser la figure sur le trottoir, ils déambulent dans le brouillard en attendant la nuit pour se réveiller vraiment, chouette Ibiza !!!!

Je fais un peu la gueule car la bateau est loin et je sais que le vent à tourné, il n’est pas fort mais notre abri n’est plus bon et il va falloir bouger à nouveau. Un rapide passage dans un cybercafé pour prendre la météo et retour en taxi à l’annexe vu que dans le coin paumé où nous avons laissé le bateau, il n’y a qu’un bus toutes les heures !

Nous partons pour Formentera où un bon abri nous attend, le vent à forci et nous pédalons à 8.5 nœuds au près. Nous mouillons sous une côte basse, creusée de cabanes de pécheurs directement dans la roche calcaire. J’emmène Martine et Pascale à terre quelques heures ou elles découvrent qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Pendant ce temps, un super maramu 2000 vient me tourner autour et mouiller sur tribord, nous nous disons bonjour… Le skipper prend alors ses jumelles et nous reluque pendant 15 bonnes minutes ! Le Amélien est souvent malsain ! Proverbe chinois de Formentera !

De toute façon, je change de place pour aller serrer la côte et m’abriter encore un peu plus des 25 nœuds de vent d’Ouest annoncés. Le Amelien de mes 2 est interloqué de me voir m’en aller  alors qu’il vient à peine d’arriver et de prendre ses jumelles…. Je fais 50 mètres de plus et me remets au mouillage dans 3 mètres d’eau très à l’abri.

Et c’est là qu’on se marre… Mettez vous à la place du mec qui vient se coller à vous parce qu’il pense que vous êtes mouillé à l’endroit idéal (because vous êtes un amélien de la planète « Amel ») et 5 minutes plus tard, la meilleure place de la galaxie se déplace de 50 mètres… Si il bouge et qu’il se rapproche encore, il va passer pour un gros copieur pas bien malin alors il garde sa place et reste en plein vent comme un imbécile un peu vexé sur les bords…

FORMENTERA - ILES BALEARES 

 

03/10/08

Le lendemain matin, le voyeur est déjà parti (il a bien du se faire secouer là où il était…), bon débarras !

Nous contournons l’ile de Formentera par le Nord et descendons la côte Est à 8 nœuds au largue pour découvrir une succession de plages et de hautes falaises rouges. Nous mouillons au Sud de l’anse Tramontane et je dépose Martine et Pascale entre 2 groupes de nudistes puis retourne à bord, dans ma maison… Un yacht de 25 mètres battant pavillon maltais arrive alors à 30 nœuds et se plante sous mon nez puis sors de sa soute arrière deux jets ski de grosse cylindrée !

 

Fini la tranquillité, les maltais me tournent autour comme des guêpes sans se soucier du dérangement qu’ils occasionnent. Je me mets à rêver qu’un des jets ski calle ou explose ou coule, rien de très sain en tous cas, en tous cas, ils font chier le monde!

Pascale et Martine rejoignent le bord, elles ont fait des photos géniales de Badinguet.

Alors que je commence à préparer le départ, un voilier allemand arrive lancé comme une torpille et nous évite vraiment de justesse en faisant le tour de BADINGUET !!! J’ai vraiment eu chaud, ils sont passé à 5 mètres et à 7 nœuds sous voiles ces cons. Pourquoi tout le monde nous embête ???? Ils ont des kilomètres carrés pour s’amuser mais non, faut qu’ils viennent là où nous sommes !!!

La météo prise sur internet via le téléphone satellite prévoit une bascule de vent de 180° en deuxième partie de nuit, il faut trouver un abri de la mort, un truc qui nous protège du Sud-est au Nord !!! Il n’y en a pas cinquante et nous repartons bon plein vers Ibiza pour mouiller entre 2 cailloux dans un passage très étroit avec peu de fond! Comme nous risquons d’éviter pas mal dans la nuit, je mets peu de chaine et vers 21 heures, un sloop Espagnol arrive à se glisser entre moi et la côte et il mouille sur mon ancre, ce n’est pas possible !!!

Je lui gueule qu’il est sur mon mouillage et que je pars à 5 heures demain matin…. Tout le monde se couche et vers 2h30, je me lève comme souvent pour jeter un œil… Le vent à tourné comme prévu et le voilier espagnol est parti se mettre plus loin, il a du me voir de prêt cette nuit quand nous avons tourné !

 ILES BALEARES - ESPAGNE 

04/10/08

Le départ est fixé à 6h30 et nous partons presque dans le noir, Martine est réveillée par la chaine qui s’enroule sur le guindeau et me rejoint dans le cockpit avec la veste de quart de Pascale, il fait frais ce matin. Nous partons en Espagne et nous voulons profiter des 20 nœuds de vent du Nord pour foncer vers le continent. Badinguet est solide et un peu de vent devrait nous assurer une navigation rapide surtout au largue.

Mais la mer se forme et c’est 25 à 35 nœuds de vent qui nous accueillent au large. Je réduis un peu puis un peu plus puis carrément beaucoup quand les rafales se stabilisent à 35 nœuds. La mer devient forte et des creux de 3 mètres nous giflent violement par le travers. Je sens le bateau comme s’il faisait parti de moi, je sais comment il réagit sous les risées en fonction de la surface de toile et quel plaisir, quel plaisir…. En distribuant les harnais, Je préviens Martine que nous risquons de nous coucher un peu si une vague un peu plus forte venait nous prendre par surprise… Et pan, la voilà, à peine attachée qui dégringole et se retrouve de l’autre côté du cockpit.    Sous une pluie d’embrun, je lui crie de rester sous le vent, bien callée. Je sens que la peur s’installe, ses dents sont serrées et elle baisse les yeux lorsque la vague se forme … Badinguet danse, surfe, et rebondit avec des pointes à 11.5 nœuds. J’ai changé de pilote automatique et utilise celui qui agit directement sur le secteur de barre. Sa réponse est sur « 3 » (très sensible) et il ne laisse pas le temps au voilier de partir au lof, une pure merveille, nous avalons les milles à 9.5 nœuds de moyenne sur un total de 8 heures pour rejoindre le continent à Calpe.

De jeunes dauphins viennent jouer avec l’étrave du bateau en faisant des bonds spectaculaires.

- Pascale : Des dauphins, des dauphins !

- Martine : Où ça ?, Où ça ?

- Pascale : Là regarde, viens, on va devant ! C’est trop beau, viens !

- Nicolas : Quoi, vous ne bougez pas de là, vous les regardez de là où vous êtes !

Incroyable, en 3 secondes, plus personne n’a peur de rien, et hop, on veut aller à l’avant du voilier par 35 nœuds de vent et 3 mètres de creux !!!! N’IMPORTE QUOI !!!

Les dauphins ne restent pas longtemps et l’angoisse de Martine reprend avec quelques nouvelles vagues particulièrement impressionnantes.

A la côte, la mer se calme et nous contournons le rocher de Calpe pour mouiller devant le petit port. Martine est lessivée, épuisée par 8 heures d’angoisse agrippée à son harnais.

A terre, nous faisons quelques courses dans la superette hors de prix de cette ville fantôme abandonnée par les estivants.

Le soir, Martine nous invite à manger une Paëlla et nous sommes bien renseignés, elle est délicieuse ! Ils mettent 3 plombes à la préparer mais quel festin et quel plâtrée !!! MERCI MARTINE. En mangeons, nous discutons du retard que nous avons pris aux Baléares, il va falloir avancer plus vite pour être dans les temps à Gibraltar…

 

05/10/08

A 2 heures, comme presque toutes les nuits, je me réveille pour jeter un coup d’œil et évacuer le vin espagnol… Inutile de se rendormir, on va avancer un grand coup ! Je mets en route, remonte le mouillage et file au large au moteur sur une mer d’huile. Martine me rejoint, s’habille chaudement et s’installe, comme un zombi sur une banquette du cockpit. Le soleil pointe son nez vers 8h et je réveille Pascale pour les petits déjeuners. Il ne se passe absolument rien si ce n’est que Martine me demande en voyant une plaque de calcaire sur une falaise si le rocher n’a pas été rapiécé ?!?! Il y a des choses qui ne changent pas….

En cherchant sur Maxsea, je trouve un endroit pour nous arrêter dormir et c’est à Aguilas, entre 12 casiers et 15 filets de pêche que nous mouillons à la tombée du jour. Inutile d’aller à terre, nous repartons demain matin très tôt. 

 

06/10/08

Départ à 6H15, Martine s’est levée tout de suite et nous continuons à avancer sans profiter… Au passage du cap, nous rattrapons un voilier espagnol et je décide de me mesurer à lui… Je coupe le moteur et envoie le genaker tangonné d’un côté et le génois de l’autre. Et là, on lui met 200 mètres dans la vue en peu de temps.. Nous avons bien pris soin de lui faire de grands gestes amicaux en le dépassant sous voiles, eh, eh, eh !   

Environ 1 heure plus tard, il nous dépasse sous voiles et moteur en nous faisant les mêmes signes, comme quoi l’Espagnol est fier ! Nous continuons sous cette allure quelques heures et c’est sans doute la plus belle navigation que nous avons fait jusque là. Badinguet est vent arrière avec ces deux grandes voiles à l’avant qui le tirent à 9 nœuds dans une longue glissade silencieuse. Des dauphins viennent tourner autour du bateau. Martine et Pascale peuvent profiter sans danger de l’avant du bateau pour les observer.

La côte est couverte de serres, comme si chaque mètre carré de sol devait être sous plastique… Ca doit en faire des tomates !!!!!

En chemin, je mets mes nouveaux bas de ligne de traine… Peu avant d’arriver au port, je remonte la ligne et une petite dorade coryphène, la gueule en vrac atterri dans le seau de Badinguet, ça alors !!

Martine téléphone à Laurent, mon beau frère pour lui souhaiter un bon anniversaire. Elle lui annonce que nous venons de pêcher devinez quoi ????    UNE TRUITE ! J’y crois pas… Sacrée Martine !

En tous cas, on a de quoi manger ce soir ! Nous arrivons en soirée au port d’Almerimar, le prix pour la nuit avec eau et électricité est de 15 €, ouf ! Pascale profite de l’électricité pour faire une lessive et c’est dans la nuit que Badinguet devient « sèche-linge » ! Pas très Amélien, tout ça !

La capitainerie nous place entre des ritals et des rosbeefs, ça promet… C’est notre première nuit au port depuis le départ et à 6 heures du matin, bien évidemment… Les Italiens se mettent à baragouiner tout haut, comme s’ils étaient seuls au monde. Je suis crevé et je résiste à l’envie de les insulter en me collant la tête sous l’oreiller. Vive le port  !!!   

 

07/10/08

Il est 9h30, je jette un œil au carburant et il semble ne pas rester grand-chose… Nous allons donc faire notre premier plein… GULP ! 483 litres de gasoil, heureusement qu’il est moins cher qu’en France, 1.12 € le litre mais quand même !

Nous arrivons vers 11h30 derrière la digue de Malaga entre un cata espagnol et un sloop Australien de 11m qui semble avoir déjà pas mal bourlingué. Je discute longuement avec l’Espagnol qui nous indique où nous ravitailler. Il s’appelle Domingo, on le surnomme Doming et il part faire le tour du monde avec 4 autres personnes dans 15 jours. OK, on se reverra surement Doming…

Direction la ville de Malaga avec ses supermarchés et ses innombrables boutiques… J’adore !

Nous visitons la ville toute l’après midi et rentrons le soir, les pieds en compote sans avoir trouvé de bouteille de gaz de rechange mais avec de belles images dans la tête. Lorsque nous arrivons à l’annexe, il y a quelques vagues et le fond descend très vite là où nous sommes… Je tiens le dinghy, Pascale est à bord mais les vagues nous bousculent et je presse Martine de monter à son tour (en la stressant certainement)… Et là, On ne sait pas pourquoi mais l’enquête nous le dira, Martine tente de monter sur l’annexe à l’indienne, en levant une fesse ! Une vague peu compatissante et, vlan, Martine est dans l’eau jusqu’au nombril !!! J’éclate de rire et Pascale m’engueule ! Pour le concours du tee-shirt mouillé, nous avons une candidate ! 

 

GIBRALTAR 

 

 

08/10/08

On loupe le réveil et on émerge vers 9h, ça commence bien. Le vent de Sud-est (en plein dans le nez) se renforce et une route directe vers Gibraltar devient impossible… Je tire un bord vers la côte au moteur contre 20 nœuds de vent et réussis au bout de 2 heures à aligner le rocher au près et c’est parti pour 4 heures de voile bien tendue et dans une mer hachée (Martine adore…)

L’arrivée chez les anglais se fait entre des dizaines de cargos et la baie de Gibraltar bouillonne dans un clapot très désagréable… Les guides et les amis m’ont indiqué le mouillage en bordure de piste d’atterrissage et je m’y dirige pour ranger l’annexe et préparer les amarres. J’appelle le port de Marina bay, il est complet ! J’appelle le queen’s way, idem, pas de place, but they are sorry…. Ok, on mouille en bordure piste. Un avion décolle juste sous notre nez, impressionnant.

 

 

09/10/08

 8h20, alors que je trône là où personne ne peut aller à ma place, une sirène retentit, puis une deuxième avec un son différent puis encore une autre, les policiers s’impatientent malgré mes cris qui sortent des toilettes. Ils m’expliquent qu’ils m’ont laissé dormir mais qu’il est strictement interdit depuis 2 ans de mouiller à cet endroit et qu’une enceinte de mouillage est à ma disposition un peu plus au Nord, côté espagnol… OK sir, YES SIR ! Je déplace Badinguet et découvre un grand nombre de voiliers à l’ancre derrière une digue protectrice, cool !

Je discute longuement avec Michel et sa femme, des Français partis aussi pour une grande vadrouille sur un ketch de 18 mètres… Il dit « peuchere » à toutes les phrases et a des problèmes de courroie d’alternateur mais rien de grave.

Vers 11 heures, nous partons tranquillement à pied vers la frontière. Nous traversons la piste de l’aéroport et rentrons dans ce fief Anglais très surprenant… Nous visitons la ville très commerçante et le rocher des singes que nous redescendons à pied.

 

Nous retournons sur Badinguet fourbus mais heureux de notre journée. La pluie que nous avions à peu près évité jusque là nous rattrape et nous dinons bien au sec dans la carré.

 

10/10/08

Il est 6h du matin, j’ai les oreilles embrumées, je suis bien au chaud sous la couette et j’entends le vent qui se renforce de plus en plus…. Tous les marins connaissent cette sensation, savoir qu’il va falloir se lever en pleine nuit, qu’un danger existe, qu’il faut enfiler un ciré, un pantalon et sortir pour vérifier le mouillage… Aller, encore 2 minutes au chaud… Le stress s’installe malgré tout en entendant les rafales et en sentant Badinguet qui gigote… Lorsque je me décide à me lever, je découvre que je suis en train de mordre la couette (comme quoi, ça stresse le vent !).

Il fait nuit et le vent atteint 40 nœuds dans l’enceinte du mouillage, Pascale, inquiète me rejoint. Je vérifie l'ancre et retourne au lit… A 8h30, la situation semble s’aggraver, les haubans vibrent et le sifflement du vent se fait plus fort.

En passant la tête dehors, ça se confirme, entre 40 et 45 nœuds nous malmènent brutalement…

L’avion de martine est à 11h40 et il va falloir aller à terre mais pour l’instant, ça semble compromis, les rafales atteignent 50 nœuds (Force 9).

Alors qu’on ne voit pas à 20 mètres sous les grains, un choc fait déraper la chaine sur le guindeau, puis un deuxième. Vu l’état de l’amortisseur d’amarre, je pense qu’il a lâché et que le guindeau ne résiste pas à la traction…. Mais je me trompe….

- Pascale : ça a tapé à l’avant !

- Martine : Oui, ça a tapé à l’avant !!!!!!!!!

Ca y est j’entends le bruit à mon tour,

- Nic : Allume le moteur, vite !

Un ketch bleu vient de percuter notre proue par son travers bâbord et sa quille semble être prise dans notre chaine ! Pascale se précipite pour voir, j’ai à peine le temps de la retenir par sa veste pour la tirer violemment dans le cockpit

- Nic : Reste là, ne bouge pas !

Nous regardons tous le voilier Italien passer à toutes vitesses à quelques centimètres du liston de Badinguet, il est complètement couché par le vent et leurs occupants hurlent, affolés. Pascale aurait pu vraiment se blesser sur ce coup là, il faudra que je trouve le temps de lui expliquer à quel point un choc entre 2 bateaux de plusieurs tonnes est terriblement dangereux et aucune intervention humaine ne peut empêcher l’accident, il faut se protéger en premier lieu.

Je fonce à l’avant et cherche des traces du choc mais je ne vois rien et commence à sortir le deuxième mouillage avant que l’amortisseur d’amarre ne cède, ce qui ne saurait tarder…

Trempé, Je retourne au cockpit, après 30 minutes d’effort. Pascale m’a bien aidé au moteur pour soulager le mouillage pendant que je le renforçais. Martine et Pascale sont inquiètes et il y a de quoi, j’hésite pour l’annexe… Nous téléphonons à mon père pour lui demander de se renseigner si l’avion de Martine est confirmé avec ce temps de chien et si la météo va se calmer ou pas…

Puis soudain, une légère accalmie se dessine, vite, tout le monde dans l’annexe et on file à terre en se faisant copieusement arroser.

Je laisse ces dames et retourne vite à bord, le spectacle qui s’offre alors à moi est dantesque, une houle déferlante de 2 à 3 mètres vient de coucher 3 voiliers de l’autre côté de l’enceinte. Je n’en crois pas mes yeux. Les vagues sont énormes et Badinguet n’est pas beaucoup plus à l’abri. Il y a 30 bateaux au mouillage, et une bonne moitié risque très gros dans les heures qui viennent… Je prends donc mon temps pour remonter les 2 mouillages, bien les ranger et les préparer pour la manœuvre délicate que je vais devoir effectuer seul. J’essaye de garder mon sang froid et d’être méthodique malgré les vagues qui se rapprochent… Ca y est je suis décroché, je décris un très large tour, le moteur à fond et rentre me mettre tout au fond de l’enceinte derrière la digue… Je mouille rapidement mes 2 mouillages avec 55 mètres de chaine sur le principal + 2 mains de fer à deux niveaux différents et ç a tient bien. Je fais un tour mort de chaine autour du gros taquet et Je bloque le guindeau au maillet et tapant dessus Je regarde, médusé le spectacle des déferlantes… Je fais quelques photos pendant que tous les voiliers changent de position en catastrophe et se rentrent les uns dans les autres. Je pars récupérer Pascale en Annexe, elle est trempée et effrayée par le vent qui atteint maintenant 55 nœuds réguliers. Je sais que mon montage est solide et nous nous asseyons pour regarder la SNSM qui n’arrive pas à amarrer un cata en détresse qu’elle a récupéré plus au large. Il y a surtout un remorqueur Anglais qui nous tourne autour. Il est si près que je siffle pour attirer l’attention du pilote, il me hurle dans le vent :

- Le pilote : I have only one engine!!   

Son vieux rafiot est en panne et il zigzague entre des voiliers chahutés avec des rafales à 50 nœuds !!!! Pourquoi ne mouille t’il pas avec nous cet imbécile ???

Je suis crevé et je me couche pour dormir un peu, Martine nous appelle au téléphone pour nous dire que le vol est annulé et qu’ils partent en car vers Malaga prendre un autre avion.

1 heure plus tard, nous apprenons que sa valise a été perdue au passage de la frontière en changeant de car !! Alors là, c’est vraiment le bouquet, la pauvre. Le pire est que j’ai déréglé son téléphone pour le forcer à être sur le réseau espagnol et que j’ai complètement oublié de lui remettre en automatique. Ca ne loupe pas, nous n’aurons pas de nouvelle de Martine de sitôt, tout le monde est très inquiet. Elle n’a plus de valise, elle a forcement loupé sa correspondance vu le retard causé par la tempête et elle ne peut même pas recevoir ni passer d’appel, GULP !!

Dans la soirée le vent se renforce encore avec des rafales à plus de 60 nœuds, ça devient extrêmement spectaculaire. Vers 20h la digue s’écroule sur environ 10 mètres mais nous ne sommes pas dans l’axe des vagues géantes qui la détruisent lentement mais surement….

La nuit s’annonce dure, très dure…. Vers 23 heures après quelques sms échangés avec Arnaud, nous avons enfin des nouvelles de Martine qui est parti se coucher à Londres après s’être fait vomir dessus dans l’avion (et elle n’a pas d’affaire de rechange !). Elle doit prendre demain matin le premier vol pour Venise où son mari Arnaud l'attend. Pascale en partie rassurée finit par s’endormir malgré la longue plainte du vent et les rafales terribles qui ne s’arrêtent pas…

Je ne dors que d’un œil et vers 1h30, je suis réveillé par des éclairs aveuglants, le ciel est zébré de toutes parts et l’anémomètre s’envole à 60 nœuds, la mer est toute blanche sous la foudre qui frappe partout autour de nous dans un vacarme étourdissant. Je retourne dans la couchette, Pascale a peur, je lui réponds que tout va bien en fermant les rideaux à causes des éclairs. Je me recouche en essayant de me rassurer, le mouillage est très solide, nous n’avons bougé d’un pouce. La foudre devrait frapper les ritals, ce ne serait que justice !

 

11/10/08

Réveil dans la tempête vers 7h, le ciel est noir comme de l’encre et le vent ne tombe pas !

La digue a disparue sur une cinquantaine de mètres et de gigantesques vagues s’engouffrent en déferlant. Certaines avec le vent contraire se renforcent pour se briser à nouveau sur un catamaran et un autre voilier, ils sont en enfer…

     

je prends photos sur photos et découvre en les agrandissant qu’il y a du monde à bord, je n’en reviens pas ! Ils sont malades de rester dans un endroit aussi dangereux… Je cherche des yeux le ketch bleu d’hier et je l’aperçois couché et écrasé contre les rochers de la côte… La tempête l’a eu…

 

La digue me préoccupe et je surveille avec beaucoup d’attention les vagues et leur comportement, il n’y a pas de risque pour le moment, nous sommes précisément au bonne endroit. Ceux qui avaient gardé leur annexe à flot la retrouve à l’envers, moteur noyé. Sur 30 voiliers, je dirai qu’il y en 5 qui savent gérer ce genre de situation, les autres font n’importe quoi et mettent en danger les autres inutilement. 

   

Je discute avec les Australiens qui sont venus se mettre à côté de nous mais le vent nous empêche de communiquer aussi c’est sur le canal 72 de la VHF que je leur donne la météo que je viens de prendre par satellite. Un Anglais sur gros cata me fait des signes et nous parlons à la radio longuement car je mets un certain temps à comprendre l’histoire de fous qu’il me décrit avec mille détails et beaucoup d’émotion dans la voix. A 5H du matin, un 2 mâts à la dérive est venu nous frôler a seulement 3 mètres, complètement en perdition. Mon voisin m’explique qu’il a hurlé, appelé sur le 16 « pan, pan,  pan » puis il s’est servi de sa flash light pour m’avertir. Moi qui me lève régulièrement, je n’ai pas entendu ni senti le danger… Je lui dis en Anglais que si j’ai bien compris, cette nuit j’ai eu beaucoup de chance ? Il me répond que j’ai eu une chance énorme cette nuit et il corrige en soupirant que nous tous avons eu une chance énorme, il a enregistré des rafales à 68 nœuds !!! CA CALME !!!!

Vers 11h, mon père nous appelle pour prendre des nouvelles, ça me fait du bien de l’entendre et d’évacuer le stress en lui racontant nos dernières 24 heures ! Martine nous téléphone à son tour et rassure tout le monde, elle est à Venise sous un soleil de plomb et elle n’a rien à se mettre, ouf !

Puis très soudainement, en quelques secondes, le vent tombe complètement et tous les bateaux tournent sur eux même. Les skippers sortent la tète un à un, regardent le ciel, leurs mouillages, saluent les voisins avec des signes d’incompréhension, c’est fini la tempête ??? L’anémomètre repart dans une dernière envolée puis retombe, oui, c’est fini la tempête ! J’examine les photos prises, OUAAAAHHHHH !

L’après midi, nous mettons l’annexe à l’eau et décidons d’aller voir les restes du bateau qui s’est échoué cette nuit… Nous passons devant le catamaran blanc qui s’est mangé toutes ces déferlantes et un mec sort et nous dit « bonjour ». Incroyable !

La houle est encore grosse et nous ne pouvons approcher en annexe du rivage, nous irons à pied !

En revenant au bateau, Michel est sur le pont de son ketch pour nous annoncer qu’il renonce et retourne en France. Son guindeau a complètement arraché le pont et s'est enroulé avec la chaine autour du balcon avant. Heureusement qu'il a tenu comme ça...

Il nous explique qu’il se sent trop vieux pour subir ce genre de mésaventure pendant que son perroquet siffle à la perfection la Marseillaise. Pascale et moi éclatons de rire en voyant l’oiseau dans sa cage à l’arrière… Beaucoup renoncent, peu insistent, ainsi va la vie…

La mer est jaune et des centaines de déchets en tous genres flottent ça et là. Je n’arrête pas de prendre des sacs plastique ou des merdouilles dans l'helice, quel merdier !

Après avoir fait quelques clichés de l’épave et des dégâts importants sur le rivage, nous allons à Carrefour puis rentrons à bord pour… Ne rien faire… et se reposer…enfin une bonne nuit qui nous attend. Je remonte et range le deuxième mouillage qui n’a plus lieu d’être. Il est complètement entortillé dans un filet de pêche et rempli d'araignées de mer mais l'heure n'est pas au court bouillon...

Je discute un peu avec l’australien de Malaga qui vient de nous rejoindre et me couche, épuisé auprès de ma douce… 

 

12/10/08

Avec nos vélos, devant le cybercafé fermé, nous rencontrons deux Canadiens partis de chez eux depuis 6 ans, elle parle le français, lui pas. Ils ont la soixantaine et la tempête les a sérieusement refroidi. Devant le seul cybercafé du coin, un dimanche matin, on trouve des marins !!! (Proverbe chinois de Gibraltar). Ils nous expliquent qu’ils ont vécu un ouragan au Costa Rica et que ce n’était rien comparé à ce qu’on vient de vivre… Elle en a assez d’être loin de chez elle et attend avec impatience le départ pour les canaries puis la traversée vers la mère patrie… Eux aussi ont vu un autre navire, dont l’ancre ne tenait plus, passer à côté de nous dans la nuit, ils ont utilisé le corne de brume pour avertir les occupants mais en vain. D’après leurs dires, le voilier a zigzagué en évitant les autres bateaux, puis à contourné ce qui restait de digue au gré du vent, ils ont eu une sacré chance (si on veut !)

A peine deux minutes après leur départ, le cybercafé ouvre ses portes et nous voilà lancés pour 1 heure d’écriture et de lecture avec la famille et les amis.

Nous retournons au port avec un Mac-Do dans l’estomac et tombons nez à nez avec Michel et sa compagne. Ils nous offrent le café et nous parlons bateau pendant une bonne heure avant de retrouver l’annexe.

Les Italiens qui nous ont percuté de plein fouet viennent nous voir en dinghy pour s’excuser. Dans un français, impeccable, ils nous racontent qu’ils n’ont jamais vu ça, ils sont visiblement très choqués par cette épreuve. Je leur réponds que nous n’avons pas de dégât apparent et je salue leur honnêteté en leur disant au revoir… Ils restent là quelques jours pour essayer de détordre leur balcon qui s’est complètement écrasé et enfoncé contre Badinguet (Et Ouais, faut pas se frotter  à nous !)

- Nicolas : t’es sûre qu’ils sont Italiens ?? Ils sont sympas, ceux là !!!!

- Pascale : Sans commentaire !

 

Je me dis qu’Eric pourrait te réparer tout ça avec facilité…

Avant ma cessation d’activité, tous les midis, je mangeais à l’usine avec Eric, Thierry, Momo et toute l’équipe de la Scamtech de Crosne. J’adorais ces moments tellement différents de mes journées. Je déjeunais avec des bosseurs, des démerdards, des hommes vrais, au langage parfois fleuri mais sans détours ni mensonge. Dans mon travail, on est souvent confronté à une population très différente et le temps passé avec ces valeureux amis là reste présent et précieux dans mon esprit.

Michel et Marie nous rejoignent vers 19H pour un apéro à bord de Badinguet et les anecdotes se succèdent dans la bonne humeur. Ils restent encore quelques jours pour réparer puis ils retourneront vers la crise financière dés que possible ! Nous, nous partons demain pour Agadir et le port est complètement rempli de déchets, c’est impressionnant.

Voici ce qui se passait derrière la digue pendant ce temps....

 

               

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